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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Civray | comment je ne suis pas devenu musicien</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2236</link>
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		<dc:date>2019-01-18T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>Poitiers, Civray, Charente</dc:subject>
		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>
		<dc:subject>Ricardo Perlwitz</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;vie br&#232;ve de Ren&#233; Nortier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;le mag | rock &amp; musiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot461" rel="tag"&gt;Ricardo Perlwitz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2236.jpg?1352733110' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note d'avril 2013&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Toujours cette fascination du violoncelle jou&#233; seul, contact du bois, l'odeur de colophane, et la vibration m&#234;me, &#224; plein corps. Besoin de travailler sur soi d'o&#249; &#231;a sort, et de ce que &#231;a induit de mon propre rapport &#224; ceux qui en jouent pour de vrai.
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note de juillet 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La semaine derni&#232;re, &#224; la Biennale de Melle, eu moment tr&#232;s pav&#233;s de la cour de Guermantes en montant l'escalier du vieux tribunal de commerce &#8211; les marches, la pierre, les lumi&#232;res, et m&#234;me la corde qui servaient de rampe, c'&#233;taient exactement celles de la vieille tour place Leclerc &#224; Civray. Pris &#233;videmment des photos, et &#231;a reviendra dans le travail de ces prochaines semaines, j'esp&#232;re. D'o&#249; ce retour &#224; l'escalier, la tour, et le p&#232;re Nortier juste &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note de septembre 2010&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
De Dominique Pifar&#233;ly et Violaine Schwartz (qui publie en m&#234;me temps &lt;a href=&#034;http://www.mediapart.fr/club/edition/bookclub/article/010910/violaine-schwartz-la-tete-en-arriere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La t&#234;te en arri&#232;re&lt;/a&gt; chez POL), un disque avec des textes de Gherasim Luca, &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?p=3696&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Prendre corps&lt;/a&gt;, j'en dirai plus ici tr&#232;s vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le blog de Dominique, j'ai ins&#233;r&#233; plusieurs &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?author=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;textes touchant &#224; la musique&lt;/a&gt;. Celui-ci rel&#232;ve d'abord de l'autobiographie, &#224; un an d'&#233;cart je le fais rejoindre les pr&#233;c&#233;dents textes sur &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot252&#034;&gt;Civray&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Civray, place Leclerc, 1964, le garage (vert) et la boucherie (rouge), le tr&#232;s bref trottoir qu'il fallait assumer avec la honte du violoncelle &#224; la main quand tous les copains se mettaient &#224; la guitare.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Ren&#233; Nortier, musicien &#8211; une vie br&#232;ve&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; chef de l'harmonie municipale de Caen, et avait pris sa retraite &#224; Civray, je crois qu'il habitait Lizant, en tout cas il venait avec une 4 CV Renault marron qu'il garait juste devant. Vague souvenir qu'il y avait aussi une madame Nortier, qui faisait son ravitaillement et puis attendait la fin du cours de son mari avec son tricot, dans la 4CV en principe, ou carr&#233;ment dans la pi&#232;ce avec nous s'il faisait froid dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait lou&#233; une pi&#232;ce en longueur, &#224; l'arri&#232;re de la boucherie Trouv&#233;, sur la grand-place. Donc quelques m&#232;tres &#224; peine de notre garage. On prenait le couloir le long de la boucherie, qui tombait dans la cour appartenant encore &#224; la boucherie. Il y avait une porte de bois jaune. &#192; droite, c&#244;t&#233; porte vitr&#233;e donnant sur la cour, un piano droit. Au milieu, deux pupitres, des chaises, un accord&#233;on dans son &#233;tui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la feuille imprim&#233;e qui lui servait de publicit&#233; et d'affiche, la liste des instruments enseign&#233;s : le violon, la mandoline, la contrebasse, la guitare, l'accord&#233;on, le piano. &#192; cette &#233;poque-l&#224; (1964-1966), avant l'arriv&#233;e de &lt;a href=&#034;http://cafcom.free.fr/spip.php?article49&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charles de Cock&lt;/a&gt;, l'&#233;cole municipale de musique n'&#233;tait pas ce qu'elle est devenue par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc mes parents m'ont inscrit chez le p&#232;re Nortier, et c'est lui qui a propos&#233; le violoncelle, je crois tout simplement parce qu'il en avait un &#224; vendre, un violoncelle demi-taille, puisque j'avais onze ans. Dans la mesure o&#249; &#224; la maison nous avions trois disques 33 tours (Dario Moreno, la &lt;i&gt;Symphonie h&#233;ro&#239;que&lt;/i&gt; de Berlioz et un comique), j'ai probablement d&#233;couvert le mot violoncelle en m&#234;me temps que l'instrument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier souvenir associ&#233; &#224; la pi&#232;ce c'est cette odeur de tabac froid, puisqu'il fumait la gitane ma&#239;s &#224; la mode de ceux de ce temps-l&#224; (mon grand-p&#232;re faisait pareil), la laissant s'&#233;teindre, la gardant &#224; la l&#232;vre, la rallumant une heure plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On faisait des gammes, bien s&#251;r : j'aime les gammes, je les comprends. M&#234;me maintenant, lors des lectures ensemble, j'aime bien &#233;couter Dominique jouer lentement ses gammes &#8211; Pifar&#233;ly ne commence pas par des gammes, on dirait plut&#244;t que lorsqu'il en arrive &#224; jouer des gammes c'est le dernier moment qui approche avant la sc&#232;ne. Je dois toujours avoir dans un vieux carton la &#171; m&#233;thode Feuillard &#187; dont on se servait. Ce qui est bizarre pour moi, &#224; distance, c'est que je n'ai jamais eu l'impression de &#171; faire &#187; de la musique. Je jouais ce qui &#233;tait &#233;crit, mais jamais l'impression que j'aie pu entendre ce &#224; quoi &#231;a devait ressembler, ou bien que j'aie pu m'imaginer la musique possible avec ces notes. Troisi&#232;me position, quatri&#232;me, et m&#234;me la seconde. Jamais &#233;t&#233; jusqu'&#224; pouvoir commencer un premier Bach, sauf l'extrait de cantate qui figurait dans Feuillard, du coup c'est seulement bien plus tard que j'ai entendu Bach pour la premi&#232;re fois, et bien plus tard encore que j'ai os&#233; m'y risquer avec les doigts (je ne saurais plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'il avait souhait&#233; que je marque la mesure du pied quand je jouais : alors, et parce qu'il faisait &#231;a lui aussi dans ses d&#233;monstrations, je tapais avec le pied comme John Lee Hooker, donc il m'avait dit que c'&#233;tait bien, mais que &#231;a devait &#234;tre plus discret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le vois arriver avec son propre violoncelle : immense taille par rapport au mien, mais la m&#234;me housse de toile marron, et qui ne devait pas &#234;tre facile &#224; extraire de la 4 CV. Il le d&#233;ballait tr&#232;s lentement. En fait, tout &#233;tait marron : la 4CV, la couleur des murs, les taches de tabac de la gitane ma&#239;s, la housse du violoncelle et l'instrument lui-m&#234;me, la colophane qu'on frottait sur l'archet (tout commen&#231;ait toujours par la colophane). Du coup, autre souvenir : chaque fois qu'il allait commencer un coup d'archet pour me montrer, m&#234;me le plus simple, j'entends encore son bruit de respiration, aspirer et retenir le souffle, regarder au lointain, et l'immense bruit de caverne qui sortait de son violoncelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais bien les moments o&#249; on jouait en duo : son grand violoncelle qui faisait tout un orchestre, et les notes du mien qui faisaient semblant de ressembler &#224; quelque chose. L'impression d'une grande machine qui avance, avec son pied qui battait la mesure, et la gitane ma&#239;s qui se redressait un peu chaque fois qu'il aspirait sur le premier temps de la mesure. &#199;a, pour moi, ce grand bruit qui avance, c'&#233;tait la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que &#231;a aurait chang&#233; si sa recommandation &#224; mes parents m'avait aiguill&#233; sur le violon ? Je n'aurais sans doute pas appris bien plus, mais apr&#232;s, aux temps du folk, j'aurais peut-&#234;tre pu rebondir ? Ce qui m'&#233;tonne aujourd'hui, maintenant que je vous connais un peu, vous qui jouez, c'est comment la musique est int&#233;rieure : on s'imagine ce qu'on va jouer et on le joue, alors que je n'ai jamais &#233;t&#233; men&#233; vers cet endroit-l&#224;, n'en ai m&#234;me pas suppos&#233; l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il aurait pu en &#234;tre autrement, dans ce contexte ? &#199;a a d&#251; correspondre aux deux ann&#233;es scolaires de cinqui&#232;me et de quatri&#232;me. Est-ce que c'&#233;tait d&#233;j&#224; trop tard ? Le p&#232;re Nortier, toujours dans le souvenir assez vague, et qui doit simplifier, &#233;tait un petit bonhomme r&#226;bl&#233; (son manteau aussi &#233;tait marron), mais qui gardait des cheveux un peu longs, coiff&#233;s en arri&#232;re, c'&#233;tait son signe artiste &#8211; et qu'il avait &#233;t&#233; le chef de l'harmonie municipale de Caen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions, mon fr&#232;re et moi (un seul instrument pour les deux), ses seuls &#233;l&#232;ves au violoncelle. Il en avait un peu plus pour la guitare classique. Un trou dans le plancher pour le violoncelle de tous les &#233;l&#232;ves, le petit cale-pied r&#233;glable pour la guitare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment de l'&#233;criture, me revient aussi le bruit de son po&#234;le &#224; gaz, l'hiver : le chuintement du gaz, et l'odeur du gaz qui s'ajoute maintenant &#224; celle du tabac froid et de l'odeur particuli&#232;re de l'instrument dans sa housse, avec la colophane. On entendait les voix et les clients de la boucherie qui lui sous-louait la pi&#232;ce, une porte de verre condamn&#233;e nous en s&#233;parait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re Nortier, Ren&#233; Nortier, est tomb&#233; malade. Madame Nortier nous donnait des nouvelles. Parfois trois semaines sans cours, et on reprenait le m&#234;me exercice. Et puis deux mois, quatre mois sans cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait 1965. Les plus &#226;g&#233;s, ou bien les plus risqu&#233;s parmi ceux du coll&#232;ge et du lyc&#233;e, &#233;coutaient Eddie Cochran, Jerry lee Lewis, Little Richard et Gene Vincent. Quand je faisais les vingt m&#232;tres qui s&#233;paraient le garage de la boucherie, je portais n&#233;gligemment le violoncelle demi-taille comme si c'&#233;tait une guitare, et que j'apprenais la guitare comme les autres (d'ailleurs c'est cette ann&#233;e-l&#224;, en troisi&#232;me, que j'aurais cette premi&#232;re guitare achet&#233;e 130 francs chez le coiffeur Barr&#233;, qui en tenait commerce, et que je rempla&#231;ais Feuillard par ce livre magique avec les accords figur&#233;s par les petits ronds bleus et rouge o&#249; poser les doigts sur le manche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me, j'avais un &#233;lectrophone : on &#233;coutait les Equals, on d&#233;couvrait les Beatles, et puis vite tout le reste. Les quarante-cinq tours des Rolling Stones arrivaient chez le marchand de machines &#224; laver et de postes de t&#233;l&#233;vision, Chauveau, juste dans l'angle de la m&#234;me place. La r&#233;volution c'&#233;tait le transistor : on &#233;coutait la nuit, l'oreille pos&#233;e directement sur le petit poste, les musiques qui nous arrivaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rachet&#233; un violoncelle en 1976&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est Patrick Robin, fr&#232;re de son fr&#232;re qui me l'avait vendu. A Berlin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'ai gard&#233; jusqu'en 1988 : j'ai toujours en t&#234;te ce son de caverne, lorsqu'il lan&#231;ait l'archet apr&#232;s avoir inspir&#233; d'un coup sec, la gitane ma&#239;s pench&#233;e sur le coin gauche des l&#232;vres, et les cheveux blancs repouss&#233;s en arri&#232;re fa&#231;on artiste. En g&#233;n&#233;ral, au bout du morceau, r&#233;p&#233;tant une phrase que j'ai d&#251; entendre de lui dizaines ou centaines de fois : &#171; C'est un instrument de force, le violoncelle. &#187; C'&#233;tait son adage, sa philosophie. Et c'est le seul bagage que j'en ai gard&#233; pour la suite..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, on aurait voulu que sa vie soit diff&#233;rente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est &lt;a href=&#034;http://www.maitresdart.com/patrick_robin/presentation.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrick Robin&lt;/a&gt;, fr&#232;re de &lt;a href=&#034;http://www.thierrytitirobin.com/francais/biographie.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son fr&#232;re&lt;/a&gt; qui me l'avait vendu. A Berlin, j'essayais de ne pas m'y coller quand on entendait les notes et accords du voisin du dessous, jusqu'&#224; ce qu'il me dise gentiment dans l'escalier : &#8211; Spielen sie Cello ?, mais moi j'avais compris qui &#233;tait Arvo P&#228;rt, je n'ai plus trop os&#233;... Plus tard je l'ai donn&#233; &#224; Ricardo Perlwitz en &#233;change d'un de ses violons, qui est toujours l&#224; &#224; c&#244;t&#233; &#8211; et plus Ricardo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>qu'un artiste doit savoir apprendre &#224; voler</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article450</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Tarkos, Christophe </dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>Franz Reichelt</dc:subject>
		<dc:subject>Ricardo Perlwitz</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour sur Franz Reichelt comme all&#233;gorie de notre condition m&#234;me&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;fran&#231;ois bon | le labo perso&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Tarkos, Christophe &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Franz Reichelt&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot461" rel="tag"&gt;Ricardo Perlwitz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton450.jpg?1352732176' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff450.jpg?1352731869&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait l'id&#233;e de chute. Une id&#233;e tr&#232;s fragile de chute. Et qu'on savait si bien voler, dans les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#224; cause du livre que je lisais ces jours-ci. Dans le d&#233;but de l'histoire du cin&#233;ma, en 1912 exactement, un nomm&#233; Reichelt, tailleur de son &#233;tat et dit &lt;i&gt;l'homme oiseau&lt;/i&gt;, ayant invent&#233; une combinaison qui lui permettait, pr&#233;tendait-il, de voler, avait voulu en donner d&#233;monstration depuis le premier &#233;tage de la Tour Eiffel. La cam&#233;ra l'avait suivi s'habillant, s'&#233;quipant, puis grimpant, sur le rebord. Ensuite, on avait vu (on voyait encore, sur le film), son h&#233;sitation. Non pas une peur, pas vraiment une peur, et c'est cela qui &#233;tait fascinant, plus encore : l'id&#233;e qu'il ne fallait pas, que peut-&#234;tre il n'&#233;tait pas pr&#234;t. Qu'on ne pouvait se risquer l&#224; qu'&#224; condition de vaincre. L'homme se retournait, crisp&#233;. C'est cela dont on se souvenait, apr&#232;s le film. Puis marquait un instant de r&#233;pit, de pr&#233;paration int&#233;rieure, ne regardant plus rien que le vide. Finalement sautant. La cam&#233;ra ne filmant plus que le parapet vide, et le ciel, l'horizon de la ville, mais longtemps. Seuls les cin&#233;astes aujourd'hui se souviennent de ce film : l'histoire du vol humain, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme devenu linceul avant d'&#234;tre le linceul m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/BepyTSzueno?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, depuis lors, une fois par an et &#224; m&#234;me date, nous tous artistes, via &#233;coles d'art ou conservatoires, biblioth&#232;ques, l'un ou l'autre r&#233;guli&#232;rement &#233;tait choisi. C'est &#224; intervalles r&#233;guliers. Celle ou celui qui est choisi (on avait d&#233;pass&#233; ces questions de sexe, maintenant tous &#224; &#233;galit&#233; dans le risque et le choix), &#233;tait requis pour sauter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauter est une expression m&#233;taphorique. Pour qui regarde, pour la ville, une f&#234;te, et m&#234;me parfois avec feux d'artifice, p&#233;tards, &#233;clats. Et pour celui qui se lan&#231;ait seul, &#233;trange et jouissif instant de luminosit&#233;s rassembl&#233;es, br&#232;ves tonalit&#233;s chantantes. On livrait son feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pour les musiciens comme ce r&#234;ve d'un mouvement soliste, ou pour l'&#233;crivain d'un livre total, en tout cas quelque chose apr&#232;s quoi plus besoin de rien, aucun projet. On ne vous demandait que cela, sauter, et si vous h&#233;sitiez on se moquait, vous &#233;tiez m&#234;me livr&#233; &#224; l'incompr&#233;hension mais tant pis : c'est cela qu'il fallait donner, qui vous retournait du dedans comme un gant. Ce n'&#233;tait pas beau, dedans ? C'est qu'on ne regardait pas comme il fallait, sans doute. Vous &#233;tiez aussi, dans la vie, le contraire de tout cela : on sait se tenir, et puis on demande &#224; la vie plut&#244;t aimer, contempler, &#233;tudier. Dans l'instant du saut on appelait tout ce qu'on ma&#238;trisait, tout ce que notre discipline nous avait appris &#224; pratiquer, la &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/tumulte/spip.php?article393&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#233;vitation&lt;/a&gt; m&#234;me, et tout flambait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il y avait bien &#233;videmment l'absence. Quand on s'y retrouvait, aux Beaux-Arts, au Conservatoire, dans les biblioth&#232;ques, on se taisait, on se serrait pour combler la place : manquait un visage, une silhouette. Il y avait cette obscurit&#233; globale o&#249; on &#233;tait, et puis l'&#233;clat de lumi&#232;re, et puis la nuit nous semblait &#8212; quoi ? &#8212; agrandie. Celui qui avait saut&#233; : remplac&#233; par son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres, les champions, les tr&#232;s forts, cet &#233;clat provisoire, cette d&#233;monstration, ils s'en passaient. Oui, ils &#233;taient choisis, et parfois celles-ci, ou ceux-ci, demandaient m&#234;me &#224; l'&#234;tre. D'eux-m&#234;mes ils marchaient en avant. On faisait cercle autour, mais le cercle s'ouvrait, s'&#233;largissait. De celles qui avaient saut&#233; et si bien vol&#233;, on se souvenait de cette femme, c'&#233;tait le jour de ses trente-huit ans, qui avait d&#233;sign&#233; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article112' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le lointain&lt;/a&gt; d'un geste tr&#232;s simple de la main, et puis avait march&#233; vers ce lointain : on gardait d'elle quelques minces po&#232;mes, pr&#233;alablement publi&#233;s. De ceux qui avaient saut&#233;, infiniment mieux qu'on saurait jamais le faire, on se souvenait de ce grand type au corps de colosse, colosse amaigri, dont on savait la maladie, et qui, lisant &#8212; mais tr&#232;s lentement &#8212; semblait &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1615' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vous d&#233;cortiquer&lt;/a&gt; la langue du dedans. Il vous semblait, se le rem&#233;morant, d'une longue lueur dans l'orang&#233; ou presque la cessation d'un rouge profond. Celui-ci aussi, finalement, s'&#233;tait tu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne savait pas quand on serait requis, et si m&#234;me on le serait. Pour cela, qu'il fallait ces &#233;coles, ces conservatoires, ces rencontres et joutes d'auteurs. On comptait de tr&#232;s vieux po&#232;tes, danseuses maintenant &#226;g&#233;es, peintres obstin&#233;s : tous gens de savoir, et parfois de transmission. Et puis, requis, on pouvait l'&#234;tre &#224; n'importe quel instant. On en savait une qui, presque centenaire, avait l&#233;gu&#233; ces mots presque d'enfance et de silence, de tr&#232;s grande paix, d'infinie lutte. Alors ceux-l&#224; aussi continuaient. Que ferions-nous d'autres, nous tous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne savait pas qui serait requis. Parfois c'&#233;tait comme une gifle : retournez-vous vers votre biblioth&#232;que, celui s'en &#233;tait &lt;i&gt;op&#233;r&#233; vivant&lt;/i&gt;, du jeu m&#234;me, avant ses vingt-quatre ans, ou celui qu'on avait port&#233; anonymement au cimeti&#232;re Montmartre cette fin novembre 1870. Ou celui qui avait vieilli parmi ses dessins, et l'infinie suite de po&#232;mes et fictions reprenant inlassablement le m&#234;me chemin, et que peut-&#234;tre nous appelons, nous, aujourd'hui, sans que lui-m&#234;me &#224; aucun moment ait eu la sensation d'autre chose qu'attendre &#8211; on n'avait pas voulu d'eux pour le vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se pr&#233;sentaient, les mains ouvertes, dans les &#233;coles d'art, les conservatoires, ou pr&#233;sentaient ces manuscrits, comment le leur faire savoir ? Et quand on vous payait pour leur transmettre ce qu'il y a dans &#233;crire, le lundi, au huiti&#232;me &#233;tage, on devait quoi, leur apprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait rien, en fait. On fait comme si. Apprendre &#224; voler, pas le choix. S'exercer au r&#234;ve. S'illustrer suffisamment pour avoir &#224; se tenir dans le cercle de ceux qui pourraient &#234;tre un jour appel&#233;s. &#202;tre pr&#234;t &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel, et ce seul et tr&#232;s simple mouvement qui agrandirait la nuit. La nuit seule est certitude, et de tr&#232;s proches ici infiniment nous manquent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MTP3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MTP3.jpg?1166889727' width='500' height='143' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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