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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Proust #7 | la grandeur dans le bruit lointain d'un a&#233;roplane</title>
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		<dc:date>2013-06-15T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Chateaubriand, Fran&#231;ois-Ren&#233; de</dc:subject>
		<dc:subject>train, voiture, avion</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand Proust monte &#224; cheval et fait voler ses avions avec vingt ans d'avance &#8211; m&#224;j 2&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot366" rel="tag"&gt;Chateaubriand, Fran&#231;ois-Ren&#233; de&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot719" rel="tag"&gt;train, voiture, avion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot734" rel="tag"&gt;&#233;lectricit&#233; et autres progr&#232;s techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3255.jpg?1370800633' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;retour &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un jour que j'&#233;tais all&#233; &#224; cheval voir les Verdurin et que j'avais pris dans les bois une route sauvage... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les vingt-quatre occurrences du mot &lt;i&gt;a&#233;roplane&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; un nouvel indice d'une probl&#233;matique de changement technique affectant la repr&#233;sentation symbolique du monde, et susceptible en tant que telle de provoquer de nouvelles pousses narratives. Non pas la probl&#233;matique du voyage et de la distance franchie, ou que le nouveau continent soit un appel, un myst&#232;re : la science-fiction naissante regorge de telles inventions, mais Proust n'y voit pas un moyen d'aller &#224; Londres, Berlin ou New York &#8212; il est bien trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est passionnant par contre, c'est comment Proust requiert l'apparition de l'avion moins pour poser la question d'un changement dans notre perception du monde que pour scruter notre r&#233;sistance &#224; ce changement, qui peut aller jusqu'&#224; r&#233;futer ses manifestations techniques : &lt;i&gt;&#171; cela n'emp&#234;che pas que chaque fois que la soci&#233;t&#233; est momentan&#233;ment immobile, ceux qui y vivent s'imaginent qu'aucun changement n'aura plus lieu, de m&#234;me qu'ayant vu commencer le t&#233;l&#233;phone, ils ne veulent pas croire &#224; l'a&#233;roplane &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust est bien loin de se douter de comment cette phrase pourrait s'appliquer aux bouleversements de l'Internet et du livre. L'histoire de l'aviation balbutie en m&#234;me temps que Proust balbutie les &#233;tapes pr&#233;liminaires de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Il d&#233;colle progressivement sur de courtes distances, de m&#234;me qu'en mars 1906, &#224; Montesson, Traian Vuia accomplira l'exploit d'un vol de douze m&#232;tres &#224; une altitude passant le m&#232;tre, puis en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e volera &#224; Issy-les-Moulineaux vingt-cinq m&#232;tres &#224; une altitude de deux-m&#232;tres cinquante, puis que Santos Dumont, le 23 octobre de la m&#234;me ann&#233;e, &#224; Bagatelle, passera les soixante m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, c'est dans l'orbite de Proust. Et quand l'&#233;criture de la Recherche prend son &#233;lan, en 1908, Farman sur un avion Voisin parcourt vingt-sept kilom&#232;tres et se pose &#224; Reims. C'est en 1909 que Kafka et Max Brod font le voyage d'Italie rien que pour voir les machines volantes (ce que Kafka raconte dans &lt;i&gt;A&#233;roplanes &#224; Brescia&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms immens&#233;ment populaires des premiers aviateurs ne franchiront pas les portes de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, tandis que l'obscur po&#232;te du nom d'Alexis Saint-L&#233;ger L&#233;ger y sera accueilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce bref passage, o&#249; les avions sont trait&#233;s comme des bateaux partant du port, et o&#249; Proust va sculpter d'un seul trait de plume ces lieux surgissants autour de la m&#233;canique et pour elle, est peut-&#234;tre un des plus beaux passages de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais maintenant libre de faire, aussi souvent que je voulais, des promenades avec Albertine. Comme il n'avait pas tard&#233; &#224; s'&#233;tablir autour de Paris des hangars d'aviation, qui sont pour les a&#233;roplanes ce que les ports sont pour les vaisseaux, et que depuis le jour o&#249;, pr&#232;s de la Raspeli&#232;re, la rencontre quasi mythologique d'un aviateur, dont le vol avait fait se cabrer mon cheval, avait &#233;t&#233; pour moi comme une image de la libert&#233;, j'aimais souvent qu'&#224; la fin de la journ&#233;e le but de nos sorties &#8212; agr&#233;ables d'ailleurs &#224; Albertine, passionn&#233;e pour tous les sports &#8212; f&#251;t un de ces a&#233;rodromes. Nous nous y rendions, elle et moi, attir&#233;s par cette vie incessante des d&#233;parts et des arriv&#233;es qui donnent tant de charme aux promenades sur les jet&#233;es, ou seulement sur la gr&#232;ve pour ceux qui aiment la mer, et aux fl&#226;neries autour d'un &#8220;centre d'aviation&#8221; pour ceux qui aiment le ciel. &#192; tout moment, parmi le repos des appareils inertes et comme &#224; l'ancre, nous en voyions un p&#233;niblement tir&#233; par plusieurs m&#233;caniciens, comme est tra&#238;n&#233;e sur le sable une barque demand&#233;e par un touriste qui veut aller faire une randonn&#233;e en mer. Puis le moteur &#233;tait mis en marche, l'appareil courait, prenait son &#233;lan, enfin, tout &#224; coup, &#224; angle droit, il s'&#233;levait lentement, dans l'extase raidie, comme immobilis&#233;e, d'une vitesse horizontale soudain transform&#233;e en majestueuse et verticale ascension. Albertine ne pouvait contenir sa joie et elle demandait des explications aux m&#233;caniciens qui, maintenant que l'appareil &#233;tait &#224; flot, rentraient. Le passager, cependant, ne tardait pas &#224; franchir des kilom&#232;tres ; le grand esquif, sur lequel nous ne cessions pas de fixer les yeux, n'&#233;tait plus dans l'azur qu'un point presque indistinct, lequel d'ailleurs reprendrait peu &#224; peu sa mat&#233;rialit&#233;, sa grandeur, son volume, quand, la dur&#233;e de la promenade approchant de sa fin, le moment serait venu de rentrer au port. Et nous regardions avec envie, Albertine et moi, au moment o&#249; il sautait &#224; terre, le promeneur qui &#233;tait all&#233; ainsi go&#251;ter au large, dans ces horizons solitaires, le calme et la limpidit&#233; du soir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'a&#233;roport du Bourget n'existe pas encore, ces hangars survivront dans les petits a&#233;rodromes de la pratique individuelle de l'aviation, leur r&#244;le social est tout &#233;ph&#233;m&#232;re mais Proust sait s'en saisir. Dans son texte &lt;i&gt;Journ&#233;es en automobile&lt;/i&gt;, parlant de la cath&#233;drale de Lisieux, et parlant d'Alfred Agostinelli, Proust ajoutera un &#233;trange parall&#232;le entre la machine &#224; &#233;crire et les avions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne pr&#233;voyais gu&#232;re quand j'&#233;crivais ces lignes que sept ou huit ans plus tard ce jeune homme me demanderait &#224; dactylographier un livre de moi, apprendrait l'aviation sous le nom de Marcel Swann dans lequel il avait amicalement associ&#233; mon nom de bapt&#234;me et le nom d'un de mes personnages et trouverait la mort &#224; vingt-six ans, dans un accident d'a&#233;roplane, au large d'Antibes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avion accompagnera le roman dans toutes ses phases &#224; venir. Dans la nuit de la guerre, il en devient le symbole m&#234;me : &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; il y avait continuellement des raids de gothas ; l'air gr&#233;sillait perp&#233;tuellement d'une vibration vigilante et sonore d'a&#233;roplanes fran&#231;ais... &#187;&lt;/i&gt; Et Proust, dans le m&#234;me passage du Temps retrouv&#233; parle de cette &lt;i&gt;&#171; impression de beaut&#233; que nous faisaient &#233;prouver ces &#233;toiles humaines et filantes &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ce premier passage, o&#249; Proust monte &#224; cheval, le surgissement de l'avion troue litt&#233;ralement le r&#233;cit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout &#224; coup mon cheval se cabra ; il avait entendu un bruit singulier, j'eus peine &#224; le ma&#238;triser et &#224; ne pas &#234;tre jet&#233; &#224; terre, puis je levai vers le point d'o&#249; semblait venir ce bruit mes yeux pleins de larmes, et je vis &#224; une cinquantaine de m&#232;tres au-dessus de moi, dans le soleil, entre deux grandes ailes d'acier &#233;tincelant qui l'emportaient, un &#234;tre dont la figure peu distincte me parut ressembler &#224; celle d'un homme. Je fus aussi &#233;mu que pouvait l'&#234;tre un Grec qui voyait pour la premi&#232;re fois un demi-Dieu. Je pleurais aussi, car j'&#233;tais pr&#234;t &#224; pleurer, du moment que j'avais reconnu que le bruit venait d'au-dessus de ma t&#234;te&#8212;les a&#233;roplanes &#233;taient encore rares &#224; cette &#233;poque&#8212;&#224; la pens&#233;e que ce que j'allais voir pour la premi&#232;re fois c'&#233;tait un a&#233;roplane. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a jamais vu le petit narrateur, m&#234;me &#224; Combray, prendre des le&#231;ons d'&#233;quitation &#8212; quand bien m&#234;me au contraire il est probable que Gilberte, elle, ait fr&#233;quent&#233; des man&#232;ges (ce sera le cas d'Albertine, elle en mourra). Proust a pr&#233;par&#233; son passage loin en amont, lorsque sa m&#232;re reproche au narrateur &lt;i&gt;&#171; l'argent qui file &#187;&lt;/i&gt; pour louer cette voiture avec chauffeur dans ses mondanit&#233;s de vill&#233;giature. Alors, quand Albertine ne peut le rejoindre, il se r&#233;sout &#224; reprendre les vieilles cal&#232;ches moins ch&#232;res. Mais, pour rendre la majest&#233; de l'avion, que la voiture lui dissimulerait, et o&#249; la cal&#232;che fait de lui un observateur passif, il lui faut quelque chose d'aussi fort que Chateaubriand qui, lorsqu'il raconte les chutes Niagara, veut nous faire croire que son cheval glisse et qu'il tombe, une des plus belles prouesses par exc&#232;s des &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#171; Chateaubriand est beaucoup plus vivant que vous ne le dites &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pondra Charlus &#224; Brichot). Et c'est, dans le passage ci-dessus, le d&#233;port du mot a&#233;roplane &#224; la toute fin qui cr&#233;e la force de l'apparition, et autorise la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors, comme quand on sent venir dans un journal une parole &#233;mouvante, je n'attendais que d'avoir aper&#231;u l'avion pour fondre en larmes. Cependant l'aviateur sembla h&#233;siter sur sa voie ; je sentais ouvertes devant lui&#8212;devant moi, si l'habitude ne m'avait pas fait prisonnier&#8212;toutes les routes de l'espace, de la vie ; il poussa plus loin, plana quelques instants au-dessus de la mer, puis prenant brusquement son parti, semblant c&#233;der &#224; quelque attraction inverse de celle de la pesanteur, comme retournant dans sa patrie, d'un l&#233;ger mouvement de ses ailes d'or il piqua droit vers le ciel. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la port&#233;e symbolique du passage, aucun moyen de douter, ne serait-ce que pour ces &lt;i&gt;&#171; yeux pleins de larmes &#187;&lt;/i&gt;, et il y a la r&#233;serve de lyrisme que Proust sait tendre d'un seul trait de m&#233;tal (le mot acier quand il y en avait pourtant bien peu ou pas du tout dans les ailes des Caudron).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire avait anticip&#233; cette possibilit&#233; pour la po&#233;sie de se grandir aux trois dimensions de l'espace, et d'y proc&#233;der par la vitesse, phrase qu'on conna&#238;t tous par c&#339;ur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que la phrase po&#233;tique peut imiter (et par l&#224; elle touche &#224; l'art musical et &#224; la science math&#233;matique) la ligne horizontale, la ligne droite ascendante, la ligne droite descendante ; qu'elle peut monter &#224; pic vers le ciel, sans essoufflement, ou descendre perpendiculairement vers l'enfer avec la v&#233;locit&#233; de toute pesanteur ; qu'elle peut suivre la spirale, d&#233;crire la parabole, ou le zigzag figurant une s&#233;rie d'angles superpos&#233;s... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;crire le surgissement de l'avion, Proust a laiss&#233; Baudelaire organiser sans qu'on le cite le socle invisible du r&#233;cit, puisqu'&#224; lui est donn&#233; un objet r&#233;el qui puisse incarner le r&#234;ve baudelairien, de monter &#224; pic vers le ciel. Proust rajoute l'identification avec l'homme de l'air :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Cependant l'aviateur sembla h&#233;siter sur sa voie ; je sentais ouvertes devant lui &#8212; devant moi, si l'habitude ne m'avait pas fait prisonnier &#8212; toutes les routes de l'espace, de la vie ; il poussa plus loin, plana quelques instants au-dessus de la mer, puis prenant brusquement son parti, semblant c&#233;der &#224; quelque attraction inverse de celle de la pesanteur, comme retournant dans sa patrie, d'un l&#233;ger mouvement de ses ailes d'or il piqua droit vers le ciel. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust aurait pu apercevoir cela de sa fen&#234;tre en hauteur de Balbec, &#224; pied depuis les perspectives avec vue de la Raspeli&#232;re, ou faire arr&#234;ter la voiture. Non. Il lui faut travailler, pour que la sc&#232;ne de l'avion soit fulgurante, la position m&#234;me du narrateur, et qu'on le place archa&#239;quement &#224; cheval, qu'on l'&#233;carte romantiquement de la route ordinaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un jour que j'&#233;tais all&#233; &#224; cheval voir les Verdurin et que j'avais pris dans les bois une route sauvage... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabuleuse incoh&#233;rence narrative pour nous servir un anachronisme tout aussi fabuleux. Les lois du roman passent d'abord, et tout roman est beau comme un nouvel avion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>[63] la d&#233;solation sans pens&#233;e d'un feuillage que cingle la pluie et que retourne le vent</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3297</link>
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		<dc:date>2013-05-23T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; savoir si Proust a vraiment assist&#233; &#224; l'autopsie d'&#201;mile Zola&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3297.jpg?1367904031' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai voulu voir l'int&#233;rieur d'un &#233;crivain &#187;&lt;/i&gt;, aurait dit Proust &#224; Antoine Bibesco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y aurait-il eu &#224; refuser &#224; Adrien Proust, membre &#233;minent de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine, familier du minist&#232;re, mais surtout inspecteur g&#233;n&#233;ral des services sanitaires, et &#224; ce titre ayant mandatement sur la morgue de Paris ? C'est un homme important, le p&#232;re de l'&#233;crivain. Ses travaux sur l'hygi&#232;ne, sa lutte contre le chol&#233;ra font que, bien l&#233;gitimement, quand une attaque c&#233;r&#233;brale le foudroya en novembre 1903, son enterrement fut le plus suivi &#224; Paris depuis celui d'&#201;mile Zola, un an plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autopsie, lorsque men&#233;e dans un cadre judiciaire, est un fait public. &#192; la requ&#234;te directe d'Adrien Proust aupr&#232;s du m&#233;decin-chef Vibert, ce 30 septembre 1902 &#8212; les deux hommes se connaissent et s'appr&#233;cient &#8212;, Marcel Proust est autoris&#233; &#224; assister, en blouse blanche, dans la grande salle de la morgue de Paris et ses paillasses de zinc, et m&#234;me s'il restera &#224; distance et sans prendre de notes, &#224; l'autopsie d'&#201;mile Zola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la mort d'&#201;mile Zola, on trouvera une litt&#233;rature consistante. La th&#232;se de l'accident continue de pr&#233;valoir : un temps maussade et pluvieux, la premi&#232;re fois qu'on rallume la chemin&#233;e, un feu qu'on croit &#233;teint et le domestique des Zola, Jules Delahalle, referme la trappe. Dans la chemin&#233;e, au lieu des habituels blocs d'anthracite, des &lt;i&gt;&#171; boulets Bernot &#187;&lt;/i&gt; de d&#233;pannage. Dans la nuit, Alexandrine Zola se sent mal et r&#233;veille son mari, qui ne se sent pas bien lui non plus, mais attribue cela &#224; une intoxication alimentaire. &lt;i&gt;&#171; Demain nous serons gu&#233;ris &#187;&lt;/i&gt;, lui aurait-il dit &#8212; les diff&#233;rentes biographies concordent. Quand leur domestique ouvre la porte, le lendemain matin, les deux &#233;poux sont inconscients. On pourra ranimer madame Zola, rest&#233;e dans le lit, mais pas l'&#233;crivain, &#233;tendu inconscient sur le plancher, dans son vomi &#8212; on tente des massages, des tractions de la langue, mais il y a eu trop de gaz carbonique inhal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'en 1953 un nomm&#233; Hacquin fera part &#224; un journaliste du premier &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; des d&#233;clarations d'un ramoneur-fumiste, Henri Buronfosse, soi-disant rencontr&#233; en 1928, lequel se serait targu&#233;, travaillant sur le toit d'une maison voisine, d'avoir volontairement bouch&#233; le conduit de chemin&#233;e des Zola, ses propres sympathies politiques le lui faisant avoir en haine. C'est beaucoup de hasard (les Zola &#233;taient revenus de M&#233;dan le jour m&#234;me), et on s'en tient plut&#244;t &#224; la version de l'accident le plus stupide qui soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux chiens des Zola, qu'ils gardaient dans leur chambre, ont surv&#233;cu. Pour reconstituer le drame, d&#232;s le surlendemain, le commissaire Cornette pratiquera des exp&#233;riences avec deux cochons d'Inde et deux canaris. On s'interrogera aussi sur la circulation de la rue, qui fait vibrer les murs &#224; cause des pav&#233;s de bois, et aurait pu endommager la chemin&#233;e (c'est nouveau, la circulation de camions automobiles dans les rues de Paris).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on ne peut &#233;liminer non plus les bruits de suicide. Pour tout cela, le juge Bourouillou ordonne l'autopsie, qui est pratiqu&#233;e le lendemain m&#234;me du d&#233;c&#232;s &#8212; et l'analyse du sang prouvera sans aucun doute possible l'intoxication &#224; l'oxyde de carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine si Vibert se souviendra plus tard de la pr&#233;sence de Marcel Proust (qui le conna&#238;t, onze ans avant la publication de Swann), et il n'en fera pas non plus r&#233;cit &#224; sa m&#232;re (elle r&#233;prouve l'initiative, n'aurait pas accord&#233; cette pr&#233;sence). Mais Robert Proust, le fr&#232;re &#8212; lequel vient de soutenir sa th&#232;se de doctorat et commence son chemin de chirurgien, le premier &#224; pratiquer l'ablation totale de la prostate et qui habitera l'appartement familial jusqu'&#224; son mariage quatre mois plus tard &#8212; se souvient tr&#232;s bien de Marcel, parce que c'est, contrairement &#224; son p&#232;re et son fr&#232;re, la premi&#232;re fois qu'il assiste &#224; une autopsie, leur racontant, &#224; lui et son p&#232;re, ses impressions na&#239;ves &#8212; bruit de la scie sur le cr&#226;ne, repliement de la peau du visage sur la face, extraction du cerveau (&lt;i&gt;&#171; un cerveau vert &#187;&lt;/i&gt;, aurait dit Marcel &#224; son p&#232;re et son fr&#232;re, qui mesur&#232;rent en cela son taux d'&#233;motion), enfin l'incision en Y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Proust fera plusieurs fois &#233;tat de cette conversation du soir entre les trois hommes (pour eux deux, le monde de l'autopsie est des plus banals), la curiosit&#233; de son fr&#232;re, qui n'avait pas dormi de toute la nuit pr&#233;c&#233;dente pour se pr&#233;senter &#224; l'heure, soumis donc &#224; des &#233;touffements renforc&#233;s par l'humidit&#233; des locaux o&#249; l'eau froide ruisselle en permanence, et les produits au chlore utilis&#233;s pour le nettoyage et l'antiseptie. Il pr&#233;cisera que son fr&#232;re avait sympathis&#233; avec l'interne qui, comme lui, devait se tenir en retrait et auquel on avait confi&#233; la pes&#233;e des organes et peut-&#234;tre, dans les archives de justice, o&#249; le proc&#232;s de l'autopsie de Zola est soigneusement conserv&#233;, certaines des annotations concernant le poids des intestins, c&#339;ur et poumons sont-elles de la main de Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en a pas de trace dans sa Correspondance. &#192; peine, trois jours plus tard, &#233;crit-il &#224; son principal correspondant du moment, Antoine Bibesco : &lt;i&gt;&#171; Je vais mal, tr&#232;s mal &#187;&lt;/i&gt;, et aussi &lt;i&gt;&#171; je suis bien malheureux mon petit Antoine en ce moment, la vie ne m'est pas douce &#187;&lt;/i&gt;. C'est ce qui conduira sa m&#232;re &#224; lui faire anticiper son d&#233;part pour Amsterdam, et il est en Hollande d&#232;s le 16 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est attest&#233; aussi, au retour de ce s&#233;jour en Hollande anticip&#233;, que Proust prit contact avec le charg&#233; d'affaire d'Alexandrine Zola (lequel avait &#224; g&#233;rer la situation complexe des deux enfants de Zola et de Jeanne Rozerot) pour acheter tout ou partie des &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2428' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 000 plaques photographiques&lt;/a&gt; laiss&#233;es par Zola. Dans la correspondance &#233;chang&#233;e entre les deux hommes on le voit ensuite proposer de ne racheter que celles concernant l'Exposition universelle de 1900, qui tient chez Proust une place moindre que celle de 1890, mais quand m&#234;me &#8212; fabuleuses photographies de Zola sur la construction de la tour Eiffel, ainsi que ces photographies, auxquelles la famille Zola semblait moins attach&#233;e, et qui concernait les objets m&#233;caniques, trains, tricycle &#224; moteur. Mais que l'int&#233;r&#234;t m&#234;me que Proust y portait conduisit la famille Zola &#224; les garder sans se s&#233;parer d'aucune, elles sont toujours d'ailleurs propri&#233;t&#233; de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la froideur dont on a pu taxer Marcel Proust lors du d&#233;c&#232;s de son p&#232;re, un an plus tard, dans des circonstances aussi rapides et impr&#233;vues que le d&#233;c&#232;s de Zola, ne soient que la cons&#233;quence de ce qu'il avait travers&#233; ce 30 septembre 1902 &#8212; il n'avait plus de larmes, il revoyait encore le cr&#226;ne ouvert de Zola, la la peau du visage repli&#233;e sur la face, avec la petite barbiche maigre devenue dure et raide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tant d'&#233;tats heureux et tendres comprim&#233;s par la souffrance ne s'&#233;chappaient pas d'elle maintenant comme ces gaz plus l&#233;gers qu'on refoula longtemps ? On aurait dit que tout ce qu'elle avait &#224; nous dire s'&#233;panchait, que c'&#233;tait &#224; nous qu'elle s'adressait avec cette prolixit&#233;, cet empressement, cette effusion &#187;&lt;/i&gt; : quant &#224; la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne des gaz (je dis c&#233;l&#232;bre parmi les proustiens, bien s&#251;r, parce que c'est quand m&#234;me un d&#233;tail discret), &#233;voqu&#233;e lors du d&#233;c&#232;s de la grand-m&#232;re, Robert Proust a confi&#233; plus tard &#224; ses proches qu'elle provenait directement du souvenir de cette autopsie &#224; laquelle avait voulu assister le futur auteur de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, &#233;trange fusion par l'abdomen de la grand-m&#232;re du narrateur et de l'auteur des Rougon-Maquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai voulu voir l'int&#233;rieur d'un &#233;crivain&lt;/i&gt;, aurait dit Proust &#224; Antoine Bibesco&lt;i&gt;. Mais d'un grand &#233;crivain, tu comprends ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non seulement Antoine Bibesco s'en souvient et nous le rapporte, mais il nous dit la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais il n'y a rien, tu comprends, absolument rien de diff&#233;rent &#187;&lt;/i&gt;, avait insist&#233; Marcel Proust. Et puis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a d&#233;coup&#233; puis enterr&#233; ce myope sans ses lunettes, pauvre homme &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photographie ci-dessus : &#201;mile Zola sur son lit de mort. Et ci-dessous : &#201;mile Zola, autoportrait au D&#233;tective Nadar.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L313xH425/arton2428-48318.jpg?1750434243' width='313' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[4] la constante nullit&#233; intellectuelle qui habitait sous le front songeur d'Octave</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Morand, Paul</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand Paul Morand nous fait visiter la chambre de Marcel Proust&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot731" rel="tag"&gt;Morand, Paul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3208' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3210' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ombre&lt;br/&gt;
n&#233;e de la fum&#233;e de vos fumigations,&lt;br/&gt;
le visage et la voix&lt;br/&gt;
mang&#233;s&lt;br/&gt;
par l'usage de la nuit,&lt;br/&gt;
C&#233;leste,&lt;br/&gt;
Avec sa rigueur, douce, me trempe dans le jus noir&lt;br/&gt;
De votre chambre&lt;br/&gt;
Qui sent le bouchon ti&#232;de et la chemin&#233;e morte. &lt;br class='autobr' /&gt;
...&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re l'&#233;cran des cahiers,&lt;br/&gt;
sous la lampe blonde et poisseuse comme une confiture,&lt;br/&gt;
votre visage g&#238;t sur un traversin de craie.&lt;br/&gt;
Vous me tendez des mains gant&#233;es de filoselle ;&lt;br/&gt;
silencieusement votre barbe repousse&lt;br/&gt;
au fond de vos joues.&lt;br/&gt;
Je dis : &lt;br /&gt;&#8212; Vous avez l'air d'aller fort bien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous r&#233;pondez : &lt;br /&gt;&#8212; Cher ami, j'ai failli mourir trois fois dans la journ&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Morand, &lt;i&gt;Ode &#224; Marcel Proust&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune auteur, qui sera un jour c&#233;l&#232;bre mais pas forc&#233;ment plus que cela, rencontre un tr&#232;s grand &#233;crivain, qui ne dispose pas encore de la reconnaissance sociale de ce qu'il est. Proust est encore accessible &#224; quelques intimes qui savent. Le jeune Morand, venu en connaissance de cause, accepte que ce destin lui reste ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre, il y a le regard. C'est seulement ensuite qu'il y a les murs, le lit, les meubles. Et d&#233;j&#224; il y a une parole. La parole qui nous est dite. Peut-&#234;tre qu'on y r&#233;pond, peut-&#234;tre pas. Toute la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; est elle-m&#234;me dans cette dissym&#233;trie : Charlus, les Verdurin, Saint-Loup et les autres parlent au narrateur, qui ne r&#233;pond pas mais juxtapose pour nous ses repr&#233;sentations int&#233;rieures &#224; mesure de ce que lui disent les autres. C'est une des innovations majeures de Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis on pense, parce qu'on voit des objets, on voit un tableau au mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela, qu'on voit, qu'on respire, dans l'ordre o&#249; on le voit, le sent, vient se m&#234;ler aux paroles dites. Telle parole, dite par Proust, ou dite par Morand, qui surgit depuis le son coup&#233;, qu'on entend prononcer, avant que le texte &#224; nouveau soit absorb&#233; par la chambre, l'odeur ou les bruits, la lampe ou le visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque parole prononc&#233;e, dans le texte de Paul Morand, est port&#233;e par un dispositif narratif particulier qui lui reste sp&#233;cifique, jamais employ&#233; deux fois. Et toujours enclos par la chambre, qui s&#233;pare ces paroles et les isole dans le texte. La lin&#233;arit&#233; du temps convoqu&#233;, parall&#232;le du temps de r&#233;cit et du temps r&#233;el de la visite, est sans doute l'&#233;l&#233;ment porteur secret de ce qu'on peut provoquer par ce texte, via cette id&#233;e de visite, ou le narrateur s'efface en apparence parce que ce qui est d&#233;crit c'est son propre mouvement d'entrer dans un monde clos (comme la Miss Havisham des &lt;i&gt;Grandes Esp&#233;rances&lt;/i&gt; de Dickens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs fois, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, passent ces figures de jeunes &#233;crivains brillants et int&#233;gr&#233;s au monde du plaisir et de l'argent. Dont l'&#233;nigmatique &lt;i&gt;Octave&lt;/i&gt;, qui certes ne peut se confondre avec Morand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste ce texte, et comment Proust y vit. Proust dans son &lt;i&gt;jus&lt;/i&gt;, puisque le mot est dans le texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[10] qui avait fait se cabrer mon cheval, un avion</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>vitesse</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;singuliers anachronismes de l'aviation dans la Recherche&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3217' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3219' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le train et la voiture, comment l'avion n'aurait-il pas &#233;t&#233; un th&#232;me obligatoire pour Marcel Proust ? L'avion surgit, il faut l'&#233;crire. Il l'&#233;crit dans la splendeur de son fait. Se l'offrir, plus cher qu'une Rolls-Royce, plus cher qu'un yacht. En faire un objet de litt&#233;rature : qui d'autre, puisque c'est attest&#233; par Kolb, aurait eu cette id&#233;e de faire peindre sur un avion ce vers de Mallarm&#233;, &lt;i&gt;Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ?&lt;/i&gt;. Mais l'avion ne peut r&#233;p&#233;ter dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; ce qui s'est pass&#233; avec le passage de la cal&#232;che &#224; cheval de la marquise de Villeparisis, &#224; la voiture automobile lou&#233;e avec son chauffeur pour la m&#234;me promenade. Le train aussi, premi&#232;re sc&#232;ne l'arriv&#233;e &#224; Combray aux vacances, deuxi&#232;me sc&#232;ne la nuit en train pour la premi&#232;re arriv&#233;e &#224; Balbec, ne pourrait laisser se reproduire une sc&#232;ne simplement d&#233;calqu&#233;e en structure. Alors Marcel Proust a cet &#233;blouissement : l'avion sera dans le ciel parfaitement bleu, l'avion volera sur la mer bleue. Il y a la guerre qui approche et menace au nord et &#224; l'est, on enverra l'avion au Sud. Et ce sera une sc&#232;ne tragique, mais pour qu'elle soit infiniment tragique elle devra &#234;tre infiniment d'amour. Marcel Proust n'oublie aucun d&#233;tail : l'avion doit &#234;tre reli&#233; au livre, en 1914 &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt; est d&#233;j&#224; publi&#233;, il a commenc&#233; la grande spirale circulaire qui l'emportera. L'avion s'&#233;crase dans la mer et le pilote de vingt-six ans est noy&#233;, c'&#233;tait celui qui aussi avait &#224; charge de dactylographier son livre. Marcel Proust a &#233;crit ce texte d'une traite, comme d'un cri dans la douleur et le deuil. Ce sera l'&#233;bauche, d&#233;sormais plus rien n'importe, s'il y a trace &#233;crite le livre saura bien la rejoindre. Mais Marcel Proust l'architecte n'a aucun moyen d'ins&#233;rer l'avion ni la mer ni le corps du jeune pilote noy&#233; dans son livre. Ce serait dans un deuxi&#232;me livre, mais Marcel Proust sait qu'il n'y aura pas de deuxi&#232;me livre. Ce 30 mai 1914, d'un seul jet de trois pages, Marcel Proust a invent&#233; Agostinelli et la mort d'Agostinelli, et prit marque pour faire entrer l'avion en litt&#233;rature, juste apr&#232;s les &lt;i&gt;a&#233;roplanes de Brescia&lt;/i&gt; &#233;crits par Kafka (il ne le sait pas) et &lt;i&gt;Pylone&lt;/i&gt; qu'&#233;crira William Faulkner (il ne le saura pas). Agostinelli na&#238;t et meurt dans une lettre de Marcel Proust, &#224; cause de l'avion m&#234;me et du ciel bleu, pour le sens du tragique, et une page de livre qui n'entre pas dans la grande ronde circulaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[11] des danses nouvelles s'organisaient</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3219</link>
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		<dc:date>2013-02-16T22:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Kafka, Franz </dc:subject>
		<dc:subject>Edward Hopper</dc:subject>
		<dc:subject>Federico Fellini</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de Proust et Kafka dansant ensemble dans ce film de Federico Fellini&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Kafka, Franz &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot653" rel="tag"&gt;Edward Hopper&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot698" rel="tag"&gt;Federico Fellini&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3218' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3220' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Federico Fellini est un grand artiste, un immense inventeur dans son propre art. Peut-&#234;tre m&#234;me d'ailleurs n'est-il pas un cin&#233;aste, cela le condamnerait &#224; rester prisonnier d'une technique, d'un art conditionn&#233; par les lois de l'optique et du spectacle. On peut consid&#233;rer que ce qui rend Federico Fellini un artiste immense, c'est d'avoir &#233;t&#233; &#233;crivain, d'avoir trouv&#233; la grandeur et l'&#233;pop&#233;e et le tragique de sa litt&#233;rature avec les moyens du cin&#233;ma. Il n'y a aucun doute que Federico Fellini comme tant et tant d'autres, &#224; commencer par son ami Visconti, se sont goberg&#233;s de Proust. Ont fait comme nous tous : l'ont lu puis relu, et scrut&#233; s&#233;rieusement. Il n'y aurait rien d'invention pour quelqu'un n'a pas solidement travaill&#233; son Proust, comme Proust et Kafka et Faulkner avaient travaill&#233; leur Tolsto&#239; et leur Dosto&#239;evski, et eux plus Tolsto&#239; et Dosto&#239;evski leur Dickens et leur Balzac, ainsi de suite. Laissons Saint-Simon : de tous ceux ici &#233;voqu&#233;s seuls Marcel Proust (et m&#234;me pas Fellini, tr&#232;s peu probable), ont travaill&#233; leur Saint-Simon. Seulement voil&#224; : rien &#224; dire &#224; l'&#233;vidence proustienne d'un film comme &lt;i&gt;8 1/2&lt;/i&gt;, sans parler des autres. Mais que dans un de ses films &#8211; en couleur, de plus &#8211; se permette de faire danser, et l&#224; comme &#231;a, dans la rue, Proust avec Kafka, voil&#224; qui est seulement du mensonge. Proust et Kafka n'ont jamais dans&#233; ensemble. Il est m&#234;me quasi certain, compte tenu de la crise de furoncles qui se saisit de lui &#224; peine leur s&#233;jour commenc&#233; et le force &#224; rentrer &#224; Prague bien avant ses copains Max Brod et l'autre (je v&#233;rifierai le nom de l'autre), Franz Kafka ait seulement pu croiser Marcel Proust. Se seraient-ils crois&#233;s, a d&#233;clar&#233; plus tard Edward Hopper qui &#233;tait lui aussi &#224; Paris au moment du s&#233;jour &#224; Paris de Franz Kafka et avait le m&#234;me &#226;ge, soit dix ans de moins que Marcel Proust, ils ne se seraient probablement pas parl&#233; &#8211; ce qui est une hypoth&#232;se tr&#232;s pertinente, comme la plupart des notes de ce peintre. En tout &#233;tat de cause, pour ce qui est de danser ensemble, jamais. Federico Fellini a tout invent&#233;, peut-&#234;tre m&#234;me d'ailleurs ce ne sont que des sosies, dans son film &#8211; &#244; l'art pauvre du cin&#233;ma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[95] combien de grandes cath&#233;drales restent inachev&#233;es</title>
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		<dc:date>2013-01-23T10:30:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et que ce serait peut-&#234;tre, dans toute la Recherche, en six mots dont un verbe, et sans virgule, la phrase la plus br&#232;ve et la plus raide de Proust : &#171; Combien de grandes cath&#233;drales restent inachev&#233;es &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui revient dans les lettres : ces p&#233;riodes o&#249; il est impossible pour Proust de travailler, par semaines enti&#232;res, &#224; mesure que son mal progresse. L'oeuvre est &#233;bauch&#233;e sur la totalit&#233; de sa surface, elle est publi&#233;e pour son premier tiers, La Prisonni&#232;re est pr&#234;te, mais il sait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et que ce serait peut-&#234;tre, dans toute la Recherche, en six mots dont un verbe, et sans virgule, la phrase la plus br&#232;ve et la plus raide de Proust : &lt;i&gt;&#171; Combien de grandes cath&#233;drales restent inachev&#233;es &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui revient dans les lettres : ces p&#233;riodes o&#249; il est impossible pour Proust de travailler, par semaines enti&#232;res, &#224; mesure que son mal progresse. L'oeuvre est &#233;bauch&#233;e sur la totalit&#233; de sa surface, elle est publi&#233;e pour son premier tiers, La Prisonni&#232;re est pr&#234;te, mais il sait d&#233;sormais qu'il ne viendra pas &#224; bout d'un chantier pr&#233;par&#233; toute sa vie, int&#233;grant cette vie en totalit&#233; dans sa mati&#232;re, mais dont la r&#233;daction a commenc&#233; en 1909, alors qu'il arrive &#224; ses trente-huit ans, et qu'il lui en restera treize &#8211; dont l'interm&#232;de de la guerre, qui bouleversera l'&#233;quilibre narratif comme d'un geste du bras &#224; rebours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe qu'il a &#233;nonc&#233; pour Balzac (&lt;i&gt;&#171; unit&#233; r&#233;trospective, donc non factice &#187;&lt;/i&gt;), devient le sien m&#234;me : maintenir devant lui un inach&#232;vement &#8211; parce qu'il n'en viendra pas &#224; bout &#8211; qui permette cependant d'aborder l'oeuvre comme totalit&#233; close (et non comme ce &lt;i&gt;Myst&#232;re d'Edwin Drood&lt;/i&gt; laiss&#233; en plan par Dickens, auquel tant d'auteurs ont voulu donner une suite et une fin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces grands livres-l&#224;, il y a des parties qui n'ont eu le temps que d'&#234;tre esquiss&#233;es, et qui ne seront jamais finies, &#224; cause de l'ampleur m&#234;me du plan de l'architecte. &#187; &lt;/i&gt; Cette phrase-l&#224; aussi, longtemps que je la sais par coeur : elle est pour moi l'image m&#234;me des villes, quand on les quitte en train, quand on marche et qu'on s'est perdu, qu'on sait qu'il s'agit pourtant intimement de la m&#234;me ville, peut-&#234;tre de l'essence m&#234;me de cette ville. Et que c'est une indication de fond sur l'art de composer : ne pas avancer le livre lin&#233;airement, mais le brosser &#224; pleine surface, et que dans ces zones moins construites ou plus floues, l'imaginaire fonctionnera avec la m&#234;me densit&#233;, le m&#234;me d&#233;port de nous-m&#234;mes dans le livre, mais comme &#224; marcher dans ces zones urbaines d&#233;faites, ou ces constructions pas finies, qui sont malgr&#233; tout la ville telle qu'on l'a vue dans nos r&#234;ves. Et que la m&#234;me phrase on peut la prolonger encore : comment, m&#234;me si on a &#8211; ce qui fut refus&#233; &#224; Proust &#8211; la force vitale de mener le chantier &#224; son terme, d'en garder pr&#233;cis&#233;ment le fonctionnement et la puissance. Donc que l'esquisse ne soit pas un manque ou un inach&#232;vement, mais une fonction m&#234;me de ce plan originel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Longtemps, un tel livre, on le nourrit, on fortifie ses parties faibles, on le pr&#233;serve, mais ensuite c'est lui qui grandit, qui d&#233;signe notre tombe, la prot&#232;ge contre les rumeurs et quelque peu contre l'oubli. &#187;&lt;/i&gt; C'est bien, les logiciels, il vous confirment des intuitions qu'on aurait &#233;t&#233; incapable autrement de prouver : cette phrase au terme de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, dans le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, qui reprend l'id&#233;e du livre comme cath&#233;drale, mais lui ajoute l'id&#233;e d'inach&#232;vement, puis de plan avec parties que d&#233;lib&#233;r&#233;ment on esquisse seulement, est la seule phrase, avec le l&#233;gendaire incipit du livre, &#224; commencer par l'adverbe &lt;i&gt;longtemps&lt;/i&gt;. Et c'est le mot &lt;i&gt;livre&lt;/i&gt; qui prend la place du &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; &#224; suivre. Pr&#233;cis&#233;ment pour dire comment &lt;i&gt;je&lt;/i&gt;, qui &lt;i&gt;nourrit&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;prot&#232;ge&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;grandit&lt;/i&gt; le livre, est ensuite agi par lui. Comment c'est le livre qui montre &#224; l'auteur sa tombe et lui dit de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette phrase, &#224; bout de sa souffrance, Proust a &#233;crit lui-m&#234;me le refus de soin qui a fait de sa derni&#232;re crise un d&#233;part volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le mot &lt;i&gt;prot&#232;ge&lt;/i&gt;, le mot &lt;i&gt;oubli&lt;/i&gt; &#8211; et, cette fois, &#224; nous de les assumer. Ce n'est pas qu'on traite Proust plus mal qu'&#224; d'autres &#233;poques, au contraire m&#234;me, peut-&#234;tre. C'est juste que le monde lui-m&#234;me s'est &#233;gar&#233; dans ces parties juste esquiss&#233;es d'un temps sans plan, ni cath&#233;drales, ou du moins pas celles qu'on y aurait souhait&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[58] ce Marcel Proust, un &#234;tre qui vivrait tout &#224; fait dans l'enthousiasme</title>
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		<dc:date>2012-12-29T10:09:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On dit que dans l'&#233;criture d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre ce moment des deux tiers est le plus difficile. Je n'aurais pas pens&#233; &#234;tre en mesure d'&#233;crire cent billets successifs sur Marcel Proust. Il y a &#233;videmment des doutes et des effondrements : une partie de la m&#233;canique de la Recherche se r&#233;v&#232;le, avec ses craquements, et aussi le terrible ricanement de celui qui avait bien pr&#233;vu qu'on viendrait voir &#224; cet endroit, et vous prouve qu'il avait anticip&#233; le d&#233;voilement. Et puis qu'une oeuvre pareille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On dit que dans l'&#233;criture d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre ce moment des deux tiers est le plus difficile. Je n'aurais pas pens&#233; &#234;tre en mesure d'&#233;crire cent billets successifs sur Marcel Proust. Il y a &#233;videmment des doutes et des effondrements : une partie de la m&#233;canique de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le, avec ses craquements, et aussi le terrible ricanement de celui qui avait bien pr&#233;vu qu'on viendrait voir &#224; cet endroit, et vous prouve qu'il avait anticip&#233; le d&#233;voilement. Et puis qu'une oeuvre pareille se passe de commentaire, on reprend les sc&#232;nes si connues, on d&#233;couvre qu'on sait mieux lire (tiens, le narrateur et Gilberte reprenant le raidillon de l'enfance dans la partie &lt;i&gt;&#171; Tansonville &#187;&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;), et &#231;a suffirait &#224; reprendre le&#231;on d'humilit&#233;. Et puis quand m&#234;me, suivre cette piste, et puis cette autre : revient plusieurs fois l'id&#233;e que la bibliophilie n'int&#233;resse pas le narrateur, malgr&#233; son amour des livres, et malgr&#233; la pr&#233;cision de ses descriptions des couvertures et reliures &#8211; il n'y aurait rien &#224; en faire ? Ou la visite aux Giotto de Padoue : on se souvient du surgissement &#233;blouissant du bleu, mais rien &#224; ce moment sur ce que Giotto bouscule d&#233;finitivement &#8211; l'homme capable de repr&#233;senter techniquement la perspective. Mais dans la visite &#224; l'atelier d'Elstir, toute l'analyse de Carquethuit tient &#224; la distorsion sur la fa&#231;on dont la perspective est avant tout histoire, et il n'y aurait rien &#224; en faire ? Et ce roman de la guerre, qui n'&#233;tait pas dans la premi&#232;re triade de 1913, et pour cause, mais qu'un artifice narratif (les &#233;clipses du narrateur) permet sans autre justification d'&#233;crire une fois en 1914 (Saint-Loup qui s'engage, et Bloch mobilis&#233; en deuxi&#232;me classe), une autre fois dans la nuit de Paris en 1916 (le bordel Charlus-Jupien), enfin la soir&#233;e Guermantes de 1919 et la conversation avec Gilberte sur la mort de Saint-Loup &#8211; laissons le rapport de l'oeuvre &#224; la guerre, mais cette suite d'&#233;clipses avec narration discontinue, &#231;a change quoi formellement, quand les quatre ans de guerre sont un continuum &#224; &#233;chelle bien plus large que le livre (ce qui sera d'ailleurs un des th&#232;mes du narrateur) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on continue cette alternance de lecture, dans la nuit, sur la petite tablette num&#233;rique, et d'exploration verticale, sur l'ordinateur, avec le texte de la Recherche comme sur bloc op&#233;ratoire, mais ce n'est pas une belle image &#8211; Littr&#233; et les encyclop&#233;dies (comme Wikipedia est pr&#233;cieux pour ces masses de d&#233;tails : quand vous lisez &lt;i&gt;&#171; o&#249; &#224; de jeunes &#233;l&#232;ves de Garros s'exer&#231;ant au vol &#187;&lt;/i&gt;, o&#249; irez-vous ouvrir le nom propre, lourd aussi d'une biographie &#224; faire, sans pouvoir d&#233;terminer si, lorsque Marcel Proust pense &#224; Roland Garros, il &#233;voque les meetings a&#233;riens vers Cancale en 1911, l'inventeur du tir de mitrailleuse synchronis&#233; avec la rotation de l'h&#233;lice pour tirer dans l'axe de l'avion, ou le risque-tout devenu enfin c&#233;l&#232;bre qui fait faire des tours d'avion &#224; Cocteau ?) et bien s&#251;r la table encombr&#233;e de tous ces livres sur Proust accumul&#233;s syst&#233;matiquement au cours des ann&#233;es, dont quasi aucun n'est disponible en version num&#233;rique, et qu'on ouvre seulement pour v&#233;rifier qu'on n'emprunte pas un chemin d&#233;j&#224; pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ces sortes &#8211; non pas de miracles, comment y en aurait-il &#8211; mais de signes comme adress&#233;s de loin &#224; l'incertitude o&#249; on est : Proust a eu une liaison forte et plus que fort &#224; L&#233;on Daudet, c'est la biographie et on le sait. Mais hier soir, en reprenant les &lt;i&gt;&#171; pastiches &#187;&lt;/i&gt; de l'affaire Lemoine (ce tour de force par lequel, apr&#232;s l'exercice Flaubert, il en construit le compte rendu par Sainte-Beuve o&#249; on remarque &#224; peine que le feuilletonniste ach&#232;ve son texte fictif sans quasi parler une seule fois du soi-disant livre lui-m&#234;me), dans la version fictivement prise au &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; des Goncourt, voil&#224; qu'appara&#238;t Marcel Proust lui-m&#234;me, devenu acteur de son propre texte, et qu'il y appara&#238;t d'abord en mort (&lt;i&gt;&#171; leur ami Marcel Proust se serait tu&#233;, &#224; la suite de la baisse des valeurs dimantif&#232;res &#187;&lt;/i&gt;), suivi de description post-mortem (&lt;i&gt;&#171; ce Marcel Proust, un &#234;tre qui vivait tout &#224; fait dans l'enthousiasme, dans le&lt;/i&gt; bondieusement &lt;i&gt;de certains paysages, de certains livres &#187;&lt;/i&gt;), et puis, parce que Zola (mais le Proust fictif ne sait pas qu'il s'agit de Zola) refuse de reconna&#238;tre qu'en France il n'y a eu qu'un seul &#233;crivain digne de Saint-Simon, lequel serait pr&#233;cis&#233;ment L&#233;on Daudet, voil&#224; : &lt;i&gt;&#171; sur quoi, fichtre ! Proust oubliant la reconnaissance qu'il devait &#224; Zola l'envoyait, d'une paire de claques, rouler dix pas plus loin, les quatre fers en l'air &#187;&lt;/i&gt; &#8211; non mais, vous, vous vous en souveniez, de ce passage ? Et vous imaginez la sc&#232;ne ? Et c'est quoi, et o&#249;, la reconnaissance de Proust &#224; Zola ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre angoisse mienne : d'accord, on peut accumuler autant de relectures comment&#233;es qu'on le souhaite, les grandes pages sont &#224; foison, laissons madame Swann approcher pour sa promenade du dimanche matin sous l'Arc-de-Triomphe, mais on va o&#249;, on cherche quoi ? Ce qu'on appelle dans notre jargon le &lt;i&gt;paradoxe Arte&lt;/i&gt; parce que c'est typique de cette cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, lorsque vous sollicitez de l'aide pour un documentaire, de vous demander de raconter le film d'avance quand pr&#233;cis&#233;ment, si on souhaite le faire, c'est pour extorquer &#224; la r&#233;alit&#233; quelque chose qu'elle nous indiquera pas sans l'interaction avec vous-m&#234;me enqu&#234;tant et tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier soir, il me semble l'avoir trouv&#233;, le point d'arriv&#233;e. Un passage tr&#232;s discret, une image simple, qui n'appartient pas d'ailleurs &#224; la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, mais &#224; Proust parlant de la parution de Swann, et se dire : ceci pourrait &#234;tre la centi&#232;me s&#233;quence. Ou bien, si l&#224;, approchant des soixante, tu d&#233;cides que le billet sur cette phrase sera ton centi&#232;me, tu disposeras d'un fil pour traverser la suite, m&#234;me si dans l'imm&#233;diat tu ne sais aucunement ce qu'elle rec&#232;lera &#8211; mais justement, parce que ce que tu avais &#224; dire sur Proust, ce que tu as trente ou cinquante fois d&#233;mont&#233; avec des &#233;tudiants, ou en conf&#233;rence, tu l'as &#233;puis&#233;, et encore pire : tu sais maintenant qu'&#224; mesure que tu avances dans le vide, tu as &#224; reprendre les s&#233;quences d&#233;j&#224; &#233;crites pour en faire une exp&#233;rience plus exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que c'est cela, &#224; cet instant, la difficult&#233; : on d&#233;couvre la duret&#233; de Proust. Ou bien : on d&#233;couvre comment Proust s'endurcit parce qu'il a &#224; conduire sa m&#233;canique m&#234;me, &#224; l'aboutir. Il n'y a pas de complicit&#233; possible. Et m&#234;me, contrairement peut-&#234;tre au gros Balzac, qu'on peut toujours embrasser comme un proche, il n'y a pas d'affinit&#233; possible avec le gar&#231;on d&#233;braill&#233;, maladroit, mais qui peu &#224; peu s'affine en artiste presque brutal et cruel, parce qu'il lui faut tenir lui-m&#234;me dans une m&#233;canique de plus en plus &#233;trang&#232;re &#224; son &#234;tre, et &#224; cette image de lui-m&#234;me qu'il est d&#233;cid&#233; d'y conduire jusqu'au terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en irait bien &#233;crire une biographie reprenant le &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Garros&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;stup&#233;fiant destin&lt;/a&gt; de Roland Garros, plut&#244;t que rester prisonnier dans le labyrinthe de plus en plus serr&#233;, de plus en plus aust&#232;re et d&#233;nud&#233;, de plus en plus sauvage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[54] comme les premiers ou les derniers accords d'une f&#234;te inconnue</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3286</link>
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		<dc:date>2012-12-25T10:23:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>Lautr&#233;amont (Isidore Ducasse, comte de)</dc:subject>
		<dc:subject>Soupault, Philippe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si c'est Philippe Soupault qui les fait conna&#238;tre &#224; leur d&#233;finitive &#233;chelle, pr&#233;fa&#231;ant en 1946 Les chants de Maldoror par une biographie succincte (mais on en savait si peu) d'Isidore Ducasse, sa naissance &#224; Montevideo, son professeur de rh&#233;torique Gustave Hinstin, son s&#233;jour &#224; Paris et sa fin, il ne fait que reproduire &#224; l'identique les propos de Louis Genonceaux dans sa pr&#233;face &#224; la premi&#232;re reprise des Chants, en 1890, propos que Genonceaux assure avoir &#233;t&#233; collect&#233;s aupr&#232;s du premier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot733" rel="tag"&gt;Lautr&#233;amont (Isidore Ducasse, comte de)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot740" rel="tag"&gt;Soupault, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si c'est Philippe Soupault qui les fait conna&#238;tre &#224; leur d&#233;finitive &#233;chelle, pr&#233;fa&#231;ant en 1946 &lt;i&gt;Les chants de Maldoror&lt;/i&gt; par une biographie succincte (mais on en savait si peu) d'Isidore Ducasse, sa naissance &#224; Montevideo, son professeur de rh&#233;torique Gustave Hinstin, son s&#233;jour &#224; Paris et sa fin, il ne fait que reproduire &#224; l'identique les propos de Louis Genonceaux dans sa pr&#233;face &#224; la premi&#232;re reprise des &lt;i&gt;Chants&lt;/i&gt;, en 1890, propos que Genonceaux assure avoir &#233;t&#233; collect&#233;s aupr&#232;s du premier &#233;diteur belge &#224; compte d'auteur de Lautr&#233;amont en 1869, Lacroix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#233;l&#232;bre paragraphe de Genonceaux, 1890, repris par Soupault en 1946, est ainsi formul&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un grand jeune homme brun, imberbe, nerveux, rang&#233; et travailleur. Il n'&#233;crivait que la nuit, assis &#224; son piano. Il d&#233;clamait, il forgeait ses phrases, plaquant ses prosopop&#233;es avec des accords. Cette m&#233;thode de composition faisait le d&#233;sespoir des locataires de l'h&#244;tel qui, souvent r&#233;veill&#233;s en sursaut, ne pouvaient se douter qu'un &#233;tonnant musicien du verbe, un rare symphoniste de la phrase cherchait, en frappant son clavier, les rhythmes de son orchestration litt&#233;raire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas forc&#233;ment inutile de relire la transcription qu'en fait le po&#232;te Soupault, m&#234;me post&#233;rieurement &#224; Proust, &#224; la fois reconduisant le mythe, le d&#233;pla&#231;ant vers l'&#233;criture, et ass&#233;chant l'amplification Genonceaux &#8211; toutefois, ne citant comme source que cette pr&#233;face intiiale de Genonceaux, sous l'autorit&#233; de Lacroix, mais n'h&#233;sitant pas, semble-t-il, &#224; compl&#233;ter le portrait par des &#233;l&#233;ments qui n'y sont pas rapport&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il vivait seul, semble-t-il, et n'aimait pas &#224; faire conna&#238;tre sa vie. Il fr&#233;quenta peu les caf&#233;s, mais faisait de tr&#232;s longues promenades sur les bords de la Seine. Pendant la journ&#233;e, il lisait beaucoup de livres et des livres de toutes sortes. Le soir il s'enfermait dans sa chambre et commen&#231;ait &#224; &#233;crire. Il n'&#233;crivait que la nuit, assis devant son piano. Sa chambre, tr&#232;s sombre, &#233;tait meubl&#233;e d'un lit, de deux malles pleines de livres et du piano droit. Il buvait une tr&#232;s grande quantit&#233; de caf&#233;. Il d&#233;clamait ses phrases en plaquant de longs accords. Cette m&#233;thode de composition faisait le d&#233;sespoir des locataires de l'h&#244;tel, souvent r&#233;veill&#233;s en sursaut. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Soupault continue, cette fois sans Genonceaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On imagine Isidore Ducasse, seul, luttant contre la nuit, celle qu'on use entre les quatre murs d'une chambre, aux fen&#234;tres closes, cach&#233;es par d'&#233;pais rideaux. La nuit est pr&#233;cis&#233;ment ce mur contre lequel viennent se jeter le bruit des pas, les roulements des voitures et le choc des gouttes de pluie. Sur un petit gu&#233;ridon sont pos&#233;es une tasse de porcelaine &#224; fleurettes et une grosse cafeti&#232;re de fer-blanc. Lui marche de long en large, puis ouvre son piano. Il semble l'observer, comme s'il &#233;tait pour l'instant vaincu, il s'assied, l&#232;ve les mains au ciel et les laisse retomber pour de longs, d'interminables accords. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun saura d&#233;m&#234;ler, dans ce magnifique paragraphe par lequel Philippe Soupault assoit d&#233;finitivement la l&#233;gende de Lautr&#233;amont, ce qui tient des propos racont&#233;s par Marcel Proust en parlant de sa propre chambre, sa propre nuit, son propre &#233;lan vers la composition, du d&#233;pouillement de d&#233;tails &#224; quoi se tient oblig&#233; Soupault pour revenir &#224; la condition r&#233;elle de Lautr&#233;amont (les deux cantines de livres, la cafeti&#232;re de fer blanc), et son &#233;lan romantique &#224; la suite, la ville de Paris venant cogner au mur clos de la chambre, ce qui est le dispositif de &lt;i&gt;La Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; et non celui des &lt;i&gt;Chants&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oublions le Balbec de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, revenons &#224; Marcel Proust en ao&#251;t 1912 : il a perdu beaucoup d'argent en bourse, s'est contraint plusieurs mois sur ses d&#233;penses, mais loue une suite de cinq chambres &#224; l'&#233;tage sup&#233;rieur du Grand H&#244;tel de Cabourg (source, Painter). Dans les proches, &#224; Cabourg m&#234;me, hors les Strauss ou Calmette, se trouvent un ami de Reynaldo Hahn, Henri Bardac, le critique d'art Vaudoyer (celui du &lt;i&gt;petit pan de mur jaune&lt;/i&gt;, dix ans plus tard), ainsi qu'Albert Nahmias et le jeune Philippe Soupault. Bardac servira &#224; la construction de Saint-Loup, et il y a peut-&#234;tre du Albert Nahmias dans Albertine. Ces messieurs ont des voitures, ces monstres hauts sur pattes de l'&#233;poque, dans une soci&#233;t&#233; essentiellement rurale : le 11 ao&#251;t Nahmias &#233;crase une petite fille qui meurt le surlendemain, le 25 ao&#251;t Bardac une autre (je continue de suivre Painter). Soupault n'a que quinze ans, mais Proust a connu la m&#232;re et la tante de l'adolescent (&lt;i&gt;&#171; Elle s'appelait Louise, n'est-ce pas ? je vois ses yeux, les seuls dont on peut dire qu'ils &#233;taient violets &#187;&lt;/i&gt;) Painter rapporte que Soupault pr&#233;tend le contraire. Comme il &#233;crit des po&#232;mes, il en fait part au mondain asthmatique, qui accumule plusieurs gilets de laine superpos&#233;s sous son smoking, se rasait rarement la barbe tr&#232;s noire et entretient depuis l'h&#244;tel une correspondance volumineuse, aur&#233;ol&#233; de sa vague r&#233;putation d'&#233;crivain mineur, &lt;i&gt;Les plaisirs et les jours&lt;/i&gt; n'ont rien qui puisse enthousiasmer un futur pilier du surr&#233;alisme (il faudra la guerre pour engendrer le surr&#233;alisme comme elle engendrera la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout. Je ne triche pas : on n'a aucun &#233;l&#233;ment qui permette d'affirmer que Proust (qui lui d&#233;clarera aussi : &lt;i&gt;&#171; J'ai un culte pour Dosto&#239;evski &#187;&lt;/i&gt;) ait parl&#233; &#224; Soupault des &lt;i&gt;Chants de Maldoror&lt;/i&gt;, lui ait peut-&#234;tre offert, parce qu'adolescent d'&#224; peine quinze ans pour qui la litt&#233;rature &#233;tait d&#233;j&#224; l'obsession principale, sa propre &#233;dition du Genonceaux de 1890 (ce qui expliquerait que Lautr&#233;amont, curiosit&#233; consid&#233;rable, n'ait pas figur&#233; dans les &#233;tats ult&#233;rieurs de sa biblioth&#232;que), et dans son &lt;i&gt;&#171; Marcel Proust &#224; Cabourg &#187;&lt;/i&gt;, publi&#233; en janvier 1923 par Philippe Soupault dans le n&#176; 112 de la NRF, &lt;i&gt;Hommage &#224; Marcel Proust&lt;/i&gt;, il n'y fait pas mention de Lautr&#233;amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels : on sait que, hant&#233; par la possibilit&#233; m&#234;me statistiquement faible qu'il ait pu &#234;tre le fils d'Isidore Ducasse, Proust avait retrouv&#233; dans l'h&#244;tel de la rue des Victoires ce piano droit, descendu dans le salon donnant sur la rue, mais qui, quarante ans plus t&#244;t, avait &#233;t&#233; celui utilis&#233; par le locataire mont&#233;vid&#233;en &#8211; Paris ne changeait pas si vite, &#224; l'&#233;poque. Qu'il avait fait acheter ce piano, transport&#233; dans sa propre chambre. Que Marcel Proust n'avait jamais lui-m&#234;me jou&#233; de piano, contrairement au narrateur de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, qu'il n'avait pas m&#234;me fait r&#233;accorder le piano mal entretenu, achet&#233; pour une bouch&#233;e de pain, et supportait mal l'id&#233;e, m&#234;me de Reynaldo Hahn, que d'aucuns puissent s'en servir. Que pourtant le piano d'Isidore Ducasse fut sans cesse sous ses yeux tout le temps de la composition de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, et explique en partie le r&#244;le central du piano (mais celui-ci muet) dans toutes ses occurrences narratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#233;l&#233;ment mat&#233;riel du piano, et du bref texte que Soupault consacre &#224; une rencontre essentielle pour lui, dans son chemin vers l'&#233;criture, celle de Marcel Proust &#224; Cabourg en ao&#251;t 19012, dans le fracas des enfants &#233;cras&#233;s en voiture, nous n'avons que l'examen des deux versions du texte biographique, celui de Genonceaux, celui de Soupault, pour percevoir comment Proust, pour raconter &#224; un adolescent Lautr&#233;amont qui &#233;crit, se racontait lui-m&#234;me &#233;crivant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[45] pour se d&#233;pouiller en pr&#233;sence de la r&#233;alit&#233;</title>
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		<dc:date>2012-12-18T19:15:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Duras, Marguerite </dc:subject>
		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>lieux, espace, cartes</dc:subject>

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&lt;p&gt;On aime Jean Santeuil comme une suite d'images statiques, un peu vieillies, mais belles en soi parce qu'on les lit comme une chronique, pour narrateur qui ressemble tant &#224; ce qu'on cherche &#224; savoir de Proust lui-m&#234;me, et quand bien m&#234;me il y a tout autant entre l'auteur des lettres sign&#233;es Marcel Proust et Jean Santeuil, qu'entre le m&#234;me et le narrateur de la Recherche. On s'amuse de voir par anticipation toutes nos sc&#232;nes si connues. On recompose : ainsi, quand, dans Beg-Meil non (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot732" rel="tag"&gt;lieux, espace, cartes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On aime &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; comme une suite d'images statiques, un peu vieillies, mais belles en soi parce qu'on les lit comme une chronique, pour narrateur qui ressemble tant &#224; ce qu'on cherche &#224; savoir de Proust lui-m&#234;me, et quand bien m&#234;me il y a tout autant entre l'auteur des lettres sign&#233;es Marcel Proust et Jean Santeuil, qu'entre le m&#234;me et le narrateur de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. On s'amuse de voir par anticipation toutes nos sc&#232;nes si connues. On recompose : ainsi, quand, dans Beg-Meil non retravaill&#233; s&#233;rieusement, le narrateur raconte son arriv&#233;e &#224; l'h&#244;tel des Roches-Noires, &#224; Trouville. Et que nous on sait bien que cet h&#244;tel, le m&#234;me o&#249; plus tard vivra Marguerite Duras, qui y &#233;crira de ses plus belles oeuvres (&lt;i&gt;L'amour, L'&#233;t&#233; 80, La mer &#233;crite, L'homme atlantique, La mort du jeune aviateur anglais&lt;/i&gt; parmi d'autres qui ont cette m&#234;me qualit&#233; de chant), est tout autant alors l'h&#244;tel de Balbec (ses couloirs tels que d&#233;crits par Jean Santeuil, et la nuit de premi&#232;re insomnie) que celui de Cabourg &#8211; et nous ne sommes pas indiff&#233;rents alors, relisant &lt;i&gt;L'homme atlantique&lt;/i&gt;, d'y voir passer dans la m&#234;me pi&#232;ce, sur la pointe des pieds pour ne pas d&#233;ranger Duras dirigeant son cameraman et son acteur, le jeune Marcel Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai un attachement particulier pour Beg-Meil. D'abord, parce qu'au lieu d'&#234;tre la Normandie que je connais mal, il s'agit de la c&#244;te sud de Bretagne, la baie de Concarneau, qui correspond bien mieux &#224; mes propres paysages d'enfance. Ainsi Marcel Proust aurait pu &#233;crire ma propre plage, ma propre mer. Mais aussi parce que Beg-Meil est un fragment de r&#233;cit particuli&#232;rement d&#233;velopp&#233; dans &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; (les apr&#232;s-midis de lecture dans la dune, les promenades en mer, le r&#233;cit de la temp&#234;te sur Penmarch, enfin la prolongation de saison, le narrateur restant seul client de l'h&#244;tel, sc&#232;ne qui sera aussi transf&#233;r&#233;e dans l'h&#244;tel-fiction de Balbec). Mais aussi parce que Beg-Meil, trace biographique marquante, induisant un r&#233;cit long et structur&#233; dans Santeuil, laisse des traces rep&#233;rables de reprise dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; (&#224; commencer par la conversation t&#233;l&#233;phonique de Donci&#232;res du narrateur avec sa grand-m&#232;re), et donc permet de mesurer l'intensit&#233; et la radicalit&#233; du travail d'expropriation, destruction autobiographique et recomposition narrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes et principales cassures, c'est facile &#224; r&#233;organiser : Jean Santeuil est accompagn&#233; d'un ami comme Marcel Proust y &#233;tait avec Reynaldo Hahn. Dans la ferme-auberge des Fermont, ils sont accueillis dans une relation presque confidente, qu'il regrettera l'ann&#233;e suivante, dans un autre h&#244;tel, et cette lettre o&#249; on le d&#233;couvre dans ses insomnies r&#233;elles, l'impossibilit&#233; de dormir autrement que sur le c&#244;t&#233; gauche, la n&#233;cessit&#233; d'avoir &#224; port&#233;e de main ce qu'il devra fumer contre l'asthme, et son outillage pour s'&#233;clairer et prendre des notes. Mais c'est aussi la rencontre avec Alexander Harrison, de loin son a&#238;n&#233;, mais qui lui survivra, et qui s'est &#233;tabli l&#224; pour peindre. Pas possible de lire les toiles Elstir de Carquethuit, et cette ind&#233;cision entre mer et eau, sans penser qu'il s'agit plus de la c&#244;te du Morbihan que de celle de Cabourg-&#201;tretat, et que si la description de Carquethuit s'&#233;tablit plus sur le travail de Monet, pour ce qui est des personnages sur l'estran, ind&#233;cidablement entre mer et terre, Alexander Harrison &#233;tait sur ces chemins &#224; Beg-Meil. Il y a des traces de personnages similaires en transparence dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; : des peintres louent dans les fermes autour de F&#233;terne, et l'atelier d'Elstir pas plus celui de Manet ou Monet que celui de Harrison, que Proust voit travailler &#224; Beg-Meil et visitera &#224; Paris. Reste qu'une des lois de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; , d&#233;calqu&#233;e de Balzac (c'est Balzac cet &#233;t&#233; 1895 qu'il lit &#224; Beg-Meil, d'apr&#232;s ses lettres, remplac&#233; dans &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; par Stevenson &#8211; mais la passion Stevenson est un autre des fils tendus sous la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, tu et vif), c'est d'&#233;tablir la preuve du personnage fictif depuis la convocation, &#224; m&#234;me le texte, de l'artiste r&#233;el qui lui sert de mod&#232;le. Ainsi Debussy et Monet feront les frais de la conversation Cambremer &#8211; mais de Harrison, rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche Harrison perdu, toute information sera r&#233;compens&#233;e. C'est que tout ce qui concerne la relation de Marcel Proust et de son &lt;i&gt;gentil&lt;/i&gt; Reynaldo Hahn est un des lieux les plus contr&#244;l&#233;s de la recomposition fictive. C'est avec lui qu'on s'en va lire l'apr&#232;s-midi dans Santeuil, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; le narrateur partira seul dans les dunes. Et si c'est dans la p&#233;riode de la ferme-h&#244;tel des Fermont que Proust trouve un des mod&#232;les de Rivebelle, le restaurant du soir, c'est Saint-Loup qui dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; accompagnera le narrateur &#8211; pourtant, la sc&#232;ne du petit mot envoy&#233; au client solitaire, par laquelle Saint-Loup et le narrateur prennent contact avec Elstir, c'est avec Harrison qu'elle a d'abord lieu, et de cette fa&#231;on m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#244;tel Fermont c'est une vieille ferme reconvertie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source, Jean Le Foll, site Pays Fouesnantais.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les chambres dans une annexe devenue aujourd'hui le Cr&#233;dit agricole, et tarif deux francs par jour. On est au hameau du Penquer Lanroz, et non celui voisin de Kerengrimen, nom utilis&#233; dans &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; (avec aussi un h&#244;tel, la pension Rousseau, futur H&#244;tel de la Plage). Chez les Fermont on mange sous les pommiers, c'est sommaire mais familial. Sans doute que des proustiens experts et plus opini&#226;tres que moi sauraient ici reprendre extensivement les lettres de Reynaldo Hahn &#224; sa soeur, celles de Proust &#224; sa m&#232;re, pour se m&#233;fier toujours des r&#233;tro-projections, comme le fait l'excellent Painter, nous d&#233;crivant la vie de Proust et de Hahn en leur appliquant les morceaux de &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;. La premi&#232;re ann&#233;e il n'y a pas de sanitaire, on doit se contenter d'aller dans la dune, au milieu des orties, et &#231;a donne un peu d'&#233;motion, d'imaginer Marcel Proust s'accroupissant ainsi &#224; la dure &#8211; &lt;i&gt;&#171; les pommiers y descendent jusqu'&#224; la mer et l'odeur du cidre se m&#234;le &#224; celle des go&#233;mons. Ce m&#233;lange de sensibilit&#233; est assez &#224; ma dose, mais je le go&#251;te mal &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit-il &#224; sa m&#232;re, mais la dune et les orties, ce n'est pas dans &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce litt&#233;ral blanchiment de l'autobiographie, l&#224; o&#249; &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; se contente de transposer, et dont le s&#233;jour Beg-Meil, si bien document&#233;, nous donne la mesure, peut-&#234;tre trouvera-t-on une harmonique suppl&#233;mentaire dans le nom de Marie Nordlinger. Sa relation longue et pacifi&#233;e avec Proust est parfaitement document&#233;e, ne serait-ce que par leurs lettres, pour la p&#233;riode des traductions Ruskin, auxquelles elle participe, de m&#234;me qu'il lui confie la commande d'un buste pour la tombe de son p&#232;re. Mais, dans cette ann&#233;e s&#233;parant les deux s&#233;jours Beg-Meil, Marie Nordlinger est &#224; Paris. Elle est cousine de Reynaldo Hahn. C'est avec elle que Proust ira visiter l'atelier de Harrison. Pour le reste, on ne sait quasi rien, sauf que ce ne fut pas une relation indiff&#233;rente ou neutre. On n'en ferait pas &#233;tat, si pr&#233;cis&#233;ment il ne s'agissait pas d'une p&#233;riode ensuite comme effac&#233;e par Proust : auquel cas ce serait l'effacement de la p&#233;riode Nordlinger qui aurait entra&#238;n&#233; l'effacement Harrison &#8211; au demeurant esth&#233;tiquement bien moins loin que Monet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des myst&#232;res du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; c'est &#8211; elle accompagne Bloch devenu, on le sait, comme un double de ce qu'&#233;tait (et n'est plus) le narrateur &#8211; cette &lt;i&gt;&#171; jeune femme &#187;&lt;/i&gt; dont on ne saura quasi rien, mais qui va s'&#233;tablir d'embl&#233;e avec le vieux narrateur dans une sorte d'intimit&#233; &#8211; &lt;i&gt;&#171; le nom de la jeune femme &#224; laquelle Bloch m'avait pr&#233;sent&#233; m'&#233;tait enti&#232;rement inconnu &#187;&lt;/i&gt;, et, un peu plus loin, &lt;i&gt;&#171; la charmante amie de Bloch &#187;&lt;/i&gt;, et c'est seulement &#224; la troisi&#232;me occurrence que Proust l&#226;che &lt;i&gt;&#171; l'Am&#233;ricaine amie de Bloch &#187;&lt;/i&gt;, ensuite on apprend qu'elle &lt;i&gt;&#171; voulait [l]&#8216;entendre raconter des histoires &#187;&lt;/i&gt;, puis qu'elle &lt;i&gt;&#171; habitait depuis peu la France et n'avait pas &#233;t&#233; re&#231;ue tout de suite &#187;&lt;/i&gt;, puis ensuite elle dispara&#238;t comme elle avait surgi &#8211; quand je reviens &#224; ce passage, c'est ce nom horizon de Marie Nordlinger que j'y associe souvent, sans d'ailleurs plus de raison ni d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tellement d'autres choses, dans ces croisements concernant Beg-Meil, entre la r&#233;daction de &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;, l'odeur des pommes &#224; cidre bretonnes pourrissant &#224; terre, la brume o&#249; se perdent les barques, et les r&#233;flexions sur la lecture (&lt;i&gt;&#171; ... notre m&#232;re sourit en nous voyant partir pour la plage emportant toujours un volume de Stevenson. Elle nous trouve encore enfant et, &#233;crivant &#224; Paris pour avoir une vie de Stevenson, son portrait, elle retrouve comme nous la vivacit&#233; de go&#251;ts de notre enfance, la possibilit&#233; de nous refaire des cadeaux. D&#233;j&#224; du reste quand nous &#233;tions petits il y avait un certain livre que nous prenions sous notre bras quand on allait au parc et que nous lisions avec amour, qu'aucun autre n'aurait remplac&#233;. Et m&#234;me &#224; ce moment-l&#224; nous ne nous attachions pas si exclusivement &#224; ce que disait le livre sans nous soucier des feuillets que nous tournions &#187;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beg-Meil est la mesure de l'effacement autobiographique de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; et la radicalit&#233; de sa recomposition, &#224; commencer par tous ces lieux concat&#233;n&#233;s, l'h&#244;tel de Beg-Meil et l'h&#244;tel des Roches Noires pour faire celui de Cabourg, et le nom de Balbec d&#233;j&#224; dans la petite station bretonne, face Concarneau, sans oublier que le tortillard Quimper-Concarneau donne nombre de traits au Deauville-Cabourg de Balbec 2. Proust se moque des Bretons qui refusent de vendre leurs champs aux Parisiens, gr&#226;ce &#224; quoi ce site a gard&#233; cette beaut&#233; &#224; la fois domestique et sauvage, les champs de pommiers venant jusqu'&#224; l'eau. Malheureusement, les Bretons n'ont pas tenu : Beg-Meil n'est plus qu'une d&#233;pendance de l'&#233;talement urbain g&#233;n&#233;ralis&#233;, sous toits d'ardoise et zones avec supermarch&#233;s, et Monet, devant qui on s'incline, a &#233;clips&#233; Harrison, comme sont &#233;clips&#233;s aussi son compagnon Reynaldo et Marie Nordlinger sa cousine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le s&#233;maphore, reste &#224; jamais ce passage tr&#232;s simple par quoi &lt;i&gt;Santeuil&lt;/i&gt; est l'atelier m&#234;me de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; &#192; cinquante m&#232;tres du s&#233;maphore, c'est-&#224;-dire de l'extr&#233;mit&#233; de la presqu'&#238;le, les pommiers cessent. Le sol, d&#233;j&#224; couvert du sable de la gr&#232;ve voisine et d'une herbe courte, &#233;touffe le bruit des pas. Partout des foug&#232;res et des chardons br&#251;l&#233;s par le soleil... &#187;&lt;/i&gt; Beg-Meil.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/monet-estran.jpg?1355857923' width='500' height='296' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Monet, estran, &#233;cho du Carquethuit d'Elstir.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/monet-jetee.jpg?1355857921' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Monet, marine, &#233;cho du Carquethuit d'Elstir.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/harrison-vague.jpg?1355857923' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Harrison, vague, &#233;cho de terre, mer et horizon indistincts dans le Carquethuit d'Elstir.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source, Jean Le Foll, site &lt;a href=&#034;http://www.cc-paysfouesnantais.fr/var/cc_paysfouesnantais/storage/original/application/phpaUmIeF.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pays Fouesnantais&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[hors s&#233;rie] voulez-vous y conduire le mort que je suis ?</title>
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		<dc:date>2012-12-13T19:18:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>lieux, espace, cartes</dc:subject>
		<dc:subject>les hors-s&#233;rie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;compl&#233;ments &#224; &#171; Proust est une fiction &#187;, le Seuil, 2013&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot732" rel="tag"&gt;lieux, espace, cartes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot738" rel="tag"&gt;les hors-s&#233;rie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/J8RdnK39mXo?si=cUFDSbLpX6AmJN-U&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
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&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Le dossier Proust de Tiers Livre :
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust est une fiction, sommaire g&#233;n&#233;ral du livre&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416#porfolio' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust est une fiction, index du portfolio&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5028' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust consolations, 31 vid&#233;os&lt;/a&gt;, une approche de quelques &#233;nigmes proustiennes sur la cha&#238;ne YouTube du site ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'album Proust diffus&#233; par les &#233;ditions Michel Lafon, le t&#233;moignage du critique d'art Jean-Louis Vaudoyer, &#224; qui Marcel Proust demande de l'accompagner &#8211;- et surtout de le conduire &#8211;- &#224; l'exposition des ma&#238;tres hollandais au mus&#233;e du Jeu de Paume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Jean-Louis Vaudoyer le critique qu'&#233;voque Bergotte, puisque l'exposition qui se tient d'avril &#224; juin 1921 vient rejoindre la narration en temps r&#233;el de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne me suis pas couch&#233; pour aller voir ce matin Vermeer et Ingres. Voulez-vous y conduire le mort que je suis et qui s'appuiera sur votre bras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression utilis&#233;e par Proust dans la mort de Bergotte, &#224; propos de la pr&#233;cision du &lt;i&gt;petit pan de mur jaune&lt;/i&gt; qualifi&#233; d'&lt;i&gt;oeuvre d'art chinoise&lt;/i&gt; vient sans doute directement d'un des articles publi&#233;s par Vaudoyer dans l'&lt;i&gt;Opinion&lt;/i&gt; : &#171; Il y a dans le m&#233;tier de Vermeer une patience chinoise, une facult&#233; de cacher la minutie et le proc&#233;d&#233; de travail qu'on ne retrouve que dans les peintures, les laques et les pierres taill&#233;es d'Extr&#234;me-Orient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir d'o&#249; viennent les pommes de terre, et pourquoi les pommes de terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter (toujours dans le livre Michel Lafon) que c'est Vaudoyer qui fera les derni&#232;res photographies de Proust vivant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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