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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>m&#233;thodes am&#233;ricaines pour la litt&#233;rature</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivain, un m&#233;tier ?</dc:subject>
		<dc:subject>Nord, Picardie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;49 | seul dans le noir nous tous&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2009 | Recherche d'un nouveau monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot238" rel="tag"&gt;&#233;crivain, un m&#233;tier ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot332" rel="tag"&gt;Nord, Picardie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1635.jpg?1479626540' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces cinq jours d'affil&#233;e j'&#233;tais donc ainsi entr&#233; par les arri&#232;res, j'avais travers&#233; ce parking qui servait d'acc&#232;s, et pouss&#233; la porte verte qui servait d'entr&#233;e personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait venu par les parents d'&#233;l&#232;ves : un des parents que je voisinais depuis des ann&#233;es dans les r&#233;unions trimestrielles, les co-voiturages, puisque nos gosses avaient le m&#234;me &#226;ge, et parce que cette fois-l&#224;, attendant un bus retour d'Allemagne qui avait pris du retard, s'&#233;tait av&#233;r&#233; &#234;tre le patron r&#233;gional de cette cha&#238;ne d'hypermarch&#233;s (presque patron : &#171; num&#233;ro deux, en fait, sous-directeur des services &#187;). Oh, pour moi ils savent : il suffit qu'ils m'aient vu une fois tous les deux ans, m&#234;me en tout petit, page livre d'un de leurs magazines ou la t&#233;l&#233;vision encore mieux &#8211; mais il s'&#233;tait mis &#224; me parler de ses lectures. Ce n'&#233;taient pas les miennes, certes, tel auteur am&#233;ricain bien mode Brooklyn et pas vraiment d'&#233;pines sur les branches de ses rosiers, mais dans ces cas-l&#224; je suis tr&#232;s poli. Et lui, ce qui &#233;tait encore moins fr&#233;quent, avait os&#233; me lire : &#8211; J'ai essay&#233;, vos bouquins&#8230; L&#224; non plus, je n'insiste pas trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;tait mis &#224; parler de son boulot &#224; lui. Forc&#233;ment, moi aussi p&#232;re de famille, ses hypermarch&#233;s il y a au moins celui de la sortie Nord, au-dessus de la ville, que je connais. Et ceux qui travaillent aussi, notamment le poissonnier : on se tutoie (en plus, on commence le travail &#224; la m&#234;me heure, vers 5 heures mes meilleures heures, moi &#224; ma table et lui &#224; ses glaci&#232;res, bien trois heures avant l'ouverture public : m&#233;tier rude), et celui qui aux yaourts est litt&#233;ralement un sosie de Pierre Bergounioux et une fois je n'y ai pas tenu, je lui ai racont&#233; mon trouble. &#8211; Mais moi je ne suis pas de Corr&#232;ze, je suis du Morvan, m'a-t-il pr&#233;cis&#233; &#224; plusieurs reprises ensuite comme pour me rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il disait, le sous-directeur r&#233;gional, en tout cas le parent d'&#233;l&#232;ves ami que je d&#233;couvrais tel, c'est que leurs &#233;tablissements proposaient tout ce qui convenait &#224; l'entretien du quotidien, &#224; condition que chacun sache &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt;, il insistait sur l'adverbe comme sur une condition pr&#233;alable, ce qu'il souhaitait dans sa vie, et ce qu'il y avait de limite &#224; ce qu'on leur proposait ici. &#171; Et qu'on ne nous en demande pas plus que le quotidien, disait-il. Qu'on fasse rebondir l'&#233;ventuelle curiosit&#233;, et non pas qu'on l'absorbe : cela qu'il nous faut construire&#8230; &#187; Je l'avais interrompu sur ce mot, &lt;i&gt;construire&lt;/i&gt; : il animait des formations sur ce th&#232;me, &#224; l'usage des cadres de son groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait contraint les &#233;tablissements relevant de sa direction &#224; ins&#233;rer, dans le journal distribu&#233; gratuitement dans les bo&#238;tes &#224; lettres (&#171; Ah, je vous dirais la facture&#8230; &#187;), des &#233;l&#233;ments r&#233;dactionnels qui se voulaient des conseils pour cette prise en charge, mieux r&#233;ussir, mieux d&#233;penser, ne pas se contenter de ce qui est propos&#233;. &#171; Quand on aime les bouquins, on aime &#233;crire &#187;, avait-il compl&#233;t&#233; : il composait des adverbes, des aphorismes, qui s'intercalaient entre les images st&#233;r&#233;otyp&#233;es des produits en promotion, et devaient inciter &#224; d'autres r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je travaillais ces m&#234;mes semaines avec un lyc&#233;e professionnel, des jeunes qui justement avaient comme perspective la vente en hypermarch&#233;. &#171; Ce n'est pas quelqu'un comme vous qu'on va mettre &#224; la client&#232;le&#8230; &#187;, se marrait-il, je ne savais pas si je devais en rire aussi. &lt;br class='autobr' /&gt;
On avait donc mont&#233; &#231;a avec le lyc&#233;e, les enseignants, et une dizaine d'&#233;l&#232;ves volontaires. Moi, j'&#233;tais charg&#233;, toute cette semaine, de prendre en note leurs r&#233;flexions, de regarder ce qui se passerait, les achats faits, pas faits. &#171; Attention, surtout pas dans une optique commerciale, &#231;a je m'en charge &#187;, avait dit mon nouvel ami. De m&#234;me, je n'avais pas voulu &#234;tre r&#233;tribu&#233; : ma fonction serait discr&#232;te, j'avais droit &#224; autant de notes que je souhaitais en prendre, ma r&#233;tribution serait dans les mots. &#171; Et vous en ferez quelque chose comme&#8230; &#187; Venait encore le nom de son auteur am&#233;ricain robinet d'eau ti&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, j'en ai pris, des notes, et des notes. &#171; Un roman, tu vas nous pondre&#8230; &#187;, disait le poissonnier. &#171; Vous parlerez aussi du personnel ? &#187;, demandait Bergounioux bis, quand je passais aux yaourts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, j'ai &#231;a dans mes cahiers. Les jeunes s'&#233;taient bien d&#233;brouill&#233;s. Quelques grincheux avaient refus&#233; : on vient l&#224; pour le n&#233;cessaire, et on laisse pour le samedi ces dames d&#233;monstratrices qui veulent vous faire repartir avec leurs paquets de caf&#233; ou le g&#226;teau traditionnel des montagnes. Vous prenez ceci, quel en est votre r&#233;el besoin, l'exprimez-vous en termes de n&#233;cessit&#233;, ou de d&#233;sir ? Vous en munissez-vous pour la consommation imm&#233;diate, ou pour une &#233;ventuelle utilisation prochaine ? Est-ce un achat d'habitude, une id&#233;e compulsive, analogique ? Et on s'expliquait sur les mots, on sugg&#233;rait. Pass&#233;e la premi&#232;re surprise, le contact avec les gens, vieilles personnes, jeunes couples, grands solitaires, se r&#233;v&#233;lait infiniment riche, surprenant. Le magicien prestidigitateur qui, chaque samedi, venait faire ses tours all&#233;e centrale, une id&#233;e aussi du sous-directeur r&#233;gional, m'adressait des clins d'&#339;il complices. &#171; Quand vous choisissez cela, avez-vous pens&#233; &#224;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont peupl&#233;s, nos hypermarch&#233;s de province. Un homme qui avait &#233;t&#233; accord&#233;oniste de bal dressait son stand chaque mercredi au carrefour de la trav&#233;e informatique et du rayon &#233;lectrom&#233;nager, vendait des compilations de danse, apostrophant les visiteurs comme s'il avait choisi cette musique pour eux et seulement eux, choisissant le genre selon l'&#226;ge (chaque &#226;ge &#224; ses heures, &#224; l'hypermarch&#233; : &#171; Et il y en a pour tout le monde &#187;, pr&#233;tendait-il). Derri&#232;re le sourire commis d'office, un homme que je d&#233;couvrais infiniment triste, et qui ne m'avait pas &#233;pargn&#233; de r&#233;cents malheurs conjugaux (et cela aussi, je l'avoue, stock&#233; dans mes notes) : &#171; Qui aurait besoin d'un accord&#233;oniste aujourd'hui, c'est comme pour vous les &#233;crivains. &#187; Je me le suis r&#233;p&#233;t&#233; longtemps, la nuit suivante, son &lt;i&gt;Comme pour vous, les &#233;crivains&lt;/i&gt; : comment je lui aurais d&#233;montr&#233; le contraire, puisque j'&#233;tais ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin du premier jour, j'avais donc moi aussi abord&#233; les gens, leur proposant d'&#234;tre leur accompagnateur provisoire, ce seul temps de la d&#233;ambulation chariot dans les rayons hebdomadaires : on r&#233;fl&#233;chirait, ensemble, au &lt;i&gt;mieux vivre&lt;/i&gt; (on avait &#233;crit ce slogan : &lt;i&gt;pour mieux vivre&lt;/i&gt;, sur nos blousons &#224; l'enseigne du magasin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faire acheter des livres, les guider dans un achat d'appareil photo num&#233;rique ou d'ordinateur ? Non, surtout pas, &#224; moins qu'ils l'aient souhait&#233; eux-m&#234;mes. Nous en avions discut&#233; avec le sous-directeur : &#171; C'est dans les conserves, parfois, qu'on a les meilleures discussions. Ou bien du r&#244;le de l'ap&#233;ritif. &#187; L'all&#233;e centrale, ils la nomment all&#233;e des confidences : longtemps que les petits commerces ont disparu de la ville &#8211; est-ce que cela suffit pour autant &#224; faire de l'hypermarch&#233; le lieu d'une socialit&#233; neuve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette semaine, fini. Mon ami, de toute fa&#231;on, va &#234;tre prochainement affect&#233; &#224; un vrai poste de directeur, mais &#224; l'autre bout du pays. Il m'a dit qu'il m'y inviterait pour une conf&#233;rence, que je raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens pousseraient &#224; nouveau leurs chariots sans questionneur tout aupr&#232;s, et les rayons seraient remani&#233;s pour la meilleure optimisation des prix. Je lui avais dit : &#171; Mais vraiment, &#234;tre l&#224; comme ces ma&#238;tres d'h&#244;tel des anciens palais, s'enqu&#233;rir des souhaits, mettre le nez, avec la meilleure discr&#233;tion possible, dans la vie priv&#233;e, m&#234;me intime, c'est &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; (moi aussi j'insistais comme lui sur l'adverbe) une t&#226;che pour un auteur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re fois il m'avait donn&#233; son Am&#233;ricain en exemple : &#171; Eh bien eux, ils ne craignent pas &#187;, m'avait-il lanc&#233;. &#171; Et qu'on en vend, chez nous, de leurs livres, du coup. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>G&#233;raldine Lay | Beauvais en 26 photographies</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3949</link>
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		<dc:date>2014-04-24T20:05:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>Nord, Picardie</dc:subject>
		<dc:subject>Lay, G&#233;raldine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Rien qu'une rampe de skate, et pourtant : on s'&#233;lance ici hors de sa condition, saut hors la gravit&#233;, d&#233;fi &#224; l'&#233;quilibre, dans le d&#233;s&#233;quilibre du monde et l'immobilit&#233; paradoxale qu'ici il instaure. Ici, dans la lumi&#232;re du photographe, les mains, le ciel, les postures, tout &#233;clate.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot332" rel="tag"&gt;Nord, Picardie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot851" rel="tag"&gt;Lay, G&#233;raldine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3949.jpg?1398369299' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je r&#234;ve moi aussi, m&#234;me si j'ai eu d&#233;j&#224; ici ou l&#224;, cette chance, qu'on m'invite dans des lieux pr&#233;cis pour &#233;crire ou photographier.
&lt;p&gt;L&#224; c'&#233;tait sp&#233;cial : la r&#233;sidence de G&#233;raldine Lay &#224; Beauvais correspondait &#224; la fin de mon ann&#233;e &#224; Qu&#233;bec, nous ne nous sommes pas rencontr&#233;s. Je ne suis jamais all&#233; &#224; Beauvais : je n'ai connu, d'elle et de la ville, que ces 26 photographies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit l'occasion d'inciter &#224; la visite de son site, &lt;a href=&#034;http://www.geraldinelay.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les failles ordinaires&lt;/a&gt;, et de ces &#233;tranges s&#233;ries o&#249; la photographie devient elle-m&#234;me fiction. Voir ce qui s'en induit, sur nerval.fr, pour Jean-Pierre Suaudeau avec son &lt;a href=&#034;http://nerval.fr/spip.php?article122&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alice au miroir&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&#034;http://www.geraldinelay.com/1/8/north-end/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;North End&lt;/a&gt;, travail men&#233; depuis plusieurs ann&#233;es d'affil&#233;e sur les villes du nord de l'&#201;cosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir sur le site de G&#233;raldine Lay, en diaporama grand format, l'ensemble de son travail sur Beauvais, &lt;a href=&#034;http://www.geraldinelay.com/2/5/ou-commence-la-scene/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;O&#249; commence la sc&#232;ne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et merci &#224; &lt;a href=&#034;http://www.diaphane.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diaphane&lt;/a&gt; d'avoir bien voulu m'associer &#224; ce catalogue, voir leur site pour programme, archives, r&#233;sidences en cours, &lt;a href=&#034;http://www.fraap.org/article261.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du beau travail&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5020 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-01.jpg?1398369633' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;o&#249; commence la sc&#232;ne&lt;br/&gt;
sur 26 photographies de G&#233;raldine Lay &#224; Beauvais&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;On arrive dans une ville. Ce n'est plus notre ciel, ce ne sont plus les rues qu'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couleur m&#234;me est diff&#233;rente : la vieille brique, et ce que la ville t&#233;moigne d'histoire, la vieille et usante histoire des hommes &#8211; &#224; Beauvais c'est depuis si longtemps &#8211; et des sculpteurs de cath&#233;drale aux tisseurs de tapisserie (Beauvais &#171; ville drapante &#187;, Beauvais ville de l'indienne) tout a fait trace. Mais est-ce qu'on ne vit pas ici comme n'importe o&#249; ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le pr&#233;sent ? Est-ce qu'il indique une continuit&#233;, un art de vivre, est-ce qu'il rassure sur nous-m&#234;mes ? Que nous disent les autres, ceux que pour l'instant on ne conna&#238;t pas, le croisement bref des regards, la fa&#231;on dont on s'assemble, juste ici o&#249; on est, cette patinoire dress&#233;e sur une place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie fascine, parce qu'elle nous prouve optiquement, chimiquement, que ce qu'on voit existe, a du moins exist&#233; &#224; l'instant pr&#233;cis dont l'image est la trace. Bien s&#251;r, l'art du photographe est de jouer de cette contrainte : on peut mettre en sc&#232;ne l'instant, travailler sur des s&#233;ries de temps qui le d&#233;composent et ainsi de suite. Il y a tant d'images qui interdisent d'en revenir &#224; la r&#233;alit&#233; qu'elles supposent : G&#233;raldine Lay appelle cela des failles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on ne feuillette pas ces images en se disant que c'est Beauvais qu'on lit, ou bien que telle est la r&#233;alit&#233; aujourd'hui de Beauvais et de celles et ceux qui l'habitent. Ce qu'on lit, c'est une rencontre. On ne s'arr&#234;te pas, on parcourt. D'ailleurs, &#224; mesure qu'avan&#231;ait l'exp&#233;rience &#8211; r&#244;le de t&#233;moin, apprendre &#224; voir Beauvais sans aller &#224; Beauvais, G&#233;raldine Lay me transmettait un d&#233;roul&#233; &#8211; non pas des images s&#233;par&#233;es, mais un parcours, une travers&#233;e, un temps. Pour le r&#233;cit de la ville, l'encha&#238;nement et la respiration d'une photographie &#224; l'autre comptent autant que leur accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-02.jpg?1398369633' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais si la photographie fascine, c'est qu'on n'y lit pas un objet ext&#233;rieur &#224; soi-m&#234;me. On y voit l'arbitraire, un arbitraire pos&#233; sur les choses qui nous concernent. La vie, peut-&#234;tre, simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symbolique alors de cette patinoire, rectangulaire et lisse comme les n&#233;gatifs 24x36 de Beauvais vu par G&#233;raldine Lay : rien n'y est immobile. Corps d&#251;ment envelopp&#233;s qui circulent comme vibrent les atomes dans les acc&#233;l&#233;rateurs de particules. C'est autour qu'on attend, qu'on regarde. La photographe alors fixant le regard de ceux qui regardent, mais ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie est cette articulation, ce que la r&#233;alit&#233; donne &#224; voir, mais li&#233;e &#224; ce qui devient visible uniquement parce que la photographe en a isol&#233; l'instant. Parce que les photographes d&#233;c&#232;lent dans le visible ce qui, &#224; nous, n'est pas perceptible ? En partie, probablement. Le travail commence avec l'oeil, et suppose d'arpenter, de marcher, d'&#234;tre longtemps dans l'aff&#251;t. Mais c'est probablement irrationnel aussi. Il s'agit de pellicules 36 poses roul&#233;es dans le Leica, et qu'on envoie au studio de d&#233;veloppement. On re&#231;oit une planche-contact, avec les images en petit, c'est l&#224; qu'on retient celles qui disposent d'un peu de ce myst&#232;re, et dont on demande l'agrandissement. C'est la photographie qu'on re&#231;oit qui donne &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression, &#224; suivre &#224; distance, tous ces mois, l'exp&#233;rience &#224; Beauvais de G&#233;raldine Lay invit&#233;e par Diaphane, d'une suite de nappes mouvantes qui se superposent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5022 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-03.jpg?1398369634' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une jeune femme arrive devant vous sur le trottoir. La rue est d'apparence banale. Vous ne provoquerez pas de pose. Vous ferez plusieurs images, mais la jeune femme simplement comme vous l'avez aper&#231;ue, venant vers vous. Vous lui avez demand&#233; si elle accepterait que vous la photographiiez. Elle a souri, a r&#233;pondu que oui. La noblesse m&#234;me de celle ou celui qui est au-dessus de cela. Qui donne parce qu'elle ou il sait la valeur de ce qui est offert. Un homme &#224; l'arri&#232;re-plan pousse la porte de chez lui, le feu &#224; l'autre bout est vert : rien n'a &#233;t&#233; coup&#233; de l'instant, du hasard. Mais une posture, la tension d'un visage, et jusque la fa&#231;on dont les v&#234;tements tranchent sur la part anonyme des choses, elle dit : &#8211; Je suis d'ici. L'&#233;change, pour la photographe, c'est le Leica qui capte cette lumi&#232;re, du visage, de la ville, de l'instant. L'&#233;change, pour la jeune femme, peut-&#234;tre ce que nous lui disons maintenant : qu'elle nous en apprend un peu sur nous, aussi. Que nous-m&#234;mes, tout &#224; l'heure, marchant dans la rue, en aurons gard&#233; un peu, et nous en serons agrandis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;raldine Lay, parce que tous ces mois elle est venue si souvent &#224; Beauvais, dit qu'avec plusieurs des personnages s'est instaur&#233; un &#233;change. Parfois, d'un s&#233;jour l'autre, la photographie offerte. Parfois, la conversation qu'on entame : par exemple &#224; l'&#201;cume du jour, bistrot associatif (qui propose m&#234;me un &lt;i&gt;jardin partag&#233;&lt;/i&gt;). Alors on fait, &#224; chaque nouveau s&#233;jour, une nouvelle photo du personnage, et s&#233;dimente dans l'image cette confiance ou interrogation r&#233;ciproque. Et cela aussi ressemble &#224; ce que chacun de nous tisse, parce que seuls les &#234;tres d&#233;truits se s&#233;parent radicalement des autres. Dans ces images, on dirait qu'il n'y a pas d'extr&#234;me : que la mis&#232;re, l'accident ou la d&#233;tresse qui sont de toute ville aujourd'hui le visage, elle ne le retient pas (cette image d'oiseau mort, dans les photographies non retenues) &#8211; personnages fixes, et toutes autres nappes mouvantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5027 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-04b.jpg?1398370060' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que les personnages ici ont en permanence le regard port&#233; sur les autres, ont curiosit&#233; des autres. Comme si G&#233;raldine Lay photographiait d'abord notre propre curiosit&#233;, avec la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut de la confiance, pour qu'une ville accepte celle ou celui qui la photographie. Lui offre le g&#238;te et le couvert, ces deux fondamentaux de la vie nomade. La litt&#233;rature se divise facilement en r&#233;cits autobiographiques et r&#233;cits de voyage. La photographie, c'est plus compliqu&#233;. G&#233;raldine Lay est n&#233;e &#224; M&#226;con, a v&#233;cu &#224; Lyon, puis Arles : ce ne sont pas les m&#234;mes lumi&#232;res, le m&#234;me paysage, la m&#234;me histoire des villes. Ce qu'elle cherche pour ses failles, ces minces lignes de fracture qui permettront de passer &#224; travers la r&#233;alit&#233; visible, elle est all&#233;e les chercher dans le Nord. Quand elle dit nord, c'est la Norv&#232;ge et la Su&#232;de, la Finlande o&#249; tout est si intangible, c'est la lumi&#232;re grise de Glasgow. Lumi&#232;res du Nord : &#171; Des lumi&#232;res de fin de journ&#233;e tr&#232;s dirig&#233;es et &#231;a dure trois heures, alors que chez nous c'est comme un coup de projecteur, mais qui dure une demi-heure. &#187; De Glasgow ou la Finlande, elle dit : &#171; Rentrer dans un autre univers, chercher la m&#234;me histoire. &#187; Ce sont ses photos de Glasgow, d'ailleurs, qui ont d'abord &#233;t&#233; accueillies par Diaphane, et provoqu&#233; la rencontre avec Beauvais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5023 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-05.jpg?1398369634' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute cette ann&#233;e, quand je recevais ces images, j'&#233;tais &#224; Qu&#233;bec. D'une ville &#224; l'autre, des heures de grande route toute droite, au long d'&#233;pinettes monotones. Revenant en France, l'impression de distances tellement plus courtes, et qu'&#224; tendre chacun les deux mains on pourrait faire cha&#238;ne d'une ville &#224; l'autre. Beauvais, dans notre histoire, c'est ces premi&#232;res villes qui &#233;chappent enfin &#224; l'attraction de Paris m&#233;gapole. C'est ce vieux tissu des villes dans la guerre, &#224; l'arri&#232;re du front de 14-18, sous les bombardements, un tissu de villes qui, au moins dans l'id&#233;e qu'on en a, se rejoignent presque, Amiens, Compi&#232;gne ou Rouen. Pour G&#233;raldine Lay, un d&#233;paysement qui n'a pas l'&#233;chelle de ses villes du Nord : &#171; j'avais peur, un r&#233;el d&#233;j&#224; plus proche &#187;. C'est le temps particulier de la r&#233;sidence. Myst&#232;re, pour chacun de nous, que les premi&#232;res sensations d'une ville soient les plus aigu&#235;s. Pour combien d'entre nous une ville &#233;trang&#232;re se r&#233;v&#232;le d&#233;j&#224; lorsque le taxi ou le bus nous emm&#232;ne de l'a&#233;roport au centre-ville ? Le d&#233;roul&#233; des photographies, c'est un peu l'image d'une &#233;cluse : elles disent l'histoire propre de la rencontre de la photographe et de la ville. Ce d&#233;calage si mince, et qui passe forc&#233;ment par les gens. &#171; &#202;tre &#224; Beauvais comme une &#233;trang&#232;re &#187;, dit G&#233;raldine Lay de son premier s&#233;jour, dans cet hiver avec neige, et les yeux tout autour de la patinoire. &#171; Ce qui para&#238;t diff&#233;rent de soi, dit-elle, on y va beaucoup plus franchement. &#187; De son dernier s&#233;jour, elle dit : &#171; Je n'ai presque pas fait d'images. &#187; Et si c'&#233;tait ce chemin lui-m&#234;me qui faisait r&#233;cit, donnait &#224; voir ce que le visage de la ville peut-&#234;tre retient, autorisant cet arbitraire m&#234;me, ces rencontres, la lumi&#232;re sur un escarpement de briques, &#224; devenir la ville dite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement lui-m&#234;me aussi que le photographe examine. Pas d'appareillage, c'est la tradition des photographies de rue, la noblesse que &#231;a a pris dans l'histoire de la photographie en g&#233;n&#233;ral, dans l'histoire artistique am&#233;ricaine d'autre part. Comme d'autres avant elle, G&#233;raldine Lay a l'appareil le plus petit : un Leica. Le r&#233;cit surgit d'une coupe, d'un cadrage. Dans ces villes de briques, la rue n'est pas l'espace de vie qu'elle est en M&#233;diterran&#233;e. Le photographe est chasseur : &#171; On est seule face aux personnes crois&#233;es, avec la m&#233;fiance en France pour l'image. Alors on demande, mais on fait la photo. &#187; Et peut-&#234;tre que c'est cette libert&#233; prise, qui affirme avec une telle pr&#233;sence l'arbitraire de la ville, du destin de chacun, l&#224; o&#249; cela nous renvoie au n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien parfois on doit &#234;tre tent&#233; d'arranger le r&#233;el. De composer une sc&#232;ne. L'histoire de la photographie en est remplie, de ces images qu'on croit spontan&#233;es, et qui sont de savantes constructions ou recompositions. Et c'est ici que le photographe invente sa propre contrainte. Une des pr&#233;c&#233;dentes expositions de G&#233;raldine Lay empruntait son titre &#224; Nabokov : &#171; Un mince vernis de r&#233;alit&#233;. &#187; Dans la profusion du r&#233;el, ces instants o&#249; on a l'impression que le hasard, les lignes et la lumi&#232;re se rassemblent dans un soudain pic d'intensit&#233; : &#171; Quand le r&#233;el produit sa propre ambigu&#239;t&#233;, dit-elle, qui fait qu'on n'y croit plus... &#187; Elle parle m&#234;me de &#171; fausse mise en sc&#232;ne &#187; : rien de construit, et pourtant c'est la fa&#231;on dont le r&#233;el se construit qui a fait qu'on glisse de la position de spectateur &#224; celle de chasseur, le Leica sorti et d&#233;clench&#233; &#8211; &#171; des gens qui ont une certaine fragilit&#233;, aussi &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beauvais l'hiver : les rues ici sont neutres. Lignes et couleurs, travaux, signalisation routi&#232;re, murs opaques et sans fen&#234;tres, alignements ternes des garages, jardins clos, aux jeux normalis&#233;s &#8211; est-ce qu'o&#249; chacun de nous on vit, les signes de la ville ne sont pas en eux-m&#234;mes d&#233;positaires de sens ? Les visages font rupture. Les visages disent la ville comme espace du corps, mais que la ville ne se d&#233;finit que par eux, et non par ce vocabulaire connu d'avance : antennes de t&#233;l&#233;vision, bo&#238;tes aux lettres pour si peu de lettres, automobiles et vie marchande mangeant l'espace de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-06.jpg?1398369634' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et cela ne s'appelle pas photographie, mais sc&#232;nes. Signifier la mise en repr&#233;sentation, le temps rassembl&#233; de la ville : l'hiver, la patinoire, la brique nous disent l'entr&#233;e dans la ville, le temps qui s'installe. Puis les visages, la marche, les hasards, nous disent ce qui r&#233;siste, et comment la ville elle-m&#234;me peut s'&#233;crire. P&#233;nulti&#232;me et embl&#233;matique image : ces trois enfants qui la colorent &#224; la craie, leur ville, hiss&#233;s sur des tabourets pour que l'image soit &#224; hauteur de nos yeux &#224; nous, qui avons quitt&#233; l'enfance et peut-&#234;tre ne savons plus voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou cette m&#232;re qui vient pr&#232;s du man&#232;ge o&#249; tourne, hors-champ, son propre enfant, et voil&#224; qu'on dirait une sculpture pour le choeur gothique de Beauvais. Et ces deux femmes qui rient devant des volets clos : la photographe leur avait demand&#233; de continuer, elles savent donc &#234;tre en repr&#233;sentation &#8211; dans le haut sens du terme &#8211;, mais alors est-ce que ce n'est pas toute notre relation &#224; l'autre, dans la ville, qui surgit comme une question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre vie d'aujourd'hui, et tout ce qui tirerait trop vers l'&#233;vidence est gomm&#233; : ainsi, la ville au lointain, o&#249; les maisons individuelles (dans cette mani&#232;re propre aux pays d'industrie de s'assembler et se joindre) cachent les immeubles collectifs, et un arbre &#233;vacue la Zup : pourtant, qu'elle est dure, la terre mit&#233;e au premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5025 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-07.jpg?1398369634' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vingt-six photographies, neuf avec des enfants ou des adolescents : pas eux, juste la fa&#231;on dont ils regardent (regardent ce que nous-m&#234;mes voyons : mais comment ils le voient, on ne le sait pas). Pour la respiration, l'&#233;nigme, l'interrogation, dix photographies qui ne sont que des passages, rues, perspectives sur toit &#8211; la trace de l'humain, sans les hommes. Et douze photographies qui questionnent des passantes, des femmes jeunes, en charge de la transmission, en charge de la parole, femmes qui font la ville. Restons sur cette entr&#233;e d'immeuble, avec arbre en tenue d'hiver &#224; l'arri&#232;re-fond, ciment au sol, bo&#238;tes &#224; lettres collectives et un chat, un chat pourtant, et cette silhouette de dos, habill&#233;e de rouge (il y a souvent une note de rouge dans ces images), qui ne nous regardera pas. La &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt; de G&#233;raldine Lay, c'est la ville quand nous la regardons, et qui nous rejoint et nous touche parce que, &#224; interroger celles et ceux qui la regardent, c'est notre fa&#231;on de regarder notre ville, toutes les villes, qui surgit au devant. Ce n'est pas dur, ni triste : c'est juste le chemin qui nous est r&#233;serv&#233;, et ce sol de ciment avec arbre d'hiver, laiss&#233; &#224; chacun pour son chemin, notre propre chemin aussi bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre cela, la question d'arriv&#233;e : est-ce que dans ces villes de si vieille facture, ces villes que la g&#233;ographie nouvelle semble contourner &#224; distance, mais o&#249; on s'accroche &#233;videmment pour vivre &#8211; comment ferait-on autrement ? &#8211; qu'une le&#231;on surgit qui nous concerne tous. Oui, c'est ici qu'il faut venir, c'est notre t&#226;che dans le partage, notre t&#226;che de parole et de r&#233;cit, notre t&#226;che selon Stendhal du &lt;i&gt;miroir promen&#233; au bord de la route&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez la deuxi&#232;me image, les corps : il faut du temps pour comprendre, l'&#233;l&#233;vation, le risque. Rien qu'une rampe de skate, et pourtant : on s'&#233;lance ici hors de sa condition, saut hors la gravit&#233;, d&#233;fi &#224; l'&#233;quilibre, dans le d&#233;s&#233;quilibre du monde et l'immobilit&#233; paradoxale qu'ici il instaure. Ici, dans la lumi&#232;re du photographe, les mains, le ciel, les postures, tout &#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce point commence la &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt;, &#224; ce point nous commen&#231;ons nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5026 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-08.jpg?1398369634' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Images &#169; G&#233;raldine Lay.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Degroote d&#233;but milieu fin</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2190</link>
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		<dc:date>2010-07-05T05:44:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre invite... </dc:creator>


		<dc:subject>Nord, Picardie</dc:subject>
		<dc:subject>Degroote, Ludovic </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le d&#233;but des pieds, par Ludovic Degroote, extraits&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot332" rel="tag"&gt;Nord, Picardie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot683" rel="tag"&gt;Degroote, Ludovic &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2190.jpg?1352733065' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je l'ai &#233;voqu&#233; en parlant il y a pile une semaine, mon &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2178' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premier billet du retour&lt;/a&gt; Indre-et-Loire, le petit empilement des services de presse &#224; trier. J'ai plusieurs fa&#231;ons de lire : le livre sur lequel on termine le jour et commence la nuit, j'ai repris le &lt;i&gt;Miroir des Limbes&lt;/i&gt; de Malraux, ne saurais pas l'expliquer, mais besoin assez irrationnel lectures qui m'expliquent ce que je fais ici et pourquoi ici &#8211; m&#234;me si le r&#244;le des lives &#233;videmment n'est pas de fournir des r&#233;ponses.
&lt;p&gt;Et dans les livres de la semaine, il y a aussi celui que je laisse expr&#232;s dans la voiture pour les multiples temps de latence que r&#233;serve la vie ordinaire, attentes br&#232;ves mais suffisamment &#233;clat&#233;es. Livre qu'au bout de la semaine on aura lu hors de la g&#233;ographie d'un lieu de lecture. Le &lt;i&gt;livre de voiture&lt;/i&gt;, ce n'est pas une lecture amoindrie, peut-&#234;tre m&#234;me le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le premier fut &lt;i&gt;Le d&#233;but des pieds&lt;/i&gt; de Ludovic Degroote. C'est &#224; &lt;a href=&#034;http://www.echo62.com/article.asp?num_art=1969&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'atelier La Feugraie&lt;/a&gt;, &#233;diteur artisanal de Basse-Normandie, d&#233;brouillez-vous pour le commander, comme avec Tarabuste, qui sera le prochain dans la rubrique, c'est pas le fort question Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un livre tendre pour le corps masculin (le titre m&#234;me). Mais le corps toujours pris dans sa relation vie, l'espace social du dehors, de la ville, des autres, comme structuration m&#234;me du saut int&#233;rieur ou de notre commune angoisse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur &lt;i&gt;Le d&#233;but des pieds&lt;/i&gt;, lire chronique d'&lt;a href=&#034;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/05/le-d%C3%A9but-des-pieds-de-ludovic-degroote-par-antoine-emaz.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antoine Emaz dans Poezibao&lt;/a&gt;. Pour prolonger vers Ludovic Degroote, le livre par lequel j'ai commenc&#233; &#224; le lire : &lt;a href=&#034;http://www.francopolis.net/revues/69viesmonpere.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;69 vies de mon p&#232;re&lt;/a&gt; (et que j'aurais fiert&#233; &#224; rendre disponible sur publie.net, plut&#244;t que l'abandon o&#249; tombent ces ouvrages...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : rep&#232;re de navigation spatiale, librairie Le Bateau Livre &#224; Lille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ludovic Degroote | Le d&#233;but des pieds (trois extraits)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;fragment 1, vers le d&#233;but&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la tranquillit&#233; des chutes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qui fait mal ce sont les acc&#233;l&#233;rations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;conditions int&#233;rieures/ext&#233;rieures de la chute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce n'est pas parce que nous chutons par le dedans que l'ext&#233;rieur ne joue pas. Au contraire, sans perturbation ext&#233;rieure, notre chute serait relativement stable, et nous tomberions sans nous en rendre compte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les malveillances du corps perturbent cette stabilit&#233; relative. Nous nous appartenons tr&#232;s peu ; le plus souvent nous croyons &#234;tre ailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'&#233;puisement de notre chute s'ach&#232;ve avec l'&#233;puisement de notre corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sans doute est-ce la chute qui nous d&#233;cide &#224; ne pas nous taire. Si nous arr&#234;tions de chuter, nous n'aurions plus envie de parler ni d'&#233;crire. En somme nous parlons dans l'espoir de nous taire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si nous arr&#234;tions de chuter, nous perdrions le mouvement, nous deviendrions aussit&#244;t morts par cessation d'activit&#233;, la chute c'est la vie, la plupart veulent chuter le plus longtemps possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si on ne nous avait pas pris dans les bras, nous aurions chut&#233; sur le sol, et nos m&#232;res accroupies auraient mis bas car aucun processus naturel de naissance ne m&#232;ne vers le haut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;afin de chuter un vide suffit, dont nous sommes fort heureusement pourvus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il suffit de se pencher dedans&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;fragment 2, vers le milieu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'&#233;tais parti de nos effondrements &#224; l'occasion d'un pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on voit bien o&#249; &#231;a m&#232;ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il y a tant d'effondrements en soi qu'on ne quitte rien d'une route sans glisser dans la faille qui vous constitue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des gens parfois commencent &#224; vivre tr&#232;s jeunes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'en connais qui passent leur vie &#224; escalader leur plaie et quand ils parviennent &#224; sa l&#232;vre la hauteur leur donne un tel vertige qu'ils pr&#233;f&#232;rent revenir &#224; leur chute ils ne supportent pas leur bord ils ne cicatrisent pas tant qu'ils sont vivants ils ne portent aucune trace de ce qui n'est pas leur blessure ils ont d&#233;vor&#233; le monde ils ne regardent m&#234;me plus la t&#233;l&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aussi brutal que ce soit c'est ainsi que &#231;a se finit&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;fragment 3, vers la fin&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ferme les yeux pour que le monde ne me voie plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on ne se retrouve qu'&#224; des moments furtifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;car nous avons une grande facilit&#233; &#224; nous abandonner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est tellement plus simple de ne pas avoir &#231;a sur le dos alors qu'iol y a d&#233;j&#224; de fait le dos &#224; porter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la faille du pr&#233;sent est une faille sans cesse recommenc&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est une plaie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on me dit mets un pansement &#231;a c'est bien des mots qu'est-ce qu'on fait pour le reste du temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je les regarde par le dehors alors qu'ils me parlent du dedans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce n'est pas que nous ne soyons pas faits pour nous comprendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est plut&#244;t que nous vivons dans des corps diff&#233;rents&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il nous est tr&#232;s difficile de nous entendre sur une logique commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;nous n'avons pas les yeux au m&#234;me endroit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;chacun l'aura compris cela complique naturellement la t&#226;che de l'ensemble&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#169; Ludovic Degroote, Le d&#233;but des pieds, Atelier La Feugraie, 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;la jungle de Calais&#034;</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article552</link>
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		<dc:date>2009-04-22T05:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ lire, d&#233;couvrir</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Michaux, Henri </dc:subject>
		<dc:subject>Bruno Serralongue</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>Nord, Picardie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bruno Serralongue photographie les clandestins de Calais, et de comment lire avec un photographe&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Michaux, Henri &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Bruno Serralongue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot332" rel="tag"&gt;Nord, Picardie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton552.jpg?1352732195' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Jamais le cynisme et l'incomp&#233;tence, mais le go&#251;t aveugle du pouvoir pour le pouvoir, Albanel et ses Hadopitres, P&#233;cresse contre la recherche, Sarkozy valet des Bollor&#233;, et la vie telle qu'elle est : dure, mais o&#249; nous intervenons en responsabilit&#233; et partage. C'est cela, qu'ils d&#233;truisent.
&lt;p&gt;Ainsi, ce matin, un de la bande ci-dessus, Eric Besson, ministre de l'immigration (comme ils avaient invent&#233; celui de l'identit&#233; nationale) proclamant qu'&#171; il faut fermer la jungle de Calais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je remets en Une du site cette page cr&#233;&#233;e il y a deux ans, suite &#224; une lecture en commun, au mus&#233;e d'Art contemporain de Lyon, avec le photographe Bruno Serralongue. J'avais lu &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article215' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ode pour contribuer &#224; une rue Sylvain Schiltz&lt;/a&gt; simultan&#233;ment &#224; la projection de &lt;a href=&#034;#calais&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;ses photographies de Calais&lt;/a&gt;, et j'avais ensuite fait ce montage avec un texte pour moi particuli&#232;rement haut et dense de Henri Michaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invitation donc &#224; entrer dans &lt;i&gt;la jungle de Calais&lt;/i&gt;. Juste, on ajoute le respect &#8211; et Michaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous invite aussi &#224; relire sur remue.net &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article2793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I am somebody&lt;/a&gt; par Dominique Dussidour, et &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article1601&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Destins clandestins&lt;/a&gt; de Jacques Josse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Bon | comment lire avec un photographe&lt;br&gt;
&#224; propos de Bruno Serralongue&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Venir sur sc&#232;ne avec un musicien, pour un auteur, peut sembler naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venir sur sc&#232;ne avec un photographe, &#231;a l'est moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce que la pr&#233;sence du photographe ne l'est pas : la musique ou la litt&#233;rature organisent du temps, la photographie arr&#234;te le temps, nous immobilise devant l'image comme espace devenu mental, imaginaire et non pas repr&#233;sentation ou mime du r&#233;el. Donc, il faut d'abord que le photographe se fasse musicien de temps, et le fasse par l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le premier temps de notre lecture : un dimanche apr&#232;s-midi, au Br&#233;sil, ayant &#233;quip&#233; sa chambre d'un dos Polaro&#239;d pour lequel il disposait de 57 poses, Bruno Serralongue photographie, dans un parc public, les gens qui surgissent. Il leur donne le positif, garde le n&#233;gatif. Cela n'a rien d'&#233;trange, un photographe dans un parc. Surtout quand c'est gratuit. D'ailleurs, m&#234;me le photographe qui officie l&#224; ordinairement, son propre Polaro&#239;d sur la poitrine, viendra se faire tirer le portrait : pour v&#233;rifier que la concurrence ne mettait pas en danger son gagne-pain ? Les gens feront m&#234;me la queue pour avoir leur portrait. Reste aujourd'hui, en noir et blanc, dans l'amphi du Mus&#233;e d'art contemporain de Lyon, ces &lt;a href=&#034;http://www.airdeparis.com/bsun.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;57 poses&lt;/a&gt; de familles, groupes, jeunes ou pas jeunes, qui se succ&#232;dent dans le m&#234;me cadre. Et Bruno lit une suite d'extraits de Serge Daney, Susan Sontag, Pierre Bourdieu et d'autres sur la question de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me temps de la lecture, mon tour. On doit r&#233;apprendre &#224; chaque friction du r&#233;el ce qu'il a &#224; nous enseigner, et ce qu'il exige de nous pour le voir. Notre t&#226;che n'est pas de retransmettre, elle n'est pas de faire que celui &#224; qui on s'adresse, par l'image ou le texte, reconstitue cette instance du r&#233;el. Pendant quinze mois, Bruno Serralongue a travaill&#233;, &#224; Nice, avec le quotidien local. Il se rendait sur les lieux des &lt;a href=&#034;http://www.image-imatge.org/archives/01/html/bc.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faits divers&lt;/a&gt;, mais le lendemain. Qu'est-ce que le r&#233;el conserve de ces frictions et fissures du temps continu ? Parfois, la trace est l&#224;, et devient ab&#238;me : ainsi ce rond de pierre qu'avait install&#233; autour d'elle une femme qui s'est immol&#233;e par le feu. Le lendemain, elles y &#233;taient encore, les pierres. Mais cette station service, que garde-t-elle du braquage de la veille au soir ? Il n'y a plus rien qu'une station-service ordinaire. C'est ce que j'ai &#233;prouv&#233; plusieurs fois, et notamment en regardant telle photographie de presse de ce parking vide, &#224; Ivry-sur-Seine, l&#224; o&#249; s'&#233;taient &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/tumulte/spip.php?article248&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jet&#233;es du 17&#232;me &#233;tage&lt;/a&gt; deux adolescentes. J'ai rassembl&#233; trois textes de mon &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tumulte&lt;/a&gt;, trois approches de cette &#233;nigme, Bruno laisse longtemps les images de ses propres &lt;i&gt;faits divers&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Serralongue n'est pas un photographe de l'instantan&#233;, le Leica au cou fa&#231;on Cartier-Bresson. Il documente son sujet loin en amont, par Internet, parfois partant d'une minuscule coupure de presse. Son projet peut alors l'emmener tout au bout du monde, &#224; &lt;a href=&#034;http://www.airdeparis.com/bjony.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Las Vegas&lt;/a&gt;, en &lt;a href=&#034;http://www.airdeparis.com/bruno/chine/chine.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chine&lt;/a&gt;, ou plus r&#233;cemment au &lt;a href=&#034;http://www.airdeparis.com/chiapas.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chiapas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centre de r&#233;tention de Sangate a ferm&#233;. Il a plus de quinze mois, il me dit avoir lu que des &lt;i&gt;clandestins&lt;/i&gt;, ces gens venus le plus souvent d'Asie, au prix de quelle ran&#231;on, quels efforts, sont rest&#233;s &#224; Calais, tentent malgr&#233; tout le passage vers l'Angleterre, vivant dans les bois. Alors il y est all&#233;, deux fois une pleine semaine. Les premiers jours, sans photographier. C'est seulement &#224; l'aube : ces hommes sortent des bois, l&#224;-bas, de l'autre c&#244;t&#233; des grillages et des voies ferr&#233;es, et viennent &#224; cette cabane o&#249; ils auront de quoi manger, se doucher, se v&#234;tir. Sur les murs de l'Algeco, des messages gribouill&#233;s. Voil&#224; ces marcheurs, aper&#231;us de dos, silhouettes fuyantes. Une cinquantaine de photos, que Bruno a organis&#233;s en diptyques. Nous serons les premiers &#224; les voir. Pour l'instant, pas question de publication : le diaporama, le temps de la projection, est l'instance m&#234;me du partage de ces images. Alors je r&#233;ponds par un texte de Michaux : &lt;i&gt;L'impossible retour&lt;/i&gt;, un des brefs segments de l'extraordinaire &lt;i&gt;Face aux verrous&lt;/i&gt;. Nous n'avons pas essay&#233; au pr&#233;alable : c'est dans le train, devant le d&#233;fil&#233; des paysages de Bourgogne dans la fen&#234;tre du TGV, que nous rapprochons les images sur son ordi et mon vieux livre de Michaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_432 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH270/BS2-69550.jpg?1750841509' width='360' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a le projet commun. De Bruno Serralongue, j'ai d'abord connu le travail sur les &lt;a href=&#034;http://www.airdeparis.com/bcoree.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ouvriers cor&#233;ens&lt;/a&gt;, si parall&#232;le &#224; mon propre travail sur Daewoo. L'an pass&#233;, l'actualit&#233; c'est ces gens expuls&#233;s, l'image de ces enfants noirs, livr&#233;s au trottoir de Paris, les CRS et les cartables. Et, la m&#234;me semaine, Bruno photographie l'approche de cette manifestation rue de l'Universit&#233;, et moi j'&#233;cris sur la &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/tumulte/spip.php?article325&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mort de Sylvain Schiltz&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_433 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH270/SdB-c5757.jpg?1750841509' width='360' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.lasalledebains.net/index.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salle de bains&lt;/a&gt;, &#224; Lyon, c'est un collectif dont je d&#233;couvre qu'il est issu d'anciens &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole d'architecture ou &lt;a href=&#034;http://www.cocktaildesigners.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;design&lt;/a&gt;, qui maintiennent ainsi ce lien traversant une passion commune pour l'art contemporain, ou la &lt;a href=&#034;http://lasalledebains.net/useful/rdv.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;musique&lt;/a&gt; d'aujourd'hui. Dans la toute petite galerie (mais juste derri&#232;re le Palais de justice, en lieu tr&#232;s passant), ils exposent un des tout r&#233;cents travail de Bruno : en Espagne, &#224; Bilbao, &lt;a href=&#034;http://www.lasalledebains.net/home/serralongue%20hires.jpg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'entra&#238;nement d'une brigade canine dans un Luna Park d&#233;saffect&#233;&lt;/a&gt;. Et la Salle de bains a &#233;dit&#233; &#224; 1000 exemplaires, rien moins, une affiche avec d'un c&#244;t&#233; la photographie de Bruno Serralongue, cette manifestation &#224; l'approche, et de l'autre mon &lt;i&gt;Ode pour contribuer &#224; une rue Sylvain Schiltz&lt;/i&gt; : comment ne pas y &#234;tre plus que sensible ? Et voil&#224; ce que nous lisons l&#224;, tout de suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil au &lt;a href=&#034;http://www.moca-lyon.org/vdl/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mus&#233;e d'art contemporain&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; aussi froid que la clim : sans doute qu'on d&#233;rangeait, un vendredi soir, et leur amphith&#233;&#226;tre est con&#231;u pour des cours professoraux, pas pour une lecture-projection, mais oublions (encore qu'on aurait quand m&#234;me pu avoir droit &#224; une bouteille d'eau, au lieu de l'injonction : &#8212; Vous pouvez la remplir aux toilettes... Etrange, le monde de l'art contemporain : je conseillerais bien &#224; &lt;a href=&#034;http://www.ben-vautier.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ben&lt;/a&gt; de retirer sa cabane de l'entr&#233;e, o&#249; elle toute engonc&#233;e et prisonni&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH282/moca-b4be5.jpg?1750841509' width='360' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment &#231;a se passe pour les gens qui &#233;coutent/regardent, alternance, simultan&#233;it&#233; ? Je ne sais pas. Je sais que, pour Bruno et moi (comme nous l'avions fait une premi&#232;re fois au &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article259&#034;&gt;Triangle, &#224; Rennes&lt;/a&gt;), cette jonction de l'image et des mots &#224; un sens. Et que ce dialogue est possible pour la distance que s'impose en permanence le photographe par rapport au signifi&#233;. Parvenons-nous, ensemble, &#224; cr&#233;er un troisi&#232;me espace, ouvert, et qui lui mettrait en ab&#238;me le r&#233;el ? Si on trouve des partenaires pour recommencer, alors peut-&#234;tre on pourra mieux le savoir, l'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voir d'autres travaux de Bruno Serralongue sur le site de la galerie &lt;a href=&#034;http://www.airdeparis.com/artists.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Air de Paris&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le projet &lt;a href=&#034;http://www.brunoserralongue.com/index.html#french&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spillover&lt;/a&gt; de Bruno Serralongue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ci-dessous, avec son autorisation, les premi&#232;res photographies de Calais/Sangate par Bruno Serralongue, avec trois brefs extraits de &lt;i&gt;L'impossible retour&lt;/i&gt; de Henri Michaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et un nouveau merci &#224; Olivier, Lionel, Fran&#231;ois, St&#233;phane de la &lt;a href=&#034;http://www.lasalledebains.net/index.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salle de Bains&lt;/a&gt;. Dire aussi ma grande fiert&#233; de partager un travail avec Bruno Serralongue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;calais&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;images de Calais&lt;br&gt;
un texte de Henri Michaux pour accompagner les images de Bruno Seralongue&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_434 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Calais_1.jpg?1166889027' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;... et toujours on me retenait et je ne pouvais rentrer dans ma patrie. On me tirait par mon manteau, on pesait sur mes plis. &lt;br/&gt;
... et toujours on me retenait. Les habitants &#233;taient petits. Les habitants &#233;taient sourds.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/calais_2.jpg?1166889030' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il fallait faire la file. Il fallait ne pas se tromper de file. Il fallait, au-del&#224; des passages ouverts, se retrouver dans le bon tron&#231;on de sa file disloqu&#233;e, parmi les tron&#231;ons sans fin d'autres files qui se croisaient, s'entrecroisaient, se contournaient. &lt;br/&gt;
Les habitants &#233;taient nombreux, &#233;taient extr&#234;mement nombreux. Il n'y avait pas d'emploi, il n'y avait pas d'endroit, il n'y avait pas de repos pour tous ces habitants. Le flot des innombrables habitants sans cesse nourrissait toutes les files.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_440 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/calais_3.jpg?1166889033' width='500' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les habitants &#233;taient rus&#233;s, les habitants &#233;taient calculateurs, les habitants &#233;taient glabres. &lt;br/&gt;
Il fallait avoir l'oeil aux &#233;criteaux, aux nouveaux &#233;criteaux, aux changements d'&#233;criteaux. Il fallait avoir l'oreille aux directives, aux directives modifi&#233;es, au retour aux premi&#232;res directives. &lt;br/&gt;
Il fallait patienter. Il fallait se contraindre. Il fallait accepter. Il fallait pouvoir tout recommencer. Il ne fallait pas montrer d'imp&#233;tuosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_441 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/calais_4.jpg?1166889038' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants &#233;taient t&#234;tus, les habitants &#233;taient sans passions. Il fallait &#234;tre l'habitant pour comprendre l'habitant. L'air &#233;tait triste. La lumi&#232;re &#233;tait sans moelleux, la terre &#233;tait mouill&#233;e, l'ennui &#233;tait &#233;pais. Les chiens sentant la contrainte n'aboyaient pas. &lt;br/&gt;
... et toujours on me retenait, on me retardait. On me tenait par des d&#233;tails, qui me retenaient par d'autres d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants, leurs fen&#234;tres &#233;taient basses, leur &#234;tre sans &#233;cho. Ils buvaient &#224; toute heure des boissons pour malades.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_442 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/calais_5.jpg?1166889041' width='500' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On me retenait, on me tenait dans la souffrance, loin de la patrie o&#249; la fille es cascades m'attendait, fine comme le jonc, forte comme un ch&#234;ne, compliqu&#233;e comme la Chine, semblable &#224; une lame, rayon qui traverse les barques, abhe des clairs ab&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants &#233;taient corrects. Les habitants n'&#233;taient pas mauvais. Les habitants &#233;taient &#233;vasifs. On ne pouvait s'y arr&#234;ter. On ne pouvait non plus passer au travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les files continuaient d'avancer. Les files continuaient de ne pas aboutir. Le bateau ne partait pas, ne partirait pas, avec moi ne pourrait pas partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/calais_6.jpg?1166889044' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#169; Henri Michaux et &#233;ditions Gallimard pour le texte, Bruno Serralongue et galerie Air de Paris pour les images.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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