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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>creative writing et Fran&#231;ais Langue &#201;trang&#232;re</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4387</link>
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		<dc:date>2022-01-04T17:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;l'atelier d'&#233;criture court-circuit entre langue et litt&#233;rature pour les apprenants&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique153" rel="directory"&gt;5 | r&#233;flexion, ouvertures&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4387.jpg?1486573995' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4387.jpg?1486574001&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Cette ann&#233;e, pour la 3&#232;me fois cons&#233;cutive, Fabienne Dumontet, du d&#233;partement Fran&#231;ais Langue &#201;trang&#232;re de l'ENS Lyon, m'a invit&#233; &#224; proposer une session d'&#233;criture, sous la forme de 2 x 2 jours, en apr&#232;s-midi et soir&#233;e le vendredi, et le samedi &#224; suivre &#8211; pour ne pas impacter les cours &#8211; avec des &#233;tudiants venus &#224; Lyon en Erasmus ou pour leur master ou th&#232;se.
&lt;p&gt;L'originalit&#233; : dans la petite salle o&#249; nous nous retrouvons, se croisent des &#233;tudiants de l'ENS, litt&#233;raires, philosophes, sociologues ou scientifiques, mais aussi des &#233;tudiants de Centrale (&#233;cole d'ing&#233;nieur, recherches physiques) et d'autres du CNSM, le Conservatoire nationale sup&#233;rieur de musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi : &#224; ces &#233;tudiants en pleine cr&#234;te de d&#233;couverte intellectuelle, dans un moment charni&#232;re de leurs d&#233;couvertes et apprentissages, entra&#238;ner &#224; la ma&#238;trise &#233;crite du fran&#231;ais, avec des outils d'&#233;criture qui permettent un dialogue int&#233;rieur avec sa propre langue, sa propre int&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien ce qui me fascine depuis toujours dans ces outils du &lt;i&gt;faire &#233;crire&lt;/i&gt;, comme une fois par an aussi avec les &lt;i&gt;undergraduates&lt;/i&gt; de Philadelphie (merci Philippe Met et M&#233;lanie Peron, de la Penn) en immersion &#224; Tours, ou l'an pass&#233; lors de la semaine pass&#233;e &#224; la Johns Hopkins de Baltimore (merci Derek Schilling et Wilda Anderson, h&#226;te qu'on recommence !), mais sans se leurrer : si en France on commence &#224; repousser les barri&#232;res symboliques autour du &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; elles restent encore largement de mise dans ces bastions lents que sont les universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e (merci Fabienne Dumontet et son &#233;quipe), nous avons eu la chance de pouvoir rassembler et pr&#233;senter l'exp&#233;rience lyonnaise dans une petite plaquette imprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux bons soins d'un jeune graphiste et photographe, &lt;a href=&#034;http://www.maximebersweiler.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Maxime Bersweiler&lt;/a&gt; (visitez imp&#233;rativement son site, et sp&#233;cial merci Maxime), je vous en propose ci-dessous la d&#233;couverte et le t&#233;l&#233;chargement. Je compl&#232;te par ma propre introduction.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6871 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/pdf/brochure_fle_-_ens_2017.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1787557806' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;lire ou t&#233;l&#233;charger la brochure compl&#232;te
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N'emp&#234;che que je vais vous dire le secret, probablement le seul secret qui compte : dans le pacte que chaque atelier installe entre l'animateur, l'institution invitante, et les participants eux-m&#234;mes, la seule chose claire &#224; exprimer c'est ce que soi-m&#234;me on en tire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, de mon c&#244;t&#233;, ces 2 fois 2 jours, 3 ann&#233;es de suite, c'est la claque. D'abord, la confrontation des scientifiques de Centrale et des litt&#233;raires de l'ENS (et pas toujours li&#233; &#224; la dissym&#233;trie r&#233;ciproque gar&#231;ons filles). Mais de reconstituer dans une petite salle comme une image compl&#232;te de la plan&#232;te &#8211; ces 2 derni&#232;res ann&#233;es, comment &#231;a vous &#233;poustoufle la connaissance en po&#233;sie de leur pays des &#233;tudiantes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MAIS, c'est la premi&#232;re fois de ma vie, ces stages, o&#249; j'ai pu travailler avec des musiciens. Et, ce vent tout artiste et exigeant qu'ils installent, la pr&#233;gnance du corps, du rythme et du souffle, comme &#231;a fait du bien &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'abord redire le plaisir que j'ai eu &#224; prendre en charge ces trois sessions de stage pour &#233;tudiants non francophones, comment ils d&#233;calent mon propre regard sur la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu, ou le d&#233;fi : &#224; condition de d&#233;finir un territoire esth&#233;tique ou formel suffisamment pr&#233;cis, la ma&#238;trise de la langue peut devenir seconde par rapport &#224; l'affirmation et l'expression personnelle quant aux questions &#233;voqu&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma t&#226;che : trouver des oeuvres et des points d'entr&#233;e suffisamment rep&#233;rables pour le permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; &#233;tudiants : ne pas &#234;tre en situation d'un &#171; exercice &#187;, mais en situation d'un acte artistique v&#233;ritable, qui suppose 1, un large temps de pratique individuelle de l'&#233;criture durant le stage, 2, une place pour chacun dans la lecture collective et la voix haute, 3, une structuration et ouvertures sur la cr&#233;ation contemporaine, litt&#233;rature fran&#231;aise bien entendu, mais d&#233;bordant sur pratiques visuelles ou sonores, ou rapport de l'&#233;criture au monde actuel (la ville, le corps par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon c&#244;t&#233;, un vrai remerciement parce que ce domaine est encore neuf, il faut se mettre ensemble pour structurer les outils, les th&#233;sauriser, faire circuler les exp&#233;riences. Ainsi, r&#233;cemment &#224; la Johns Hopkins de Baltimore pour un workshop similaire, et l&#224; revenant d'un m&#234;me type de workshop &#224; l'universit&#233; Waseda de Tokyo, j'ai recoup&#233; plusieurs fois les m&#234;mes pistes : comment les constituer en outils, et les rendre transmissibles ? Il me semble qu'il y a une vraie demande de comment int&#233;grer l'&#233;criture narrative et po&#233;tique comme pratique dans l'enseignement du FLE, et non pas seulement exercices d'application, et qu'une structure comme celle mise en place &#224; Lyon pourrait y prendre un r&#244;le d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour la premi&#232;re session de l'an dernier, l'&#233;tonnement &#224; ces stages d'avoir devant soi comme une carte du monde, mais surtout &#8211; c'est une premi&#232;re je crois &#8211; dans cette crois&#233;e transversale des disciplines. C'&#233;tait flagrant avec les trois composantes &#224; peu pr&#232;s &#233;galement repr&#233;sent&#233;es lors du premier stage (ENS, Centrale, CNSM), un peu d&#233;cal&#233; la deuxi&#232;me ann&#233;e ann&#233;e (ENS lettres ET sciences, CNSM, VetAgro), et plus orient&#233; artistiquement &#224; notre troisi&#232;me rendez-vous, dans la belle confrontation entre jeunes &#233;tudiants-chercheurs de l'ENS, scientifiques de Centrale et artistes musiciens du CNSM.&lt;br class='autobr' /&gt;
Point extraordinaire pour moi : la pr&#233;sence de scientifiques, Centrale ou ENS, qui d&#233;ploie le champ des interrogations, du rapport conceptuel au monde et c'est formidable, tellement trop rare. L'autre appui formidable : les &#233;tudiants CNSM ont &#233;videmment une r&#233;flexion corporelle (tenue, souffle, &#233;nergie) qui s'empare naturellement des questions de po&#233;tique. Le sens rythmique de ces &#233;tudiants passe bien avant la ma&#238;trise de la langue dans les textes produits, et l'&#233;change rejaillit sur tout le groupe. Je r&#234;ve un jour de proposer dans un lieu comme le CNSM un studio d'&#233;criture du type de celui que je m&#232;ne dans ma propre &#233;cole (&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'arts de Paris-Cergy, avec fort p&#244;le photo et film, arts visuels et performance, mais o&#249; de nombreux &#233;tudiants ont aussi des pratiques musicales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble important aussi de noter qu'il ne saurait y avoir d'un c&#244;t&#233; l'atelier artistique, de l'autre l'approche didactique du fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re. Les probl&#232;mes de phon&#233;tique de la langue parl&#233;e, la prise en compte des avanc&#233;es de l'atelier pour la p&#233;dagogie, ne peuvent &#234;tre le seul fait de l'intervenant artistique. Les s&#233;ances qui ont &#233;t&#233; anim&#233;es de fa&#231;on conjointe le prouvent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres r&#233;flexions, principalement &#224; partir du deuxi&#232;me stage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se retrouver le vendredi en fin de journ&#233;e donne une couleur particuli&#232;re au stage. La premi&#232;re session, on fait connaissance et la longue journ&#233;e du samedi est tout de suite sur les rails. La semaine suivante, on se retrouvait comme de vieux amis, et la pr&#233;sence de la nuit dans l'&#233;cole vide a color&#233; l'imaginaire et les textes. Il reste n&#233;anmoins que ce stage reste une proposition ponctuelle, qu'on termine en plein &#233;lan, avec de vraies promesses d'&#233;criture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il y a une nette dichotomie dans la composition du groupe, qui d'ailleurs traverse &#224; &#233;galit&#233; les &#233;coles, entre celles/ceux en qu&#234;te de pratique litt&#233;raire, et celles/ceux en qu&#234;te d'apprentissages linguistiques. Mes exercices peuvent se pr&#234;ter au grand &#233;cart, mais jusqu'&#224; un certain point. La demande litt&#233;raire porte souvent sur la litt&#233;rature nationale des &#233;tudiants (je pense au noyau germanophone, Centrale et ENS, de l'an dernier, ou &#224; fort et si dynamique noyau russophone de cette ann&#233;e, qui nous a emmen&#233;s dans des discussions sur Mandelstam, Harms...) autant que sur des pistes contemporaines francophones, et cela vaut, j'y insiste, autant pour les scientifiques ou musiciens que pour le noyau &#171; litt&#233;raire &#187; de l'ENS, toujours au plus haut niveau. Quel bonheur et quel trouble de voir se demander par un math&#233;maticien aux textes &#233;tonnants et passionnants : &#171; Comment &#231;a s'&#233;crit, Kafka, monsieur ? &#187;, dit cet &#233;tudiant de Centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; corollaire du pr&#233;c&#233;dent : ces deux &#233;tudiantes roumaines en vraie difficult&#233; linguistique, en Erasmus &#224; VetAgro, et avec lesquelles nous n'avons pu &#233;changer qu'en anglais. Elles sont en pratique chirurgicale du matin au soir : &#171; and animals don't speak &#187;. Les propositions que je serais amen&#233; &#224; faire pour &#233;tudiants en seule demande linguistique seraient diff&#233;rentes, en tout cas ne peuvent pas s'appliquer &#224; un groupe dont 1/3 ou la moiti&#233; viennent l&#224; parce qu'ils ont, dans leur langue, une pratique litt&#233;raire de cr&#233;ation, recherche, expression narrative ou po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et corollaire au corollaire : quel bonheur pour l'animateur, au bout de trois ans, de garder relations (mail ou r&#233;seau) avec une petite poign&#233;e d'&#233;tudiants de chaque session, en quelque point du monde qu'ils soient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#233;crivain, mais aussi en tant qu'enseignant l'&#233;criture cr&#233;ative (enjeu consid&#233;rable, en &#233;cole d'arts comme dans les jeunes masters de cr&#233;ation litt&#233;raire), je termine en rappelant la non-banalit&#233; absolue de ces rencontres. Personnalit&#233;s extraordinaires, grande finesse, magnifique implication de travail, et les textes qui en r&#233;sultent ne sont pas des textes d'apprenants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel myst&#232;re nous ouvre dans la cit&#233; cette jeune organiste souabe &#233;crivant ses chemins dans Lyon pour aller retrouver par des escaliers d&#233;rob&#233;s, connus des musiciens seuls, les orgues des &#233;glises au fond des vieux quartiers de la ville... Et comment cela nous rapprochait de E.T.A. Hoffmann, le lui faisait d&#233;couvrir en m&#234;me temps que nous l'&#233;tablissions, et toute la litt&#233;rature avec lui, comme fondation commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>1994-2012, Apprendre l'invention, essais et articles</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3178</link>
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		<dc:date>2021-09-18T04:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>publie.net</dc:subject>
		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon, infos, actu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;l'ensemble de mes articles, interventions, conf&#233;rences et entretiens sur les ateliers d'&#233;criture&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;publie.net&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot656" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon, infos, actu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3178.jpg?1352734130' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;petit historique&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai anim&#233; un atelier d'&#233;criture, c'&#233;tait en 1982, avec G&#233;rard Noiret, &#224; Bezons, lors d'un stage de jeunes &#171; en insertion &#187;, et nous ne savions ni l'un ni l'autre que &#231;a s'appelait ainsi. Puis plus s&#233;rieusement &#224; partir de 1991, long compagnonnage avec Henriette Zoughebi, qui dirigeait le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, puis avec la conseill&#232;re livre &#224; la DRAC Languedoc/Roussillon, Nadine Etch&#233;to, lancement de la Boutique d'&#233;criture de Montpellier-La Paillade, enfin autre cycle qui commencerait avec les stages d'enseignant, &#224; Tramelan en Suisse le premier, &#224; Murs en Bretagne le suivant, avant 10 ans de travail commun sur ces probl&#233;matiques avec Patrick Souchon. J'ai pu, dans ce parcours, travailler dans le mon de p&#233;nitentiaire (&lt;i&gt;Prison&lt;/i&gt;, 1998), avec les sans-abris (&#224; Nancy, avec Charles Tordjman et J&#233;r&#244;me Schlomoff), j'ai eu la chance de 2 ans d'atelier tr&#232;s riche aux Beaux-Arts Paris avant que la direction ferme le robinet, d'autres stages avec les N Sup rue d'Ulm via Fran&#231;oise Zamour, un stage tr&#232;s dense au Conservatoire national d'art dramatique de Paris &#8211; et je crois que j'ai toujours la m&#234;me envie, la m&#234;me curiosit&#233; &#224; ce qui sort, surtout &#224; mesure qu'on prend de la bouteille et qu'on sait mieux le faire sortir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;320 pages, 28 articles, entretiens, conf&#233;rences, interventions portant sur les ateliers, le pourquoi et le comment. C'est pour moi le compl&#233;ment n&#233;cessaire aux exercices autrefois rassembl&#233;s dans &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes, m&#233;thode pour l'atelier d'&#233;criture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous un des entretiens repris dans le livre propos&#233; de 2008 &#224; 2013 sur publie.net, d&#233;sormais disponible dans l'espace d'archives des &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/francoisbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;abonn&#233;s Patreon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/IJYlgxzISmQ&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;archive : en 2002, avec Cathie Barreau, alors responsable de la Maison Gueffier &#224; La Roche-sur-Yon, nous &#233;changeons &#224; Rennes sur les ateliers d'&#233;criture, dans le cadre du service de ressources en ligne de l'universit&#233; &#8211; r&#233;alisation Alain Penven&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2004 | Ouvrir les zones d'intensit&#233;&lt;br&gt;
Entretien avec Clara Dupont-Monod, pour le Magazine litt&#233;raire.&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On dit que les ateliers d'&#233;criture servent &#224; apprendre &#224; &#233;crire des livres. Personnellement, je pense que cette remarque est une connerie. Et vous ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Je dirais qu'on &#233;crit plut&#244;t pour apprendre le monde. On a tous d&#233;j&#224; affaire au langage, m&#234;me les plus petits gosses. On sait d&#233;j&#224; aussi que l'exp&#233;rience du langage, son exercice autor&#233;flexif, solitaire, c'est l'univers de l'&#233;crit et pas celui de la parole. C'est un a priori d&#233;j&#224; formidable, parce que c'est cela qu'on met en mouvement, donc depuis une n&#233;cessit&#233; d&#233;j&#224; &#233;tablie pour celui avec qui nous travaillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, auteurs, le livre n'est qu'un &#233;l&#233;ment de ce qui nous lie &#224; la litt&#233;rature. Il y a la passion qu'on &#224; a lire, et &#224; vouloir transmettre ce qui compte de nos lectures. Il y a l'engagement avec les mots, qui passe par la lecture &#224; voix haute, ou les mots qui accompagnent l'image, voire la musique. Quand on installe un atelier d'&#233;criture, c'est la totalit&#233; de cette cha&#238;ne qu'on met en mouvement. Autre regard sur les livres, circulation des livres, autre perception des mots, et la place qu'on leur donne l&#224; o&#249; on vit ou travaille. Et au bout du compte, oui, l'&#233;nigme du monde, qu'on a remis en travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe de la litt&#233;rature, c'est que les plus grands novateurs surgissent toujours de lieux impr&#233;visibles, voire improbables. D'un &#233;cart avec la norme. Transmettre cette norme ne produit pas qu'on va reconduire la litt&#233;rature. Dans la boule compacte et irrationnelle qu'est l'instant de l'&#233;criture, par contre, interviennent simultan&#233;ment tout un ensemble de param&#232;tres. Il me semble que mon r&#244;le c'est d'isoler et faire travailler un par un ces param&#232;tres. Alors, quand on se retrouvera seul, peut-&#234;tre que la relation sauvage et irrationnelle &#224; l'&#233;criture sera plus compl&#232;te, plus ambitieuse, mieux capable d'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les gens font souvent r&#233;f&#233;rence aux ateliers am&#233;ricains, mais je crois que c'est diff&#233;rent, non ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Il y a deux textes magnifiques de Raymond Carver &#224; ce propos, dans &lt;i&gt;Feux&lt;/i&gt;. Dans le premier texte, il raconte comment il a assist&#233; &#224; son premier atelier de creative writing, dans le second texte il raconte la premi&#232;re fois qu'il a lui-m&#234;me donn&#233; un cours de creative writing. Le principe am&#233;ricain est fixe : on arrive avec un germe, une br&#232;ve &#233;bauche de narration, et on r&#233;&#233;crit et retravaille jusqu'&#224; obtenir une &lt;i&gt;short story&lt;/i&gt; publiable. C'est qu'aux USA la nouvelle accueillie dans un magazine, historiquement, est le moyen de vivre principal des &#233;crivains, leur mani&#232;re sociale d'&#234;tre &#233;crivain. Ce n'est pas le cas chez nous, et la nouvelle est un art consid&#233;rablement exigeant. Je pr&#233;f&#232;re proposer un balayage de cette cha&#238;ne, entre mental et r&#233;el, par quoi l'&#233;criture cristallise dans des formes et des genres. Dans un groupe de quinze personnes, l'une &#233;crira long et de fa&#231;on narrative, l'autre ira vers des modes po&#233;tiques, une aura des formes dialogu&#233;es et une autre pas. Je consid&#232;re que ma t&#226;che est de les mettre chacun en relation avec les auteurs majeurs qui ont &#233;t&#233; dans cette direction formelle, apprendre &#224; chacun &#224; reconna&#238;tre sa singularit&#233;. Ceci dit, point commun avec le creative writing : pour apprendre la philosophie, on l'exerce. Pour transmettre la litt&#233;rature, je consid&#232;re n&#233;cessaire le fait de pratiquer, d'exercer la litt&#233;rature. Aux USA, on l'accepte dans les facs. En France, on a r&#233;cemment retir&#233; la litt&#233;rature de la liste des disciplines artistiques. Eh bien non.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faut-il avoir &#233;crit un livre pour animer un atelier d'&#233;criture ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Ce qui est obligatoire, c'est la mise en relation de ce qu'on propose avec la litt&#233;rature. &#192; la fois dans l'espace de la proposition, donc pourquoi c'est ce territoire et cette forme qu'on veut explorer lors de cette s&#233;ance. Savoir qu'un homme ou une femme ont pu consacrer leur vie &#224; cette part tr&#232;s pr&#233;cise de l'exploration, et qui &#233;taient, si on les cite, Nathalie Sarraute ou Georges Perec. Et &#224; la fois, c'est le plus passionnant de mon c&#244;t&#233;, dans la mise en relation qu'on &#233;tablit, entre le texte qu'on accueille et les recherches contemporaines de la litt&#233;rature. Sinon, un atelier, c'est jobard, et malheureusement il y en a. Mais pour &#233;tablir cette relation, pas besoin d'&#234;tre &#171; &#233;crivain &#187;. Dans des tas d'endroits o&#249; j'ai travaill&#233;, les personnes avec lesquelles j'intervenais ont continu&#233;, seules, d'animer des ateliers. Et c'est un enjeu consid&#233;rable : on peut et on doit former &#224; l'utilisation de l'&#233;criture cr&#233;ative. Parce que ce sont des techniques sp&#233;cifiques, une biblioth&#232;que sp&#233;cifique. C'est ce que j'ai fait toute cette ann&#233;e avec des enseignants de l'acad&#233;mie de Versailles ou des formateurs d'IUFM : comment travailler avec la litt&#233;rature, comment inventer avec l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez travaill&#233;, il me semble, avec pas mal d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233;. C'est idiot, mais on peut se demander : que leur apporte un atelier d'&#233;criture ?&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
C'est la question sempiternelle qu'on nous pose : &#224; quoi &#231;a leur sert ? Je dis d'abord que l'atelier &#231;a me sert &#224; moi. Si j'ai voulu, &#224; tel moment de ma vie, travailler avec de jeunes d&#233;tenus ou des sans-abri, c'est parce que, moi, je souhaitais me rendre dans une relation du langage au monde que je ne pouvais atteindre seul, et qui m'enseignait sur mon propre rapport &#224; la ville, ou au temps, ou au corps. Si eux per&#231;oivent ce que je viens chercher, ils &#233;tabliront d'eux-m&#234;mes ce que de leur c&#244;t&#233; ils ont &#224; en retirer. Les enseignants, les &#233;ducateurs savent ce qu'eux peuvent retirer, dans leur travail &#173;quotidien, de l'aventure qu'est un atelier d'&#233;criture, de ce qu'on r&#233;alise ensemble &#224; son terme. Mais si, de mon c&#244;t&#233;, je d&#233;clarais venir pour &#231;a, je serais le dernier des pr&#233;tentieux. On intervient dans une classe parce qu'une relation de confiance est d&#233;j&#224; install&#233;e. On est un facteur de risque, de d&#233;stabilisation, et non pas un intervenant social, ou un r&#233;parateur de robinetterie humaine. J'ai travaill&#233; aussi avec des scientifiques, ou des acteurs de th&#233;&#226;tre, ou des &#233;tudiants en Beaux-Arts : le langage, qui nous rassemble, est un atelier collectif, un immense chantier dans un univers, qu'il s'agisse de la ville, de nos relations &#224; la m&#233;moire, au temps ou &#224; l'espace, profond&#233;ment en rupture. Travailler avec ceux qui sont dans le c&#339;ur de cette rupture nous aide, nous, &#224; d&#233;pister les zones d'intensit&#233;, les zones urgentes &#224; investir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/invention2.jpg?1349362957' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>petit r&#233;pertoire d'exercices sommaires pour la lecture &#224; voix haute</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3802</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3802</guid>
		<dc:date>2021-07-21T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;r&#233;capitulatif approximatif d'exercices et remarques venus au cours des ateliers et concernant la voix et la lecture&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique40" rel="directory"&gt;2 | former et se former &#224; la conduite d'atelier d'&#233;criture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3802.jpg?1626848613' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3802.jpg?1626848619&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_OgGiT-_Wdg&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;workshop &#233;coles d'arts &#224; Th&#233;&#226;tre Ouvert, 2019, avec participation Marin Fouqu&#233;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note compl&#233;mentaire, 2021&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Je reprends cet article de 2013, mais qui repr&#233;sente pour moi une constante depuis 1988, o&#249; j'ai commenc&#233; (&#244; d&#233;couverte de Val&#232;re Novarina) mon propre parcours dans la lecture &#224; voix haute, dans le cadre du module formation de formateur des &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/ateliers/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cycles ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt; (module formation, acc&#232;s r&#233;serv&#233;).
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me versant (exercices pour soi, utilisation de la voix en atelier) c'est ce qui concerne la lecture sc&#233;nique, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1211' class=&#034;spip_in&#034;&gt;on ici&lt;/a&gt;, et c'est aussi un article qu'on va r&#233;actualiser mais plut&#244;t, comme ce qui est d&#233;velopp&#233; ici, dans le cadre des tutos de &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/francoisbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'espace Patreon de Tiers Livre&lt;/a&gt;, visiez, rejoignez-nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;introduction initiale, 2013&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&#192; l'&#201;cole (nationale sup&#233;rieure) d'arts de Cergy, la semaine derni&#232;re, pour cause de gr&#232;ve &#224; l'&#233;cole primaire, une grande Sidonie de CE1 est venue nous &#233;couter dans la salle de danse o&#249; on lisait, j'avais parl&#233; de ce &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1621&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;moment magique&lt;/a&gt;, ce que je ne savais pas alors c'est ce qu'elle en avait dit &#224; sa m&#232;re, au retour : &#171; Maman, tu sais, ils sont comme nous, ils &lt;i&gt;font de la lecture&lt;/i&gt;. &#187; Temps alors de mettre au clair ce pourquoi nous aussi, comme en CE1, &lt;i&gt;faisons de la lecture&lt;/i&gt;. Pr&#233;alablement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ces exercices ne sont pas des recettes de cuisine, juste un r&#233;capitulatif de propositions faites par moi-m&#234;me en atelier &#224; tel moment et avec tel groupe &#8211; et y aller doucement dans l'application, sans accompagnement de d&#233;part ils peuvent facilement aussi &#234;tre destructifs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les consultations sur ces pages d&#233;passant largement le cercle de ses destinataires (&#233;l&#232;ves &#233;cole d'arts Cergy), et les dipl&#244;mes et formations en &#233;criture cr&#233;ative se multipliant (ce dont je me r&#233;jouis, mais on ne peut pas dire que la pr&#233;sence en ligne progresse du m&#234;me pas, ce qui fait assez chat &#224; trois pattes), je recommande aux apprenants et pratiquants en &#233;criture cr&#233;ative de demander plut&#244;t &#224; leurs enseignants respectifs leurs propres propositions en la mati&#232;re, c'est &#224; vous les apprenants de poser votre territoire et vos exigences ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aucune pr&#233;tention &#224; loi g&#233;n&#233;rale : comme pour les propositions d'&#233;criture, &#224; chacun de d&#233;velopper ses exercices en fonction de l'exp&#233;rience acquise et de sa propre pratique, ou l'apport d'intervenants ext&#233;rieurs, danseurs par exemple, ou musiciens &#8211; juste ici quelques pistes dont je me sers moi ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; certains m&#233;tiers, comme celui des enseignants primaire ou secondaire, supposent un usage constant de la voix : les anciens IUFM consacraient 2 s&#233;ances de 4 heures au travail avec orthophoniste, et m&#234;me cela a disparu &#8211; ces exercices de ma&#238;trise &#233;l&#233;mentaire du souffle et de la voix peuvent &#234;tre de grande aide, mais, comme la culture num&#233;rique, ce n'est pas int&#233;gr&#233; encore dans le paysage ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; principe d&#233;cisif, radical, irr&#233;versible : il ne s'agit pas pour moi de formater la lecture &#224; haute voix, mais bien de permettre &#224; chacun d'avancer dans ce qu'on convoque de l'oreille interne dans l'instant m&#234;me de l'&#233;criture. La lecture &#224; haute voix, c'est le prononc&#233; mental dans l'exercice silencieux de l'&#233;criture, et c'est pour cela que sa mat&#233;rialisation est n&#233;cessaire : pour s'annihiler ensuite dans l'&#233;criture, o&#249; l'oreille fatiguera toujours avant la main ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on n'applique jamais tous ces exercices en m&#234;me temps, m&#234;me lors d'un stage de week-end consacr&#233; uniquement &#224; la lecture &#224; voix haute &#8211; vous progresserez parce que vous saurez, dans chaque condition concr&#232;te d'instants lus, sugg&#233;rer &#224; l'&#233;l&#232;ve tel exercice ou tel autre, pris parmi l'ensemble des exercices d&#233;j&#224; tent&#233;s, ou bien (l&#224; c'est notre r&#233;compense) dont vous aurez l'intuition pr&#233;cise &#224; cet instant et pour &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; lecteur, et qui viendra s'ajouter &#224; cette sorte de r&#233;serve secr&#232;te dont je veux faire ici pour la premi&#232;re fois une sorte d'inventaire au moins partiel ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aux coll&#232;gues auteurs ou formateurs : aucun probl&#232;me pour utiliser ces exercices, ils sont ici pour le partage, mais citez quand m&#234;me vos sources quand vous les reprenez &#8211; c'est ce que je fais moi aussi, et merci Val&#232;re, Bonaff', Dominique P., Charlie T., Gilles B., Claude G. et les autres. Mention particuli&#232;re pour Bernadette Val et Nicole Jouy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;petit r&#233;capitulatif des exercices concernant la lecture &#224; voix haute&lt;h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant le b&#226;illement&lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Derri&#232;re le palais labial, environ plus de 70 muscles coordonnent l'espace buccal : le b&#226;illement est la fa&#231;on la plus &#233;l&#233;mentaire de les &#233;tirer, et d&#233;gager cet espace non convoqu&#233; dans l'usage conversationnel. Penser dans le b&#226;illement &#224; bien d&#233;contracter et laisser aller le maxillaire inf&#233;rieur, laisser la nuque souple. Ce b&#226;illement peut se pratiquer &#224; nouveau &#224; l'instant m&#234;me de commencer la sc&#232;ne ou la lecture.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la luette&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Exercice &#224; pratiquer seul chez soi, deux &#224; trois semaines suffiront en prenant une &#224; deux minutes tous les deux ou trois jours : devant miroir, prononcer successivement A - &#200; - &#201; - I. Les premiers jours, la luette sera largement ouverte en U invers&#233; sur le A, et se refermera. Au bout de quelques jours, vous prononcerez les voyelles fermantes tout en gardant &#224; la luette cette ouverture.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la langue&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#192; pratiquer seul chez soi aussi, mais sera un peu plus long pour les r&#233;sultats. Dans la m&#234;me suite de voyelles fermantes, la tendance de la langue, qui reste &#224; plat dans la bouche pour le A, sera de s'&#233;lever vers le palais pour le I. &#192; vous d'apprendre &#224; contr&#244;ler qu'elle reste &#224; plat quelle que soit l'&#233;nonciation.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant les r&#233;sonateurs&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Sans entrer dans le domaine complexe des chanteurs, les quatre sinus faciaux sont nos r&#233;sonateurs principaux de la voix lisant. Un simple et &#233;nergique massage des deux c&#244;t&#233;s du haut des narines va concerner les deux principaux (tentez de sentir, &#224; la racine du nez, le d&#233;bouch&#233; des deux canaux lacrymaux), puis idem la zone frontale entre les deux sourcils, pour les deux sinus secondaires.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant les coussinets lymphatiques cervicaux&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Les deux coussinets lymphatiques servant d'amortisseur entre la bo&#238;te cr&#226;nienne et les cervicales ont de toujours &#233;t&#233; un objet d'attention particuli&#232;re dans les rituels depuis l'origine, et les kin&#233;s d'aujourd'hui le savent bien. Je sugg&#232;re juste de reprendre quelques &#233;tirements lat&#233;raux et verticaux de la nuque, la paume gauche pos&#233;e sur cette zone d'appui cr&#226;ne et cervicales, puis l'&#233;mission de quelques sons pour en sentir la vibration. Un peu d'entra&#238;nement, et lorsque vous lirez ou chanterez, il vous sera possible d'identifier avec pr&#233;cision ce r&#233;sonateur (ne pas h&#233;siter &#224; lire avec la paume gauche souplement sur la nuque pour en sentir l'&#233;mission).
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la souplesse des l&#232;vres&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ma professeur de chant, dans les autrefois, disait que c'&#233;tait la m&#234;me sensation qu'&#224; d&#233;guster chaque ann&#233;e la premi&#232;re fraise (elles n'&#233;taient pas import&#233;es d'Espagne, en ces temps recul&#233;s). Les b&#233;b&#233;s le savent naturellement, avec leur &lt;i&gt;pfou&lt;/i&gt; postillonnant maintenu au moins cinq secondes. Maintenez-le dix secondes. Quand vous lisez, pensez &#224; autoriser le plaisir de vos l&#232;vres, plaisir qu'elles prennent seules et sans penser au reste.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la prise de respiration, 1&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pratiquer &#8211; mais c'est sugg&#233;r&#233; pour toutes les disciplines et concentrations &#8211; une respiration lente et compl&#232;te, allong&#233; pour commencer, puis simplement dans la position o&#249; vous &#234;tes, en concentrant l'attention sur les phases successives de la respiration ventrale, puis le d&#233;pli des c&#244;tes flottantes, enfin le remplissage costal, marquer un l&#233;ger temps d'arr&#234;t, puis expire dans l'ordre inverse. &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la prise de respiration, 2&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Lorsque vous ma&#238;trisez suffisamment cette phase de respiration, pratiquer le m&#234;me exercice mais en occultant de la main du m&#234;me c&#244;t&#233; une narine et puis l'autre. L'exercice est plus complet mais plus violent, il est recommand&#233; de ne pas l'exercer seul dans les premiers temps.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la respiration sanglot&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Une prise suffisante de souffle est la condition d'une lecture audible. Pour qu'elle s'exerce amplement et librement, l'exercice traditionnel des chanteurs c'est la reprise de souffle en &#171; respiration sanglot &#187;, et de lire une fois le texte en faisant entendre ces sanglots de reprise de souffle.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant les c&#244;tes flottantes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Dans la musique classique indienne, le r&#233;sonateur naturel que constituent les c&#244;tes flottantes est le diapason sp&#233;cifique &#224; chaque chanteur (pour les hommes, plut&#244;t vers le do di&#232;se, pour les femmes, plut&#244;t vers le sol di&#232;se) sur lequel s'accordent la tempura et les autres instruments. Percevoir, une paume pos&#233;e souplement sur un des c&#244;t&#233;s, ce point de r&#233;sonance, et lire en se tenant le plus possible &#224; ce diapason.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la tenue assis ou debout&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Le rapport au sol conditionne l'&#233;nergie du dire. On ne la contourne pas, et elle aussi s'apprend. M&#234;me sans danseur avec vous, contraignez &#224; quelques r&#232;gles minimum : jambes crois&#233;es, pieds &#224; tics, agitation diverse, main sur la joue ou qui gratte le dessous de bras, rien de &#231;a qui soit m&#233;chant mais &#231;a se r&#232;gle une bonne fois pour toutes avec chacun. Apr&#232;s, l'appui du pied au sol : m&#234;me si on travaille ensuite sur les points d'&#233;nergie &lt;i&gt;hors du corps&lt;/i&gt; (lire en tension sur point 10 cm devant le nombril et 30 cm derri&#232;re une des &#233;paules au choix, un basique dans le d&#233;but d'apprentissage de la l&#233;vitation traditionnelle), &#231;a commence par l'appui au sol. Faites lire debout. Si assis, d&#233;montrez qu'on peut retirer la chaise de sous les fesses de celui qui lit et rien ne changera (j'aime bien le prouver, &#231;a fait rire, mais si c'est un &#233;l&#232;ve &#224; moi que vous croisez essayez et vous verrez). L'appui sur les reins en position assise est une base d'apprentissage consid&#233;rable pour pianistes et violoncellistes &#8211; ou le tr&#232;s beau et grand livre sur l'art du violon de Yehudi Menuhin, dont le premier tiers est consacr&#233; &#224; des exercices sans violon.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la chute en fin de phrase&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Elle est le d&#233;faut le plus &#233;l&#233;mentaire de la lecture non travaill&#233;e. Un appui pour la correction de ce r&#233;flexe &#8211; h&#233;rit&#233; de la non prise en compte de la voix dans les pratiques d'enseignement litt&#233;raire &#8211; en comptant toujours un temps mental apr&#232;s le point, et consid&#233;rer ce temps silencieux de la phrase comme de la voix encore : elle peut y retomber &#224; souhait.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant le temps mental de ponctuation&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Le matraquage rythmique des radios commerciales doit y contribuer, mais la d&#233;clamation h&#233;rit&#233;e du th&#233;&#226;tre n'y aide pas. La respiration d'un texte lu &#224; haute voix c'est d'abord le temps mental d'appropriation de celui qui l'&#233;coute. &#192; celui qui lit de se concentrer mentalement sur cette inscription mentale silencieuse de ceux qui l'&#233;coutent, comme une &#233;criture encore. Je fais compter mentalement 1, 2, 3 aux virgules, et 1, 2, 3, 4, 5 aux points, et en g&#233;n&#233;ral ce que celle ou celui qui lit consid&#232;re alors comme une exag&#233;ration ou une impolitesse ou simplement la trouille monstre du vide est simplement per&#231;ue par le groupe comme un rythme enfin possible. La ponction est la simple notation de pause des port&#233;es musicales.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant le lieu textuel de prise du souffle&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Nombre d'acteurs, dans leur temps de pr&#233;paration du texte, indiquent d'une apostrophe leurs points de reprise souffle, qui ne co&#239;ncident pas forc&#233;ment avec les ponctuations du texte. Pratiquer la reprise souffle dans un point de liaison syntaxique forte permettra de b&#233;n&#233;ficier de l'attente naturelle cr&#233;&#233;e, et de mettre l'accent sur cette liaison forte. Au contraire, la ponctuation saisie dans la continuit&#233; du souffle sera bien mieux per&#231;ue comme acte de rupture syntaxique ou silence contr&#244;l&#233;. Mes exercices d'&#233;criture bas&#233;s une fois sur l'absence de ponctuation, et une autre fois sur la ponctuation monodique (&lt;i&gt;slash&lt;/i&gt; dans le premier Rabelais, tiret chez Flaubert, Collobert et bien d'autres) ont aussi pour but d'initier cette autonomie relative de la reprise de souffle et des pauses syntaxiques. Personnellement, je ne marque pas mes reprises souffle sur le texte lu, mais je suis toujours concentr&#233;, lisant, sur leur anticipation.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la concentration de lecture&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
La concentration de lecture s'&#233;duque en la trompant. Ainsi, cet exercice &#233;l&#233;mentaire vital pour tout pianiste d'avoir les yeux trois mesures avant celle que les mains sont en train de jouer. Ayez les yeux trois ou cinq mots en amont de ce que vous &#234;tes en train de lire. Que cela devienne r&#233;flexe et p&#233;renne.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la tenue du texte&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ils vous diront qu'ils n'arrivent pas &#224; se relire : alors qui pourra ? Prendre dix minutes en fin d'atelier, avant le moment o&#249; on lit, pour recopier &#8211; et recopier uniquement dans le but de lire. Si c'est &#224; l'ordinateur, imprimer en police plus large, en pensant &#224; la tenue dite Novarina, paumes lev&#233;es plafond (j'&#233;vite le mot ciel), bras parall&#232;les et mi tendus, pour que la crispation des bras ne soit pas une entrave &#224; la libert&#233; de souffle. Quand vous lisez, soyez presbyte. &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant l'articulation basique : les consonnes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
La langue fran&#231;aise est faite de voyelles et de consonnes. Les linguistes en comptent un total d'une soixantaine &#8211; les chiffres divergent selon les &#233;coles, mais l'alphabet n'en est que l'outil d'une combinatoire simplifi&#233;e (mais commode, n'en doutons pas). Voici deux exercices qui sont des basiques de la chorale de paroisse, mais dont l'efficacit&#233; ne permet pas qu'ils soient contournables, en groupe comme dans la pratique personnelle. On commencera par le plus stup&#233;fiant, qui concerne les syllabes. On ne lira pas &lt;i&gt;Sois sage &#244; ma douleur et tiens-toi plus tranquille&lt;/i&gt;, on lira, mais avec l'intonation et un rythme r&#233;gulier (m&#233;tronome sur votre iPhone, ou claquement de doigts) : &lt;i&gt;esse esse g&#233; emme d&#233; elle erre t&#233; t&#233; p&#233; t&#233; qu elle&lt;/i&gt;. Une fois compris le principe (quand on leur dit : &#8212; Lis-nous juste les consonnes, ils font toujours les &#233;tonn&#233;s c'est une bonne tactique de d&#233;fense), contraindre &#224; la lecture de cinq ou dix lignes du texte, puis revenir &#224; la lecture normale. L'exercice, je l'ai dit, est stup&#233;fiant, m&#234;me pour soi-m&#234;me et bri&#232;vement dans les derni&#232;res minutes avant d'entrer en sc&#232;ne. Pourquoi, je n'en sais fichtre rien, sauf que. On peut juste supposer, en fait. Un, supprimer l'entit&#233; &lt;i&gt;mot = sens&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;mot = bulle&lt;/i&gt;, on passe &#224; la prose compt&#233;e. Deux, le prononc&#233; de la consonne, sur les r&#233;glages du synth&#233;tiseur analogique, c'est le &lt;i&gt;temps d'attaque&lt;/i&gt;. L&#224;, il est s&#233;par&#233; du &lt;i&gt;temps de tenue&lt;/i&gt;, il va donc &#234;tre bien plus percussif et bref. Trois, tout simplement une hausse d'intensit&#233; brutale (tr&#232;s brutale) de la concentration (pourquoi se concentrerait-on pour lire, quand on fait &#231;a depuis l'&#233;cole primaire...), mais une concentration qu'on a tout aussi brutalement s&#233;par&#233;e du texte comme sens, et appliqu&#233;e &#224; consid&#233;rer seulement le texte comme signes. Vingt ans que je me sers de cet exercice comme on lace ses baskets, mais tout aussi bien comme on pratique la respiration &#8211; voir ci-dessus &#8211;, c'est aussi naturel que d'avoir m&#233;moris&#233; par coeur le sonnet &lt;i&gt;Voyelles&lt;/i&gt; de Rimbaud.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant l'articulation basique : les voyelles&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Lire d'abord ci-dessus. Puis oubliez les consonnes et pensez aux voyelles. Le m&#234;me vers de Baudelaire, &lt;i&gt;Sois sage &#244; ma douleur et tiens-toi plus tranquille&lt;/i&gt;, devient : &lt;i&gt;OUA A O A OU EU &#201; IN OI U AN I...&lt;/i&gt;, ce qui n'est pas tr&#232;s beau je le conc&#232;de, mais vous constaterez de suite par exemple le r&#233;flexe de prononcer ces voyelles ou diphtongues comme des entit&#233;s distinctes, et que la premi&#232;re reprise c'est de la tenir dans un souffle d'un seul tenant. Ensuite, que cela peut vibrer comme un bourdon, et que si on installe bien ce bourdon indistinct, c'est lui qui se mod&#232;le progressivement selon le moule des voyelles et diphtongues : proposez que cela soit fait tr&#232;s lentement, et avec douceur. Votre &#233;l&#232;ve s'imagine que vous le prenez pour un d&#233;bile, &#224; patauger dans le yaourt : s'il est d'ob&#233;dience punk, dites-lui (et prouvez-le par votre iTunes), que les meilleurs chanteurs rock punk et tout &#231;a en r&#233;p&#233;tition construisent leur chanson &lt;i&gt;en yaourt&lt;/i&gt; (c'est l'expression technique), et ins&#232;rent les paroles ensuite. S'il est enseignant ou d'ob&#233;dience classique, prenez un vers d'un lied de Brahms, tenez, tout simple : &lt;i&gt;Meine Liebe ist gr&#252;n&lt;/i&gt; puisque l'amour est toujours vert, et faire faire le m&#234;me exercice, consonnes d'abord, voyelles ensuite : jamais un chanteur de lied qui s'en serait dispens&#233;.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la fontanelle&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Grand myst&#232;re que celui de cette membrane souple assurant chez l'enfant la possibilit&#233; pour la bo&#238;te cr&#226;nienne de grandir. Elle ne solidifie jamais compl&#232;tement, c'est un peu comme si on &#233;tait coiff&#233; d'un tambourin. Un simple massage la r&#233;veillera et vous permettra de vous en r&#233;approprier les contours. &#202;tre conscient que chaque fraction s&#233;par&#233;e de ce qui constitue la bo&#238;te cr&#226;nienne r&#233;sonne s&#233;par&#233;ment dans la lecture. &#201;mettre quelques sons tr&#232;s graves, le plus grave que vous pourrez, pour sentir la vibration la plus lente de la fontanelle. Garder cette sensation pr&#233;sente dans le temps que vous lisez.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant le regard lisant&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ils vous diront tous que pour lire il faut avoir l'oeil sur sa feuille. R&#233;pondez qu'en ce cas la feuille n'a pas &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e de son utilisation comme support graphique &#224; celle de support pour la lecture. Il ne s'agit pas seulement de contraindre le regard &#224; s'adresser au groupe, mais plut&#244;t de renforcer le r&#233;flexe naturel d'une anticipation par tampon. Vous m&#233;morisez dix mots ou un h&#233;mistiche, et c'est celui que vous r&#233;citez &#8211; la lecture texte en main est &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; une &lt;i&gt;r&#233;citation&lt;/i&gt;. &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la p&#233;riph&#233;rie r&#233;tinienne&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Les exercices concernant la p&#233;riph&#233;rie r&#233;tinienne (commencer par ce classique de la danse, d'&#233;loigner les deux mains vers la limite du champ oculaire, puis de les &#233;loigner encore progressivement et tr&#232;s lentement pour d&#233;couvrir que le champ oculaire r&#233;el est bien plus large que le champ oculaire convoqu&#233; pour l'usage quotidien) sont n&#233;cessaires dans l'&#233;criture comme ils le sont pour la chasse (vision d&#233;localis&#233;e, susceptible comme chez l'animal de rep&#233;rer le mouvement ind&#233;pendamment des formes fixes) ou pour le peintre (regarder 40 secondes un mur ou une fen&#234;tre, redire la totalit&#233; des &#233;l&#233;ments et d&#233;tails observ&#233;s m&#234;me dans le contexte urbain le plus banal), mais ils vont &#234;tre la cl&#233; pour l'ind&#233;pendance de l'oeil et du texte. On ne demande pas &#224; l'&#233;l&#232;ve de &lt;i&gt;regarder&lt;/i&gt; son public, et je ne sais pas ce que regarde l'acteur lorsqu'il joue &#8211; mais que nous ayons, nous auditeurs, acc&#232;s &#224; son regard en travail, et donc non pas la paupi&#232;re baiss&#233;e sur regard orient&#233; vers feuille. Alors d'abord &#233;videmment lever la feuille, puis d'abord &#233;videmment la tenir &#224; l'horizontale (combien de photos de lectures d'auteur dont on voit &#224; peine un bout de front passer au-dessus du lutrin, du moins avant que l'iPad existe, mais c'est pareil avec l'iPad, sauf ceux qui s'en sont offert des transparents). &#192; vous de travailler, en intervenant dans le champ visuel de l'&#233;l&#232;ve en y ins&#233;rant votre main (par exemple) et la relevant progressivement, que seule la p&#233;riph&#233;rie r&#233;tinienne ait encore acc&#232;s au texte &lt;i&gt;non pas pour lire&lt;/i&gt; mais comme appui m&#233;moriel &#224; la diction. Une fois ce d&#233;couplage effectu&#233;, c'est gagn&#233;.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la m&#233;moire instantan&#233;e&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Bien s&#251;r, personne pour &#234;tre capable de r&#233;citer son propre texte. Mais certains &#233;crivent tr&#232;s bref, et comment le leur reprocher ? On peut aussi travailler sur le fragment ou l'aphorisme. Dans ce cas, demande l&#233;gitime de restituer le texte de m&#233;moire, sans l'appui d'un support. Mais cela vaut aussi pour le texte long, avec deux variantes : j'arr&#234;te la lecture &#224; un moment pr&#233;cis, quand il me semble que cette intimit&#233; d'avec le texte est rompu, et je demande &#224; l'&#233;l&#232;ve de me redire de m&#233;moire, sans regarder la feuille, cette phrase pr&#233;cise qu'il vient de lire. Variante : je demande &#224; l'&#233;l&#232;ve, la lecture faite, de redire de m&#233;moire le maximum d'&#233;l&#233;ments dispers&#233;s qu'il peut convoquer. Dans les deux cas, la voix change. Dans les deux cas, je demande de se charger de la m&#233;moire corporelle et sensorielle de cette voix, ce qu'on vient d'entendre &#224; l'instant, et de relire texte en main. &#199;a fonctionne &#224; chaque fois.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la coupe paragraphe&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je propose toujours, dans un cycle, des exercices bas&#233;s sur la fragmentation en paragraphes distincts. C'est souvent aussi un des modes d'&#233;criture de ce que proposent les &#233;l&#232;ves. C'est un geste formel cons&#233;quent, qu'on saura nier dans d'autres exercices (le monologue chez Kolt&#232;s ou Thomas Bernhard). Lorsqu'un &#233;l&#232;ve a lu un texte bas&#233; sur la coupe en paragraphes, ne pas h&#233;siter &#224; proposer une deuxi&#232;me lecture o&#249; les paragraphes seront lus en ordre inverse. A priori, on se s&#233;pare du sens, en annihilant la continuit&#233; narrative. Mais justement. Avec deux remarques. La premi&#232;re tient au sens lui-m&#234;me : l'ordre d'&#233;criture d'un texte, c'est comment il passe de son intuition premi&#232;re &#224; la r&#233;alisation de son objet &#8211; qu'on inverse le sens de lecture, et la &lt;i&gt;prise&lt;/i&gt; d'&#233;criture, depuis l'objet m&#234;me, sera un appui bien plus net, et peut-&#234;tre le vague ou la qu&#234;te du d&#233;but une fin bien plus &#233;largissante que l'ordre initial. La deuxi&#232;me tient &#224; la gestion de la dynamique m&#234;me de la coupe dans la lecture &#8211; lire &#224; l'envers de l'ordre des paragraphes, et l'oeil va s'interrompre, va devoir remonter deux paragraphes pour trouver son point d'accroche, et chaque d&#233;but de paragraphe ne sera pas une continuit&#233; lin&#233;aire, mais un incipit. C'est ce changement-l&#224; qu'on va essayer de m&#233;moriser et sauver en revenant &#224; la lecture premi&#232;re.&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant le parler oreille&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je ne sais pas comment nommer cet exercice, mais c'est un des plus fabuleux que je connaisse &#8211; un classique des conservatoires de th&#233;&#226;tre, rien de r&#233;volutionnaire ni personnel. Mais je pr&#233;f&#232;re qu'il soit pratiqu&#233; &#224; trois (deux pour chuchoter, un pour r&#233;citer) qu'&#224; deux. Deux &#233;l&#232;ves proches de celui qui lit prennent son texte, chacun ou chacune va le lui chuchoter alternativement &#224; l'oreille, phrase par phrase, et celui qui a &#233;crit va donc lire sans texte &#224; la main, juste en r&#233;p&#233;tant &#224; voix haute ce qu'on lui chuchote. L'exercice est suffisamment sublime dans le r&#233;sultat pour qu'on lui offre des variantes : l'imp&#233;ratif pour celui qui a &#233;crit de dire son texte sans interruption, &#224; charge pour les deux &#233;l&#232;ves charg&#233;s du chuchotement oreille de lui fournir exactement la bonne mati&#232;re &#224; mesure qu'il en a besoin, sans pause. Ou pour travailler la diction m&#234;me, le plus fort possible, ou au contraire chuchot&#233;, ou tout ce qu'on peut inventer dans la mesure o&#249; le rapport au texte &#233;crit n'est plus une charge. Variante importante : l&#224; en bin&#244;me, celui ou celle qui a &#233;crit va chuchoter &#224; l'oreille de celle ou celui qui accepte de lire &#224; la place de l'auteur. L'auteur donnant donc &#224; son (ou ses, on peut tr&#232;s bien faire &#231;a &#224; quatre, l'auteur et trois diseurs) diseur la mati&#232;re qui va &#234;tre amplifi&#233;e pour le groupe.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant les appuis dans le continu&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Encore un classique des conservatoires, mais qu'on applique &#224; son propre texte. Attention, haute difficult&#233;, grande concentration n&#233;cessaire, et pour le prof mieux de l'avoir fait une fois avec quelqu'un qui pratique d&#233;j&#224; : une fois la premi&#232;re lecture faite, demander &#224; l'&#233;l&#232;ve de restituer les cinq mots qui lui ont sembl&#233; les plus importants. L'aider en les comptant sur ses doigts, les m&#233;moriser aussi (vraiment important, en fait l'exercice se fait vraiment en bin&#244;me prof &#233;l&#232;ve), premi&#232;re phase. Puis, en lui demandant de se concentrer sur ces cinq mots, phase o&#249; vous l'aiderez : demander &#224; l'&#233;l&#232;ve de restituer cinq bribes syntaxiques, ou images, ou fragments de phrase dans lesquels figuraient tour &#224; tour ces cinq mots. D&#233;j&#224;, un autre texte na&#238;t : un &#233;tonnant texte en langue singuli&#232;re, comme cinq lambeaux vivants arrach&#233;s &#224; une mati&#232;re inconnue, et cela il faut l'entendre. Ensuite, relire le texte sans se pr&#233;occuper de rien. Le&#231;on : la lecture d'un texte long n'est pas structur&#233;e seulement par ses &#233;l&#233;ments diacritiques (la phrase, le paragraphe) ou la grammaire narrative, mais aussi par son propre chemin de symboles, noeuds, sauts, figures. Et ce sont &#224; l'&#233;vidence (&#231;a ne rate jamais) ces cinq phrases arrach&#233;es d'un tr&#232;s difficile exercice de concentration mentale qui ont cette fois-ci donn&#233; sa marche au texte et l'ont rendu implacable.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la port&#233;e de la voix&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Jamais besoin de hurler, pour la litt&#233;rature. Le cri m&#234;me sera la plus belle et discr&#232;te offrande : ce sont les mots, qui hurlent et qui br&#251;lent &#8211; et &#231;a se travaille comme le reste. Les livres parlant le mieux de l'art du th&#233;&#226;tre ne proc&#233;deront pas diff&#233;remment (Grotowski, Stanislawski). J'aime citer la belle image d'Antoine Vitez : vous &#234;tes au bord d'un fleuve, deux personnes sont c&#244;te &#224; c&#244;te de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve, vous devez dire quelque chose de tr&#232;s important, voire de secret, &#224; l'une de ces personnes sans que l'autre entende. &#201;tonnant comme la seule concentration sur cette image va aider &#224; porter les mots vers le groupe. On peut y aider. Bien s&#251;r supposant que les &#233;tapes pr&#233;c&#233;dentes soient r&#233;gl&#233;es, une respiration ais&#233;e, franche et libre. Non pas monter la voix en volume, mais assurer le passage du souffle et augmenter son ampleur, conna&#238;tre ses r&#233;sonateurs et y &#234;tre sensible. Ensuite, variante &#224; votre gr&#233; : si la salle est grande, aller tout au fond de la salle, et redire le m&#234;me texte pour le groupe, sans &#233;lever la voix mais de loin. Si le groupe occupe toute la salle, se choisir un destinataire en diagonale et ne lire que pour lui. Revenir sur ce en quoi &lt;i&gt;l'&#233;coute&lt;/i&gt; est pour l'acteur un travail aussi actif que la tirade (texte de Claudel sur &#224; quoi pense l'acteur qui &#233;coute ce que dit son partenaire quand on joue Racine !) : celui qui va recevoir le texte interviendra par son &#233;coute autant que celle ou celui qui la lui adresse. &#201;videmment des tas d'exercices &#224; combiner ensuite. Variante, si &#231;a ne suffit pas : soit l'auteur lui-m&#234;me (dans son t&#233;l&#233;phone, dans son ordi) a de la musique &#224; &#233;couter au casque, soit un copain ou moi-m&#234;me on peut le lui mettre sur les oreilles. &#201;videmment, alors m&#234;me qu'on n'y est pas arriv&#233; avec aucun des exercices pr&#233;c&#233;dents, d'un seul coup on sera dans la &lt;i&gt;voix de sourd&lt;/i&gt;, beaucoup plus forte, d&#233;tach&#233;e, cri&#233;e dans le bruit de foule &#8211; demander alors de se concentrer sur les perceptions ressenties, et donc garder le m&#234;me volume, la m&#234;me nettet&#233;. Le groupe arbitre.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;concernant la posture de r&#234;ve lorsqu'on lit&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
On travaillera bien s&#251;r l'espace sp&#233;cifique du r&#234;ve et de l'&#233;criture du r&#234;ve dans des s&#233;ances d&#233;di&#233;es. Mais les exercices concernant la pratique du r&#234;ve sont un domaine aussi important, en tout cas de veiller &#224; son construction et sa permanence, que la tenue du carnet (quelle que soit la forme mat&#233;rielle du carnet, y compris num&#233;rique). Je ferai un billet similaire sur cette question de la pratique des exercices du r&#234;ve comment pourquoi. Mais le premier, le plus simple &#224; &#233;duquer, et un des plus fascinants pourtant, c'est celui concernant la pratique d'&lt;i&gt;arr&#234;ter le r&#234;ve&lt;/i&gt;, et de se contraindre, sans interrompre qu'on r&#234;ve, &#224; se tourner vers la gauche ou vers la droite, et examiner ce qu'il y a &lt;i&gt;sur les bords du r&#234;ve&lt;/i&gt;. &#192; quoi le r&#234;ve r&#233;pondra souvent par montrer une nouvelle paroi, une nouvelle porte ou couloir, ou souvent une fen&#234;tre, et vous r&#233;pondrez &#224; son jeu en vous d&#233;pla&#231;ant dans le r&#234;ve jusqu'au nouvel obstacle, pour d&#233;couvrir ce qu'il y a &lt;i&gt;de l'autre c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; (le titre de Kubin) et c'est l&#224; que l'aventure commence. Je citerai juste un autre exercice traditionnel, voire classique, mais beaucoup plus difficile (voir Castaneda), celui de &lt;i&gt;trouver ses mains dans son r&#234;ve&lt;/i&gt;. Cette posture d'attention &#233;veill&#233;e, mais dans un domaine qui vous interdit la reprise d'autorit&#233;, est pour moi la sensation m&#234;me de la lecture &#8211; on imp&#233;ratif d'&lt;i&gt;avanc&#233;e&lt;/i&gt; &#8211;, qu'on soit seul &#224; pousser le texte, ou qu'on tranche dans le temps pour r&#233;imposer sa voix dans l'espace du musicien avec qui on lit. Je ne parle pas ici de ces exercices de pratique du r&#234;ve, mais je m'appuie sur eux : en se concentrant sur notre posture de r&#234;veur travaillant son r&#234;ve, pouvons-nous prendre conscience de l'espace int&#233;rieur charg&#233;, dans le temps m&#234;me de la lecture et sans jamais l'interrompre, d'&#234;tre vigilant sur les dizaines de micro-param&#232;tres, inclus dans le texte mais d&#233;bordant largement le texte, que les exercices pr&#233;sent&#233;s ici ont permis d'identifier, et qui sont notre activit&#233; d&#233;mente dans le temps m&#234;me de la lecture, comme si nous ne nous occupions pas d'elle, qui a sa propre loi comme le r&#234;ve a sa loi ? C'est une question et une suggestion, pas une affirmation.
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>outils du roman #14 | faire parler le mort</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575</link>
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		<dc:date>2020-09-15T16:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre invite... </dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>
		<dc:subject>Kasischke, Laura</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un exercice d'&#233;criture &#224; la premi&#232;re personne du singulier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;14 | outils du roman&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot784" rel="tag"&gt;Kasischke, Laura&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3575.jpg?1372005927' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; image haut de page : cimeti&#232;re, Brooklyn. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour au &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3982' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral du cycle &#171; outils du roman &#187;&lt;/a&gt;, et acc&#232;s aux contributions ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour au &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4971' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral de l'atelier hebdo &amp; permanent&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;#14, faire parler le mort&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; de la consigne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; prendre 2 &#224; 3 jours de r&#233;flexion, dit Laura Kasischke, alors on le fait ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;crire un texte &#224; la 1&#232;re personne du singulier, dit Laura Kasischke, alors on le fait (ah oui, mais zut : ce n'est pas nous ?) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; attention : chacun.e de nous hant&#233; par des morts, c'est ancr&#233; jusque dans nos mythologies, &#224; chacun.e de le.la choisir &#224; bonne distance, pas l&#224; o&#249; &#231;a fait mal ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tout r&#233;cit est en qu&#234;te d'un secret : ce mort, qu'on choisit, conna&#238;t les ficelles de ce secret &#8211;- il ne va pas [nous] le raconter pour autant, mais ce qu'il va dire, de nous-m&#234;mes, de son pr&#233;sent comme des secrets du n&#244;tre, va nous permettre de renforcer cette sensation de secret qui meut notre r&#233;cit, tout en le laissant ouvert ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lorsqu'on explore les contributions au cycle, on reconna&#238;t la voix singuli&#232;re de chacun.e, sa mani&#232;re de phrase, on est pourtant en partie sourd et aveugle &#224; la sienne propre &#8212; notre mort, il la percevra ? et si ce qui caract&#233;risait ce mort c'&#233;tait la capacit&#233; &#224; parler depuis ou dans notre propre singularit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; attention : on n'est pas dans la reconstitution historique (on se s&#233;pare l&#224; de Laura Kasischke), les morts parlent de l'origine secr&#232;te de ce qui nous meut, ils parlent de nos tensions, agitations, inqui&#233;tudes au pr&#233;sent ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; attention : le mort peut &#234;tre mort d'hier, mort de ce matin, silhouette anonyme sous la b&#226;che au bord de la route, comme il peut &#234;tre ce personnage que cherchent &#224; reconstituer ou &#224; suivre plusieurs de nos r&#233;cits &#8212; l'arch&#233;ologie familiale n'est pas une contrainte, le mort c'est peut-&#234;tre celui que personne n'a encore d&#233;couvert, juste de l'autre c&#244;t&#233; de la cloison ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, ou au fait : vous avez lu &lt;i&gt;Bobok&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;h2&gt;sur Laura Kasischke&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans les livres de r&#233;f&#233;rence issus des &lt;i&gt;MFA&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Now write&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; en 2006 de Sherry Ellis, o&#249; elle a rassembl&#233; 76 enseignants de toutes les facs, et leur a demand&#233; chacun de pr&#233;senter un de leurs exercices favoris pour fiction, dialogue, personnages, construction etc, et a organis&#233; ces interventions de fa&#231;on &#224; reproduire un v&#233;ritable cycle de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;parer cette rencontre avec Laura Kasischke, quoi de mieux que de traduire ici l'exercice qu'elle pr&#233;sente dans &lt;i&gt;Now write !&lt;/i&gt; ? Et rien n'emp&#234;che de vous y coller aussi &#8211;- le vieux Malt Olbren (elle en a &#233;t&#233; l'&#233;l&#232;ve, pas de hasard) vous sugg&#233;rerait de chercher, dans notre propre litt&#233;rature fran&#231;aise, des exemples de r&#233;cit susceptibles pareillement de s'en faire l'exemple...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a Bob Marley, Walt Whitman, une bonne dose d'humour et une solide couche th&#233;orique de narrativit&#233;.... La classe, quoi... &#192; vos mots, &#224; vos morts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Laura_Kasischke&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Laura Kasischke&lt;/a&gt; : elle enseigne l'&#233;criture cr&#233;ative &#224; l'universit&#233; du Michigan (Residential College, Ann Arbor), et deux de ses romans sont traduits chez Bourgois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et revoie &lt;a href=&#034;http://www.ecrivainsenborddemer.fr/2013/Video/Video/creativewriting.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette vid&#233;o, &#224; la Baule &#171; &#201;crivains en bord de mer &#187;&lt;/a&gt;, dialogue sur le &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; avec elle-m&#234;me et Cole Swensen, anim&#233; par Bernard Martin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;txt&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Laura Kasischke | faire parler le mort&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;un exercice d'&#233;criture &#224; la premi&#232;re personne du singulier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On accuse les auteurs de fiction contemporaine de choisir les narrateurs &#224; la premi&#232;re personne du singulier par facilit&#233;. Mais la plupart de celles et ceux qui ont fait l'exp&#233;rience d'&#233;crire un r&#233;cit ou un roman &#224; la premi&#232;re personne vous diront qu'il y a &#233;norm&#233;ment de choses &#224; traiter dont on peut se dispenser lorsqu'on use de la troisi&#232;me personne. Parfois, cependant, la premi&#232;re personne n'est pas un choix, semble-t-il. Des auteurs racontent &#234;tre saisis, habit&#233;s, choisis par leurs narrateurs. Ils se glissent dans leurs personnages, leurs voix et leur sensibilit&#233;, comme le ferait un acteur, ou un m&#233;dium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice qui suit est une tentative de vous pr&#233;parer pour une telle possibilit&#233;, et vous aider &#224; planter le d&#233;cor d'une telle exp&#233;rience. Ou dresser la table pour qu'un invit&#233; de cette sorte survienne. L'exercice privil&#233;gie le processus sur le r&#233;sultat, et bien qu'on ne vous demande pas de croire &#224; un apr&#232;s-coup o&#249; les morts essayeraient de contacter les vivants (ils ont s&#251;rement autre chose &#224; faire, d'ailleurs), cela vous aidera certainement d'avoir au moins un peu de respect pour le subconscient. Bob Marley disait que les chansons sont juste l&#224; dans l'air, attendant que quelqu'un les &#233;coute pour les &#233;crire. De la m&#234;me fa&#231;on, mais en moins joli, quand nous sommes dans un &#233;tat sup&#233;rieur, nous sommes fond&#233;s &#224; croire que ces voix qu'on entend parfois sur la ligne du t&#233;l&#233;phone, chuchotant sous la conversation que vous essayez d'avoir avec votre ami, sont bien celles des morts. Et, m&#234;me si nous n'y avons pas cru, cela nous a amus&#233;s de faire comme si on y croyait. Et pourquoi pas ? L'id&#233;e que les morts ont encore des choses &#224; nous dire, et qu'il doit bien exister des instruments pour enregistrer leurs histoires est une superbe id&#233;e, depuis la croyance en une possible r&#233;ceptivit&#233; des mots et de la musique, de l'exp&#233;rience et de la conscience, des voyages, et que peuvent les collecter et les transf&#233;rer, les rendre immortelles m&#234;me, &#224; la fois les adolescents &#224; leur t&#233;l&#233;phone et les &#233;crivains &#224; leur bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exercice se propose de mettre l'&#233;criture fictionnelle au service de ces voix et les inviter &#224; parler, et que l'&#233;crivain soit l'instrument pour aller les capter &#8211;- et que les &#233;couter, puis les comprendre, est une des approches pour qu'&#233;crire &#224; la premi&#232;re personne puisse nourrir une narration authentique et &#233;nergique, plut&#244;t que ce &#224; quoi on accuse les &#233;crivains falots de recourir quand ils retombent &#224; l'usage de la premi&#232;re personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convoquez un fant&#244;me. Imaginez un locuteur, quelqu'un qui est mort (&#233;tait-ce hier, ou il y a mille ans ?) et n'a pas eu la possibilit&#233; de raconter son histoire. Le locuteur est juste l&#224; dehors, et vous a choisi. Le but, c'est que vous rendiez disponible pour celui qui veut raconter son histoire. J'ai remarqu&#233; que les apprentis-&#233;crivains r&#233;ussissaient mieux cet exercice s'ils trouvaient un locuteur qui, m&#234;me s'il n'est pas exactement un double d'eux-m&#234;mes, a des soucis similaires et les m&#234;mes combats. Les probl&#232;mes de votre mort peuvent ne pas &#234;tre les v&#244;tres, mais cela aidera qu'ils r&#233;sonnent avec eux. (Jack Kerouac disait : &#171; Les choses ne s'imbriquent pas, elles correspondent... C'est ainsi que les morts s'&#233;crivent les uns aux autres. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, prenez un jour ou deux pour penser &#224; qui est votre narrateur &#224; la premi&#232;re personne. Qu'est-ce qu'il ou elle fait de son temps libre ? Qu'est-ce qu'il ou elle aime pour le d&#238;ner, s'il est invit&#233; depuis l'autre monde &#224; une soir&#233;e dans celui-ci ? En avoir une image plus pr&#233;cise vous permettra de d&#233;velopper votre locuteur avant que vous commenciez &#224; entendre sa voix. Faites quelques recherches sur la p&#233;riode o&#249; il vivait. Allez au cimeti&#232;re o&#249; il, ou elle, est enterr&#233;. Si vous avez assez de courage, allez-y de nuit. Vous commencerez les premiers mots de l'histoire en imaginant la voix du mort vous parlant, ou parlant &#224; travers vous. Cela vous demandera de l'&#233;couter vraiment, et d'essayer de laisser votre voix de c&#244;t&#233; pour que la sienne ait de la place. De pr&#233;f&#233;rence, choisissez un fant&#244;me qui ait une histoire cons&#233;quente &#224; transmettre, et qu'il n'a pas eu le droit ou le temps de raconter de son vivant. Pensez &#224; quelques questions pour votre fant&#244;me, et laissez-le parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avertissement : soyez sceptique tant que vous voulez, mais contraignez-vous &#224; croire qu'il y a ici quelque chose de sinistre, extra-terrestre, magnifique et transcendant, pour vous et hors de vous, qui vous traversera potentiellement comme vous voyagez en son travers, et que c'est votre narrateur, et l'histoire qu'il vous raconte. Il est venu jusque l&#224;, il vous est reconnaissant de l'invitation, et vous fait cadeau de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux splendides exemples pour l'exercice : &lt;em&gt;Reassurance&lt;/em&gt; d'&lt;a href='http://en.wikipedia.org/wiki/Allan_Gurganus'&gt;Allan Gurganus&lt;/a&gt;, un r&#233;cit dans lequel un soldat mort &#233;crit &#224; sa m&#232;re, lui apportant tout le r&#233;confort qu'il peut (d'apr&#232;s une vraie lettre de Whalt Whitman), et le r&#233;cit de &lt;a href='http://en.wikipedia.org/wiki/Dan_chaon'&gt;Dan Chaon&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Sophomore, 19, is School Year's First Fatality&lt;/em&gt;, racont&#233; du point de vue d'un &#233;tudiant de deuxi&#232;me ann&#233;e qui vient de mourir ivre au volant (apparemment inspir&#233; par l'article de journal dont il reprend le titre).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Laura Kasischke, 2006 (see Penguin Book p 266), traduction @ F Bon&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe title=&#034;vimeo-player&#034; src=&#034;https://player.vimeo.com/video/72479812&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>un pr&#233;curseur | John Gardner, 30 exercices d'&#233;criture fictionnelle</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4011</link>
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		<dc:date>2020-06-06T13:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Carver, Raymond</dc:subject>
		<dc:subject>Gardner, John</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un classique de l'histoire du creative writing, et &#231;a reste hautement excitant et efficace&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;14 | outils du roman&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot834" rel="tag"&gt;Carver, Raymond&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot836" rel="tag"&gt;Gardner, John&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4011.jpg?1408087967' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;Let us suppose the writer has mastered the rudiments. How should he begin on fiction ? What should he write about, and how can he know when he's done it well ?&lt;/i&gt; J.G.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que nous viendrions encore aujourd'hui &#224; John Gardner si un de ses &#233;l&#232;ves en &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3841' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Raymond Carver&lt;/a&gt;, ne lui avait pas rendu un magnifique hommage, pour ce qu'il lui devait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement que si. Parce que John Gardner, &#224; c&#244;t&#233; de son oeuvre litt&#233;raire, laisse deux livres : &lt;i&gt;On becoming a novelist&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The art of fiction : notes on the craft for young writers&lt;/i&gt; qui sont les premiers &#224; avoir ouvert un genre d&#233;sormais prosp&#232;re, celui du rayon &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3545' class=&#034;spip_in&#034;&gt;writer's help&lt;/a&gt; des librairies am&#233;ricaines, et qui ne sont pas toujours l'aide r&#234;v&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que son &lt;i&gt;Art of fiction&lt;/i&gt; (1983, presque rien...), sous-titr&#233; donc &#171; notes sur le m&#233;tier, &#224; l'attention des jeunes auteurs &#187;, est directement d&#233;di&#233; &#171; &#224; mes coll&#232;gues enseignants de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; &#187;, et c'est m&#234;me ce que je proposerais de vraiment prendre au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Gardner est profond&#233;ment rigoureuse et respectueuse. Elle ne se braque pas sur le &#171; genre &#187; du roman, mais renvoie sans cesse &#224; la qu&#234;te de litt&#233;rature et &#224; l'implication dans l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intitul&#233; des chapitres est un monde en soi : &#171; Loi esth&#233;tique et myst&#232;re artistique &#187;, &#171; Trucs de base, genre, et la fiction en tant que r&#234;ve &#187;, &#171; Erreurs habituelles &#187;, et surtout &#171; M&#233;tafiction, d&#233;construction et tout &#231;a &#187; (&#171; &lt;i&gt;Metafiction, deconstruction and jazzing around&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, tout &#224; la fin du livre, comme un appendice ou un prolongement, deux suites d'exercices qui sont un tr&#233;sor, une premi&#232;re s&#233;rie de 20 qui sont des &#171; exercices pour la classe &#187; et une s&#233;rie de 30, traduite ici, qui sont des &#171; exercices individuels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on proc&#233;derait nous de cette fa&#231;on ? Non, puisque nous partons plut&#244;t des exercices pour les analyser. C'est peut-&#234;tre en cela que le livre de Gardner n'est plus actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voir comment Malt Olbren, qui fut un de ces coll&#232;gues de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; auxquels est d&#233;di&#233; l'ouvrage, dans son propre exercice &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3844' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; il descend du bus &#187;&lt;/a&gt; raconte les exercices invent&#233;s &#224; deux avec Olbren, et joue de celui de Gardner pour pr&#233;senter le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; peut-&#234;tre est ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner l'&#233;criture cr&#233;ative, cela suppose d'en apprendre l'histoire : difficile en ce cas de ne pas en passer par les classiques comme le livre de Gardner, chers &#233;tudiants v&#233;rifiez aupr&#232;s de vos profs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224;, dans ces exercices, est-ce qu'il ne nous faut pas penser qu'ils sont aussi destin&#233;s aux enseignants de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, et pas seulement aux &#233;tudiants ou pratiquants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, vous &#234;tes en session de formation avec des enseignants ou de futurs animateurs d'ateliers d'&#233;criture, vous distribuez les 30 exercices ci-dessous, puis vous accordez un bon vingt minutes au groupe, ensuite &#8211; individuellement &#8211; chacun va venir pr&#233;senter un des exercices de Gardner, mais avec toute la le&#231;on qu'on peut retenir de son livre : la pr&#233;sentation, le but, mais tout de suite &#224; quoi cela correspond dans la litt&#233;rature que vous connaissez, quels exemples vous en donnez, quelles suggestions vous faites pour l'&#233;criture. Je l'ai test&#233;, c'est g&#233;nial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 30 exercices de John Gardner sont d'abord une mine pour les enseignants, parce qu'ils d&#233;terminent des sentes de passage qu'il nous convient de remplir avec nos propres suggestions et demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, aucun int&#233;r&#234;t pour celles et ceux qui &#233;crivent, sans vouloir enseigner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il faut un d&#233;tour. D'ailleurs, la charge humoristique, voire ironique, de Gardner viendrait vite nous corner aux oreilles. Personne n'ira tuer d'enfant par l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous apprend, c'est &#224; entrer dans un territoire vide, comme une ligne trac&#233;e au sol, et savoir ce qu'on va soi y mettre. Mais, comme il le fait 30 fois, c'est de l&#224; que vient le vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous proposerais plut&#244;t, en lisant ces 30 exercices (je ne crois pas que le livre de Gardner ait &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais, mais il se lit tr&#232;s ais&#233;ment dans sa langue originale, et est disponible en version Kindle), de vous concentrer comme point de d&#233;part sur votre &#233;criture en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; vous en &#234;tes dans votre intuition, votre projet, votre d&#233;sir d'&#233;criture. Quelle qu'en soit la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; chacun des 30 items (m&#234;me un peu plus, puisqu'il y en a avec variantes), essayez de penser &#224; comment s'y r&#233;fl&#233;chit ou s'y projette votre propre projet d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir par exemple ma propre proposition de d&#233;veloppement sur la proposition n&#176;1 : &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4012' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;crire avec John Gardner, juste avant que&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyez en s&#251;r, cette accumulation de reflets, de possibles, rien de tel pour se remettre en &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute bien plus &#224; commenter &#8211; l'importance de sa r&#233;flexion sur le point de vue d'&#233;nonciation, narrateur omniscient contre personnage &#224; voix subjective ou tierce, approche du dialogue en y incluant ce qui n'est pas le dialogue, et surtout (je pense aux longues pages apr&#232;s 2 heures avec les SciencesPo, en opposition aux textes de 10 lignes parfois &#233;cout&#233;s avec tant d'intensit&#233; apr&#232;s 3 heures d'&lt;a href=&#034;http://cergyland.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atelier Cergyland&lt;/a&gt;), l'importance donn&#233;e &#224; l'&#233;crire long... &#201;crivez trois feuillets, &#233;crivez trois textes d'une page... La fatigue de la plume...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours se souvenir, en lisant la bulle vide et transparente de chaque exercice, que c'est tout ce que vous avez pu lire, qui y mettra les meubles et le relief &#8211; et &#231;a, c'est &#224; vous d'aller le prendre. Toujours se souvenir que Gardner lui-m&#234;me vient de consacrer tout un livre &#224; en donner l'exemple, avant de donner cette suite en 30 boucles, laiss&#233;es libres pour vous seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis autre piste, pour lire ces exercices de John Gardner : mobilisez tous vos souvenirs des nouvelles de Carver. Non pas que Carver doive &#224; Gardner : un auteur issu de s&#233;ances de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; a march&#233; sur le cadavre du prof, sans m&#234;me dire bonsoir (c'est m&#234;me le meilleur qui puisse nous arriver). Mais, cette m&#233;moire des nouvelles de Carver mobilis&#233;e, tentez donc, &#224; chaque exercice propos&#233;, de vous rem&#233;morer laquelle entrerait bien dans ce dispositif...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis quelle &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/John_Gardner_%28American_writer%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dr&#244;le de vie&lt;/a&gt; que Gardner, qui se marie avec une de ses &#233;tudiantes, capable de se briser les deux bras d'un coup en moto, et puis et puis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre de Gardner, il fait une coquille dans sa touchante r&#233;f&#233;rence &#224; Queneau, dont il appelle le livre &lt;i&gt;Exercices du style&lt;/i&gt; (j'ai bien s&#251;r corrig&#233; ci-dessous en &lt;i&gt;de style&lt;/i&gt;). Peut-&#234;tre cela aussi pouvons-nous le prendre au s&#233;rieux, dans ce qu'il nous propose : &lt;i&gt;exercices DU style&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez le paragraphe qui appara&#238;tra dans le corps d'une fiction juste avant la d&#233;couverte d'un corps. Vous pourriez peut-&#234;tre d&#233;crire le personnage approchant du corps qu'il va trouver, ou le lieu, ou les deux. Le but de l'exercice est de d&#233;velopper les techniques qui &#224; la fois attirent le lecteur vers le paragraphe qui va suivre, &#233;veillant son d&#233;sir de poursuivre, et le retenant sur ce paragraphe par son propre int&#233;r&#234;t. Sans l'habilet&#233; d'&#233;crire de tels paragraphes &#224; valeur de prologue, on ne peut jamais d&#233;velopper un vrai suspense.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Prenez un &#233;v&#233;nement tr&#232;s simple : un homme descend d'un bus, tr&#233;buche, regarde autour de lui avec embarras, et d&#233;couvre qu'une fille sourit. (Voir Raymond Queneau, &lt;i&gt;Exercices de style&lt;/i&gt;) D&#233;crire l'&#233;v&#233;nement, en utilisant les m&#234;mes personnages et les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de mise en place, de &lt;i&gt;cinq&lt;/i&gt; diff&#233;rentes mani&#232;res (changement de style, de ton, de structure des phrases, de voix, de distance psychique, etc). Faites en sorte que les styles soient &lt;i&gt;radicalement&lt;/i&gt; diff&#233;rents, sinon l'exercice est g&#226;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez trois phrases vraiment longues : chacune repr&#233;sente une pleine page dactylographi&#233;e (ou 250 mots), chacune impliquant une &#233;motion diff&#233;rente (par exemple la col&#232;re, la m&#233;ditation, le chagrin, la joie). But : contr&#244;ler le ton dans une phrase complexe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4a&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crivez un paysage tel que vu par une femme &#226;g&#233;e dont le vieux et d&#233;testable, d&#233;go&#251;tant mari vient juste de mourir. On ne doit pas mentionner le mari ni la mort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4b&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crivez un lac tel que vu par un jeune homme qui vient de commettre un meurtre. Ne pas mentionner le meurtre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4c&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crire un paysage vu par un oiseau. Ne pas mentionner l'oiseau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4d&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crivez un b&#226;timent tel que vu par un homme dont le fils vient d'&#234;tre tu&#233; &#224; la guerre. Ne mentionner ni le fils, ni la mort, ni la guerre, ni l'homme en train de regarder ; puis d&#233;crire le m&#234;me b&#226;timent, au m&#234;me moment du jour, vu par un amoureux satisfait. Ne mentionner ni l'amour ni l'amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez le d&#233;but d'un roman en utilisant la forme de l'auteur omniscient, en rendant perceptible l'omniscience de l'auteur par entrer dans les pens&#233;es d'un ou plusieurs des personnages apr&#232;s avoir &#233;tabli la voix. Comme sujet, choisir soit un voyage soit l'arriv&#233;e d'un &#233;tranger (la perturbation d'un ordre &#8211; d&#233;but habituel d'un roman).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez le d&#233;but d'un roman, sur n'importe quel sujet, d'apr&#232;s le point de vue objectif d'une troisi&#232;me personne. &#201;crivez une courte histoire en poussant ce m&#234;me point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez un monologue d'au moins trois pages, dans lequel les interruption &#8211; pauses, gestes, descriptions, etc. &#8211; sont caract&#233;ris&#233;es de fa&#231;on claire et persuasive, et les sauts du monologue aux gestes et &#233;l&#233;ments concrets (comme le personnage touche un objet ou regarde par la fen&#234;tre) sont per&#231;us de fa&#231;on rythmiquement juste. But : apprendre le moyen qu'un personnage tienne un long discours qui ne semble pas ennuyeux ou artificiel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez un dialogue dans lequel chacun des deux personnages a un secret. Ne r&#233;v&#233;lez pas le secret mais laissez le lecteur le deviner. Par exemple, le dialogue peut &#234;tre entre un mari, qui vient de perdre son travail et n'a pas le courage de le dire &#224; sa femme, et sa femme, dont l'amant se cache dans la chambre. But : donner &#224; deux personnages des fa&#231;ons de parler qui leur soient personnelles, et faire vibrer le dialogue par des sentiments qui ne sont pas directement exprim&#233;s. Se souvenir que dans le dialogue, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, chaque pause doit &#234;tre montr&#233;e d'une fa&#231;on ou d'une autre, soit par la narration (au plus simple : &#171; elle fit une pause &#187;) ou par un geste ou autre rupture qui marque la pause. Et se souvenir que les gestes font partie de tout vrai dialogue. Parfois, par exemple, nous regardons au loin au lieu de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez en deux pages (ou plus long) l'esquisse d'un personnage en utilisant des objets, un paysage, le temps, etc., pour permettre au lecteur d'intensifier son sens de ce qu'est le personnage. Ne jamais utiliser de &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; (&#171; elle &#233;tait comme... &#187;). But : cr&#233;er des personnages convaincants en utilisant plus que l'intellect, et engageant &#224; la fois la perception consciente et inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez en deux pages (ou plus long) un fragment dramatique (un rouage d'une histoire) utilisant des objets, un personnage, le temps, etc., pour densifier deux personnages aussi bien que la relation de l'un &#224; l'autre. But : m&#234;me exercice que le 9, mais maintenant en faisant que le m&#234;me contexte de fond serve plus qu'un seul but. Dans un d&#238;ner, par exemple, un personnage peut s'int&#233;resser &#224; certains objets de la pi&#232;ce elle-m&#234;me, un autre peut s'int&#233;resser &#224; un ensemble d'objets diff&#233;rents, ou peut regarder par le fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Partir de l'exercice 10, et le d&#233;velopper en nouvelle (&lt;i&gt;short story&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crire ou &#233;voquer une action simple (par exemple tailler un crayon, graver une pierre tombale, tirer sur rat).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez une br&#232;ve esquisse du ton de l'essai avec narrateur omniscient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;14&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez trois exemples acceptables de prose de velours &#8211; j'entends par l&#224; une prose artistique et hautement consciente d'elle-m&#234;me, rendue acceptable par le sujet, l'intention parodique, la voix etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez un bref passage en partant d'un sujet accessible (un voyage, un paysage, une rencontre sexuelle) dans le rythme d'un long roman, puis dans le rythme d'une nouvelle tr&#232;s serr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;16&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez une description (ou une esquisse) honn&#234;te et sensible [a] d'un de vos parents, [b] d'un animal mythologique, [c] d'un fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;17&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crivez un personnage dans un bref passage (une ou deux pages), un utilisant principalement des syllabes longues et &#224; consonance douce, puis d&#233;crivez le m&#234;me personnage en utilisant principalement des syllabes coures et durement consonantes. (NdT : Gardner propose l'exercice &#224; partir des voyelles, il me semble que la correspondance pour notre langue ce serait les syllabes.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;18&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez un passage en prose qui rende effectif et sensible son usage du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;19&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez les premi&#232;res trois pages d'un conte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;20&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Trouvez une id&#233;e pour chacune des propositions suivantes : une tr&#232;s br&#232;ve nouvelle (&lt;i&gt;short-short story&lt;/i&gt;), un conte, une fable, un sketch, une nouvelle, un roman &#233;nergique, un roman architectonique, un roman dans lequel les &#233;pisodes ne sont pas reli&#233;s par la causalit&#233; (une structure lyrique ou all&#233;gorique, par exemple), une fiction radiophonique, un op&#233;ra, un film qui ne pourrait &#234;tre qu'un film.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;21&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans un monologue compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; (voir exercice 7), pr&#233;sentez une position philosophique qui aurait votre faveur, mais pr&#233;sentez-la via un personnage ou un contexte qui la modifie ou la contredit (&lt;i&gt;undermines&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;22&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez un passage utilisant des sauts abrupts et radicaux &#8211; mais cependant acceptables &#8211; entre le point de de l'auteur omniscient et le point de vue subjectif d'une tierce personne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;23a&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans une forme hautement parodique (de la fa&#231;on dont Shakespeare parodie de plein s&#233;rieux la trag&#233;die de sa vengeance dans &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt;, par exemple), trouvez une id&#233;e pour les propositions suivantes : un roman gothique, un myst&#232;re, une histoire de science-fiction, un western, une romance pour drugstore.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;23b&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez les premi&#232;res trois pages d'une des id&#233;es de roman &#233;bauch&#233;es en 23a, en utilisant le brouillon initia comme base d'une fiction tr&#232;s s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;24&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Sans une seule &#233;clipse de go&#251;t, d&#233;crivez un personnage [a] allant aux toilettes, [b] vomissant, [c] tuant un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;25&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez une br&#232;ve fiction en m&#234;lant la prose et le vers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;26&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez, sans ironie, un personnage qui se d&#233;fend lui-m&#234;me (elle-m&#234;me) en changeant constamment cette d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;27&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;unissant tout ce que vous savez, &#233;crire une nouvelle (&lt;i&gt;short story&lt;/i&gt;) concernant un animal &#8211; par exemple, une vache.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;28&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez une nouvelle (&lt;i&gt;short story&lt;/i&gt;) en partant d'une figure l&#233;gendaire bien connue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;29&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez une histoire vraie en convoquant tout ce dont vous avez besoin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;30&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivez une histoire invent&#233;e en utilisant tout ce dont vous avez besoin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>enjeux | le creative writing US par celles qui l'inventent</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3632</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3632</guid>
		<dc:date>2020-06-04T15:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>
		<dc:subject>Kasischke, Laura</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;au festival Ecrivains en bord de mer, rencontre avec 2 &#233;crivains enseignantes de creative writing (Laura Kasischke, Thalia Field et Cole Swensen)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;14 | outils du roman&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot784" rel="tag"&gt;Kasischke, Laura&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3632.jpg?1377164578' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe title=&#034;vimeo-player&#034; src=&#034;https://player.vimeo.com/video/72479812&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Quel moment... Tombent tant de pr&#233;jug&#233;s ou d'id&#233;es toutes faites... L'&#233;criture, parce qu'on la pratique, parce qu'on l'invente, parce qu'on la met en respiration avec ce qu'on &#233;tudie ou apprend, ou tout simplement comme des portes vers l'int&#233;rieur, ou la lecture...
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; la Baule, samedi 20 juillet, et Bernard Martin pilotait cette rencontre avec trois auteures US chacune radicalement diff&#233;rente dans son parcours et ses pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis intervenu moi aussi, d'abord pour lire ce texte de Laura Kasischke, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Faire parler le mort&lt;/a&gt;, o&#249; elle d&#233;crit en d&#233;tail une de ses propositions d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si vous &#233;coutez la vid&#233;o int&#233;grale du d&#233;bat, comptez le nombre de questions que je pose et qui tombent compl&#232;tement &#224; faux, &#224; commencer par celle-ci : aucune d'elles trois n'a connu l'univers des lettres sans le &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;, elles l'ont pratiqu&#233; d&#232;s leurs &#233;tudes secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se passe des choses en France en ce moment. &#192; Paris VIII, lancement apr&#232;s le Havre, mais sur d'autres bases, d'un master de cr&#233;ation litt&#233;raire, sous la direction de Lionel Ruffel, Olivia Rosenthal et Vincent Message, et l'appui d'intervenants comme Maylis de Kerangall. &#192; l'&#233;cole nationale sup&#233;rieure d'arts de Paris/Cergy, lancement d'un studio d'&#233;criture et d'une publication num&#233;rique d'exp&#233;rimentation, ce sera ma t&#226;che principale dans les 5 ans &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on a encore trop l'impression que c'est un coup d'&#233;clat, ou une transgression, quand il serait temps de renverser la question : pourquoi l'universit&#233; s'en tient &#224; ses apprentissages passifs, aussi d&#233;pass&#233;e en ce domaine qu'elle l'est pour la question du num&#233;rique (je parle des facs de lettres). Idem pour la catastrophe qu'est devenue la formation des enseignants du secondaire apr&#232;s 5 ans de sarkozysme, loin d'&#234;tre r&#233;par&#233;s, alors que l&#224; aussi il y aurait tant &#224; faire pour travailler ensemble, mutualiser les exp&#233;riences, faire circuler les ressources, outils et analyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la sant&#233; et le bonheur, la recherche et l'invention que nous disent ces trois Am&#233;ricaines... et tant pis pour nos questions na&#239;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des vid&#233;os de &lt;a href=&#034;http://www.ecrivainsenborddemer.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ecrivains en bord de mer&lt;/a&gt; est en ligne ici, avec Claro, Roubaud, Harry Mathews, Christine Montalbetti, Tanguy Viel, Alban Lefranc, Christian Garcin, St&#233;phane Bouquet et plein d'autres... On recommande en particulier les 2 conf&#233;rences de St&#233;phane Bouquet (po&#233;sie) et Tanguy Viel (roman) sur la litt&#233;rature am&#233;ricaine, et le film sur la cr&#233;ation du &lt;i&gt;I remember&lt;/i&gt; de Joe Brainard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Image ci-dessus : &#224; la Baule, l'ombre favorable de Hulot guettant pas trop loin.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Captation vid&#233;o : Joachim Bon &amp; Evy Roselet. Montage : Alice Martin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kenneth Goldsmith | &#171; Recopiez-moi cinq pages &#187;</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4016</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4016</guid>
		<dc:date>2020-06-03T16:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre invite... </dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>web : veilleurs &amp; bousculeurs</dc:subject>
		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;criture &amp; formes narratives</dc:subject>
		<dc:subject>Goldsmith, Kenneth</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand une des plus belles le&#231;ons d'&#233;criture cr&#233;ative vous est propos&#233;e par l'inventeur du Uncreative Writing, et fondateur du c&#233;l&#232;bre UbuWeb&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;facs, &#233;coles, enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot126" rel="tag"&gt;web : veilleurs &amp; bousculeurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot587" rel="tag"&gt;&#233;criture &amp; formes narratives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot864" rel="tag"&gt;Goldsmith, Kenneth&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4016.jpg?1409586123' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a target=&#034;_blank&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/2365680178/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2365680178&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&amp;linkId=6613b76f2aaa8ebf9e6d03465a65191e&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;MarketPlace=FR&amp;ASIN=2365680178&amp;ServiceVersion=20070822&amp;ID=AsinImage&amp;WS=1&amp;Format=_SL250_&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;//ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=am2&amp;o=8&amp;a=2365680178&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Theorize your digital existence.
&lt;br/&gt;
Where technology leads, literature follows.
&lt;br/&gt;
I used to be an artist ; then I became a poet ; then a writer. Now when asked, I simply refer to myself as a word processor.
&lt;br/&gt;
A contemporary poet is someone who doesn't write poems.&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;
Kenneth Goldsmith, suite de &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/kenneth.goldsmith.739&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;statuts Facebook&lt;/a&gt;.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Kenneth Goldsmith est connu pour un des projets les plus fous du web depuis bien longtemps, celui que tous nous suivons, dans lequel nous piochons en permanence, le fameux &lt;a href=&#034;http://www.ubu.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;UbuWeb&lt;/a&gt; et ses tr&#233;sors. Constantes batailles avec les ayants-droit qui pr&#233;f&#232;rent le secret, on verra revenir puis repartir sans cesse le fameux &lt;a href=&#034;http://www.openculture.com/2014/04/watch-film-samuel-becketts-only-movie-starring-buster-keaton.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Film&lt;/a&gt; de Samuel Beckett avec l'oeil de Buster Keaton ou le non moins important &lt;a href=&#034;http://www.ubu.com/film/michaux_images.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Images du monde visionnaire&lt;/a&gt; de Michaux &#8211; ressources qui nous sont n&#233;cessaires et pour nous-m&#234;mes et pour enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Kenneth Goldsmith est aussi depuis longtemps un fer de lance de la po&#233;sie num&#233;rique, menant une recherche obstin&#233;e sur un concept de &lt;em&gt;po&#233;sie conceptuelle&lt;/em&gt; r&#233;pondant &#224; ceux forg&#233;s du c&#244;t&#233; de l'art conceptuel, chez Warhol par exemple, mais surtout Sol LeWitt &#8211; en relisant par exemple les injonctions de ses &lt;em&gt;Paragraphs for conceptual arts&lt;/em&gt; et en cherchant des &#233;quivalents pour la construction litt&#233;raire. Si l'apparition de la photographie a &#171; lib&#233;r&#233; &#187; la peinture de sa t&#226;che de reproduction, et induit par cela l'impressionnisme ou l'abstraction moderne, est-ce que le r&#244;le et la masse du texte dans le fonctionnement num&#233;rique et le grand flux du web, accessibilit&#233; et profusion &#8211; &#224; commencer par le code en tant que texte &#8211; n'est pas pour la litt&#233;rature une irruption du m&#234;me ordre ? &lt;i&gt;With the web, writing has met his photography&lt;/i&gt; dit Goldsmith en t&#234;te de son &lt;i&gt;Uncreative writing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kenneth Goldsmith est probablement moins connu pour son apport &#224; l'&#233;criture cr&#233;ative, mais personnellement je le place au premier plan pour son apport, et le bien que nous fait &#224; tous son approche iconoclaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iconoclaste ? Pas de vaine provocation. Plusieurs ann&#233;es que je suis de tr&#232;s pr&#232;s ce qui s'&#233;chafaude et se publie dans le &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; US, et que je collectionne les bouquins m&#234;me si, pour 80% d'entre eux, ils vont para&#238;tre absolument d&#233;cevants, bien loin de fondateurs comme John Gardner ou mon cher immense d&#233;funt Malt Olbren et son fameux &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3546' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A creative writing no-guide&lt;/a&gt;. M&#234;me si, bien souvent aussi, vous pataugez mornement dans un livre-recette du rayon &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3545' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Writer's Help&lt;/a&gt;, et puis soudain trouverez 5 lignes d'un exercice fabuleux, avec son texte d'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A priori, quiconque comme moi pratique le &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt;, et encore plus avec responsabilit&#233; d'enseignement, fuirait comme la peste ce livre paru en 2011, et disponible en version Kindle si vous souhaitez t&#233;l&#233;chargement imm&#233;diat, au titre provocateur de &lt;em&gt;Uncreative writing&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention : un des meilleurs apports du &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; US c'est la place donn&#233;e &#224; la &#171; non-fiction &#187;, et l&#224; aussi avec quelques excellents bouquins (pensez &#224; demander &#224; vos propres enseignants une petite bibliographie de tout &#231;a). Il y a une approche cr&#233;ative de la non-fiction, et c'est m&#234;me probablement ce qui nous rapprocherait en ce moment du monde US : leur approche bas&#233;e sur le genre (roman, po&#233;sie, non-fiction, sc&#232;ne ou film) trouve ses limites dans ce cloisonnement vertical. Notre propre approche, bas&#233;e sur les param&#232;tres de l'&#233;criture, ind&#233;pendamment de l'usage qu'en fera l'&#233;tudiant et dans quel contexte de genre il l'ins&#232;rera, fait qu'on peut enfin &#234;tre pris avec un peu de s&#233;rieux par nos chers confr&#232;res. Et ce d'autant plus que l'institutionnalisation m&#234;me du &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; dans les facs US, consid&#233;r&#233;e par certains auteurs comme gagne-pain avec h&#233;bergement, produit pas mal de d&#233;rives. Oui, enseigner l'&#233;criture cr&#233;ative ce n'est pas proposer &#171; aujourd'hui vous m'&#233;crirez une premi&#232;re rencontre selon le style de votre &#233;crivain pr&#233;f&#233;r&#233; &#187;, et c'est l&#224;-dessus que canonne Kenneth Goldsmith, et m&#233;chamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'il prend une approche radicale : le contexte de l'&#233;criture a chang&#233;, aussi bien dans nos outils que dans la publication, alors laissons le &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt; du vieux c&#244;t&#233; et explorons les outils neufs sans reprendre les techniques de l'invention narrative. Il le dit tr&#232;s s&#233;rieusement, et bien s&#251;r c'est tr&#232;s loin de ma propre approche. Mais, du coup, Kenneth Goldsmith est le premier &#224; prendre au s&#233;rieux la publication blog, l'&#233;criture collaborative (g&#233;niale sc&#232;ne dans son livre o&#249; il invite un &#171; &#233;crivain &#187; dans son cours, qui n'a pas &#233;t&#233; pr&#233;venu que le r&#233;el exercice c'est la masse de r&#233;actions simultan&#233;es des &#233;tudiants qui l'&#233;coutent, tous connect&#233;s &#224; un Etherpad, &#233;laborant en temps r&#233;el une fausse conf&#233;rence amplifi&#233;e, remix&#233;e, monstrueuse, tandis que le brave auteur invit&#233; admire la capacit&#233; des &#233;tudiants qu'il a devant lui &#224; se concentrer et prendre des notes). Ou cet exercice qu'on s'est tous amus&#233; &#224; reproduire : prendre une image de Shakespeare en .jpg, la renommer en .txt, ins&#233;rer le texte d'un sonnet dans le code obtenu, renommer en .jpg et voir les d&#233;formations induites dans l'image recr&#233;&#233;e : si vous aimez ces pistes, lisez son livre, il y en a 20 comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, dans ce livre publi&#233; en 2011 (c'est quand m&#234;me tout pr&#232;s), et d&#233;j&#224; devenu l&#233;gendaire, &lt;em&gt;Uncreative writing&lt;/em&gt;, l'importance donn&#233;e au traitement de texte est probablement rendue en partie obsol&#232;te par les nouveaux outils d'&#233;criture &lt;em&gt;markdown&lt;/em&gt;, mais, si je traduis l'exercice ci-dessous, c'est parce qu'il recoupe ce que j'avais moi-m&#234;me tent&#233; d'avancer dans &lt;em&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/em&gt; et son chapitre &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2319' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Accorder son traitement de texte&lt;/a&gt; : la culture num&#233;rique c'est &#234;tre capable de comprendre les outils les plus simples qu'on met en oeuvre dans l'&#233;criture, et que si on appelle une police Garamond il y a des visages derri&#232;re &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, pour un Fran&#231;ais, vient vite le petit pincement. c'est de voir comment Kenneth Goldsmith est accueilli &#224; la Columbia ou &#224; la Princeton en donnant comme titre &#224; son s&#233;minaire &#171; Nous n'&#233;crirons pas &#187; ou &#171; L'&#233;criture sans expression &#187;. On n'en est pas encore l&#224; chez nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors cette libert&#233; prise de traduire un extrait, uniquement pour vous inciter &#224; aller voir l'ensemble des propositions de Kenneth Goldsmith (voir aussi dans &lt;em&gt;Outils du roman&lt;/em&gt; d&#233;veloppement d'un autre de ses exercices,&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4017' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pas de souci &#224; vous faire, M. Ashbery&lt;/a&gt;). Et la magie de ce livre ou John Cage et Laurence Weiner servent d'appui &#224; des exercices d'&#233;criture bas&#233;s sur leurs conceptions en art. Et bien s&#251;r, &lt;em&gt;Uncreative writing&lt;/em&gt; restera le premier livre o&#249; il ne s'agit plus d'interroger une &#171; &#233;criture par ordinateur &#187;, mais les formes d'&#233;criture dans l'e-inclusion de l'ensemble de nos m&#233;dias num&#233;riques, photo, film, t&#233;l&#233;phones, blogs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi un fabuleux chapitre o&#249; avec les &#233;tudiants on sort dans la ville, et o&#249; la consigne est de cr&#233;er des graffitis invisibles, &#231;a va de la suite des 100 premiers chiffres de &#960; 3,1416&#8230;, r&#233;partis un par un sur 100 marches des b&#226;timents du campus, &#224; un passage du grand &lt;em&gt;Une pi&#232;ce pour soi&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;A room of one's own&lt;/em&gt;) de Virginia Woolf &#233;crit de fa&#231;on minuscule sur toute la surface d'une peau de banane, ou des codes secrets de votre carte bancaire soulign&#233;s sur les drapeaux officiels de l'universit&#233;, ou de slogans &#233;rotiques mais en langue &#233;trang&#232;re (le c&#233;l&#232;bre &lt;em&gt;MURTIS BENE FELAS&lt;/em&gt; de Pomp&#233;i) l&#224; o&#249; nul ne les comprendra) et la semaine suivante s'interroger sur trace et publication en reproduisant les actions initi&#233;es via des cartes de voeux imprim&#233;es et achat via code-barres. Et attention, en proposant comme mat&#233;riau de d&#233;part aux &#233;tudiants des slogans de mai 68, quelques r&#233;flexions de Debord et quelques &#171; Beau comme &#187; de Lautr&#233;amont&#8230; On croise souvent la France chez Goldsmith : la &#171; salle des possibles &#187; du mus&#233;e d'Orsay, ou un reboot de l'&#233;cran affichant le trajet de l'avion sur le si&#232;ge devant vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter, pour l'exercice &#171; basique &#187; (premi&#232;re rencontre avec les &#233;l&#232;ves) que je traduis ci-dessous, qu'il r&#233;pond &#224; un long chapitre sur une recopie int&#233;grale via blog, une page par jour, du manuscrit de &lt;em&gt;Sur la route&lt;/em&gt; de Kerouac. Et peu probable que Kenneth Goldsmith ait lu ce que dit Aragon sur la recopie dans son &lt;em&gt;Je n'ai jamais appris &#224; &#233;crire, ou les incipit&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De bonnes id&#233;es aussi pour l'&#233;criture filmique et la cr&#233;ation audio, mais j'y reviendrai cet hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, le livre le plus excitant paru ces derni&#232;res ann&#233;es en ce domaine, et qui fait date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; traduire le titre : on a d&#233;j&#224; bien de la peine avec notre pauvre &#171; &#233;criture cr&#233;ative &#187; ou &#171; cr&#233;ation litt&#233;raire &#187; pour courir apr&#232;s le &lt;em&gt;creative writing&lt;/em&gt;, alors s'il faut en plus rajouter le contraire&#8230; Si on me proposait de traduire le livre (&#244; r&#234;ve), je crois que c'est ce que je proposerais pour titre : &lt;em&gt;L'&#233;criture sans &#233;criture&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je vous laisse bien s&#251;r imaginer, en traduisant ce d&#233;but de l'avant-dernier chapitre : &#171; L'&#233;criture sans &#233;criture en classe, la t&#226;che de d&#233;sorienter &#187;, quels sont les quatre autres exercices &#171; basiques &#187; qui viennent &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Kenneth Goldsmith voir page (pas tr&#232;s design) de la &lt;a href=&#034;http://epc.buffalo.edu/authors/goldsmith/&#034;&gt;Penn&lt;/a&gt;, sa &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/Kenneth_Goldsmith&#034;&gt;page Wikipedia&lt;/a&gt;, et pas besoin de vous indiquer j'esp&#232;re le fabuleux &lt;a href=&#034;http://ubu.com/&#034;&gt;UbuWeb&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photographie ci-dessus, &lt;a href=&#034;http://epc.buffalo.edu/authors/goldsmith/Kenneth-Goldsmith-Photos.html&#034;&gt;@ Marisol Rodriguez&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Kenneth Goldsmith | &#171; Recopiez-moi cinq pages &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En 2004, je commen&#231;ai un s&#233;minaire intitul&#233; &lt;em&gt;Uncreative Writing&lt;/em&gt; &#224; l'universit&#233; de Pennsylvanie. Il me semblait que les changements textuels que je remarquais dans le paysage num&#233;rique, r&#233;sultant de l'intensifications des pratiques d'&#233;criture en ligne, trouverait &#233;cho aupr&#232;s d'une g&#233;n&#233;ration plus jeune, qui n'avait jamais connu d'autre environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce chapitre, je veux partager les cinq exercices de base que j'ai propos&#233;s &#224; mes &#233;tudiants pour les familiariser &#224; l'id&#233;e d'une &lt;em&gt;&#233;criture sans &#233;criture&lt;/em&gt;, et renforcer leur attention &#224; la langue et ses richesses, telles qu'elles sont, et ont toujours &#233;t&#233;, partout autour d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que j'ai souhait&#233; faire est d'obtenir qu'ils soient capables de penser &#224; propos de &lt;em&gt;l'acte&lt;/em&gt; d'&#233;crire lui-m&#234;me, et je leur ai propos&#233; une consigne tr&#232;s simple : &#171; recopiez-moi cinq pages &#187; sans aucune explication suppl&#233;mentaire. &#192; ma propre surprise, la semaine suivante ils sont revenus en cours, chacun apportant un &#233;crit unique. Leurs r&#233;ponses &#233;taient diverses, et tr&#232;s r&#233;v&#233;latrices. Quelques-uns avaient pr&#233;visiblement trouv&#233; la chose insupportable et s'en &#233;taient d&#233;barrass&#233;s au plus vite, d'autres avaient d&#233;couverts combien cela pouvait &#234;tre zen et relaxant, disant que pour la premi&#232;re fois ils avaient pu se concentrer sur le fait m&#234;me de copier, &#224; l'oppos&#233; du combat pour trouver &#171; l'inspiration &#187;. Au final, ils avaient baign&#233; avec bonheur dans un &#233;tat un peu amn&#233;sique, avec les mots et leurs significations d&#233;rivant &#231;a et l&#224; dans leur conscience. Beaucoup &#233;taient devenus attentifs au r&#244;le que joue le corps dans l'&#233;criture &#8211; depuis la posture jusqu'aux crampes dans les mains ou au mouvement des doigts &#8211;, et &#233;taient devenus conscients du c&#244;t&#233; performatif de l'&#233;criture. Une fille a dit qu'elle ressentait l'exercice plus proche de la danse que de l'&#233;criture, entra&#238;n&#233;e par le battement rythmique des doigts sur le clavier. Une autre a dit qu'elle y avait trouv&#233; la plus intense exp&#233;rience &lt;em&gt;de lecture&lt;/em&gt; qu'elle avait jamais eue ; en recopiant une nouvelle qui avait &#233;t&#233; sa pr&#233;f&#233;r&#233;e au lyc&#233;e, elle avait d&#233;couvert &#224; sa grande surprise comme c'&#233;tait pauvrement &#233;crit. Pour beaucoup d'&#233;tudiants, ils commen&#231;aient &#224; voir les textes pas seulement comme le support transparent d'un sens, mais comme d'opaques objets susceptibles d'&#234;tre d&#233;plac&#233;s sur l'espace blanc de la page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fait de recopier, une autre chose qui changeait d'un &#233;tudiant &#224; l'autre, c'est le choix de &lt;em&gt;quoi&lt;/em&gt; recopier. Par exemple, un &#233;tudiant qui choisit de dactylographier une histoire &#224; propos de l'incapacit&#233; r&#233;p&#233;t&#233;e d'un homme &#224; aller au bout d'une relation sexuelle. Quand je lui demandai pourquoi c'est ce texte-l&#224; qu'il avait choisi de recopier, ile me r&#233;pondit qu'il l'avait trouv&#233; comme la plus parfaite m&#233;taphore de sa situation, frustr&#233; comme il l'&#233;tait de ne pas s'autoriser &#224; &#234;tre &#171; cr&#233;atif &#187;. Une fille, qui dans ses heures libres &#233;tait serveuse, avait d&#233;cid&#233; de dactylographier le menu de son restaurant dans le but de mieux s'en souvenir pour son travail. La chose curieuse &#233;tant que &#231;a avait manqu&#233; : elle d&#233;testa la consigne et se mit en col&#232;re du fait que &#231;a ne l'avait pas aid&#233;e du tout pour son travail. Bonne opportunit&#233; de se souvenir que, souvent, la valeur artistique consiste en son inutilit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique consista d'abord en un examen rigoureux des &#233;l&#233;ments du paratexte, qu'on consid&#232;re sinon en-dehors du spectre de l'&#233;criture mais qui, en fait &#224; tout &#224; faire avec l'&#233;criture. Des questions surgirent. Quelle sorte de papier avez-vous utilis&#233;e ? Pourquoi s'&#234;tre servi du papier g&#233;n&#233;rique d'imprimante, alors que l'&#233;dition sur laquelle on recopiait &#233;tait un &#233;pais papier cr&#232;me et granuleux ? (C'&#233;tait surprenant pour moi que les &#233;tudiants n'aient jamais abord&#233; cette question, ayant toujours une ramette de ce papier g&#233;n&#233;rique &#224; disposition.) Qu'est-ce que le papier dont vous vous servez r&#233;v&#232;le de vous-m&#234;me : de votre esth&#233;tique, de votre &#233;conomie, de vos usages sociaux, politiques et environnementaux ? (Les &#233;tudiants avou&#232;rent que, dans un monde o&#249; ils &#233;taient suppos&#233; avoir plus de choix et de libert&#233; que jamais, ils tendaient &#224; reconduire l'habituel. Sur les plans &#233;conomiques et sociaux, s'ensuivit une discussion &#224; propos des co&#251;ts et de la disponibilit&#233;, r&#233;v&#233;lant des diff&#233;rences de classe jusqu'ici invisibles : quelques-uns des &#233;tudiants les plus ais&#233;s surpris de d&#233;couvrir que certains de leurs camarades n'auraient pu se payer un papier de meilleure qualit&#233;. Environnementaux, quand la plupart avouaient se sentir concern&#233;s quand au gaspillage, mais qu'aucun d'eux n'avait envisag&#233; une distribution num&#233;rique de sa recopie &#224; leurs camarades de classe, tous ayant eu par d&#233;faut le r&#233;flexe d'imprimer et de distribuer des tirages papier &#224; l'ensemble du groupe.) Et reproduisez-vous exactement la disposition de la page initiale, ou passez-vous simplement des mots d'une page &#224; l'autre, selon ce que les r&#233;glages de votre traitement de texte y conduisent ? Est-ce que votre texte impose une lecture diff&#233;rente selon qu'il est en Times New Roman ou en Verdana ? (De la m&#234;me fa&#231;on, la plupart des &#233;tudiants se contentaient des r&#233;glages par d&#233;faut de leur traitement de texte, sans alignement &#224; droite &#8211; le r&#233;glage initial de Word &#8211;, alors que le texte recopi&#233; &#233;tait justifi&#233;. Tr&#232;s peu avaient pens&#233; &#224; reproduire dans leur traitement de texte un saut de page correspondant aux pages qu'ils recopiaient. Et pareil avec les polices : tr&#232;s peu avaient jug&#233; utile d'essayer autre chose que le Times New Roman. Aucun n'avait pens&#233; aux implications historiques ou industrielles du choix de police, comme du fait que le Times Roman &#233;voque, tout en &#233;tant tr&#232;s diff&#233;rent de la police avec lequel il est imprim&#233;, le &lt;em&gt;New York Times&lt;/em&gt; &#8211; sans m&#234;me parler de l'influence d&#233;croissante d'un g&#233;ant des m&#233;dias autrefois tout puissant &#8211;, ni que Verdana, con&#231;ue sp&#233;cifiquement pour la lisibilit&#233; &#233;cran, est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du groupe Microsoft. En bref, que chaque police est porteuse d'une histoire sociale, &#233;conomique et politique complexe qui peut &#8211; si nous n'y portons pas attention &#8211; affecter la fa&#231;on dont nous lisons un document.) Pour conclure, nous constat&#226;mes qu'&#233;crire avait &#233;t&#233; pour eux jusqu'ici &#233;t&#233; une exp&#233;rience transparente, parce qu'ils n'avaient jamais consid&#233;r&#233; que la construction des mots qu'ils cr&#233;aient sur une page, et ce qui en r&#233;sultait de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de suite c'est la fa&#231;on aussi qu'on les &#233;tudiants de pr&#233;senter leur travail que nous regardons de pr&#232;s. Un &#233;tudiant par exemple disant en prologue de la pr&#233;sentation de son travail &#224; la classe, sans y penser, que ce n'est pas &#171; un texte qui allait changer le monde &#187;, ce qui est habituellement un euph&#233;misme pour &#171; ce truc-l&#224; ne vaut pas grand-chose &#187;. Mais, dans ce contexte, la phrase qu'il a utilis&#233;e conduisit &#224; une discussion &#233;chauff&#233;e d'une demi-heure sur la capacit&#233; ou l'incapacit&#233; de l'&#233;criture &#224; changer le monde, ses implications politiques, ses cons&#233;quences sociale, et tout ce qui peut d&#233;river d'une platitude de langage parl&#233;, innocente mais approximative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Kenneth Goldsmith, Uncreative Writing, 2011 &#8211; trad FB.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Raymond Carver | Feux, ou comment donner son premier cours de creative writing</title>
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		<dc:date>2020-06-03T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>
		<dc:subject>Carver, Raymond</dc:subject>
		<dc:subject>Gardner, John</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand Raymond Carver parle du 1er cours de creative writing qu'il a suivi... et du premier que 10 ans plus tard, il a donn&#233;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3841.jpg?1389380620' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pour nous qui proposons des ateliers d'&#233;criture, &lt;i&gt;Les feux&lt;/i&gt; de Raymond Carver est un texte exceptionnel. Il s'agit d'un recueil composite : trois textes sur l'&#233;criture datant de 1981, le premier une commande du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; pour un article &lt;i&gt;sur l'art d&#233;crire&lt;/i&gt; et les deux suivants, dont &lt;i&gt;Les feux&lt;/i&gt;, deux hommages &#224; celui qui avait &#233;t&#233; son ma&#238;tre d'&#233;criture, John Gardner. Le reste du recueil : un extraordinaire texte sur son p&#232;re, les po&#232;mes de Carver, et quelques nouvelles qui n'avaient pas &#233;t&#233; reprises dans les autres recueils, plus un entretien unique sur sa d&#233;marche de composition.
&lt;p&gt;Ces trois textes (et l'entretien) sur l'&#233;criture exceptionnels d'une part parce que bien s&#251;r Carver s'y explique sur son art de la nouvelle, mais aussi parce que le fait d'avoir suivit lui-m&#234;me, d&#233;but des ann&#233;es 70, &#224; l'universit&#233; de Chico (Californie), un cours de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt; et que c'est indissociable de son chemin ult&#233;rieur. Et, dans l'hommage &#224; Gardner, de parler cette fois en tant que lui-m&#234;me donne d&#233;sormais un cours de &lt;i&gt;creative writing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute qu'en 30 ans les probl&#233;matiques ont &#233;volu&#233;, qu'on formule autrement ces contraintes d'enseignement &#8211; mais c'est peut-&#234;tre le mot &lt;i&gt;m&#233;tier&lt;/i&gt;, tel que l'emploie Carver, qui s'est &#233;rod&#233; &#8211; pas l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, qu'on donne des cours de cr&#233;ation litt&#233;raire ou qu'on vienne soi-m&#234;me pour y &#233;crire, ce texte qui parle &#224; la fois des cours re&#231;us, et du chemin fait pour ensuite en donner reste unique... Et c'est Carver !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;1 | &#171; un peu d'angoisse ne fait jamais de mal dans un r&#233;cit &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il y a des &#233;crivains qui sont bourr&#233;s de talent, je n'en connais aucun qui en soit compl&#232;tement d&#233;pourvu. Mais une vision des choses unique et pr&#233;cise, et l'art de trouver le contexte qui permet d'exprimer cette vision sont une autre paire de manches. [...] Tout grand &#233;crivain, ou m&#234;me tout tr&#232;s bon &#233;crivain, refait le monde &#224; sa mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose dont je parle ici a une parent&#233; avec le style, mais ne se ram&#232;ne pas au seul style. C'est la griffe particuli&#232;re, et reconnaissable entre toutes, qu'un &#233;crivain appose &#224; tout ce qu'il &#233;crit. Cet univers, c'est le sien. Il n'appartient qu'&#224; lui. C'est l'un d'es &#233;l&#233;ments qui permettent de distinguer un &#233;crivain d'un autre. Pas le talent. Le talent, &#231;a court les rues. Mais un &#233;crivain qui a une fa&#231;on sp&#233;ciale de voir les choses et qui donne une mani&#232;re de voir est un &#233;crivain qui a une chance de durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isak Dinesen disait qu'elle &#233;crivait un peu chaque jour, sans espoir, et sans d&#233;sespoir. Un jour j'inscrirai cette phrase sur une fiche de format 12,5 sur 7,5 et je la scotcherai au mur, au-dessus de mon bureau. Des fiches comme celle-l&#224;, il y en a d&#233;j&#224; quelques-unes sur mon mur. &#171; L'exactitude fonci&#232;re de l'expression est la SEULE morale de l'&#233;criture ! &#187; (Ezar Piund). C'est loin d'&#234;tre TOUT, bien entendu, mais un &#233;crivain qui a pour lui &#171; l'exactitude fonci&#232;re de l'expression &#187; a au moins pris un bon d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une autre fiche, j'ai inscrit ce fragment de phrase p&#234;ch&#233; dans une nouvelle de Tch&#233;khov : &#171; ... et en un &#233;clair, il comprit tout &#187;. Ces quelques mots me paraissent charg&#233;s d'&#233;merveillement, et riches de tous les possibles. Leur clart&#233; simple et d&#233;pouill&#233;e me pla&#238;t infiniment, tout comme l'esp&#232;ce d'illumination qu'ils sugg&#232;rent Ils ont du myst&#232;re aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un po&#232;me, ou une nouvelle, on peut d&#233;crire des objets parfaitement triviaux dans une langue on ne peut plus banale, mais d'une grande pr&#233;cision, et doter lesdits objets &#8211; un fauteuil, une fourchette, un caillou, une boucle d'oreille &#8211; d'une force consid&#233;rable, et m&#234;me confondante. On peut placer dans un dialogue une petite phrase d'aspect anodin, mais qui fera remonter un frisson le long de la colonne vert&#233;brale du lecteur (r&#233;action qui est, selon Nabokov, le signe de la jouissance esth&#233;tique). C'est la mani&#232;re d'&#233;crire qui m'int&#233;resse le plus. Dans l'&#233;criture, le d&#233;sordre et le d&#233;braill&#233; me font horreur, qu'ils se rangent sous la banni&#232;re de l'exp&#233;rimentation ou qu'il s'agisse de r&#233;alisme mal ma&#238;tris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les nouvelles, j'aime que l'on sente une menace qui plane, qu'on ait l'impression d'un danger imminent. Je suis d'avis qu'un peu d'angoisse ne fait jamais de mal dans un r&#233;cit. D'ailleurs, c'est bon pour la circulation. Il faut de la tension dans l'air, le sentiment qu'un mouvement inexorable a commenc&#233;, sans quoi, la plupart du temps, il n'y aura tout simplement pas d'histoire. Dans une oeuvre de fiction, la tension est cr&#233;&#233;e, en partie, par la fa&#231;on dont les mots concrets sont reli&#233;s entre eux pour constituer la trame visible de l'action. Mais il y a aussi les choses non dites, les choses qui restent entre les lignes, le paysage que l'on sent affleurer sous la surface lisse (ou quelquefois heurt&#233;e et irr&#233;guli&#232;re) des objets visibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;2 | &#171; les influences sont des forces &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les influences sont des forces. Ce sont des circonstances, des personnalit&#233;s qui exercent une action aussi irr&#233;sistible que celle des mar&#233;es. Est-ce que j'ai &#233;t&#233; influenc&#233; par des livres, ou des auteurs ? Je ne saurais le dire. Ce qui a pu m'influencer du point de vue litt&#233;raire, j'ai beaucoup de mal &#224; mettre le doigt dessus. [...] En revanche, j'ai une id&#233;e assez pr&#233;cise des influences que j'ai subies dans d'autres domaines. La mani&#232;res dont elles se sont exerc&#233;es sur moi &#233;tait souvent myst&#233;rieuse &#224; premi&#232;re vue, parfois m&#234;me &#224; la limite du miraculeux. Plus je faisais de progr&#232;s dans mon travail, plus j'&#233;tais conscient de ces influences. Elles ne me laissaient jamais de r&#233;pit, et ne m'en laissent toujours pas. Ce sont elles qui m'ont fait prendre la direction que j'ai prise, qui m'ont amen&#233; &#224; occuper ce petit bout de terre plut&#244;t qu'un autre ; plut&#244;t que cet autre, l&#224;-bas, par exemple sur l'autre rive du lac. Mais si l'influence qui a pes&#233; le plus sur ma vie et mon &#233;criture a &#233;t&#233;, comme j'en suis persuad&#233;, une influence n&#233;gative, &#233;touffante et souvent m&#234;me mal&#233;fique, qu'est-ce que je vais bien pouvoir en d&#233;duire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#233;moire est tr&#232;s mauvaise. Non seulement j'ai oubli&#233; un grand nombre d'&#233;v&#233;nements qui se sont produits dans ma vie (ce qui est sans doute une grande chance pour moi), mais je suis incapable de me rem&#233;morer quoi que ce soit sur de longues p&#233;riodes de temps, j'ai perdu toute esp&#232;ce de souvenir de certaines villes, petites ou grandes, o&#249; j'ai v&#233;cu, j'oublie le nom des gens et les gens eux-m&#234;mes. Mais il y a tout de m&#234;me des choses qui se gravent en moi. D'infimes d&#233;tails : l'intonation que quelqu'un a prise pour dire quelque chose ; le rire de quelqu'un d'autre, tant&#244;t &#233;clatant, tant&#244;t &#233;touff&#233; et un peu g&#234;n&#233; ; un paysage ; l'expression d'un visage, &#233;tonn&#233;e ou m&#233;lancolique. Je me rappelle aussi des sc&#232;nes tr&#232;s dramatiques : quelqu'un s'emparant d'un couteau et le levant sur moi d'un geste furieux ; ou encore le son de ma propre voix prof&#233;rant des menaces &#224; l'&#233;gard de quelqu'un d'autre. La vision d'un homme enfon&#231;ant une porte, ou faisant une chute dans un escalier. Je peux faire remonter &#224; la surface, en cas de besoin, certains de ces souvenirs dramatiques. Mais je n'ai pas le genre de m&#233;moire qui permet de reconstituer des conversations enti&#232;res, en faisant revivre jusqu'au moindre geste, au moindre changement de ton ; je ne me souviens jamais non plus de l'ameublement des pi&#232;ces o&#249; j'ai v&#233;cu, et je serais bien incapable de me souvenir de celui d'une maison enti&#232;re. [...] J'invente tous mes dialogues. Et je ne fais jamais surgir des objets, des &#233;l&#233;ments de mobilier, autour de mes personnages, que lorsque c'est absolument n&#233;cessaire. C'est doute pour cela que mes nouvelles sont parfois per&#231;ues comme d&#233;pouill&#233;es, aust&#232;res, voire &#171; minimalistes &#187;. Si j'en suis venu &#224; &#233;crire les nouvelles que j'&#233;cris, et &#224; les &#233;crire de cette mani&#232;re, &#231;a n'a peut-&#234;tre &#233;t&#233;, en fin de compte, que parce qu'il fallait bien que je m'accommode de mes limitations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;3 | &#171; un cours d'&#233;criture destin&#233; aux romanciers en herbe &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Je veux encore dire un mot de deux individus qui ont eu une influence sur ma vie. Le premier, John Gardner, professait un cours d'&#233;criture destin&#233; aux romanciers en herbe au coll&#232;ge d'&#201;tat de Chico, cours auquel je me suis inscrit &#224; la rentr&#233;e d'automne de 1958. [...] Gardner venait juste de sortir de l'universit&#233; d'Iowa avec un doctorat &#232;s Lettres et il avait &#233;crit, je le savais, plusieurs romans et un certain nombre de nouvelles qui &#233;taient encore in&#233;dits. Je n'avais encore jamais connu personne qui e&#251;t &#233;crit un roman, publi&#233; ou non. D&#232;s son premier cours, il nous a entra&#238;n&#233;s hors de la salle de classe et fait asseoir sur la pelouse. Nous n'&#233;tions pas plus de six ou sept, si j'ai bonne m&#233;moire. Il nous a interrog&#233;s &#224; tour de r&#244;le sur nos auteurs pr&#233;f&#233;r&#233;s. Je ne me souviens d'aucun des noms d'&#233;crivains que nous avons mentionn&#233;s, mais ce n'&#233;taient s&#251;rement pas les bons. Il nous a d&#233;clar&#233; qu'&#224; son avis aucun de nous n'avait l'&#233;toffe d'un &#233;crivain. Aucun de nous n'avait le feu n&#233;cessaire, il le voyait bien. Il a ajout&#233; qu'il allait faire ce qu'il pourrait pour nous aider, quoiqu'il f&#251;t manifestement tr&#232;s sceptique quant &#224; ce que cela allait donner. Toutefois, il a laiss&#233; entendre que le voyage qu'il allait nous faire faire serait assez mouvement&#233;, et que nous aurions int&#233;r&#234;t &#224; bien nous accrocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que, pendant un autre de ses cours, il nous a avertis qu'il ne mentionnerait jamais aucun magazine &#224; grand tirage devant nous, sauf pour en dire du mal. Il avait apport&#233; une pile de &#171; petites &#187; revues litt&#233;raires, et il nous exhorta &#224; lire les textes qu'elles contenaient. Il nous dit que c'&#233;taient elles qui publiaient la cr&#232;me de la fiction am&#233;ricaine, et la totalit&#233; de la po&#233;sie. Il nous dit qu'il n'&#233;tait pas seulement l&#224; pour nous apprendre &#224; &#233;crire, mais aussi pour nous signaler les auteurs qui valaient la peine d'&#234;tre lus. Il &#233;tait d'une arrogance sid&#233;rante. [...] je me souviens de l'avoir entendu soutenir &#224; l'&#233;poque, que le m&#233;tier d'&#233;crivain pouvait s'acqu&#233;rir, bien qu'il y e&#251;t certainement aussi des &#233;crivains-n&#233;s. Avait-il raison ? Ma foi, je n'arrive toujours pas &#224; me prononcer sur ce point. J'imagine que tous les &#233;crivains qui enseignent ce que les universit&#233;s am&#233;ricaines appellent &#171; l'&#233;criture cr&#233;ative &#187; et qui prennent un tant soit peu leur enseignement &#224; coeur sont plus ou moins forc&#233;s de le croire. On enseigne bien la musique, la composition et les arts plastiques &#8211; alors pourquoi pas l'&#233;criture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce temps-l&#224;, j'&#233;tais quelqu'un d'assez mall&#233;able, il se peut que je le sois encore d'ailleurs, et Gardner m'impressionnait &#233;norm&#233;ment, aussi bien par sa mani&#232;re d'agir que par ses paroles. Je lui remettais une de mes premi&#232;res &#233;bauches de nouvelles et nous la d&#233;cortiquions ensemble. Je me souviens de son extraordinaire patience, de son d&#233;sir &#233;vident de me faire comprendre ce qu'il s'&#233;vertuait &#224; me montrer. Il revenait inlassablement sur la n&#233;cessit&#233; de trouver le mot juste pour dire ce que je voulais dire. Le vague et le flou, la terminologie obscure &#233;taient &#224; proscrire. Et il insistait encore et encore sur la n&#233;cessit&#233; d'employer un langage ordinaire (je ne vois pas comment le nommer autrement), la langue la plus courante, celle dans laquelle nous parlions tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait formidable pour moi qu'il m'arrive une chose pareille dans cette p&#233;riode de ma vie, d'&#234;tre tomb&#233; sur quelqu'un qui me prenait assez au s&#233;rieux pour revoir enti&#232;rement un de mes manuscrits avec moi. Je savais que ce qui se passait &#233;tait d'une importance cruciale pour moi. [...] Il m'a appris &#224; me servir des &#233;lisions, des contractions de la langue parl&#233;e. Il m'a montr&#233; comment m'y prendre pour dire ce que j'avais &#224; dire en usant du minimum de mots. Il m'a fait voir aussi que dans une nouvelle tout comptait, absolument tout. Que le placement des points et des virgules &#233;tait une affaire grave. D'avoir fait tout cela pour moi, de m'avoir pass&#233; la cl&#233; de son bureau pour que je puisse &#233;crire pendant les week-ends, pour avoir sereinement endur&#233; ma fatuit&#233; et toutes les fadaises que je lui d&#233;bitais, je lui serai &#233;ternellement reconnaissant. Il a eu de l'influence sur moi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;4 | &#171; quand &#224; mon tour j'ai donn&#233; des cours d'&#233;criture cr&#233;ative &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rien ne m'avait pr&#233;par&#233; &#224; recevoir le genre de critiques qu'il me prodiguait. Avant chacune de nos rencontres en t&#234;te-&#224;-t&#234;te, il avait enti&#232;rement corrig&#233; ma nouvelle. Il barrait des phrases, des fragments de phrases, des mots isol&#233;s, et m&#234;me certains signes de ponctuation qui lui semblaient inacceptables, et il m'avait bien fait comprendre que quand quelque chose &#233;tait ray&#233;, c'&#233;tait irr&#233;vocable, il n'y avait m&#234;me pas lieu d'en discuter. Mais il lui arrivait aussi de mettre des phrases, des expressions ou des mots entre crochets ; dans ce cas, il y avait pour lui mati&#232;re &#224; discussion, et nous en discutions. Il n'h&#233;sitait pas non plus &#224; y aller de son grain de sel, ajoutant &#231;&#224; et l&#224; un mot&lt;br class='autobr' /&gt;
une suite de mots, et parfois m&#234;me une phrase enti&#232;re qui &#233;claircissait ce que j'essayais de dire. Nous discutions de mes virgules comme si &#231;'avait &#233;t&#233; la chose la plus importante du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier d'&#233;crire, et la morale de l'&#233;criture. Voil&#224; ce que cet homme enseignait, les valeurs qu'il incarnait. Et que j'ai faites miennes depuis ce bref mais fondamental &#233;pisode de ma vie. [...] Ce dont il a fait personnellement l'exp&#233;rience (je l'ai faite aussi quand &#224; mon tour j'ai donn&#233; des cours d'&#171; &#233;criture cr&#233;ative &#187;), c'est que l'on pouvait enseigner et transmettre certains aspects du m&#233;tier d'&#233;crivain &#224; d'autres &#233;crivains, g&#233;n&#233;ralement plus jeunes. Cette id&#233;e ne devrait pas sembler choquante &#224; quiconque s'int&#233;resse un tant soit peu s&#233;rieusement &#224; la p&#233;dagogie et &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Dans toutes les professions, on fait son apprentissage de cette fa&#231;on. Les grands chefs d'orchestre, les grands compositeurs, les grands microbiologistes, les les grands danseurs, les grands math&#233;maticiens, les grands peintres, les grands astronomes, les grands pilotes de chasse ont tous &#233;t&#233; form&#233;s par des ma&#238;tres plus &#226;g&#233;s et plus &#233;prouv&#233;s. Rien ne garantit qu'une personne qui suit des cours d'&#233;criture cr&#233;ative, des cours de poterie, ou des cours de m&#233;decine, deviendra un grand &#233;crivain, un grand potier, ou un grand chirurgien. On ne peut m&#234;me pas &#234;tre certain qu'elle exercera son m&#233;tier avec le minimum de comp&#233;tence requise. Mais &#231;a ne risque pas non plus de lui nuire, et Gardner en avait la conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui le re&#231;oivent aussi bien que pour ceux qui le donnent &#8211; et l&#224; aussi je parle d'exp&#233;rience &#8211;, l'enseignement de l'&#233;criture cr&#233;ative comporte un assez grand danger, celui que les &#233;crivains en herbe placent dedans des espoirs exag&#233;r&#233;s. Mais Gardner m'a appris qu'il &#233;tait pr&#233;f&#233;rable de prendre ce risque, que de tomber dans l'exc&#232;s contraire. Il ne nous m&#233;nageait jamais ses encouragements, m&#234;me quand l'oscillom&#232;tre fluctuait dangereusement, ce qui se produit assez souvent chez des jeunes gens qui apprennent un m&#233;tier. Un &#233;crivain d&#233;butant a autant, et peut-&#234;tre m&#234;me plus besoin d'&#234;tre encourag&#233; qu'un autre jeune qui fait ses premiers pas dans une profession quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec, les espoirs d&#233;&#231;us, sont notre lot &#224; tous. &#192; un moment ou un autre de notre vie, nous avons presque tous eu le sentiment que nous &#233;tions en train de sombrer, que les choses ne marchaient pas pour nous comme nous l'aurions souhait&#233;. D&#232;s l'&#226;ge de dix-neuf ans, on a au moins une assez bonne id&#233;e de ce qu'on &lt;i&gt;ne va pas&lt;/i&gt; devenir ; mais en g&#233;n&#233;ral, cette conscience qu'on a de ses propres limites ne devient vraiment profonde qu'&#224; la fin de l'adolescence ou au d&#233;but de l'&#226;ge m&#251;r. Aucun ma&#238;tre, aucun enseignement ne feront jamais un &#233;crivain de quelqu'un qui n'avait pas au d&#233;part les qualit&#233;s fonci&#232;res qui permettent d'en devenir un. Mais sit&#244;t que l'on opte pour une carri&#232;re ou que l'on ob&#233;it &#224; une vocation, on risque la d&#233;convenue ou l'&#233;chec. Des rat&#233;s, il y en a dans tous les m&#233;tiers. Chez les flics et les politiciens, les g&#233;n&#233;raux et les d&#233;corateurs, les ing&#233;nieurs, les conducteurs d'autobus, les &#233;diteurs, les agents litt&#233;raires, les hommes d'affaires et les vanniers. Il u aussi des profs d'&#233;criture cr&#233;ative rat&#233;s, des &#233;crivains rat&#233;s et d&#233;senchant&#233;s [...]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Raymond Carver, 1981, traduit par Fran&#231;ois Lasquin, &#233;ditions de l'Olivier, 1984.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#233;crire | le rideau des r&#234;ves</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3743</link>
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		<dc:date>2020-03-22T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Michaux, Henri </dc:subject>
		<dc:subject>Bachelard, Gaston</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;le r&#233;cit comme inconscient : &#233;crire le r&#234;ve c'est trouver la couleur et le rythme de vos fictions&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique170" rel="directory"&gt;1 | en route pour le monde de de l'&#233;criture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Michaux, Henri &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot820" rel="tag"&gt;Bachelard, Gaston&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3743.jpg?1383062438' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3743.jpg?1430638427&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4334' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire &#171; en route pour l'&#233;criture &#187;&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4971' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral Tiers Livre, l'atelier permanent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;&#233;crire avec le r&#234;ve&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
Le R&#234;ve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans fr&#233;mir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous s&#233;parent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l'image de la mort ; un engourdissement n&#233;buleux saisit notre pens&#233;e, et nous ne pouvons d&#233;terminer l'instant pr&#233;cis o&#249; le moi, sous une autre forme continue l'&#339;uvre de l'existence. C'est un souterrain vague qui s'&#233;claire peu &#224; peu et o&#249; se d&#233;gagent de l'ombre et de la nuit les p&#226;les figures gravement immobiles qui habitent le s&#233;jour des limbes. Puis le tableau se forme, une clart&#233; nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres ; &#8212; le monde des Esprits s'ouvre pour nous.&lt;br/&gt;
G&#233;rard de Nerval, &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus banal que le r&#234;ve, et rien de plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de l'atelier d'&#233;criture, d'aller y voir ? Oui, parce que ce que chacun trouvera dans l'&#233;criture du r&#234;ve c'est le soubassement ou la couleur de son territoire de fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; pour l'animateur ? D'abord de susciter, dans le premier temps de l'atelier, une proximit&#233; avec l'univers du r&#234;ve qui emp&#234;chera le premier r&#233;flexe de protestation : &#8212; Mais moi je ne m'en souviens pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la piste pour nous : non pas solliciter un r&#233;cit de r&#234;ve, m&#234;me si on pourra lire ceux de Baudelaire ou de Kafka, ou de Perec &#8211; mais contraindre les participants &#224; &#233;crire plut&#244;t leur &lt;i&gt;carnet&lt;/i&gt; de r&#234;ve. Le lien qu'on a chacun avec l'univers du r&#234;ve. &#201;crire plut&#244;t des &lt;i&gt;notes sur&lt;/i&gt;, accepter les bribes et fragments, mais chercher &#224; ce qu'ils &#233;pousent la diversit&#233; des modes du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la force de ce texte &#233;tonnant de Henri Michaux, &lt;i&gt;Le rideau des r&#234;ves&lt;/i&gt;, o&#249; chaque paragraphe s&#233;pare une mani&#232;re diff&#233;rente de r&#234;ver, sans jamais vouloir lever l'&#233;nigme, mais en restant au plus pr&#232;s du concret : pourquoi on r&#234;ve monochrome, quels animaux je vois dans le r&#234;ve, comment se souvenir des discours ou des musiques per&#231;us dans le r&#234;ve...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis c'est l'occasion de transmettre (vous verrez, souvent pour la premi&#232;re fois) quelques exercices basiques mais indispensables...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTA : dans les &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3608' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fiches imprimables&lt;/a&gt; de la rubrique t&#233;l&#233;chargements/ateliers, un extrait du &lt;i&gt;Rideau des r&#234;ves&lt;/i&gt; &#224; distribuer aux participants, ainsi qu'une version PDF int&#233;grale de mon livre &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;le rideau des r&#234;ves &#8211;- appeler le r&#234;ve dans l'atelier d'&#233;criture&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le travail sur le r&#234;ve n'est pas un exercice de circonstance, mais une composante fixe de l'&#233;criture : le r&#233;cit de r&#234;ve ne constitue pas litt&#233;rature (m&#234;me si nous lisons avec fascination les recueils de r&#234;ves de Swedenborg, Jean-Paul Richter ou Georges Perec) ou les r&#233;cits de r&#234;ves singuliers de Baudelaire, Nerval Kafka ou Breton. L'univers du sommeil reste en grande part inconnu : m&#234;me cette question faussement simple de pourquoi on dort n'est pas aujourd'hui r&#233;solue. Il faut rappeler quelques donn&#233;es physiologiques sur les phases de sommeil, les diff&#233;rentes &#233;tapes du sommeil paradoxal et ce qu'on suppose du r&#244;le du r&#234;ve dans le tri m&#233;moriel. Reprendre aussi quelques donn&#233;es concernant les premi&#232;res exp&#233;riences du nourrisson, formation de la conscience de l'identit&#233;, permanence de structures mentales li&#233;es &#224; l'&#233;volution, vision monochrome, r&#233;flexe de pr&#233;hension du pied, ou marche du nourrisson, peurs des neufs mois. Quelques donn&#233;es sur la place du r&#234;ve dans les vieilles civilisations, y compris celtiques, et aujourd'hui encore, en Am&#233;rique du Sud par exemple, o&#249; on dit il pour parler de celui qui en nous r&#234;ve. On peut citer quelques exemples de textes anciens d'interpr&#233;tation des r&#234;ves, chez les Grecs ou &#224; Byzance, pour souligner la tr&#232;s vieille affinit&#233; du r&#234;ve et de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On insiste sur le travail de fronti&#232;re mentale que dresse entre nous et lui-m&#234;me le r&#234;ve pour affronter ce qui compte, par l'oubli, par l'&#233;cart entre le symbole et ce qu'il repr&#233;sente : on r&#234;ve de ses morts parce que l'id&#233;e qu'ils ne sont plus ne nous est pas recevable. Le r&#234;ve joue de ces fronti&#232;res, et sa rem&#233;moration partielle nous fait assister comme &#224; un spectacle de cette limite, qu'il inscrit. L'&#233;crire c'est tenter de se rendre &#224; cet endroit, apprendre &#224; se pi&#233;ger soi-m&#234;me pour qu'&#233;crire commence &#224; cette fronti&#232;re. Dans toutes correspondances, tout journal d'&#233;crivain on retrouve le travail d'attention aux r&#234;ves consid&#233;r&#233; comme une discipline permanente. Les r&#234;ves qui marquent vraiment sont rares : deux ou trois fois l'an ? Mais semblent alors harponn&#233;s dans la t&#234;te avec une force de m&#233;morisation surprenante : on se souvient avec pr&#233;cision de r&#234;ves tr&#232;s anciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on travaille sur le r&#234;ve, je m'autorise &#224; parler longtemps. C'est l'ensemble de ces donn&#233;es identifiables, qu'on &#233;voque en parlant, qui va provoquer, pour chaque participant, ce balayage par associations et affinit&#233;s symboliques, de ses propres pratiques de r&#234;ve. En susciter l'&#233;cho personnel, en &#233;voquant le plus large &#233;ventail des typologies du r&#234;ve : r&#234;ves d'envol et de chute et pourquoi, r&#234;ves de paralysie et pourquoi, r&#234;ves de poursuite, r&#234;ves o&#249; on est nu, r&#234;ves de dents, de terre ou de feu. D&#233;formation de temporalit&#233; du r&#234;ve : r&#234;ves de r&#233;veil, dur&#233;e du r&#234;ve. Comment on r&#234;ve de ses morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier travail peut &#234;tre d'inventorier, pour chacun, la liste tr&#232;s limit&#233;e de ses r&#234;ves r&#233;currents : ceux dont on sait, au moment de leur r&#233;p&#233;tition, qu'on les a d&#233;j&#224; faits. Ce sont des figures de transition, mais celles-ci l'&#233;criture peut les capter m&#234;me si leur contexte reste vide : un paysage, une porte, une ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, un travail &#224; effectuer qui d'abord est d'inventaire : collecter, par la pure concentration, les fragments de r&#234;ves qui surnagent dans la m&#233;moire consciente. Que ces figures du r&#234;ve appartiennent &#224; des typologies valables pour tout un chacun, c'est au point qu'&#224; Petersbourg on a r&#233;cemment ouvert un mus&#233;e o&#249; elles sont en vitrine :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Le 4 novembre s'est ouvert &#224; Saint-P&#233;tersbourg une curieuse officine : le mus&#233;e des R&#234;ves du docteur Freud. Pass&#233; une petite porte, on entre dans une salle &#233;troite aux murs recouverts d'un papier peint dans le style viennois fin de si&#232;cle, induisant un air un rien cosy. Ni chaises, ni divan. C'est debout que l'on l&#232;che une douzaine de vitrines, lesquelles font p&#233;n&#233;trer le visiteur dans l'univers de Freud, de fa&#231;on plus chantourn&#233;e que p&#233;dagogique... La premi&#232;re expose conjointement une photo de Freud sur son lit de mort et un clich&#233; repr&#233;sentant sa maison natale, &#171; une fa&#231;on de sugg&#233;rer que l'enfant en nous ne meurt jamais &#187;, explique Viktor Mazine, l'inventeur du mus&#233;e... On est pr&#234;t alors &#224; entrer dans la seconde salle, &#233;troite et toute en longueur, baign&#233;e dans une p&#233;nombre douce avec accompagnement discret d'une musique quelque peu planante. De chaque c&#244;t&#233;, une vitre nou&#233;e de reflets derri&#232;re lesquels flottent des gravures, des feuillets &#233;gar&#233;s, des livres ouverts, des statuettes &#233;gyptiennes, une Bible, un masque mortuaire, une chemise de nuit, des photos, autant d'objets &#233;pars et crois&#233;s. Aucune logique, sinon celle, d&#233;sarmante, des r&#234;ves, aucune explication... Au fond, entre les deux vitrines nocturnes, au-dessus du sol fait de carreaux noirs et blancs, un &#233;cran. Vide. Chacun peut y projeter ce que bon lui semble. Un visiteur venait d'y voir des loups courant dans la ta&#239;ga enneig&#233;e.&lt;br/&gt;
Jean-Pierre Thibaudat, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le 5 avril 2000 (extrait).
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et ce mus&#233;e du r&#234;ve, &#224; construire ici pour soi-m&#234;me (et d&#233;vions les regards et l'attention de l'objet central, comme pour le r&#234;ve lui-m&#234;me : demandons de lui attribuer un lieu, un b&#226;timent dans la ville, une architecture int&#233;rieure, des guides pour la visite, de raconter une visite type&#8230;), voil&#224; une belle piste d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on suive ou pas, pour ses propres r&#234;ves, cette id&#233;e d'un mus&#233;e o&#249; on les mettrait en vitrine, L'interpr&#233;tation des r&#234;ves de Freud est sans doute l'outil principal de pr&#233;paration pour l'animateur, pour l'organisation de sa d&#233;marche. C'est le c&#244;t&#233; technique du travail de Freud dont on pourra se saisir pour restituer comme une arborescence, plut&#244;t que le versant interpr&#233;tation, qui r&#233;tablirait une hi&#233;rarchie entre l'animateur et ceux qui vont &#233;crire, alors qu'il s'agit seulement d'apprendre &#224; &#234;tre ensemble spectateur de ses propres r&#234;ves. Les textes qu'on va induire ne sont pas mati&#232;re &#224; interpr&#233;ter, mais fragments o&#249; se r&#233;v&#233;ler &#224; soi-m&#234;me ses dominantes de po&#233;tique (je cite toujours, par exemple, &#224; cette occasion, les titres de Gaston Bachelard qui &#224; eux seuls sont comme un po&#232;me :&lt;i&gt; L'Eau et les r&#234;ves, essai sur l'imagination de la mati&#232;re ; L'Air et les songes, essai sur l'imagination du mouvement ; La Terre et les r&#234;veries de la volont&#233;, essai sur l'imagination des forces ; La Terre et les r&#234;veries du repos, essai sur les images de l'intimit&#233;&lt;/i&gt;). Plut&#244;t faire r&#234;ver les participants &#224; ce qu'ils trouveront &#224; la lecture personnelle du grand livre de Sigmund Freud, et quel plaisir on peut avoir &#224; faire ainsi miroiter pareille &#339;uvre &#224; qui encore ne la conna&#238;t pas, parfois en d&#233;couvre m&#234;me l'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parler aussi de comment on peut soi-m&#234;me d&#233;placer sa ma&#238;trise du r&#234;ve, comment en immobiliser provisoirement une image, quels exercices permettent d'accro&#238;tre son attention au r&#234;ve ou sa m&#233;moire des r&#234;ves, et la cultiver. C'est, apr&#232;s les descriptions des principales typologies du r&#234;ve, l'&#233;tape par quoi d&#233;j&#224; le r&#234;ve s'approche de l'&#233;criture qu'on va en tenir, parce qu'on incite le mental &#224; s'approprier l'objet qui semblait lever confus&#233;ment et &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces suggestions d'exercices sur la ma&#238;trise du r&#234;ve, la notion &#171; d'arr&#234;ter le r&#234;ve &#187; : &#233;duquer sa concentration au moment o&#249; on s'endort pour ralentir le r&#234;ve et l'immobiliser un instant face &#224; soi. Alors se donner l'injonction d'une pause o&#249; on en examine, devant soi, le d&#233;cor et les lieux. L'&#233;tape suivante, se tourner lat&#233;ralement pour fixer non plus ce qui est dans le champ visuel, mais &#224; ses bords, demande un peu plus d'entra&#238;nement. On immobilise le r&#234;ve, mais on tourner son regard sur le c&#244;t&#233;, on oriente en r&#234;ve son corps vers le bord du champ visuel, et s'il s'agit d'une fen&#234;tre ou d'une porte on peut d&#233;cider de s'y d&#233;placer pour voir ce qu'il y a de l'autre c&#244;t&#233;. On peut aussi proposer l'exercice incroyablement productif propos&#233;, parmi bien d'autres, par Carlos Castaneda : les mains sont rarement dans le champ visuel du corps en sommeil, et l'exercice est difficile, exigera parfois deux mois ou plus d'attention continue aux r&#234;ves pour satisfaire &#224; quelque chose en apparence simple : voir une fois ses propres mains dans un r&#234;ve. En chemin on en aura d&#233;couvert bien plus. On aura introduit au travail de notation du r&#234;ve, par exemple &#224; cette exp&#233;rience classique o&#249; il nous semble noter avec une pr&#233;cision miraculeuse le r&#234;ve qu'on vient de faire, avec ses paroles et ses musiques, ses visages, ses couleurs et ses lumi&#232;res, qu'on voit le r&#233;cit s'en &#233;crire graphiquement sous nos yeux, sur notre propre calepin, et pourtant au r&#233;veil il n'y a rien : le r&#234;ve lui-m&#234;me s'est d&#233;doubl&#233; en r&#234;ve de sa propre notation pour se d&#233;fendre. En pr&#233;sentant quelques exercices de cette sorte sur la ma&#238;trise du r&#234;ve (le second Manifeste du surr&#233;alisme en contient quelques-uns), on fait d&#233;j&#224; approcher les participants de l'&#233;criture possible : on a fix&#233; leur attention non pas sur le r&#234;ve, mais sur la conscience qu'on en a, les bribes qui en survivent de l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut passer au travail d'&#233;criture. On a soulign&#233; la faiblesse structurelle des r&#233;cits de r&#234;ve, dont la logique ne peut &#234;tre celle du r&#233;cit, quand bien m&#234;me cette s&#233;ance va puissamment aider chacun &#224; trouver et modeler sa voix narrative. Et paradoxe pourtant de l'importance des r&#234;ves embo&#238;t&#233;s dans les tr&#232;s grands romans : le r&#234;ve de Raskolnikov dans Crime et ch&#226;timent, le r&#234;ve au milieu du Proc&#232;s. Rappel des ph&#233;nom&#232;nes de censure : ce n'est jamais exactement un r&#234;ve qu'on raconte, parce qu'en l'&#233;crivant le r&#234;ve se d&#233;fend, l'&#233;criture refabrique un r&#234;ve dans le temps m&#234;me qu'on &#233;crit. Enfin, attention port&#233;e &#224; la technique m&#234;me d'&#233;crire : le r&#234;ve nous force donc &#224; affronter une caract&#233;ristique tr&#232;s pointue du premier jet fictionnel, l'intuition fragile d'une image ne r&#233;v&#233;lant pas encore d'o&#249; elle vient, ni o&#249; elle va. L'image de d&#233;part du r&#234;ve est souvent une image-pont, au milieu du r&#234;ve. On va donc &#234;tre dans le sentiment d'avoir toujours &#224; en tenir le double mouvement. &#201;voquer ce que cela implique pour l'&#233;criture, s&#233;par&#233;e du temps r&#233;el pour capter le temps mental du r&#234;ve. On &#233;crit une image, et il faut &#233;crire &#224; la fois ce qui pr&#233;c&#232;de et ce qui suit, tenir sur un r&#233;cit continu une &#233;criture qui va dans les deux sens du temps &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richesse des trappes qu'on l&#232;ve une par une, citer le livre de Michel Butor : &lt;i&gt;Un r&#234;ve de Baudelaire&lt;/i&gt;, cent cinquante pages pour explorer toutes les harmoniques d'un r&#234;ve racont&#233; dans les trois pages d'une lettre de Baudelaire, mais o&#249; on retrouvera, plus tard, plusieurs germes des &lt;i&gt;Po&#232;mes en prose&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Sympt&#244;mes de ruine. B&#226;timents immenses. Plusieurs, l'un sur l'autre. des appartements, des chambres, des temples, des galeries, des escaliers, des c&#339;cums, des belv&#233;d&#232;res, des lanternes, des fontaines, des statues. &#8212; fissures, L&#233;zardes. humidit&#233; promenant d'un r&#233;servoir situ&#233; pr&#232;s du ciel. &#8212; Comment avertir les gens, les nations &#8212; ? avertissons &#224; l'oreille les plus intelligents.
&lt;p&gt;Tout en haut, une colonne craque et ses deux extr&#233;mit&#233;s se d&#233;placent. Rien n'a encore croul&#233;. Je ne peux plus retrouver l'issue. Je descends, puis je remonte. Une tour-labyrinthe. Je n'ai jamais pu sortir. J'habite pour toujours un b&#226;timent qui va crouler, un b&#226;timent travaill&#233; par une maladie secr&#232;te. &#8212; Je calcule, en moi-m&#234;me, pour m'amuser, si une si prodigieuse masse de pierres, des martres, de statues, de murs, qui vont se choquer r&#233;ciproquement seront tr&#232;s souill&#233;s par cette multitude de cervelles, de chairs humaines et d'ossements concass&#233;s. &#8212; Je vois de si terribles choses en r&#234;ve, que je voudrais quelquefois ne plus dormir, si j'&#233;tais s&#251;r de n'avoir trop de fatigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Baudelaire, &lt;i&gt;Petits po&#235;mes en prose&lt;/i&gt;, Michel L&#233;vy, 1869.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut sugg&#233;rer de se concentrer uniquement, non pas sur le contenu du r&#234;ve, son histoire, mais sur les fragments d'images de lieux qu'il nous laisse : un chemin en arrondi, une place, une ville, un mur, une pi&#232;ce, des couleurs arrang&#233;es, un ciel. Saisir ces lieux comme par cette technique de croquis des peintres dite aux trois crayons, transparence ou flou autoris&#233;s, justement parce que le r&#234;ve ne se laisse pas saisir. Lieux ouverts, lieux clos. Lieux r&#233;els, lieux du voyage. Faire d'abord une liste de ces images, m&#234;me fragmentaires, un album de diapositives, pour que cette r&#233;&#233;criture parte du fragment et arrache un peu, &#224; ses bords, de son contexte. Et, selon les publics, en situation d'illettrisme par exemple, quel plaisir d'apporter dans ce contexte quels livres de peintres, dont Magritte ou Klein, ou Bosch, ou &lt;i&gt;Les myst&#232;res de Harris Burdick&lt;/i&gt; de l'illustrateur de livres pour enfants Chris van Allsburg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraindre donc d'abord &#224; se concentrer non pas sur le r&#234;ve lui-m&#234;me, mais sur les questions qu'il pose. L'&#226;ge qu'on y a. Les couleurs qu'on voit. Si on r&#234;ve diff&#233;remment selon l'endroit o&#249; on r&#234;ve. Ce qui revient, et ce qui n'est venu qu'une fois. Exp&#233;riences qu'on a faites de la dur&#233;e du r&#234;ve, en particulier dans les r&#234;ves de r&#233;veil. Constat tr&#232;s &#233;trange que, d&#232;s lors qu'on rassemble un groupe d'une dizaine de personnes, il s'en trouvera un ou une pour r&#234;ver r&#233;guli&#232;rement se voir soi-m&#234;me dormir. Enfin, quel visage se conna&#238;t-on dans le r&#234;ve ? On sugg&#232;re &#224; chacun de retrouver et travailler sur cette figure de soi-m&#234;me dans le r&#234;ve : les fois o&#249; on s'est vu dans un r&#234;ve. Le miroir, objet quotidien, pr&#233;sent dans un r&#234;ve ? Insister l&#224; encore sur l'id&#233;e de liste et d'inventaire, en partant d'abord de ces typologies majeures du r&#234;ve, donc r&#234;ve r&#233;current, r&#234;ve de vol, r&#234;ve de r&#233;veil, r&#234;ve qui se fait prendre pour la r&#233;alit&#233;, r&#234;ve o&#249; on se voit soi-m&#234;me, couleurs du r&#234;ve, &#226;ges du r&#234;ve, lieux du r&#234;ve, villes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et revenons pour la piste que je pr&#233;f&#232;re &#224; Henri Michaux, et un texte de trente pages &#233;crit en 1963 :&lt;i&gt; Le rideau des r&#234;ves&lt;/i&gt;. D&#233;clencheur exceptionnel en ce qu'il ne l&#232;ve pas la difficult&#233; du travail sur le r&#234;ve, mais qu'il l'aborde comme fragmentaire, &#233;tablit comme objet du texte non pas le r&#234;ve lui-m&#234;me, mais la construction d'un rapport avec l'univers pluriel du r&#234;ve, comme un journal de bord des mani&#232;res de r&#234;ver. Bien insister avec le groupe sur le fait que chacun serait susceptible d'&#233;crire, en suivant la d&#233;marche de Michaux, une bonne trentaine de pages rien que pour cet inventaire de la diversit&#233; des r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
R&#234;ver, &#233;tant endormi, est-ce avant tout voir des images et des sc&#232;nes, est-ce avoir affaire &#224; du visible, de l'audible ?
&lt;p&gt;Pour moi, de tout temps, si j'excepte une lointaine &#233;poque, vers l'&#226;ge de six ans, o&#249; je subis des cauchemars, mes r&#234;ves furent p&#226;les, sans couleur. Je n'y voyais gu&#232;re, et n'y entendais pas grand-chose non plus&#8230; Semblable &#224; quantit&#233; d'autres r&#234;veurs de nuit, en r&#234;ve je ne proteste pas, m'habituant &#224; l'instant &#224; la situation, si impossible qu'elle soit, sans la rejeter, sans m'en &#233;vader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#234;ve, il semble que je n'ai toujours pas appris que je prends de l'&#226;ge. Je ne sais pas quel &#226;ge j'ai. Aucune r&#233;f&#233;rence &#224; ce sujet, et ainsi suis-je ordinairement &#224; mon r&#233;veil, sans &#226;ge. Toutefois, pas enfant, et plus qu'adolescent. Ce n'est pas plus pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique depuis quelques ann&#233;es je n'utilise plus le rail pour mes d&#233;placements, je me trouve invariablement en r&#234;ve dans des trains que pourtant dans la journ&#233;e je ne prends plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique descendant dans de plus grands h&#244;tels qu'autrefois et, de temps &#224; autre, dans des tr&#232;s grands o&#249; je me trouve parfois plus g&#234;n&#233; que satisfait, par l'effet de cette g&#234;ne m&#234;me, d&#232;s que je ferme l'&#339;il, c'est pour me retrouver transport&#233; &#224; nouveau dans un petit h&#244;tel aux chambres &#233;troites, &#233;touffantes, o&#249; il me fait passer la nuit, sous un plafond bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, &lt;i&gt;Le rideau des r&#234;ves&lt;/i&gt;, &#233;ditions de l'Herne, 1996 (extrait).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de r&#234;ve peuvent &#233;videmment se r&#233;v&#233;ler tr&#232;s puissants :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
J'ai r&#234;v&#233; des mecs qui viennent pour me tuer avec le couteau.&lt;br/&gt;
Apr&#232;s, moi je cours doucement, et les mecs fort. Je ressens l'angoisse.&lt;br/&gt;
Je respire comme les asthmatiques.&lt;br/&gt;
Apr&#232;s je me r&#233;veille et je dis : &#171; Impec, je suis dans ma maison. &#187; &lt;br/&gt;
Apr&#232;s, je sors du jardin et je trouve les animaux. Ils viennent &#224; la maison, ils mangent toute la famille.&lt;br/&gt;
J'ai cherch&#233; un flingue de mon p&#232;re pour tirer sur les animaux. &lt;br/&gt;
Je tire, ils ne meurent pas.&lt;br/&gt;
Apr&#232;s, ils viennent directement sur moi.&lt;br/&gt;
Apr&#232;s, je suis coinc&#233; dans un coin. Je dis &#224; mon fr&#232;re de faire le coup de main avec moi, parce que je suis coinc&#233;.&lt;br/&gt;
Mais mon fr&#232;re m'a dit : &#171; Non, je ne bouge pas. &#187;&lt;br/&gt;
Et moi qu'est-ce que j'ai pens&#233; ? &lt;br/&gt;
&#171; Mon fr&#232;re, il est avec les animaux. &#187;&lt;br/&gt;
Apr&#232;s, les animaux ils se tournent, ils regardent mon fr&#232;re et mon fr&#232;re rigole.&lt;br/&gt;
Et apr&#232;s moi j'ai tir&#233; sur mon fr&#232;re, apr&#232;s mon fr&#232;re il est mort, il est sorti un animal du c&#339;ur.&lt;br/&gt;
Apr&#232;s je me suis r&#233;veill&#233;, et je transpirais partout.&lt;br/&gt;
Gradignan, centre de jeunes d&#233;tenus, 1996. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais que chacun &#233;crive un texte avec une suite de fragments de r&#234;ves et de mani&#232;res de r&#234;ver, et on peut composer par montage un ensemble anonyme qui les m&#234;le tous en d&#233;sordre, et proposer au groupe un travail collectif de mise en voix ou mise en espace sans plus s'occuper de qui a &#233;crit quoi. Sur ce principe, le montage suivant vient de r&#234;ves &#233;crits le m&#234;me jour que le pr&#233;c&#233;dent, &#224; quelques centaines de m&#232;tres de la maison d'arr&#234;t, mais &#224; la facult&#233; des sciences de Talence :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
La surface lisse d'un lac. Des visages souriants de l'autre c&#244;t&#233; de cette vitre, qui s'enfoncent. Les visages ressemblent &#224; ceux de ma famille. &lt;br/&gt;
Un corps. Je pense que c'est moi. Clou&#233;e au sol, je ne peux ni bouger ni parler. Il n'y a personne autour, seule sur le quai. Je pleure, je le sens, mais je suis bien. Tout devient noir, je me r&#233;veille angoiss&#233;e, les joues tremp&#233;es comme si les sentiments &#233;taient partis du r&#234;ve pour rejoindre la r&#233;alit&#233;.&lt;br/&gt;
Une rue grise, inqui&#233;tante, un trottoir. Il n'y a rien autour, si ce n'est un bureau de poste jaune.&lt;br/&gt;
J'&#233;tais allong&#233;e sur le lit. Je me voyais, les yeux ferm&#233;s, endormie. &lt;br/&gt;
Mon corps &#233;tait immobile &#224; c&#244;t&#233; de moi, et au plafond un visage qui m'&#233;tait familier auparavant. Il me parlait, je reconnaissais sa voix. Je n'arrivais pas &#224; le faire taire.&lt;br/&gt;
Un immense rouleau de tapis tourne sur lui-m&#234;me. Je suis dessus, minuscule, oblig&#233;e de marcher sans discontinuer pour ne pas tomber. Il fait noir autour et il semble que la lumi&#232;re provient des motifs du tissu. L'air est lourd d'angoisse et d'un autre sentiment ind&#233;fini.&lt;br/&gt;
Je me vois, par mes propres yeux, dans une rue grise et mouill&#233;e. Je suis vu en plong&#233;e dans un plan assez large pour qu'on voie un r&#233;verb&#232;re &#224; c&#244;t&#233; de moi, le trottoir, le bord du mur par dessus lequel je me vois et une partie de la chauss&#233;e. La pluie, bien qu'on ne la voit pas tomber, colore tout d'une gris fonc&#233; uniforme : les immeubles, le trottoir, la rue. Cette rue est tr&#232;s longue, mais d'une largeur moyenne, elle ne laisse d&#233;couvrir &#224; ses extr&#233;mit&#233;s que deux petites parcelles d'un ciel gris plus clair.&lt;br/&gt;
Je r&#234;ve que je dors. Je voudrais me r&#233;veiller mais je n'y parviens pas. Tous mes membres sont paralys&#233;s, mes paupi&#232;res sont lourdes. Lorsque je tente p&#233;niblement de les ouvrir, une lumi&#232;re aveuglante m'oblige &#224; les refermer. Pourtant je vois la pi&#232;ce qui m'entoure. Il fait jour. Je suis allong&#233;e dans mon lit. J'entends tous les bruits ext&#233;rieurs. Il me semble que je suis r&#233;veill&#233;e et consciente, pourtant je ne peux bouger.&lt;br/&gt;
Mes dents grincent. Je m&#226;che des petits os, go&#251;t de sang. Je crache cette bouillie qui me g&#234;ne : du sang et mes dents, voil&#224; ce que c'&#233;tait. Je regarde ma bouche dans une vitre : vision d'horreur, multitude de trous de sang noir coagul&#233;.&lt;br/&gt;
Tout est vert, &#233;blouissant, l'herbe est haute. Je suis dans une clairi&#232;re, je ne peux pas voir plus loin que les arbres qui m'entourent. Je rentre dans une maison dont les fen&#234;tres sont au ras du sol. Toutes les pi&#232;ces sont enterr&#233;es dans le sol.&lt;br/&gt;
Un tube immense. Son mouvement de rotation accentue une sensation de malaise. Il est lourd, il est b&#233;tonn&#233;. Sa dimension condamne sa possible ma&#238;trise. Je suis au centre de ce tube. Je m'y vois. Le tube est tapiss&#233; d'un rev&#234;tement froid, rugueux. Sensation d'avoir les pieds sur du papier cellophane froiss&#233;. Le tube tourne de plus en plus vite. Je tombe. Cette derni&#232;re image s'&#233;vanouit. Je me l&#232;ve machinalement, je vais demander &#224; ma m&#232;re de me cacher. J'ai tu&#233; quelqu'un.&lt;br/&gt;
Des sifflements, des hurlements, le vent. Le bateau tangue, roule, plonge, plonge il m'entra&#238;ne, o&#249; allons-nous, encore trois mille m&#232;tres de profondeur, c'est loin&#8230;&lt;br/&gt;
Dans une grande salle bien &#233;clair&#233;e. J'&#233;tais l&#224; assise, devant une porte, &#224; attendre. Il y a beaucoup de monde qui bougent, qui parlent constamment. Mais je ne sais toujours pas pourquoi j'attends l&#224; devant cette porte.&lt;br/&gt;
Une sensation absolue d'apesanteur emplit mon corps, je suis en train de voler et cela ne me surprend m&#234;me pas. Je ressens seulement une joie intense qui va jusqu'&#224; un certain soulagement, mais de quoi je ne sais pas. Je sais seulement que cela paraissait vraisemblable.&lt;br/&gt;
Je cours, on me poursuit, on veut me tuer, je ne sais pourquoi. Je veux aller plus vite, mais mes muscles ne r&#233;pondent pas. C'est horrible. Je force mais je suis bloqu&#233;e, il s'approche, je me r&#233;veille. &lt;br/&gt;
Du vert, rien que du vert ; un relief plat, ce doit &#234;tre une prairie, une &#233;tendue de gazon, ou peut-&#234;tre tout autre chose. Je marche, du moins je me d&#233;place vers l'horizon. Du vert toujours et encore du vert. Non, du bleu, un v&#233;lo bleu qui passe, sur lequel mon p&#232;re est en sueur. Non, ce n'est pas mon p&#232;re, je suis sur ce v&#233;lo bleu qui tache le vert du paysage.&lt;br/&gt;
Une c&#244;te en for&#234;t, je cours et n'arrive jamais en haut.&lt;br/&gt;
Une falaise, un immeuble, un man&#232;ge, un avion, un pont, une gare, un trou, je tombe.
Au-dessus d'une ville, je vole.&lt;br/&gt;
Une cour sombre, je poignarde la mort.&lt;br/&gt;
Universit&#233; Bordeaux 1, facult&#233; des sciences, novembre 1996.
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#233;crire | de l'&#233;criture comme photographie</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3683</link>
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		<dc:date>2020-02-24T14:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>facs, &#233;coles, enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Simon, Claude </dc:subject>
		<dc:subject>Guibert, Herv&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;ce qui change dans &#233;crire par l'irruption de la photographie, exercice &#224; partir de &#171; Histoire &#187; de Claude Simon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique170" rel="directory"&gt;1 | en route pour le monde de de l'&#233;criture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot802" rel="tag"&gt;Guibert, Herv&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;de la photographie comme &#233;criture, une intro&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
En quelques d&#233;cennies, la quantit&#233; d'images et de bassins d'images auxquelles nous sommes confront&#233;s, et que nous m&#233;morisons, a grandi de fa&#231;on exponentielle. Les structures mentales qui nous permettent de les classer, trier, m&#233;moriser, se sont sans doute transform&#233;es radicalement d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre.
&lt;p&gt;Ces probl&#233;matiques sont probablement originelles pour l'&#233;crit. Mais la prise en compte de la photographie comme &#233;l&#233;ment narratif sp&#233;cifique s'est faite tardivement et lentement. Baudelaire et Flaubert passent &#224; c&#244;t&#233;, Zola, Nerval ou Huysmans pratiquent (&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2428' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7000 plaques de verre&lt;/a&gt; pour Zola) mais n'&#233;crivent pas sur leur pratique. Rimbaud franchit la fronti&#232;re comme involontairement, d&#233;crivant &#224; sa m&#232;re un autoportrait qu'il a rat&#233;, lui disant ce qu'elle aurait pu y voir. Et puis voil&#224; les &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3215' class=&#034;spip_in&#034;&gt;198 occurrences&lt;/a&gt; du mot photographie, une quinzaine d'usages distincts, qui interf&#232;rent avec la narration de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre les ann&#233;es 1980 pour que des livres paraissent, abordant la photographie par cette notion de classement, et d'arborescence des usages : dans &lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt; de Roland Barthes, 42 usages sp&#233;cifiques, tous rep&#233;r&#233;s par une oeuvre ou clich&#233; rep&#232;re de l'histoire photographique, et &lt;i&gt;L'image fant&#244;me&lt;/i&gt; d'Herv&#233; Guibert, avec 70 d&#233;clinaisons de l'image photographique chacune trait&#233;e en forme br&#232;ve (photomaton, retouche, planche-contact, polaro&#239;d, album, radiographie, photo d'identit&#233;, la pose, la photo-souvenir, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, la photographie est trait&#233;e par la narration comme un des &#233;l&#233;ments du r&#233;el &#224; &#233;galit&#233; de tous les autres (il y a un chemin parall&#232;le &#224; accomplir, et les exercices qui vont avec) pour l'image cin&#233;matographique). De grandes oeuvres comme celles de W.G. Sebald, des livres entre essai et fiction comme ceux de Jean-Christophe Bailly, des oeuvres narratives comme celles d'Annie Ernaux ou d'Anne-Marie Garat installent la photographie dans le corps m&#234;me de la narration (et non pas comme illustration) sans que nous en soyons en rien surpris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de plus &#233;l&#233;mentaire que de proposer d'&#233;crire &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; une photographie. Et c'est un formidable exercice de grammaire narrative : que regarde-t-on, dans quel ordre, comment le reconstruit-on narrativement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proposer l'exercice &#224; partir de photographies r&#233;ellement apport&#233;es par les participants, ou bien selon qu'ils les convoquent mentalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut aussi nous faire &#224; nous-m&#234;mes violence : nos photographies sont des dossiers fragiles et encombr&#233;s, sur des disques durs ou dans la m&#233;moire d'un t&#233;l&#233;phone. La valeur symbolique de l'image en est-elle affect&#233;e ? Pourquoi ne pas alors faire directement d&#233;marrer l'exercice de nos &lt;i&gt;pratiques&lt;/i&gt; en mati&#232;re d'image (si on repense &#224; ce que cela signifiait pour Zola, en terme de commande de l'appareil, fourniture des plaques et produits, tr&#233;pieds et temps de pose, puis archivage des plaques). Que photographie-t-on, comment le classe-t-on. Aucun int&#233;r&#234;t ? Tentez par exemple de faire &#233;crire depuis les images perdues, les images rat&#233;es, les images pas faites alors qu'on aurait d&#251;. L'imaginaire d'aujourd'hui, parce qu'il int&#232;gre la photographie comme &#233;l&#233;ment du r&#233;el, part vers lui-m&#234;me comme vers une image, sans forc&#233;ment besoin de texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis un ultime rebond : on parlera ailleurs de la m&#233;canique cin&#233;matographique, comme on parlera ailleurs de la question temps narratif et temps r&#233;f&#233;rentiel. Le temps r&#233;f&#233;rentiel de l'image photographique, c'est celui de sa pose. Elle inclut cependant un temps sujet : tous les photographes le savent, se rendre sur les lieux, attendre, rendre possible, marcher dans la ville inconnue sans appareil. Alors les textes qui vont r&#233;sulter de cet exercice, parce qu'ils sont narrativement complexes (des personnages, des d&#233;cors, des abstractions, des trag&#233;dies dont on ne per&#231;oit qu'un signe ext&#233;rieur et m&#234;me indiff&#233;rent), seront des mod&#232;les d'expansion narrative depuis un instant de r&#233;alit&#233; arr&#234;t&#233;e et arrach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'autres embo&#238;tements. Tout Balzac est une narration depuis un point de vue anthropomorphe. Rimbaud pratique, lui, la focale variable, parfois en montage cut &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me paragraphe. Le film nous a habitu&#233;s &#224; ces variations s&#233;quenc&#233;es, ces ruptures. Mais savons-nous &#233;crire avec focale, ouverture, s&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle magnifique tentative, il y a quelques ann&#233;es, celle d'une de nos agences nationales du territoire, d&#233;finissant dans tout le pays quelques centaines de points t&#233;moins, villes, campagnes, c&#244;tes, demandant &#224; quelques pointures de la photographie (&#231;a ne s'improvise pas) de d&#233;finir une image r&#233;f&#233;rentielle, qui serait ensuite reprise, depuis des ann&#233;es maintenant, une fois par trimestre dans les m&#234;mes conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r de multiples fa&#231;ons d'entrer dans ce champ d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;sente ici celle qui a ma faveur depuis que je l'utilise. Claude Simon fut photographe avant que d'&#234;tre romancier. Dans &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, il inventorie par une suite de paragraphes sans ponctuation (le paragraphe devenu surface mim&#233;tique de l'image, jusqu'en son &lt;i&gt;grain&lt;/i&gt;) une &lt;i&gt;collection&lt;/i&gt; d'images trouv&#233;es dans le tiroir d'une maison que vide le narrateur. On est en 1967, l'ann&#233;e de &lt;i&gt;Sergeant Pepper's Lonely Heart Club Bnad&lt;/i&gt;, mais encore 13 ans avant &lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun de trouver son exercice. Mais toujours de souvenir qu'on va faire artificiellement ou intentionnellement se rejoindre deux histoires qui n'ont pas march&#233; &#224; m&#234;me vitesse. Et qu'on touche aussi, parce qu'on propose l'exercice &lt;i&gt;aujourd'hui&lt;/i&gt; (pratiquant l'atelier d'&#233;criture depuis 20 ans, c'est un renversement qui me para&#238;t stup&#233;fiant apr&#232;s certaines s&#233;ances), aussi bien dans le rapport quantitatif aux images qu'&#224; leur &lt;i&gt;d&#233;mat&#233;rialisation&lt;/i&gt; (mot qui ne doit pas occulter la r&#233;elle mat&#233;rialit&#233; des supports, des &#233;changes aussi &#8211; une page Facebook fictive, quelle proposition.... mais les d&#233;clinaisons &#224; partir des usages Facebook, albums, identit&#233;s, deviennent aussi territoires potentiels de fiction) o&#249; se rejoignent dans un nouveau ballet le texte et l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisse donc en l'&#233;tat la pr&#233;sentation de 2005, vous convie &#224; compl&#233;ter par &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2312' class=&#034;spip_in&#034;&gt;images class&#233;es (BU Angers, 2010)&lt;/a&gt;, une formulation plus r&#233;cente. Je ne crois pas avoir jamais propos&#233; de cycle en atelier d'&#233;criture sans m'&#234;tre arr&#234;t&#233; sur cette instance : parler de la photographie comme mat&#233;rialit&#233;, c'est &lt;i&gt;arr&#234;ter&lt;/i&gt; notre geste scriptural en amont de la r&#233;alit&#233;, savoir qu'on b&#226;tit la surface infiniment mince de la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, et qu'elle seule constitue le texte. La photographie d'une pyramide non plus n'inclut la pyramide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessus : l'arriv&#233;e &#224; New York photographi&#233;e &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1957' class=&#034;spip_in&#034;&gt;par Julien Gracq&lt;/a&gt; (1970).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1, Claude Simon : le r&#233;el comme image&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La photographie est une pratique qui a mis longtemps &#224; percer dans la fiction. Malgr&#233; une page visionnaire de Balzac sur Daguerre en 1840 dans &lt;i&gt;Le Cousin Pons&lt;/i&gt;, et malgr&#233; le bref chapitre des &lt;i&gt;Curiosit&#233;s esth&#233;tiques&lt;/i&gt; chez Baudelaire (mais sans rien de visionnaire compar&#233; &#224; son &lt;i&gt;Peintre de la vie moderne&lt;/i&gt; , &#224; partir des croquis de guerre de Constantin Guys : Baudelaire passe &#224; c&#244;t&#233; de la dimension artistique de la photographie naissante), rien chez Nerval ni dans les proses de Rimbaud, alors que lui-m&#234;me au Harar se fait photographe, et qu'on peut suivre dans ses lettres tout le cheminement depuis la commande, entre th&#233;odolite, barom&#232;tre et longue-vue (qu'il me fasse envoyer ici un appareil photographique complet, &lt;i&gt;dans le but de le transporter au Choa, o&#249; c'est inconnu et o&#249; &#231;a me rapportera une petite fortune en peu de temps&lt;/i&gt;, 28 septembre 1882), &#224; la r&#233;ception du mat&#233;riel (je sais tr&#232;s bien ce que co&#251;te un appareil seul : quelques centaines de francs. Mais ce sont les produits chimiques, tr&#232;s nombreux et chers et parmi lesquels se trouvent des compos&#233;s d'or et d'argent valant jusqu'&#224; 250 francs le kilo., ce sont les glaces, les cartes, cuvettes, les flacons, les emballages tr&#232;s chers, qui grossissent la somme, 8 d&#233;cembre 1882), la lecture du manuel indispensable (&lt;i&gt;un trait&#233; de topographie &#8212; et non de photographie, j'ai un trait&#233; de photographie dans mon bagage&lt;/i&gt;, 15 janvier 1883), jusqu'&#224; l'envoi des premiers r&#233;sultats (&lt;i&gt;ci-inclus deux photographies de moi-m&#234;me par moi-m&#234;me&lt;/i&gt;, 6 mai 1883) de Rimbaud photographe, qui n'a pas obtenu la fortune pr&#233;vue. Il reste que, mus&#233;alement, ce 6 mai 1883, ce texte c&#233;l&#232;bre doit &#234;tre le premier d'un grand auteur &#224; introduire dans la langue la description d'une photographie, c'est-&#224;-dire transposition dans un univers de signe d'un autre univers de signe, lequel a d&#233;j&#224; pour fonction de repr&#233;senter. Renversement qui prend aujourd'hui une consid&#233;rable importance : on utilise l'habitude chez le destinataire du texte de manier une repr&#233;sentation du r&#233;el, la photographie, pour construire &#224; distance une repr&#233;sentation int&#233;rieure &#224; effet de r&#233;el, qui pourra alors se passer de l'existence mat&#233;rielle d'une photographie, et tirer son effet de fiction de la seule description d'image, mais emprunter &#224; la photographie comme la caution, pour la fiction, que ce qu'elle d&#233;crit est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ces photographies me repr&#233;sentent, l'une, debout sur une terrasse de la maison, l'autre, debout dans un jardin de caf&#233; ; une autre, les bras crois&#233;s dans un jardin de bananes. Tout cela est devenu blanc, &#224; cause des mauvaises eaux qui servent &#224; laver. Mais je vais faire de meilleur travail dans la suite. Ceci est seulement pour rappeler ma figure, et vous donner une id&#233;e des paysages d'ici.&lt;br/&gt;
Arthur Rimbaud, lettre du 6 mai 1883, &#338;uvres compl&#232;tes, Gallimard, 1972. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, de tous les grands auteurs du XIXe si&#232;cle on conna&#238;t depuis bien avant cela le visage, puisqu'ils ont pos&#233; pour Nadar ou Carjat (voir dans les &#233;crits de Nadar ce que Balzac improvisait, pendant les s&#233;ances de pose, sur le portrait photographique). Mais si le texte ci-dessus appartient aux lettres de Rimbaud, et non &#224; son &#339;uvre, c'est Lautr&#233;amont qui devient le pr&#233;curseur, par ce tr&#232;s &#233;trange passage de l'ouverture du chant III de Maldoror. Il utilise en effet, pour noter &#224; mesure de la narration elle-m&#234;me son principe de fonctionnement et d'expansion, le tr&#232;s pr&#233;cis vocabulaire technique de la photographie dans l'instant m&#234;me de sa r&#233;v&#233;lation (l'image flottante du cinqui&#232;me id&#233;al se dessine lentement, comme les replis ind&#233;cis d'une aurore bor&#233;ale, sur le plan vaporeux de mon intelligence), parlant de cuves, de l'&#339;il oblique, de cercles concentriques pour disposer &#224; la surface m&#234;me de son texte ses personnages brillant d'une lueur &#233;man&#233;e d'eux-m&#234;mes, avant, quelques pages plus loin dans le m&#234;me troisi&#232;me chant, de convoquer l'instant de la prise de vue, en reconstruisant explicitement une chambre obscure, avec la phrase r&#233;currente et mon &#339;il se collait &#224; la grille avec plus d'&#233;nergie et l'apparition d'une lueur phosphorique pour sa fameuse sc&#232;ne du cheveu : m&#234;me si Isidore Ducasse est familier de ces emprunts &#224; des manuels techniques ou scientifiques, zoologie, chimie, math&#233;matiques qu'on a pu pour la plupart identifier, la performance et l'intuition sont remarquables. Rien chez Mallarm&#233; non plus. C'est seulement chez Proust, et alors elle est li&#233;e &#224; la mort, &#224; la cessation de l'&#234;tre, que la photographie intervient en tant que telle dans la fiction, quand Saint-Loup rapporte au narrateur le visage de sa grand-m&#232;re juste d&#233;c&#233;d&#233;e, et qu'il avait trait&#233;e de coquette parce qu'elle s'&#233;tait appr&#234;t&#233;e pour la pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'alors la transmission de connaissance et d'informations passaient aussi principalement par le r&#233;cit. Nous ne pouvons certainement pas, &#224; &#233;chelle de temps si rapproch&#233;e, mesurer encore assez bien le bouleversement mental et langagier qu'a produit, depuis quelques d&#233;cennies, la circulation autonome des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pistes, bien s&#251;r, sont multiples pour travailler &#224; partir de photographies, ou sur la photographie. Et on peut y revenir plusieurs fois dans un cycle, tant chaque fois le rapport au r&#233;el s'exprimera puissamment. Il y a aussi de nombreuses pistes pour mener l'atelier d'&#233;criture conjointement &#224; la pr&#233;sence d'un photographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voudrait proposer ici, c'est de traiter le texte comme photographie. Le penser d'abord comme surface, et les mots comme occupation d'espace. Essayer donc de d&#233;placer tout aussi bien notre perception visuelle du texte comme lecture simultan&#233;e d'un bloc (comme Mallarm&#233; pouvait dire : &#171; l'unit&#233;, c'est la page &#187;) et essayer de penser &#224; cette mani&#232;re de percevoir le texte avec les outils mentaux de la perception visuelle, d&#232;s la gen&#232;se de notre &#233;criture. Tenter que ce qu'on repr&#233;sente, la photographie, conditionne le texte jusque dans ses ponctuations (ici, le refus de certaines majuscules), son grain (la r&#233;p&#233;tition ceux qui jouent jouent), le rapport entre instant et dur&#233;e r&#233;p&#233;t&#233; entre constat et supposition (ce qu'on peut d&#233;duire).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Prose de la photographie&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;la photographie repr&#233;sente une cour d'&#233;cole &#224; platanes, et marronniers. C'est l'automne ; quelques bogues de marrons sont &#224; terre. Le photographe de la photographie a saisi des enfants en tabliers noirs. certains jouent. d'autres regardent ; car ceux qui jouent jouent aux barres. Je suis sur la photographie, ma position marqu&#233;e d'une croix. Je viens juste de me mettre &#224; courir, &#224; partir de mon camp (c'est ce qu'on peut d&#233;duire de ma position, si on a une connaissance, m&#234;me sommaire, du jeu de barres)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Roubaud, &lt;i&gt;Autobiographie, chapitre dix&lt;/i&gt;, Gallimard, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais on va s'appuyer aussi sur l'objet repr&#233;sent&#233; par le texte, la photographie assemblage de pigments selon une largeur de grain pr&#233;cise, pour explorer une composante importante de la langue : &#233;crire sans ponctuation, pour se contraindre mieux &#224; cette tension de surface des mots, dont le rythme et la texture s'organiseront sans autre appui qu'eux-m&#234;mes. Ce passage par l'&#233;criture sans ponctuation est n&#233;cessaire pour appr&#233;hender concr&#232;tement l'id&#233;e de rythme interne de la langue, ce qui, pour sa construction m&#234;me, passe par un appui sur le temps propre de prononciation et l'ordre des mots plut&#244;t que sur les rep&#232;res visuels des signes diacritiques. L'&#233;criture sans ponctuation implique d'en passer par une apparente d&#233;construction, mais on croise &#224; nouveau ici un point d'origine de l'&#233;criture, un appui sur la seule scansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; m&#234;me de clore le texte ou boucler la phrase deviendra un principe neuf d'expansion, une mani&#232;re de sentir ce mouvement de basculer en avant qu'est le r&#233;cit. Quand on reviendra &#224; la ponctuation, nul doute qu'on l'utilisera avec une conscience accrue de son r&#244;le propre. Des enseignants r&#233;torquent parfois qu'une telle proposition va au rebours de ce qu'ils s'efforcent &#224; construire : la ma&#238;trise m&#234;me de la ponctuation, un des crit&#232;res historiques les plus variables de la langue, impose de comprendre de fa&#231;on dynamique ce qu'elle a pour t&#226;che de r&#233;gler, au sens musical du mot : dans la gen&#232;se chacun de sa propre &#233;criture, ce qui ne nous choque plus, dans l'absence de ponctuation, pour un texte po&#233;tique de Cendras ou d'Apollinaire que le vers d&#233;coupe, garde l'apparence d'un d&#233;fi pour la prose narrative. Je suis persuad&#233; du contraire : et c'est le paragraphe alors dont on va &#233;prouver, comme pour le vers chez Cendrars, la force de coupe et rupture, l'effet de cadre. J'en veux pour preuve cette phrase admirable de Proust, dans cette magistrale le&#231;on qu'est son article &lt;i&gt;&#192; propos du style de Flaubert&lt;/i&gt; (Nouvelle Revue Fran&#231;aise, 1920), qui n'est certainement pas une phrase longue, mais o&#249; la disparition de la ponctuation interne est li&#233;e au fait qu'il y parle mim&#233;tiquement de cet appui sur le son m&#234;me des mots pour organiser la force de la phrase : &lt;i&gt;Mais nous les aimons ces lourds mat&#233;riaux que la phrase de Flaubert soul&#232;ve et laisse retomber avec le bruit intermittent d'un excavateur&lt;/i&gt;. A rapprocher de la r&#233;ponse de Proust &#224; cette Enqu&#234;te sur le renouvellement du style (Le Renaissance litt&#233;raire, politique, artistique, 1922) o&#249; les points et les virgules reviennent, l&#224; encore pour d&#233;signer l'&#233;criture elle-m&#234;me, mais comme juste et l&#233;g&#232;rement port&#233;s par le mouvement propre de la phrase. C'est cela, qu'on peut apprendre en se privant, le temps d'une s&#233;ance, de toute ponctuation (il m'arrive, dans le temps de lecture, de demander aux participants de prononcer &#224; voix haute le nom des signes diacritiques, point, virgule : exercice est vraiment riche aussi pour partir &#224; la ma&#238;trise de la ponctuation).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
On doit &#234;tre pr&#233;occup&#233; uniquement de l'impression ou de l'id&#233;e &#224; traduire. Les yeux de l'esprit sont tourn&#233;s au dedans, il faut s'efforcer de rendre avec la plus grande fid&#233;lit&#233; possible le mod&#232;le int&#233;rieur. Un seul trait ajout&#233; (pour briller, ou pour ne pas trop briller, pour ob&#233;ir &#224; un vain d&#233;sir d'&#233;tonner, ou &#224; l'enfantine &#224; volont&#233; de rester &#171; classique &#187;) suffit &#224; compromettre le succ&#232;s de l'exp&#233;rience et la d&#233;couverte d'une loi. On n'a pas trop de toutes ses forces de soumission au r&#233;el, pour arriver &#224; faire passer l'impression la plus simple en apparence, du monde de l'invisible dans celui si diff&#233;rent du concret o&#249; l'ineffable se r&#233;sout en claires formules.
&lt;p&gt;Marcel Proust, r&#233;ponse &#224; une &lt;i&gt;Enqu&#234;te sur le renouvellement du style&lt;/i&gt;, Le Renaissance litt&#233;raire, politique, artistique, 1922.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En exemple de ce bouleversement potentiel de toutes les cat&#233;gories d'action mentale du r&#233;cit par la circulation autonome des images, je propose un texte extrait de Histoire de Claude Simon, livre en g&#233;n&#233;ral m&#233;connu d'un auteur fondamental de notre modernit&#233;, o&#249; cette exploration des images, trait&#233;es pour telles, devient mati&#232;re m&#234;me du livre, dans sa brutalit&#233; et ses brillances, gr&#226;ce justement &#224; cette mani&#232;re de d&#233;faire la prose en de&#231;&#224; de toute ponctuation autre que la coupe du paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
et sept heures du matin le ciel blanc la mer d'argent un gros bateau l&#224;-bas montrant sa poupe emboss&#233; des voix noires une m&#233;lop&#233;e noire des cris un groupe noir pataugeant &#233;claboussant ahanant tirant sur les cordes deux grosses barques s'&#233;levant retombant dans les rejaillissements d'&#233;cume ti&#232;de Passage de la Barre &#8211; C&#244;te Est de Madagascar
&lt;p&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et onze heures du matin &#224; Zanzibar : Water carriers at the pipe des n&#233;gresses aux cheveux courts cr&#233;pus remplissent des bidons de t&#244;le &#224; un robinet plac&#233; sur un socle de ciment et derri&#232;re elles un mur l&#233;preux d&#233;cr&#233;pi avec deux fen&#234;tres garnies de barreaux les bidons s'entrechoquent avec un bruit creux le soleil tellement violent que l'une des femmes se prot&#232;ge le visage &#224; l'aide d'un bidon vide une autre v&#234;tue d'un tricot moutarde d&#233;chir&#233; s'&#233;loigne de la fontaine un bras pendant tir&#233; vers le sol par sa charge le corps pench&#233; de l'autre c&#244;t&#233; pour l'&#233;quilibrer le bras libre horizontal en balancier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Simon, &lt;i&gt;Histoire&lt;/i&gt;, Minuit, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'image est trop omnipr&#233;sente d&#233;sormais pour qu'on se contente d'&#233;noncer une contrainte formelle. Le repli est trop facile sinon sur des images toutes pr&#234;tes, et trop lisses. Je demande que l'affect soit le principe de s&#233;lection des photographies sur lesquelles on va choisir d'&#233;crire. Le th&#232;me suivant est sans doute le plus riche : les cinq premi&#232;res photos qu'on conna&#238;t de soi-m&#234;me. Va compter d'abord l'environnement graphique : murs, ciels, relation avec celui qui fait la photo, habits, jouets, autres personnages, m&#234;me partiellement d&#233;chir&#233;s. On int&#233;grera dans cette liste l'objet photographique lui-m&#234;me : cadre, papier, marges, bords, annotations, jaunissement et pliures, etc. Ce th&#232;me para&#238;t &#233;l&#233;mentaire, mais peut se r&#233;v&#233;ler de grande violence (celle qui dans sa famille d'accueil n'a jamais &#233;t&#233; photographi&#233;e, celui qui r&#233;pondra par son image d&#233;form&#233;e dans le robinet du lavabo collectif de l'institution o&#249; les miroirs m&#234;me &#233;taient absents ; le vieil homme qui se souvient que la seule photographie &#233;voquant son p&#232;re &#233;tait une photo d&#233;chir&#233;e par le milieu par sa m&#232;re, o&#249; passait cependant le genou sur lequel l'enfant &#233;tait assis ; celui qui se voit rendre par la FNAC avec la mention &#171; non factur&#233;e &#187; un autoportrait flou fait dans une circonstance pour lui majeure, etc.) : simplement parce qu'on fait du sujet, qui reste l'enjeu principal de l'&#233;criture, un objet second dans l'&#233;criture, o&#249; tout ce qui viendra s'&#233;crire sera d'abord ce qui ne concerne pas ce sujet lui-m&#234;me : un visage s'&#233;crit avec la vie, et sur ces premiers visages qu'on conna&#238;t de soi-m&#234;me, il n'y a rien d'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'am&#232;ne souvent aussi lors de ces s&#233;ances des photographies du Japonais Iroshi Sugimoto, qui a fait tout autour du monde, au bord de toutes les mers, strictement la m&#234;me image, deux tiers eau, un tiers ciel. Toujours le m&#234;me principe pour la photo, rien d'autre de repr&#233;sent&#233;, m&#234;me cadrage, m&#234;me hauteur du pied, et travail magnifique, jamais semblable. Sugimoto accompagne ses photographies de narrations envoy&#233;es &#224; ses commanditaires, qui produisent toutes les conditions concr&#232;tes de la prise de vue, voyage, transports et acc&#232;s, m&#233;t&#233;orologie, h&#244;tels et repas. L&#224; aussi s'ouvrent de belles pistes, pour qu'un texte appliqu&#233; &#224; une photographie qu'on a faite soi-m&#234;me s'appuie sur la narration des circonstances au plus pr&#233;cis de la prise de vue, pour que le clich&#233; lui-m&#234;me soit fix&#233; &#224; l'int&#233;rieur du texte, comme un arr&#234;t provoqu&#233; du temps et du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je n'en parle jamais en pr&#233;sentant forme et th&#232;me de la s&#233;ance, l'int&#233;r&#234;t adjacent, mais majeur aussi, de cette voie d'exploration, c'est que les textes issus de description de photographies, par effet de cadre en particulier, et par la distance, toujours lisible dans le texte, du repr&#233;sent&#233; et de ce qu'il repr&#233;sente, apprend &#224; manier narrativement des objets extr&#234;mement complexes, figures de groupe, tensions entre personnages, &#233;bauches saisies de mouvement, &#233;criture de d&#233;cor purement visuel et d'objets d&#233;tach&#233;s. En fin de s&#233;ance, dans le temps de lecture des textes, c'est sur cet aspect-l&#224; que je fais principalement porter mes commentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insiste sur la richesse potentielle de ce texte de Claude Simon, parce qu'il est un texte de transition, ouverture par le dedans de la syntaxe &#224; un d&#233;pli de la repr&#233;sentation, qui nous permet d'accorder avec la plus grande pr&#233;cision son point de nettet&#233;, sa focale, non pas sur le monde, mais sur l'objet qui l'a saisi dans un instant donn&#233;. Ce qu'il y a hors cadre, nous ne le saurons pas. Pourtant, paradoxalement, lorsqu'on lira les textes, on mettra les participants devant une autre bascule majeure ; les textes, parce qu'ils explorent un instant arr&#234;t&#233; du monde, en d&#233;ploient la complexit&#233;, l'espace global des relations &#224; un point, en un instant, et l'appui autonome sur l'illusion cr&#233;&#233;e par le texte remplace le r&#233;el qui en fut la source. On est pass&#233; dans l'univers de la fiction, par ce d&#233;coupage de cadre, par cette mise &#224; distance des signes. On est dans le roman, un petit fragment de roman, parce que l'interrogation portait tout enti&#232;re sur la repr&#233;sentation, et non sur le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/simon.jpg?1380995872' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Variations sur l'usage de la photographie : Minyana, Guibert, Barthes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'apporte toujours avec moi, lorsque je souhaite faire un travailler un groupe sur cette notion de r&#233;el arr&#234;t&#233; et cadr&#233; par la photographie, le livre de Roland Barthes, La Chambre claire. Simplement pour dire que ce livre, essentiel quant &#224; notre possibilit&#233; de th&#233;oriser la photographie, est tr&#232;s r&#233;cent par rapport &#224; l'histoire plus ancienne de la photographie : qu'il s'agit d'une histoire encore &#224; &#233;crire. Les quarante-huit chapitres de Barthes sont chacun consacr&#233;s &#224; un mode, une fa&#231;on d'&#233;tablir la photographie dans son rapport au monde, &#224; ce qu'elle fixe du monde comme &#224; la fa&#231;on dont elle s'inscrit par rapport &#224; celui qui la regarde. L'id&#233;e m&#234;me de classement d&#233;place imm&#233;diatement notre m&#233;moire, notre catalogue mental de photographies. Ce qui est indiff&#233;renci&#233; passe par la diffraction d'un prisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &lt;i&gt;L'Image fant&#244;me&lt;/i&gt;, d'Herv&#233; Guibert, paru juste apr&#232;s le livre de Barthes. Le travail de critique photographique d'Herv&#233; Guibert, en particulier ses chroniques pour Le Monde, est paru r&#233;cemment. Dans &lt;i&gt;L'Image fant&#244;me&lt;/i&gt;, il ne s'agit pas de ce travail critique, &#233;nonciation &#171; sur &#187; la photographie. Mais bien du chemin int&#233;rieur que d&#233;place en nous l'accumulation mentale des images, et le d&#233;placement du rapport au monde qui s'en induit. Herv&#233; Guibert photographie sa m&#232;re malade, elle s'appr&#234;te et pose, et ce qu'ils traversent tous deux lors de cet instant est une rencontre &#224; rebours de toutes la pesanteur familiale. Lorsqu'il veut d&#233;velopper la photo, il constate que la pellicule, mal enclench&#233;e, est rest&#233;e enroul&#233;e : la pr&#233;paration et le geste de la photographie ont remplac&#233; l'image qui n'existera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Guibert, soixante-quatre chapitres qui correspondent chacun non plus, comme chez Barthes, &#224; une d&#233;finition du r&#244;le ou du statut de la photographie, mais &#224; l'inventaire mat&#233;riel de l'image. Photos d'identit&#233;, photomatons (comme le peintre Bacon ou le po&#232;te Queneau les pratiquaient aussi), radiographies m&#233;dicales, planches contact, album ou carton de photos, le Polaro&#239;d, la retouche, la s&#233;quence, l'autoportrait, la photo-souvenir : l'&#233;clatement propos&#233; par Herv&#233; Guibert n'est pas un simple inventaire et jamais un jeu formel. Il est ce prisme par quoi l'image nous apprend nous-m&#234;mes et notre corps. Mais c'est la dispersion et le prisme qui les d&#233;busquent, parce qu'on convoque les formes mat&#233;rielles diff&#233;rentes de l'image, qu'on pousse &#224; bout cet inventaire pour soi-m&#234;me, et qu'on t&#226;che &#224; chaque fois de savoir &#224; quelle photographie pr&#233;cise cela correspond dans ce qu'on en garde au-dedans, et qu'est-ce qu'on en a appris : il y a encore dans la table des chapitres l'image amoureuse, l'image &#233;rotique, l'image pornographique, l'image parfaite, les diapos, l'appareil, ou le fait divers (&#171; l'exercice barbare &#187;)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;trange avec ce livre, c'est la fa&#231;on dont il agit simplement en d&#233;pla&#231;ant notre position int&#233;rieure par rapport &#224; notre m&#233;moire des images : en prenant distance et tentant de les classer, elles surgissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peu importe qu'on revienne, pour l'exercice lui-m&#234;me, &#224; cette contrainte d'une &#233;criture sans ponctuation, ce que ne fait pas Herv&#233; Guibert, mais qui ouvre une telle ad&#233;quation entre le grain de la photo et la lettre ou le mot sur l'espace blanc de la page. Ainsi, par exemple, en proposant ces photographies dites par Philippe Minyana dans &lt;i&gt;Habitations / Pi&#232;ces&lt;/i&gt;, o&#249; le &#171; pi&#232;ces &#187; vaut autant pour le rapport aux lieux qui lui servent de mati&#232;re que pour l'affirmation th&#233;&#226;trale. Une photographie dite par un acteur &#224; quelqu'un qui l'imagine sans la voir, c'est l'essence de ce travail auquel nous proc&#233;dons, convocation de nos repr&#233;sentations mentales et m&#233;morisation des images, et comment le langage s'en approprie et les reconstruit comme fiction pour un autre :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
1&lt;br/&gt;
L'entr&#233;e de la villa&lt;br/&gt;
photographi&#233;e par Jean-Claude&lt;br/&gt;
Le narrateur commente la photo. &lt;br/&gt;
Annie devant la porte jupe et cardigan la porte verre sable et traverses en alu laqu&#233; fonc&#233; &#224; gauche mur de refend devant le mur coin bureau au sol gr&#232;s cr&#232;me
&lt;p&gt;Vision de Jean-Claude&lt;br/&gt;
j'ai vu Annie couch&#233;e morte dans l'entr&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis lors de la fameuse affaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur commente la photo.&lt;br/&gt;
Dans l'entr&#233;e &#224; gauche cinq placards plafond lambriss&#233; la porte d'entr&#233;e &#233;tant compos&#233;e de nombreux vitrages la lumi&#232;re palpite dans l'entr&#233;e l'agencement de l'entr&#233;e rend la villa originale chaleureuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Minyana, &lt;i&gt;Habitations / Pi&#232;ces&lt;/i&gt;, &#233;ditions Th&#233;&#226;trales, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;O&#249; le dispositif graphique qui relie la photographie &#224; l'acteur qui la dit permet une autre variation pour l'exercice : le commentaire du narrateur, qui peut &#234;tre compl&#232;tement d&#233;cal&#233; de la r&#233;alit&#233;, passer &#224; l'onirique, au fantasme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4361 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/guibert.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/guibert.jpg?1380995468' width='500' height='365' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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