<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=624&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 26, Joseph Kessel</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2477</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2477</guid>
		<dc:date>2011-03-21T15:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Kessel, Joseph </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d&#233;couverte simultan&#233;e de l'autoroute, des a&#233;roplanes, et d'une l&#233;gende vivante&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot624" rel="tag"&gt;Kessel, Joseph &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2477.jpg?1352733423' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Joseph Kessel n'est certes pas un objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un auteur de livres, et de ses livres j'avais lu plusieurs. Le premier que j'ai rencontr&#233; c'est &lt;i&gt;Le lion&lt;/i&gt;, il y a l'Afrique, l'injustice, la trag&#233;die. On referme le livre avec l'impression que toutes ces tensions qui vous ont travers&#233; y sont encore actives, encloses mais vives, pr&#234;ts &#224; se d&#233;ployer &#224; chaque reprise. Nous disposions aussi dans la biblioth&#232;que familiale d'un roman li&#233; &#224; l'&#233;migration russe blanche dans le Paris d&#233;but de si&#232;cle : c'&#233;tait la nuit, l'alcool, l'&#233;rotisme &#8211; je ne retrouvai rien du &lt;i&gt;Lion&lt;/i&gt;, et probablement c'est en cachette, j'avais de toute fa&#231;on moins de douze ans, que j'ai lu &lt;i&gt;Nuits de princes&lt;/i&gt;. Ces livres allaient au-del&#224; de ceux qui faisaient mon univers, les Jules Verne en masse, ou le &lt;i&gt;Grand Meaulnes&lt;/i&gt; comme un objet &#224; part, &#233;trange, infini, mais si li&#233; &#224; mon environnement imm&#233;diat, le village, l'&#233;cole. Pour cette r&#233;v&#233;rence &#224; Joseph Kessel, mes parents accepteront que je me procure, en livre de poche, &lt;i&gt;Fortune carr&#233;e&lt;/i&gt;, qui m'a laiss&#233; moins de souvenir que les pirates d'Henri de Monfreid, et &lt;i&gt;Les Cavaliers&lt;/i&gt;, mais plus tard, et qui incarneront d&#233;finitivement pour moi le vieil Afghanistan sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inaugur&#233;e en 1961, l'a&#233;rogare d'Orly Sud est en 1963 le monument le plus visit&#233; de France, devant la tour Eiffel. Ce sont les boutiques et le concept totalement neuf de g&lt;i&gt;alerie commerciale&lt;/i&gt; (on connaissait les grands magasins, mais qu'&#224; l'&#233;cart de la ville une rue commer&#231;ante &#8211; et le luxe de ses &lt;i&gt;d&#233;taxes&lt;/i&gt; &#8211; devienne int&#233;rieure, cela renouait et annulait les anciens &lt;i&gt;Passages&lt;/i&gt;). Mais si on venait, c'&#233;tait pour l'autoroute et pour les avions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; c'est pour moi un souvenir tr&#232;s net. Et comme j'y associe les &#233;pais et pourtant durs coussins ovales de la DS 19, nous &#233;tions certainement venus de Civray, donc fin 1964 &#8211; corrobor&#233; par l'achat du &lt;i&gt;Lion&lt;/i&gt; &#224; la librairie Baylet. Mais pas possible non plus que ce soit apr&#232;s 1965, le monde &#233;tait d&#233;j&#224; pass&#233; en couleur, tandis qu'en 1964, au temps des magazines en noir et blanc, l'&#233;quip&#233;e Orly c'&#233;tait d&#233;couvrir la couleur : je n'avais vu jusqu'ici des avions qu'en noir et blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autoroute : une tranch&#233;e de ciment, surplomb&#233;e d'un tunnel avec des hublots. Et miracle : quelques heures plus tard, nous sommes nous-m&#234;mes dans ce tunnel tremblant perch&#233; au-dessus des voitures, et l'autoroute nous la contemplons d'en haut. Probablement que Jules Verne (je ne connaissais pas d'autre &lt;i&gt;science-fiction&lt;/i&gt;) m'avait mis en capacit&#233; d'imaginer de telles architectures futuristes, mais elles &#233;taient simplement hors du domaine possible des repr&#233;sentations int&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'autre souvenir, c'est le premier &#233;tage du hall (on n'approchait pas des vitres, mais le cordon rouge tress&#233; qui nous en &#233;loignait &#233;tait en lui-m&#234;me un objet de luxe et d'admiration), l'&#233;tendue du carrelage incurv&#233; (je n'avais jamais &#233;t&#233; dans pareil int&#233;rieur) et la haute fa&#231;ade de verre, d'o&#249; nous avons longtemps regard&#233; les avions fr&#233;missants acc&#233;l&#233;rer, lever le nez puis atteindre le ciel, virer en spirale vers leur destination au nom magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que parce que nous, les enfants, on avait faim ? Non, je crois plut&#244;t que ce voyage, les quatre cents kilom&#232;tres de route nationale 10 &#224; deux voies pour venir voir l'autoroute et les avions, incluait qu'on participe nous-m&#234;mes du spectacle &#8211; on s'est install&#233;s au restaurant de l'a&#233;roport, ma m&#232;re a d&#251; froncer les sourcils et prendre l'air intimid&#233; &#224; lire les prix du menu, et imposer qu'on s'en tienne au moins cher, c'est de toutes les familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Kessel &#233;tait &#224; la table voisine, je l'avais de face &#224; deux m&#232;tres, et son interlocuteur de dos. Les deux hommes parlaient bas et lui, l'homme c&#233;l&#232;bre, n'avait pas &#224; s'occuper d'un garagiste de province qui l'avait reconnu, ni d'un m&#244;me de dix ans qui devait ouvrir les yeux comme des soucoupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, la premi&#232;re fois que nous avons vu Julien Gracq, nous nous &#233;tions arr&#234;t&#233;s d&#233;jeuner &#224; &lt;i&gt;La Gabelle&lt;/i&gt; de Saint-Florent-le-Vieil sans pr&#233;m&#233;diter qu'il y serait. Je suis all&#233; me pr&#233;senter &#224; la fin du repas, il m'a tout de suite identifi&#233; et s'est mis &#224; me parler de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/mecanique.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;canique&lt;/a&gt;, c'est l&#224; qu'il m'a invit&#233; &#224; revenir. Mais je lui en ai &#233;norm&#233;ment voulu, et n'ai pas pardonn&#233;, jusqu'&#224; la fin, qu'il ait ce jour ignor&#233; mes propres enfants, m&#234;me pas un regard ni une parole &#8211; probablement que c'&#233;tait en dehors de sa sph&#232;re &#224; lui de la r&#233;alit&#233;, qui identifiait jusqu'&#224; son grand &#226;ge les livres, les auteurs, les revues, mais pas les gamins estourbis eux aussi qu'un Pl&#233;iade soit vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas que Joseph Kessel &#233;tait un objet. Je pourrais associer &#224; l'a&#233;roport d'Orly et cette d&#233;couverte de l'autoroute (objet en tant que tel qui aurait, temps pass&#233;, symboliques associ&#233;es, beaucoup plus d'importance pour moi que les avions, &#224; part tel ou tel voyage : premi&#232;re fois &#224; Bombay, premi&#232;re fois &#224; Tokyo, premi&#232;re fois &#224; Fort-de-France ou Philadelphie), des objets tr&#232;s concrets : une DS 19 au trenti&#232;me comme en offrait Citro&#235;n &#224; ses concessionnaires de campagne aux grandes messes annuelles, dans un &#233;tui de plastique transparent comme on fait aux poup&#233;es. Ou ma petite Caravelle Dinky Toys, si &#233;trangement lourde par rapport &#224; nos &lt;i&gt;petites voitures&lt;/i&gt;, avec un vrai train d'atterrissage repliable et ses six roues minuscules, mais qui tournaient : et qui serait identique &#224; elle-m&#234;me, dans les jeux, m&#234;me ayant perdu sa peinture et ses roues, ce qui en fait donc un objet bien ant&#233;rieur &#224; la d&#233;couverte, ce dimanche &#224; Orly, des Caravelle r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je savais que les livres pouvaient parler des noms qui m'entouraient. Je savais que les &#233;crivains qui y apposaient leur propre nom avaient pu prendre de l'essence au garage, servis par ma grand-m&#232;re : en tout cas monsieur Simenon. Ce dimanche, je d&#233;couvrais qu'un &#233;crivain &#233;tait un homme au visage burin&#233;, qui fumait des cigarettes, avait &#224; lui une lenteur que nous autres n'avions pas, une indiff&#233;rence g&#233;n&#233;ralis&#233;e au monde proche, et consid&#233;rait cette prouesse du monde, l'a&#233;roport d'Orly, comme un lieu ordinaire. J'ai port&#233; tr&#232;s longtemps la totalit&#233; compacte de ces croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait, mon copain Pierre Bergounioux, avant-hier, avait un peu ce visage (moins l'indiff&#233;rence).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Et salut amical &#224; Mich&#232;le Kahn, membre du jury du prix Joseph-Kessel &#8211; la lire sur &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504011/le-shnorrer-de-la-rue-des-rosiers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publie.net&lt;/a&gt;.
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
