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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>creative writing | Steinbeck &#167; 7, ou 5 fois le paysage-temps</title>
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		<dc:date>2014-01-09T07:54:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>traduction &#169; Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Olbren, Maltonius</dc:subject>
		<dc:subject>Joyce, James </dc:subject>
		<dc:subject>Steinbeck, John</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour &#224; John Steinbeck pour les variations &#233;piphaniques d'un paysage urbain pris dans des moments diff&#233;rents, avec dur&#233;e&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique131" rel="directory"&gt;20 | variations sur le creative writing &#224; l'am&#233;ricaine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot661" rel="tag"&gt;Olbren, Maltonius&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot675" rel="tag"&gt;Joyce, James &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot833" rel="tag"&gt;Steinbeck, John&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3838.jpg?1389254057' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Malt Olbren, &lt;i&gt;A creative writing no-guide&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3546' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Note de The Malt Olbren Archive : exercice joint &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3836' class=&#034;spip_in&#034;&gt;au pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; dans la liasse indiqu&#233;e &#171; Construction &#187; ins&#233;r&#233;e dans le polycopi&#233; principal. Cette transcription dactylographi&#233;e du cours de Malt Olbren ne porte pas de marque de r&#233;vision, suppression ou compl&#233;ment de sa main. NdT : cet exercice &#233;tant li&#233; au pr&#233;c&#233;dent chapitre (&#171; Cours tout droit Billie &#187;), nous le laissons &#224; cet endroit du livre m&#234;me s'il rel&#232;ve plus de la section &#171; Narrations &#187; que de la section &#171; Constructions &#187;.
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notre &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3836' class=&#034;spip_in&#034;&gt;derni&#232;re s&#233;ance&lt;/a&gt; fut belle, merci. Beaux &#233;changes, travail en bin&#244;me positif. Mais plusieurs fois m'est revenue cette remarque : chacun avait lu, dans l'autrefois des temps scolaires, le Grapes of Wrath de John Steinbeck, aucun n'aurait su reconna&#238;tre pour lui appartenir ce septi&#232;me paragraphe, morceau d&#233;tach&#233; en quatre lignes, je vous le soumets &#224; nouveau :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;The dawn came, but no day. In the gray sky a red sun appeared, a dim red circle that gave a little light, like dusk ; and as that day advanced, the dusk slipped back toward darkness, and the wind cried and whimped over the fallen corn.&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;L'aurore vint, mais pas le jour. Un soleil rouge troua le ciel gris, un mince cercle rouge qui donnait une faible lumi&#232;re de cr&#233;puscule ; et plus le jour avan&#231;a, plus ce cr&#233;puscule revint &#224; son obscurit&#233;, tandis que le vent g&#233;missait et hurlait sur les bl&#233;s courb&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dont nous nous souvenons, ce sont des silhouettes, des personnages, des sc&#232;nes, des apostrophes et discours, d'une ambiance g&#233;n&#233;rale. Nous savons que cela va n&#233;cessairement avec la phrase, que celle de Steinbeck sait &#234;tre dure et rauque, d&#233;pouill&#233;e, mais aussi lyrique et que, dans l'art du roman, cela ne se s&#233;pare pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paragraphe est-il lyrique ? Oui, s'il chante. Non, s'il crayonne au fusain sur carnet de croquis. La vitesse. La vitesse ici est la contrainte de Steinbeck. Introduction : on ouvre, on grossit, on pr&#233;cise, on va vite. L'introduction est ce qu'on oublie. Pourtant, la tonalit&#233; reste, et organisera toute la fresque d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;tique du roman ? Oui, si le paysage s'&#233;crit en tant que po&#233;tique, affirmation lyrique du monde devenu image abstraite. Non, s'il s'agit seulement d'une &#233;piphanie : ces moments de gr&#226;ce o&#249; le monde se rappelle &#224; nos petites affaires et &#8211; comment dire &#8211; les relativise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc pens&#233; que nous pourrions prendre, avec tranquillit&#233; et s&#233;r&#233;nit&#233;, le temps de revenir &#224; ces quatre lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous inciterais donc &#224; aller vers cette &#233;piphanie, non pas se la rem&#233;morer, mais en provoquer la r&#233;miniscence. Ce que vous allez choisir, comme Steinbeck son champ de bl&#233;, c'est un petit timbre-poste qui vous concerne dans le monde. Un petit morceau fixe de peau du monde. Il peut &#234;tre urbain, elles ont pavillon et maison, d&#233;sormais, les ombres de Steinbeck, m&#234;me si la mis&#232;re est pareille. Au moins un mobile-home. Et le champ de bl&#233; est un lieu de peine et de travail : le lieu que vous choisirez n'est pas un lieu de repos ou le coucher de soleil sur la plage &#8211; dans ce cas-l&#224; mieux vaut que vous y alliez. Non, ce qui compte dans ce septi&#232;me paragraphe c'est l'usure pr&#233;matur&#233;e du jour parce que nous sommes d'avance dans le lieu de la plus grande usure, celle du quotidien, de la t&#226;che r&#233;p&#233;t&#233;e, du monotone, de l'ordinaire. Seulement voil&#224;, la grande magie du monde sait se rappeler &#224; nous jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je voudrais que vous vous en teniez &#224; cet arbitraire. Peu importe la rue, la fen&#234;tre, vous immobile ou vous en d&#233;placement, vous maintenant ou vous il y a tr&#232;s longtemps. Ce que je veux, c'est qu'on s'en tienne &#224; ce paysage, ce paysage exactement. Je d&#233;finis le paysage comme ce que vous voyez, juste d&#233;tach&#233; de votre vue. Vous regardez, vous installez la stabilit&#233; de ce que vous voyez, dans l'instant m&#234;me de cette &#233;piphanie, puis vous vous retirez doucement, &#224; reculons, sur la pointe des pieds : paysage est ce qui reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; preuve que tout cela est stable, ce coin, recoin du monde urbain, dans le souvenir lointain ou le pr&#233;sent r&#233;p&#233;titif, nous allons le varier cinq fois. Et j'insiste : cinq (trois dans le cours, deux chez vous, si vous voulez&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
[Note de The Malt Olbren Archive : interruption non distincte dans la salle, puis r&#233;ponse de Malt Olbren :]
&lt;p&gt;&#8212; Non, votre demande est pertinente. J'entends &#233;pihanie au sens o&#249; James Joyce l'utilise d&#232;s ses premiers livres : moment de r&#233;v&#233;lation int&#233;rieure qui vous fait soudainement et de fa&#231;on &#233;ph&#233;m&#232;re, un instant seulement suffit, acc&#233;der au sens ou &#224; l'esprit des choses. Je ne crois pas qu'il en donne lui-m&#234;me de d&#233;finition plus pr&#233;cise. Plus important pour nous le fait qu'apr&#232;s ces deux premiers livres (&lt;i&gt;Stephen the Hero&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Portrait of the artist as a young man&lt;/i&gt;), il se saisit du concept pour en faire l'&#233;l&#233;ment organisateur de chacun des r&#233;cits inclus dans &lt;i&gt;Dubliners&lt;/i&gt;. Joyce nous apprend que ce moment sans dur&#233;e, qui nous ouvre magiquement (ou irrationnellement, pardon) sur le parfait dehors, peut-&#234;tre une cl&#233; pour l'invention narrative&#8230; &#199;a vous va ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note de The Malt Olbren Archive : &lt;i&gt;Got it&lt;/i&gt;, distingue-t-on depuis la salle, puis commentaire inaudible, et reprise de Malt Olbren :]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc bien de partir d'un fragment de paysage, urbain ou naturel, comme &lt;i&gt;&#233;piphanie&lt;/i&gt; &#8211; ce qui suppose seulement votre familiarit&#233; mentale et m&#233;morielle avec ce point pr&#233;cis, et de s'y accrocher avec les dents, avant d'y accrocher votre phrase. Le m&#234;me paysage, cinq fois. Une fen&#234;tre, une rue, un carrefour en voiture, la vitrine de votre place pr&#233;f&#233;r&#233;e dans votre diner pr&#233;f&#233;r&#233;. Toutes saisons : &#233;clairages de No&#235;l, jour de grand vent ou grande pluie (cette fois o&#249;, etc.), calme d'une premi&#232;re neige, frissons de la venue du printemps (vous m'en feriez devenir sentimental par avance). Ou bien renversements dans le jour : chemin vers le campus au matin, et m&#234;me endroit chemin inverse le soir, et puis cette fois o&#249; vous l'aviez pris en pleine nuit. Vous voyez, rien que de simple. La difficult&#233;, c'est d'en faire cette p&#226;te, cette teneur, cette luminescence ou transparence que nous en donne Steinbeck dans le septi&#232;me paragraphe de Grapes of wrath, j'y reviens pour un dernier point :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
The dawn came, but no day. In the gray sky a red sun appeared, a dim red circle that gave a little light, like dusk ; and as that day advanced, the dusk slipped back toward darkness, and the wind cried and whimped over the fallen corn.
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un paragraphe en deux phrases : &#233;nonc&#233; bref, puis dur&#233;e avec recouvrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point d'&#233;nonciation spatial est fixe. Mais le point d'&#233;nonciation temporel ? Le jour survient, lutte sans vaincre, et repart. Est-ce le soir ? Non, un moment ind&#233;fini du matin, et le vent suffit &#224; tout recouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224; le dernier point de ma demande, avant de vous laisser partir en qu&#234;te dans vos &#233;piphanies d'un lieu urbain (ah cette lumi&#232;re suspendue des peintres) : imaginez que vous regardiez une photographie, mais en fait c'est un petit morceau de film avec une fum&#233;e qui bouge, un drapeau color&#233; qui flotte. Ce que vous allez me d&#233;crire, ce ne sont jamais des instants isol&#233;s, mais toujours, ou chaque fois, un paysage-temps. Si le plan au cin&#233;ma est l'image-temps, quel est l'&#233;quivalent pour le r&#233;cit ? Commen&#231;ons avec du simple. Une dur&#233;e, une bascule de temps, cinq fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous me direz : dans le paragraphe de Steinbeck, on ne voit rien, on devine seulement les champs. Vous me direz, avec votre sens habituel de la r&#233;partie (&lt;i&gt;note de The Malt Olbren Archive : rires, remarque inaudible, r&#233;ponse brouill&#233;e de Malt Olbren, puis reprise : &lt;/i&gt; ) qu'on ne sait pas si c'est New York ou la Chine, qu'il faut le sixi&#232;me et le huiti&#232;me paragraphe pour comprendre et produire le d&#233;cor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors, vous dit Malt Olbren, et alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit : cinq &#233;piphanies, qui soient cette transparence et cette po&#233;sie de la langue faite couleur et temps. Qui vous emp&#234;che, entre chacun de vos paragraphes d'apr&#232;s ce septi&#232;me de Steinbeck, d'ins&#233;rer vos propres descriptions, cette fois comme des didascalies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah bon, &#231;a ne ressemble pas &#224; du roman, mais, &#224; y r&#233;fl&#233;chir, &#231;a ressemble &#224; des choses vues dans des romans ? De vagues et confus souvenirs de vos lectures de Dosto&#239;evski ? D'autres ? Dites-vous toujours, amis, que c'est au roman de partir de vos textes, et pas le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>portrait de James Joyce en jeune homme num&#233;rique</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2866</link>
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		<dc:date>2012-12-30T13:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Joyce, James </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Virginia Woolf et James Joyce en nouvelle traduction sur publie.net&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;le mag | grandes pages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot675" rel="tag"&gt;Joyce, James &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2866.jpg?1352733860' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 6 d&#233;cembre 2012&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Portrait de l'artiste en jeune homme&lt;/i&gt;, Joyce retraduit par Jean-Yves Cott&#233;, c'est r&#233;affirmer un Joyce tout neuf, dans tout l'&#233;clatement vif de langue qui sera sa marque, avec les outils que nous donnent, pour le comprendre, &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Finnegan's Wake&lt;/i&gt;. Entrant dans le domaine public, le chemin est enfin libre pour le remettre sur la table, le relire et le retraduire.
&lt;p&gt;Alors que nous proposons sur publie.net le grand &lt;i&gt;Une pi&#232;ce pour soi&lt;/i&gt; de Virginia Woolf, nous avons souhait&#233; que les deux textes, le Joyce et le Woolf, paraissent ensemble dans notre collection publie.papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s grand merci &#224; Jean-Fran&#231;ois Gayrard, fondateur de NumerikLivres, qui a d'abord publi&#233; la version num&#233;rique de cette traduction du Joyce, d'accepter le principe d'une co-&#233;dition : les deux versions (l&#233;g&#232;rement r&#233;vis&#233;e pour publie.net) voisineront en num&#233;rique, pour nous permettre cette reprise imprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace de pure jouissance de langue propos&#233; par Joyce s'est brutalement agrandi avec cette traduction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 14 avril 2012&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La bascule num&#233;rique de la litt&#233;rature (il &#233;tait temps : est-ce qu'on parlerait en m&#234;mes termes de l'astrophysique ou des t&#233;l&#233;communications ?) est un changement de paradigme qui rebrasse n&#233;cessairement toutes les cartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un texte original qui entre (ou s'&#233;l&#232;ve, mais pas &lt;i&gt;tombe&lt;/i&gt;) dans le domaine public, c'est le cas de James Joyce cette ann&#233;e &#8211; il nous reste le petit-neveu Artaud et quelques autres c&#233;l&#233;brit&#233;s, mais au moins celui de Joyce aura cess&#233; de nuire. Et si c'&#233;tait en cela notre propre chance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre l'initiative, en num&#233;rique, d'une nouvelle traduction d'un texte du domaine public, c'est d&#233;j&#224; la possibilit&#233; de r&#233;mun&#233;rer le traducteur aux m&#234;mes conditions qu'un auteur du domaine contemporain. Pour publie.net, 50/50. Donc la possibilit&#233; de travailler, de se coller au mastic. Et quel exercice &#8211; je le pratique pour moi-m&#234;me (mon &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504844/bartleby&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bartleby&lt;/a&gt;, des &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/list/collection-3643-lovecraft-nouvelle-traduction/page/1/date&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lovecraft&lt;/a&gt;, un Conrad en route), en traducteur du dimanche (puisque c'est le dimanche que je traduis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tr&#232;s grande fiert&#233; &#224; accompagner Laurent Margantin dans son travail de reprise des Kafka, voir &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506107/chacun-porte-une-chambre-en-soi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chacun porte une chambre en soi&lt;/a&gt; ou cette traduction d&#233;capante, dure, grammaticalement au plus serr&#233; de la langue, de &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506312/%C3%A0-la-colonie-p%C3%A9nitentiaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La colonie p&#233;nitentiaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors fier aussi de voisiner &#224; nouveau &lt;a href=&#034;http://comprendrelelivrenumerique.com/2012/04/14/ebook-portrait-de-lartiste-en-jeune-homme-james-joyce/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;quipe de NumerikLivres&lt;/a&gt; pour un Joyce relu avec verdeur, incroyable souplesse, un Joyce tout moderne qui donne une nette odeur de naphtaline &#224; la traduction Pl&#233;iade... Non seulement le texte de Jean-Yves Cott&#233;, mais ses annotations, une vraie r&#233;flexion critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre petit Landerneau, il se passe quelque chose. Quelque chose d'important, de beau, de salutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut &#224; l'&#233;quipe fr&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean-Yves Cott&#233;, traducteur | Portrait de l'artiste en jeune homme, d&#233;but du 5&#232;me chapitre&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il but sa troisi&#232;me tasse de th&#233; allong&#233; jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte et se mit &#224; grignoter les petits morceaux de pain frit &#233;parpill&#233;s autour de lui, les yeux fix&#233;s sur le sombre liquide du bocal. La graisse jaune du r&#244;ti avait &#233;t&#233; creus&#233;e comme dans un bourbier et le liquide stagnant en dessous lui remit en m&#233;moire l'eau sombre couleur de tourbe de la piscine de Clongowes. &#192; port&#233;e de sa main, la bo&#238;te avec les tickets du mont-de-pi&#233;t&#233; venait d'&#234;tre fouill&#233;e et, de ses doigts graisseux, il en retira un &#224; un les re&#231;us bleu et blanc, griffonn&#233;s, gratt&#233;s et froiss&#233;s, au nom des pr&#234;teurs sur gages Daly ou MacEvoy.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1 Paire de brodequins.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2 Veste d'hiver.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3 Objets et Blanc
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4 Cale&#231;on d'homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il les mit de c&#244;t&#233; et regarda d'un air pensif le couvercle de la bo&#238;te, mouchet&#233; de traces de poux, et demanda distraitement :
&lt;br /&gt;&#8212; De combien avance la pendule maintenant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#232;re redressa le r&#233;veil caboss&#233;, couch&#233; sur le c&#244;t&#233; au milieu de la chemin&#233;e, jusqu'&#224; ce que le cadran affich&#226;t midi moins le quart, puis le recoucha sur le c&#244;t&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Une heure et vingt-cinq minutes, dit-elle. En fait, il est dix heures vingt. Cr&#233;nom, tu pourrais essayer d'&#234;tre &#224; l'heure &#224; tes cours !
&lt;br /&gt;&#8212; Faites de la place pour que je me lave, dit Stephen.
&lt;br /&gt;&#8212; Katey, fais de la place pour que Stephen se lave.
&lt;br /&gt;&#8212; Booty, fais de la place pour que Stephen se lave.
&lt;br /&gt;&#8212; Impossible, je passe au bleu. Fais de la place, toi, Maggie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la cuvette &#233;maill&#233;e install&#233;e dans le bac de l'&#233;vier avec, jet&#233; sur le bord, un vieux gant de toilette, il permit &#224; sa m&#232;re de lui frotter le cou, de lui r&#233;curer les oreilles et les ailes du nez.
&lt;br /&gt;&#8212; Eh bien, c'est lamentable, dit-elle, qu'un &#233;tudiant qui va &#224; l'universit&#233; soit si sale que sa m&#232;re doive le laver !
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tu aimes &#231;a, dit Stephen calmement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sifflement strident retentit &#224; l'&#233;tage et sa m&#232;re lui mit brusquement dans les mains un tablier humide, en disant :
&lt;br /&gt;&#8212; S&#232;che-toi et d&#233;p&#234;che-toi pour l'amour du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second sifflement, prolong&#233; et rageur, fit accourir une des fillettes au pied de l'escalier.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, p&#232;re ?
&lt;br /&gt;&#8212; Ton fain&#233;ant de garce de fr&#232;re est-il d&#233;j&#224; parti ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, p&#232;re.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu es s&#251;re ?
&lt;br /&gt;&#8212; Hum !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fillette revint en lui faisant signe de se d&#233;p&#234;cher et de sortir discr&#232;tement par-derri&#232;re. Stephen rit et dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Il se fait une dr&#244;le d'id&#233;e des genres s'il croit qu'une garce est du masculin.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, tu devrais vraiment avoir honte, Stephen, lui dit sa m&#232;re, et tu te repentiras du jour o&#249; tu as mis les pieds l&#224;-bas. Je sais bien que tu n'es plus le m&#234;me.
&lt;br /&gt;&#8212; Au revoir tout le monde, dit Stephen, en envoyant du bout des doigts un baiser d'adieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ruelle derri&#232;re la terrasse &#233;tait d&#233;tremp&#233;e et alors qu'il la descendait lentement, choisissant o&#249; poser les pieds entre les tas d'ordures mouill&#233;s, il entendit hurler une religieuse folle derri&#232;re le mur de l'asile d'ali&#233;n&#233;s des nonnes.
&lt;br /&gt;&#8212; J&#233;sus ! &#212; J&#233;sus ! J&#233;sus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il secoua brusquement la t&#234;te avec col&#232;re pour faire sortir ce cri de ses oreilles et acc&#233;l&#233;ra le pas, tr&#233;buchant sur les immondices pourrissantes, le c&#339;ur d&#233;j&#224; en proie &#224; une douleur d'&#233;c&#339;urement et d'amertume. Le sifflement de son p&#232;re, les grommellements de sa m&#232;re, le cri strident d'une folle invisible &#233;taient &#224; pr&#233;sent autant de voix qui blessaient et mena&#231;aient de rabaisser la fiert&#233; de sa jeunesse. Il chassa jusqu'&#224; leurs &#233;chos de son c&#339;ur avec ex&#233;cration mais, tandis qu'il descendait l'avenue en sentant tomber sur lui la grise lumi&#232;re matinale que filtraient les arbres ruisselants et en humant l'odeur &#233;trange et sauvage des feuilles et de l'&#233;corce mouill&#233;es, son &#226;me se lib&#233;ra de ses souffrances. Les arbres lourds de pluie de l'avenue lui &#233;voquaient, comme toujours, des souvenirs de jeunes filles et de femmes des pi&#232;ces de Gerhart Hauptmann ; le souvenir de leurs ternes chagrins et le parfum &#233;manant des branches mouill&#233;es se confondaient en une joie paisible. Sa promenade matinale dans la ville avait commenc&#233; et il savait d'avance qu'il penserait &#224; la prose claustrale et vein&#233;e d'argent de Newman en traversant la plaine bourbeuse de Fairview, qu'il se rappellerait l'humour noir de Cavalcanti et sourirait en longeant North Strand Road, en regardant distraitement les vitrines des &#233;piceries, que l'esprit d'Ibsen soufflerait sur lui tel un vent p&#233;n&#233;trant, un esprit de beaut&#233; adolescente et r&#233;tive, quand il croiserait les ateliers d'&#233;quarrissage de pierre de Bairds &#224; Talbot Place, et qu'il se r&#233;p&#233;terait le chant de Ben Jonson en passant, apr&#232;s la Liffey, devant une boutique crasseuse d'articles de marine, chant qui commen&#231;ait ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Je n'&#233;tais pas plus las sur ma couche.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son esprit, quand il &#233;tait las de sa qu&#234;te de l'essence du beau dans les &#339;uvres d'Aristote ou de Thomas d'Aquin, se tournait souvent par plaisir vers les chants raffin&#233;s des &#233;lisab&#233;thains. Son esprit, dans l'habit d'un moine sceptique, se tenait souvent tapi sous les fen&#234;tres de cette &#233;poque pour entendre la musique grave et moqueuse des luthistes ou le rire franc des courtisanes jusqu'&#224; ce qu'un rire trop vulgaire, une expression, galvaud&#233;e par le temps, de libertinage ou de faux honneur, bless&#226;t sa fiert&#233; monacale et le chass&#226;t de sa cachette. La science &#224; laquelle on supposait qu'il consacrait ses journ&#233;es et qui l'avait ainsi d&#233;tourn&#233; de la compagnie de la jeunesse se r&#233;sumait &#224; un assemblage de quelques expressions extraites de &lt;em&gt;La Po&#233;tique&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;De l'&#226;me&lt;/em&gt; d'Aristote, et &#224; un &lt;em&gt;Synopsis Philosophioe Scholasticoe ad mentem divi Thomoe&lt;/em&gt;. Ses r&#233;flexions n'&#233;taient qu'un cr&#233;puscule de doute et de m&#233;fiance vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me, qu'illuminaient par moments des &#233;clairs d'intuition, mais des &#233;clairs d'une gr&#226;ce si sereine qu'en ces moments le monde p&#233;rissait &#224; ses pieds comme s'il avait &#233;t&#233; consum&#233; par le feu. Apr&#232;s quoi, sa langue s'&#233;paississait et il croisait les regards des autres avec des yeux apathiques tant il avait l'impression que l'esprit du beau l'avait envelopp&#233; telle une mante et que, au moins en songe, la noblesse lui avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e. Toutefois, quand cette br&#232;ve fiert&#233; de silence ne le soutenait plus, il &#233;tait content de se retrouver au beau milieu des existences communes, se frayant un chemin parmi la mis&#232;re, le bruit et la paresse de la ville, avec courage et le c&#339;ur l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s des palissades du canal il rencontra le tuberculeux au visage de poup&#233;e, coiff&#233; d'un chapeau sans bords, qui s'avan&#231;ait vers lui sur l'escalier inclin&#233; du pont, envelopp&#233; dans son pardessus chocolat boutonn&#233; et tenant son parapluie roul&#233; assez loin de lui, comme une baguette magique. Il doit &#234;tre onze heures, pensa-t-il, et il jeta un coup d'&#339;il dans une laiterie pour voir l'heure. La pendule de la laiterie lui indiqua qu'il &#233;tait onze heures moins cinq mais, quand il se retourna, il entendit une pendule pas tr&#232;s &#233;loign&#233;e, mais invisible, sonner onze coups avec une prompte pr&#233;cision. Il rit en l'entendant car elle lui fit penser &#224; MacCann, et il vit sa silhouette trapue, en veste et pantalon de chasse, avec son bouc blond, debout en plein vent au coin de chez Hopkins, et il l'entendit dire :
&lt;br /&gt;&#8212; Dedalus, vous &#234;tes un &#234;tre antisocial, ab&#238;m&#233; dans vos r&#233;flexions. Je suis un d&#233;mocrate : et je veux travailler et agir pour la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; sociales des classes et des sexes dans les &#201;tats-Unis de l'Europe &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Onze heures ! Il &#233;tait donc en retard aussi pour ce cours-l&#224;. Quel jour de la semaine &#233;tait-ce ? Il s'arr&#234;ta devant un marchand de journaux pour lire le gros titre d'une affiche. Jeudi. De dix &#224; onze, anglais ; de onze &#224; douze, fran&#231;ais ; de douze &#224; treize, physique. Il se repr&#233;senta le cours d'anglais et se sentit, malgr&#233; la distance, impatient et impuissant. Il vit les t&#234;tes de ses camarades, humblement pench&#233;s sur leur cahier pour &#233;crire ce qu'on leur avait ordonn&#233; de noter, les d&#233;finitions nominales, les d&#233;finitions essentielles, les exemples, les dates de naissance ou de d&#233;c&#232;s, les &#339;uvres majeures et, c&#244;te &#224; c&#244;te, une critique favorable et une d&#233;favorable. Sa t&#234;te &#224; lui n'&#233;tait pas pench&#233;e car ses pens&#233;es vagabondaient au loin et, selon qu'il regardait la petite classe d'&#233;tudiants autour de lui ou par la fen&#234;tre les jardins d&#233;sol&#233;s du Green, une odeur de cave morne, d'humidit&#233; et de pourriture l'assaillait. Une autre t&#234;te que la sienne, juste devant lui dans les premiers rangs, dominait franchement celles de ses voisins pench&#233;s telle la t&#234;te d'un pr&#234;tre priant sans humilit&#233; le tabernacle en faveur des humbles fid&#232;les qui l'entourait. Pourquoi, lorsqu'il pensait &#224; Cranly, &#233;tait-il incapable de l'imaginer en entier, ne voyant que sa t&#234;te et son visage ? M&#234;me &#224; pr&#233;sent devant le rideau gris du matin, c'est l'image qui se pr&#233;sentait &#224; lui tel le fant&#244;me d'un r&#234;ve, le visage d'une t&#234;te coup&#233;e ou d'un masque mortuaire, le front couronn&#233; de ses cheveux noirs, droits et raides comme une couronne de fer. C'&#233;tait le visage d'un pr&#234;tre, pr&#234;tre par sa p&#226;leur, par son nez grand et large, par les ombres sous les yeux et le long des m&#226;choires, pr&#234;tre par ses l&#232;vres allong&#233;es, bl&#234;mes et vaguement souriantes. Stephen, se rappelant aussit&#244;t comment il avait confi&#233; &#224; Cranly les &#233;mois, les troubles et les convoitises de son &#226;me, jour apr&#232;s jour et nuit apr&#232;s nuit, sans obtenir d'autre r&#233;ponse de son ami qu'un silence attentif, aurait pu se dire, s'il n'avait gard&#233; le souvenir du regard de ses yeux sombres et f&#233;minins, que c'&#233;tait l&#224; le visage d'un pr&#234;tre coupable qui entendait les confessions de ceux qu'il ne lui &#233;tait pas permis d'absoudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entrevit par cette image une &#233;trange et sombre caverne de conjectures mais s'en d&#233;tourna aussit&#244;t, sentant que ce n'&#233;tait pas encore l'heure d'y p&#233;n&#233;trer. Cependant, le poison de la langueur de son ami semblait r&#233;pandre dans l'air alentour une exhalaison t&#233;nue et mortelle, et il se retrouva &#224; passer d'un simple mot &#224; un autre, de droite &#224; gauche, avec la ferme impression qu'ils avaient &#233;t&#233; subrepticement vid&#233;s de toute signification propre jusqu'&#224; ce que, telle une formule magique, la moindre inscription sur une boutique paralys&#226;t son esprit, jusqu'&#224; ce que son &#226;me se fl&#233;tr&#238;t sous le poids des ans alors qu'il continuait de marcher dans une ruelle parmi les ruines d'une langue morte. Sa propre conscience du langage refluait de son cerveau, s'infiltrait dans les mots eux-m&#234;mes qui s'assemblaient et se dispersaient en cadences fantaisistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le lierre g&#233;mit sur le mur,&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et g&#233;mit et g&#233;mit sur le mur,&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le lierre jaune sur le mur,&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le lierre, le lierre grimpe au mur.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un a-t-il jamais entendu pareilles b&#234;tises ? Dieu tout-puissant ! Qui a jamais entendu dire que le lierre g&#233;m&#238;t sur un mur ? Du lierre jaune : soit. De l'ivoire jaune, aussi. Et quid du lierre ivoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot brillait &#224; pr&#233;sent dans son esprit, plus clair et plus &#233;clatant que n'importe quel ivoire pr&#233;lev&#233; &#224; la scie sur des d&#233;fenses d'&#233;l&#233;phant tachet&#233;es. &lt;em&gt;Ivoire, ivory, avorio, ebur&lt;/em&gt;. Un des premiers exemples qu'il avait appris en latin &#233;tait : &lt;em&gt;India mittit ebur&lt;/em&gt; ; et il se rappela le visage astucieux d'homme du Nord du recteur qui lui avait appris &#224; traduire les &lt;em&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/em&gt; d'Ovide en anglais &#233;l&#233;gant, rendu saugrenu par la mention de pourceaux, de tessons d'argile et de tranches de lard. Le peu qu'il s&#251;t de la versification latine, il l'avait appris dans un livre en lambeaux &#233;crit par un pr&#234;tre portugais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Contrabit orator, variant in carmine vates&lt;/em&gt; &lt;sup&gt;&lt;a href='http://www.tierslivre.net/Text/5.xhtml#B_note3' id=&#034;T_note3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait d&#233;couvert les crises, les victoires et les s&#233;cessions de l'histoire romaine par le biais de la devise &lt;em&gt;In tanto discrimine&lt;/em&gt;, et il avait essay&#233; d'appr&#233;hender la vie sociale de la ville des villes au travers de l'expression &lt;em&gt;implere ollam denariorum&lt;/em&gt; que le recteur avait fait sonner tels des deniers remplissant un pot. M&#234;me quand il avait les doigts froids, les pages de son Horace us&#233; n'&#233;taient jamais froides au toucher car c'&#233;taient des pages humaines : un demi-si&#232;cle plus t&#244;t elles avaient &#233;t&#233; tourn&#233;es par les doigts humains de John Duncan Inverarity et de son fr&#232;re, William Malcolm Inverarity. Certes, c'&#233;taient l&#224; de nobles noms inscrits sur la page de garde jaunie, m&#234;me pour un aussi pi&#232;tre latiniste que lui, et les vers jaunis &#233;taient aussi parfum&#233;s que s'ils avaient repos&#233; toutes ces ann&#233;es dans le myrte, la lavande et la verveine ; il n'en &#233;tait pas moins bless&#233; &#224; la pens&#233;e de n'&#234;tre jamais qu'un timide convive au banquet de la culture universelle et que l'&#233;rudition des moines, sur laquelle il s'appuyait pour s'efforcer de cr&#233;er une philosophique esth&#233;tique, n'&#233;tait gu&#232;re plus estim&#233;e aujourd'hui que les jargons subtils et &#233;tranges de l'h&#233;raldique et de la fauconnerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sa gauche, le bloc gris de Trinity College, profond&#233;ment enfonc&#233; dans l'ignorance de la ville telle une pierre terne ench&#226;ss&#233;e dans une bague encombrante, le fit redescendre sur terre. Et, pendant qu'il s'effor&#231;ait d'une mani&#232;re ou d'une autre de se d&#233;semp&#234;trer des fers de la conscience r&#233;form&#233;e, il arriva devant la statue baroque du po&#232;te national de l'Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la regarda sans col&#232;re car, m&#234;me si la veulerie du corps et de l'&#226;me s'y insinuait telle une vermine invisible, des pieds tra&#238;nants aux plis de la cape en passant par la t&#234;te servile, elle paraissait humblement consciente de sa propre indignit&#233;. C'&#233;tait un &lt;i&gt;Fir Bolg&lt;/i&gt; dans le manteau emprunt&#233; d'un Mil&#233;sien, et il songea &#224; son ami Davin, l'&#233;tudiant paysan. C'&#233;tait une plaisanterie entre eux, mais le jeune paysan ne s'en formalisait pas :
&lt;br /&gt;&#8212; Continue, Stevie, j'ai la t&#234;te dure, tu le dis toi-m&#234;me. Appelle-moi comme tu veux.Le diminutif affable de son pr&#233;nom dans la bouche de son ami avait aussit&#244;t touch&#233; agr&#233;ablement Stephen, pourtant aussi formel dans sa fa&#231;on de s'adresser aux autres que ceux-ci l'&#233;taient &#224; son &#233;gard. Souvent, quand il &#233;tait assis dans la chambre de Davin sur Grantham Street, s'&#233;tonnant des chaussures d'excellente facture de son ami rang&#233;es par paires contre le mur, et r&#233;p&#233;tant &#224; la seule intention de son ami les vers et les cadences d'autrui sous lesquels il cachait ses aspirations et ses d&#233;couragements, l'esprit fruste et firblogien de son auditeur avait attir&#233; le sien avant de le repousser, l'attirant par sa g&#233;n&#233;rosit&#233; d'attention inn&#233;e et discr&#232;te, ou par ses tournures surann&#233;es en vieil anglais, ou par son app&#233;tence prononc&#233;e pour les exercices physiques brutaux &#8211; car Davin &#233;tait un disciple de Michael Cusack, le Ga&#235;l &#8211;, le repoussant brusquement par son manque de subtilit&#233;, ou par la rudesse de ses sentiments, ou par un reflet de terreur stupide dans ses yeux, la terreur qui ronge l'&#226;me d'un village irlandais affam&#233; o&#249; la crainte du couvre-feu r&#244;de encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autant que le souvenir des prouesses de son oncle Mat Davin, l'athl&#232;te, le jeune paysan r&#233;v&#233;rait la l&#233;gende douloureuse de l'Irlande. Les comm&#233;rages de ses camarades, qui cherchaient &#224; tout prix &#224; donner du relief &#224; la banalit&#233; de la vie universitaire, aimaient &#224; le faire passer pour un jeune F&#233;nien. Sa nourrice lui avait appris l'irlandais et avait fa&#231;onn&#233; son imagination grossi&#232;re &#224; la triste lumi&#232;re du mythe irlandais. Il regardait ce mythe auquel aucun esprit individuel n'avait jamais trouv&#233; la moindre beaut&#233;, et ses contes pesants qui se d&#233;clinaient en remontant les cycles, comme il regardait la religion catholique romaine, tel un serf loyal et lent d'esprit. Quel que f&#251;t la pens&#233;e ou le sentiment qui venait d'Angleterre ou par le biais de la culture anglaise, rien ne trouvait gr&#226;ce &#224; ses yeux ainsi pr&#233;venus ; et du monde qui s'&#233;tendait au-del&#224; de l'Angleterre, il ne connaissait que la L&#233;gion &#233;trang&#232;re, en France, dans laquelle il envisageait de servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accordant cette ambition &#224; l'humour du jeune homme, Stephen l'avait souvent trait&#233; d'oie domestique : il y avait m&#234;me dans ce surnom une pointe d'irritation dirig&#233;e contre cette r&#233;ticence de son ami &#224; parler et agir, r&#233;ticence qui semblait se dresser si souvent entre la fa&#231;on de penser de Stephen, avide de conjectures, et les coutumes secr&#232;tes des m&#339;urs irlandaises. Un soir le jeune paysan, l'esprit aiguillonn&#233; par les discours enflamm&#233;s ou sensuels par lesquels Stephen &#233;chappait au silence froid de la r&#233;volte intellectuelle, avait &#233;voqu&#233; devant lui une &#233;trange vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous deux traversaient les rues sombres et &#233;troites du mis&#233;rable quartier juif, se dirigeant lentement vers la chambre de Davin.
&lt;br /&gt;&#8212; Il m'est arriv&#233; quelque chose, Stevie, l'automne dernier, un peu avant l'hiver, une chose que je n'ai jamais racont&#233;e &#224; quiconque, tu es donc le premier &#224; qui j'en parle. Je me dessouviens si c'&#233;tait en octobre ou en novembre. C'&#233;tait en octobre car c'&#233;tait avant mon arriv&#233;e ici pour m'inscrire &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen avait tourn&#233; son regard souriant vers le visage de son ami, flatt&#233; de sa confiance et gagn&#233; par sa sinc&#233;rit&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Ce jour-l&#224; je m'&#233;tais absent&#233; de chez moi pour aller &#224; Buttevant &#8211; je ne sais pas si tu sais o&#249; c'est &#8211; assister &#224; un match de hurling entre les Own Boys de Croke et les Fearless Thurles et mon Dieu, Stevie, ce fut un &#226;pre combat. Ce jour-l&#224;, mon cousin germain, Fonsy Davin, s'est retrouv&#233; presque &#224; poil &#224; d&#233;fendre pour ceux de Limerick, mais la moiti&#233; du temps il &#233;tait avec les avants, criant comme un fou. Je n'oublierai jamais ce jour-l&#224; ! &#192; un moment donn&#233;, un gars de Croke a frapp&#233; un coup de crosse terrible dans sa direction et je jure devant Dieu qu'il s'en est fallu d'un cheveu qu'il ne la pr&#238;t en pleine tempe. Mais, Dieu soit lou&#233;, si la crosse l'avait touch&#233;, je n'aurais pas donn&#233; cher de sa peau !
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis ravi qu'il n'ait rien eu, avait dit Stephen en riant, mais ce n'est s&#251;rement pas la chose &#233;trange qui t'est arriv&#233;e ?
&lt;br /&gt;&#8212; Eh bien, je suppose que &#231;a ne t'int&#233;resse pas mais je t'assure que cela fit un tel raffut apr&#232;s le match que je ratai mon train, et je n'ai trouv&#233; rien ni personne pour me ramener car, comble de malchance, il y avait ce jour-l&#224; un rassemblement de masse &#224; Castletownroche et toutes les voitures de la r&#233;gion s'y trouvaient. Je n'eus donc d'autre solution que d'y passer la nuit ou de rentrer &#224; pied. Aussi, je me mis en route sans tra&#238;ner et, &#224; la tomb&#233;e de la nuit, j'arrivai aux collines de Ballyhoura, soit &#224; plus de quinze kilom&#232;tres de Kilmallock, et il me restait une longue route isol&#233;e. Il n'y avait pas trace d'une maison chr&#233;tienne sur cette route, et pas un bruit. C'&#233;tait presque tout noir. Je m'arr&#234;tai une ou deux fois pr&#232;s d'un buisson pour allumer ma pipe et s'il n'y avait eu tant de ros&#233;e je me serais &#233;tendu l&#224; pour dormir. Enfin, au d&#233;tour d'un tournant, je rep&#233;rai une petite chaumi&#232;re avec de la lumi&#232;re &#224; la fen&#234;tre. Je m'approchai et frappai &#224; la porte. Une voix demanda qui c'&#233;tait et je r&#233;pondis que j'avais &#233;t&#233; au match de Buttevant, que je rentrai chez moi et que j'accepterais volontiers un verre d'eau. Au bout d'un moment, une jeune femme ouvrit la porte et me tendit un grand verre de lait. Elle &#233;tait &#224; moiti&#233; d&#233;v&#234;tue comme si elle s'appr&#234;tait &#224; se coucher quand j'avais frapp&#233; et ses cheveux &#233;taient d&#233;faits. Quelque chose dans son allure et dans son regard me fit supposer qu'elle attendait un enfant. Elle me retint un long moment &#224; la porte, ce que je trouvai &#233;trange car sa poitrine et ses &#233;paules &#233;taient d&#233;nud&#233;es. Elle me demanda si j'&#233;tais fatigu&#233; et si je voulais m'arr&#234;ter l&#224; pour la nuit. Elle ajouta qu'elle &#233;tait seule dans la maison et que son mari &#233;tait parti le matin m&#234;me raccompagner sa s&#339;ur &#224; Queenstown. Et pendant tout ce temps, Stevie, elle n'a cess&#233; de me d&#233;visager, et elle &#233;tait si pr&#232;s de moi que je pouvais l'entendre respirer. Quand j'ai fini par lui rendre le verre, elle me prit la main pour me faire entrer et dit : &lt;em&gt;&#171; Entrez et restez coucher ici. Vous n'avez rien &#224; craindre, il n'y a personne d'autre que nous&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Je ne suis pas entr&#233;, Stevie. Je l'ai remerci&#233; et j'ai repris mon chemin, compl&#232;tement f&#233;brile. Au premier tournant, j'ai regard&#233; en arri&#232;re et elle &#233;tait toujours &#224; la porte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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