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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Jacques Ripault, le MacVal avant le MacVal</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Jacques Ripault</dc:subject>
		<dc:subject>architecture</dc:subject>
		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;visite avant ouverture du nouveau mus&#233;e d'art contemporain du Val-de-Marne (Macval) : les m&#234;mes questions pour l'architecte et l'&#233;crivain ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Jacques Ripault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot204" rel="tag"&gt;architecture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;grand Paris, banlieue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/macval-2005-jacques-ripault-00_1_sur_1_.jpg?1748462175' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce mardi 17 octobre 2005, Jacques Ripault, son architecte, et ami depuis notre s&#233;jour commun &#224; la Villa M&#233;dicis, me fait visiter avant ouverture le MACVAL, mus&#233;e d'art contemporain qui sera inaugur&#233; le mois prochain &#224; Vitry-sur-Seine. Etrange ambiance : l'architecture encore nue du b&#226;timent vierge, mais d&#233;j&#224; les oeuvres qui arrivent et s'installent, les vigiles et tous les corps de m&#233;tiers qui s'y superposent, et m&#234;me les cartons &lt;i&gt;Les D&#233;m&#233;nageurs bretons&lt;/i&gt; pour les cartons de livres d'art dans la m&#233;diath&#232;que, ou les petits logements pour artistes en r&#233;sidence. Fascinant comme une tour de Babel, o&#249; d&#233;j&#224; les langues commencent d'exister s&#233;par&#233;ment. Fascinant parce que tout autour la ville est proche et r&#233;sonne, dans sa multiplicit&#233;, et la fa&#231;on dont sans cesse &#8212; la preuve &#8212; elle se refait sur elle-m&#234;me. Jacques Ripault m'a invit&#233; &#224; participer au catalogue qui accompagnera l'inauguration. Mon texte c'est surtout des questions, alors il vivra et m&#251;rira sur ces pages d&#232;s &#224; pr&#233;sent...
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; septembre 2016, hommage : &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4270' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Jacques, mon copain Jacques est mort&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2518&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le MacVal a 20 ans, et m&#234;me un peu plus&lt;/a&gt;, reprise en plus grand format (plus quelques autres) des images de cette page, que je laisse telle quelle ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cS5PDJMVtlg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MacVal, Paul Claudel dans le planeur Ardouvin&lt;/a&gt;, une perf mienne dans le cadre de l'expo 2016 de Pierre Ardouvin ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/nbcuZdGa6jc?si=GbJGtHMZaTwlGpBv&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;construire pour l'art : le MacVal de Jacques Ripault&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert Rome par Jacques Ripault : j'arrivais &#224; la villa M&#233;dicis, il en repartait, et pas besoin de s'expliquer sur pourquoi avec tel ou tel on se comprendra sans mots. Peut-&#234;tre c'est plus facile avec les architectes, qui vous montrent dans les formes de la ville, et ce qui vous entoure au dehors, ce que nous sommes au-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces travers&#233;es de la ville avec Jacques Ripault, je me souviens de nos arr&#234;ts devant telle fa&#231;ade du Bernin et ses asym&#233;tries discr&#232;tes. Ou bien Bramante parce que, disait-il : &#171; il va &#224; l'essentiel &#187;. Alors on emporte l'amiti&#233; qui se cr&#233;e dans chaque nouvelle Rome explor&#233;e. La litt&#233;rature et l'architecture ont ceci de commun qu'elles ne peuvent fuir la peau du monde. Qu'on se trompe, et cela s'&#233;croule ou meurt. C'est encore plus triste pour l'architecture : les livres morts s'en vont du paysage, pas les b&#226;timents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'architecte doit accepter que du premier croquis aux trois crayons dans son carnet surgisse le plus intime de comment on va aimer, voir, dormir, se r&#233;fugier ou accueillir : j'y pensais dans la voiture, tandis que Ripault m'emmenait d&#233;couvrir le mus&#233;e d'art contemporain du Val-de-Marne, et qu'il me montrait, l&#224; au feu rouge &#224; Bercy, ces appartements qu'il avait construits, avec les plantes et les v&#233;los sur les balcons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH265/macval_02-7b392.jpg?1749128335' width='360' height='265' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A Rome on n'&#233;tait pas compl&#232;tement sorti de nos vingt ans, et voil&#224; qu'on se retrouve avec nos cheveux gris. On ne s'aper&#231;oit pas du temps de la vie : on passe d'un livre au suivant parce qu'on a encore un voyage &#224; faire, et sans doute de l'architecte chaque b&#226;timent pour aller un peu plus loin dans ce rapport de soi-m&#234;me et du monde : une architecture est un geste, une signature. Je reconnais celle de Jacques Ripault &#224; distance : une fa&#231;on de ne jamais traiter le d&#233;tail comme un jeu purement formel, une mani&#232;re de ne jamais oublier que l'espace est aussi &#233;pure et proportion d'&#233;paisseurs, et d'abord g&#233;om&#233;trie. Il a b&#226;ti des amphith&#233;&#226;tres pour une universit&#233; parisienne, des salles de concert pour le rock en province, mais aussi un centre de design pour une grande marque de voitures, et l'usine d'un grand &#233;quipementier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une usine, dans un centre de design, dans une salle de concert, on est lib&#233;r&#233; sans doute de ce rapport &#224; l'intime des logements, on n'est pas lib&#233;r&#233; du fait d'avoir &#224; vivre ensemble, cr&#233;er ou fabriquer ou penser. Un ami commun de la villa M&#233;dicis, architecte aussi et auquel je dois l'autre part de mon initiation &#224; l'architecture, s'est vu commander il y a quelques ann&#233;es une n&#233;cropole pour les morts oubli&#233;s de l'Indochine : l'architecture r&#233;sonne bien au-del&#224; du temps de ceux qui la traversent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'il faut de bagage pour l'invention d'un mus&#233;e, et quel risque de plus cela suppose qu'un ensemble de logements, une usine ou un b&#226;timent d'universit&#233; ? C'est d'abord d'accueillir l'art des autres, et qu'on doit s'effacer dans ce rapport circulant qu'on provoque et qu'on assiste, par quoi un regard et un corps seront seuls dans leur dialogue avec chaque &#339;uvre, et que pourtant l'assemblage des &#339;uvres, et ce parcours qu'on y aura eu, prendront sens avec les lumi&#232;res, la vastitude ou l'intimit&#233; de l'espace dans leur variabilit&#233; de chaque pas, et que l'architecte, lui, vous aura laiss&#233; en paix dans cette rencontre. Aussi bien, quand nous entrons avec Jacques Ripault dans ce mus&#233;e d&#233;j&#224; habit&#233;, les bureaux dans leur plein d&#233;sordre de l'ouverture proche, les &#339;uvres d&#233;j&#224; en cours d'installation, et tous ces m&#233;tiers qui investissent les r&#233;serves, les ateliers, la librairie ou les jardins, la premi&#232;re chose que me dira Ripault c'est que ce n'est gu&#232;re facile, pour un architecte, le sentiment de n'&#234;tre pour plus rien dans son propre b&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH275/macval_03-8782a.jpg?1749128335' width='360' height='275' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord le contexte. Nous sommes les spectateurs de la mutation permanente de la ville, des dangers et ruptures qui la fissurent, comme des exigences ou possibles neufs que d'elle-m&#234;me elle appelle. La ville migre sans cesse en ses confins, et l&#224;, dans les vieux bastions de la brique rouge du travail ouvrier, voil&#224; qu'elle se reconfigure et suscite le moins utile en apparence, le plus luxueux d&#233;rangement : l'art contemporain. Moi j'ai connu Vitry dans les ann&#233;es 70, et l'immense nef compliqu&#233;e de la vieille usine du Port-&#224;-l'Anglais o&#249; nous &#233;tions un bon millier &#224; nous affairer parfois sans voir le soleil durant des mois, sur les machines &#224; souder de Sciaky. Ce sont ces usines qui ont accumul&#233; ici le paysage humain et sa concentration : tout du long de l'avenue, les immeubles et leurs d&#233;crochements gris. Rainer Maria Rilke disait : &lt;i&gt;comme des lames plant&#233;es dans la terre&lt;/i&gt;, et Ripault, ici, utilise aussi le mot &lt;i&gt;lame&lt;/i&gt; pour cette paroi verticale et monochrome qu'il dessine pour se lier &#224; ce qui l'entoure, et quand on regarde ce mur passerelle depuis le mus&#233;e, la d&#233;coupure rectangulaire qui la troue rapproche les fa&#231;ades d'immeubles comme s'ils &#233;taient devenus images. Comme si la ville d'abord &#233;tait la destinatrice ou celle qui interrogeait les &#339;uvres rassembl&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH270/macval_08-8ba60.jpg?1749128335' width='360' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mus&#233;e se d&#233;ploie &#224; l'horizontale sans bousculer la ville, et plut&#244;t pour la faire respirer, l'&#233;largir. Derri&#232;re, c'est un pavillon et un parc d'un autre temps, avec ses briques et ses arbres : on l'a respect&#233;. Le mus&#233;e est une traverse transparente, on peut acc&#233;der librement &#224; ses jardins. Et la grande radiale qui traverse Ivry et Vitry depuis Paris, on l'a contrainte ici &#224; une respiration via la provocation de Dubuffet et sa grand chaufferie de couleur install&#233;e sur le rond-point, Dubuffet qui &#224; tant d'entre nous reste une le&#231;on de vie quand il dit que &lt;i&gt;l'art doit un peu faire rire et un peu faire peur, tout mais ne pas ennuyer&lt;/i&gt; ou bien que &lt;i&gt;les gens sont bien plus beaux qu'ils croient&lt;/i&gt;. Pas un signe mineur, le grand relief de Dubuffet pour vous faire signe qu'ici cesse la ville sage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/macval_05.jpg?1166889541' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nulle courbe. Ouvert aux lumi&#232;res de l'ouest, oublieux de la m&#233;galopole aux furoncles, un b&#226;timent monochrome, presque noir et blanc : parce qu'ici &#171; seules les &#339;uvres sont les formes et les couleurs &#187;, dit Jacques Ripault. Nous visitons ce mus&#233;e avec la m&#234;me fascination que j'ai pour les th&#233;&#226;tres : les deux nefs d'exposition, l'une pour la collection permanente, la seconde pour les expositions temporaires, prennent leur lumi&#232;re au nord comme les ateliers des peintres, mais dans la grande nef la lumi&#232;re est offerte par un cr&#233;nelage vertical qui l'&#233;galise, tandis que dans la nef des expositions temporaires c'est une inclinaison r&#233;fl&#233;chissante qui soutient ou compense les variations des jours et des heures par des projecteurs invisibles, vous laisse en rapport avec la sensation du temps. Et si la fa&#231;on de l'architecte de vous porter vers les oeuvres c'&#233;tait d'abord cette sc&#233;nographie tr&#232;s pure des lumi&#232;res, tendues sur vous pour &#234;tre oubli&#233;, parce qu'ici on ne regardera pas au plafond, d'o&#249; lui vous conduit et vous regarde ? Il vous montre, dans ce qu'il nomme les sous-faces, la fa&#231;on dont le plafond aussi est travaill&#233;, les lampes enserr&#233;es dans les coffrages, l'habituel fouillis technique invisible, et comment pour couler tout cela d'un bloc il a fallu contraindre tous les m&#233;tiers &#224; travailler simultan&#233;ment. De m&#234;me, qu'est-ce que cela change &#224; la marche et notre assise devant les toiles, de savoir que le sol inclut de la limaille de fer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier &#224; investir la nef temporaire, Jacques Monory y a install&#233; une spirale qui vous absorbe. La libert&#233; que l'architecte doit offrir aux visiteurs est aussi une libert&#233; offerte &#224; l'artiste invit&#233; pour que le b&#226;timent devienne partie prenante de sa propre sc&#233;nographie : Monory fait passer progressivement notre parcours du bleu intense au blanc pur, tandis que les toiles qu'il y suspend suivent le mouvement inverse. Et le danger ou l'obscurit&#233; de la ville resurgissent progressivement mais dans cette transformation qui fait qu'au terme du voyage on l'affronte non plus par la r&#233;alit&#233; mais par les couleurs et le tranchant des formes. Une id&#233;e de &lt;i&gt;panoramique&lt;/i&gt;, dirait l'&#233;crivain Jean-Christophe Bailly : tenir &#224; l'int&#233;rieur, ici, le simulacre de ce qu'on affronte au dehors nous aide &#224; lire la ville, quand on y retourne, ses composantes d'esth&#233;tique et de symbole. Les fictions et l&#233;gendes de Monory conviennent bien pour signifier l'importance vitale de l'art aujourd'hui comme toujours pour renverser ce qui voudrait normaliser, affadir, &#233;craser. La violence m&#234;me de cette &#339;uvre est un signe : ce n'est pas un &lt;a href=&#034;http://www.zannettacci.com/artistes/Monory/Monory_Bio_FR.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vieux monsieur&lt;/a&gt;, m&#234;me quand on conna&#238;t son travail depuis trente ans, Monory. Et moi je voudrais bien savoir, quand l'architecte place ses premi&#232;res esquisses de volume, si c'est &#224; cette &#339;uvre au couteau qu'il pensait...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH292/macval_04-12aab.jpg?1749128335' width='360' height='292' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un mus&#233;e, comme un th&#233;&#226;tre, c'est aussi ce qui entoure lma sc&#232;ne qui en est l'embl&#232;me. D'ailleurs, Jacques Ripault utilise aussi le mot &lt;i&gt;plateau&lt;/i&gt; pour le d&#233;ploiement des nefs l&#224; o&#249; elles accueillent les &#339;uvres. Mais les &#339;uvres d'art se nettoient se restaurent, &#233;tranges ateliers d'immense hauteur et aussi blancs qu'une salle de chirurgie. Et de plain pied avec le parking au sous-sol, les r&#233;serves avec leurs rails grillag&#233;s o&#249; on archive et garde. Et puis, alors que tout ici communique avec la fonction principale, des salles qui soudain, la porte franchie, semblent vous ramener dans la vie du quartier et la circulation de la rue ou la vue sur jardin : espaces de cantine, salles pour le caf&#233; et le repos de ceux qui ici travaillent. J'aime aussi ce parti pris, d&#232;s la grande entr&#233;e de verre et grande galerie ouverte, d'avoir plac&#233; au foyer nodal de l'ensemble les ateliers p&#233;dagogiques, avec leurs &#233;viers &#224; hauteur de maternelle. On sait &#224; qui on s'adresse, on sait pour qui on construit, on sait que tout ici passe appropriation et travail, ainsi encore la fa&#231;on dont la biblioth&#232;que captera d&#233;lib&#233;r&#233;ment les saisons du jardin, quand ailleurs la lumi&#232;re est &#233;gale. Ainsi, tout en haut des bureaux, cette coursive sur toit dont il semble que d&#233;j&#224; ceux qui ici r&#233;fl&#233;chissent et travaillent aiment &#224; venir y prendre le ciel, &#233;chapp&#233;e sur horizon ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve la signature Ripault dans le go&#251;t des mati&#232;res. Ici, tout le long d'o&#249; on marche ou monte, il utilise le vocabulaire des marins : une &lt;i&gt;lisse&lt;/i&gt;. Un large fer plat brut, qui n'est pas sans m'&#233;voquer le souvenir de mon usine de Vitry, un simple fer que les serruriers d'ici ont pos&#233; sur les rampes de b&#233;ton. Puis ce b&#233;ton de grain tr&#232;s fin, sans joints ni scories : une mati&#232;re qui soudain devient noble au toucher. Et m&#234;me, pour piliers cylindriques qui sont comme une ponctuation d'espace, on a cartonn&#233; le moule, et ils nous offrent un toucher lisse de papier ou de livre. Une &#233;chancrure en suspens jette dans la nef une simple rayure horizontale du vrai jour, et c'est le rapport des &#339;uvres au r&#233;el qui y trouve une nuance n&#233;cessaire. Le b&#233;ton dit &lt;i&gt;autopla&#231;ant&lt;/i&gt; est une technique difficile &#224; ma&#238;triser : un b&#233;ton qu'on coule &#224; chaud, sur place et exige qu'on tienne compte des &#233;carts de pression pour le calcul des &lt;i&gt;banches&lt;/i&gt;. Mais un rendu de surface qui conquiert la noblesse des mat&#233;riaux plus traditionnels, et la possibilit&#233;, compl&#232;te Ripault, d'angles et d&#233;coupes incroyablement nets : et qui impose donc de dessiner selon la logique propre du mat&#233;riau. On compl&#232;te par du bois d'Afrique, le weng&#233;, aux reflets jamais identiques. &#171; &#201;liminer le d&#233;monstratif, dit Ripault, je n'y serais peut-&#234;tre pas arriv&#233; de cette fa&#231;on il y a encore dix ans. &#187; Et qu'un tel rendez-vous, avec Buren ou C&#233;sar (sa &#171; compression &#187; encore sous plastique) ou Soto et son &#171; p&#233;n&#233;trable &#187; orange, c'est forc&#233;ment comme le livre qu'on n'&#233;crit qu'une fois dans sa vie, qu'on a attendu longtemps, et qu'on ne refera pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH266/macval_10-389e7.jpg?1749128335' width='360' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voulais un b&#226;timent &lt;i&gt;&#233;pais&lt;/i&gt; &#187;, dit Ripault, comme s'il s'agissait de prot&#233;ger cette fragilit&#233; de l'art qui s'invente, et aussit&#244;t c'est comme s'il &#233;tait g&#234;n&#233; de ce mot &lt;i&gt;&#233;pais&lt;/i&gt; : &#171; Un b&#226;timent avec une &lt;i&gt;profondeur&lt;/i&gt;, il rectifie. Faire entrer l'espace dans les salles, faire que la structure soit la moins pr&#233;sente possible, avec des perspectives qui se faufilent, des s&#233;quences verticales tr&#232;s frontales, qui laisse des vides... &#187; On s'en aper&#231;oit lorsque de la nef d'exposition on passe dans l'int&#233;rieur du mur &#224; la haute d&#233;coupure, par l'irruption de la rampe &#224; oblique, la lumi&#232;re soudain prise &#224; l'ouest et que cet int&#233;rieur semble d'une hauteur sans limite : un espace cistercien &#187;, dit l'architecte. Et la technique que veut un mus&#233;e moderne, les quais de chargement et les dessertes, les rideaux de fer de la s&#233;curit&#233;, les prises pour les bornes interactives, l'air souffl&#233; par le sol et repris au plafond : invisible, une politesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/macval_07.jpg?1166889544' width='500' height='329' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Un mus&#233;e : se souvenir toujours, d'abord, que tout le monde doit se l'approprier &#187;, dit Ripault... Et ce n'est pas &#224; Ivry ou Vitry, ont tant d'artistes ont v&#233;cu et travaill&#233; (et y ont encore leurs studios et ateliers, tout comme ici, dans le mus&#233;e, on a m&#233;nag&#233; deux logements pour artistes en r&#233;sidence o&#249; je reconnais, et cela nous amuse tous deux, une discr&#232;te citation des logements sur passerelle de la villa M&#233;dicis) qu'on aurait &#224; justifier d'installer ici un signe fort d'art contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce d&#233;ploiement qui se veut simple, voire aust&#232;re prend son espace et son ampleur, et le rapport qu'entretiennent l'un &#224; l'autre des b&#226;timents qui, en d'autres temps ou d'autres mains, se seraient d'abord con&#231;us comme une &#233;tranget&#233; de plus, d&#233;pos&#233;e par h&#233;licopt&#232;re dirait-on parfois, dans ces villes de vieux sang qui n'ont pas besoin qu'on ajoute &#224; une confusion qu'elles n'ont pas d&#233;cid&#233;, et qui tient &#224; la charge d'hommes qu'on a et l'importance qu'on y met, qui n'est pas &#233;gale selon les villes. Nous savons, nous, pour avoir arpent&#233; Rome et savoir ce qu'on doit au plus contemporain de l'art, que m&#234;me le plus abstrait de l'art d'aujourd'hui (mais l'abstraction n'est qu'une de ses composantes) nous rejoint s'il d&#233;place notre regard et notre posture d'homme dans la ville et devant l'autre. &#171; Une position de grande proximit&#233; &#187;, dit Alexia Fabre, la conservatrice du mus&#233;e, pour le d&#233;fi qui est le sien : &#171; nous face au monde, ce qui nous entoure et nous fa&#231;onne &#187;. Ce n'est pas indiff&#233;rent, que ces &#339;uvres disent ici, sur cette route et &#224; ce rond-point, &#224; vue de ces immeubles qui sont toutes les frictions du monde, de ce c&#244;t&#233; ext&#233;rieur du p&#233;riph&#233;rique, que le beau est une recherche qui inclut tout cela et a pour t&#226;che d'y r&#233;pondre, de nous offrir cette instabilit&#233; et cette bascule par quoi tout redevient question, r&#233;sistance, et marche vers l'avant. Mais que c'est aussi affaire de respect et de lumi&#232;re pour conjuguer le regard, le mouvement et la paix, et que tout cela ensemble s'ouvre, sans murs sur la ville, dont nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH270/macval_09-dadfd.jpg?1749128335' width='360' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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