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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Proust #51 | une impression qui pouvait ressusciter en moi l'homme &#233;ternel</title>
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		<dc:date>2013-06-27T07:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Nerval, G&#233;rard de</dc:subject>
		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>Chateaubriand, Fran&#231;ois-Ren&#233; de</dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>temps, uchronies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;affronter la madeleine (et ne pas y r&#233;duire Proust)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot728" rel="tag"&gt;temps, uchronies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3282.jpg?1372608735' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, quoi de plus simple, s'il suffit d'un &lt;i&gt;&#171; petit morceau de madeleine &#187;&lt;/i&gt; (le morceau suffit, &#244; boulangers de Cabourg qui les commercialisez, &#224; Illiers-Combray ils en ont eu assez et sont plus discrets) &#8211; on est plus pr&#232;s du &lt;i&gt;&#171; petit pan de mur jaune &#187;&lt;/i&gt; de Bergotte que de la confiserie tremp&#233;e &lt;i&gt;&#171; dans son infusion de th&#233; ou de tilleul &#187;&lt;/i&gt; (remarquez l&#224; aussi combien le d&#233;doublement casse toute m&#233;canique et la remplace par le flou qu'on a dans les r&#234;ves), &lt;i&gt;&#171; et tout d'un coup le souvenir m'est apparu &#187;&lt;/i&gt;. Pour une fois que Proust se fait simple, normal que la madeleine soit devenu son image de marque, le clich&#233; proustien par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quelques phrases en amont, on ne l'a pas conquis, le simple : &lt;i&gt;&#171; Arrivera-t-il jusqu'&#224; la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, &#233;mouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arr&#234;t&#233;, redescendu peut-&#234;tre ; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et remontons encore quelques phrases en amont : &lt;i&gt;&#171; Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit &#234;tre l'image, le souvenir visuel qui, li&#233; &#224; cette saveur, tente de la suivre jusqu'&#224; moi. Mais il se d&#233;bat trop loin, trop confus&#233;ment ; &#224; peine si je per&#231;ois le reflet neutre o&#249; se confond l'insaisissable tourbillon des couleurs remu&#233;es ; mais je ne puis distinguer la forme, lui demander comme au seul interpr&#232;te possible &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils savent tout &#231;a, ceux qui parlent de la madeleine de Proust comme une affaire entendue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand arrive le passage c&#233;l&#232;bre de &lt;i&gt;&#171; ces g&#226;teaux courts et dodus appel&#233;s Petites Madeleines qui semblent avoir &#233;t&#233; moul&#233;s dans la valve rainur&#233;e d'une coquille de Saint-Jacques &#187;&lt;/i&gt; (toujours ce principe d'&#233;clatement-recomposition de la plus simple r&#233;alit&#233; potentiellement contenue dans un nom), c'est au pays des l&#233;gendes et de la mort qu'il nous laisse d'abord attendre : &lt;i&gt;&#171; Je trouve tr&#232;s raisonnable la croyance celtique que les &#226;mes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque &#234;tre inf&#233;rieur, dans une b&#234;te, un v&#233;g&#233;tal, une chose inanim&#233;e, perdues en effet pour nous jusqu'au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, o&#249; nous nous trouvons passer pr&#232;s de l'arbre, entrer en possession de l'objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent&#8230; &#187;&lt;/i&gt; La r&#233;miniscence elle-m&#234;me ne se rapporte, dans le hasard de son surgissement, qu'&#224; la mort : &lt;i&gt;&#171; cet objet, il d&#233;pend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fascine dans ce passage, &#233;videmment des plus grands, n'est pas le coup de gong de la r&#233;miniscence elle-m&#234;me, mais que justement elle n'advienne pas. Compl&#232;tement le contraire du processus qui amorcera &lt;i&gt;Le Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, dans la biblioth&#232;que des Guermantes, avec la concordance des pav&#233;s de la cour, du bruit de la cuill&#232;re sur le verre, de la raideur des serviettes empes&#233;es et de Fran&#231;ois le Champi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;crit Proust dans le passage des madeleines c'est, bien au contraire, que la r&#233;miniscence ne se produit pas. Il n'&#233;crit que la r&#233;sistance, le &lt;i&gt;&#171; mot sur le bout de la langue &#187;&lt;/i&gt;. Plut&#244;t que la r&#233;miniscence en elle-m&#234;me, il &#233;crit le travail progressif du narrateur pour la cerner, l'identifier, la r&#233;duire ou la contraindre &#224; un territoire assez limit&#233; pour qu'enfin elle advienne, et que Combray lui soit offert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il y avait d&#233;j&#224; bien des ann&#233;es que, de Combray, tout ce qui n'&#233;tait pas le th&#233;&#226;tre et le drame de mon coucher n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais &#224; la maison, ma m&#232;re&#8230; &#187;&lt;/i&gt; : alors qu'on est d&#233;j&#224; &#224; Combray, le narrateur se projette dans le futur, vers un point cible du vivant de sa m&#232;re, alors que le d&#233;clic pour Proust se fera apr&#232;s le d&#233;c&#232;s r&#233;el. Comme si, plut&#244;t que faire s'ouvrir Combray, le passage de la madeleine avait pour but, en &#233;voquant la maison d'enfance, de faire revivre celle qui a disparu, bien plus tard&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du narrateur, la tisane servie par la m&#232;re ouvre au livre l'univers Combray dans lequel on va entrer. Du point de vue de l'auteur, la convocation &#233;crite de Combray ouvre la r&#233;miniscence d'une sc&#232;ne avec sa m&#232;re, bien plus tardive que Combray mais bien ant&#233;rieure &#224; l'intuition du livre. Ce n'est pas une explication du passage de la madeleine, mais c'est en tout cas une harmonique qui lui est consubstantielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'enl&#232;ve rien &#224; la m&#233;canique de ce passage, sa beaut&#233; et sa gravit&#233; &#8211; rien que l'amertume d'une miette de g&#226;teau dissoute dans la tisane. Mais que l'&#233;vocation que construit Proust ne soit pas dirig&#233;e vers le pass&#233;, mais vers un point situ&#233; dans son pass&#233; &#224; lui, mais dans le futur de l'instant &#233;voqu&#233; pour le narrateur, voil&#224; ce qui fait la force de l'&#233;criture, son d&#233;doublement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; preuve que surgit un personnage compl&#233;mentaire au voyageur &#233;voqu&#233; plus t&#244;t, et lui aussi r&#233;current dans la recherche (cinq fois), ce chercheur indiff&#233;renci&#233; et inquiet : &lt;i&gt;&#171; incertitude, toutes les fois que l'esprit se sent d&#233;pass&#233; par lui-m&#234;me : quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur o&#249; il doit chercher et o&#249; tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : cr&#233;er. Il est en face de quelque chose qui n'est pas encore et que seul il peut r&#233;aliser&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est lui, le chercheur, qui nous dit que la r&#233;miniscence n'est pas un petit morceau de pass&#233; qui &#233;tait pr&#233;sent et inaccessible, qu'on ravive, mais bien qu'elle est cr&#233;ation en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passera alors en quelques lignes du &lt;i&gt;&#171; petit coquillage de p&#226;tisserie, si grassement sensuel sous son plissage s&#233;v&#232;re et d&#233;vot &#187;&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;&#171; l'&#233;difice immense du souvenir &#187;&lt;/i&gt;, mais &lt;i&gt;&#171; sur la ruine de tout le reste &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous compt&#233; les verbes dans la c&#233;l&#232;bre phrase qui cl&#244;t le passage : &lt;i&gt;&#171; dans ce jeu o&#249; les Japonais s'amusent &#224; tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau de petits morceaux de papier jusque-l&#224; indistincts qui, &#224; peine y sont-ils plong&#233;s s'&#233;tirent, se contournent, se colorent, se diff&#233;rencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables &#187;&lt;/i&gt; ? Alors enfin et seulement pourrons-nous entrer avec le narrateur dans &lt;i&gt;&#171; la maison grise sur la rue &#187;&lt;/i&gt;, Combray aura commenc&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[Proust, compl&#233;ments] nappes, temps, gen&#232;se</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3525</link>
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		<dc:date>2013-05-04T08:16:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Kolt&#232;s, Bernard-Marie </dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>temps, uchronies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la notion de nappe associ&#233;e &#224; celle de temps r&#233;f&#233;rentiel nul dans la gen&#232;se de &#034;&#192; la Recherche du temps perdu&#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot728" rel="tag"&gt;temps, uchronies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3525.jpg?1367655330' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
J'ai toujours eu un blocage consid&#233;rable dans ce moment o&#249; il s'agit de &lt;i&gt;fixer&lt;/i&gt; un livre, bien avant d'ailleurs que l&#224; o&#249; le web nous rend possible l'id&#233;e d'une oeuvre recomposable en permanence.
&lt;p&gt;Ce n'est m&#234;me pas &lt;i&gt;les &#233;preuves&lt;/i&gt;, l&#224; il ne s'agit plus que de r&#233;pondre &#224; des questions pr&#233;cises concernant des points de syntaxe ou de pr&#233;cision du r&#233;f&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'&#233;dition est une bascule qui reste d&#233;cisive, et peu importe que ce soit en num&#233;rique ou pour le livre traditionnel. Notre d&#233;fi, dans publie.net, c'est de constituer des mini-collectifs pour cette phase o&#249; on passe de la constitution personnelle de l'oeuvre &#224; une publication qui inclue cette dimension collective &#8211; par exemple, en num&#233;rique, avec participation imm&#233;diate du codeur. Je ne me suis jamais con&#231;u comme &lt;i&gt;&#233;diteur&lt;/i&gt;, et c'est pour &#231;a que je suis attach&#233; &#224; d&#233;finir cette tentative comme &lt;i&gt;coop&#233;rative d'auteurs&lt;/i&gt;. Ce qui d'ailleurs ne s&#233;pare pas tant que &#231;a du livre tradi, puisque les diff&#233;rentes fonctions dans les maisons d'&#233;dition, pour la correction notamment, mais aussi la direction de collection, est le fait de gens qui sont eux-m&#234;mes auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus d'&#233;criture, il y a toujours cette notion de reprise avec distanciation. Recopiages de Flaubert, puis confi&#233;e &#224; copiste ext&#233;rieur et reprise sur la version du copiste, placards imprim&#233;s de Balzac, paperoles de Proust. Pour moi, la publication ici, dans mon site, ou la partie blog de mon site, c'est aussi ce processus de distanciation. C'est parce que le texte entre dans la partie publiable que j'ai la coupure n&#233;cessaire pour corrections et reprises. Le blog n'est pas une instance de publication imm&#233;diate, il est aussi l'instance par o&#249; on prend distance avec l'imm&#233;diatet&#233; de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mon travail sur Proust, je veux garder cette notion d'arrachement. C'est un livre depuis longtemps r&#234;v&#233;, qui s'appuie sur des ann&#233;es de lecture, mais l'arrachement se fait sur vous-m&#234;me. C'est un temps chirurgical, c'est comme &#231;a qu'il devient lieu d'exc&#232;s. &#199;a s'est pass&#233; comme &#231;a aussi pour mes autres livres sur des artistes, les Rolling Stones ou Bob Dylan, d'ailleurs (et m&#234;me pour Led Zeppelin) je me suis toujours arrang&#233; pour me donner la contrainte d'y parler de Proust &#224; tel ou tel moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier lecteur, depuis 1996, c'est Olivier B&#233;tourn&#233;, dont le chemin professionnel a du coup conditionn&#233; le mien propre &#8211; cr&#233;ant le paradoxe de son boulot d&#233;coup&#233; en petits bouts chez Minuit, Verdier, Fayard, Albin, Seuil jusqu'&#224; 70 ans post-mortem (pour &#231;a que le num&#233;rique aussi est une chance : il devient lieu du possible rassemblement, et merci &#224; Olivier d'accepter que les droits num&#233;riques ne soient exclusifs que pour les 2 ans &#224; parution de l'ouvrage, dimension qui m'est de plus en plus vitale). Je dispose donc, depuis 6 semaines, d'une sorte de photo 3D de la lecture d'Olivier B&#233;tourn&#233;, tirage imprimante avec sa r&#233;action graphique, allant de la suggestion de virgule (il sait tr&#232;s bien que je ne ferai pas) &#224; de grands encadr&#233;s marqu&#233;s &lt;i&gt;je ne comprends rien&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a aussi, c'est en commun accord. Pour les Stones ou Dylan aussi, je me revois dans les derniers jours passant des dizaines d'heures allong&#233; (jamais possible travailler &#231;a &#224; table), comme s'il fallait maintenir ce c&#244;t&#233; &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; jusqu'au bout, garder cette impression de mati&#232;re ouverte, c'est ce que j'aime aussi dans la peinture, l'architecture ou les entassements g&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, un moment, Olivier souligne le mot &lt;i&gt;nappe&lt;/i&gt; et &#233;crit &lt;i&gt;vous parlez toujours de nappes, mais c'est quoi ces nappes&lt;/i&gt; et je d&#233;couvre que ce qui &#233;tait pour moi une &#233;vidence est absent du bouquin. Ce matin, j'ai cass&#233; un bout de texte (j'avais &#233;crit sans m'en apercevoir deux chapitres sur Proust et les avions, qui gagnaient &#224; &#234;tre fondus), et voil&#224; les &lt;i&gt;nappes&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai 3 semaines de retard dans la restitution du manuscrit, qui doit partir &#224; la compo. Mais bon, que ce soit Olivier ou Bernard Comment et Flore Roumens ils commencent &#224; me conna&#238;tre, ils ont d&#251; anticiper.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;[29] &#233;tendait de vastes nappes de terreur, de tendresse, sur les mots fondus &#233;galement, tous aplanis ou relev&#233;s&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La structure de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, qui nous permet aussi cette magie d'en construire, &#224; mesure de la lecture, l'architecture int&#233;rieure qui constitue en nous m&#233;moire de cette lecture, c'est le dispositif m&#234;me de son &#233;criture : pour chaque p&#233;riode d&#233;limit&#233;e dans le chemin du narrateur vers l'&#233;criture, on d&#233;termine un instant de temps r&#233;f&#233;rentiel nul, pure transition entre le sommeil et le r&#233;veil, ou le contraire. Cette suspension ou cette r&#233;appropriation de la conscience peut bien avoir de multiples strates, Proust va les explorer toutes, elle ne peut avoir de dur&#233;e. Point sans dur&#233;e dans la teneur du jour, il n'est qu'un moment d'oscillation. Alors, autour de ce point, on va tenir tous les &#233;v&#233;nements, personnages, narrations qui soient li&#233;es &#224; la p&#233;riode cristallis&#233;e par ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout l'art de Proust tient &#224; cette contradiction entre r&#233;currence ou oscillation d'un point de dur&#233;e nulle, et de la nappe biographique et fictive qu'il maintient alors dans le grand souffle circulaire de l'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas qu'il s'agisse d'une invention pure : j'y vois le grand coup de force des Russes, la soir&#233;e dans le salon, avec toutes les conversations simultan&#233;es, qui ouvre &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt;, et j'y vois la disproportion de dur&#233;e entre la folie des gestes et le temps qu'on met pour se les approprier en conscience, qui d&#233;finit la narration chez Dosto&#239;evski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes autrement familiers aujourd'hui de ces principes narratifs, que ne l'&#233;tait un lecteur de 1920. Si les questions touchant &#224; la nature et l'histoire de notre univers restent largement hors d'atteinte de notre pens&#233;e rationnelle, nous avons appris &#224; concevoir que l'expansion de l'univers &#233;tait pensable &#224; partir des premiers instants du big bang, mais que le moment sans dur&#233;e de son origine m&#234;me ne pouvait &#234;tre con&#231;u qu'&#224; partir d'un mod&#232;le oscillatoire, donc la supposition d'un temps r&#233;versible et n&#233;gatif &#8211; principe de pens&#233;e qui vaut certainement pour concevoir l'&#233;quivalence onde et mati&#232;re, pens&#233;e qui s'&#233;bauche au temps de Proust avec Louis de Broglie (nom qui croise ceux de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;), mais il faudra bien encore cinquante ans pour qu'on admette, concernant la mati&#232;re, le principe d'une &lt;i&gt;probabilit&#233; statistique d'existence&lt;/i&gt;, phrase syntaxiquement simple mais qui aurait &#233;t&#233; strictement incompr&#233;hensible dans mes ann&#233;es de lyc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En litt&#233;rature, Virginia Woolf avec &lt;i&gt;La promenade au phare&lt;/i&gt; d&#233;ploie un dispositif &#233;quivalent, tandis que Joyce interroge le m&#234;me processus dans &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; via un principe de stricte &#233;quivalence chonologique : il faut vingt-quatre heures pour lire dans son r&#233;cit les vingt-quatre heures de la journ&#233;e de L&#233;opold Bloom, et c'est la ran&#231;on de ce coup de force qui lui fait inventer, quand Bloom enfin s'endort, le fabuleux monologue int&#233;rieur de Molly. Bien plus tard, un type de vingt-neuf ans, qui a encha&#238;n&#233; les &#233;checs, &#233;crit avec &lt;i&gt;La nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; un monologue d'une seule phrase bas&#233; sur un temps r&#233;f&#233;rentiel nul, ce qui se passe dans l'instant o&#249; l'acteur s'adresse &#224; qui l'&#233;coute.Au point que, dix ans plus tard, lorsqu'il &#233;crira &lt;i&gt;Solitude dans les champs de coton&lt;/i&gt;, bas&#233; tout entier sur le temps sans dur&#233;e d'un croisement de regard, Kolt&#232;s dira avoir voulu tenter volontairement ce qui s'&#233;tait &#233;crit malgr&#233; lui dans la premi&#232;re exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nappes parce que tissu, et toutes les possibles nature et couleur de tissu, nappes parce que superposables, mais aussi qu'on peut froisser, plier, entasser. Nappes parce que d&#233;pli o&#249; peu importe le bord, m&#234;me si chez Proust il sera toujours net et d&#233;limit&#233;. Au final, un ensemble de zones-temps &#233;tir&#233;es parfaitement d&#233;nombrables, et chacune li&#233;e &#224; un point spatial tout aussi pr&#233;cis, la chambre qui accueille l'endormissement ou le r&#233;veil, Combray, les trois appartements parisiens, les deux s&#233;jours Balbec, ou Donci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, dans chaque nappe, une soir&#233;e mondaine est toutes les soir&#233;es mondaines qui peuvent &#234;tre reli&#233;es &#224; ce temps m&#234;me. Les cent quarante pages de la soir&#233;e chez la marquise de Villeparisis, les cent soixante pages de la soir&#233;e chez la princesse de Guermantes deviennent ces textes fous parce qu'ils sont ainsi s&#233;par&#233;s du faux &#233;v&#233;nementiel, ou du moins (puisqu'il y est pr&#233;sent, ainsi la mort prochaine de Swann r&#233;v&#233;l&#233;e chez la princesse de Guermantes) n'est plus qu'un avatar fictionnel, laissant mordre au premier plan dans la relation m&#234;me des &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce fonctionnement par grandes plaques autonomes qui donne son poids et son in&#233;luctable inertie au grand mouvement circulaire qui s'amorce. Il est d&#233;j&#224; latent dans les fragments s&#233;par&#233;s du &lt;i&gt;Jean Santeuil,&lt;/i&gt; o&#249; ils s'&#233;crivent de fa&#231;on th&#233;matique, quand Balbec ou Combray, ou &lt;i&gt;La Prisonni&#232;re&lt;/i&gt;, seront des regroupements d'une suite th&#233;matique limit&#233;e, mais o&#249; la fronti&#232;re pr&#233;cise (les bords) de chaque nappe autorisera que ces th&#232;mes alors y soient maintenus s&#233;par&#233;s, tout en donnant l'illusion de s'entrem&#234;ler (ainsi, quand le narrateur plaque le duc et la duchesse de Guermantes au retour de la soir&#233;e chez la princesse leur cousine, parce qu'il doit retrouver Albertine, qui ne viendra pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce fonctionnement par nappes qui maintient en nous la Recherche non pas comme l'immensit&#233; d'un livre d'un seul tenant, mais une architecture de moments a&#233;riens, tissant chacun son univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bizarrerie, qu'il faut examiner de pr&#232;s, c'est comment le livre impose sa construction &#224; Marcel Proust lui-m&#234;me, qui en int&#232;grera la gen&#232;se &#224; mesure dans le livre, mais sans l'avoir &#8211; j'en suis d&#233;sormais &#224; peu pr&#232;s s&#251;r &#8211; d'aucune fa&#231;on pr&#233;m&#233;dit&#233;e. La cl&#233;, c'est bien la figure de la lecture dans Combray : reprenant sa pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;S&#233;same et les Lys&lt;/i&gt;, sa traduction de Ruskin, le c&#233;l&#232;bre texte &lt;i&gt;Journ&#233;es de lecture&lt;/i&gt;, Proust est contraint de le dissoudre, le d&#233;-spatialiser. Lire dans le jardin, lire dans le logement abandonn&#233; de l'oncle parisien, lire dans le petit cabinet aux iris. L&#224; o&#249; l'unit&#233; devait se faire par le livre, elle &#233;clate, il se retrouve devant la m&#234;me difficult&#233; que pour le &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;. Sauf qu'une des figures de la lecture vient condenser toutes les autres : le moment o&#249; sa m&#232;re, pour l'endormir, lui lit &#224; voix haute le &lt;i&gt;Fran&#231;ois le Champi&lt;/i&gt; de George Sand. Alors, comme par contact, comme le transfert de nos ancienne d&#233;calcomanies, le lieu pr&#233;cis de l'unit&#233; g&#233;n&#233;tique du texte passe de la lecture &#224; ce moment sans dur&#233;e de l'endormissement dans la chambre, et Proust a trouv&#233;. Et c'est bien le myst&#232;re, qui durera tout le livre, de cette relation de la lecture au lieu qui s'ouvre &#224; lui, mais de mani&#232;re r&#233;sistive, impossible &#224; ma&#238;triser par l'intellect.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[2] pour &#233;crire ce livre essentiel</title>
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		<dc:date>2013-02-17T03:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pourquoi Proust s'est-il refus&#233; &#224; publier Jean Santeuil ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3206' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3208' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et que le plus grand myst&#232;re dans la gen&#232;se de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; serait de savoir comment Proust a pu prendre int&#233;rieurement la d&#233;cision de ne pas publier &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque apr&#232;s tout, tout est &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;, et que s'il avait voulu, il lui aurait suffi de payer l'&#233;diteur. Ce qu'il a fait de toute fa&#231;on pour le premier &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, celui de 1913. Ce qu'on f&#234;te de centenaire l'an prochain est l'av&#232;nement d'une oeuvre auto-&#233;dit&#233;e, d'une oeuvre &#224; compte d'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; publi&#233;, la force tr&#232;s vive du livre, m&#234;me dans un dispositif classique, le mettait loin devant les momies vivantes du temps, Anatole France, Bourget et les autres. Seulement il n'aurait pu y avoir la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, puisque la m&#234;me mati&#232;re y sert de fond et d'&#233;lan, mais cette fois transpos&#233;e dans la seule d&#233;termination de la constitution de l'&#233;criture, et la construction du mouvement circulaire. La &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; n'est circulaire que parce qu'elle &lt;i&gt;se sait&lt;/i&gt; et s'&#233;prouve circulaire d&#232;s le d&#233;part et en chaque point de son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier cercle, le tour pour rien qui lui sert de soubassement, fait de &lt;i&gt;Santeuil&lt;/i&gt; une mati&#232;re invisible mais organiquement part de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; revient en permanence, comme une de ses r&#233;currences d&#233;nombrables, ce qui fait la diff&#233;rence entre un petit ma&#238;tre et un grand &#233;crivain, le myst&#232;re ou l'arbitraire ou la d&#233;rision que c'est (Bergotte et les pommes de terre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pulsion obscure qui fait que Proust se refuse &#224; publier &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; pourtant publiable, il y a l'arrachement sans promesse &#224; ce qu'exprime pr&#233;cis&#233;ment cette occurrence, en tout point de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment se saisir pour soi de cette pulsion obscure, quand elle joue avec une telle violence contre vous-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[15] redevenir jaune et m&#233;tallique avec Baudelaire</title>
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		<dc:date>2013-02-16T19:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire#Proust</dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la couleur jaune chez Baudelaire, telle qu'affirm&#233;e par Proust&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3226' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3213' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;change de lettres rest&#233; c&#233;l&#232;bre et souvent reproduit, Baudelaire &#233;crit &#224; Proust : &lt;i&gt;&#171; Cette maladie qu'ont les gens de nous enfermer dans une &#233;poque, quand nous avons employ&#233; notre vie et plus &#224; d&#233;ployer des mondes int&#233;rieurs qui en &#233;taient la n&#233;gation m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt; Et la r&#233;ponse de Proust : &lt;i&gt;&#171; Je n'ai jamais &#233;crit que le livre que tout dans votre oeuvre d&#233;signait, et qui en restait absent. &#187;&lt;/i&gt; Mais ce n'est que r&#233;cemment qu'on a retrouv&#233; ces notes de Baudelaire &#233;tiquet&#233;es &lt;i&gt;&#171; notes for self &#187;&lt;/i&gt; sans autre signature (raison pour laquelle ce manuscrit &#233;tait rest&#233; si longtemps dans une collection priv&#233;e faute d'identification v&#233;rifi&#233;e), o&#249; il commente ainsi la lettre de Proust :&lt;i&gt; &#171; Si le livre auquel mon oeuvre fait r&#234;ver avait d&#251; exister, je l'aurais &#233;crit. Au mieux le v&#244;tre d&#233;veloppe-t-il quelques d&#233;tails et modalit&#233;s d'une de ses r&#233;alisations possibles. Et c'est d&#233;j&#224; beaucoup, voire immense, cher Proust auquel je n'adresserai pas ce mot. &#187;&lt;/i&gt; Doit-on le rapprocher de cette autre mention par laquelle Proust, annotant cette sc&#232;ne o&#249; il r&#233;cite &#224; Albertine des vers sur le clair de lune (on se souvient de cette mention rageuse de Baudelaire &#224; propos des diff&#233;rentes &#233;vocations de son nom dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Oui, mes vers au clair de lune... &#187;&lt;/i&gt;) et terminant par son fameux &lt;i&gt;&#171; pour redevenir jaune et m&#233;tallique avec Baudelaire &#187;&lt;/i&gt;, revient lui aussi sur cet &#233;change de lettres en disant :&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt; &#192; la Recherche du temps perdu &lt;i&gt;condens&#233; en cent-vingt po&#232;mes serait d'une tout autre envergure que vos&lt;/i&gt; Fleurs, &lt;i&gt;cher ami Baudelaire, &#224; qui je n'oserai jamais le dire. &#187;&lt;/i&gt; Comment nous autres, qui les lisons et les analysons tous deux, ne serions pas fascin&#233;s par ces &#233;changes entre g&#233;ants (qui se reconnaissaient comme tels, mais que toute leur &#233;poque ignorait comme tels), &#224; la fois depuis leurs &#233;changes directs comme des mots par lesquels ils les prolongent sans oser transmettre &#224; l'autre. Ainsi, dans ses &lt;i&gt;&#171; notes for self &#187;&lt;/i&gt;, cette autre all&#233;gation de Baudelaire &#233;voquant directement sa lecture de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, &#224; propos de ce m&#234;me passage exactement : &lt;i&gt;&#171; Proust, mon jeune fr&#232;re, mon camarade, mon rare ami, es-tu bien conscient que lorsque tu &#233;cris &#8211; mais sans me nommer &#8211; une phrase comme &lt;/i&gt; aux monuments de Paris s'&#233;tait substitu&#233;, pur, lin&#233;aire, sans &#233;paisseur, le dessin des monuments de Paris &lt;i&gt;tu fais du Baudelaire au petit pied, du Baudelaire vol&#233;, du d&#233;calque de Baudelaire, et dans ta volont&#233; de me suivre, nez coll&#233; dans mon &#233;charpe, tu n'inventes rien que ce que bien avant toi j'ai tordu de la langue, de la ville et du monde, d'un prix que tu ne saurais payer, quelle que soit la ran&#231;on qu'&#224; toi on demande ? &#187;&lt;/i&gt; Exag&#233;ration, voire arrogance, qu'on peut &#233;videmment qualifier de purement baudelairiennes, aurait silencieusement rican&#233; Proust s'il en avait eu connaissance, ou peut-&#234;tre se serait-il content&#233; d'un de ses pneumatiques vengeurs : &lt;i&gt;&#171; On vous reconna&#238;t bien l&#224;, &#244; ma&#238;tre du serpent jaune... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[17] je sais que tu ne l'aimes pas</title>
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		<dc:date>2013-02-16T18:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Balzac, Honor&#233; de</dc:subject>
		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de comment naquit la premi&#232;re phrase de la Recherche&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot168" rel="tag"&gt;Balzac, Honor&#233; de&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3213' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3232' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'ainsi commence le chapitre Balzac du &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt;. Et que ce chapitre est la premi&#232;re reprise d'&#233;criture dans ce manuscrit en cours, apr&#232;s la mort de sa m&#232;re. Que le &lt;i&gt;&#171; tu &#187;&lt;/i&gt; qui surgit ainsi en incipit s'adresse &#224; la m&#232;re morte, difficile de le nier. Il est l'appel &#224; la morte par le travers du texte, et le biais rh&#233;torique de l'altercation fictive. Ce n'est pas seulement une apostrophe : elle est l&#224; devant lui &#8211; le texte commence r&#233;ellement ainsi : &lt;i&gt;&#171; Un des contemporains que Sainte-Beuve a m&#233;connu est Balzac. Tu fronces le sourcil. Je sais que tu ne l'aimes pas. &#187;&lt;/i&gt; Le texte continue ensuite le jeu rh&#233;torique : &lt;i&gt;&#171; Mais, vois-tu... &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Suppose que dans ces circonstances... &#187;&lt;/i&gt;, puis finalement, dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du texte, l'abandonne : &lt;i&gt;&#171; Aussi est-on &#233;tonn&#233; de voir que... &#187;&lt;/i&gt; comme si le jeu ne l'int&#233;ressait plus, une fois le texte amorc&#233;, ou lui ayant repris pied dans ce grand texte sur Balzac d&#233;j&#224; probablement &#233;bauch&#233; ant&#233;rieurement au d&#233;c&#232;s de la m&#232;re. Reste la d&#233;chirure. Ce qui a z&#233;br&#233; trois fois le texte d'un pronom et d'une adresse. Elle, la morte, est au-del&#224; : elle ne r&#233;pond pas. Mais, juste le temps des trois pronoms, elle est devenue miroir &#8211; l'absent au texte, le narrateur qui a fui dans l'&#233;criture critique, celle du &lt;i&gt;&#171; on &#187;&lt;/i&gt;, non pas acc&#232;de au&lt;i&gt; &#171; je &#187;&lt;/i&gt; &#8211; il revient en permanence dans les textes disjoints du &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; (y compris dans le texte &#171; Conversation avec maman &#187; o&#249; il &#233;voque son s&#233;jour &#224; Venise, trouve pr&#233;cis&#233;ment son sujet et son titre (&lt;i&gt;&#171; Enfin, &#233;coute-moi... Le sujet serait : contre la m&#233;thode de Sainte-Beuve &#187;&lt;/i&gt;), et o&#249; on est tout pr&#234;t aussi de la r&#233;partition des r&#244;les future de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, et o&#249; la grand-m&#232;re se substitue &#224; la m&#232;re &#8211; mais lui le narrateur un personnage en apostrophant un autre. Non pas la conversation rapport&#233;e o&#249; il dialogue avec sa m&#232;re, mais, par l'absence de celle-ci, la morte, le r&#244;le qui prend le narrateur &#224; plein corps : il ne peut que savoir l'absence de celle &#224; qui il s'adresse. En un instant, le narrateur du chapitre Balzac du &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; a trouv&#233; son autonomie par rapport &#224; Marcel Proust, qui dit &#171; je &#187; dans ce texte. Alors la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; peut commencer de s'&#233;crire, son narrateur ne co&#239;ncidera jamais plus avec celui qui ouvre le &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; en proclamant : &lt;i&gt;&#171; Chaque jour, j'accorde moins de prix &#224; l'intelligence &#187;&lt;/i&gt;, phrase tellement parall&#232;le dans sa construction au c&#233;l&#232;bre incipit de la Recherche. Proust pouvait-il m&#234;me s'int&#233;resser encore &#224; ce qui devait &#234;tre sa grande entreprise critique, faute d'avoir su se faire romancier ? Le second texte sur Balzac concerne la lecture qu'en fait le duc de Guermantes (le personnage tel qu'il sera dans la Recherche sera intellectuellement bien plus d&#233;muni). On est pass&#233; &#224; des fragments de fiction qui sont comme des branches mortes, des pages inactives de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, encore un de ces jeux d'&#233;bauches infinies mais qui ne mordent pas. Ce qui mort, c'est l'incise qui ouvre le premier texte sur Balzac, premier texte post-mortem : &lt;i&gt;&#171; Tu fronces le sourcil. Je sais que tu ne l'aimes pas. &#187;&lt;/i&gt; Dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; au lieu du texte mort sur Balzac lu par le duc de Guermantes, c'est la folie et l'exag&#233;ration de Charlus (le baron, fr&#232;re du duc) qui aura &#224; charge de porter dans le livre la voix et l'admiration Balzac. Mais il le fera de toute la grosseur de trait n&#233;cessaire, sans aucune volont&#233; de pr&#233;senter une objectivit&#233; quelconque. Et la phrase qui br&#251;le, celle qui dresse tout entier Balzac en une ligne, ce n'est pas dans le &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt; qu'elle s'&#233;crit, mais dans le d&#233;but de la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt;, pr&#233;c&#233;dant la grande m&#233;taphore de la cath&#233;drale, par laquelle la Recherche s'inscrit en elle-m&#234;me : &lt;i&gt;&#171; unit&#233; ult&#233;rieure, non factice, sinon elle f&#251;t tomb&#233;e en poussi&#232;re comme tant de syst&#233;matisations d'&#233;crivains m&#233;diocres qui, &#224; grand renfort de titres et de sous-titres, se donnent l'apparence d'avoir poursuivi un seul et transparent dessein. Non factice, peut-&#234;tre m&#234;me plus r&#233;elle d'&#234;tre ult&#233;rieure, d'&#234;tre n&#233;e d'un moment d'enthousiasme o&#249; elle s'est d&#233;couverte entre des morceaux qui n'ont plus qu'&#224; se rejoindre. Unit&#233; qui s'ignorait, donc vitale et non logique, qui n'a pas proscrit la vari&#233;t&#233;, refroidi l'ex&#233;cution. &#187;&lt;/i&gt; D&#233;fi logique pos&#233; &#224; Proust lui-m&#234;me : construire volontairement une oeuvre dont l'unit&#233; ne pourrait &#233;chapper au &lt;i&gt;factice&lt;/i&gt; qu'&#224; condition de ne pas proc&#233;der d'une intention. Mais quand on a os&#233; apostropher une morte &#224; plein texte, uniquement pour justifier Balzac, n'a-t-on pas la folie n&#233;cessaire ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[22] et pour rendre Venise plus intime et plus vraie lui donner de la ressemblance avec Aubervilliers</title>
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		<dc:date>2013-02-16T13:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rome, Italie</dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>lieux, espace, cartes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;paradoxes de l'inclusion Venise dans Albertine disparue&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3235' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3237' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'aime pas vraiment le passage sur Venise (tout un chapitre) qui cl&#244;t Albertine disparue, juste avant la reprise majeure, o&#249; tout exsude, qui est le d&#233;but du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;. On sait l'importance qu'a eue Venise pour Marcel Proust. On retrouve tout au long de ses pages son grand art d'&#233;crire, appliqu&#233; &#224; un objet toujours fascinant, le surgissement al&#233;atoire d'un lieu dans la ville quand on ne le cherche pas, et l'impossibilit&#233; &#224; le trouver quand on cherche &#224; y revenir (mais n'avons-nous pas tous fait cette exp&#233;rience dans Venise), il y a les pages magnifiques sur les changements brusques d'&#233;chelle des palais aux masures, la fa&#231;on dont les canaux minuscules les d&#233;chirent arbitrairement, et il y a comment tout cela est repris par l'ensemble des peintres, ceux qui magnifient et ceux qui dess&#232;chent, ceux qui cherchent trop le d&#233;tail et ceux qui s'en tiennent trop aux rituels convenus. Mais d&#233;j&#224; ce d&#233;calque de la ville dans la mosa&#239;que de ses repr&#233;sentations nous donne &#224; foison du grand Proust, de m&#234;me que cette remont&#233;e du Grand Canal en gondole avec sa m&#232;re, quand les palais des deux rives apparaissent comme des &lt;i&gt;falaises de marbre&lt;/i&gt;. Alors pourquoi je n'aime pas ? L'impression que Proust installe son Venise parce que tel est le lieu pr&#233;cis o&#249; il doit figurer dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, &#233;loignement g&#233;ographique et temporel o&#249; en finir avec Albertine et r&#233;introduire Gilberte pour le grand basculement final. Le basculement des &#234;tres a commenc&#233; : ainsi, quand il nous produit la Villeparisis et Norpois, elle rougeaude et bossue (on nous pr&#233;cise que c'est l'ecz&#233;ma), et Norpois comme s'il fallait une vengeance du narrateur, tant le discours du bonhomme, sur la bourse et la politique, est une caricature que d&#233;mentent &#224; chaque instant les faits. Mais quelle absurdit&#233; narrative quand le narrateur reste (sans qu'ils s'en aper&#231;oivent) &#224; &#233;couter toute leur conversation, alors m&#234;me que sa m&#232;re le requiert pour leur repas, un peu plus loin dans le restaurant. Proust a tout mis en place, son &#233;criture est bien plus qu'une &#233;bauche, et puis il est mort : il avait pouss&#233; le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; jusqu'&#224; l'aiguiser, et Venise reste comme une plaque immobile. Bien s&#251;r justifi&#233;e narrativement : c'est ce fameux t&#233;l&#233;gramme qu'il interpr&#232;te comme lui venant d'Albertine, et dont il explique ensuite comment les distorsions de graphie ont pu lui faire substituer ce nom &#8211; et le contenu du message &#8211; &#224; celui de Gilberte. Je sais bien l'importance de ce coup de th&#233;&#226;tre narratif, et comment on voir alors en transparence dans le faux pr&#233;nom d'Albertine le vrai pr&#233;nom d'Agostinelli, mort noy&#233; au large d'Antibes dans un accident d'avion. J'aime presque mieux le voyage retour en train avec la m&#232;re et tous ces d&#233;tails, &#224; propos de quand &lt;i&gt;on d&#233;ballerait les &#339;ufs durs&lt;/i&gt; ou bien qu'elle &lt;i&gt;d&#233;ferait le paquet de livres qu'elle avait achet&#233;s sans me le dire&lt;/i&gt;. Mais la vraie trace de l'&#233;chec du passage Venise, je la vois dans la phrase qui ouvre le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; La nouvelle maison de sant&#233; dans laquelle je me retirai alors ne me gu&#233;rit pas plus que la premi&#232;re ; et un long temps s'&#233;coula avant que je la quittassse. &#187;&lt;/i&gt; Le long et beau chapitre Venise a manqu&#233; sa mission : construire la s&#233;paration de temps en installant la s&#233;paration de l'espace. Alors il s'en tire avec cet artefact : surgissement de cette &lt;i&gt;maison de sant&#233;&lt;/i&gt; dont on ne saura rien, sauf pr&#233;cis&#233;ment que d'une seule phrase on installe la dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e qui fera surgir le vieux Charlus (alors que dans Venise surgissait d&#233;j&#224; la Villeparisis vieillie) &#8211; &lt;i&gt;&#171; un long temps &#187;&lt;/i&gt; c'est quand m&#234;me moins r&#233;ussi que le &lt;i&gt;&#171; longtemps je me suis couch&#233; de bonne heure &#187;&lt;/i&gt; de l'incipit. De Venise &#224; la premi&#232;re phrase du Temps retrouv&#233;, nous voil&#224; donc brutalement renvoy&#233; &#224; une donn&#233;e essentielle : dans sa derni&#232;re maladie, lorsqu'il refuse les m&#233;dications prescrites par son fr&#232;re et pr&#233;f&#232;re la mort, Proust sait tr&#232;s bien qu'il reste quelques probl&#232;mes narratifs majeurs &#224; r&#233;gler dans la Recherche, et pas seulement la double mort de Bergotte. Il nous oblige &#224; marcher dans son livre comme parmi les blocs d'un chantier pas encore fini, et cela aussi fait partie de l'ach&#232;vement du livre tel qu'il nous l'impose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[28] et nous tenons &#224; eux, m&#234;me &#224; ceux que nous voudrions le plus corriger</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>phrase, syntaxe</dc:subject>
		<dc:subject>Mathis, R&#233;mi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;que les phrases bancales signifient aussi&lt;/p&gt;

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		</description>


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&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3243' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3245' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;... &lt;i&gt;&#171; moiti&#233; tristesse r&#233;elle, moiti&#233; &#233;nervement de cette vie, moiti&#233; simulation chaque jour plus audacieuse &#187;&lt;/i&gt;, comment reprocher &#224; cet ami de tiquer sur cette phrase ? Je ne crois pas qu'aucun correcteur de maison d'&#233;dition ne la laisserait passer sans la signaler &#224; l'auteur, et probablement m&#234;me, si l'auteur souhaite la maintenir, lui faire amicalement mais fermement sentir (je n'ai pas cette qualit&#233; qu'ils ont de prendre un manuscrit par sa voie grammaticale, et combien de nuances ou de fa&#231;on d'aiguiser la phrase je leur dois) que maintenir l'aberration locale de la langue ou de la logique se ferait contre leur volont&#233; exprim&#233;e ? On le sait bien, que &lt;i&gt;&#171; moiti&#233; tristesse r&#233;elle, moiti&#233; &#233;nervement de cette vie, moiti&#233; simulation chaque jour plus audacieuse &#187;&lt;/i&gt; &#231;a fait quand m&#234;me une moiti&#233; de trop. Mais sugg&#233;rer de transposer la phrase avec l'expression &lt;i&gt;pour un tiers&lt;/i&gt; n'est &#233;videmment pas la r&#233;ponse. En ce cas, on d&#233;nombre et on impose cl&#244;ture. C'est une phrase du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, qui de toute fa&#231;on est le texte des grandes aberrations. Peut-&#234;tre que l'instance sup&#233;rieure de la r&#233;ponse ne serait pas de justifier les aberrations du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; par le fait que Proust est mort alors qu'il en &#233;tait encore &#224; corriger &lt;i&gt;La prisonni&#232;re&lt;/i&gt;, et que le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; n'est qu'un grand chantier &#224; l'&#233;bauche, mais affirmer que, au nom m&#234;me de la circularit&#233; qu'il s'agit de construire, et du jeu fantastique des renversements qu'il inaugure, l'aberration narrative est un des outils m&#234;me de cette perception fantastique du monde, une fois que le narrateur s'est pris le pied dans les pav&#233;s de la cour du quai Malaquais (celle de l'&#233;cole des Beaux-Arts aujourd'hui, et j'ai fait trente fois l'exp&#233;rience de me replacer &#224; cet endroit pr&#233;cis du tr&#233;buchement &#8211; sans r&#233;sultat concluant bien s&#251;r). Proust installe que le narrateur a tr&#233;buch&#233;. Non seulement Gilberte s'est mari&#233;e avec Saint-Loup, mais &#8211; dans ce passage &#8211; Saint-Loup atteint par la maigreur l'&#233;quivalent de ce qu'est l'ob&#233;sit&#233; pour Charlus (d&#233;sol&#233;, c'est Proust, pas moi) et du r&#244;le transitoire constitu&#233; par le mariage Gilberte Swann-Robert de Saint-Loup, reconstruit avec une fluidit&#233; de kal&#233;idoscope (&lt;i&gt;&#171; ouvrir les yeux pour fixer le kal&#233;idoscope de l'obscurit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, cet outil d'illusion optique compte dix occurrences dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, dont la derni&#232;re pour ce passage m&#234;me), que Saint-Loup s'en va dans la case Charlus, tandis que lui le narrateur se retrouve dans la case initiale du livre, promenade &#224; Tansonville avec Gilberte &#8211; autre bizarrerie, il est devenu pour quelques pages le provisoire mari par procuration qu'&#233;tait Charlus avec Odette. Donc on tourne, et les silhouettes d&#233;mesur&#233;ment agrandies sont des fant&#244;mes qu'il s'agit de rendre impalpables et fluides : les noms qui seront d&#233;j&#224; ceux du livre que le narrateur, en toute fin du livre, va cette fois commencer d'&#233;crire, et la preuve que ce n'est pas du roman ou une invention malsaine d'un narrateur qu'on sait malade et r&#234;veur et menteur, mais un fragment arrach&#233; &#224; la peau m&#234;me du monde, c'est que ce livre on vient, nous lecteur, d'en achever la lecture. Il n'est donc pas du tout s&#251;r que Proust, s'il avait assez v&#233;cu pour suivre lui-m&#234;me l'ach&#232;vement et la mise au point du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, aurait corrig&#233; l'&#233;vidence fautive de la phrase aux trois moiti&#233;s. Ainsi, cette notion de glissement, et comme elle structure sa pens&#233;e : le r&#233;f&#233;rent r&#233;el que d&#233;signe la phrase, chez Proust, s'articule sur le point de la phrase que nous lisons, et donc se d&#233;place avec lui. C'est un saut en avant qui s&#233;pare la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;, et se pr&#233;pare dans les chapitres les plus avanc&#233;s du projet &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt;, notamment celui sur Nerval. Il ne surgit pas au hasard, mais dans un contexte de pens&#233;e pr&#233;cis : &#224; un si&#232;cle de distance, nous faisons d'Einstein la rupture th&#233;orique qu'il est bien l&#233;gitimement (&#224; condition, pour la p&#233;riode suisse qui voit na&#238;tre le premier th&#233;or&#232;me, de la partager pr&#233;cis&#233;ment avec sa &lt;i&gt;moiti&#233;&lt;/i&gt; trop oubli&#233;e), mais o&#249; Einstein lui-m&#234;me participe d'une pens&#233;e collective &#8211; celle de Poincar&#233; et celle de Bergson ne sont pas &#233;trang&#232;res &#224; Proust, et participent du m&#234;me territoire (entre mille exemples, lors de la premi&#232;re sortie en voiture lou&#233;e, &#224; la Raspeli&#232;re : &lt;i&gt;&#171; les distances ne sont que le rapport de l'espace au temps et varient avec lui &#187;&lt;/i&gt;). Dans la phrase aux trois moiti&#233;s, un de ces exemples du glissement qui rend &#224; lui seul la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; fluide et lui autorise sa continuit&#233; circulaire, &#224; condition du grand effondrement remplacement qu'est le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; : l'&#233;nonc&#233; de la deuxi&#232;me moiti&#233; oublie la premi&#232;re et autorise la troisi&#232;me, et ce &lt;i&gt;sfumato&lt;/i&gt; n'est que le cheminement mental sur quoi travaille la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, il est son instance &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt;, qui ne correspond pas &#224; l'objectivit&#233; du monde mais &#224; celle du mental, qui recompose sans cesse. Comment ne pas penser la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; m&#234;me dans ce principe d'expansion, qui laisse n&#233;cessairement sa marque dans la syntaxe m&#234;me, projetant de fa&#231;on fractale sur le local ce qui se passe &#224; &#233;chelle du livre ? &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de chez Swann&lt;/i&gt; para&#238;t en 1913, c'est la premi&#232;re des trois parties r&#233;dig&#233;es et quasiment pr&#234;tes &#224; la publication de l'oeuvre circulaire en trois tomes. La guerre casse l'id&#233;e d'une publication de la suite imm&#233;diate : &lt;i&gt;&#192; l'ombre des jeunes filles en fleurs&lt;/i&gt; ne para&#238;tra qu'en 1919. Dans ces six ans, les deux tomes suivant &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt; sont devenus huit, et s'est amorc&#233; &#8211; par les belles et &#233;mouvantes paperoles, mais aussi par l'intervention de la dactylographie (et r&#233;&#233;criture sur les feuillets dactylographi&#233;s) &#8211;, un principe d'expansion continue du livre. Proust, dans sa derni&#232;re maladie, refuse les m&#233;dications prescrites par son fr&#232;re. On y voit, et c'est dur, un homme &#224; bout de souffrance et d'&#233;puisement, et qui pr&#233;f&#232;re fermer d&#233;finitivement les yeux &#224; l'id&#233;e de supporter une nuit de toux en plus. Mais la conscience esth&#233;tique qu'a &#224; l'&#233;vidence Marcel Proust de son ouvrage est certainement aussi grande et aussi sauvage : plus personne pour ne pas remettre en cause cette mort accept&#233;e comme assentiment donn&#233; &#224; l'inach&#232;vement d&#233;finitif du livre, et donc qu'en sa fin, lisant le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, on marche dans ce qu'un Hubert Robert plus g&#233;nial qu'Hubert Robert aurait d&#233;finitivement construit comme ruines &#8211; ce par quoi seul s'inaugure l'&#233;lan circulaire. La phrase aux trois moiti&#233;s non pas comme indice du non-retravail, mais comme ce principe m&#234;me d'expansion marquant son inach&#232;vement, au nom du livre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;&#224; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9mi_Mathis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R.M.&lt;/a&gt; (et merci)&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[29] mais cette vieille peste de Saint-Simon</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3245</link>
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		<dc:date>2013-02-15T14:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Saint-Simon, duc de</dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint-Simon comme fitness des &#233;crivains&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Saint-Simon, duc de&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3244' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3246' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Continuons sur l'inauguration de cette circularit&#233;. Elle se fait dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; par deux figures majeures. L'une est clairement analys&#233;e, dans le d&#233;but de la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; : le moment o&#249; Balzac, alors que la &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt; est en large partie d&#233;j&#224; &#233;crite, publi&#233;e et republi&#233;e, la con&#231;oit comme &lt;i&gt;&#171; unit&#233; ult&#233;rieure, non factice &#187;&lt;/i&gt;, principe qu'il doit lui (Marcel Proust auteur) concevoir en amont, sachant pourtant qu'il ne tiendra qu'&#224; l'arbitraire qu'il inclut, et le conduit &#224; l'all&#233;gorie de l'oeuvre-cath&#233;drale. L'autre est plus discr&#232;te. Saint-Simon est tout le temps dans l'ombre de Proust (il est l'une des cibles des pastiches de l'affaire Lemoine), mais sans que Proust &#233;crive sur lui un texte sp&#233;cifique comme son majestueux article sur Baudelaire ou ses textes fondateurs sur Balzac, Nerval, Flaubert. C'est seulement dans le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, encore, que Proust se l&#226;che un peu plus &#8211; reprenant (mais sans cette notion de h&#226;te et de vitesse qui signe fabuleusement la toute fin des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; je n'ai pu me d&#233;faire d'&#233;crire rapidement &#187;&lt;/i&gt;, et la merveille que c'est d'&#233;crire cela apr&#232;s un livre-vie qui vous a demand&#233; dix ans de r&#233;daction continue), Proust associe Saint-Simon aux &lt;i&gt;Mille et une nuits&lt;/i&gt; en disant : &lt;i&gt;&#171; non pas que je pr&#233;tendisse refaire les &lt;/i&gt; Mille et une nuits&lt;i&gt;, pas plus que les&lt;/i&gt; M&#233;moires &lt;i&gt;de Saint-Simon &#187;&lt;/i&gt;, mais les convoque parce que livres &lt;i&gt;&#171; &#233;crits eux aussi la nuit &#187;&lt;/i&gt;. La nuit, sa dur&#233;e s&#233;par&#233;e du temps et la double non-cl&#244;ture qu'elle autorise &#224; l'oeuvre, dans le d&#233;pli spatial comme dans ce qu'elle nous prend par l'imaginaire et le r&#234;ve, passant avant toute autre cat&#233;gorie pour la gen&#232;se du r&#233;cit. Et ce n'est pas un hasard si Proust place ici les mots &lt;i&gt;na&#239;vet&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;superstitieusement&lt;/i&gt; :&lt;i&gt; &#171; pas plus qu'aucun des livres que j'avais tant aim&#233;s et desquels, dans ma na&#239;vet&#233; d'enfant, superstitieusement attach&#233; &#224; eux comme &#224; mes amours, je ne pouvais sans horreur imaginer une oeuvre qui serait diff&#233;rente &#187;&lt;/i&gt;. Passons sur la figure de d&#233;placement du rapport r&#233;el-fiction induit par les &lt;i&gt;Mille et une nuits&lt;/i&gt; : Sh&#233;h&#233;razade a donn&#233; naissance &#224; ses enfants, la conjuration se d&#233;fait. Mais Saint-Simon hante la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; au-del&#224; des trente-quatre occurrences qui le nomment. Ainsi, lors de la veill&#233;e mortuaire de la grand-m&#232;re, quand para&#238;t, surgit on ne sait de quelle nuit biographique, ce &lt;i&gt;&#171; beau-fr&#232;re de ma grand'm&#232;re, qui &#233;tait religieux, et que je ne connaissais pas &#187;&lt;/i&gt; et qui, pendant qu'il prie, &#233;carte les doigts qu'il a mis sur son visage pour espionner la famille : &lt;i&gt;&#171; Il parut surpris de ma piti&#233; et il se produisit alors quelque chose de singulier. Il joignit ses mains sur sa figure comme un homme absorb&#233; dans une m&#233;ditation douloureuse mais, comprenant que j'allais d&#233;tourner de lui les yeux, je vis qu'il avait laiss&#233; un petit &#233;cart entre ses doigts. Et, au moment o&#249; mes regards le quittaient, j'aper&#231;us son oeil aigu qui avait profit&#233; de cet abri de ses mains pour observer si ma douleur &#233;tait sinc&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. La sc&#232;ne est dans Saint-Simon, dans le grand bloc des trois deuils (le grand Dauphin, la duchesse puis le duc de Bourgogne). Proust ajoute : &lt;i&gt;&#171; Il &#233;tait embusqu&#233; l&#224; comme dans l'ombre d'un confessionnal. Il s'aper&#231;ut que je le voyais et aussit&#244;t cl&#244;tura herm&#233;tiquement le grillage qu'il avait laiss&#233; entr'ouvert. Je l'ai revu plus tard et jamais entre nous il ne fut question de cette minute. &#187;&lt;/i&gt; Proust utilise donc Saint-Simon comme nous tous, qui y faisons notre &lt;i&gt;fitness&lt;/i&gt; : capacit&#233; &#224; densifier la phrase, via un appui sur la triangulation des verbes, qui fait passer leur importance avant celle, plus traditionnelle, du sujet, pour esquisser une sc&#232;ne rapide et dure, o&#249; tout un &#234;tre va surgir en trois lignes et s'ins&#233;rer comme un &#233;clat coupant dans la m&#233;moire qu'on aura du livre, le rendant int&#233;rieurement p&#233;renne. Mais quelle bizarrerie, &#224; c&#244;t&#233; de tant de silhouettes qui repartent aussit&#244;t dans l'ombre, que ce &lt;i&gt;&#171; je l'ai revu plus tard &#187;&lt;/i&gt;, alors que le livre peu &#224; peu se confond avec la vie du narrateur, mais que ces rencontres suppos&#233;es ne franchissent plus l'orbe du livre. Peu importe : on sait que Saint-Simon est d&#233;finitivement &#233;vinc&#233; de la politique au bout des huit ans de R&#233;gence (1715-1723), alors qu'il est d&#233;j&#224; tr&#232;s marginalis&#233; dans l'entourage du duc d'Orl&#233;ans. Et qu'il commence en 1739, &#224; seize ans de distance, la r&#233;daction effective des M&#233;moires qu'il termine en 1749, soit dix ans d'&#233;criture, avant son d&#233;c&#232;s en 1755. Il aura donc &#233;crit en dix ans, de ses soixante-quatre &#224; ses soixante-quatorze ans, une vie de cour qui commence &#224; ses dix-huit ans (1693) et s'interrompt au d&#233;c&#232;s du R&#233;gent (il a quarante-huit ans). Bien des bonnes volont&#233;s calent &#224; la lecture de Saint-Simon (mais combien sommes-nous de lecteurs de Proust &#224; savoir comment nous avons d'abord cal&#233; &#224; la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;), pour commencer par le d&#233;but : Saint-Simon &#224; la mort de son p&#232;re n'est qu'un rouage minuscule, et sa rage &#224; valoriser ses pr&#233;rogatives de duc tient surtout au hasard de cette &#233;l&#233;vation &#8211; on se souvient de l'anecdote de son p&#232;re qui se fait remarquer de Louis XIII pour lui avoir pr&#233;sent&#233; son cheval t&#234;te-b&#234;che, dans les relais de chasse &#224; courre, autorisant le roi &#224; passer sans interruption, juste en pivotant sur l'&#233;trier, d'un cheval &#224; l'autre. Mieux vaut, pour commencer Saint-Simon, le prendre en route vers 1709, et lire le d&#233;but une fois qu'on est arriv&#233; &#224; la fin &#8211; on sera un peu perdu au milieu des masques, mais ce ne sont pas eux qui comptent, et le vent vous emportera (l'autre obstacle, c'est la prolif&#233;ration des anthologies et morceaux choisis, m&#234;me faits avec la meilleure intention du monde : Saint-Simon, comme Proust, ne se prend pas dans le d&#233;tail). L'oeuvre de Saint-Simon est &#233;crite avant de l'&#234;tre : il y a une r&#233;daction plus ou moins continue, de l'ordre du journal personnel, d&#232;s l'entr&#233;e &#224; la cour. Il y a une masse extraordinaire de dossiers et m&#233;moires constitu&#233;s pour les affaires politiques dont il se m&#234;le, d&#232;s le proc&#232;s avec le duc de Luxembourg, jusqu'aux m&#233;moires priv&#233;s pour le duc de Bourgogne devenu dauphin, et dont le d&#233;c&#232;s an&#233;antira le possible destin politique de Saint-Simon. Et puis il y a les annotations sur le journal chronologique que tient Dangeau, bourgeois projet&#233; &#224; la cour, et qui en note tout le d&#233;tail probablement parce que c'est pour lui question de survie. Les r&#233;dactions que fait Saint-Simon, r&#233;dactions de premier jet, dans la marge de son exemplaire recopi&#233; du Dangeau (comme il se fait aussi recopier les m&#233;moires de Torcy) sont des monuments d'&#233;criture vive et tranch&#233;e, souvent plus ac&#233;r&#233;e que la reprise qui s'en fait dans l'appareil lent et m&#233;canique des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;. Quand Saint-Simon s'attaque &#224; la r&#233;daction continue, il prend &#224; bras-le-corps un massif gigantesque d'&#233;criture, et le joue rythmiquement : il interpr&#232;te &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; un continent-vie qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre &#233;crit. Quand Saint-Simon &#233;voque d&#233;j&#224; son projet en 1699, dans une lettre &#224; Ranc&#233;, c'est d&#233;j&#224; presque une anticipation proustienne : &lt;i&gt;&#171; mais voyant cette esp&#232;ce d'ouvrage qui va grossissant tous les jours avec quelque complaisance de le laisser apr&#232;s moi &#187;&lt;/i&gt;. Mais comment Proust n'aurait pas &#233;t&#233; pris lui aussi par cette fascination aux pages conclusives des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, que chacun de ses lecteurs conna&#238;t par coeur : &lt;i&gt;&#171; j'ai senti ces d&#233;fauts ; je n'ai pu les &#233;viter, emport&#233; toujours par la mati&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, avant ce&lt;i&gt; &#171; je n'ai pu me d&#233;faire d'&#233;crire rapidement &#187;&lt;/i&gt;. Comme Zola n'a jamais &#233;crit sur la photographie, alors qu'il laisse 7 000 plaques de verre et vient juste de recevoir de Seattle le dernier mod&#232;le Kodak, lors de l'accident qui l'asphyxie &#224; soixante-deux ans, Proust ne s'est pas expliqu&#233; plus sur ce qui est pour nous une &#233;vidence, et &#224; quoi trente-quatre fois il fait directe r&#233;f&#233;rence : le livre-vie qu'on &#233;crit, apr&#232;s disparition de cette vie m&#234;me, et qui la remplace de fa&#231;on circulaire, terminant les &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; au moment o&#249; on commence &#224; les &#233;crire, est la d&#233;finitive et brutale bascule d'un continent d&#233;j&#224; &#233;crit. Mais cette figure du recommencement, Proust s'en saisit directement chez Saint-Simon. On sait aujourd'hui que l'absolutisme radicalis&#233; de Saint-Simon fait de l'ensemble des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; plus une fiction (en tant qu'objet-langue) qu'un t&#233;moignage : il se trompe sur Dubois (un peu moins sur Law ?) comme il se trompe sur son si&#232;cle, et ce faisant nous livre toutes les fissures qui seront un demi-si&#232;cle apr&#232;s lui la fin de la monarchie &#8211; mais Proust reprend le m&#234;me dispositif en ne changeant tr&#232;s exactement que ce rouage, non pas des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, mais d&#232;s l'enfance une fiction, par le d&#233;doublement narrateur-auteur inaugural. Et pas moyen de comprendre le basculement circulaire de la Recherche sans revenir &#224; son plus majestueux mod&#232;le dans notre histoire de la litt&#233;rature (Saint-Simon n'&#233;crivait pas pour la litt&#233;rature, ni m&#234;me pour une publication ou un livre, il n'&#233;crivait que pour ses proches et la circulation priv&#233;e de telles archives), &#224; savoir la temporalit&#233; des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, qui finissent o&#249; l'auteur commence de les &#233;crire, tout en n'ayant fait qu'&#233;crire toute sa vie, et n'avoir rien &#233;crit d'autre que ce qui figure l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>[98] c'est une humanit&#233; plus fantastique que celle qui peuple la Ronde de Nuit de Rembrandt</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3412</link>
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		<dc:date>2013-02-10T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Gracq, Julien </dc:subject>
		<dc:subject>Nerval, G&#233;rard de</dc:subject>
		<dc:subject>Balzac, Honor&#233; de</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Simon, duc de</dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Combien y a-t-il de personnages dans la Recherche sinon un seul ? Ou bien : y a-t-il des personnages dans la Recherche susceptibles de r&#233;sister &#224; l'attraction du narrateur jusqu'&#224; s'y confondre ? Pourtant, si : le duc Bazin de Guermantes, ancr&#233; dans son &#233;troitesse, restera lui-m&#234;me jusqu'au dernier avachissement, prisonnier d'Odette. Odette elle-m&#234;me, comme aspir&#233;e sans cesse dans ce nuage d'une partie inconnue d'elle-m&#234;me (inconnue &#224; elle-m&#234;me et &#224; nous lecteurs) qui fait qu'elle n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Saint-Simon, duc de&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Combien y a-t-il de personnages dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; sinon un seul ? Ou bien : y a-t-il des personnages dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; susceptibles de r&#233;sister &#224; l'attraction du narrateur jusqu'&#224; s'y confondre ? Pourtant, si : le duc Bazin de Guermantes, ancr&#233; dans son &#233;troitesse, restera lui-m&#234;me jusqu'au dernier avachissement, prisonnier d'Odette. Odette elle-m&#234;me, comme aspir&#233;e sans cesse dans ce nuage d'une partie inconnue d'elle-m&#234;me (inconnue &#224; elle-m&#234;me et &#224; nous lecteurs) qui fait qu'elle n'est toujours pr&#233;sente que partiellement &#224; la surface du livre, quelle que soit son mode d'apparition et la partie consid&#233;r&#233;e. Il y a une &#233;paisseur et une consistance d'Albertine, l&#224; o&#249; elle r&#233;siste au narrateur, l&#224; o&#249; tout ce que se raconte le narrateur &#224; son propos ne pourrait &#234;tre que fantasme, qui la fait exister comme personnage, notamment dans la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt;, lorsqu'elle d&#233;couvre le monde de la lecture, ou celui de la musique. Il y a une r&#233;sistivit&#233; semblable pour la m&#232;re et la grand-m&#232;re, m&#234;me si cette part r&#233;sistive passe de l'une &#224; l'autre, et m&#234;me si elles sont avant tout un abandon du narrateur &#224; lui-m&#234;me, et qu'elles sont pr&#233;sentes &#224; la surface du r&#233;cit non par leurs faits ou gestes, mais par leur &#234;tre de langue, qu'incarne leur capacit&#233; &#224; citer et parler la belle syntaxe classique de S&#233;vign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on pourrait parler de personnages chez Proust : la part de chaque &#234;tre construit par la fiction, l&#224; o&#249; un sombre noyau pos&#233; en arri&#232;re de lui-m&#234;me le fera &#233;chapper &#224; l'instant pr&#233;cis de la fiction qui le construit. Ainsi de Fran&#231;oise, chaque fois monodique et enti&#232;re, mais jamais au m&#234;me endroit de la psychologie sociale ou intime, m&#234;me sur un millier d'occurrences. Pourtant, ce &#171; sale b&#234;te &#187; par laquelle elle insulte encore le poulet au cou tranch&#233;, restera cette marque d'un monde inconnu au narrateur, comme la pulsion qui anime Charlus et son gros derri&#232;re, et continuera de le diriger m&#234;me dans sa derni&#232;re d&#233;ch&#233;ance, aveugle et quasi innocent, mais encore p&#233;dophile trompant la surveillance de Jupien. Brichot est un pitre, mais sa passion de l'&#233;tymologie vaut bien mieux que toute la b&#234;te caricature bourgeoise que sont les Verdurin, m&#234;me capables d'aller passer l'&#233;t&#233; &#224; Bayreuth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je pense &#224; la galerie de personnages que sont les &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; de Saint-Simon, je sais qu'il s'agit de personnages de fiction : Dubois a &#233;t&#233; r&#233;ellement un politique consid&#233;rable, et Law a donn&#233; le cadre initial &#224; la r&#233;volution financi&#232;re et &#233;conomique qui liquiderait la royaut&#233;. Mais je me r&#233;gale des angles et ombres de ces silhouettes, et des paroles que chacun prononce. Lorsque je pense &#224; la galerie de personnages qu'est la &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt; de Balzac, je vois non pas un &#171; trombinoscope &#187;, affreux mot, et trop r&#233;ducteur aux visages comme marques univoques d'identit&#233;, mais une grande nuit o&#249; s'assemblent des constellations, que des liens plus faibles rejoignent, selon que j'en appelle &#224; Nucingen, Gobseck, Lousteau, d'Arthez ou la princesse de Cadignan ou n'importe quel autre point d'entr&#233;e dans sa diffraction perp&#233;tuelle et quasi infini, rebondissant sur les parois de l'oeuvre inachev&#233;e pour y allumer d'autres points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne rouvre pas Proust pour l'appel de ses personnages, je ne l'ouvre pas dans un mouvement exog&#232;ne, qui m'emporterait vers l'ailleurs. Je l'ouvre pour un espace ouvert et nocturne, qui &#233;largit ou distend le rapport que j'entretiens avec moi-m&#234;me, et le met en vibration, tremblement, travail. Rien de douloureux ni p&#233;nible, mais affecter &#224; tout ce qui est sinon compact et muet une luminescence vague qui me permet de le percevoir dans son activit&#233; propre &#8211; activit&#233; qui convoque alors lieux, temps, voyages, visages, souvenirs bien au-del&#224; de la sph&#232;re consciente qui suffit &#224; l'ordinaire. Et c'est ce que je demande &#224; la litt&#233;rature aussi chez Stendhal, Nerval, Chateaubriand, Dosto&#239;evski, ou m&#234;me l'ombrageux Faulkner, et bien s&#251;r mon cher et v&#233;n&#233;r&#233; Julien Gracq qui avait compris tout cela m&#234;me si justement cela le contraignait &#224; une sorte d'impasse sur Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que chez Proust, lorsqu'on passe &#224; nouveau par cette porte &#8211; dont Nerval incarne le secret &#8211; on n'a pas forc&#233;ment besoin des personnages : c'est affaire de lieux clos (les chambres, les salles de restaurant, les escaliers et salons), de paysages (all&#233;es d'arbres, bords de mer, sensations de voyage et ce qu'on aper&#231;oit des vitres du train), de sensations artistiques qui seront indiff&#233;remment musicales (les &lt;i&gt;Pr&#233;ludes&lt;/i&gt; de Chopin et ceux de Debussy ou la sonate pour violon de Franck et l'aust&#232;re g&#233;om&#233;trie en relief de Bach) ou picturales (Monet comme Delacroix, Vermeer, Poussin et tant d'autres). Le narrateur seul nous suffit comme hall d'un gigantesque laboratoire o&#249; nous marchons : le sommeil est une activit&#233; suffisante pour le travail qui s'instaure, mais la lecture en est imm&#233;diatement la mise en activit&#233; de ce travail m&#234;me, tout au long de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Et puis, d&#232;s lors que dans ce sommeil ou ce r&#234;ve on marche et on franchit le premier espace clos, ou bien que de la sensation esth&#233;tique picturale ou musicale on passe &#224; qui la fait, ou comment on y acc&#232;de, ou bien que des lieux et paysages on ouvre la porte sur qui les habite et qui y parle, vient cette grande nuit &#224; fresque, cette Ronde de nuit de Rembrandt jet&#233;e dans notre pr&#233;sent, mais gardant comme cette rigidit&#233; de fant&#244;mes, personnages suspendus dans la nuit et qui y traversent ou rebondissent, grossissent ou rapetissent comme flottants et habit&#233;s seulement de leur monde de paroles, et les parois ext&#233;rieures qui nous les rendent perceptibles juste une surface mall&#233;able et changeante de signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce sont eux, les formes noires, &#224; la bouche un trou vide, aux yeux morts, parce que tout cela c'est le narrateur qui les occupe de la m&#234;me rage infinie qu'il d&#233;ploie pour ce qui n'est pas personnage, mais est chambre, paysage, musique, toile, sommeil, qui pourtant manifesteront pour nous lecteurs que la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; est monde peupl&#233;, dont nous rouvrons la nuit pour encore et encore nous y chercher nous-m&#234;mes, quand bien m&#234;me eux tous, la Verdurin et Odette, et Saint-Loup et Bazin de Guermantes ou Babal de Br&#233;aut&#233; le muet, ou le directeur de l'h&#244;tel qui parle avec ses cuirs, ou Legrandin et Bloch les potiches de la langue morte (mais capables de basculer aussi dans l'inverse) et Swann le dos dans la mort et l'avant du corps dans la vie et qui parle toujours de cette fronti&#232;re, ou Albertine nue ou Fran&#231;oise avec son couteau et tous et tous, et le narrateur m&#234;me &#8211; ce sont eux qui nous ouvrent &#224; nous-m&#234;mes la nuit que chacun nous sommes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[97] chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-m&#234;me</title>
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		<dc:date>2013-02-07T08:33:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>

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&lt;p&gt;Sinon, pourquoi encore et encore lirions-nous Proust ? Myst&#232;re que cette activit&#233; et ce principe, elle est sans doute aussi d'ob&#233;issance pour l'auteur. Si Proust l'&#233;prouve pour lui, cette ob&#233;issance, et qu'il se lit lui-m&#234;me dans ce que son &#233;criture d&#233;plie, bien trop avant dans la masse et le dispositif pour qu'il en ait la pleine ma&#238;trise esth&#233;tique, intellectuelle ou simplement m&#233;morielle, alors le livre sera offert &#224; des travers&#233;es plus souterraines, plus profondes, o&#249; ce n'est pas lui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sinon, pourquoi encore et encore lirions-nous Proust ? Myst&#232;re que cette activit&#233; et ce principe, elle est sans doute aussi d'ob&#233;issance pour l'auteur. Si Proust l'&#233;prouve pour lui, cette ob&#233;issance, et qu'il se lit lui-m&#234;me dans ce que son &#233;criture d&#233;plie, bien trop avant dans la masse et le dispositif pour qu'il en ait la pleine ma&#238;trise esth&#233;tique, intellectuelle ou simplement m&#233;morielle, alors le livre sera offert &#224; des travers&#233;es plus souterraines, plus profondes, o&#249; ce n'est pas lui qui nous dicte ce que nous sommes, mais une convocation presque pythique, une ouverture, une circulation &#233;ph&#233;m&#232;re et suspendue de signes et figures que nous ne pourrions saisir ou immobiliser sauf &#224; cesser de lire. Dans cette phrase de Proust, &lt;i&gt;&#171; chaque lecteur est, quand il lit, le lecteur de soi-m&#234;me &#187;&lt;/i&gt;, c'est peut-&#234;tre le &lt;i&gt;&#171; quand il lit &#187;&lt;/i&gt; qui compte &#8211; imposant ce temps m&#234;me de lire, qui n'est pas un arr&#234;t mais un parcours, et qu'&#224; l'arr&#234;ter tout tombe, s'en repartent les fant&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que j'ai souvent consid&#233;r&#233; comme maladresse, arbitraire du chantier dans ses palissades et grues, dans cette &#233;longation qui saisit la part inachev&#233;e de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; lors de la transition entre la fin (quatri&#232;me chapitre, apr&#232;s retour Venise) d'&lt;i&gt;Albertine disparue&lt;/i&gt; et la premi&#232;re des trois parties du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;. Comme d'habitude, des chevilles maladroites ou fragiles &#8211; on dirait que Proust ne s'en pr&#233;occupe pas : comptent ces plaques narratives qu'il organise et non pas la causalit&#233; narrative qui fait que l'une suit l'autre. Fragile aussi ce chronom&#232;tre permanent de la Recherche qu'est l'&#226;ge d'Odette : &lt;i&gt;&#171; cinquante ans (soixante disaient certains) &#187;&lt;/i&gt; elle entre progressivement dans sa d&#233;finitive distension &#8211; le r&#233;cit est dans la suspension de l'avant-guerre, Gilberte s'est mari&#233;e &#224; Saint-Loup et les deux parties qui se suivent, &#224; la fin d'&lt;i&gt;Albertine disparue&lt;/i&gt; et au d&#233;but du Temps retrouv&#233;, &#233;voquent chacune un s&#233;jour du narrateur &#224; Tansonville. Mais rien qui articule ou rejoigne ou pr&#233;cise pourquoi deux voyages et ne pas les avoir fusionn&#233;s en un seul : &lt;i&gt;&#171; j'allais d'ailleurs passer un peu plus tard quelques jours &#224; Tansonville &#187;&lt;/i&gt;, commence le premier s&#233;jour. Pour le deuxi&#232;me s&#233;jour, il est s&#233;par&#233; des contingences du temps, install&#233; dans une dur&#233;e &#233;quivalente aux s&#233;jours de Balbec, et associ&#233; &#224; l'&#233;t&#233;, avec promenades rituelles et r&#233;p&#233;t&#233;es, Saint-Loup qui revient &#224; l'improviste plusieurs fois confirmant qu'il s'agit de bien plus que &lt;i&gt;&#171; quelques jours &#187;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Toute la journ&#233;e, dans cette demeure de Tansonville un peu trop campagne, qui n'avait l'air que d'un lieu de sieste... &#187;&lt;/i&gt;, Proust a r&#233;introduit sa r&#233;currence principale et essentielle : le sommeil &#8211; variation, ce sera un sommeil d'apr&#232;s-midi. Ce qui explique aussi les promenades &#224; la nuit avec Gilberte, et derni&#232;re r&#233;currence le livre de Balzac qu'elle lui pr&#234;te, La Fille aux yeux d'or, et seuls les balzaciens avertis se souviendront que c'est un r&#233;cit bref qu'on lit en une heure, et qu'il est peu probable que le narrateur, de la confr&#233;rie Balzac lui aussi, ait pu l'ignorer jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi deux Tansonville ? La logique du premier est amen&#233;e par la narration : dans le jeu des cartes interchangeables, Gilberte a rejoint Saint-Loup. La force du r&#233;cit, celle qui se greffe d'embl&#233;e pour nous &#224; ma phrase titre, sur le lecteur qui se lit lui-m&#234;me, c'est qu'on s'appuie non pas sur ce qu'on raconte (l'improbable mariage de Gilberte la sans nom, pass&#233;e de Swann &#224; Forcheville, &#224; Saint-Loup qui est un vieux nom mais un &#234;tre perdu, de plus en plus sec et incarnant dans sa nouvelle homosexualit&#233; une r&#233;surgence de Charlus), mais sur le partage conversationnel. Un long voyage en train (le retour de Venise) et l'intimit&#233; qu'il donne au narrateur dans sa conversation avec sa m&#232;re, le r&#233;el n'intervenant plus que par ces lettres qu'on se donne &#224; lire, et cette magnifique phrase, quand on est revenu &#224; Paris et que m&#232;re et fils partagent leur intimit&#233;, une phrase qu'on aurait presque pu trouver dans &lt;i&gt;Le Grand Meaulnes&lt;/i&gt; pour la premi&#232;re partie, mais qui va finir par un empilement &#224; la Tarkos : &lt;i&gt;&#171; Ainsi se d&#233;roulait dans notre salle &#224; manger, sous la lumi&#232;re de la lampe dont elles sont amies, une de ces causeries o&#249; [...] le glissant sous le verre grossissant de la m&#233;moire, lui donne tout son relier, dissocie, recule une surface, et situe en perspective &#224; diff&#233;rents points de l'espace et du temps ce qui, pour ceux qui n'ont pas v&#233;cu cette &#233;poque, semble amalgam&#233; sur une m&#234;me surface, les noms des d&#233;c&#233;d&#233;s, les adresses successives, les origines de la fortune et ses changements, les mutations de propri&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux s&#233;jours &#224; Tansonville, il s'agit bien &#224; nouveau d'un r&#233;glage diff&#233;rent du t&#233;lescope qu'il revendique pour outil d'&#233;criture. Le premier r&#233;cit dans le coup de force de l'intelligence spatiale : c'est l'&#233;t&#233;, l'apr&#232;s-midi Gilberte fait de la peinture dans la chapelle de la demeure. Le narrateur lance comme &#224; la l&#233;g&#232;re la phrase-clef : &lt;i&gt;&#171; et qui fut peut-&#234;tre le moment de ma vie o&#249; je pensai le moins &#224; Combray &#187;&lt;/i&gt;. Le livre que lui apportera Combray est &#224; sa port&#233;e, il voit le clocher de sa fen&#234;tre, mais il en est s&#233;par&#233;. Il faut cette image &#233;trange &#8211; apr&#232;s celle o&#249; les moutons sont devenus des triangles peints en bleu (&lt;i&gt;&#171; le triangle bleu&#226;tre, irr&#233;gulier et mouvant, des moutons qui rentraient &#187;&lt;/i&gt;), o&#249; le narrateur se s&#233;pare de son ombre, d&#233;j&#224; une r&#233;f&#233;rence dantesque : &lt;i&gt;&#171; je m'avan&#231;ais, laissant mon ombre derri&#232;re moi, comme une barque qui poursuit sa navigation &#224; travers des &#233;tendues enchant&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. Puis : &lt;i&gt;&#171; S'il n'&#233;tait pas si tard, en prenant ce chemin &#224; gauche et en tournant ensuite &#224; droite, en moins d'un quart d'heure nous serions &#224; Guermantes &#187;&lt;/i&gt;, dit Gilberte, et c'est tout l'&#233;quilibre du souvenir, c&#244;t&#233; de M&#233;s&#233;glise et c&#244;t&#233; de Guermantes, qui tremble, de m&#234;me qu'on apprend que les sources de la Vivonne tiennent dans un lavoir carr&#233; o&#249; on voit des bulles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur, au terme d'une premi&#232;re narration Tansonville tout enti&#232;re vou&#233;e &#224; la question des personnages, leurs mutations, leurs ressemblances (Gilberte se d&#233;guisant en Rachel, Saint-Loup offrant des rubis &#224; Odette pour l'avoir comme alli&#233;e), en trois pages la catalyse est pr&#234;te : le geste de Gilberte au narrateur, autrefois interpr&#233;t&#233; comme un bras d'honneur, &#233;tait une invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien cela que le deuxi&#232;me r&#233;cit Tansonville, qui le suit imm&#233;diatement, mais apr&#232;s la cassure qui nous fait changer de livre, va le d&#233;plier du point de vue du sommeil &#8211; ce par quoi on commence c'est par la chambre, et pas par Gilberte. Ce par quoi on commence, c'est par le temps lui-m&#234;me : &lt;i&gt;&#171; o&#249;, sur un fond d'argent, tous les pommiers de Normandie sont venus se profiler en style japonais, pour halluciner les heures que vous passez au lit, toute la journ&#233;e je la passais dans ma chambre &#187;&lt;/i&gt;... Et puis, &#224; l'inverse, les promenades avec Gilberte, qui sont &#224; nouveau &#233;voqu&#233;es, n'ont plus rien &#224; nous apprendre &#8211; tout le r&#233;cit se d&#233;veloppe comme preuve que le narrateur est inaccessible &#224; Combray offert. Au lieu qu'on parle de Gilberte et Saint-Loup &#224; distance, ils seront tous deux ici des protagonistes directs du r&#233;cit qui a oubli&#233; la r&#233;v&#233;lation de M&#233;s&#233;glise et Guermantes qui se rejoignent. C'est le moment o&#249;, pour initier le dernier basculement, Gilberte offre au narrateur, pour sa derni&#232;re nuit &#224; Tansonville (la derni&#232;re nuit dans l'ignorance), la &lt;i&gt;Fille aux yeux d'or&lt;/i&gt;. Mais c'est aussi le moment &#8211; que je consid&#232;re ridicule dans la Recherche &#8211;, o&#249; Proust y ins&#232;re un pastiche du Journal des Goncourt, quasiment moins int&#233;ressant que cet ancien pastiche o&#249;, au moins, les Goncourt parlaient de la soi-disant mort de Marcel Proust. D&#233;monstration de ma&#238;trise dans la fausse langue, quand, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, nous ne cherchons plus que la vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Proust avait v&#233;cu assez pour terminer son livre, aurait-il fusionn&#233; les deux r&#233;cits de Tansonville en un seul, en supprimant le pastiche Goncourt ? Ou bien &#224; nouveau, pour que &#8211; lecteur &#8211; nous nous lisions nous-m&#234;me, il fallait &#224; cet endroit cet &#233;crasement du livre : mettre en place les pi&#232;ces qui vont se rejoindre dans la derni&#232;re partie du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, et pour cela nous faire la d&#233;monstration de la st&#233;rilit&#233; qui la pr&#233;c&#232;de : quand tout Combray est offert, n'avoir &#224; faire qu'un pastiche. Et que, sans cette brutalit&#233; de Tansonville cass&#233; en deux, on n'aurait pas ce moment de pesanteur qu'exige le grand &#233;branlement tout prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se souvenir de la madeleine, qui pr&#233;c&#232;de de tr&#232;s loin dans le temps du livre, mais qui, dans le temps r&#233;f&#233;rentiel, n'est pas encore advenue dans la vie du narrateur : par l'&#233;miettement, le narrateur entrera enfin dans la chambre de L&#233;onie et pourra commencer &#224; &#233;crire. Ce nous lisons ici de nous-m&#234;me, c'est notre &#233;chec quand tout est offert, et c'est aussi une figure n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement du livre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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