<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=721&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Proust #5 | je m'ennuie apr&#232;s votre photographie</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3215</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3215</guid>
		<dc:date>2013-06-09T15:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;ouvrir le dossier des 198 mentions du mot photographie dans La Recherche &#8211; m&#224;j 4&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot721" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3215.jpg?1370795430' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lectricit&#233; chez les particuliers fortun&#233;s, le t&#233;l&#233;phone, l'automobile, l'avion, le film, le phonographe, les rayons X : dans le plus &#233;l&#233;mentaire de la relation qui nous constitue comme communaut&#233;, et qui fait le territoire pr&#233;cis de la litt&#233;rature, nous savons, pour le monde d'aujourd'hui, que nous ne pouvons contourner la m&#233;diation des objets techniques qui interf&#232;rent avec cette relation. Dans la moindre s&#233;rie t&#233;l&#233;, les personnages fictifs se servent d'ordinateurs portables et de t&#233;l&#233;phones mobiles. C'est une histoire souterraine et impalpable dans la litt&#233;rature : pas d'objet dans Saint-Simon, sinon le tabouret des duchesses lorsqu'il est usurp&#233;, quelques horloges Boulle chez Balzac lorsqu'elles marquent l'&#233;l&#233;vation sociale. Une rupture : la fameuse casquette de Charles Bovary, au d&#233;but du livre qui porte son patronyme, comme G&#233;rard Genette nous a appris &#224; lire ce passage (et dette similaire au m&#234;me pour notre lecture de Proust).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust surgit &#224; l'exact moment o&#249; la m&#233;diation technologique devient incontournable dans le rapport au quotidien. Il s'en saisit, en fait un g&#233;n&#233;rateur textuel, et la retourne sur le fond ancestral de la litt&#233;rature, la qu&#234;te de soi-m&#234;me, la relation passionn&#233;e entre les &#234;tres, pour la pousser un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se saisir de cette strate narrative, objets, techniques, mutations, prend &#233;videmment une urgence consid&#233;rable pour nous, puisque cette m&#233;diation a aussi rejoint l'univers qui chez Proust incarne la permanence, et chez lui n'est pas encore atteint par cette m&#233;diation : le livre. Elle ne vaut pas en elle-m&#234;me, mais seulement en ce qu'elle aide &#224; revenir de fa&#231;on plus aigu&#235; aux enjeux plus essentiels de l'&#233;criture narrative. Mais c'est bien pour cela aussi qu'il faut nous en saisir en tant que telle : le film, la photographie, le t&#233;l&#233;phone, l'automobile, l'avion ou le phonographe sont pour nous devenus des noms communs, et leur pr&#233;sence narrative un fait banal. Chez Proust, ils s'inventent comme noms de roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, et sans compter les daguerr&#233;otypes, il y a exactement 198 occurrences du mot &lt;i&gt;photographie&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Certaines concernent la m&#234;me photographie ou interviennent dans la m&#234;me sc&#232;ne (la grand-m&#232;re photographi&#233;e par Saint-Loup, y compris quand elle revient dans la narration de Fran&#231;oise au d&#233;but du deuxi&#232;me s&#233;jour Balbec). Mais on d&#233;nombre une bonne quinzaine d'usages diff&#233;rents de la photographie vis-&#224;-vis du personnage dans la sc&#232;ne consid&#233;r&#233;e (y compris la propre photographie du narrateur qu'on d&#233;couvre par hasard encadr&#233;e sur la chemin&#233;e de celui-ci, pr&#232;s de la photo de sa tante la duchesse de Guermantes : jamais pourtant le narrateur n'a &#233;voqu&#233; cette s&#233;ance de pose pr&#233;liminaire). Ce sont aussi les agrandissements de monnaies rares que Swann apporte &#224; la m&#234;me duchesse (&#224; Combray, il a donn&#233; au narrateur des photographies de Giotto : qu'il a faites lui-m&#234;me ?), ou les photographies de tableaux avec des sc&#232;nes mythologiques qu'Elstir a dans son atelier, et la sc&#232;ne o&#249; Morel apporte au narrateur les photos de son grand-oncle. Proust parle aussi des d&#233;dicaces qu'on inscrit au dos d'une photographie, et &#233;voquera la &lt;i&gt;&#171; photographie par les rayons X (devant ce chapelet osseux, indiqu&#233; comme &#233;tant une image de lui-m&#234;me, le m&#234;me soup&#231;on d'une erreur que le visiteur d'une exposition qui, devant un portrait de jeune femme, lit dans le catalogue : &#8220;Dromadaire couch&#233;.&#8221;) &#187;&lt;/i&gt; Dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, la photographie en tant que collection, la retouche (&lt;i&gt;&#171; les derni&#232;res applications de la photographie &#8212; qui couchent au pied d'une cath&#233;drale toutes les maisons qui nous parurent si souvent, de pr&#232;s, presque aussi hautes que les tours &#187;&lt;/i&gt; ou bien, ailleurs, ces &#171; photographies retouch&#233;es qu'Odette avait faire chez Otto &#187;), ou ces &lt;i&gt;&#171; cartes album &#187;&lt;/i&gt; sur lesquelles on s'est envoy&#233; soi-m&#234;me &#224; son destinataire en carte postale. On apprend ailleurs que le narrateur garde dans &lt;i&gt;&#171; son tiroir &#187;&lt;/i&gt; une photographie de lui enfant (&lt;i&gt;&#171; il n'est que fourrures et dentelles, comme jamais prince n'a eues &#187;&lt;/i&gt;). Une r&#233;flexion sur le fait que les personnages ont l'air &lt;i&gt;&#171; d'autant plus vieux que les photographies sont plus anciennes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand Proust &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; avec le m&#234;me air de naturel feint et de plaisir dissimul&#233; que si on avait &#233;t&#233; en train de faire sa photographie &#187;&lt;/i&gt;, quelle &#233;tonnante renverse, puisque la photographie sert de m&#233;taphore &#224; un r&#244;le qu'on se donne dans la vie r&#233;elle. Proust joue sur l'&#233;cart de la photographie et de la r&#233;alit&#233; qu'elle repr&#233;sente : &lt;i&gt;&#171; Notre tort est de croire que les choses se pr&#233;sentent habituellement telles qu'elles sont en r&#233;alit&#233;, les noms tels qu'ils sont &#233;crits, les gens tels que la photographie et la psychologie donnent d'eux une notion immobile &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d&#232;s Combray, quel merveilleux passage celui o&#249; la grand-m&#232;re souhaite que l'enfant ait dans sa chambre des reproductions de monuments anciens, mais se renseigne aupr&#232;s de Swann pour savoir comment trouver des photographies non pas des monuments eux-m&#234;mes, mais de peintures qui les repr&#233;sentent : &lt;i&gt;&#171; et pr&#233;f&#233;rait me donner des photographies de la Cath&#233;drale de Chartres par Corot, des Grandes Eaux de Saint-Cloud par Hubert Robert, du V&#233;suve par Turner, ce qui faisait un degr&#233; d'art en plus &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons le ph&#233;nom&#232;ne photographique en tant que tel, dans cette bizarre allusion : &lt;i&gt;&#171; puisque l'&#233;lectricit&#233; de la foudre peut photographier &#187;&lt;/i&gt; (on se souvient du texte de Jean-Christophe Bailly sur l'image d'une &#233;chelle trac&#233;e sur un mur par la bombe atomique d'Hiroshima en 1945).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de toutes ces sc&#232;nes avec photographie, je crois que celle que je pr&#233;f&#232;re c'est celle-ci : &lt;i&gt;&#171; en rentrant, Fran&#231;oise me fit arr&#234;ter, au coin de la rue Royale, devant un &#233;talage en plein vent o&#249; elle choisit, pour ses propres &#233;trennes, des photographies de Pie IX et de Raspail et o&#249;, pour ma part, j'en achetai une de la Berma &#187;&lt;/i&gt; &#8212; avec ce myst&#232;re sous-jacent que la photo du pape Pie IX sera toujours une repr&#233;sentation de Pie IX fixe, rigide et porteur des attributs qui le d&#233;signent comme pape, tandis que la Berma, simplement assise sur une chaise comme la Sarah Bernhardt que photographie Nadar n'est qu'une femme ordinaire, sans rien de l'actrice qui n'est elle que par sa mobilit&#233; m&#234;me, le d&#233;calage avec l'inflexion de ce qu'elle joue et dit &#8212; en achetant une photo du pape, Fran&#231;oise en a pour son argent, le narrateur non.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[53] comme avant d'avoir parfait leur vo&#251;te s'&#233;croulent les vagues</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3299</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3299</guid>
		<dc:date>2013-05-06T20:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Gracq, Julien </dc:subject>
		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>Gustave Le Gray</dc:subject>
		<dc:subject>Rimbaud, Arthur</dc:subject>
		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>phrase, syntaxe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Gustave Le Gray avait photographi&#233; les vagues bien avant que Proust les &#233;crive&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;Gracq, Julien &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot196" rel="tag"&gt;Gustave Le Gray&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Rimbaud, Arthur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot721" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot726" rel="tag"&gt;phrase, syntaxe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3299.jpg?1367901446' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On est parfois tout attrist&#233; de certaines absences. Tant d'artistes et d'&#233;crivains traversent la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, m&#234;me fugacement, et celui dont vous imaginiez qu'il y aurait sa place avec &#233;vidence, il n'y est pas.&#8232;D'autres qui ne les valaient pas ont pris leur place. Rimbaud n'est nomm&#233; que deux fois dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, une fois dans l'&#233;num&#233;ration d'un solide quatuor &#8212; Poe, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud &#8212; une autre fois &#224; propos de ce sportif qui deviendra po&#232;te g&#233;nial : &lt;i&gt;&#171; pendant que le professeur disait des banalit&#233;s sur Cic&#233;ron, lui lisait Rimbaud ou Goethe &#187;&lt;/i&gt;. Parce que Proust n'a pas eu acc&#232;s aux &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; ni &#224;&lt;i&gt; Une saison en enfer&lt;/i&gt;, mais seulement aux po&#233;sies en vers ? Pourtant il a vingt ans quand Verlaine publie les &lt;i&gt;Po&#232;tes maudits&lt;/i&gt;. C'est bizarre, l'histoire de la litt&#233;rature : l'essor de Rimbaud s'amorce en 1925, trop tard pour Proust, et c'est comme une pi&#232;ce qui manque dans ce qu'il dessine de toute la po&#233;sie depuis Malherbe et Racine, via les Vigny ou Lamartine et Hugo, avec Baudelaire comme aboutissement, et Rimbaud restera loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pareil pour Gustave Le Gray. Il a le m&#234;me &#226;ge que Baudelaire ou &#224; peu pr&#232;s. Dans ces p&#233;riodes o&#249; Baudelaire r&#233;volutionne la po&#233;sie par la vitesse et la ville, Le Gray contribue &#224; d&#233;placer techniquement la possibilit&#233; m&#234;me de la photographie. Ses premiers travaux d'&#233;laboration du n&#233;gatif sur verre, puis le n&#233;gatif au collodion et, surtout, sur papier cir&#233;, l'am&#233;lioration des proc&#233;d&#233;s de fixation, tout ce qu'on retrouve dans ses trait&#233;s du d&#233;but des ann&#233;es 1850, lui vaudraient sa place dans l'histoire de la photographie ind&#233;pendamment de ses photographies elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gray travaille sur les plaques et les appareils : r&#233;aliser trente vues dans une seule journ&#233;e lui permet d'inventer la photographie politique, dommage qu'il n'ait comme sujet que la cour de Napol&#233;on dit le petit. Peut-&#234;tre est-ce Le Gray et ses amis que vise Baudelaire dans son Salon de 1859, quand il &#233;crit que &#171; les progr&#232;s mal appliqu&#233;s de la photographie ont beaucoup contribu&#233;, comme d'ailleurs tous les progr&#232;s mat&#233;riels, &#224; l'appauvrissement du g&#233;nie artistique fran&#231;ais, d&#233;j&#224; si rare &#187;, mais sa charge sur la photographie (&#171; dans ces jours d&#233;plorables, une industrie nouvelle se produisit &#187;) t&#233;moigne d'une incompr&#233;hension majeure de Baudelaire, aux antipodes de ce qu'il d&#233;crypte dans Le peintre de la vie moderne. &lt;i&gt;&#171; L'industrie photographique &#233;tait le refuge de tous les peintres manqu&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit Baudelaire, c'&#233;tait vrai pour Le Gray, qui avait expos&#233; comme peintre aux Salons de 1848 et 1853. Ce qui se joue entre la politique et l'image &#8212; Napol&#233;on III sera le premier &#224; s'approprier la photographie pour asseoir son pouvoir &#8212;, d&#233;passe Le Gray, qui se met &#224; son service sans mesurer l'avilissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans d'autres p&#233;riodes, n'importe lequel des proc&#233;d&#233;s qu'il invente lui aurait valu une fortune. Lui il finira au Caire, donnant des cours de dessin. Les photographies qu'il envoie &#224; Paris en 1867, personne pour les regarder. Mais, en 1856 et 1858, alors que Baudelaire lan&#231;ait sa charge contre la photographie, Le Gray inventait sa technique des ciels rapport&#233;s : photographier s&#233;par&#233;ment la mer et le ciel, reconstruire ensuite le paysage, sa fabuleuse s&#233;rie des Marines &#224; partir des deux prises de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment fixer ce qui est mobile, quand la pose photographique est si lente ? Courbet peint sa &lt;i&gt;Vague&lt;/i&gt; (ou sa s&#233;rie dite des &lt;i&gt;Vague&lt;/i&gt;) en 1870. Alexander Harrison peint la sienne en 1885, et Monet dans les m&#234;mes ann&#233;es ses toiles d'&#201;tretat (&lt;i&gt;&#171; les le&#231;ons de v&#233;rit&#233; de Monet &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit Proust). La question de l'objet en perp&#233;tuel mouvement est donc aussi un d&#233;fi de peintre, mais ils ignoreront Le Gray, il est trop t&#244;t pour consid&#233;rer qu'un photographe est un artiste, plut&#244;t qu'un chimiste. Quand Gustave Le Gray meurt en 1884, son fils disperse les plaques de verre et tirages, une bonne part sera perdue &#8211; les autres, minuscules et rares, sont aujourd'hui la possession des plus prestigieux mus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust aussi, avec l'&#233;criture, peint des vagues : &lt;i&gt;&#171; ces r&#234;ves de temp&#234;te dont j'avais &#233;t&#233; rempli tout entier, ne souhaitant voir que des vagues accourant de partout, toujours plus haut, sur la c&#244;te la plus sauvage, pr&#232;s d'&#233;glises escarp&#233;es et rugueuses comme des falaises et dans les tours desquelles crieraient les oiseaux de mer. &#187;&lt;/i&gt; Ou cette occurrence, d'autant plus merveilleuse que le dispositif optique, dont il sera le seul exemple litt&#233;raire, est venu jusqu'&#224; nos enfances : &lt;i&gt;&#171; dans le nom de Balbec, comme dans le verre grossissant de ces porte-plume qu'on ach&#232;te aux bains de mer, j'apercevais des vagues soulev&#233;es autour d'une &#233;glise &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la chambre du premier s&#233;jour &#224; Balbec, o&#249; les biblioth&#232;ques vitr&#233;es servent d'amplificateur &#224; l'image de la mer et la diffractent, les deux m&#233;taphores successives pour dire les vagues seront prises au lapidaire, au min&#233;ral : &lt;i&gt;&#171; je retournais pr&#232;s de la fen&#234;tre jeter encore un regard sur ce vaste cirque &#233;blouissant et montagneux et sur les sommets neigeux de ses vagues en pierre d'&#233;meraude &#231;&#224; et l&#224; polie et translucide &#187; &lt;/i&gt; pour la premi&#232;re, et : &lt;i&gt;&#171; ces collines de la mer qui, avant de revenir vers nous en dansant, peuvent reculer si loin que souvent ce n'&#233;tait qu'apr&#232;s une longue plaine sablonneuse que j'apercevais &#224; grande distances leurs premi&#232;res ondulations, dans un lointain transparent, vaporeux et bleu&#226;tre comme ces glaciers qu'on voit au fond des primitifs toscans &#187;&lt;/i&gt; pour la deuxi&#232;me. On se saisit de formes g&#233;ologiques immobiles pour d&#233;crire le mouvement de la mer, c'est exactement le paradoxe de Le Gray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du deuxi&#232;me s&#233;jour &#224; Balbec (on se souvient qu'&#224; son arriv&#233;e, dans le deuil de sa grand-m&#232;re, le narrateur vit volets clos, la mer est absente), les jours plus courts ont progressivement raison de ce qu'offre la fen&#234;tre &#8212; c'est ce mouvement d'effacement dans l'obscur qui permettra l'ultime et cette fois fluide apparition des vagues dans le texte, avec pour dispositif optique non plus le porte-plume mais la fen&#234;tre elle-m&#234;me : &lt;i&gt;&#171; alors, dans le verre glauque qu'elle boursouflait de ses vagues rondes, la mer, sertie entre les montants de fer de ma crois&#233;e comme dans les plombs d'un vitrail, effilochait sur toute la profonde bordure rocheuse de la baie des triangles empenn&#233;es d'une immobile &#233;cume lin&#233;ament&#233;e avec la d&#233;licatesse d'une plume &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui rapproche infiniment Proust de Le Gray, c'est qu'on ne peut pas progresser dans une technique de repr&#233;sentation, y compris litt&#233;raire, sans la prise en compte de ce que techniquement on y joue, et la transformation de cette technique m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors maintenant on peut entrer dans l'atelier d'Elstir, et ce tableau total qu'il d&#233;crypte &#8212; parce qu'il r&#233;sume tous les Monet et les Harrison r&#233;unis (ajoutons un peu de Sisley, Whistler, Turner pour la mesure) &#8212; qu'est le port de Carquethuit. Le mode d'emploi figure d&#232;s l'entr&#233;e du passage : &lt;i&gt;&#171; en n'employant pour la petite ville que des termes marins, et que des termes urbains pour la mer &#187;&lt;/i&gt; &#8212; ce qui est, au plus strict, la technique utilis&#233;e par Baudelaire pour son &lt;i&gt;L'homme et la mer&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; La mer est ton miroir, tu contemples ton &#226;me / Dans le d&#233;roulement infini de lame, / Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer &#187;&lt;/i&gt;, syst&#233;matique affirm&#233;e jusqu'au bout du sonnet : &lt;i&gt;&#171; Homme, nul n'a sond&#233; le fond de tes ab&#238;mes, / &#212; mer, nul ne conna&#238;t tes richesses intimes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait que Proust cherche d'abord &#224; volatiliser l'image par &#233;clatement : &lt;i&gt;&#171; les &#233;glises de Criquebec qui, au loin, entour&#233;es d'eau de tous c&#244;t&#233;s parce qu'on les voyait sans la ville, dans un poudroiement de soleil et de vagues, semblaient sortir des eaux, souffl&#233;es en alb&#226;tre ou en &#233;cume, et, enferm&#233;es dans la ceinture d'un arc-en-ciel versicolore, former un tableau irr&#233;el et mystique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il cherche dans l'expression du mouvement ne se donnera qu'&#224; condition d'un ralenti infini (comme Le Gray avec ses temps de pose encore consid&#233;rables par rapport aux possibilit&#233;s ult&#233;rieures). Il reprend de tr&#232;s pr&#232;s le vocabulaire des deux descriptions de vagues initiales, celles vues de la fen&#234;tre, reprend la comparaison du glacier, objet partie solide et partie liquide, mais cette fois il introduit le mouvement : &lt;i&gt;&#171; je voyais, pour le premier jour, des vagues, les cha&#238;nes de montagne d'azur de la mer, ses glaciers et ses cascades, son &#233;l&#233;vation et sa majest&#233; n&#233;gligente &#187;&lt;/i&gt; et deuxi&#232;me : &lt;i&gt;&#171; g&#233;ants assemblages, la querelle prenait des formes immenses et magnifiques, comme le soul&#232;vement d'un oc&#233;an aux millions de vagues qui essaye de rompre une ligne s&#233;culaire de falaises, comme des glaciers gigantesques qui tentent dans leurs oscillations lentes et destructrices de briser le cadre de montagne o&#249; ils sont circonscrits. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien le paradoxe : dans les deux premi&#232;res descriptions, il est face &#224; la mer en mouvement, et la phrase s'en tient aux m&#233;taphores immobiles, dans des deux descriptions Elstir il est face &#224; une toile peinte, et cette fois l'&#233;criture se fait mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il les avait connues, les photographies de Le Gray, comment les aurait-ils d&#233;crites, ses vagues ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gustave-le-vray-port-sete-vague.jpg?1356901560' width='500' height='408' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Gustave Le Gray, Jet&#233;e du port de S&#232;te et vague, 1858
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/gustave-le-gray-ocean-vagues.jpg?1356901559' width='500' height='310' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Gustave Le Gray, Oc&#233;an, 1856
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
Sources web utilis&#233;es pour Gustave Le Gray : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://expositions.bnf.fr/legray/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dossier BNF&lt;/a&gt; (on recommande) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1025068v.r=le+gray+gustave.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Photographie, trait&#233; nouveau des proc&#233;d&#233;s et manipulations&lt;/a&gt; (Gallica)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; page &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Le_Gray&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt; (tr&#232;s pr&#233;cis)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; FB, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article87' class=&#034;spip_in&#034;&gt;photographier la mer&lt;/a&gt;.
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
