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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Zola photographe</title>
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		<dc:date>2015-10-31T10:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et si Zola n'&#233;tait pas mort aussi b&#234;tement, aurait-il &#233;crit enfin sur la photographie et son nouveau Kodak ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2428.jpg?1352733362' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte que a &#233;t&#233; &#233;crit &#224; la demande du mus&#233;e du Jeu de Paume en accompagnement de l'exposition d'une cinquantaine de photographies choisies parmi les 7 000 de Zola &#8211; voir images &lt;a href=&#034;http://lemagazine.jeudepaume.org/2011/01/zk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Magazine du Jeu de Paume, Zola/Kertesz&lt;/a&gt;. Est-ce sa mort accidentelle et pr&#233;matur&#233;e qui l'a emp&#234;ch&#233; d'&#233;crire sur sa pratique ? C'est une des questions sous-jacentes. Merci &#224; Marta Gili et Fran&#231;oise Bonnefoy pour proposition et accompagnement. &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La passion Zola, appareils, plaques, images&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe des &#233;crivains du XIXe si&#232;cle : d&#232;s que nous pensons &#224; eux, notre cerveau d'aujourd'hui y associe leur visage (&#231;a vaut pour Flaubert, Baudelaire, Balzac ou Hugo). Eux, ils associaient quoi, au nom de leurs auteurs ? Les magazines passent &#224; la couleur en 1965 : ceux de ma g&#233;n&#233;ration ont vu et r&#234;v&#233; d'abord le monde en noir et blanc, savaient d&#233;j&#224; lire quand a surgi le temps de l'image : qu'est-ce qu'ils voient dans ses accumulations, ses grossissements, ses portraits, ceux qui ouvrent aujourd'hui Zola, que moi je ne voyais pas ? La photographie, pour Zola : nouveaut&#233; consid&#233;rable, amplification logique lorsque le travail de toute une vie est centr&#233; sur les signes de ce qui change dans le monde dont il participe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe des &#233;crivains de cette fin du XIXe : ils ont tous accept&#233; qu'on leur tire le portrait, mais n'ont pas associ&#233; la photographie &#224; leur art d'&#233;crire, ou &#224; un bouleversement de leur rapport au monde. Rimbaud est l'exception : quand il part pour le Harar, il emporte avec lui un manuel de photographie, se fait exp&#233;dier le mat&#233;riel d&#232;s ses premiers gains. Accessoirement : cette fabuleuse lettre o&#249; il raconte &#224; sa m&#232;re ce qu'il y aurait &#224; voir sur la photographie parfaitement blanche qu'il lui envoie (erreur de fixateur, reste une seule ligne o&#249; on reconna&#238;t un homme, un palmier, un casque colonial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola photographe : quand on ouvre l'&#233;dition des oeuvres compl&#232;tes de Zola par Henri Mitterrand, qu'on suit l'index des articles et entretiens, constat que Zola n'a jamais &#233;crit sur la photographie. Pas plus que Mallarm&#233;. Baudelaire oui, mais se trompe compl&#232;tement : visionnaire dans son Peintre de la vie moderne, il passe strictement &#224; c&#244;t&#233; des enjeux de la photographie. Comme Flaubert, en &#201;gypte avec Maxime du Camp, &#233;crivant &#224; Louise Colet et s'impatientant du temps que prend du Camp avec ses plaques de verre, parce que les mots l'obligent &#224; voir et que du Camp ne sait plus voir. Pr&#233;curseur fugace : dans le &lt;i&gt;Cousin Pons&lt;/i&gt;, &#224; moins de dix ans de l'invention du daguerr&#233;otype, deux pages lumineuses de Balzac, mais Pons est une de ses derni&#232;res oeuvres, il n'aura pas le temps d'y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui me fascine le plus, pour aborder Zola photographe, n'est pas un texte d'&#233;crivain, mais l'inventaire de ses propres appareils. Balzac a initi&#233; l'autonomie des lieux en litt&#233;rature, et ouvert &#224; l'&#233;criture de la ville. Zola a repris ce chantier et y a cr&#233;&#233; comme un tremblement de terre : se saisir comme lui seul a su le faire, physiquement, &#224; bras-le-corps, des objets sociaux qui d&#233;finissent la ville &#8211; l'industrie, le commerce, l'alimentation &#8211; et en faire sourdre le roman en le laissant happer une matrice fixe et fondatrice, ses Rougon et ses Macquart. Proust est venu ensuite, et il augmente la r&#233;solution du microscope (lire Deleuze, sur l'importance et la multiplicit&#233; des outils optiques dans &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;). Avec Proust, on d&#233;couvre l'irruption de l'&#233;lectricit&#233; dans le jardin d'hiver des Swann, l'irruption du t&#233;l&#233;phone dans les appartements bourgeois (on place le cornet dans la chambre, pour vos conversations intimes et nocturnes, ou dans le vestibule, pour les commandes de poissonnerie de la cuisini&#232;re ?), et le moteur &#224; explosion. Georges Perec, bien plus tard, nous parlera de l'infraordinaire, et saura d&#233;crire un monde par les choses. Lorsque aujourd'hui on veut conna&#238;tre un auteur du XVIIe si&#232;cle, les actes notari&#233;s incluant un inventaire apr&#232;s d&#233;c&#232;s sont une ressource d&#233;cisive : eux n'en auraient jamais per&#231;u l'intersection litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; vente des biens mobiliers &#187; de Zola, un an apr&#232;s sa mort accidentelle, en mars 1903, un cahier cartonn&#233; rel&#232;ve ce dont &#233;tait compos&#233; l'&#233;quipement complexe, rien d'un amateur : six cuvettes, un pied, un ch&#226;ssis agrandisseur, un &lt;i&gt;objectif d&#233;gradateur&lt;/i&gt;. L'&#233;crivain peut se suffire de ses plumes (Zola, le dernier grand avant l'arriv&#233;e de la machine &#224; &#233;crire, d&#233;j&#224; pr&#233;sente pour Proust ?) et de ses rames choisies de papier, la photographie impose un laboratoire, un mode lent et complexe. Cet inventaire nous impose de voir deux Zola : un qui est dehors, avec son pied, sa chambre, ses sacs, puis son D&#233;tective ou son Kodak ; un qui est dans sa chambre noire, avec ses produits, ses bains, son agrandisseur, et autant d'heures qu'il en faut probablement pour ces s&#233;quences martel&#233;es dans le fond de nos cr&#226;nes par &lt;i&gt;La B&#234;te humaine, Le Ventre de Paris, Au Bonheur des dames&lt;/i&gt; et tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1965 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/emile-zola-photographe-kodak.jpg?1297717652' width='500' height='472' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Restons sur le mat&#233;riel de Zola photographe : une beaut&#233; propre &#224; ces r&#233;alisations m&#233;caniques portant encore marque de leur invention. Et le cercle des amateurs doit &#234;tre bien r&#233;duits. Un plaisir sp&#233;cial &#224; &#234;tre le premier, qui r&#233;pondrait &#224; ce qu'il est en litt&#233;rature ? Se procurer le dernier Kodak am&#233;ricain est probablement en soi-m&#234;me un d&#233;fi. Les mati&#232;res en sont nobles. Ils sont lourds. Et toute une lenteur : il y a le temps d'installation, il y a le temps du d&#233;veloppement. On n'est pas en rapport avec la furie des hommes, mais avec ce que les bois pr&#233;cieux (acajou, palissandre) s&#233;dimentent des d&#233;cennies de l'arbre, les alliages de m&#233;tal rel&#232;vent de l'horlogerie &#8211; et l'optique est le myst&#232;re qui nous donne aussi le ciel. Ainsi cette phrase, qui &#233;voque plut&#244;t un yacht de haute mer : chambre Brichaut d'acajou et de cuivre, avec ch&#226;ssis de bois noir. J'aime aussi, dans l'inventaire du mat&#233;riel de Zola, que soit rest&#233;e cette &#171; bo&#238;te de plaques s&#232;ches au g&#233;latino-bromure d'argent &#187; qui porte sur son &#233;tiquette le nom du fabricant : &lt;i&gt;&#171; A.Lumi&#232;re et ses fils&lt;/i&gt; &#187;. Zola aura rat&#233; de si peu le cin&#233;ma : repenser au texte de Kafka sur les premi&#232;res s&#233;ances de cin&#233;ma auxquelles il assiste &#8211; est-ce que le roman de Zola, par rapport &#224; celui de Flaubert, et m&#234;me ce qui parfois nous g&#234;ne dans la vitesse et les grossissements de Zola, ce n'est pas l'attente du cin&#233;ma dans le roman ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mat&#233;riel de Zola, encore : premier appareil qu'il s'offre apr&#232;s sa chambre (d&#232;s 1890), le D&#233;tective de Nadar. Un bo&#238;tier en trois parties, ch&#226;ssis, chambre, objectif, mais mobile, construit par Nadar pour son exploration africaine. C'est avec lui que Zola part dans Paris qu'il a tant explor&#233; avec seulement sa plume. R&#233;volution : on peut y utiliser des plaques (de larges plaques 9 x 12, soit presque une demi page &#224; &#233;crire...) ou un ch&#226;ssis &#224; bobine, sp&#233;cialit&#233; de l'am&#233;ricain Eastman, et qui fera bient&#244;t le succ&#232;s de son Kodak. Puis le &lt;a href=&#034;http://www.collection-appareils.fr/Murer/html/murer.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Box &#187;&lt;/a&gt; (nom g&#233;n&#233;rique, m&#234;me principe, mais un seul bo&#238;tier compact), de M&#252;rer : c'est avec lui que Zola se photographie dans le bois de Boulogne. On est en 1900 (premi&#232;re ann&#233;e de vente du M&#252;rer, Zola se pr&#233;cipite sur la derni&#232;re nouveaut&#233;, quelque soit le prix) : il lui reste deux ans &#224; vivre, il aura encore le temps de passer au Kodak (le premier, c'est le &lt;a href=&#034;http://www.antiq-photo.com/spip.php?page=recherche&amp;recherche=Cartridge%20Kodak,%20Eastman%20Kodak%20Co&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Cartridge &#187;&lt;/a&gt;, donc remplacement d&#233;finitif de la plaque par la pellicule, et le deuxi&#232;me, le &#171; Pocket &#187;, instauration d&#233;finitive de la mobilit&#233;). Appareils interm&#233;diaires : la &lt;a href=&#034;http://www.collection-appareils.fr/carpentier/html/jumelle_45x6.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Jumelle Carpentier &#187;&lt;/a&gt;, et la &#171; Steno-Jumelle &#187; de Joux : la r&#233;volution, gr&#226;ce aux deux objectifs, c'est la formation de l'image sur une petite fen&#234;tre rouge de verre d&#233;poli, au dos de l'appareil &#8211; le monde devient repr&#233;sentation avant qu'on d&#233;clenche. Sur la&lt;a href=&#034;http://www.collection-appareils.fr/joux/html/steno_jumelle_stereo.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Steno-Jumelle &#187;&lt;/a&gt;, on peut inscrire dix-huit vues sur la m&#234;me plaque 9x12, et apparition d'un obturateur &#224; guillotine cinq vitesses. Comment ce mouvement vers l'image moderne, ce qui change, &#224; chaque &#233;tape technique, du rapport du photographe &#224; ce qu'il photographie, ne serait pas aussi important que le sujet photographi&#233; lui-m&#234;me ? En tout cas, dans cette &#233;volution technique en une d&#233;cennie, aussi rapide que la mutation aujourd'hui de nos techniques d'appropriation du monde via Internet, et la passion de Zola pour ces mat&#233;riels acquis sit&#244;t qu'apparus, je vois une affinit&#233; avec la mutation du roman dans les mains de Zola, plus profonde que ce qu'il photographie, et peut-&#234;tre le vrai message &#224; notre intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tour Eiffel de Paris et le Palais de l'&#233;lectricit&#233; : Zola photographe, est-ce que c'est acc&#233;der &#224; l'&#233;poque mieux qu'avec le r&#233;cit ? Le r&#233;cit d&#233;compose les &#234;tres et le monde, et Zola capable d'aller jusqu'au heurt, la complaisance m&#234;me &#224; ce qui heurte. La suite des photographies de la Tour Eiffel c'est le surgissement du nouveau, tel qu'on le capte dans le visible : on avait oubli&#233;, nous, comment la ville &#233;tait basse autour de la Tour Eiffel, on avait oubli&#233; les chemin&#233;es d'usine qui venaient toutes proches, on avait oubli&#233; le fourmillement de la vie pi&#233;tonne sur le pont de l'Alma. Montant &#224; pied les deux &#233;tages de la prouesse de fer, Zola entre dans ce qui ne lui est pas accessible encore par le r&#233;cit : la photographie peut se passer de la trag&#233;die pour dire le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/emile-zola-photographe.jpg?1297717392' width='500' height='582' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autoportraits en photographe : Zola se photographie lui-m&#234;me op&#233;rant au Bois de Boulogne avec son Box M&#252;rer tout neuf. Et cela gr&#226;ce au &#171; d&#233;clencheur pneumatique &#187; qu'il a invent&#233; et fait fabriquer pour sa &#171; Jumelle Charpentier &#187;, en attendant le retardateur des futurs Kodak. Mais comment et pourquoi cette id&#233;e de se photographier photographiant ? Disposer d'un appareil photographique pour garder trace de ce qu'on exerce avec la technologie neuve, via le nouvel appareil et la portabilit&#233; ou la mobilit&#233; qu'il vous offre. Et vous dites qu'elles sont simples, les photographies d'&#201;mile Zola ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autoportraits en &#233;crivain : il faut penser le pied, penser la plaque. Il faut penser l'&#233;clairage oblique (la le&#231;on de Caravage, qu'on voit s'inventer dans l'atelier Nadar, appliqu&#233;e par Zola &#224; ses portraits, y compris lorsque c'est lui-m&#234;me qu'il saisit). Dans l'autoportrait aux mains crois&#233;es, Zola ne sait &#233;videmment rien de sa prochaine mort accidentelle et idiote (comme toute mort accidentelle) : photographie alors testamentaire, et on lui donnerait bien plus que son &#226;ge. Zola s'acceptant vieux comme Rembrandt aussi l'osait : le ch&#226;le de laine, les lunettes, le plan coupant le chapeau, et ces mains crois&#233;es comme en peinture on les r&#233;serve aux vieilles femmes : c'est la main droite, c'est sa main qui &#233;crit, que Zola met en lumi&#232;re, inactive, sa t&#226;che finie. Rien que pour cette photographie, il nous fallait ce Zola photographe : Nadar a su mettre tout Baudelaire dans un flou, Carjat attraper Rimbaud dans ses dix-sept ans pour toujours. Apr&#232;s cet autoportrait de Zola avant mort, toutes les photos d'&#233;crivains sont des arch&#233;types. Et cet autoportrait avec chien, dans l'all&#233;e des arbres morts (arbres nus de l'hiver) : on compterait les arbres, on trouverait pile le nombre de romans des Rougon-Macquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autoportraits avec dame : quand tout est pr&#234;t, on lance le &#171; d&#233;clencheur pneumatique &#187; dont il est si fier, on vient pr&#232;s de celle qui pose, on lui met les deux bras sur l'&#233;paule, le front dans ses cheveux &#224; elle (si c'est la ma&#238;tresse), on la couvre du regard (si c'est l'&#233;pouse) : on a pris la pose trop vite, parce qu'on craint d'avoir pris trop de temps, on la prend toute rigide : xxx c'est la maladresse de Zola, dans les autoportraits avec dame, qui m'&#233;meut &#8211; homme pour une fois jouet de ce qu'il fait. L'oeil mi-ferm&#233; et la calvitie dans le profil de la photo avec Jeanne. La place des enfants dans l'ensemble des images : dans ce qui s'invente de la &#171; photographie familiale &#187;, il nous aurait import&#233;s de savoir de Zola &#233;crivain comment il disposait l'importance des mots, et leur articulation. Respectueuses et d&#233;licates photographies de ses enfants (c&#244;t&#233; ma&#238;tresse), humour nettement involontaire du mari photographiant l'&#233;pouse devant la statue en pl&#226;tre faite &#224; sa gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola et le mouvement : et si c'&#233;tait &#231;a, la novation principale de ses romans avec cette phrase qui nous semble toujours &#224; gros grains, par rapport &#224; l'&#233;quilibre et la tension architectur&#233;e de Flaubert ? Rimbaud a ajout&#233; la cin&#233;tique &#224; l'art du po&#232;me de Baudelaire, Zola reprend &#224; Balzac la primaut&#233; &#224; vitesse et mouvement, et les bascules dans la ville moderne. Aujourd'hui on ne se pose plus la question : arrivez sur une place en voiture, vous analyserez d'abord, inconsciemment, les sens et les vitesses de circulation, puis vous remarquerez la statue, les b&#226;timents immobiles. Les appareils &#224; plaque de verre ont appris &#224; d&#233;composer le mouvement, mais quand Zola interroge le r&#233;el, c'est de cela d'abord dont il se saisit : foules, quadricycle &#224; moteur (ah oui, c'&#233;tait fr&#233;quent, en 1894...), v&#233;locip&#232;de, et bien s&#251;r locomotive. Peut-&#234;tre que ce sont les seules photographies o&#249; Zola d&#233;passe la d&#233;couverte, la fonction, l'exp&#233;rimentation ou l'illustration, et devient photographe : parce qu'ici le sujet s'&#233;crit seul, et ils peuvent na&#238;tre, les Kertesz et tous ceux qui suivront. Ce que Zola photographie, ce n'est ni la p&#233;niche, ni la locomotive, ni leur mouvement, mais la fum&#233;e &#8211; juste ces deux fum&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept mille plaques, de 1894 au coup d'arr&#234;t du 30 septembre 1902. Zola ne nous l&#232;gue pas la magie de Le Gray et d'autres (mais sa litt&#233;rature non plus ne cherche pas la magie, Zola creuse, travaille sa phrase &#224; la p&#226;te et la truelle), mais il prend place d'une autre fa&#231;on dans notre histoire de la photographie : sa radicalit&#233; d'artiste, il l'a transpos&#233;e dans sa manie des appareils, accompagnant la photographie dans sa conqu&#234;te de l'instantan&#233;, de la mobilit&#233;, de sa proximit&#233; au pr&#233;sent du monde. Il fixe &#8211; &#224; cet endroit recoupant la source magmatique en fusion des Rougon-Macquart &#8211;, &#224; Londres ou en haut de la Tour Eiffel, l'histoire d'une mutation o&#249; les sauts technologiques interf&#232;rent avec ce qui le fonde comme artiste : le regard, l'inscription toujours neuve de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la propre mutation qui affecte aujourd'hui, par le num&#233;rique (mais pas seulement), le rapport de la litt&#233;rature et du monde, la jeunesse que trouve Zola &#224; sa pratique de la photographie est un message qu'il convenait &#233;videmment d'ins&#233;rer tout pr&#232;s de ses livres, voire au m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/zola_train.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/zola_train.jpg?1297717455' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[63] la d&#233;solation sans pens&#233;e d'un feuillage que cingle la pluie et que retourne le vent</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3297</link>
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		<dc:date>2013-05-23T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; savoir si Proust a vraiment assist&#233; &#224; l'autopsie d'&#201;mile Zola&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3297.jpg?1367904031' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai voulu voir l'int&#233;rieur d'un &#233;crivain &#187;&lt;/i&gt;, aurait dit Proust &#224; Antoine Bibesco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y aurait-il eu &#224; refuser &#224; Adrien Proust, membre &#233;minent de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine, familier du minist&#232;re, mais surtout inspecteur g&#233;n&#233;ral des services sanitaires, et &#224; ce titre ayant mandatement sur la morgue de Paris ? C'est un homme important, le p&#232;re de l'&#233;crivain. Ses travaux sur l'hygi&#232;ne, sa lutte contre le chol&#233;ra font que, bien l&#233;gitimement, quand une attaque c&#233;r&#233;brale le foudroya en novembre 1903, son enterrement fut le plus suivi &#224; Paris depuis celui d'&#201;mile Zola, un an plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autopsie, lorsque men&#233;e dans un cadre judiciaire, est un fait public. &#192; la requ&#234;te directe d'Adrien Proust aupr&#232;s du m&#233;decin-chef Vibert, ce 30 septembre 1902 &#8212; les deux hommes se connaissent et s'appr&#233;cient &#8212;, Marcel Proust est autoris&#233; &#224; assister, en blouse blanche, dans la grande salle de la morgue de Paris et ses paillasses de zinc, et m&#234;me s'il restera &#224; distance et sans prendre de notes, &#224; l'autopsie d'&#201;mile Zola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la mort d'&#201;mile Zola, on trouvera une litt&#233;rature consistante. La th&#232;se de l'accident continue de pr&#233;valoir : un temps maussade et pluvieux, la premi&#232;re fois qu'on rallume la chemin&#233;e, un feu qu'on croit &#233;teint et le domestique des Zola, Jules Delahalle, referme la trappe. Dans la chemin&#233;e, au lieu des habituels blocs d'anthracite, des &lt;i&gt;&#171; boulets Bernot &#187;&lt;/i&gt; de d&#233;pannage. Dans la nuit, Alexandrine Zola se sent mal et r&#233;veille son mari, qui ne se sent pas bien lui non plus, mais attribue cela &#224; une intoxication alimentaire. &lt;i&gt;&#171; Demain nous serons gu&#233;ris &#187;&lt;/i&gt;, lui aurait-il dit &#8212; les diff&#233;rentes biographies concordent. Quand leur domestique ouvre la porte, le lendemain matin, les deux &#233;poux sont inconscients. On pourra ranimer madame Zola, rest&#233;e dans le lit, mais pas l'&#233;crivain, &#233;tendu inconscient sur le plancher, dans son vomi &#8212; on tente des massages, des tractions de la langue, mais il y a eu trop de gaz carbonique inhal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'en 1953 un nomm&#233; Hacquin fera part &#224; un journaliste du premier &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; des d&#233;clarations d'un ramoneur-fumiste, Henri Buronfosse, soi-disant rencontr&#233; en 1928, lequel se serait targu&#233;, travaillant sur le toit d'une maison voisine, d'avoir volontairement bouch&#233; le conduit de chemin&#233;e des Zola, ses propres sympathies politiques le lui faisant avoir en haine. C'est beaucoup de hasard (les Zola &#233;taient revenus de M&#233;dan le jour m&#234;me), et on s'en tient plut&#244;t &#224; la version de l'accident le plus stupide qui soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux chiens des Zola, qu'ils gardaient dans leur chambre, ont surv&#233;cu. Pour reconstituer le drame, d&#232;s le surlendemain, le commissaire Cornette pratiquera des exp&#233;riences avec deux cochons d'Inde et deux canaris. On s'interrogera aussi sur la circulation de la rue, qui fait vibrer les murs &#224; cause des pav&#233;s de bois, et aurait pu endommager la chemin&#233;e (c'est nouveau, la circulation de camions automobiles dans les rues de Paris).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on ne peut &#233;liminer non plus les bruits de suicide. Pour tout cela, le juge Bourouillou ordonne l'autopsie, qui est pratiqu&#233;e le lendemain m&#234;me du d&#233;c&#232;s &#8212; et l'analyse du sang prouvera sans aucun doute possible l'intoxication &#224; l'oxyde de carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine si Vibert se souviendra plus tard de la pr&#233;sence de Marcel Proust (qui le conna&#238;t, onze ans avant la publication de Swann), et il n'en fera pas non plus r&#233;cit &#224; sa m&#232;re (elle r&#233;prouve l'initiative, n'aurait pas accord&#233; cette pr&#233;sence). Mais Robert Proust, le fr&#232;re &#8212; lequel vient de soutenir sa th&#232;se de doctorat et commence son chemin de chirurgien, le premier &#224; pratiquer l'ablation totale de la prostate et qui habitera l'appartement familial jusqu'&#224; son mariage quatre mois plus tard &#8212; se souvient tr&#232;s bien de Marcel, parce que c'est, contrairement &#224; son p&#232;re et son fr&#232;re, la premi&#232;re fois qu'il assiste &#224; une autopsie, leur racontant, &#224; lui et son p&#232;re, ses impressions na&#239;ves &#8212; bruit de la scie sur le cr&#226;ne, repliement de la peau du visage sur la face, extraction du cerveau (&lt;i&gt;&#171; un cerveau vert &#187;&lt;/i&gt;, aurait dit Marcel &#224; son p&#232;re et son fr&#232;re, qui mesur&#232;rent en cela son taux d'&#233;motion), enfin l'incision en Y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Proust fera plusieurs fois &#233;tat de cette conversation du soir entre les trois hommes (pour eux deux, le monde de l'autopsie est des plus banals), la curiosit&#233; de son fr&#232;re, qui n'avait pas dormi de toute la nuit pr&#233;c&#233;dente pour se pr&#233;senter &#224; l'heure, soumis donc &#224; des &#233;touffements renforc&#233;s par l'humidit&#233; des locaux o&#249; l'eau froide ruisselle en permanence, et les produits au chlore utilis&#233;s pour le nettoyage et l'antiseptie. Il pr&#233;cisera que son fr&#232;re avait sympathis&#233; avec l'interne qui, comme lui, devait se tenir en retrait et auquel on avait confi&#233; la pes&#233;e des organes et peut-&#234;tre, dans les archives de justice, o&#249; le proc&#232;s de l'autopsie de Zola est soigneusement conserv&#233;, certaines des annotations concernant le poids des intestins, c&#339;ur et poumons sont-elles de la main de Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en a pas de trace dans sa Correspondance. &#192; peine, trois jours plus tard, &#233;crit-il &#224; son principal correspondant du moment, Antoine Bibesco : &lt;i&gt;&#171; Je vais mal, tr&#232;s mal &#187;&lt;/i&gt;, et aussi &lt;i&gt;&#171; je suis bien malheureux mon petit Antoine en ce moment, la vie ne m'est pas douce &#187;&lt;/i&gt;. C'est ce qui conduira sa m&#232;re &#224; lui faire anticiper son d&#233;part pour Amsterdam, et il est en Hollande d&#232;s le 16 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est attest&#233; aussi, au retour de ce s&#233;jour en Hollande anticip&#233;, que Proust prit contact avec le charg&#233; d'affaire d'Alexandrine Zola (lequel avait &#224; g&#233;rer la situation complexe des deux enfants de Zola et de Jeanne Rozerot) pour acheter tout ou partie des &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2428' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 000 plaques photographiques&lt;/a&gt; laiss&#233;es par Zola. Dans la correspondance &#233;chang&#233;e entre les deux hommes on le voit ensuite proposer de ne racheter que celles concernant l'Exposition universelle de 1900, qui tient chez Proust une place moindre que celle de 1890, mais quand m&#234;me &#8212; fabuleuses photographies de Zola sur la construction de la tour Eiffel, ainsi que ces photographies, auxquelles la famille Zola semblait moins attach&#233;e, et qui concernait les objets m&#233;caniques, trains, tricycle &#224; moteur. Mais que l'int&#233;r&#234;t m&#234;me que Proust y portait conduisit la famille Zola &#224; les garder sans se s&#233;parer d'aucune, elles sont toujours d'ailleurs propri&#233;t&#233; de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la froideur dont on a pu taxer Marcel Proust lors du d&#233;c&#232;s de son p&#232;re, un an plus tard, dans des circonstances aussi rapides et impr&#233;vues que le d&#233;c&#232;s de Zola, ne soient que la cons&#233;quence de ce qu'il avait travers&#233; ce 30 septembre 1902 &#8212; il n'avait plus de larmes, il revoyait encore le cr&#226;ne ouvert de Zola, la la peau du visage repli&#233;e sur la face, avec la petite barbiche maigre devenue dure et raide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tant d'&#233;tats heureux et tendres comprim&#233;s par la souffrance ne s'&#233;chappaient pas d'elle maintenant comme ces gaz plus l&#233;gers qu'on refoula longtemps ? On aurait dit que tout ce qu'elle avait &#224; nous dire s'&#233;panchait, que c'&#233;tait &#224; nous qu'elle s'adressait avec cette prolixit&#233;, cet empressement, cette effusion &#187;&lt;/i&gt; : quant &#224; la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne des gaz (je dis c&#233;l&#232;bre parmi les proustiens, bien s&#251;r, parce que c'est quand m&#234;me un d&#233;tail discret), &#233;voqu&#233;e lors du d&#233;c&#232;s de la grand-m&#232;re, Robert Proust a confi&#233; plus tard &#224; ses proches qu'elle provenait directement du souvenir de cette autopsie &#224; laquelle avait voulu assister le futur auteur de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, &#233;trange fusion par l'abdomen de la grand-m&#232;re du narrateur et de l'auteur des Rougon-Maquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai voulu voir l'int&#233;rieur d'un &#233;crivain&lt;/i&gt;, aurait dit Proust &#224; Antoine Bibesco&lt;i&gt;. Mais d'un grand &#233;crivain, tu comprends ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non seulement Antoine Bibesco s'en souvient et nous le rapporte, mais il nous dit la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais il n'y a rien, tu comprends, absolument rien de diff&#233;rent &#187;&lt;/i&gt;, avait insist&#233; Marcel Proust. Et puis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a d&#233;coup&#233; puis enterr&#233; ce myope sans ses lunettes, pauvre homme &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photographie ci-dessus : &#201;mile Zola sur son lit de mort. Et ci-dessous : &#201;mile Zola, autoportrait au D&#233;tective Nadar.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L313xH425/arton2428-48318.jpg?1750434243' width='313' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[62] ce sont eux les v&#233;ritables illettr&#233;s, et non les ouvriers &#233;lectriciens</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3283</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3283</guid>
		<dc:date>2013-05-06T11:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>politique de la litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;des ouvriers chez Marcel Proust, et de l'&#233;crivain comme ouvrier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;politique de la litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3283.jpg?1367903500' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je n'avais jamais de diff&#233;rence entre les ouvriers, les bourgeois et les grands seigneurs, et j'aurais pris indiff&#233;remment les uns et les autres pour amis. Avec une certaine pr&#233;f&#233;rence pour les ouvriers, et apr&#232;s cela pour les grands seigneurs, non par go&#251;t, mais sachant qu'on peut exiger d'eux plus de politesse envers les ouvriers qu'on ne l'obtient de la part des bourgeois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust, cent ans apr&#232;s la publication de Swann, g&#233;n&#232;re encore l'anath&#232;me : &#233;crire sur les duchesses et les grands bourgeois, en quoi cela apporterait au monde moderne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Proust prend au moins une fois le reproche &#224; bras-le-corps. Ce qui est int&#233;ressant, c'est qu'il le fait en prenant l'&#233;crivain lui-m&#234;me comme ouvrier, via le mot tra&lt;i&gt;v&lt;/i&gt;ail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... se regardant travailler comme s'ils &#233;taient &#224; la fois l'ouvrier et le juge, ont tir&#233; de cette auto-contemplation une beaut&#233; nouvelle ext&#233;rieure et sup&#233;rieure &#224; l'&#339;uvre, lui imposant r&#233;troactivement une unit&#233;, une grandeur qu'elle n'a pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont souvent tr&#232;s belles, les deux cents occurrences du mot &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; ou du verbe &lt;i&gt;travailler&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, comme celle-ci, lorsque Swann cherche &#224; comprendre l'effet sur lui de la petite phrase de Vinteuil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... si la m&#233;moire, comme un ouvrier qui travaille &#224; &#233;tablir des fondations durables au milieu des flots, en fabriquant pour nous des fac-simil&#233;s de ces phrases fugitives, ne nous permettait de les comparer &#224; celles qui leur succ&#232;dent et de les diff&#233;rencier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou cette notation concernant Fran&#231;oise, mais qui est probablement un hommage &#224; C&#233;leste Albaret :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... parce que, &#224; force de vivre ma vie, elle s'&#233;tait fait du travail litt&#233;raire une sorte de compr&#233;hension instinctive, plus juste que celle de bien des gens intelligents, &#224; plus forte raison que celle des gens b&#234;tes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain ouvrier &#224; nouveau quand la mati&#232;re du travail c'est la phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je d&#233;couvris, comme un ouvrier l'objet qui pourra servir &#224; ce qu'il veut faire, une parole... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, tout au terme de la Recherche, &#224; nouveau une ultime fois le mot &lt;i&gt;ouvrier&lt;/i&gt; appliqu&#233; &#224; l'&#233;crivain m&#234;me, mais directement associ&#233; &#224; ce qui sera l'implacable r&#233;alit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... mais aurais-je le temps de les exploiter ? J'&#233;tais la seule personne capable de le faire. Pour deux raisons : avec ma mort e&#251;t disparu non seulement le seul ouvrier mineur capable d'extraire les minerais, mais encore le gisement lui-m&#234;me ; or, tout &#224; l'heure, quand je rentrerais chez moi, il suffirait de la rencontre de l'auto que je prendrais avec une autre pour que mon corps soit d&#233;truit... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel Proust n'a pas eu besoin d'un accident de voiture pour &#234;tre emp&#234;ch&#233; du grand ach&#232;vement. J'interpr&#232;te comme grande chance personnelle que l'&#233;branlement pour moi de ma premi&#232;re lecture de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt; m'ait ouvert les portes de mon propre monde de prose, en m'autorisant &#224; le constituer depuis (ce que Faulkner appelle) le minuscule timbre-poste de mon histoire personnelle, o&#249; les rapports duchesse et m&#233;canicien sont en ordre inverse de ce qu'ils sont chez Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224;, dans ce terreau de l'&#233;criture comme travail, qu'il faudrait lib&#233;rer Proust une bonne fois de ces p&#233;dants qui voudraient le tenir &#224; distance, pour leur id&#233;e conventionnelle de la litt&#233;rature, et la voir assign&#233;e &lt;i&gt;&#171; ... &#224; traiter de sujets non frivoles, &#224; peindre de grands mouvements ouvriers... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, c'est une fresque tout enti&#232;re de la socit&#233; que dresse Marcel Proust, et dont la premi&#232;re caract&#233;ristique serait cette &#233;quivalence de l'homme devant la condition qui lui est faite &#8212; les lieux et les chambres, les voix et visages &#224; tout &#233;chelon de la totalit&#233; sociale, les livres et les &#339;uvres d'art, les relations elles-m&#234;mes et la jalousie ou l'omnipr&#233;sente pulsion sexuelle qui les exacerbe, les fouette et bascule, de la joue d'Albertine au gros derri&#232;re de Charlus, ou &#224; l'anonyme laiti&#232;re entrevue depuis la vitre du train &#8212; mais il y en a tellement d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est pas un homme qui a fait quelque chose &#187;&lt;/i&gt;, dira brutalement un &lt;i&gt;&#171; ouvrier &#187;&lt;/i&gt; &#224; propos du mar&#233;chal Joffre, quand la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; s'enfonce dans la noirceur du Paris en guerre. &lt;i&gt;&#171; Tout cela retombera sur l'ouvrier &#187;&lt;/i&gt;, conspire le ma&#238;tre d'h&#244;tel des Guermantes avec Fran&#231;oise. Parfois on bouscule les lieux m&#234;mes : &lt;i&gt;&#171; o&#249; les ouvriers d'une usine de produits chimiques travaillent au milieu de d&#233;licates sculptures qui repr&#233;sentent le miracle de saint Th&#233;ophile ou les quatre fils Aymon &#187;&lt;/i&gt;. La conscience du caract&#232;re politique ou subversif de la hi&#233;rarchie verticale li&#233;e au monde domin&#233; est sans cesse &#224; fleur de discours, chez Fran&#231;oise : &lt;i&gt;&#171; Sa demoiselle avait &#233;pous&#233; ce que Fran&#231;oise appelait &#8220;un jeune homme de famille&#8221;, par cons&#233;quent quelqu'un qu'elle trouvait plus diff&#233;rent d'un ouvrier que Saint-Simon un duc d'un homme &#8220;sortie de la lie du peuple&#8221; &#187;&lt;/i&gt;, que chez Brichot lorsqu'il pr&#233;tend s'enfoncer Zola : &lt;i&gt;&#171; comme Brichot, qui n'avait pas assez de sarcasmes pour Zola trouvant plus de po&#233;sie dans un m&#233;nage d'ouvriers, dans la mine, que dans les palais historiques... &#187;&lt;/i&gt; Zola qui pourtant a consacr&#233; une &#233;tude &#224; Elstir, l'habituelle mani&#232;re balzacienne qu'a Proust de conforter le personnage fictif par l'appui sur un personnage r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est la duchesse de Guermantes elle-m&#234;me, qui va se charger du m&#233;nage d&#233;finitif sur cette question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais Zola n'est pas un r&#233;aliste, madame ! C'est un po&#232;te ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image ci-dessus : affiche, mai 1968, source &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9018464c.r=ouvrier.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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