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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>#lire #&#233;crire # livre (selon Littr&#233;)</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1554</link>
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		<dc:date>2012-02-29T19:33:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>Littr&#233;, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>dictionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;parce que c'est depuis si longtemps affaire de r&#233;flexion du langage sur ce qui le porte...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot213" rel="tag"&gt;Littr&#233;, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot465" rel="tag"&gt;dictionnaires&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1554.jpg?1352732560' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 29 f&#233;vrier 2012&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Pour accompagner le chapitre &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2796' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dictionnaires&lt;/a&gt; de mon &lt;i&gt;Autobiographie des objets&lt;/i&gt; en bouclage.
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 15 d&#233;cembre 2008&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Parce que, aujourd'hui plus que n'importe quand depuis 20 ans, nous avons &#224; relire l'histoire du livre depuis son apparition, l'histoire de l'&#233;criture depuis son origine, et qu'une partie de ce qui se joue dans nos blogs, c'est la fa&#231;on dont cette reformulation affecte globalement ce qu'on pensait un usage stable, et trop ancr&#233; sur la transmission et les valeurs d'une civilisation pour &#234;tre mis en cause : les pages &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/liens.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;liens&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.netvibes.com/tierslivre#tiers_livre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;univers liens (les 100 blogs)&lt;/a&gt; de tiers livre ont &#233;t&#233; mises &#224; jour, c'est &#224; eux tous que cette page est d&#233;di&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour la langue de Littr&#233;, toujours aussi belle, m&#234;me quand le cut-up devient l'histoire d'une vie (je rappelle qu'on peut &lt;a href=&#034;http://francois.gannaz.free.fr/Littre/accueil.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consulter le Littr&#233;&lt;/a&gt; en ligne, je m'en sers beaucoup)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois articles du dictionnaire d'&#201;mile Littr&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#lire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;lire&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#ecrire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&#233;crire&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#livre&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;livre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;haut&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;lire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LIRE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(li-r'), je lis, tu lis, il lit, nous lisons, vous lisez, ils lisent ; je lisais ; je lus ; je lirai ; je lirais, lis, lisons ; que je lise, que nous lisions ; que je lusse ; lisant ; lu, lue, v. a.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176;&lt;/strong&gt; Conna&#238;tre les lettres et savoir les assembler en mots. Cet enfant commence &#224; lire des phrases. Une &#233;criture malais&#233;e &#224; lire. Suivant l'opinion commune, moins les yeux ont de la peine &#224; lire un ouvrage, plus l'esprit a de libert&#233; &#224; en juger, PELLISSON, Hist. Acad. t. I, p. 26. Absolument. Cet enfant apprend &#224; lire. Il ne sait ni lire ni &#233;crire. Cet enfant lisait &#224; quatre ans. On donnera le livre &#224; un homme qui ne sait pas lire, et on lui dira : lisez, et il r&#233;pondra : je ne sais pas lire, SACI, Bible, Isa&#239;e, XIX, 12. Son visage &#233;tait triste et beau ; &#224; la lueur de mon flambeau, Dans mon livre ouvert il vint lire, A. DE MUSSET, Po&#233;s. nouv. Nuit de d&#233;cembre. Par exag&#233;ration. Ne pas savoir lire, &#234;tre fort ignorant. Nous recevons aujourd'hui [&#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise] l'&#233;v&#234;que de Limoges qui ne sait pas lire, et Batteux qui ne sait pas &#233;crire, mais en revanche nous avons un directeur qui sait lire et &#233;crire, qui s'en pique du moins, D'ALEMB. Lett. &#224; Volt. 9 avr. 1761. Lisez, se met dans les errata pour indiquer ce qu'il faut lire en place de ce qui est fautif. Cet homme faisait imprimer un petit code de pers&#233;cution, intitul&#233; : l'Accord de la religion et de l'humanit&#233; ; c'est une faute de l'imprimeur ; lisez de l'inhumanit&#233;, VOLT. Polit. et l&#233;gisl. De la tol&#233;rance, Post-scriptum. Terme de typographie. Lire sur le plomb, lire, sur l'oeil d'un caract&#232;re, le contenu d'une page, ou seulement d'une ligne. &lt;strong&gt;2&#176;&lt;/strong&gt; Prononcer &#224; haute voix ce qui est &#233;crit ou imprim&#233;. Lire haut, tout haut. Il m'a fallu lire ma pi&#232;ce chez madame la marquise, MOL. Critique, 7. Asseyez-vous donc, monsieur Lysidas ; nous lirons votre pi&#232;ce apr&#232;s souper, MOL. ib. 7. Absolument. Il lit bien. Il lit mal. Il ne lit pas distinctement. &lt;strong&gt;3&#176;&lt;/strong&gt; Prendre connaissance du contenu d'un &#233;crit, d'un livre. Elle [l'&#201;glise] voyait tout l'empire conjur&#233; contre elle ; elle lisait &#224; tous les poteaux et &#224; toutes les places publiques les sentences &#233;pouvantables que l'on pronon&#231;ait contre ses enfants, BOSSUET, 2e serm. Pentec. 1. Il avait lu cent treize fois le Nouveau Testament de J&#233;sus-Christ avec application et avec respect, FL&#201;CH. Duc de Mont. Lisez, lisez l'arr&#234;t d&#233;testable, cruel... RAC. Esth. I, 3. Sans cesse il faut armer contre leur souvenir Un inflexible vers que lira l'avenir, M. J. CH&#201;N. &#201;p. &#224; Volt. Absolument. Lire avec application. Dedans l'oisivet&#233; jamais enseveli, Toujours conf&#232;re, prie, &#233;cris, m&#233;dite, li, CORN. Imit. I, 19. Qu'on est heureux d'aimer &#224; lire ! S&#201;V. 15 juin 1689. On songe plus &#224; lire beaucoup qu'&#224; lire utilement, ROLLIN, Trait&#233; des &#201;t. liv. I, ch. 3. On lit tr&#232;s peu ; et, parmi ceux qui veulent quelquefois s'instruire, la plupart lisent tr&#232;s mal, VOLT. l'Homme aux 40 &#233;cus, Des proportions. Lire que, trouver dans un &#233;crit, dans un livre que... Nous ne lisons point que ses parents [de J&#233;sus] aient jamais eu de domestiques, semblables aux pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs, BOSSUET, &#201;l&#233;vat. sur myst. XX, 8. Lire des doigts, parcourir rapidement un livre en le feuilletant. Voici ce que M. Basnage le ministre m'a dit &#224; Rotterdam en 1707, que M. Bayle lisait beaucoup des doigts, c'est-&#224;-dire qu'il parcourait beaucoup plus qu'il ne lisait, et qu'il tombait toujours sur l'endroit essentiel et curieux du livre, D'ARTIGNY, Nouv. m&#233;m. t. I, p. 319. On dit dans le m&#234;me sens : lire des yeux. Fig. C'est un ouvrage qu'on ne peut lire, se dit d'un ouvrage ennuyeux, ou mal &#233;crit, ou licencieux. Famili&#232;rement. Ce livre, cet ouvrage se laisse lire, on le lit sans fatigue, sans ennui. Elle [une histoire] se laisse lire en perfection, S&#201;V. 17 mai 1680. &lt;strong&gt;4&#176;&lt;/strong&gt; Lire la musique, conna&#238;tre, en parcourant des yeux une musique not&#233;e, les sons que les notes figurent, et les modifications que ces sons doivent recevoir. Il lit facilement la musique. Il lit &#224; livre ouvert. Lire la musique, signifie aussi l'ex&#233;cuter &#224; livre ouvert. Lire beaucoup de musique, l'ex&#233;cuter sans &#233;tude. &lt;strong&gt;5&#176;&lt;/strong&gt; Expliquer. Un r&#233;gent qui lit Virgile &#224; ses &#233;coliers. Depuis qu'Albert le Grand et saint Thomas principalement se furent donn&#233; la peine d'expliquer autant qu'il leur fut possible tous les myst&#232;res de notre religion avec les termes de la philosophie p&#233;ripat&#233;tique, nous voyons qu'elle s'est tellement &#233;tablie partout, qu'on n'en lit plus d'autres par toutes les universit&#233;s chr&#233;tiennes, LAMOTHE LEVAYER, Vertu des pa&#239;ens, II, Aristote. On dit dans ce sens &#224; un &#233;colier : Quel auteur vous lit-on dans votre classe ? &lt;strong&gt;6&#176;&lt;/strong&gt; Comprendre ce qui est &#233;crit ou imprim&#233; dans une langue &#233;trang&#232;re. Il ne parle pas l'allemand, mais il le lit couramment. &lt;strong&gt;7&#176;&lt;/strong&gt; Lire se dit quelquefois pour suivre une certaine le&#231;on dans un texte qui en a plusieurs. Philoponus, l&#224; o&#249; il d&#233;clare qu'il rapporte les propres termes de Phl&#233;gon, lit d'une seconde fa&#231;on, Maxime d'une troisi&#232;me, et Madela d'une quatri&#232;me, en sorte qu'il s'en faut de beaucoup qu'ils rapportent le passage de la m&#234;me mani&#232;re, VOLT. Dict. phil. &#201;clipse. &lt;strong&gt;8&#176;&lt;/strong&gt; Fig. Reconna&#238;tre, discerner quelque chose par une esp&#232;ce de travail que l'on compare &#224; la lecture. Ces tristes v&#234;tements o&#249; je lis mon malheur, CORN. Cid, IV, 1. Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne, Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne, LA FONT. Phil. et Baucis. Le p&#233;cheur s'&#233;loigne de Dieu, et il n'y a page dans son &#201;criture en laquelle il ne lui reproche son &#233;loignement ; mais, sans le lire dans l'&#201;criture, nous pouvons le lire dans nos consciences, BOSSUET, 2e sermon, Jeudi de la sem. de la Pass. I. Soit que je n'ose encor d&#233;mentir le pouvoir De ces yeux o&#249; j'ai lu si longtemps mon devoir, RAC. Brit. II, 2. Dans le secret des coeurs, Osmin, n'as tu rien lu ? RAC. Bajaz. I, 1. Je lis dans vos regards la douleur qui vous presse, RAC. Iphig. III, 5. Lire en un songe obscur les volont&#233;s des cieux, RAC. Esth. II, 1. On lit dans ses regards sa fureur et sa rage, RAC. ib. III, 3. Ah ! dans ses yeux confus je lis ses perfidies, RAC. ib. 6. Il n'appartient qu'&#224; elles [aux femmes] de faire lire dans un mot tout un sentiment, LA BRUY. I. Je lis dans l'avenir un sort &#233;pouvantable, VOLT. Oedipe, IV, 1. Lire sur. On lit dessus leur front l'all&#233;gresse de l'&#226;me, CORN. Rodog. V, 2. D'o&#249; vient ce noir chagrin qu'on lit sur son visage ? BOILEAU, &#201;pigr. XXXIV. Il se d&#233;guise en vain, je lis sur son visage Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage, RAC. Brit. I, 1. Sur ce visage aust&#232;re, o&#249; r&#233;gnait la tristesse, Henri lut ais&#233;ment sa honte et sa faiblesse, VOLT. Henr. IX. Absolument. Pensez-vous avoir lu jusqu'au fond de son &#226;me ? CORN. Cinna, III, 1. Elle a lu dans mon coeur, vous savez le surplus, CORN. ib. v, 3. Ne devais-tu pas lire au fond de ma pens&#233;e ? RAC. Andr. v, 3. Vous lisez de trop loin dans les secrets des cieux, RAC. Iphig. I, 2. ....Vous m'avez vue attach&#233;e &#224; vous nuire ; Dans le fond de mon coeur vous ne pouviez pas lire, RAC. Ph&#232;dre, II, 5. Il a lu dans le coeur de tous les hommes, MASS. Car&#234;me, &#201;vid. Berger, sur cet azur tranquille De lire on te croit le secret, B&#201;RANG. &#201;toiles qui filent. &lt;strong&gt;9&#176;&lt;/strong&gt; Expliquer les motifs des dessins aux ouvriers qui doivent les ex&#233;cuter dans une fabrique de tissus ouvr&#233;s ou imprim&#233;s. 10&#176;Se lire, v. r&#233;fl. &#202;tre lu. Il est certain que plusieurs des vers attribu&#233;s &#224; la sibylle dans l'exhortation qui se trouve parmi les oeuvres de saint Justin ne se lisent point dans notre recueil, VOLT. Dict. phil. Sibylle. Je n'entretiendrai pas Votre Majest&#233; de toutes les sottises qui se font, et qui se disent, et qui se lisent ou ne se lisent pas, dans le s&#233;jour que j'habite, D'ALEMB. Lett. au roi de Prusse, 9 oct. 1778. Impersonnellement. Il se lit que..., on lit que.... Il ne se lit point que jamais un tableau tout entier ait &#233;t&#233; produit de cette sorte, CORN. M&#233;lite, Pr&#233;face. Fig. Sur mes yeux &#233;gar&#233;s ma tristesse se lit, R&#201;GNIER, &#201;l&#233;g. I. Pour moi, j'aime les gens dont l'&#226;me se peut lire, GRESSET, M&#233;chant, I, 5. 1. Il faut dire : lis-je ? et non lis&#233;-je, qui est un grossier barbarisme. 2. &#192; l'imp&#233;ratif Corneille a dit li, par un archa&#239;sme re&#231;u en po&#233;sie. XIIe s. Veez en ci la chartre, comandez qu'on la lise, Sax. XXIII. Il prist un livre, si i lit sans faillance, Ronsciv. p. 165. Jamais par moi n'ert le&#252;s vers ne lais, Couci, XXII. XIIIe s. Bele Doette, as fenestres seant, Lit en un livre, mais au cuer [coeur] ne l'entent, Romanc. p. 46. Quant l'evangile fu liz, Blanchandin, ms. de St-Germain, f&#176; 192, dans LACURNE. Cil sains preudom la lettre lut ; Li lires mult li abelut [plut], RUTEB. II, 155. La lettre fu liute, Chr. de Rains, 133. XIVe s. Le sauf conduit a pris, si le fait recorder ; Car lire ne savoit, n'escripre, ne compter, Guesclin. 1610. Plus avoir ne pouvons de leur fait [des anciens] que le lire ; En lisant les veons ; nuls homs n'en puet [peut] plus dire ; Lires est noble chouse.... Girard de Ross. Prologue. XVe s. Depuis on legy tous ses forfaits pour lesquels il recevoit mort, FROISS. III, IV, 14. Jean Fernando.... apporta lettres au chanoine de Robertsart ; le chanoine les lisit, FROISS. II, II, 139. XVIe s. Arreste-toi, lisant, Ci-dessous est gisant.... Ce renomm&#233; Langeay, MAROT, III, 263. Si bien qu'il lisoit aux quatre langues [fran&#231;ais, latin, grec, h&#233;breu] &#224; six ans, D'AUBIGN&#201;, M&#233;moires, &#233;d. LALANNE, p. 4. Lisant dans les yeux, MONT. I, 4. Pour luy lire sa grace, MONT. I, 91. Autant vaut celui qui chasse et rien ne prend, comme celuy qui lit et rien n'entend, COTGRAVE. Wallon, l&#233;re, choisir ; proven&#231;. legir, ligir ; catal. llegir ; espagn. leer ; portug. ler ; ital. leggere ; du lat. legere, proprement recueillir, puis lire ; le verbe grec se traduit par recueillir et dire. Le participe liz vient de lectus ; le participe le&#252;s ou lu suppose un verbe leir, irr&#233;guli&#232;rement form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/haut'&gt;haut de page&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Livre1.jpg?1229327015' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ecrire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;CRIRE&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(&#233;-kri-r'), j'&#233;cris, nous &#233;crivons ; j'&#233;crivais ; j'&#233;crivis ; j'&#233;crirai ; j'&#233;crirais ; &#233;cris, &#233;crivons ; que j'&#233;crive ; que j'&#233;crivisse ; &#233;crivant, &#233;crit, v. a.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176;&lt;/strong&gt; Exprimer avec des lettres les sons de la parole et le sens du discours. J'ai &#233;crit quelques mots sur ce papier. &#201;crire ses sentiments. &#201;crire ses id&#233;es. &#201;crire un calcul. Il [Dieu] &#233;crit de sa propre main, sur deux tables qu'il donne &#224; Mo&#239;se au haut du mont Sina&#239;, le fondement de cette loi, c'est-&#224;-dire le d&#233;calogue ou les dix commandements, qui contiennent les premiers principes du culte de Dieu et de la soci&#233;t&#233; humaine, BOSSUET, Hist. I, 4. Je crois qu'on fit des vers longtemps avant de les savoir &#233;crire ; mais, l'alphabet une fois connu, sans doute on &#233;crivit autre chose que des vers, P. L. COUR. Pr&#233;face d'H&#233;rodote. On dit dans un sens analogue, en parlant de la musique, &#233;crire un morceau, un air. De m&#234;me, en parlant d'arithm&#233;tique ou d'alg&#232;bre, &#233;crire une addition, une op&#233;ration, une int&#233;grale. &#201;crire une page, remplir une page de lettres et de mots. Cet enfant a &#233;crit ses deux pages. Absolument. Savoir lire et &#233;crire. Je voudrais, disiez-vous, ne savoir pas &#233;crire, RAC. Brit. IV, 3. Il tira ensuite de sa poche une petite lame d'ivoire, &#233;crivit sur cette lame avec une aiguille d'or, attacha la tablette d'ivoire &#224; l'arc.... VOLT. Babylone, 1. Voil&#224; une bonne voix pour &#233;crire, et une bonne main pour chanter, se dit de qualit&#233;s qui ne conviennent aucunement &#224; la chose dont il s'agit. &lt;strong&gt;2&#176;&lt;/strong&gt; Inscrire. &#212; mon Dieu ! .... vous l'aviez &#233;crit sur le livre &#233;ternel, MASS. Or. fun. Louis XIV. Fig. Dieu a &#233;crit sa loi dans nos consciences. &lt;strong&gt;3&#176;&lt;/strong&gt; Orthographier. Comment &#233;crivez-vous votre nom ? Comment &#233;crivez-vous tel mot ? &lt;strong&gt;4&#176;&lt;/strong&gt; Adresser et envoyer une lettre &#224; quelqu'un. Je vous ai &#233;crit deux lettres, vous ne m'avez pas r&#233;pondu. &#201;crire un volume, c'est-&#224;-dire &#233;crire une tr&#232;s longue lettre. Je me croirai la plus aim&#233;e, la mieux trait&#233;e, la plus tendrement m&#233;nag&#233;e, quand vous prendrez sur moi et que vous &#244;terez du nombre de vos fatigues le volume que vous m'&#233;crivez, S&#201;V. 395. Informer par lettre ou par correspondance. Je lui ai &#233;crit la mort de son p&#232;re. Absolument. Il m'&#233;crivit qu'il fallait se h&#226;ter. Je vous &#233;crirai, et je vous donnerai mon adresse. J'&#233;crivis en Argos pour h&#226;ter ce voyage, RAC. Iphig. I, 1. Ces deux personnes s'&#233;crivent, elles ont entre elles un commerce de lettres. &#201;crire de bonne encre, de la bonne encre &#224; quelqu'un, lui faire des remontrances s&#233;v&#232;res, lui intimer s&#233;rieusement un ordre. &lt;strong&gt;5&#176;&lt;/strong&gt; R&#233;diger, composer un ouvrage. &#201;crire un trait&#233;, une histoire. Il a &#233;crit ses m&#233;moires. Un saint abb&#233; dont la doctrine et la vie sont un ornement de notre si&#232;cle, ravi d'une conversion aussi admirable et aussi parfaite que celle de notre princesse, lui ordonna de l'&#233;crire pour l'&#233;dification de l'&#201;glise, BOSSUET, Anne de Gonz. Quoi que vous &#233;criviez, &#233;vitez la bassesse ; Le style le moins noble a pourtant sa noblesse, BOILEAU, Art p. I. Absolument. &#201;crire en prose, en vers. Cet auteur a beaucoup &#233;crit. Ceux qui ont &#233;crit sur cette mati&#232;re. Il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Sur les d&#233;mangeaisons qui nous prennent d'&#233;crire, MOL. Mis. I, 2. Il se tue &#224; rimer ; que n'&#233;crit-il en prose ? BOILEAU, Sat. IX. &#201;crive qui voudra ; chacun &#224; ce m&#233;tier Peut perdre impun&#233;ment de l'encre et du papier, BOILEAU, ib. IX. Avant donc que d'&#233;crire, apprenez &#224; penser, BOILEAU, Art p. I. Mais dans l'art dangereux de rimer ou d'&#233;crire, Il n'est point de degr&#233; du m&#233;diocre au pire, BOILEAU, ib. IV. La plupart, comme ceux qui depuis ont &#233;crit sur cette journ&#233;e, ignoraient les souffrances physiques d'un chef qui.... S&#201;GUR, Hist. de Nap. IV, 6. On dit aussi : &#233;crire d'une chose. Pr&#233;tendre en &#233;crivant de quelque art &#233;chapper &#224; la critique, LA BRUY. Disc. sur Th&#233;ophr. Il se dit du genre de style. Cet homme parle bien, mais ne sait pas &#233;crire. Donnons-lui donc [&#224; Calvin], puisqu'il le veut tant, cette gloire d'avoir aussi bien &#233;crit qu'homme de son si&#232;cle ; mettons-le m&#234;me, si l'on veut, au-dessus de Luther.... BOSSUET, Variations, 9. Qui ne sait se borner ne sut jamais &#233;crire, BOILEAU, Art p. I. Il faut exprimer le vrai pour &#233;crire naturellement, fortement, d&#233;licatement, LA BRUY. I. Un esprit m&#233;diocre croit &#233;crire divinement, un bon esprit croit &#233;crire raisonnablement, LA BRUY. ib. Tout auteur qu'on est oblig&#233; de lire deux fois pour l'entendre &#233;crit mal, ST-FOIX, Ess. Paris, t. IV, p. 221, dans POUGENS. [La Motte-Houdard] prouva que dans l'art d'&#233;crire on peut encore &#234;tre quelque chose au second rang, VOLT. LOUIS XIV, 32. &#201;crire au courant de la plume, &#233;crire rapidement, sans mettre beaucoup de r&#233;flexion. Avancer, exposer, enseigner. Aristote a &#233;crit que les animaux.... Il se dit aussi des compositions musicales. &#201;crire un op&#233;ra. Ce musicien a beaucoup &#233;crit. &lt;strong&gt;6&#176;&lt;/strong&gt; Terme de pratique. Exposer ses moyens dans un m&#233;moire, dans une requ&#234;te. Ils furent appoint&#233;s &#224; &#233;crire et produire. &#192; mal exploiter bien &#233;crire, se dit de celui qui, ayant fait des fautes et manqu&#233; aux formalit&#233;s, y rem&#233;die par des &#233;critures arrang&#233;es. R&#233;diger un proc&#232;s-verbal, un interrogatoire, une d&#233;position. Tiens, voil&#224; ton paiement - Un soufflet ! &#233;crivons, RAC. Plaid. II, 4. ....Vous riez ? &#201;crivez qu'elle a ri, RAC. ib. II, 6. S'engager par &#233;crit. Il ne suffit pas de promesses, il faut &#233;crire. Quiconque &#233;crit s'engage, TH. CORN. l'Amour &#224; la mode, I, 2. &lt;strong&gt;7&#176;&lt;/strong&gt; Marquer, indiquer. Son sang sur la poussi&#232;re &#233;crivait mon devoir, CORN. Cid, II, 9. &lt;strong&gt;8&#176;&lt;/strong&gt; S'&#233;crire, v. r&#233;fl. &#202;tre &#233;crit. Tout ce qui se dit ne s'&#233;crit pas. Tout ce qui est bon &#224; &#233;crire, c'est une maxime de Vaugelas, est bon &#224; dire ; mais tout ce qui peut se dire ne se doit pas &#233;crire, D'OLIVET, Rem. sur Racine, &#167; 94. &#202;tre orthographi&#233;. Ce mot ne s'&#233;crit pas ainsi. &lt;strong&gt;9&#176;&lt;/strong&gt; S'&#233;crire chez quelqu'un, inscrire son nom chez quelqu'un &#224; qui l'on fait visite. Se faire &#233;crire chez quelqu'un, &#224; la porte de quelqu'un, faire mettre son nom sur un papier chez le portier. Je n'avais pas chang&#233; [de conduite froide avec Villeroy] depuis, hors de me faire &#233;crire aux occasions chez le mar&#233;chal, ce qui ne s'omet qu'en brouillerie ouverte, SAINT-SIMON, 392, 59. On sait quand il faut se faire &#233;crire, c'est-&#224;-dire faire une visite qu'on ne fait pas, J. J. ROUSS. H&#233;lo&#239;se, II, 7. Racine a dit &#233;crire en Argos, c'est-&#224;-dire dans le pays d'Argos ; c'est une licence po&#233;tique, ou, si l'on veut, Racine a pris Argos dans le sens de pays d'Argos. Mais, dans la r&#232;gle, en ou dans ne peut se dire qu'avec un pays : j'ai &#233;crit dans ce pays-l&#224; ; mais j'ai &#233;crit &#224; Londres, &#224; Berlin. XIe s. Il est escrit en la geste francor, Ch. de Rol. CX. XIIe s. .... Faites faire erraument [aussit&#244;t] Vos chartres et vos bri&#233;s [brefs] &#224; clerz bien escrivanz, Sax. XXI. Demain iront partout no brief qui sont escrit, ib. XXIV. Davit li reis, qui out en sei saint esperit, Quant il out Salomun sun fil &#224; rei escrit.... Th. le mart. 27. Solunc [selon] ses paroles [il] escrit [&#233;crivit] par tot son regne, e establi princes qui &#231;o feissent faire par force, Machab. I, 1. XIIIe s. Car bien estoit letr&#233;e et bien savoit escrire, Berte, XIV. Et des nombres [il] devoit escripre, la Rose, 6720. Lesquiex enseignemens le roy escript [&#233;crivit] de sa sainte main, JOINV. 300. XIVe s. Comme l'en doit former ou escripre les livres, ORESME, Eth. 67. Li dras [&#233;toffe] qui fu escris de painture dor&#233;e, Beaud. de Seb. II, 954. XVe s. Ces deux [Philippe d'Artevelle et Pi&#232;tre du Bois] se nommoient et escrisoient souverains capitaines de tous, FROISS. II, II, 160. Et escripst [&#233;crivit] le pape au roi Charles, que il renvoyast sa soeur Isabelle en Angleterre, FROISS. I, I, 11. [Le duc d'Anjou] escripsit devers messire Jean d'Armignac que &#224; ce besoin il ne lui voulsist faillir, FROISS. II, II, 1. Le duc d'Anjou qui se faisoit escrire roy de Cecile et de Hierusalem, FROISS. liv. II, p. 160, dans LACURNE. XVIe s. Xerc&#232;s escrivit un cartel au mont Athos, MONT. I, 22. Escrit il en vers ou en prose ? MONT. I, 142. Caton, qui luy assistoit &#224; sa brigue, s'advisa que les tables o&#249; s'escrivoient les voix estoient toutes escrittes d'une main, MONT. Cat. d'Utiq. 62. Il est fort difficile d'escrire bien en nostre langue, si elle n'est enrichie autrement qu'elle n'est pour le present, de mots et de diverses manieres de parler ; ceux qui escrivent journellement en elle savent bien &#224; quoi s'en tenir ; car c'est une extreme gene de se servir tousjours d'un mot, RONS. 589. Wallon, skr&#238;re ; proven&#231;. escriure ; espagn. escribir ; portug. escrever ; ital. scrivere ; du latin scribere, le m&#234;me que le grec, par la prosth&#232;se d'une s. Comparez graver ; le goth. graban, creuser ; allem. graben. Le sens du radical grab ou scrib est creuser.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;(li-vr') s. m.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176;&lt;/strong&gt; R&#233;union de plusieurs cahiers de pages manuscrites ou imprim&#233;es. Livre manuscrit. Livre imprim&#233;. Les livres d'une biblioth&#232;que. Livre dor&#233; sur tranche. Livres reli&#233;s, broch&#233;s. Les marges d'un livre. Quoiqu'il soit plus vrai qu'il ne fut jamais que c'est faire de grands p&#233;ch&#233;s que de faire de grands livres, BALZ. liv. IV, lett. 3. Ils reconnurent avec soin la terre, et la divis&#232;rent en sept parts, qu'ils &#233;crivirent dans un livre, SACI, Bible, Josu&#233;, XVIII, 9. Vos livres &#233;ternels ne me contentent pas ; Et, hors un gros Plutarque &#224; mettre mes rabats, Vous devriez br&#251;ler tout ce meuble inutile, Et laisser la science aux docteurs de la ville, MOL. F. sav. II, 7. Il ne faut pas s'imaginer le prince un livre &#224; la main, avec un front soucieux, et des yeux profond&#233;ment attach&#233;s &#224; la lecture ; son livre principal est le monde, BOSSUET, Politique, V, I, 8. Chez le libraire absent tout entre, tout se m&#234;le ; Les livres sur &#201;vrard fondent comme la gr&#234;le Qui, dans un grand jardin, &#224; coups imp&#233;tueux, Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux ; Chacun s'arme au hasard du livre qu'il rencontre, BOILEAU, Lutrin, V. &#201;claircis des rabbins les savantes t&#233;n&#232;bres, Afin qu'en ta vieillesse un livre en maroquin Aille offrir ton travail &#224; quelque heureux faquin.... BOILEAU, Sat. VIII. J'adore le Seigneur ; on m'explique sa loi ; Dans son livre divin on m'apprend &#224; la lire, RAC. Athal. II, 7. Je regarde &#224; pr&#233;sent tous les gros livres comme des dictionnaires, VOLT. M&#233;l. hist. Fragm. sur l'hist. art XIII. Vous craignez les livres comme dans certaines bourgades on craint les violons ; laissez lire et laissez danser ; ces deux amusements ne feront jamais de mal au monde, VOLT. Dict. phil. Libert&#233; d'imprimer. Chez les anciens, les livres &#233;taient des rouleaux, c'est-&#224;-dire une longue feuille de papyrus &#233;crite sur une ou plusieurs colonnes, et roul&#233;e autour d'un b&#226;ton central (d'o&#249; volumen, rouleau, volume). Le ciel se retira comme un livre que l'on roule, et toutes les montagnes et les &#238;les furent &#233;branl&#233;es de leur place, SACI, Bible, St Jean, Apocal. VI, 14. Livre in-folio, in-quarto, in-octavo, in-douze, in-seize, in trente-deux, voy. ces mots. Livre en feuilles, livre imprim&#233; qui n'est encore ni broch&#233; ni reli&#233;. Collationner un livre, voir si un livre est complet, s'il n'y manque pas quelque feuillet. Livre d&#233;pareill&#233;, volume s&#233;par&#233; des autres volumes d'un m&#234;me ouvrage. Terme d'antiquit&#233; romaine. Livres de lin ou lint&#233;ens, voy. LINT&#201;ENS. Livre contrefait, s'est dit autrefois d'un faux livre, c'est-&#224;-dire d'un bloc de bois ou d'une bo&#238;te ayant la forme et les ornements ext&#233;rieurs d'un livre. Cette locution n'est plus usit&#233;e. Traduire un auteur &#224; livre ouvert, le traduire facilement &#224; la premi&#232;re lecture. Fig. Il conna&#238;t l'avenir et les choses pass&#233;es ; Rien n'est secret pour lui dans tout cet univers, Et pour lui nos destins sont des livres ouverts, CORN. Illus. com. I, 1. On dit aussi en parlant de la musique : chanter, accompagner, lire la musique &#224; livre ouvert, lire, chanter, accompagner sans avoir besoin de pr&#233;paration. Me faire chanter &#224; livre ouvert, moi ? vous m'embarrassez fort, madame, DANCOURT, Sec. chap. du diable boit. I, 5. &#192; l'ouverture du livre, en ouvrant le livre. Je suis tomb&#233; &#224; l'ouverture du livre sur le passage dont j'avais besoin. Ouvrir, fermer un livre. Amis, un dernier mot, et je ferme &#224; jamais Ce livre, &#224; ma pens&#233;e &#233;tranger d&#233;sormais, V. HUGO, Feuilles d'automne, XL. Fig. Apr&#232;s cela il faut fermer le livre, le point d&#233;cisif est trouv&#233;, et il n'y a plus rien &#224; dire. &lt;strong&gt;2&#176;&lt;/strong&gt; Fig. Terme de th&#233;ologie. Le livre de vie ou des vivants, le d&#233;cret de Dieu touchant les &#233;lus. N'est-ce pas assez que ces dons fussent &#233;crits de la main m&#234;me du Seigneur dans le livre de vie ? MASS. Car&#234;me, Aum&#244;ne. Un proph&#232;te ouvrit le livre de vie : le nom d'Hi&#233;rocl&#232;s &#233;tait effac&#233;, CHATEAUBR. Mart. XXIII. &#202;tre &#233;crit dans le livre de vie, &#234;tre pr&#233;destin&#233; &#224; jouir du bonheur &#233;ternel. Ceux qui habitent sur la terre, dont les noms ne sont pas &#233;crits dans le livre de vie de l'agneau qui a &#233;t&#233; immol&#233; d&#232;s la cr&#233;ation du monde, SACI, Bible, St Jean, Apocal. XIII, 8. &lt;strong&gt;3&#176;&lt;/strong&gt; Fig. Le livre du destin, des destins, l'ordre immuable suivant lequel les &#233;v&#233;nements doivent s'accomplir. Il ouvrit &#224; ses yeux le livre du destin, VOLT. Henr. I. Cela &#233;tait &#233;crit dans le livre du destin, se dit d'un &#233;v&#233;nement o&#249; l'on croit voir quelque fatalit&#233;. &lt;strong&gt;4&#176;&lt;/strong&gt; Ouvrage d'esprit, soit en prose, soit en vers, d'assez grande &#233;tendue pour faire au moins un volume. Livre bien &#233;crit, mal &#233;crit. Mettre un livre au jour. Publier, faire para&#238;tre un livre. Et disent pour bonjour : Monsieur, je fais des livres, R&#201;GNIER, Sat. II. H&#226;te-toi, mon ami, tu n'as pas tant &#224; vivre ; Je te rebats ce mot, car il vaut tout un livre, LA FONT. Fabl. VIII, 27. Le dernier livre qu'il a fait contre M. Arnaud, PASC. Prov. IV. Il faut qu'on n'en puisse dire [d'un homme] ni, il est math&#233;maticien, ni pr&#233;dicateur, ni &#233;loquent, mais, il est honn&#234;te homme.... quand en voyant un homme, on se souvient de son livre, c'est mauvais signe, PASC. Pens. VI, 15 ter, &#233;d. HAVET. Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : mon livre, mon commentaire, mon histoire.... ils feraient mieux de dire : notre livre, notre commentaire, notre histoire, vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui que du leur, PASC. ib. XXIV, 68. Les meilleurs livres sont ceux que ceux qui les lisent croient qu'ils auraient pu faire : la nature, qui seule est bonne, est toute famili&#232;re et commune, PASC. Esprit g&#233;om. II. Enfin, tant que nous aurons des livres, nous ne nous pendrons pas, S&#201;V. 23 sept. 1671. Un amour curieux des livres, une avidit&#233; de savoir.... FL&#201;CH. Duc de Mont. Un p&#233;dant enivr&#233; de sa vaine science, Tout h&#233;riss&#233; de grec, tout bouffi d'arrogance.... Croit qu'un livre fait tout, et que, sans Aristote, La raison ne voit goutte et le bon sens radote, BOILEAU, Sat. IV. Son livre est d'agr&#233;ments un fertile tr&#233;sor, BOILEAU, Art p. III. Apr&#232;s cela, docteur, va p&#226;lir sur la Bible ; Va marquer les &#233;cueils de cette mer terrible ; Perce la sainte horreur de ce livre divin, BOILEAU, Sat. VIII. C'est un m&#233;tier que de faire un livre, comme de faire une pendule, LA BRUY. I. Si l'on &#244;te de beaucoup d'ouvrages de morale, l'avertissement au lecteur, l'&#233;p&#238;tre d&#233;dicatoire, la pr&#233;face, la table, les approbations, il reste &#224; peine assez de pages pour m&#233;riter le nom de livre, LA BRUY. I. Il y a, surtout en math&#233;matique, plus de bons livres qu'il n'y en a de bien faits, c'est-&#224;-dire qu'on en voit assez qui peuvent instruire et peu qui instruisent avec une certaine m&#233;thode et, pour ainsi dire, avec un certain agr&#233;ment, FONTEN. l'Hospital. Je mets les bons livres parmi les choses absolument n&#233;cessaires, VOLT. Lett. Damilaville, 3 avr. 1767. Du temps de Pascal, de Boileau et de Racine, les mauvais livres ne valaient rien du tout, au lieu que les plus d&#233;testables livres de nos jours brillent toujours par quelque endroit, VOLT. Lett. Mme du Deffant, 16 nov. 1773. M&#233;tastase a pris la plupart de ses op&#233;ras dans nos trag&#233;dies fran&#231;aises ; plusieurs auteurs anglais nous ont copi&#233;s et n'en ont rien dit ; il en est des livres comme du feu dans nos foyers : on va prendre le feu chez son voisin, on l'allume chez soi, on le communique &#224; d'autres, et il appartient &#224; tous, VOLT. Dict. phil. Prior, Butler et Swift. Vous les m&#233;prisez, les livres, vous dont toute la vie est plong&#233;e dans les vanit&#233;s de l'ambition et dans la recherche des plaisirs ou dans l'oisivet&#233; ; mais songez que tout l'univers connu n'est gouvern&#233; que par des livres, except&#233; les nations sauvages, VOLT. ib. Livres. Les livres sont aujourd'hui multipli&#233;s &#224; un tel point que non-seulement il est impossible de les lire tous, mais d'en savoir m&#234;me le nombre et d'en conna&#238;tre le titre, VOLT. ib. Livres, sect. 3. De tous les livres de l'Occident qui sont parvenus jusqu'&#224; nous, le plus ancien est Hom&#232;re ; c'est l&#224; qu'on trouve les moeurs de l'antiquit&#233; profane, des h&#233;ros grossiers, des dieux grossiers faits &#224; l'image de l'homme, VOLT. ib. Destin. Cet examen nous fournira quelque chose de nouveau et de vrai ; c'est la seule excuse d'un livre, VOLT. Phil. Newt. II, 4. Il vit avec les livres comme avec les hommes ; il choisit et il n'est jamais la dupe des noms, VOLT. l'Homme aux 40 &#233;cus, le bon sens. Le d&#233;sir de plaire &#224; Mme de Villette fit entreprendre &#224; Helv&#233;tius le livre de l'Esprit, DUCLOS, Morc. hist. Oeuv. t. X, p. 270, dans POUGENS. Les livres &#233;clairent la multitude, humanisent les hommes puissants, charment le loisir des riches, instruisent toutes les classes de la soci&#233;t&#233;, RAYNAL, Hist. phil. XIX, 13. Un bon livre est un bon ami, BERN. DE ST-P. Paul et Virg. Fig. Et je veux, si jamais on engage ma foi, Un mari qui n'ait point d'autre livre que moi, MOL. Femm. sav. V, 3. Je sens le chagrin que vous avez eu de quitter votre ch&#226;teau, et votre libert&#233;, et votre tranquillit&#233; ; le c&#233;r&#233;monial est un &#233;trange livre pour vous, S&#201;V. 27 oct. 1675. Commencer, achever un livre, en commencer, en achever la lecture. Peuples du livre, nom qui d&#233;signe, dans le Coran, les juifs, les chr&#233;tiens et les sab&#233;ens. Les mauvais livres, les livres qui contiennent des doctrines subversives, et aussi les livres licencieux. Un tableau, une statue licencieuse est peut-&#234;tre plus dangereuse qu'un mauvais livre, DIDER. Pens&#233;es sur la peint. Oeuv. t. XV, p. 181, dans POUGENS. Livre populaire, celui qui, par la modicit&#233; de son prix, est &#224; la port&#233;e des moindres fortunes. Livres &#233;l&#233;mentaires, ceux qui enseignent les &#233;l&#233;ments de quelque science. Livres classiques, ceux des ouvrages litt&#233;raires qui, consacr&#233;s par le temps et par une approbation universelle, font autorit&#233;. Livres classiques, se dit aussi des livres qui servent dans les classes &#224; l'instruction de la jeunesse. Livres de biblioth&#232;que, ouvrages d'une grande &#233;tendue que l'on a pour les consulter, ou ouvrages s&#233;rieux qui figurent bien dans une biblioth&#232;que et y font honneur. Livres d'&#233;glise, livres de pri&#232;res, les livres qui servent au clerg&#233; pour c&#233;l&#233;brer l'office divin, et aux fid&#232;les pour suivre les pri&#232;res qui se r&#233;citent ou se chantent &#224; l'&#233;glise. Livres de d&#233;votion, livres qui servent aux exercices de d&#233;votion, qui contiennent des pri&#232;res, des oraisons mystiques. Livre de paix, le livre qu'on donne &#224; baiser &#224; la messe. Les saints livres, la Bible, la sainte &#201;criture. Ayant pour notre consolation les saints livres qui sont entre nos mains, SACI, Bible, Machab. I, XII, 9. Fig. On ferait un livre de.... se dit pour exprimer que la chose dont on parle fournirait mati&#232;re &#224; de longs discours. Quel gros livre ne ferait-on point de ses perfections ? S&#201;V. 366. On ferait un livre et fort divertissant du domestique [de ce qui se passait &#224; l'int&#233;rieur] entre le p&#232;re et le fils, SAINT-SIMON, 460, 207. Famili&#232;rement. Il n'a jamais mis le nez dans un livre, il n'a jamais rien lu, il est fort ignorant. D&#233;vorer un livre, d&#233;vorer des livres, les lire avec une extr&#234;me avidit&#233;, une extr&#234;me promptitude. S&#233;cher, p&#226;lir sur les livres, lire avec une assiduit&#233; excessive. Famili&#232;rement. Parler comme un livre, parler sur un sujet avec grande connaissance, &#233;l&#233;gance et facilit&#233;. Vertu de ma vie, comme vous d&#233;bitez ! il semble que vous ayez appris cela par coeur, et vous parlez tout comme un livre, MOL. Festin, I, 2. Bien est-il vrai qu'il parlait comme un livre, GRESSET, Vert-Vert, ch. II. Parler comme un livre, se dit aussi pour faire la critique de quelqu'un qui s'exprime avec facilit&#233;, mais en termes recherch&#233;s. Parler livre, parler en savant. Que l'autre parle livre et fasse des merveilles, R&#201;GNIER, Sat. VII. Eh bien ! il parle livre, il a le mot pour rire, R&#201;GNIER, ib. XIII. Fig. Br&#251;ler ses livres, voy. BR&#219;LER, n&#176; 1. &lt;strong&gt;5&#176;&lt;/strong&gt; Fig. Il se dit de ce qui enseigne, instruit comme fait un livre. Le livre, le grand livre de la nature. Le livre du monde. Et me r&#233;solvant de ne chercher plus d'autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-m&#234;me ou bien dans le grand livre du monde, DESC. M&#233;th. I, 14. &lt;strong&gt;6&#176;&lt;/strong&gt; Fig. Livre oppos&#233; &#224; r&#233;alit&#233;, pratique. J'&#233;tais trop bien &#224; Paris pour &#234;tre longtemps bien &#224; la cour ; c'&#233;tait l&#224; mon crime dans l'esprit d'un Italien [Mazarin] politique par livre, RETZ, II, 87. &lt;strong&gt;7&#176;&lt;/strong&gt; Une des principales parties qui forment la division de certains ouvrages. Mes derniers livres [de l'&#201;n&#233;ide] sont n&#233;glig&#233;s ; je ne pr&#233;tendais pas les laisser si imparfaits ; vous savez que je voulais les br&#251;ler, F&#201;N. Dial. des morts anc. 48. Il serait bien &#224; souhaiter qu'on e&#251;t pu conserver son histoire [de Tite Live] ; il ne nous en reste que trente-cinq livres, dont quelques-uns m&#234;me ne sont pas entiers ; ce n'est pas la quatri&#232;me partie de l'ouvrage, quelle perte ! ROLLIN, Hist. anc. t. XII, liv. XV, ch. 2, art. 2, p. 252, dans POUGENS. Il me semble que le second livre de l'&#201;n&#233;ide, le quatri&#232;me et le sixi&#232;me sont autant au-dessus de tous les po&#235;tes grecs et de tous les latins sans exception, que les statues de Girardon sont sup&#233;rieures &#224; toutes celles qu'on fit en France avant lui, VOLT. Dict. phil. &#201;pop&#233;e. Livres sacr&#233;s, livres canoniques, les livres de l'&#201;criture sainte qui sont re&#231;us de toute l'&#201;glise. Livres apocryphes, ceux que l'&#201;glise ne reconna&#238;t pas pour authentiques. Livres sapientiaux, les livres de la Bible qui sont plus particuli&#232;rement destin&#233;s &#224; l'instruction morale, tels que la Sagesse, les Proverbes, etc. Livres historiques, livres proph&#233;tiques, certaines autres parties de l'Ancien Testament. &lt;strong&gt;8&#176;&lt;/strong&gt; Terme de musique. Se dit pour livraison, volume. Oeuvre 51, 10e livre de duos de violon. Chant sur le livre, se dit du plain-chant ou contre-point &#224; quatre parties, que les musiciens composent et chantent impromptu sur une seule. &lt;strong&gt;9&#176;&lt;/strong&gt; Il s'est dit jadis dans le sens de livret, libretto. L'op&#233;ra [de Proserpine, de Quinault] est au-dessus de tous les autres ; le chevalier dit qu'il vous a envoy&#233; plusieurs airs, et qu'il a vu un homme [Quinault] qui doit vous avoir envoy&#233; le livre, S&#201;V. 9 f&#233;v. 1680. Quinault apporta au roi chez Mme de Montespan trois livres d'op&#233;ra pour cet hiver, DANGEAU, t. I, p. 127, 16 mai 1685. &lt;strong&gt;10&#176;&lt;/strong&gt; Registre sur lequel on inscrit ce qu'on re&#231;oit et ce qu'on d&#233;pense. Livre de compte. Livre de d&#233;pense. Le ma&#238;tre d'h&#244;tel et le cuisinier lui apporteront, tous les matins, leurs livres de d&#233;penses, GENLIS, Ad&#232;le et Th&#233;od. t. II, p. 155, dans POUGENS. Terme de banque et de commerce. Registre sur lequel on inscrit toutes les op&#233;rations financi&#232;res ou commerciales qui se font. Livre de mise et de recette. Livres de commerce. Livre de caisse. Livres d'acceptations, d'&#233;ch&#233;ances, etc. Tenir les livres, se dit, chez un n&#233;gociant, de l'occupation qui consiste &#224; enregistrer tout ce qui est vendu et achet&#233;, et toutes les op&#233;rations commerciales en g&#233;n&#233;ral. Ce commis sait bien tenir les livres. &#201;tudier la tenue des livres. Il tient ses livres en partie double. L'anabaptiste Jacques en fit son teneur de livres, VOLT. Cand. 4. Leurs comptes, comme tous les autres, se rendent &#224; Batavia, o&#249; l'on tient le livre g&#233;n&#233;ral de toutes les affaires, RAYNAL, Hist. phil. II, 20. &#202;tre port&#233;, ou, simplement, &#234;tre sur le livre d'un marchand, y &#234;tre inscrit pour marchandise achet&#233;e. Fig. &#202;tre sur le livre de quelqu'un, &#234;tre not&#233; par lui comme objet de ressentiment, dont on essayera de se venger t&#244;t ou tard. Livre journal, ou, simplement, journal, registre o&#249; l'on &#233;crit jour par jour et de suite ce qu'on a re&#231;u ou pay&#233;. Livre d'extrait, ou grand livre, ou, quelquefois, livre de raison, livre o&#249; l'on enregistre et classe les articles du livre journal. Tous banquiers.... et marchands en gros.... seront oblig&#233;s de tenir livres de raison en bonne et due forme ; et tous marchands, boutiquiers et vendants en d&#233;tails, des livres journaux, R&#232;gl. des 2 juin et 7 juillet 1667. Par extension. Tu as ou&#239; dire qu'Auguste avait un livre de raison qui contenait le d&#233;tail des forces de l'empire et de ses finances, VOLT. Philos. Exam. Bolingbroke, XII. &lt;strong&gt;11&#176;&lt;/strong&gt; Absolument. Le grand-livre, la liste g&#233;n&#233;rale des cr&#233;anciers de l'&#201;tat. La principale base du projet de votre commission pour annuler promptement tous les anciens titres de cr&#233;ances, pour simplifier les mutations, les oppositions et la comptabilit&#233;, et pour faciliter le payement annuel dans les chefs-lieux de district, consiste &#224; former un livre qu'on appellera grand-livre de la dette publique ; il sera compos&#233; d'un ou plusieurs volumes ; on y inscrira toute la dette non viag&#232;re, CAMBON, Rapport du 14 ao&#251;t 1793, p. 71. Toute la dette publique non viag&#232;re sera enregistr&#233;e par ordre alphab&#233;tique des noms des cr&#233;anciers, sur un grand-livre en un ou plusieurs volumes, dont le mod&#232;le est annex&#233; au pr&#233;sent d&#233;cret, CAMBON, ib. article 1er. Le grand-livre de la dette publique sera le titre unique et fondamental de tous les cr&#233;anciers de la r&#233;publique, CAMBON, ib. art. 6. Il sera fait deux copies du grand-livre, CAMBON, ib. art. 8. .... Un beau jour, de rentiers naufrag&#233;s Tous les d&#233;bris &#224; la fois submerg&#233;s All&#232;rent se noyer dans la mer du grand-livre, DELILLE, Convers. II. Ouvrir, fermer le grand-livre, contracter un emprunt, renoncer &#224; en contracter jamais. &lt;strong&gt;12&#176;&lt;/strong&gt; Terme d'ancienne administration. Garde des livres, officier qui avait soin des titres de la chambre des comptes. &lt;strong&gt;13&#176;&lt;/strong&gt; Terme de marine. Livre du bord, registre sur lequel on enregistre les marchandises et m&#234;me les passagers. Livre de loch, registre sur lequel on inscrit, outre les routes mesur&#233;es par le loch, les variations du vent, les diff&#233;rentes voilures sous lesquelles le navire a couru, enfin tous les incidents et accidents de la navigation. Anciennement, registre sur lequel l'&#233;crivain inscrivait les marchandises embarqu&#233;es. Livre de signaux, ouvrage qui contient la nomenclature des signaux et des instructions sur la tactique. &lt;strong&gt;14&#176;&lt;/strong&gt; Terme d'administration militaire. Cahier de compte employ&#233; dans les r&#233;giments. Livre de compagnie, de police, de punition, d'ordre, de d&#233;tail, etc. &lt;strong&gt;15&#176;&lt;/strong&gt; Livre blanc, livre qui est tout de papier blanc, sur lequel on n'a encore rien &#233;crit. Livre rouge, registre sur lequel &#233;taient port&#233;es les d&#233;penses secr&#232;tes de la cour, pendant les r&#232;gnes de Louis XV et de Louis XVI. Fig. Il est &#233;crit sur le livre rouge, c'est-&#224;-dire il est marqu&#233; ou not&#233; pour quelque faute qu'il a d&#233;j&#224; commise. Livre noir, se dit des livres qui traitent de sorcellerie, de n&#233;cromancie. Le livre d'or, le registre o&#249; &#233;taient inscrits les noms des nobles, dans quelques r&#233;publiques. Livre d'or s'est dit, sous la Restauration, du registre contenant les noms des pairs de France. &lt;strong&gt;16&#176;&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, livre, accompagn&#233; d'une &#233;pith&#232;te d&#233;signant la couverture du livre, se dit des pi&#232;ces, documents, rapports, etc. que les gouvernements soumettent aux chambres ou au pays pour leur faire conna&#238;tre leur politique, leur conduite. En France, le livre bleu est pour les affaires int&#233;rieures, et le livre jaune pour les affaires ext&#233;rieures (cet usage ne date que de 1852). En Angleterre, il y a aussi un livre bleu. Le compte rendu de Necker sur les finances de 1781 avait une couverture bleue, et, comme les conclusions en furent contest&#233;es, on l'appela le conte bleu. XIe s. Marsiles fait porter un livre avant, Ch. de Rol. XLVI. XIIe s. Seient eslav&#233; [effac&#233;] del livre des vivanz, e ot [avec] les justes ne seient escrit, Liber psalm. p. 90. Il prist un livre, si i list sans faillance, Roncis. 165. De pluisurs altres choses unt entr'els desput&#233;, Dunt um ne m'a encore acointi&#233; n'acert&#233;, Ne tut ne puet pas estre en mun livre not&#233;, Th. le mart. 114. XIIIe s. Qui le livre as histoires me montra, o&#249; je vi.... Berte, I. &#192; desenor [&#224; d&#233;shonneur] muert [meurt] &#224; bon droit Qui n'aime livre ne ne croit, Ren. V. 39. XVe s. Les bons livres font les bons clers, GERSON, dans Hist. litt. de la Fr. t. XXIV, p. 283. Serment sur le livre et sur la croix, J. CHARTIER, Hist. de Charles VII, p. 238, dans LACURNE. Ou j'arderay tous les livres que j'ay, Qui ont traitt&#233; de vertus et de vices ; Ou en brief temps le jugement verray Des grans menteurs qui tiennent les offices, E. DESCH. Po&#233;sies mss. f&#176; 289. Un livre contrefait d'une piece de bois paincte, en semblance d'un livre, o&#249; il n'a nulles feuilles, ne riens escript, couvert de veluiau blanc, &#224; deux fermaus d'argent dorez, DE LABORDE, &#201;maux, p. 367. Provenc. libre ; catal. llibre ; espagn. libro ; portug. livro ; ital. libro ; du lat. liber, proprement la pellicule entre le bois et l'&#233;corce, pellicule qui a donn&#233; son nom au livre, attendu qu'on a &#233;crit anciennement dessus. 1. LIVRE. 6&#176;Livre oppos&#233; &#224; r&#233;alit&#233;, &#224; pratique. Ajoutez : J'aime &#224; remplir de feux ma bouche en leur pr&#233;sence [des dames] ; La mode nous oblige &#224; cette complaisance ; Tous ces discours de livre alors sont de saison, CORN. M&#233;lite, I, 1. &lt;strong&gt;17&#176;&lt;/strong&gt; Terme de turf. Livre des paris, livre sur lequel on inscrit les paris. Faire un livre, parier contre tous les chevaux.&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>dictionnaires, nostalgie, &#233;largissement</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Quignard, Pascal </dc:subject>
		<dc:subject>Ponge, Francis </dc:subject>
		<dc:subject>Littr&#233;, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>dictionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;sauver l'aventure des mots &#224; quoi induisait pour la langue l'amour des dictionnaires, quand c'est Internet qui est devenu le dictionnaire int&#233;gral, multiforme, mais &#224; jamais incomplet&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot213" rel="tag"&gt;Littr&#233;, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot465" rel="tag"&gt;dictionnaires&lt;/a&gt;

		</description>


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&lt;i&gt;note du 15 septembre 2010 : int&#233;grer Littr&#233; dans les applis Mac&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le Littr&#233;, version int&#233;grale en XML est en diffusion libre sur le web, vous le trouverez ais&#233;ment, &#224; moins qu'un de vos proches l'ait d&#233;j&#224; install&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; proc&#233;dure : d&#233;compresser le fichier ZIP, et placer le fichier XML dans /disquedur/Biblioth&#232;que/Dictionaries/ (o&#249; sont charg&#233; par d&#233;faut le &lt;i&gt;Apple Dictionary&lt;/i&gt; et le New Oxford American, ce qu'on ne sait peut-&#234;tre pas assez...) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ouvrir alors le dossier /Applications/ et ouvrir Dicionnaire.app &#8211; vous pouvez aussi tirer l'ic&#244;ne sur le dock, de fa&#231;on &#224; avoir acc&#232;s en permanence au Littr&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les Pr&#233;f&#233;rences de Dictionnaire, cliquer sur &lt;i&gt;activer&lt;/i&gt; en face de Littr&#233; (comme Wikipedia et les dictionnaires anglais-fran&#231;ais), &#224; vous l'utilisation sans limite du Littr&#233; directement depuis le bureau...
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lequel ou laquelle d'entre nous pour n'avoir pas sa propre histoire de dictionnaire, ou avec ses dictionnaires ? Ou consid&#233;rer les dictionnaires comme un centre n&#233;vralgique des possessions personnelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que perdons-nous avec le num&#233;rique, puisque &lt;i&gt;de toute fa&#231;on&lt;/i&gt; ce qu'&#233;taient les dictionnaires a d&#233;j&#224; migr&#233;, a le tout premier peut-&#234;tre migr&#233; dans les usages web ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y pense tr&#232;s souvent : une sorte d'&#233;tat d'alerte. Plus de dictionnaire pr&#233;sent sur la table de travail, on risque quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se souvenir de Francis Ponge, qui a 14 ans trouvait son &#233;merveillement et sa plus forte &#233;motion de lecture dans Littr&#233; &#8211; voir ce qui s'en est ensuivi. Mais, r&#233;cemment, ramen&#233; &#224; la gare routi&#232;re, gentiment, par les parents de la tr&#232;s active libraire &lt;a href=&#034;http://www.librairie-alire.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alire&lt;/a&gt; de Longueuil, Manon Tr&#233;panier &#8211; et son sang Algonquin dans les sentes du livre &#8211; : &#171; quand elle &#233;tait jeune, elle lisait tout le temps les dictionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de tous les miens. Ce dictionnaire sombre et pesant en trois tomes, qui &#233;tait notre richesse familiale : la langue comme un secret gard&#233;. Le Petit Larousse comme chez tout le monde, avec ses pages roses de citations au milieu qui semblaient un miroir d&#233;formant au reste, et l'encyclop&#233;die &lt;i&gt;Tout l'Univers&lt;/i&gt; qu'on recevait le mercredi, et qu'on reliait dans de grands classeurs bleus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a &#233;t&#233; ma revendication d&#232;s l'&#226;ge du coll&#232;ge : j'en suis s&#251;r parce que je revois, &#224; Civray, la &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1123' class=&#034;spip_in&#034;&gt;librairie Baylet&lt;/a&gt; &#8211; mon propre dictionnaire serait le Petit Robert, et combien d'heures ensuite j'y ai pass&#233;es, ou plus tard, sur la grosse machine &#224; &#233;crire &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/arch/00_Azerty.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Japy&lt;/a&gt; du garage hors des heures d'ouverture, ce qu'on en tirait pour l'apprentissage. Il n'a plus de couverture, il est plus noir que blanc, mais je l'ai toujours. Depuis combien d'ann&#233;es plus ouvert ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;paration de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, en 1982, je me suis offert &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1554' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un Littr&#233;&lt;/a&gt;, l'&#233;dition Pauvert en 8 tomes, d'occasion, chez Vrin, rue Saint-Jacques, un petit magasin en contrebas, gros investissement pour moi : 800 francs. J'&#233;tais revenu le lendemain le chercher avec un sac de sport. Il avait appartenu &#224; un fumeur, 25 ans plus tard on percevait encore l'odeur. Lui aussi, longtemps au-dessus du bureau. Mais en 1995 le Littr&#233; serait mon premier achat CD-ROM (inutilisable d&#233;sormais). Maintenant, je le consulte toujours r&#233;guli&#232;rement, mais &lt;a href=&#034;http://francois.gannaz.free.fr/Littre/accueil.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre achat, m&#234;me p&#233;riode, c'est le Gr&#233;visse, &lt;i&gt;Le bon Usage&lt;/i&gt; : outil professionnel de correction, r&#233;vision. L&#224;, pas d'&#233;quivalent en ligne. Est-ce que j'assume mieux mes travers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y pensais hier soir, en essayant de mettre au point ce texte sur la mutation de nos usages du livre : nos enfants ne cherchent plus dans le dictionnaire, ils cherchent d'abord sur Internet. Erreur ? Allez dans n'importe quelle maison d'&#233;dition et regarder les stagiaires (il n'y a plus que des stagiaires) : un doute, une date, une orthographe, on regarde sur le web avant d'attraper le dico sur l'&#233;tag&#232;re derri&#232;re soi &#8211; je l'ai constat&#233; dix, vingt fois. &#192; l'inverse, et toujours dans les exp&#233;riences toutes r&#233;centes, faisant &#233;crire une classe de 3&#232;me, au coll&#232;ge fran&#231;ais Stanislas de Qu&#233;bec, je les avais lanc&#233;s sur les premiers souvenirs de lecture intense : &lt;i&gt;Adibou&lt;/i&gt; est revenu souvent &#8211; on a d&#233;sormais affaire &#224; une g&#233;n&#233;ration dont l'&#233;merveillement concernant langue et savoir a surgi d&#232;s le d&#233;part de l'ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pareil, pour une question qui surgissait d'une traduction un peu clich&#233; dans Henry James, &#224; propos d'un chant de rossignol, l'ordinateur &#233;tant ouvert, en deux cliques nous voil&#224; dans une banque de &lt;a href=&#034;http://www.chants-oiseaux.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chants d'oiseaux&lt;/a&gt; &#8211; le dictionnaire vivant qu'est Internet permet ce que n'aurait jamais offert le silence du livre, m&#234;me si l'imaginaire s'&#233;lan&#231;ait &#224; fond dans les illustrations du Petit Larousse sur son papier brillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'un coup, l'impression d'un ind&#233;cidable. L'&#233;merveillement des vieilles et lourdes encyclop&#233;dies, la luminosit&#233; dans l'int&#233;rieur des mots qu'on trouve au Robert ou au Littr&#233;, les voyages dans la langue qui s'en organisent, en les perdant on perd quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, pour ceux de ma sorte qui ont longtemps pratiqu&#233; et appris le dictionnaire, les utiliser en ligne est un prolongement simple &#8211; j'utilise syst&#233;matiquement le &lt;a href=&#034;http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/fastshowart.exe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TLF&lt;/a&gt;, l'ARTFL Chicago me donne acc&#232;s aux &lt;a href=&#034;http://portail.atilf.fr/dictionnaires/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dictionnaires anciens&lt;/a&gt; (Nicot, Estienne, Bayle, un r&#233;gal), il y a &lt;a href=&#034;http://www.lexilogos.com/etymologie.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lexilogos&lt;/a&gt; pour les &#233;tymologies, et bien s&#251;r en permanence le &lt;a href=&#034;http://francois.gannaz.free.fr/Littre/accueil.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Littr&#233;&lt;/a&gt; (aussi disponible en application iPhone, mais sans les citations, ce qui n'est plus Littr&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette passion qui nous faisait traverser la langue, pour ceux qui aujourd'hui pratiquent directement le web, elle les m&#232;ne via images, cartes (ce matin, toujours &#224; cause de Henry James, incursion Google Earth pour retrouver sur le Lido le vieux cimeti&#232;re juif de Venise), et bien s&#251;r directement &#224; m&#234;me l'immense corpus des extraits num&#233;ris&#233;s de livres. Si Wikipedia est le meilleur outil pour tout ce qui n'est pas votre discipline (c'&#233;tait la plaisanterie consacr&#233;e autrefois pour Le Monde), c'est une interface rebondissante, amenant &#224; des liens plus directs vers l'objet de notre recherche. Et si notre t&#226;che en permanence est aussi d'&#233;duquer &#224; un usage critique de ces outils de recherche, j'ai en haut de mon Firefox une petite case magique o&#249; justement je puis s&#233;lectionner entre plusieurs &lt;i&gt;moteurs&lt;/i&gt;, comparer les r&#233;sultats de Bing (encore bien d&#233;cevant pour les ressources en fran&#231;ais) avec ceux de Google, ou chercher directement dans l'int&#233;rieur des projets &lt;a href=&#034;http://www.gutenberg.org/catalog/world/results&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ARTFL/Gutenberg&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://www.cnrtl.fr/lexicographie/dictionnaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CNRTL&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;volution de cette &lt;a href=&#034;http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2010/02/ingenieries-de-la-serendipite.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;rendipit&#233;&lt;/a&gt; neuve, c'est comment le &lt;i&gt;dictionnaire&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233; qu'est Internet m&#232;ne &#224; des blogs personnels (tiens, pour faire retour &#224; ce &lt;a href=&#034;http://photos.blogs.liberation.fr/vosphotos/2007/12/solitude.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cimeti&#232;re juif de Venise&lt;/a&gt; depuis Henry James), &#224; des int&#233;rieurs de mus&#233;e, &#224; des vid&#233;os ou podcasts &#8211; renouveau de l'id&#233;e m&#234;me de &lt;a href=&#034;http://www.lexilogos.com/encyclopedie.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'encyclop&#233;die&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais tout cela dans la t&#234;te, mais surtout ce souvenir qui date pour moi de la classe de 3&#232;me, ce m&#234;me &#226;ge que les coll&#233;giens que je faisais &#233;crire avant-hier, quand j'avais obtenu, pour mon No&#235;l ou mon anniversaire, ce Petit Robert convoit&#233;, que mes parents avaient d&#251; payer plus cher que le Petit Larousse, et qui ne comportait pour autant ni les &#171; noms propres &#187; ni les citations... Et j'en connais qui n'ouvriraient pas leur cahier sans avoir &#224; c&#244;t&#233; un dictionnaire de synonymes (pour ma part, n'en ai jamais utilis&#233;...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche, sur Internet, c'est le jour o&#249; &lt;a href=&#034;http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/02/poezibao-a-re%C3%A7u-n115-dimanche-14-f%C3%A9vrier-2010.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Florence Trocm&#233;, de Poezibao&lt;/a&gt;, qui n'a pas peur de d&#233;m&#233;nager les montagnes, pr&#233;sente les livres de po&#233;sie qu'elle a re&#231;us dans la semaine (d'auteurs dont il est bien rare, cependant, qu'ils aient pris la peine d'un site ou d'une activit&#233; web). Et cette phrase de Pascal Quignard me saute violemment &#224; la figure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; c'&#233;tait il y a quarante ans. Je disposais devant moi, &#224; c&#244;te de moi, autour de moi, tous les dictionnaires que j'avais h&#233;rit&#233;s de mon arri&#232;re-grand-p&#232;re et ceux, plus r&#233;cents, de Bailly, Chantraine, Grandsaignes, Bloch-Wartburg, Ernout-Meillet. Ils s'entassaient, se superposaient, de tous formats, petits, &#233;normes, grands ouverts, les uns sur les autres, sous l'ampoule nue. Je pr&#233;parais la traduction en commen&#231;ant par cherche l'&#233;tymologie de chaque mot. Je voyageai. J'allais dans l'autre monde. Je descendais dans les si&#232;cles perdus. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais &#233;videmment me procurer de Po&#233;sie/Gallimard, &lt;i&gt;Lycophron et Z&#233;t&#232;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; bien, r&#233;sum&#233; par Pascal dans ce &lt;i&gt;Je voyageai. J'allais dans l'autre monde.&lt;/i&gt; appliqu&#233; aux mots, chaque mot, le d&#233;fi d'Internet. Et je r&#233;p&#232;te bien : non par choix. Mais seulement parce que ce dont nous avons b&#233;n&#233;fici&#233; d&#233;j&#224; a migr&#233;. Que nous avons &#224; en retransmettre la potentialit&#233; d'aventure, alors que le seul outil c'est cette petite ic&#244;ne de recherche, en haut &#224; droite de notre barre d'outil navigateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'ordinateur lui-m&#234;me comme dictionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : &#201;mile Littr&#233;. Vos propres histoires de dictionnaire bienvenues ci-dessous. C'est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>un samedi chez Elsa Triolet (Bobigny, 1996)</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article391</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article391</guid>
		<dc:date>2006-06-18T23:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>biblioth&#232;ques</dc:subject>
		<dc:subject>Duras, Marguerite </dc:subject>
		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>
		<dc:subject>dictionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;une observation du samedi dans une biblioth&#232;que municipale&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;biblioth&#232;ques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Duras, Marguerite &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;grand Paris, banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot465" rel="tag"&gt;dictionnaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton391.jpg?1352732163' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff391.jpg?1352731862&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;En 1986, j'assistais &#224; l'inauguration de la nouvelle biblioth&#232;que municipale de Bobigny. &lt;br&gt;
Beaucoup auraient souhait&#233; qu'elle s'appelle biblioth&#232;que Franz-Kafka, elle s'est appel&#233;e biblioth&#232;que Elsa-Triolet. La place qui la s&#233;pare de la MC 93 a cependant &#233;t&#233; baptis&#233;e un peu plus tard place Dashiell-Hammett. &lt;br&gt;
En 1996, Dominique Tabah me donne carte blanche pour une plaquette offerte aux lecteurs : je viens un samedi matin, et reste jusqu'au soir, en notant tout. T&#233;moignage de l'int&#233;rieur pr&#233;vu et impr&#233;vu de ce que permet un vrai engagement dans et pour le livre. &lt;br&gt;
J'avais lu une partie de ce texte &#224; haute voix, dans la biblioth&#232;que, avec les clarinettes de Sylvain Kassap (notre premi&#232;re rencontre).&lt;br&gt; Remerciements &#224; D T et &#224; l'&#233;quipe de la bib. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut t&#233;l&#233;charger ici le texte au format rtf :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_358 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/rtf/bibliotheque_bobigny.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 96.6 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/rtf-a14e8.svg?1772396540' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; un b&#226;timent municipal se r&#233;v&#232;le avant le jour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les grandes villes donnent l'impression qu'elles n'arr&#234;tent pas. Et Bobigny est si viss&#233;e au tissu de la grande ville, qu'&#224; toute heure qu'on y arrive, dans les matins tr&#232;s froids o&#249; les immeubles ont l'air si dur, qu'on est surpris toujours de cette activit&#233; pourtant comme de mondes isol&#233;s, rebondissant entre tunnels et ciments. Lourds autobus s'extirpant du feu rouge, voitures qui ont l'air de savoir o&#249; elles vont mais ne le disent pas, et les pi&#233;tons, pi&#233;tons d&#233;j&#224;, les pans serr&#233;s de la gabardine, le talon sonore (le ciment, toujours), convergeant vers ce noeud plus lumineux, &#224; cinq heures du matin, o&#249; attendent les bus et s'ouvre l'escalier du m&#233;tro. C'est ainsi, &#224; rebrousse-poil, qu'on arrive &#224; la biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il fait nuit encore, parce que c'est un b&#226;timent transparent, la lumi&#232;re seule de la ville suffit &#224; exposer l'int&#233;rieur au dehors. Le b&#226;timent est &#224; l'&#233;cart, non pas sur un point oblig&#233; de passage comme la mairie et la galerie commerciale, il ne fait pas converger les pi&#233;tons, mais suppose qu'on aille vers lui. On voit au travers, et les rues &#233;clair&#233;es de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; l'arri&#232;re, illuminent les livres. Non pas leurs alignements, mais leurs &#238;les, et non pas seulement leurs rayonnages sombres, mais les fauteuils offerts, les coins avec les tables, et les choses mises &#224; lire sur des panneaux de grillage. C'est l'attente ici d'un voyage debout. &#192; cette heure, le calme des vitres transparentes semble d&#233;teindre loin autour du b&#226;timent, sur la petite place avec les arbres, et sur cette rue derri&#232;re, avec son brouillard jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que la rue s'anime un peu : des lumi&#232;res dans la maison juste derri&#232;re, et des voitures qui s'arr&#234;tent un instant, sans couper le moteur, qui fume beaucoup d'&#234;tre encore froid. On laisse un enfant &#224; la halte-garderie ou la cr&#232;che, et on repart. Devant, de l'autre c&#244;t&#233; de la place minuscule, le b&#226;timent opaque du th&#233;&#226;tre, grande coque grise et haute elle ne vit qu'au soir. Maintenant, c'est allum&#233; dans les livres. Ce qui &#233;tait sombre est devenu un assemblage de couleurs minuscules et de formats. Dedans, une silhouette passe l'aspirateur. On monte prendre un caf&#233; sur la dalle de &#171; Karl-Marx &#187;, et quand on revient, le jour maintenant presque fait, la lumi&#232;re dans le b&#226;timent est plus vive, et la silhouette avec l'aspirateur est pass&#233;e dans l'autre aile. Ce n'est pas ouvert au public, mais, par l'entr&#233;e personnel, on pourrait presque entrer sans se faire voir, &#234;tre l&#224; sans qu'aucun d'eux ne s'aper&#231;oive d'une pr&#233;sence en plus, alors on le fait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; le b&#226;timent municipal se r&#233;v&#232;le d&#233;cid&#233;ment moins ordinaire que pr&#233;vu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai pouss&#233; l'entr&#233;e r&#233;serv&#233;e au personnel. La gardienne, dans les espaces garnis de coussins, avec des recoins en haut de trois marches, des enfoncements o&#249; on descend, et qui passe l'aspirateur loin, ne m'a pas vu. Le couloir est vide, avec juste un bruit de voix venant de tout au fond, le bruit de vapeur d'une cafeti&#232;re &#233;lectrique et le claquement sonore de tasses qu'on pose sur une table de Formica, puisque c'est encore ferm&#233; au public. Les salles sont ouvertes, mais pour personne : salle d'exposition, livre au tr&#233;sor, salle de r&#233;union, salle de lecture. Parce que je n'ai pas trop envie d'&#234;tre surpris, je descends au sous-sol. Tout en bas, c'est la r&#233;serve. La cl&#233; est sur la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'imaginer na&#239;vement qu'une biblioth&#232;que de ville, comme celle qu'on se fait pour soi-m&#234;me, a pour t&#226;che d'accumuler lentement un paysage de livres, qui se stabiliserait peu &#224; peu pour repr&#233;senter, d'une fa&#231;on que le travail des gens d'ici permettrait d'&#233;quilibrer, comme une cartographie fiable d'un immense paysage mental : ce dont l'esprit des hommes, dans le temps et les pays, a gard&#233; trace par des signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on entre dans la r&#233;serve, parce qu'on ne voyait pas cela si grand, on comprend que les livres circulent aussi dans le temps. L&#224;, les rayonnages en planches sont mont&#233;s sur de simples tubes, et les livres empil&#233;s &#224; plat, gardant au dos leur cote de r&#233;f&#233;rence. On comprend que les livres s'usent. Parce qu'ils sont souvent lus : les livres qu'on vous fait lire &#224; l'&#233;cole, par exemple. Reliures rong&#233;es, coins corn&#233;s, pages d&#233;chir&#233;es, ce sont les livres qu'on met l&#224; comme un cheval qu'on laisse finir au champ. En biblioth&#232;que les livres qu'on propose ratissent plus large que ce qu'on choisirait pour soi et c'est bien : on a le droit de lire &#224; la biblioth&#232;que de sa ville les r&#233;centes m&#233;moires sentimentales d'une actrice sur le retour, dont on a fait battage t&#233;l&#233;vis&#233;, et qui vieilliront pourtant encore plus vite qu'elle, parce que rien de plus p&#233;rissable que des phrases mal battues. On dirait : mal nourries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garder trace de l'esprit par des signes, oui, dans cette d&#233;finition minimale, d&#233;j&#224; une immense exigence. Ils sont l&#224;, dans la r&#233;serve, les gros best-sellers &#224; lire dans l'&#233;t&#233; et qui n'atteindront pas le suivant, voisinant maintenant ce qui est leur exact contraire, les Balzac et les Dumas &#224; racheter chaque deux ans parce que &#231;a ne vieillit pas du tout et qu'on y revient &#224; chaque &#233;poque de sa vie : il y a, l&#224; dans la r&#233;serve, trois exemplaires us&#233;s du &lt;i&gt;Grand Meaulnes&lt;/i&gt;, et deux du &lt;i&gt;Golem&lt;/i&gt; de Meyrink, et deux aussi du &lt;i&gt;Meilleur des Mondes&lt;/i&gt; d'Aldous Huxley, honneur &#224; eux, d'avoir ici tant &#233;t&#233; lus, qu'on leur a mis l&#224;-haut un rempla&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On profite d'&#234;tre ici sans &#234;tre vu, au milieu des livres on est au calme. C'est un sous-sol o&#249; le peu de bruit qui resterait de la ville est mang&#233; par les empilements de papier. Les portes coupe-feu sont en m&#233;tal, et &#224; l'odeur de papier se m&#233;lange pourtant celle de m&#233;canique : un grand portail bleu ouvre sur l'ext&#233;rieur, et le bibliobus s'encastre exactement dans l'int&#233;rieur du ciment, un quai permet le chargement de niveau. Le bibliobus est amarr&#233; toutes portes ouvertes, avec la cargaison &#224; embarquer, les livres qu'on ira mener au Pont de Pierre, aux Six Routes et &#224; l'Abreuvoir. Mais, &#224; la fa&#231;on dont le v&#233;hicule de fer s'embo&#238;te cabine en avant dans le b&#226;timent, on dirait que c'est un morceau de la vraie biblioth&#232;que qu'on d&#233;tache ainsi dans les cit&#233;s de la ville &#233;clat&#233;e. Dans la pi&#232;ce suivante, un bruit de radio. On approche en se m&#233;fiant, c'est une silhouette de dos, d'ailleurs qui t&#233;l&#233;phone. Je le reconnais : un grand brun, &#224; tr&#232;s mince queue de cheval, Bruno L... , charg&#233; des accrochages (au premier &#233;tage, dans la grande salle d'exposition). Il est perch&#233; sur une grande table &#224; dessin, avec des photocopies agrandies, et des lettrages, mais, pour t&#233;l&#233;phoner, tourne le dos &#224; la porte pendant que je traverse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier monologue en sous-sol de Bruno L., biblioth&#233;caire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pourtant ce n'est pas la premi&#232;re fois, que je passe la nuit &#224; travailler dans la Bib. Comment on pourrait vivre ici nos huit ou dix heures par jour, toute l'ann&#233;e, sans l'envie, de temps en temps, que &#231;a bascule ? Si tu savais comme c'est calme, ici, la nuit. Tout d'un coup, c'est comme de voir sa vie &#224; l'envers. On s'aper&#231;oit soi-m&#234;me, l&#224;-haut, dans l'activit&#233; du jour, et puis non, on est tout seul, en bas, devant sa table, avec un poste de radio, le silence des livres et du caf&#233;. Est-ce que c'est m&#234;me travailler ? Je pensais &#224; &#231;a, ce que &#231;a fait d'&#234;tre toujours &#224; marcher dans ce que je m'imaginais comme un pays de livres. Alors j'ai descendu La biblioth&#232;que de &lt;i&gt;Babel&lt;/i&gt;, de Borges, et j'ai photocopi&#233; la premi&#232;re phrase, puis agrandie, et tout &#231;a tir&#233; en brillant sur des plastiques transparents, format vertical, et maintenant, si je le laisse pendre dans l'entr&#233;e, les lettres seront suspendues en l'air. Et si on figurait aussi dans la biblioth&#232;que, au milieu des livres, ce vertige que nous on pressent ? C'est l'invention la plus c&#233;l&#232;bre de Borges : L'univers (que d'autres nomment la &lt;i&gt;Biblioth&#232;que&lt;/i&gt;) se compose d'un nombre ind&#233;fini, et peut-&#234;tre infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'a&#233;ration bord&#233;s par des balustrades tr&#232;s basses... Tu vois, l'id&#233;e ce serait &#231;a : &#224; mesure qu'on entre dans le hall, c'est dans la biblioth&#232;que de Borges qu'on p&#233;n&#232;tre : Vingt longues &#233;tag&#232;res, &#224; raison de cinq par c&#244;t&#233;, couvrent tous les murs moins deux ; leur hauteur, qui est celle des &#233;tages eux-m&#234;mes, ne d&#233;passe gu&#232;re la taille d'un biblioth&#233;caire normalement constitu&#233;. &#192; proximit&#233; passe l'escalier en colima&#231;on, qui s'ab&#238;me et s'&#233;l&#232;ve &#224; perte de vue... Et dans la nuit, les mots et les lettres de tous les livres qui viendraient flotter dans l'air... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Matin des livres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la grande salle du bas, a commenc&#233; le Bip r&#233;gulier du lecteur optique des emprunts de livre : les gens entrent et sortent, et c'est le coin presse qui s'est rempli le plus vite. Cinq fauteuils sont d&#233;j&#224; occup&#233;s sur les onze (quatre rouges, sept noirs). On donne sa carte pour lire France-Football, mais pour l'&#201;quipe, ou l'interview de Vanessa Paradis, il suffit de s'asseoir et de prendre. Les visages sont derri&#232;re les journaux ouverts. Si on pr&#233;f&#232;re s'isoler, il y a, comme un comptoir de bar, un am&#233;nagement de bois tout contre la paroi de verre. Les revues techniques (sur les voitures surtout) sont les plus sollicit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les biblioth&#233;caires de service ne me reconnaissent pas, tant mieux (il en passe ici, des auteurs en chair et en os, pour les d&#233;bats au sous-sol ou les rencontres et ateliers). &#192; cette heure suivant l'ouverture, ils n'ont pas encore besoin d'&#234;tre nombreux : un homme et deux femmes rangent des livres, remettent en ordre les tables et rayons. Important, les tables : on le voit bien &#224; ceux qui entrent, les pr&#233;sentoirs, c'est l&#224; qu'on regarde d'abord. On saisit le livre, on l'ouvre, on regarde l'arri&#232;re et la couverture, on lit au hasard. Et puis on le remet, pour aller chercher ce qu'on avait d&#233;cid&#233; de venir prendre. Voyant le biblioth&#233;caire replacer les livres, l'un au centre et l'autre sur le c&#244;t&#233;, on comprend que ce geste induit, se saisir d'un livre et le feuilleter, est plus qu'une surprise provoqu&#233;e, un dialogue organis&#233; : une proposition faite d'&#234;tre curieux, de savoir que cela existe, et d'essayer si on veut. Et le go&#251;t tr&#232;s subjectif, clairement affich&#233;, de chacun de ceux de l'&#233;quipe d'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bouleversement discret, que bien peu doivent remarquer : &#224; Bobigny, la biblioth&#232;que m&#234;le sur les m&#234;mes rayons po&#233;sie, roman et th&#233;&#226;tre : c'est sur les m&#234;mes &#233;tag&#232;res, sans distinction, qu'on tombe sur Baudelaire ou Lovecraft, et que Rabelais vient avec Racine pr&#232;s de Rilke avant S&#233;r&#233;na. Quand tout est s&#233;par&#233; par genre, comme ailleurs, o&#249; met-on Cap au pire, de Beckett ? Entre chaque rayonnage, tout au bout, un fauteuil. On est seul, prot&#233;g&#233; par les livres. Un homme jeune &#224; cravate, dans les lettres P / Q / R des rayons romans et po&#233;sie, est enfonc&#233; dans un gros livre. Il sourit si on le d&#233;range, mais se s&#233;pare &#224; nouveau aussit&#244;t de l'ext&#233;rieur : plonger dans un livre, c'est peut-&#234;tre ce mouvement de t&#234;te, et nous ne nous parlerons pas. Tout au bout, devant l'issue de secours marqu&#233;e porte sous alarme, encore des fauteuils, on est rayon sciences. Sur l'&#233;tag&#232;re du haut, neuf livres au-dessus de l'&#233;tiquette &lt;i&gt;m&#233;t&#233;orologie&lt;/i&gt;, et onze livres sur la droite au-dessus de l'&#233;tiquette &lt;i&gt;climatologie&lt;/i&gt;. Une biblioth&#232;que c'est aussi cela : anticiper et attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ce matin-l&#224; ne viendra emprunter de livre au rayon &lt;i&gt;m&#233;t&#233;orologie&lt;/i&gt;, mais les neuf livres sont l&#224; sous les armes : le droit d'entrer dans un domaine qu'on ne conna&#238;t pas, et la possibilit&#233; de s'y rep&#233;rer, faire un tour d'horizon et monter les premi&#232;res marches d'escalier pour un panorama s&#251;r (d'arch&#233;ologie &#224; zoologie, en passant par l'urbanisme ou l'art de faire son jardin). Mais cela dans chacun des multiples domaines de l'esprit d'un lecteur non identifi&#233; d'avance : les deux silhouettes qu'on aper&#231;oit, livres en main, reclassent dans la sous-section ville du rayon urbanisme :&lt;i&gt; Esth&#233;tique de la ville&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La fabrique des villes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La ville &#224; venir&lt;/i&gt;, avant &lt;i&gt;Et vive la ville&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je repasse par la presse : le grand gar&#231;on maigre est toujours pench&#233; dans son gros livre, et, pr&#232;s du lecteur de l'&#201;quipe disparaissant derri&#232;re son journal, l'autre qui attend a toujours les jambes crois&#233;es et le regard sur le ballet des gens, maintenant que le double Bip du lecteur optique des livres pr&#234;t&#233;s rythme, pour toute la journ&#233;e, avec plus d'insistance, le d&#233;roulement du temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Portrait de lecteur : Sophie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle sortait de la salle jeunesse : elle avait pourtant pass&#233; l'&#226;ge d'emprunter de ce c&#244;t&#233;-l&#224; ses livres. Elle avait pris trois romans, puis s'&#233;tait mise dans la rotonde (o&#249; il y a la machine &#224; caf&#233;), mais sans consommer, simplement sur une des tables rondes de m&#233;tal, dans le soleil d'hiver, et parcourait des pages au hasard des trois livres &#224; la fois. Pour venir &#224; elle, d'abord montr&#233; mon bloc-notes et j'ai dit que je faisais un travail sur la lecture : que lit-on et comment lit-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; longueur de journ&#233;e on entend ces bruits diff&#233;rents, alors moi je caract&#233;rise &#231;a par : le bruit. Je ne veux pas entendre tous ces bruits qu'il y a autour de moi, je pr&#233;f&#232;re partir, oublier. Quand je lis, j'invente mon histoire &#224; moi, sans qu'il y ait toutes ces villes, ces immeubles. Surtout, quand je lis, il y a beaucoup de calme autour de moi, alors je n'entends plus ce qu'il y a autour de moi, je suis dans le livre, consacr&#233;e au livre. Si on me parle : &#8212; Sophie, &#231;a va ?, je sursaute, parce qu'on m'a fait sortir du livre tout d'un coup, et je ne m'y attendais pas. &#199;a d&#233;pend des livres qu'on lit, il y a des livres qui ne vont pas vous faire r&#234;ver, vous faire partir dans d'autres mondes, et d'autres oui. Un monde invent&#233; et ailleurs, parce qu'on veut totalement changer d'endroit, qu'on veut s'&#233;vader, s'enfuir. C'est un peu comme &#231;a, moi, quand je lis un livre : changer de monde, oublier. Dans sa t&#234;te. Je pars, mais par mes propres pens&#233;es. Quand j'&#233;tais petite, je ne m'int&#233;ressais pas du tout &#224; la lecture. Ma m&#232;re m'achetait des tonnes de livres : &#8212; Il faut te cultiver ! - Mais oui maman, t'inqui&#232;te pas... Et c'est &#224; partir de l'&#226;ge de douze ans que mon cousin m'a incit&#233;e &#224; lire, et j'y ai pris go&#251;t. Lui, il avait beaucoup de livres chez lui, il me les pr&#234;tait, moi je les lisais pas, et quand il me disait : &#8212; Raconte moi l'histoire... Je ne savais rien du tout. Maintenant, quand je viens &#224; la biblioth&#232;que je choisis moi-m&#234;me mes livres, je regarde le titre, les r&#233;sum&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie habite au Chemin Vert, loin dans les &#233;tages. Et sous son lit, raconte-t-elle, elle a une grande valise o&#249; elle met tous les livres qui ont compt&#233; pour elle. Pas sur des &#233;tag&#232;res, l&#224; sous le lit, dans la valise, comme si c'&#233;tait &#8212; et &#231;a l'est sans doute &#8212; trop intime, la liste des livres qu'on a lus, que &#231;a relevait du m&#234;me secret que le sommeil et les r&#234;ves. Quand Sophie lit un livre, elle le mime, le joue en th&#233;&#226;tre devant sa glace :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mani&#232;re dont le personnage est dans le livre, je me vois un peu pareil, sauf que je modifie certaines choses. Quand je lis un passage o&#249; tel personnage fait telle chose, moi je fais le contraire, mais tout en lisant les m&#234;mes phrases. Je joue le personnage, je voudrais bien qu'ensuite le personnage il vienne dans mon monde, et qu'il dise telle chose. Quand je lis des phrases, qui sont comme des po&#233;sies, parfois je me mets debout, je danse sur ces phrases. Apr&#232;s, je me regarde et je me dis : &#8212; T'es folle ? Et quand ma m&#232;re entre dans la chambre : &#8212; &#199;a va, tu te sens bien ? - &#199;a va bien... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tou&#226;t - Zywiec : du c&#244;t&#233; des dictionnaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'escalier emm&#232;ne &#224; la salle dite salle d'&#233;tudes, en fait le premier &#233;tage. Le bureau de la biblioth&#233;caire est en plein milieu des tables, et ils ne se privent pas, ceux qui sont assis, de se lever pour aller lui demander : quoi ? La place d'un livre, comment marche la photocopieuse juste &#224; c&#244;t&#233;, ou bien directement si telle phrase, qu'on leur demande d'&#233;crire, s'&#233;crit comme &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici on a vue sur les arbres, et parce que le soleil est d&#233;cid&#233;, maintenant, on a ouvert la fen&#234;tre. Je m'assieds. &#192; la table d'&#224; c&#244;t&#233;, trois filles. L'une dicte, en pull de laine, l'autre recopie, la peau nue de son bras contre le pull de l'autre. Et les cheveux de celle d'en face, retenus derri&#232;re l'oreille, penchent librement sur la table quand elle se penche sur l'exercice de chimie : &#171; Masse de la quantit&#233; de moles d'une solution c'est petit m &#233;gale v sur n ? &#8212; Il y a un pi&#232;ge l&#224;-dedans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les trois, c'est les encyclop&#233;dies : quatorze (facile de compter, pour l'harmonie des reliures), dont le Larousse en quinze volumes, de A - Asperge &#224; Tou&#226;t - Zywiec. Et derri&#232;re moi, les dictionnaires g&#233;n&#233;raux (dans la stalle voisine, les dictionnaires d'art et de musique prennent &#224; peine moins de place) : j'en compte deux cent deux, dont le Robert en neuf volumes et un Littr&#233; en quatre tomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Concentration molaire param&#233;trique, il faut que tu convertisses ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cela d'&#233;tranges aux dictionnaires qu'ils m'ont toujours sembl&#233; des objets vivants et presque dangereux. Capables de se rebeller ou de vous tromper, parce qu'un mot porterait avec lui, dans sa sonorit&#233; ou sa mani&#232;re, un peu r&#233;ellement de ce qu'il nomme, et qu'eux, les dictionnaires, les ram&#232;nent &#224; leur stricte nature de lettres, &#224; leur apparition dans l'histoire de la langue et le chemin qu'ils y ont fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour travailler avec un dictionnaire il faut avec lui &#234;tre en amiti&#233;, comme seulement un ami sait respecter ce qui n'appartient qu'&#224; vous-m&#234;me. Littr&#233; a collect&#233; soigneusement, de la naissance de la langue &#224; son apog&#233;e romantique, Chateaubriand &#233;tant l'auteur le plus moderne qu'il cite, toutes les occurrences de l'histoire d'un mot. Ici, Le Littr&#233; de la biblioth&#232;que, dans sa tache de soleil, c'&#233;tait l'&#233;vidence d'un lien global et physique entre les mots du dictionnaire, et les mots de tant de livres autour. Peut-&#234;tre pour cela, qu'ici ils devaient se mettre &#224; deux cents tomes de dictionnaires ensemble. Et je n'avais jamais ouvert mon Littr&#233; personnel &#224; l'article qui m'est aussit&#244;t venu en t&#234;te, forc&#233;ment redondant (si le dictionnaire existe, qu'a-t-il besoin de se d&#233;finir lui-m&#234;me) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dictionnaire : recueil des mots d'une langue, des termes d'une science, d'un art, rang&#233;s par ordre alphab&#233;tique ou autre, avec leur signification. Un bon dictionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuilleter un dictionnaire. Ce travail m&#234;me qui nous est commun, ce dictionnaire qui de soi-m&#234;me semble une occupation si s&#232;che et si &#233;pineuse, nous y travaillons avec plaisir : tous les mots de la langue, toutes les syllabes nous paraissent pr&#233;cieuses, parce que nous les regardons comme autant d'instruments... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Littr&#233;, apr&#232;s cette citation de Racine en 1696, reprend une d&#233;finition de 1740 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne suffit pas qu'un dictionnaire contienne tous les mots d'une langue et leur explication ; il doit encore sur chaque mot en particulier en faire sentir les divers usages, d&#233;terminer s'il est du style soutenu ou du style familier ; si on l'emploie en l'&#233;crivant ou s'il n'est que de la conversation ; si les gens polis s'en servent ou s'il n'est que dans la bouche du peuple ; enfin il doit suppl&#233;er, autant qu'il est possible, &#224; tout ce qu'on ne pourrait acqu&#233;rir qu'avec beaucoup de peine par la lecture d'un grand nombre de livres... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honneur &#224; Littr&#233;, parmi la masse des d&#233;finitions possibles, d'avoir commenc&#233; par cette phrase de Racine, tous les mots de la langue associ&#233;s &#224; l'&#233;pith&#232;te pr&#233;cieuses, et honneur encore &#224; Littr&#233;, en citant l'Acad&#233;mie en 1740, d'avoir d&#233;j&#224; et d'avance soulign&#233; ce qui, aujourd'hui, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment se passe &#224; Bobigny, place Dashiell-Hamett : dans la bouche du peuple, c'est eux, tous les mots de la langue, qu'on autorise &#224; qui veut les prendre. Et cette lecture d'un grand nombre de livres, quitte au beaucoup de peine. Il y a le d&#233;fi de quelques si&#232;cles de notre histoire &#224; relever chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai regrett&#233; de ne pas &#234;tre riche, je souhaite de ne pas regretter de ne pas &#234;tre riche... &#187; Le chuchotis des trois filles de la table d'&#224; c&#244;t&#233; est pass&#233; &#224; l'exercice d'anglais : traduire et mettre au futur et au pass&#233;, apr&#232;s la premi&#232;re en voil&#224; une autre : &#171; Je voudrais qu'il m'aime, j'ai voulu qu'il m'aime, je veux qu'il m'aime... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'ai pris un livre sur l'&#233;tag&#232;re d'en haut et je suis all&#233; m'asseoir au centre de la salle. De quel droit j'aurais continu&#233;, dans mon bloc-notes, &#224; recopier cela qui ne les concernait qu'elles trois ? Une &#233;tudiante, &#224; une grande table qu'elle a mobilis&#233;e pour elle seule. Huit livres sur une pile in&#233;gale au coin droit en avant du rectangle, cinq dictionnaires (&#231;a en fait donc deux cent sept pour les rayons) au coin droit de son c&#244;t&#233;, une petite pile de trois au coin gauche de son c&#244;t&#233;, et trois grands formats coin gauche en avant : et encore un livre ouvert devant elle, qui n'en regarde aucun, perdue dans une grande copie double qu'elle noircit progressivement. Comme si, pour travailler, il lui fallait cet atlas r&#233;invent&#233;, une biblioth&#232;que en miniature qui la prot&#232;ge encore mieux des autres. En tout cas, si la biblioth&#233;caire de service, qui parfois va dire &#224; un groupe de baisser un peu le volume du son collectif (tous ne chuchotent pas comme les trois filles), pense que ce sera bien du travail de remettre en place tout ce que celle-ci a sorti, personne ne viendra sortir l'&#233;tudiante sage de sa concentration, le dos pench&#233;, la veste et le sac sur le dossier de la chaise, et les lunettes au-dessus du d&#233;ferlement des mots.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le guide de nulle part et d'ailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le livre que j'ai devant moi, son titre int&#233;gral s'&#233;crit : &lt;i&gt;Guide de nulle part et d'ailleurs, &#224; l'usage du voyageur intr&#233;pide en maints lieux imaginaires de la litt&#233;rature universelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai pris, parce que je sais qu'il n'est plus dans le commerce, depuis au moins dix ans, et que plusieurs amis sont d'autant plus fiers de sa possession qu'elle est forc&#233;ment devenue rare. Je n'ai jamais pu acqu&#233;rir, chez les bouquinistes et marchands d'occasion, le Guide de nulle part et d'ailleurs (oui, il existe pour de vrai, l&#224;-haut dans la salle d'&#233;tudes, rayon guides litt&#233;raires) pour ma propre biblioth&#232;que, et c'est une autre raison &#233;vidente de venir ici : une biblioth&#232;que offre l'acc&#232;s &#224; ce dont on ne peut disposer soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature, c'est aussi ces d&#233;marches singuli&#232;res o&#249; un individu s'est risqu&#233;, a mis quelquefois toute sa vie (comme Littr&#233; son dictionnaire), et qu'un livre introuvable incarne presque comme une l&#233;gende. Voil&#224; le pays des &lt;i&gt;HOUYHNHMS&lt;/i&gt;, que Swift a invent&#233; pour y promener Gulliver, l&#224; o&#249; la perfection de la nature est telle que les lettres sont toutes en d&#233;sordre. Et voil&#224; &lt;i&gt;Pellucidar&lt;/i&gt;, continent souterrain situ&#233; &#224; huit cents kilom&#232;tres sous la surface de la terre, invent&#233; par Edgar Rice Burroughs (Tarzan, s'il vous en souvient ?), son Pellucidar o&#249;, de 1922 &#224; 1963, il a situ&#233; le r&#233;cit de neuf livres. Rabelais y est aussi, et la ville qu'ignorait Littr&#233;, Dictionopolis, o&#249; on trouve tous les mots qui manquent. Il y a m&#234;me les cartes (celle par exemple du &lt;i&gt;Magicien d'Oz&lt;/i&gt;), et les utopies de tous &#226;ges. Je reviendrai &#224; Bobigny, rien que pour reprendre une heure le &lt;i&gt;Guide de nulle part et d'ailleurs&lt;/i&gt; : et si, dans un chapitre rajout&#233;, on y d&#233;crivait Bobigny elle-m&#234;me, avec les tunnels et les immeubles, et le grand b&#226;timent vitr&#233; des livres, est-ce que la ville para&#238;trait plus r&#233;elle que les inventions de Swift ou Rice Burroughs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est si formidable dans ces tr&#232;s rares ouvrages, c'est qu'eux-m&#234;mes se retirent devant les autres livres. On n'a pas forc&#233;ment l'id&#233;e d'aller relire Gulliver, on l'abandonne &#224; ses g&#233;ants, ou aux nains de Lilliput, et on oublie les &lt;i&gt;HOUYHNHMS&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des livres qui s'ouvrent tout seuls sur le prochain livre &#224; lire, un livre qui vous serait, &#224; vous-m&#234;me, personnellement destin&#233;. Comme &lt;i&gt;Le livre &#224; venir&lt;/i&gt;, de Maurice Blanchot, vous enverra vers &lt;i&gt;La mort de Virgile&lt;/i&gt; d'Hermann Broch et le &lt;i&gt;Jeu des Perles de verre&lt;/i&gt; de Hermann Hesse ou, juste par une petite note c&#233;l&#232;bre, dans&lt;i&gt; Au-dessous du Volcan&lt;/i&gt; de Malcolm Lowry (quelle meilleure publicit&#233; pour un livre qu'&#233;crire : quelques rares initi&#233;s savent...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou comme &lt;i&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/i&gt;, de Julien Gracq, emm&#232;ne dans Balzac m&#233;connu (B&#233;atrix), ou dans les plus singuli&#232;res histoires d'Edgar Poe traduit par Baudelaire (&lt;i&gt;Dans le Maelstr&#246;m&lt;/i&gt;) : le monde des livres est si grand, qu'on remercie ceux qui nous remettent ainsi le fil par quoi on remonte un par un les couloirs. Peut-&#234;tre que ces livres-parcours, &#224; rencontrer dans ces moments cl&#233; de nous-m&#234;mes, restent ensuite &#224; jamais les plus pr&#233;cieux de notre biblioth&#232;que personnelle. Quand on visite une biblioth&#232;que, qu'elle soit publique ou d'amis, c'est &#224; cela qu'on la teste : si ils sont l&#224;, vos livres pr&#233;f&#233;r&#233;s. &#192; Bobigny, ils y sont, et &lt;i&gt;Lettres &#224; un jeune po&#232;te&lt;/i&gt;, de Rilke, et &lt;i&gt;Le proph&#232;te&lt;/i&gt; de Khalil Gibran et encore et encore...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Portrait de lecteur : Ihsen&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle d'&#233;tudes, elle venait de ramener ses livres sur le chariot jaune, et maintenant s'&#233;tait assise pr&#232;s de moi (mais sans me regarder), pour passer en revue des photos d'un autre guide, celui des chanteurs et musiciens. On a commenc&#233; la conversation comme &#231;a, &#224; voix basse, et voil&#224; ce qu'Ihsen, qui habite en face la pr&#233;fecture, &#224; Pablo Picasso, son balcon donnant sur la ville, m'a dit de la lecture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a des livres que j'ai pris ici &#224; la biblioth&#232;que, et je ne voulais pas lire la fin parce que je voulais toujours garder le m&#234;me livre, &#231;a fait que chaque fois je retardais la fin du livre. Je peux tr&#232;s bien commencer un livre, et puis le lendemain j'en prends un autre. Il y a des livres que je commence &#224; lire, mais comme ils ne me plaisent pas, que je ne rentre pas &#224; l'int&#233;rieur, je les mets de c&#244;t&#233;. Quand je lis un livre, moi &#231;a me fait comme dans un film dans ma t&#234;te. Et quand j'arr&#234;te, c'est comme la page de publicit&#233;. Dans la t&#234;te je le vis vraiment, je suis carr&#233;ment l'h&#233;ro&#239;ne du livre. Apr&#232;s, j'agis comme aurait fait l'h&#233;ro&#239;ne du livre, enfin &#231;a marche pas tout le temps. D'un c&#244;t&#233;, il faut qu'il me ressemble un peu, le h&#233;ros ou le livre. Quand je lis des livres qui parlent du Moyen &#194;ge ou des femmes avec leurs vieilles robes, toujours leur chapeau sur la t&#234;te c'est vrai que j'ai du mal &#224; faire le rapport avec maintenant. Mais il y a des livres qui sont de maintenant, qui se lisent un peu plus facilement. Parce que moi et l'imaginaire &#231;a fait deux, je suis pas tr&#232;s bonne pour imaginer un monde, comme &#231;a, ou bien une plan&#232;te myst&#233;rieuse. J'aime bien les films quand ils racontent la vie r&#233;elle, je pense que c'est pareil pour les romans. Si &#231;a existait vraiment dans la vraie vie ce serait bien, mais c'est pas oblig&#233; que ce soit des trucs impossibles &#224; r&#233;aliser. J'aime bien d&#233;couvrir de nouvelles choses, mais une bonne histoire c'est une histoire que je comprends. Dans mon livre, si c'&#233;tait le mien, je raconterais tout ce que j'aime, je d&#233;crirais mes amis, je mettrais toutes les habitudes que j'ai chez moi, au coll&#232;ge, au karat&#233;... &#231;a ferait journal intime, un peu. Un livre qui me passionnerait, un livre que j'aurai envie de garder toute ma vie, c'est un livre qui parle d'imaginaire, mais pas de choses trop fantaisistes. Le futur normal, &#231;a j'aime bien. &#199;a pourrait &#234;tre un roman d'une ville future, mais d'une ville future qui reste r&#233;aliste : des b&#226;timents qui voleraient, &#231;a ne me passionne pas tellement. Comment trouver des livres qui parlent d'un vrai futur, un futur qui pourrait exister ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ihsen s'est lev&#233;e puis est partie. C'est moi qui ai remis sur le rayon le guide des chanteurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Suite de l'&#233;trange monologue de Bruno L..., biblioth&#233;caire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le grand hall d'entr&#233;e, depuis la mezzanine de l'&#233;tage, sont tendus des fils presque invisibles. Le biblioth&#233;caire &#224; la petite queue de cheval est au balcon, et accroche aux c&#226;bles ses minces banderoles transparentes, o&#249; des mots se d&#233;tachent. Quand je sors de la salle d'&#233;tudes pour revenir au grand hall, il est l&#224; pench&#233; sur le vide, et parle &#224; l'homme de l'accueil, celui qui, au comptoir en face la porte d'entr&#233;e, veille sur les commandes &#233;lectriques de l'allumage centralis&#233;, de la surveillance par moniteurs vid&#233;o (que personne ne regarde) et assure le rapatriement des livres rendus. L'homme de l'accueil r&#233;pond &#224; celui qui parle (Bruno L.) : &#171; Un bon biblioth&#233;caire, c'est un biblioth&#233;caire qui ne parle pas trop... &#187;, mais il en faudrait plus pour interrompre le grand brun &#224; la petite tresse, continuant de suspendre ses banderoles transparentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le grand art d'une biblioth&#232;que c'est que, ces livres, rien ne vous les impose : chacun suit son fil, &#224; son rythme quand bien m&#234;me certaines rencontres on peut les penser obligatoires. Borges lui-m&#234;me, toute sa vie ou une grande part de sa vie a &#233;t&#233; biblioth&#233;caire, l&#224;-bas en Argentine, un biblioth&#233;caire prix Nobel et cette Biblioth&#232;quede Babel qui l'a rendu c&#233;l&#232;bre, c'est justement l'invention d'une biblioth&#232;que, mais celle qui n'existera jamais... Non pas tous les mots de la langue (encore qu'on les retrouve aussi), mais affirmant que la Biblioth&#232;que est totale, et que ses &#233;tag&#232;res consignent toutes les combinaisons possibles des vingt et quelques symboles orthographiques (nombre, quoique tr&#232;s vaste, non infini), c'est-&#224;-dire toute ce qu'il est possible d'exprimer, dans toutes les langues, tout... Et donc y compris, ce que Borges invente aussi, les livres perdus de Tacite ou d'Eschyle, et des milliers de catalogues, et les livres confus n&#233;s des combinaisons quelconques de tous caract&#232;res, comme, je cite Borges : d&lt;i&gt;hcmrlchtdj r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'infini sur tout un livre&lt;/i&gt; (Borges pr&#233;cise : &lt;i&gt;chaque &#233;tag&#232;re a trente-deux livres, tous de m&#234;me format ; chaque livre a quatre cent dix pages ; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre-vingts caract&#232;res noirs&lt;/i&gt;), et puis un autre livre r&#233;p&#233;tant (puisque toutes ces combinaisons math&#233;matiquement existes) &lt;i&gt;les seules lettres M C V&lt;/i&gt; dans cet ordre, et contenant &#224; son avant-derni&#232;re page, pur labyrinthe de lettres, la phrase parfaite &lt;i&gt;&#212; temps tes pyramides&lt;/i&gt;, livre devenu une curiosit&#233; de la biblioth&#232;que infinie de Babel, et les recherches qui n'en finissent pas dans les &#233;tages et les galeries pour mettre la main sur tel livre connu dont, forc&#233;ment, il sera la r&#233;plique exacte (mais introuvable dans la masse, malgr&#233; leurs recherches), Don Quichotte &#224; la lettre pr&#232;s, la langue m&#234;me des biblioth&#233;caires, au cours de ses milliers d'ann&#233;es d'existence, changeant et se transformant, et le b&#226;timent, quatre-vingt dix &#233;tages plus haut disposant, dit Borges, de d&#233;chiffreurs ambulants... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Duras et Massin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand c'est midi, biblioth&#232;que de Bobigny, il y a une dr&#244;le de sonnerie d'a&#233;roport, demandant qu'on vide les salles et qu'on laisse les livres. Ceux qui sont encore dans les rayons convergent vers la banque de pr&#234;t, les filles qui font leurs devoirs rangent les papiers et calculatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu la salle marqu&#233;e administration &#8212; entr&#233;e r&#233;serv&#233;e au service et je suis entr&#233; quand m&#234;me. Apr&#232;s tout, j'ai moi-m&#234;me des livres en rayon, qui passent l&#224; toute l'ann&#233;e. Et puis il n'y avait personne. Dans la grande pi&#232;ce, les livres neufs empil&#233;s par genre, avec les &#233;tiquettes &#224; code barre toutes pr&#234;tes, et l'appareillage magn&#233;tique qu'on fixe dans le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assis. C'&#233;tait la table, d&#233;sert&#233;e ce samedi, o&#249; on plastifie les nouveaux arriv&#233;s. Une bouteille d'eau min&#233;rale sur la table et un poste radio, la photo encadr&#233;e de deux enfants. Et un grand rouleau de papier transparent un peu rigide, des ciseaux. J'ai compl&#233;t&#233; mes notes, et j'ai entendu des portes se refermer. Personne n'est entr&#233;. De la pi&#232;ce, je suis pass&#233; &#224; la suivante (photocopieuse) et &#224; la suite de bureaux, certains &#224; l'odeur plus accentu&#233;e de cigarette refroidie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un tableau de m&#233;tal blanc, avec au feutre des inscriptions de service, sur le rebord d'aluminium o&#249; on met le chiffon, une photo plastifi&#233;e de Marguerite Duras, d&#233;coup&#233;e dans un quotidien annon&#231;ant son d&#233;c&#232;s. Il y a huit mois de &#231;a, et la photo est toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis l&#224;, maintenu au m&#233;tal blanc par un petit aimant rouge, une feuille manuscrite, et l'inscription au feutre &#224; c&#244;t&#233; avec une fl&#232;che : &#171; Trouv&#233; dans le Massin. &#187; Le &#171; Massin &#187;, tout le monde le conna&#238;t : cet homme-l&#224; a rassembl&#233; dans un grand livre toute l'histoire de nos lettres et leurs formes et arrangements. Un livre (assemblage de lettres) uniquement sur les lettres : cela s'appelle &lt;i&gt;La lettre et l'image, cote 745 - 6 MAS&lt;/i&gt;. Et, dedans, un lecteur avait laiss&#233; une feuille, celle-ci : d'un c&#244;t&#233;, un plein noircissement de calligraphies d'apr&#232;s les &#233;tranget&#233;s reproduites dans le livre. C'est l'autre face qui &#233;tait &#233;trange (et encore plus, de ce que je la trouvais dans le bureau vide, o&#249; je n'aurais pas d&#251; &#234;tre, la biblioth&#232;que ferm&#233;e). Le lecteur avait &#233;crit, en majuscules :&lt;i&gt; DANS UN HOMM&lt;/i&gt;. Et cela s'&#233;tait arr&#234;t&#233; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains livres sont comme &#231;a, ils vous mettent &#224; l'endroit o&#249; &#233;crire commence, dans une exacte continuit&#233;. Et, sur ces &#234;tres &#233;tranges que sont les lettres, la phrase venue &#224; celui-ci fut : dans un homme. Et un ou une des biblioth&#233;caires avait enlev&#233; la feuille manuscrite, et mise l&#224;, comme indication d'un myst&#232;re qui les concernait, eux, ceux des bureaux, parce que sans doute on n'embrasse pas au hasard le m&#233;tier de biblioth&#233;caire, qu'il faut peut-&#234;tre des ann&#233;es &#224; chacun pour s'en rendre compte, mais que cette continuit&#233; d'avec les livres est un processus mental tr&#232;s myst&#233;rieux et profond. Tout se passe, dit Massin, comme si les utilisateurs de l'alphabet latin s'effor&#231;aient de retourner instinctivement aux enfances de l'&#233;criture et de red&#233;couvrir, enfouis sous les s&#233;diments laiss&#233;s par des mill&#233;naires de civilisation, les mots-images, les dessins parlants, les signes choses, les &#171; paroles peintes &#187; des &#233;critures premi&#232;res, et voil&#224; que son livre &#224; nouveau les suscite. Qui collectionnera un jour, syst&#233;matiquement, les feuilles manuscrites trouv&#233;es dans les livres de biblioth&#232;ques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, parce que les biblioth&#233;caires revenaient, je suis entr&#233; dans le fonds de ressource marqu&#233; au-dessus de la porte Livre au tr&#233;sor, encore une sp&#233;cialit&#233; de Bobigny : dans une salle m&#234;me pas r&#233;serv&#233;e aux professionnels (mais c'est souvent ceux-l&#224; qu'on y trouve), pas seulement un fonds complet de livres pour la jeunesse, mais, pays par pays, les annuaires, bibliographies, les catalogues d'exposition et livres de critique et d'analyse. Venir ici, c'est entrer dans la soute aux machines d'un cargo des plus pr&#233;cieux de la litt&#233;rature aujourd'hui, quand &#233;crire pour ceux qui se forment et d&#233;couvrent, les moins de quinze ans, induit &#224; une autre notion de responsabilit&#233;. Qu'est-ce que c'est, pour un auteur, de se d&#233;couvrir en analyse de papier, et tout le meilleur de sa vie rassembl&#233; l&#224; en vingt-cinq centim&#232;tres d'&#233;tag&#232;res ? Moi je n'aime pas trop. Je vais rarement regarder &#224; ma propre place alphab&#233;tique le sort qu'on me r&#233;serve : et quand je viens parler en biblioth&#232;que, je pr&#233;f&#232;re vraiment parler de Rabelais ou de Franz Kafka. Ici, au pays des livres, quand on est soi-m&#234;me auteur, le plaisir c'est de voir honorer en grand ce qu'on met pour soi de plus pr&#233;cieux, les livres qui comptent. Et je crois qu'ils le savent, ceux qu'on rencontre en biblioth&#232;que : un auteur &#231;a n'a pas sa photo dans les guides comme les chanteurs ou les acteurs de cin&#233;ma. Ce qu'on assemble et qu'on soude, les mots, c'est la mati&#232;re &#224; tous commune d&#232;s lors qu'on parle ou m&#234;me qu'on se fait signe : le langage a ce minimum qui lui est sp&#233;cifique, et c'est pour longtemps encore son immense r&#233;serve et sa force. Quand, auteur, on vient parler en biblioth&#232;que, ceux qu'on rencontre vous consid&#232;rent d'embl&#233;e comme leur &#233;gal dans la curiosit&#233; des livres et la n&#233;cessit&#233;, pour soi-m&#234;me, de s'expliquer par la langue, et c'est tr&#232;s bien comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Visite (presque) guid&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, de l'autre c&#244;t&#233; des hauts rayons du&lt;i&gt; Livre au tr&#233;sor&lt;/i&gt;, c'est une vraie rumeur qui arrive, le public du samedi apr&#232;s-midi a investi d'un coup les salles (juste avant l'heure, et que l'homme de l'accueil vienne d&#233;bloquer la porte, ils sont de l'autre c&#244;t&#233; des verri&#232;res, assis sur les murets, ou debout contre les arbres, plus d'une dizaine &#224; attendre). De la mezzanine, le bruit remonte sous la verri&#232;re comme s'il tra&#238;nait dans l'air une boule fixe de mots, et maintenant qu'ils sont l&#224; par dizaines, entrant et sortant, assis aux tables de la rotonde, et cinq gamins serr&#233;s devant un &#233;cran allum&#233; d'ordinateur avec CD-ROM interactif du po&#232;te &#201;luard (se partageant la souris pour s'y promener, deux assis, deux debout, et le cinqui&#232;me sur un bras du fauteuil), les mots sont une masse sourde et vivante, on s'imagine qu'ils restent l&#224; en l'air longtemps apr&#232;s avoir &#233;t&#233; prononc&#233;s, et que, si on tend le bras, depuis le balcon, dans cette boule sonore, on les ram&#232;ne encore audibles et vivants, sans plus savoir pourtant qui les aurait dites, qui est parti maintenant : &#171; Depuis que je fais du v&#233;lo, &#231;a me donne envie d'&#233;crire &#187;, et je recopie. &#171; Des livres sur la succession, vous auriez &#231;a o&#249; &#187;, et je recopie. &#171; Des moments de la vie o&#249; on a plus besoin des livres &#187;, et je recopie, ou bien &#171; Comment elle s'appelle, la chanson, tu te rappelles ? &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dame &#226;g&#233;e &#224; cabas noir et blanc entre, et sort d'un pochon de plastique son livre remprunt&#233; (&lt;i&gt;Un Capitaine de quinze ans&lt;/i&gt;, de Jules Verne), puis s'en va dans la salle de pr&#234;t (je la reverrai tout &#224; l'heure avec un gros livre sur une femme politique &#8212; comme on dit homme politique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite fille qui traverse en courant, de la salle adulte o&#249; sont entr&#233;s ses parents, &#224; la salle enfance o&#249; elle va seule. Beaucoup sont seuls, ici, partis dans les coussins avec leur pile d'albums : et m&#234;me si les parents en profitent pour faire les courses, est-ce que ce n'est pas mieux d'&#234;tre derri&#232;re les images que sur un caddie ? C'est le m&#234;me Bruno L. qui casse en deux sa silhouette pour emmener une petite, mais toute petite fille, vers le livre qu'elle demande : apparemment, le rayon sur les dinosaures. Quand on vient en semaine, ce n'est pas rare de d&#233;couvrir un biblioth&#233;caire assis par terre au milieu d'une classe, et les emmenant dans une histoire. Et le mot histoire lui-m&#234;me est une porte magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une adolescente avec &#224; la ceinture un porte-cl&#233;s en forme de coeur transparent rempli de liquide rouge &#224; paillettes, qui d&#233;pose sur la banque de pr&#234;t trois romans de science-fiction &#224; couverture argent brillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis une jeune dame &#224; lunettes de plastique blanc, rouge &#224; l&#232;vres et boucles d'oreilles, sort avec Un go&#251;t de cendres, d'&#201;lisabeth George (moi je ne connais pas), un livre d'au moins six cents pages &#224; couverture color&#233;e comme elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande fille noire de vingt-cinq ans, en jupe tr&#232;s courte sur collant satin&#233; et chaussures rouges brillantes &#224; rallonge, traverse le hall d'entr&#233;e et va tout de suite &#224; l'ordinateur de recherche, frappe avec assurance une suite de touches. Elle n'a pas trop de son long bras pour rejoindre le clavier, sac en bandouli&#232;re &#224; l'&#233;paule, rejet&#233; sur le dos. L'&#233;cran, en rouge et vert, affiche son renseignement et elle s'&#233;loigne. Je viens voir (c'est indiscret, mais elle n'a pas appuy&#233; d'elle-m&#234;me sur la touche fin qui aurait r&#233;affich&#233; l'&#233;cran initial). Renseignements : &lt;i&gt;Nom. Morphine. Interp. Titre. Yes. Editeur . Rykoduc, 199. Mati&#232;re. Rock. Doc. Son. Descript. 1 CD. Paroles jointes&lt;/i&gt;. Et en rouge :&lt;i&gt; les biblioth&#232;ques de Bobigny ne poss&#232;dent pas cette &#233;dition de cet ouvrage&lt;/i&gt;. C'est pour &#231;a qu'elle est partie dans les rayons si d&#233;daigneusement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, un homme de bonne quarantaine, qui garde son manteau et son &#233;charpe, cartable &#224; la main droite (qui passera dans la main gauche pour la consultation), attend derri&#232;re moi que l'&#233;cran de recherche soit libre. Et apr&#232;s lui, deux filles de vingt ans (je ne saurai pas ce que cherchait l'homme au cartable, mais, elles, je peux regarder en m&#234;me temps qu'elle, le nez dans mon bloc-notes pour me donner contenance : elles ne peuvent pas supposer que c'est ce qu'elles voient, que je recopie). Elles ont entr&#233; l'expression ce soir, et la machine, en vert, rouge et bleu, affiche dans la seconde seize titres commen&#231;ant par ce soir, et qui sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce soir &#224; la patinoire&lt;br/&gt;
Ce soir deux cirques dans votre ville&lt;br/&gt;
Ce soir dorment les lions&lt;br/&gt;
Ce soir on improvise (celle-l&#224;, je la connais, la fantastique pi&#232;ce de Pirandello)&lt;br/&gt;
Ce soir ou dans sept ans&lt;br/&gt;
Ce soir apr&#232;s la guerre&lt;br/&gt;
Ce soir il fera jour&lt;br/&gt;
Ce soir je ne viendrai pas, ou l'ailleurs impossible, science-fiction&lt;br/&gt;
Ce soir je passe &#224; la t&#233;l&#233;&lt;br/&gt;
Ce soir les souris sont bleues&lt;br/&gt;
Ce soir on sort&lt;br/&gt;
Ce soir, Tania...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste se d&#233;roulant entre &lt;i&gt;Ce si&#232;cle appelle au secours&lt;/i&gt; (Gilbert Cesbron) et &lt;i&gt;Ce sont amis que le vent emporte&lt;/i&gt;. Les filles ont cliqu&#233; sur &lt;i&gt;Ce soir il fera jour&lt;/i&gt; (Gilbert Bordes) et les voil&#224; parties. Une silencieuse de quatorze ans ou moins, avec un crayon et un papier, prend leur place et entre successivement maison de redressement, puis violence et encore violence sexuelle, puis, sans s'arr&#234;ter &#224; un livre, drogue, recopiant finalement les coordonn&#233;es g&#233;ographiques, ici de Cote 618 &#8212; Bayard Presse : &lt;i&gt;La Drogue, disponible&lt;/i&gt;, et repartant tout aussi silencieusement, droit devant elle. Est-ce pour un expos&#233; &#224; l'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Portrait de lecteur : l'inconnue avec le Nerval&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'a surpris de celle que je nommerai l'inconnue avec le Nerval, c'est que le monsieur devant elle, ses livres pass&#233;s au Bip de la banque d'emprunt, &#233;tait parti et c'&#233;tait maintenant son tour, mais elle restait l&#224; sans avancer, debout, son livre ouvert. Et qu'elle en est sortie brutalement comme d'un r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait &#224; la main &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt; de Nerval. Moi j'&#233;tais assis, et c'est comme &#231;a qu'on a parl&#233;, moi assis et elle debout, et c'est peut-&#234;tre seulement &#224; cause de ce d&#233;calage des hauteurs qu'en dire autant sans se conna&#238;tre fut possible (mais &#224; cela on ne pense qu'apr&#232;s) : &#171; Vous aimez bien Nerval ? &#187; Dans une biblioth&#232;que comme celle de Bobigny, m&#234;me si les biblioth&#233;caires sont souvent en pleine conversation avec un lecteur, chacun va son affaire en silence, les rayons et les pr&#233;dilections jamais les m&#234;mes et c'est bien comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aurait pu ne pas me r&#233;pondre, ou trouver &#231;a indiscret, mais donc elle &#233;tait debout, et moi assis, mon bloc-notes sur les genoux (je recopiais ces phrases de Borges sur la biblioth&#232;que infinie, maintenant suspendues &#224; la mezzanine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand m&#234;me, elle n'a pas r&#233;pondu tout de suite, alors j'ai pr&#233;cis&#233; : &#171; Parce que moi j'aime &#233;norm&#233;ment Nerval, je le relis si souvent. Et &#231;a ne doit pas &#234;tre si fr&#233;quent, quelqu'un qui emprunte &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a ouvert le livre emprunt&#233; &#224; la page de garde, et m'a montr&#233; l'&#233;tiquette cartonn&#233;e, avec les dates de retour tamponn&#233;es. &lt;i&gt;Aur&#233;lia&lt;/i&gt;, &#224; Bobigny, sort cinq fois l'an au moins, en promenade dans la ville, depuis quatre ans. Et l'amour des livres c'est aussi cela, que malgr&#233; les gens autour, qui passent et repassent, moi assis avec mon bloc-notes, le stylo referm&#233;, sous le seul nom de G&#233;rard de Nerval, cette confiance qui permettait cette conversation que nous avions, comme d'effleurer ce qui comptait, pour ne pas assez se conna&#238;tre, et pourtant, pourtant que ce soit cela, qu'on &#233;change : cela seul qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit aussi que de Bobigny c'&#233;tait tout pr&#232;s, le pays de G&#233;rard Labrunie, dit Nerval, qu'en vingt minutes de voitures on y &#233;tait, aux petites maisons derri&#232;re Chantilly o&#249; il avait eu son enfance, et o&#249; on reconna&#238;t tout des sc&#232;nes et paysages des Filles du Feu. Probablement, Nerval avait souvent d&#251; traverser, &#224; pied ou en diligence, les champs et marais qui, ici, avaient pr&#233;c&#233;d&#233; les immeubles. Mais elle ne connaissait pas les &lt;i&gt;Filles du Feu&lt;/i&gt;, j'ai racont&#233; le th&#232;me de &lt;i&gt;Sylvie&lt;/i&gt; et elle, l'inconnue au Nerval, a r&#233;pondu tr&#232;s simplement qu'elle le lirait ensuite. Mais Chantilly et les for&#234;ts de G&#233;rard, elle n'&#233;tait jamais all&#233;e par l&#224; : Bobigny est viss&#233;e &#224; la grande ville, on n'y regarde pas en arri&#232;re, o&#249; commence la vieille &#206;le-de-France. J'ai dit, tout aussi simplement : &#171; Mais vous pouvez commencer par Aur&#233;lia, c'est le plus beau livre sur le r&#234;ve... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a r&#233;pondu comme si je disais une b&#234;tise : &#171; Sur le r&#234;ve ? Mais l'amie qui m'a dit de lire Nerval m'a dit que c'&#233;tait un livre de &lt;i&gt;passion&lt;/i&gt;... &#187; Je lui ai cit&#233;, de m&#233;moire, la premi&#232;re phrase (bien s&#251;r, dans les dix d&#233;buts de livre qu'on retient par coeur il y a la premi&#232;re phrase d'Aur&#233;lia ) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le R&#234;ve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans fr&#233;mir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous s&#233;parent du monde invisible...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne m'int&#233;resse qu'&#224; la passion, r&#233;pondit l'inconnue au Nerval, alors je lis toujours des choses passionn&#233;es. On m'a parl&#233; de Nerval, alors j'ai pris Nerval. Chez moi j'ai beaucoup de livres, plus de livres que de v&#234;tements. Quand j'entre ici, je sais exactement ce que je veux. J'&#233;cris beaucoup de lettres, alors, quand je lis dans les livres, je trouve des mots et des expressions qui vont avec mes pens&#233;es, et je les prends dans ma lettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;pondu en parlant de la folie de G&#233;rard de Nerval, et qu'Aur&#233;lia, son livre ultime, &#233;tait unique dans notre litt&#233;rature aussi parce qu'il d&#233;crivait, par le r&#234;ve et les hallucinations, ce travail ravageur de la folie dans un homme et &#224; quoi il s'accroche, ses ultimes marches dans Paris et sa fuite dans les phrases. Et avec une telle exactitude que m&#234;me la biblioth&#232;que o&#249; nous &#233;tions semblait sortie droit des visions d'Aur&#233;lia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette nuit-l&#224;, je fis un r&#234;ve qui me confirma dans ma pens&#233;e. J'errais dans un vaste &#233;difice compos&#233; de plusieurs salles, dont les unes &#233;taient consacr&#233;es &#224; l'&#233;tude, d'autres &#224; la conversation ou aux discussions philosophiques...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est parce que la personne &#224; qui j'&#233;cris mes lettres, je voulais la garder comme ami, et lui, il veut me voir, il dit que c'est de l'amour. Moi je crois que c'est dans le choc des mots... J'aime &#233;crire des lettres, le soir, &#233;crire longtemps, le plus longtemps possible, quand on dirait que sur la page c'est vous tout entier... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'inconnue au Nerval alors s'est arr&#234;t&#233;e, comme d'en avoir trop dit, ou de se souvenir soudain que nous nous connaissions si peu. J'ai parl&#233; encore de Nerval, qui n'avait pas connu sa m&#232;re, morte pendant les campagnes napol&#233;oniennes, sauf par une image, une gravure ancienne dont on lui avait dit qu'elle ressemblait au visage de sa m&#232;re. Et que lui aussi, dans ses lettres, semble toujours &#224; la fois creuser le d&#233;sarroi o&#249; il est, s'expliquer avec duret&#233; sur lui-m&#234;me : et que na&#238;tre &#224; l'&#233;criture c'est forc&#233;ment aller &#224; cette fronti&#232;re, dans ce risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce que je suis dans la confusion des sentiments, dit l'inconnue au Nerval. C'est aussi le titre d'un livre, vous le connaissez ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle partit, avec son livre et son myst&#232;re. L&#224;-haut, dans les &#233;tage aux carr&#233;s jaunes dans le ciment gris, quelque part, quelqu'un &#233;crit une lettre &#224; un ami absent, et le livre ouvert devant elle, la r&#233;serve de mots, de passions et de r&#234;ves pour une explication qui ne concerne qu'elle seule. Et si je me donne le droit ici de voler ses paroles, c'est parce que le secret dont elle dispose est celui de tous, qu'elle montre un chemin o&#249; d'autres apr&#232;s elles se risqueront, un livre devant eux, trouv&#233; &#224; la biblioth&#232;que, gr&#226;ce auquel ici a commenc&#233; pour moi ce que j'appellerai l'&#233;panchement du songe dans la vie r&#233;elle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'elle se reconna&#238;tra et se souviendra de notre conversation, celle qui chez elle a plus de livres que de v&#234;tements, comme si on s'habillait de livres, et qu'il s'agissait de la m&#234;me protection ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Visite presque guid&#233;e (suite)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que fait l'&#226;ge, quand on parle des gens : parce qu'ici sont tous les &#226;ges et qu'on ne le remarque pas. On voit une silhouette, et au-dessus ou devant presque la silhouette deux yeux, un regard qui fait lien avec le livre qu'on cherche, les yeux tirant le corps &#224; la suite des livres, et ce regard lui est toujours jeune : bien myst&#233;rieuse la lecture, qui nous remet toujours &#224; l'&#226;ge des premi&#232;res magies, comme de courir toujours apr&#232;s sa premi&#232;re peur ou son premier &#233;merveillement, &#224; tel conte fantastique de Verne ou de Poe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux adolescentes que j'ai connues l'an dernier en atelier d'&#233;criture au coll&#232;ge. Comme elles ont grandi... On s'&#233;change les nouvelles, et puis je demande ce qu'elles font ici aujourd'hui. R&#233;ponse : recherche de documentation sur un m&#233;tier qu'on pourrait faire plus tard. Lequel ? Infirmi&#232;re pour une, pu&#233;ricultrice pour l'autre. Je m'&#233;tonne qu'elles sortent de la salle jeunesse, au lieu d'aller voir salle adulte : &#171; Parce que &#231;a fait des ann&#233;es qu'on y vient, on est habitu&#233;es. Mais maintenant on va voir aussi de l'autre c&#244;t&#233;. Un peu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est mille d&#233;tails qui font de ce b&#226;timent le contraire d'un h&#244;pital ou d'une station de m&#233;tro, la profusion peut-&#234;tre, mais qui n'appara&#238;t jamais comme telle, parce que disparaissant aussit&#244;t qu'on laisse le regard redevenir global : qui voit ou regarde la cl&#233; d'appartement perdue par un enfant, le cordon vert c'&#233;tait pour qu'il la garde autour du cou, maintenant elle est pos&#233;e sur l'ordinateur de pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; qui dit au revoir ce grand barbu grisonnant, un livre d'art et un gros roman sous l'autre bras (qu'a-t-il emprunt&#233;, je ne le saurai pas et quelle importance : ici on prend, on essaye, et chez soi on entre dans le livre ou pas, on voit si on accroche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et celle qui a un bonnet dans ses cheveux tenus en arri&#232;re, et celle qui porte au contraire un noeud argent&#233;, lisent-elles les m&#234;mes livres ? Et celui qui se s&#233;pare de ses deux enfants dans l'entr&#233;e, lui &#224; gauche vers les nouveaut&#233;s, eux &#224; droite vers les albums, le p&#232;re les regarde et eux ne se retournent m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le rayon en large &#233;criture, on dit pour ceux qui voient mal, c'est aussi pour ceux qui lisent seulement quand c'est gros, mais ce n'est pas affaire d'oeil : je n'y ai vu personne ce jour-l&#224;, peut-&#234;tre vient-on plus discr&#232;tement, aux heures calmes de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le panneau des demandes et r&#233;ponses : des petites fiches vertes de suggestion d'achat qu'on d&#233;pose dans une bo&#238;te en bois (j'en compte vingt-cinq cette fin de semaine), et qui sont punais&#233;es la semaine suivante avec r&#233;ponse manuscrite des biblioth&#233;caires. Demande : &lt;i&gt;Jim Morrison, po&#232;mes&lt;/i&gt;. R&#233;ponse : &lt;i&gt;nous avons d&#233;j&#224; ce livre, vous pouvez le r&#233;server&lt;/i&gt;. Demande : &lt;i&gt;Paul Virilio, Esth&#233;tique de la Disparition&lt;/i&gt;. R&#233;ponse : &lt;i&gt;la biblioth&#232;que fera l'acquisition de ce livre&lt;/i&gt;. Demande : Revue agricole L'Agriculture, &#171; fili&#232;res avicoles &#187;. R&#233;ponse : &lt;i&gt;revue trop sp&#233;cialis&#233;e pour notre public&lt;/i&gt;. Demande : &lt;i&gt;Des hommes qui ne communiquent pas&lt;/i&gt;. R&#233;ponse : &lt;i&gt;nous avons d&#233;j&#224; d'autres livres sur ce sujet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien les d&#233;pliants propos&#233;s par la biblioth&#232;que, imprim&#233;s jolis : on en distribue deux : &lt;i&gt;Terres d'aventure &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Romans &#224; la mer&lt;/i&gt;. Le premier ouvre par une phrase de Rimbaud : &#171; Je r&#234;vais croisades, voyages de d&#233;couvertes... je croyais &#224; tous les enchantements... &#187; et propose Cendrars ou Fenimore Cooper, Tolkien et Kipling. L'autre emprunte &#224; Lautr&#233;amont son : &#171; Je te salue, vieil oc&#233;an ! &#187; pour proposer&lt;i&gt; Lord Jim&lt;/i&gt; de Conrad (et Typhon page suivante, comme on aurait pu proposer aussi Pour demain, &lt;i&gt;Au coeur des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La folie Almeyer&lt;/i&gt; : avez-vous lu Conrad ?), et Henri de Monfreid, et &lt;i&gt;Sindbad le marin&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Moby Dick&lt;/i&gt;. Les deux d&#233;pliants, sur fond photographique de vague et de d&#233;sert, n'affirmant qu'une chose : lire, c'est aussi relire, les grands livres ont peut y revenir, et, s'ils sont assez grands pour qu'on les d&#233;couvre tr&#232;s jeune, ils sont assez solides pour &#234;tre lus &#224; toute &#233;poque de la vie. Et si, pour moi qui conna&#238;t d&#233;sormais le nom et le visage de chacun de ceux de l'&#233;quipe, ici &#224; la biblioth&#232;que municipale, m'&#233;tonnait aussi le fait que ces d&#233;pliants ne soient pas sign&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coin presse et magazines toutes les places assises sont prises, et certains lisent debout, appuy&#233;s sur les rayonnages de bois. Il suffit de lever le pr&#233;sentoir, et les anciens num&#233;ros sont l&#224; en pile, pour le droit aussi de s'en tenir &#224; la surface de toutes choses du monde dans son cours, et celui-ci dans son fauteuil qui a son imperm&#233;able sur les genoux, il a les mains crois&#233;es dessus, regarde ceux qui montent l'escalier et ceux qui passent, d'un livre &#224; l'autre sur les rayons, comme d'&#234;tre remorqu&#233;s par le nez. Ou simplement bien d'&#234;tre l&#224;, parce que c'est calme et propre, qu'on ne vous demande pas de compte, et qu'autour de soi sont les images et les mots, et la tranquillit&#233; bruissante des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re, deux grilles noires couvrent l'&#233;trave du rayonnage, avec des supports transparents pour mettre en suspension les livres, au-dessus, &#224; hauteur de genou, d'une table blanche avec trois livres debout et un autre couch&#233;. Cela fait sept livres comme sur une &#238;le, une mini exposition sans catalogue ni r&#233;clame, la partie souterraine de ce dialogue muet. Les trois livres expos&#233;s sont de m&#234;me format, un livre est aussi un objet qu'on choisit parce qu'il est beau. Des photos de Dakar, d'Abidjan et de Namibie, o&#249; le noir et blanc impose sa magie. Avec un &#233;criteau : ces livres sont &#224; votre disposition, vous pouvez les emprunter. Et voil&#224; les noms Kagimi, Kinshasa, Cabo Verde, Ousmane Sow, et la langue s'ouvre &#224; toutes langues qui ici Bobigny ont fourni &#224; l'exil, laisse enfin venir des mots qui nourrissent en retour les n&#244;tres, c'est la table des lettres au corps noir, et moi sinon je n'aurais pas, gr&#226;ce &#224; Denis Haron Karco, n&#233; &#224; Daloa, C&#244;te d'Ivoire, en 1966, connu ces cinquante-six visages des fous d'Abidjan, la violence de celui aux mains d&#233;form&#233;es et aux ongles pouss&#233;s trop longs, et ceux qui marchent seuls au bord des routes &#224; camion. Les livres offrent si pr&#232;s, tout pr&#232;s, toute la violence et l'amour du monde, et ce qu'on doit &#224; une biblioth&#232;que c'est cela : vous avoir emmen&#233;, quand on ne s'y attendait pas, parce qu'il s'agissait de passer huit heures ici, dans la journ&#233;e ordinaire des livres, &#224; tout un pan du monde qu'on ne savait pas et qui s'abat brutalement sur vous, pourtant offrant en m&#234;me temps l'antidote, parce qu'un a eu le courage de faire de cette violence un livre, et que la beaut&#233; et le silence du livre c'est d&#233;j&#224; r&#233;sister, comme de se savoir maintenant, et qu'on ne conna&#238;tra probablement jamais, un ami l&#224;-bas au bout du monde, une photographe n&#233; en 1966 et qui sait la mani&#232;re d'aller photographier la pire des solitudes, au long des camions sur les routes poussi&#233;reuses, de ceux qui n'ont plus raison. Et qu'un des biblioth&#233;caires de Bobigny, Seine Saint-Denis (je ne sais pas lequel ou laquelle parmi l'&#233;quipe), prit de son temps pour accrocher le livre sur support transparent, juste l&#224; o&#249; on vient lire France-Football ou l'&#201;quipe, dans le soleil d'hiver des verri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Z comme Zweig : la gardienne des livres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu le signal d'a&#233;roport, et la lente &#233;viction, comme on s&#233;pare un liquide d'un autre, des lecteurs, la queue aux banques de pr&#234;t. Puis plus personne, sauf l'homme de l'accueil qui enfin a pu se lever et proc&#232;de &#224; des op&#233;rations compliqu&#233;es de mise sous alarme. La gardienne, qui passait l'aspirateur le matin, est revenue dans le hall. Moi, je suis l&#224; &#224; compl&#233;ter mon bloc-notes. Les lumi&#232;res se sont soudainement &#233;teintes, et le silence, apr&#232;s l'&#233;norme rumeur continue de l'apr&#232;s-midi, semble bourdonner encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Presque huit cents dans la journ&#233;e, dit l'homme de l'accueil &#224; la gardienne. Tu te souviens le jour o&#249; on pass&#233; les mille ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la rampe de bois blanche, le glissement de deux livres, ramen&#233;s par un retardataire. Au bas de la rampe il y a le bruit plus sourd de leur chute dans le bac, sur une couverture repli&#233;e. C'est La condition humaine, de Malraux, et un album jeunesse illustr&#233; par Jean Claverie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gardienne me dit qu'elle est l&#224; depuis bient&#244;t deux ans, agent log&#233;. Je demande ce que &#231;a fait, de vivre dans autant de livres : &#171; C'est ce qu'on se dit au d&#233;but, qu'il faudrait une vie pour tout lire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande si, au contraire, trop de livres, tous ces livres, n'&#233;loigne pas des livres et de l'envie lire : &#171; Mais chez moi aussi, j'ai plein de livres. Des livres de collection, des livres d'histoire. Aussi des livres sur le terroir, sur le P&#233;rigord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande si, &#224; vingt m&#232;tres, dans le grand th&#233;&#226;tre opaque, il y a aussi un agent log&#233;, et s'il peut avoir la m&#234;me relation avec sa maison : &#171; On ne les conna&#238;t pas. Ils ne d&#233;pendent pas de la ville. &#187; Et madame P. continue : &#171; De toute fa&#231;on, c'est bien s&#233;par&#233;. Quand on frappe &#224; ma porte, il y a une raison. Dans les heures d'ouverture, c'est rare que je sois de ce c&#244;t&#233;. Plut&#244;t, c'est quand je passe l'aspirateur, le matin, que je vois les livres. Ou bien le soir, quand je passe pour ma ronde. Je m'arr&#234;te pour regarder, et feuilleter. L&#224;, comme &#231;a, debout. On fait toujours des d&#233;couvertes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle ajoute : &#171; On ne peut pas r&#233;sister. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande &#224; madame P. si, dans ce cas, elle emm&#232;ne le livre directement chez elle ou si elle les lit sur place : &#171; Mais je les emprunte comme tout le monde, aux heures d'ouverture, avec ma carte. &#187; Question : le dernier livre qu'elle a lu, non pas des siens propres, mais de la biblioth&#232;que. R&#233;ponse imm&#233;diate : &#171; L'Ivresse de la m&#233;tamorphose, de Stephan Zweig. Comment &#231;a se prononce, Zweig, au fait, je ne sais pas ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est le soir, et moi je repasse devant la biblioth&#232;que encore &#233;clair&#233;e mais d&#233;serte. J'ai &#233;t&#233; mettre au propre mon carnet dans le bistrot du rond-point, entre Karl-Marx et Rimbaud, dans le vacarme des voitures en route pour le samedi soir. La biblioth&#232;que, les livres en relief derri&#232;re ses vitres, est d&#233;serte et semble maintenant immense. La gardienne des livres, je l'aper&#231;ois, elle passe entre les rayonnages, remet en ordre des livres sur les tables, maintenant remet en ordre les journaux empil&#233;s dans le coin magazine. Elle m'aper&#231;oit et me fait un signe de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capitaine du navire dans la nuit recommenc&#233;e des livres (&lt;i&gt;Le Navire Night&lt;/i&gt;, c'&#233;tait le titre d'un film de Marguerite Duras, celle dont la photo est l&#224;-haut dans les bureaux, j'en parlerai &#224; madame P.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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