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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>[89] quand je lisais, je r&#234;vassais souvent, pendant des pages enti&#232;res, &#224; tout autre chose</title>
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		<dc:date>2013-10-13T07:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>imaginaire, r&#234;ve</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la r&#233;&#233;criture de &#034;Journ&#233;es de lecture&#034; comme matrice de Combray a probablement permis &#224; Proust de d&#233;couvrir son mode global de narration pour la Recherche&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot727" rel="tag"&gt;imaginaire, r&#234;ve&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3329.jpg?1381668250' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la marche relativement rapide qu'est toute la sc&#232;ne Combray, on avance figure par figure avec une grande nettet&#233; de d&#233;coupe. Sc&#232;ne embl&#233;matique du baiser du soir, l'attente en chemise de nuit dans le couloir, surgissement du p&#232;re lui aussi en chemise du nuit mais le cr&#226;ne envelopp&#233; dans un cachemire mauve et rose, puis la sc&#232;ne des pleurs, la premi&#232;re apparition de Fran&#231;oise, et la m&#232;re qui d&#233;balle le cadeau d'anniversaire de l'enfant, variation sur l'art de la grand-m&#232;re de choisir ses cadeaux, et lecture &#224; voix haute par la m&#232;re de &lt;i&gt;Fran&#231;ois le Champi&lt;/i&gt;, le livre qu'on retrouvera, au terme de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, dans la biblioth&#232;que o&#249; attend le narrateur avant de rejoindre le salon o&#249; il retrouvera &#8212; mais vieux &#8212; tous ses personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art de lire &#224; haute voix trait&#233; non comme le fait de lire &#224; un enfant, mais art de lire en soi (&#171; une lectrice admirable par le respect et la simplicit&#233; de l'interpr&#233;tation, par la beaut&#233; et la douceur du son &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou que lire &#224; haute voix est d'abord une activit&#233; n&#233;gative, o&#249; il s'agit d'&lt;i&gt;&#233;carter&lt;/i&gt; ce qui tiendrait aux sensations personnelles du lecteur, avec retour &#224; comment la m&#232;re parle en g&#233;n&#233;ral aux personnes &#224; qui elle s'adresse, l'adresse r&#233;elle &#233;tant ce qu'on transpose dans la lecture &#224; haute voix d'un livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me dans la vie, quand c'&#233;taient des &#234;tres et non des &#339;uvres d'art qui excitaient ainsi son attendrissement ou son admiration, c'&#233;tait touchant de voir avec quelle d&#233;f&#233;rence elle &#233;cartait de sa voix, de son geste, de ses propos, tel &#233;clat de ga&#238;t&#233; [...] tel rappel de f&#234;te [...] tel propos de m&#233;nage... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la conversation r&#233;elle, le narrateur revient &#224; la lecture &#224; haute voix du livre en rench&#233;rissant, bannir au lieu d'&#233;carter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... attentive &#224; bannir de sa voix toute petitesse, toute affectation qui e&#251;t pu emp&#234;cher le flot puissant d'y &#234;tre re&#231;u... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que c'est affaire principalement de rythme, et passe par la nature grammaticale de ce qu'on lit &#8212; ainsi, l'espace temporel neutre que repr&#233;sentent les terminaisons des verbes va devenir le lieu spatial de l'interpr&#233;tation par le lecteur, qui ne se l'arrogerait pas dans les fonctions vives ou informatives du texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle retrouvait pour les attaquer dans le ton qu'il faut l'accent cordial qui leur pr&#233;existe et les dicta, mais que les mots n'indiquent pas ; gr&#226;ce &#224; lui elle amortissait au passage toute crudit&#233; dans le temps des verbes, donnait &#224; l'imparfait et au pass&#233; d&#233;fini la douceur qu'il y a dans la bont&#233;, la m&#233;lancolie qu'il y a dans la tendresse... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'on essaye d'enseigner sans cesse, anticiper en lisant l&#224; o&#249; la phrase finit, ne rien laisser retomber mais s'en servir de socle pour ce qui continue &#8212; et que lire une prose ce n'est pas articuler une suite de mots et la fonction qui les relie, mais d'abord un compte fait de syllabes br&#232;ves et longues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... dirigeait la phrase qui finissait vers celle qui allait commencer, tant&#244;t pressant, tant&#244;t ralentissant la marche des syllabes pour les faire entrer, quoique leurs quantit&#233;s fussent diff&#233;rentes, dans un rythme uniforme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le contexte de ce comique tendre de Proust, puisque la m&#232;re supprime de &lt;i&gt;Fran&#231;ois le Champi&lt;/i&gt;, qui n'est pourtant un livre ni obsc&#232;ne ni &#233;rotique, toutes les sc&#232;nes d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter cette remarque de Proust qui &#233;vacue en une ligne tout ce que la litt&#233;rature est devenue d'industrie culturelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... &#224; moi qui consid&#233;rais un livre nouveau non comme une chose ayant beaucoup de semblables, mais comme une personne unique, n'ayant de raison d'exister qu'en soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur insiste sur ce qu'on &#233;coute qui n'est pas la phrase et la narration mais ce qui par dessous les porte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avais entendu dire que George Sand &#233;tait le type du romancier. Cela me disposait d&#233;j&#224; &#224; imaginer dans Fran&#231;ois le Champi quelque chose d'ind&#233;finissable et de d&#233;licieux. Les proc&#233;d&#233;s de narration destin&#233;s &#224; exciter la curiosit&#233; ou l'attendrissement, certaines fa&#231;ons de dire qui &#233;veillent l'inqui&#233;tude et la m&#233;lancolie, et qu'un lecteur un peu instruit reconna&#238;t [...] sous ces &#233;v&#233;nements si journaliers, ces choses si communes, ces mots si courants, je sentais comme une intonation, une accentuation &#233;trange &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va donc se produire une nouvelle mise en ab&#238;me : la m&#232;re coupant certains passages, justement ceux qui concernent de plus pr&#232;s la meuni&#232;re et l'enfant du roman, la marche narrative se fait fragmentaire et discontinue &#8212; alors m&#234;me que celui qui &#233;coute, ici le narrateur enfant, s'immerge dans la lecture comme dans le flux qui lui autorise l'&#233;cart et le r&#234;ve. La censure de la m&#232;re aura enseign&#233; &#224; l'enfant une lecture discontinue, marchant par intermittence, et qui signera plus tard son mode d'&#233;criture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... Quand je lisais, je r&#234;vassais souvent, pendant des pages enti&#232;res, &#224; tout autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on dans une prose d'articuler des vecteurs denses, mais discontinus, juste li&#233;s l'un &#224; l'autre par la lin&#233;arit&#233; narratice, ce qui donne &#224; Proust (au sens le plus &#233;l&#233;mentaire : &#171; caract&#232;re commun &#224; des &#339;uvres d'art, de litt&#233;rature ou de science &#187;, dit Littr&#233;) cette fa&#231;on un peu hypnotique de mener le r&#233;cit, presque par taches qui coexistente. Et donc que le plus intense de l'accueil d'une prose, ce caract&#232;re hypnotique de son chant et la densit&#233; m&#234;me de ce qui s'y produit, est li&#233; &#224; l'&#233;coute discontinue, pr&#233;par&#233;e autant par l'&#233;criture qu'elle est le fait de l'&#233;coute m&#234;me, et que ce n'est pas abandon du lecteur mais au contraire avoir dirig&#233; sa fuite, lui laisser l'exercice du r&#234;ve mais lui en avoir donn&#233; l'&#233;lan et la couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, reprenant sa pr&#233;face &#224; Ruskin, &lt;i&gt;Journ&#233;es de lecture&lt;/i&gt;, que Proust va litt&#233;ralement &#233;clater et d&#233;pecer pour en faire l'armature narrative et la base spatiale, le narrateur cherchant sans le trouver un endroit id&#233;al pour lire, selon les jours, les heures, les saisons, Proust pour faire surgir Combray se donne un fil conducteur, qui n'est pas la maison elle-m&#234;me, et les gens qui y habitent, mais ses propres souvenirs de lecture. La lecture devenue corps physique, ind&#233;pendamment du sien ou se juxtaposant au sien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... comme un corps incandescent qu'on approche d'un objet mouill&#233; ne touche pas son humidit&#233; parce qu'il se fait toujours pr&#233;c&#233;der d'une zone d'&#233;vaporation. Dans l'esp&#232;ce d'&#233;cran diapr&#233; d'&#233;tats diff&#233;rents que, tandis que je lisais, d&#233;ployais simultan&#233;ment ma conscience... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double notation de distance, par l'image de l'&#233;vaporation et celle de l'&#233;cran, qui devient l'espace du lecteur, dans la tension du livre. Et aussit&#244;t maintenue que la lecture m&#234;me la plus dense n'est pas cl&#244;ture, mais perception au contraire accrue de l'espace spatial ou relationnel qui entoure le lecteur et son livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et qui allaient des aspirations les plus profond&#233;ment cach&#233;es en moi-m&#234;me jusqu'&#224; la vision tout ext&#233;rieure de l'horizon que j'avais, au bout du jardin, sous les yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir du livre, alors, est d'embl&#233;e celui de son appropriation en tant qu'objet, associ&#233; au lieu o&#249; on se le procure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait ma croyance en la richesse philosophique, en la beaut&#233; du livre que je lisais, et mon d&#233;sir de me les approprier, quel que f&#251;t ce livre. Car, m&#234;me si je l'avais achet&#233; &#224; Combray, en l'apercevant devant l'&#233;picerie Borange, trop distante de la maison pour que Fran&#231;oise puisse s'y fournir comme chez Camus, mais mieux achaland&#233;e comme papeterie et librairie, retenu par des ficelles dans la mosa&#239;que des brochures et livraisons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phrase suivante, Proust renforce encore la spaitalisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette croyance centrale qui, pendant ma lecture, ex&#233;cutait d'incessants mouvements du dedans au dehors... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notion de la lecture comme activit&#233; passant donc d'abord par l'imaginaire mais ne le distrayant pas du monde, convoquant plut&#244;t le monde dans le lieu m&#234;me du r&#234;ve (&#171; la trouvaille du romancier a &#233;t&#233; d'avoir l'id&#233;e de remplacer ces parties imp&#233;n&#233;trables &#224; l'&#226;me par une quantit&#233; &#233;gale de parties immat&#233;rielles, c'est-&#224;-dire que notre &#226;me peut s'assimiler &#187;), de l&#224; passant &#224; la vitesse m&#234;me du lire comme condition de ce surgissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... tandis que nous tournons fi&#233;vreusement les pages du livre, la rapidit&#233; de notre respiration et l'intensit&#233; de notre regard. Et une fois que le romancier nous a mis dans cet &#233;tat, o&#249; comme dans tous les &#233;tats purement int&#233;rieurs toute &#233;motion est d&#233;cupl&#233;e, o&#249; son livre va nous troubler &#224; la fa&#231;on d'un r&#234;ve mais d'un r&#234;ve plus clair que ceux que nous avons en dormant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imaginaire des lieux vient alors co&#239;ncider avec l'imaginaire du livre lu, et finit par nous donner la r&#232;gle m&#234;me d'avanc&#233;e de son r&#233;cit concernant la lecture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... en continuant &#224; suivre du dedans au dehors les &#233;tats simultan&#233;ment juxtapos&#233;s dans ma conscience, et avant d'arriver &#224; l'horizon r&#233;el qui les enveloppait... &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela, rappellera-t-on, &#171; mon imagination reprenant des forces au contact de ma sensualit&#233;, ma sensualit&#233; se r&#233;pandant dans tous les domaines de mon imagination &#187;, pour prendre cette &#171; route inconnue &#187;, et son aboutissement bien connu : &#171; jusqu'au moment o&#249; une trace naturelle comme celle d'un colima&#231;on s'ajoutait aux feuilles du cassis sauvage qui se penchaient jusqu'&#224; moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment tout cela qui manque encore au magnifique texte &lt;i&gt;Journ&#233;es de lecture&lt;/i&gt;, qui lui sert d'embryon mais s'en tient aux contingences ext&#233;rieures de la lecture. Indice d'importance, l'injonction paternelle des Journ&#233;es de lecture : &#171; Allons, ferme ton livre, on va d&#233;jeuner ! &#187; a disparu de &lt;i&gt;&#192; la recherche du temps perdu&lt;/i&gt; alors m&#234;me que Proust y a conserv&#233; ce r&#233;cit du moment d'avant le repas, o&#249; chacun &#233;tait libre de vaquer &#224; ce qui lui convenait, et donc lui-m&#234;me de lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Livre ouvert, mais par l'&#233;criture m&#234;me, et par le fait que nous, lecteur, sommes d&#233;sormais &#224; le lire, plus question qu'un personnage se m&#234;le de refermer d'une simple injonction la mise en ab&#238;me la plus essentielle et la plus &#233;l&#233;mentaire &#224; la fois : la lecture faite mati&#232;re du r&#233;cit comme reflet en permanence, dans la lecture m&#234;me, de notre propre position de lecteur et ouvrant sur la totalit&#233; de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[63] la d&#233;solation sans pens&#233;e d'un feuillage que cingle la pluie et que retourne le vent</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; savoir si Proust a vraiment assist&#233; &#224; l'autopsie d'&#201;mile Zola&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3297.jpg?1367904031' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai voulu voir l'int&#233;rieur d'un &#233;crivain &#187;&lt;/i&gt;, aurait dit Proust &#224; Antoine Bibesco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y aurait-il eu &#224; refuser &#224; Adrien Proust, membre &#233;minent de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine, familier du minist&#232;re, mais surtout inspecteur g&#233;n&#233;ral des services sanitaires, et &#224; ce titre ayant mandatement sur la morgue de Paris ? C'est un homme important, le p&#232;re de l'&#233;crivain. Ses travaux sur l'hygi&#232;ne, sa lutte contre le chol&#233;ra font que, bien l&#233;gitimement, quand une attaque c&#233;r&#233;brale le foudroya en novembre 1903, son enterrement fut le plus suivi &#224; Paris depuis celui d'&#201;mile Zola, un an plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autopsie, lorsque men&#233;e dans un cadre judiciaire, est un fait public. &#192; la requ&#234;te directe d'Adrien Proust aupr&#232;s du m&#233;decin-chef Vibert, ce 30 septembre 1902 &#8212; les deux hommes se connaissent et s'appr&#233;cient &#8212;, Marcel Proust est autoris&#233; &#224; assister, en blouse blanche, dans la grande salle de la morgue de Paris et ses paillasses de zinc, et m&#234;me s'il restera &#224; distance et sans prendre de notes, &#224; l'autopsie d'&#201;mile Zola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la mort d'&#201;mile Zola, on trouvera une litt&#233;rature consistante. La th&#232;se de l'accident continue de pr&#233;valoir : un temps maussade et pluvieux, la premi&#232;re fois qu'on rallume la chemin&#233;e, un feu qu'on croit &#233;teint et le domestique des Zola, Jules Delahalle, referme la trappe. Dans la chemin&#233;e, au lieu des habituels blocs d'anthracite, des &lt;i&gt;&#171; boulets Bernot &#187;&lt;/i&gt; de d&#233;pannage. Dans la nuit, Alexandrine Zola se sent mal et r&#233;veille son mari, qui ne se sent pas bien lui non plus, mais attribue cela &#224; une intoxication alimentaire. &lt;i&gt;&#171; Demain nous serons gu&#233;ris &#187;&lt;/i&gt;, lui aurait-il dit &#8212; les diff&#233;rentes biographies concordent. Quand leur domestique ouvre la porte, le lendemain matin, les deux &#233;poux sont inconscients. On pourra ranimer madame Zola, rest&#233;e dans le lit, mais pas l'&#233;crivain, &#233;tendu inconscient sur le plancher, dans son vomi &#8212; on tente des massages, des tractions de la langue, mais il y a eu trop de gaz carbonique inhal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'en 1953 un nomm&#233; Hacquin fera part &#224; un journaliste du premier &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; des d&#233;clarations d'un ramoneur-fumiste, Henri Buronfosse, soi-disant rencontr&#233; en 1928, lequel se serait targu&#233;, travaillant sur le toit d'une maison voisine, d'avoir volontairement bouch&#233; le conduit de chemin&#233;e des Zola, ses propres sympathies politiques le lui faisant avoir en haine. C'est beaucoup de hasard (les Zola &#233;taient revenus de M&#233;dan le jour m&#234;me), et on s'en tient plut&#244;t &#224; la version de l'accident le plus stupide qui soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux chiens des Zola, qu'ils gardaient dans leur chambre, ont surv&#233;cu. Pour reconstituer le drame, d&#232;s le surlendemain, le commissaire Cornette pratiquera des exp&#233;riences avec deux cochons d'Inde et deux canaris. On s'interrogera aussi sur la circulation de la rue, qui fait vibrer les murs &#224; cause des pav&#233;s de bois, et aurait pu endommager la chemin&#233;e (c'est nouveau, la circulation de camions automobiles dans les rues de Paris).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on ne peut &#233;liminer non plus les bruits de suicide. Pour tout cela, le juge Bourouillou ordonne l'autopsie, qui est pratiqu&#233;e le lendemain m&#234;me du d&#233;c&#232;s &#8212; et l'analyse du sang prouvera sans aucun doute possible l'intoxication &#224; l'oxyde de carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine si Vibert se souviendra plus tard de la pr&#233;sence de Marcel Proust (qui le conna&#238;t, onze ans avant la publication de Swann), et il n'en fera pas non plus r&#233;cit &#224; sa m&#232;re (elle r&#233;prouve l'initiative, n'aurait pas accord&#233; cette pr&#233;sence). Mais Robert Proust, le fr&#232;re &#8212; lequel vient de soutenir sa th&#232;se de doctorat et commence son chemin de chirurgien, le premier &#224; pratiquer l'ablation totale de la prostate et qui habitera l'appartement familial jusqu'&#224; son mariage quatre mois plus tard &#8212; se souvient tr&#232;s bien de Marcel, parce que c'est, contrairement &#224; son p&#232;re et son fr&#232;re, la premi&#232;re fois qu'il assiste &#224; une autopsie, leur racontant, &#224; lui et son p&#232;re, ses impressions na&#239;ves &#8212; bruit de la scie sur le cr&#226;ne, repliement de la peau du visage sur la face, extraction du cerveau (&lt;i&gt;&#171; un cerveau vert &#187;&lt;/i&gt;, aurait dit Marcel &#224; son p&#232;re et son fr&#232;re, qui mesur&#232;rent en cela son taux d'&#233;motion), enfin l'incision en Y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Proust fera plusieurs fois &#233;tat de cette conversation du soir entre les trois hommes (pour eux deux, le monde de l'autopsie est des plus banals), la curiosit&#233; de son fr&#232;re, qui n'avait pas dormi de toute la nuit pr&#233;c&#233;dente pour se pr&#233;senter &#224; l'heure, soumis donc &#224; des &#233;touffements renforc&#233;s par l'humidit&#233; des locaux o&#249; l'eau froide ruisselle en permanence, et les produits au chlore utilis&#233;s pour le nettoyage et l'antiseptie. Il pr&#233;cisera que son fr&#232;re avait sympathis&#233; avec l'interne qui, comme lui, devait se tenir en retrait et auquel on avait confi&#233; la pes&#233;e des organes et peut-&#234;tre, dans les archives de justice, o&#249; le proc&#232;s de l'autopsie de Zola est soigneusement conserv&#233;, certaines des annotations concernant le poids des intestins, c&#339;ur et poumons sont-elles de la main de Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en a pas de trace dans sa Correspondance. &#192; peine, trois jours plus tard, &#233;crit-il &#224; son principal correspondant du moment, Antoine Bibesco : &lt;i&gt;&#171; Je vais mal, tr&#232;s mal &#187;&lt;/i&gt;, et aussi &lt;i&gt;&#171; je suis bien malheureux mon petit Antoine en ce moment, la vie ne m'est pas douce &#187;&lt;/i&gt;. C'est ce qui conduira sa m&#232;re &#224; lui faire anticiper son d&#233;part pour Amsterdam, et il est en Hollande d&#232;s le 16 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est attest&#233; aussi, au retour de ce s&#233;jour en Hollande anticip&#233;, que Proust prit contact avec le charg&#233; d'affaire d'Alexandrine Zola (lequel avait &#224; g&#233;rer la situation complexe des deux enfants de Zola et de Jeanne Rozerot) pour acheter tout ou partie des &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2428' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 000 plaques photographiques&lt;/a&gt; laiss&#233;es par Zola. Dans la correspondance &#233;chang&#233;e entre les deux hommes on le voit ensuite proposer de ne racheter que celles concernant l'Exposition universelle de 1900, qui tient chez Proust une place moindre que celle de 1890, mais quand m&#234;me &#8212; fabuleuses photographies de Zola sur la construction de la tour Eiffel, ainsi que ces photographies, auxquelles la famille Zola semblait moins attach&#233;e, et qui concernait les objets m&#233;caniques, trains, tricycle &#224; moteur. Mais que l'int&#233;r&#234;t m&#234;me que Proust y portait conduisit la famille Zola &#224; les garder sans se s&#233;parer d'aucune, elles sont toujours d'ailleurs propri&#233;t&#233; de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la froideur dont on a pu taxer Marcel Proust lors du d&#233;c&#232;s de son p&#232;re, un an plus tard, dans des circonstances aussi rapides et impr&#233;vues que le d&#233;c&#232;s de Zola, ne soient que la cons&#233;quence de ce qu'il avait travers&#233; ce 30 septembre 1902 &#8212; il n'avait plus de larmes, il revoyait encore le cr&#226;ne ouvert de Zola, la la peau du visage repli&#233;e sur la face, avec la petite barbiche maigre devenue dure et raide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tant d'&#233;tats heureux et tendres comprim&#233;s par la souffrance ne s'&#233;chappaient pas d'elle maintenant comme ces gaz plus l&#233;gers qu'on refoula longtemps ? On aurait dit que tout ce qu'elle avait &#224; nous dire s'&#233;panchait, que c'&#233;tait &#224; nous qu'elle s'adressait avec cette prolixit&#233;, cet empressement, cette effusion &#187;&lt;/i&gt; : quant &#224; la c&#233;l&#232;bre sc&#232;ne des gaz (je dis c&#233;l&#232;bre parmi les proustiens, bien s&#251;r, parce que c'est quand m&#234;me un d&#233;tail discret), &#233;voqu&#233;e lors du d&#233;c&#232;s de la grand-m&#232;re, Robert Proust a confi&#233; plus tard &#224; ses proches qu'elle provenait directement du souvenir de cette autopsie &#224; laquelle avait voulu assister le futur auteur de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, &#233;trange fusion par l'abdomen de la grand-m&#232;re du narrateur et de l'auteur des Rougon-Maquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai voulu voir l'int&#233;rieur d'un &#233;crivain&lt;/i&gt;, aurait dit Proust &#224; Antoine Bibesco&lt;i&gt;. Mais d'un grand &#233;crivain, tu comprends ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non seulement Antoine Bibesco s'en souvient et nous le rapporte, mais il nous dit la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais il n'y a rien, tu comprends, absolument rien de diff&#233;rent &#187;&lt;/i&gt;, avait insist&#233; Marcel Proust. Et puis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a d&#233;coup&#233; puis enterr&#233; ce myope sans ses lunettes, pauvre homme &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photographie ci-dessus : &#201;mile Zola sur son lit de mort. Et ci-dessous : &#201;mile Zola, autoportrait au D&#233;tective Nadar.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L313xH425/arton2428-48318.jpg?1750434243' width='313' height='425' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[4] la constante nullit&#233; intellectuelle qui habitait sous le front songeur d'Octave</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3209</link>
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		<dc:date>2013-05-16T02:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Morand, Paul</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quand Paul Morand nous fait visiter la chambre de Marcel Proust&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot723" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot731" rel="tag"&gt;Morand, Paul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3208' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3210' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ombre&lt;br/&gt;
n&#233;e de la fum&#233;e de vos fumigations,&lt;br/&gt;
le visage et la voix&lt;br/&gt;
mang&#233;s&lt;br/&gt;
par l'usage de la nuit,&lt;br/&gt;
C&#233;leste,&lt;br/&gt;
Avec sa rigueur, douce, me trempe dans le jus noir&lt;br/&gt;
De votre chambre&lt;br/&gt;
Qui sent le bouchon ti&#232;de et la chemin&#233;e morte. &lt;br class='autobr' /&gt;
...&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re l'&#233;cran des cahiers,&lt;br/&gt;
sous la lampe blonde et poisseuse comme une confiture,&lt;br/&gt;
votre visage g&#238;t sur un traversin de craie.&lt;br/&gt;
Vous me tendez des mains gant&#233;es de filoselle ;&lt;br/&gt;
silencieusement votre barbe repousse&lt;br/&gt;
au fond de vos joues.&lt;br/&gt;
Je dis : &lt;br /&gt;&#8212; Vous avez l'air d'aller fort bien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous r&#233;pondez : &lt;br /&gt;&#8212; Cher ami, j'ai failli mourir trois fois dans la journ&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Morand, &lt;i&gt;Ode &#224; Marcel Proust&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune auteur, qui sera un jour c&#233;l&#232;bre mais pas forc&#233;ment plus que cela, rencontre un tr&#232;s grand &#233;crivain, qui ne dispose pas encore de la reconnaissance sociale de ce qu'il est. Proust est encore accessible &#224; quelques intimes qui savent. Le jeune Morand, venu en connaissance de cause, accepte que ce destin lui reste ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre, il y a le regard. C'est seulement ensuite qu'il y a les murs, le lit, les meubles. Et d&#233;j&#224; il y a une parole. La parole qui nous est dite. Peut-&#234;tre qu'on y r&#233;pond, peut-&#234;tre pas. Toute la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; est elle-m&#234;me dans cette dissym&#233;trie : Charlus, les Verdurin, Saint-Loup et les autres parlent au narrateur, qui ne r&#233;pond pas mais juxtapose pour nous ses repr&#233;sentations int&#233;rieures &#224; mesure de ce que lui disent les autres. C'est une des innovations majeures de Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis on pense, parce qu'on voit des objets, on voit un tableau au mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela, qu'on voit, qu'on respire, dans l'ordre o&#249; on le voit, le sent, vient se m&#234;ler aux paroles dites. Telle parole, dite par Proust, ou dite par Morand, qui surgit depuis le son coup&#233;, qu'on entend prononcer, avant que le texte &#224; nouveau soit absorb&#233; par la chambre, l'odeur ou les bruits, la lampe ou le visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque parole prononc&#233;e, dans le texte de Paul Morand, est port&#233;e par un dispositif narratif particulier qui lui reste sp&#233;cifique, jamais employ&#233; deux fois. Et toujours enclos par la chambre, qui s&#233;pare ces paroles et les isole dans le texte. La lin&#233;arit&#233; du temps convoqu&#233;, parall&#232;le du temps de r&#233;cit et du temps r&#233;el de la visite, est sans doute l'&#233;l&#233;ment porteur secret de ce qu'on peut provoquer par ce texte, via cette id&#233;e de visite, ou le narrateur s'efface en apparence parce que ce qui est d&#233;crit c'est son propre mouvement d'entrer dans un monde clos (comme la Miss Havisham des &lt;i&gt;Grandes Esp&#233;rances&lt;/i&gt; de Dickens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs fois, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, passent ces figures de jeunes &#233;crivains brillants et int&#233;gr&#233;s au monde du plaisir et de l'argent. Dont l'&#233;nigmatique &lt;i&gt;Octave&lt;/i&gt;, qui certes ne peut se confondre avec Morand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste ce texte, et comment Proust y vit. Proust dans son &lt;i&gt;jus&lt;/i&gt;, puisque le mot est dans le texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[62] ce sont eux les v&#233;ritables illettr&#233;s, et non les ouvriers &#233;lectriciens</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3283</link>
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		<dc:date>2013-05-06T11:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>politique de la litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;des ouvriers chez Marcel Proust, et de l'&#233;crivain comme ouvrier&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;politique de la litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3283.jpg?1367903500' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je n'avais jamais de diff&#233;rence entre les ouvriers, les bourgeois et les grands seigneurs, et j'aurais pris indiff&#233;remment les uns et les autres pour amis. Avec une certaine pr&#233;f&#233;rence pour les ouvriers, et apr&#232;s cela pour les grands seigneurs, non par go&#251;t, mais sachant qu'on peut exiger d'eux plus de politesse envers les ouvriers qu'on ne l'obtient de la part des bourgeois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust, cent ans apr&#232;s la publication de Swann, g&#233;n&#232;re encore l'anath&#232;me : &#233;crire sur les duchesses et les grands bourgeois, en quoi cela apporterait au monde moderne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Proust prend au moins une fois le reproche &#224; bras-le-corps. Ce qui est int&#233;ressant, c'est qu'il le fait en prenant l'&#233;crivain lui-m&#234;me comme ouvrier, via le mot tra&lt;i&gt;v&lt;/i&gt;ail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... se regardant travailler comme s'ils &#233;taient &#224; la fois l'ouvrier et le juge, ont tir&#233; de cette auto-contemplation une beaut&#233; nouvelle ext&#233;rieure et sup&#233;rieure &#224; l'&#339;uvre, lui imposant r&#233;troactivement une unit&#233;, une grandeur qu'elle n'a pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont souvent tr&#232;s belles, les deux cents occurrences du mot &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; ou du verbe &lt;i&gt;travailler&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, comme celle-ci, lorsque Swann cherche &#224; comprendre l'effet sur lui de la petite phrase de Vinteuil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... si la m&#233;moire, comme un ouvrier qui travaille &#224; &#233;tablir des fondations durables au milieu des flots, en fabriquant pour nous des fac-simil&#233;s de ces phrases fugitives, ne nous permettait de les comparer &#224; celles qui leur succ&#232;dent et de les diff&#233;rencier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou cette notation concernant Fran&#231;oise, mais qui est probablement un hommage &#224; C&#233;leste Albaret :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... parce que, &#224; force de vivre ma vie, elle s'&#233;tait fait du travail litt&#233;raire une sorte de compr&#233;hension instinctive, plus juste que celle de bien des gens intelligents, &#224; plus forte raison que celle des gens b&#234;tes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain ouvrier &#224; nouveau quand la mati&#232;re du travail c'est la phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je d&#233;couvris, comme un ouvrier l'objet qui pourra servir &#224; ce qu'il veut faire, une parole... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore, tout au terme de la Recherche, &#224; nouveau une ultime fois le mot &lt;i&gt;ouvrier&lt;/i&gt; appliqu&#233; &#224; l'&#233;crivain m&#234;me, mais directement associ&#233; &#224; ce qui sera l'implacable r&#233;alit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... mais aurais-je le temps de les exploiter ? J'&#233;tais la seule personne capable de le faire. Pour deux raisons : avec ma mort e&#251;t disparu non seulement le seul ouvrier mineur capable d'extraire les minerais, mais encore le gisement lui-m&#234;me ; or, tout &#224; l'heure, quand je rentrerais chez moi, il suffirait de la rencontre de l'auto que je prendrais avec une autre pour que mon corps soit d&#233;truit... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel Proust n'a pas eu besoin d'un accident de voiture pour &#234;tre emp&#234;ch&#233; du grand ach&#232;vement. J'interpr&#232;te comme grande chance personnelle que l'&#233;branlement pour moi de ma premi&#232;re lecture de &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt; m'ait ouvert les portes de mon propre monde de prose, en m'autorisant &#224; le constituer depuis (ce que Faulkner appelle) le minuscule timbre-poste de mon histoire personnelle, o&#249; les rapports duchesse et m&#233;canicien sont en ordre inverse de ce qu'ils sont chez Proust.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224;, dans ce terreau de l'&#233;criture comme travail, qu'il faudrait lib&#233;rer Proust une bonne fois de ces p&#233;dants qui voudraient le tenir &#224; distance, pour leur id&#233;e conventionnelle de la litt&#233;rature, et la voir assign&#233;e &lt;i&gt;&#171; ... &#224; traiter de sujets non frivoles, &#224; peindre de grands mouvements ouvriers... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre, c'est une fresque tout enti&#232;re de la socit&#233; que dresse Marcel Proust, et dont la premi&#232;re caract&#233;ristique serait cette &#233;quivalence de l'homme devant la condition qui lui est faite &#8212; les lieux et les chambres, les voix et visages &#224; tout &#233;chelon de la totalit&#233; sociale, les livres et les &#339;uvres d'art, les relations elles-m&#234;mes et la jalousie ou l'omnipr&#233;sente pulsion sexuelle qui les exacerbe, les fouette et bascule, de la joue d'Albertine au gros derri&#232;re de Charlus, ou &#224; l'anonyme laiti&#232;re entrevue depuis la vitre du train &#8212; mais il y en a tellement d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est pas un homme qui a fait quelque chose &#187;&lt;/i&gt;, dira brutalement un &lt;i&gt;&#171; ouvrier &#187;&lt;/i&gt; &#224; propos du mar&#233;chal Joffre, quand la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; s'enfonce dans la noirceur du Paris en guerre. &lt;i&gt;&#171; Tout cela retombera sur l'ouvrier &#187;&lt;/i&gt;, conspire le ma&#238;tre d'h&#244;tel des Guermantes avec Fran&#231;oise. Parfois on bouscule les lieux m&#234;mes : &lt;i&gt;&#171; o&#249; les ouvriers d'une usine de produits chimiques travaillent au milieu de d&#233;licates sculptures qui repr&#233;sentent le miracle de saint Th&#233;ophile ou les quatre fils Aymon &#187;&lt;/i&gt;. La conscience du caract&#232;re politique ou subversif de la hi&#233;rarchie verticale li&#233;e au monde domin&#233; est sans cesse &#224; fleur de discours, chez Fran&#231;oise : &lt;i&gt;&#171; Sa demoiselle avait &#233;pous&#233; ce que Fran&#231;oise appelait &#8220;un jeune homme de famille&#8221;, par cons&#233;quent quelqu'un qu'elle trouvait plus diff&#233;rent d'un ouvrier que Saint-Simon un duc d'un homme &#8220;sortie de la lie du peuple&#8221; &#187;&lt;/i&gt;, que chez Brichot lorsqu'il pr&#233;tend s'enfoncer Zola : &lt;i&gt;&#171; comme Brichot, qui n'avait pas assez de sarcasmes pour Zola trouvant plus de po&#233;sie dans un m&#233;nage d'ouvriers, dans la mine, que dans les palais historiques... &#187;&lt;/i&gt; Zola qui pourtant a consacr&#233; une &#233;tude &#224; Elstir, l'habituelle mani&#232;re balzacienne qu'a Proust de conforter le personnage fictif par l'appui sur un personnage r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est la duchesse de Guermantes elle-m&#234;me, qui va se charger du m&#233;nage d&#233;finitif sur cette question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais Zola n'est pas un r&#233;aliste, madame ! C'est un po&#232;te ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image ci-dessus : affiche, mai 1968, source &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9018464c.r=ouvrier.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[2] pour &#233;crire ce livre essentiel</title>
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		<dc:date>2013-02-17T03:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pourquoi Proust s'est-il refus&#233; &#224; publier Jean Santeuil ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3206' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3208' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et que le plus grand myst&#232;re dans la gen&#232;se de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; serait de savoir comment Proust a pu prendre int&#233;rieurement la d&#233;cision de ne pas publier &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque apr&#232;s tout, tout est &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;, et que s'il avait voulu, il lui aurait suffi de payer l'&#233;diteur. Ce qu'il a fait de toute fa&#231;on pour le premier &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, celui de 1913. Ce qu'on f&#234;te de centenaire l'an prochain est l'av&#232;nement d'une oeuvre auto-&#233;dit&#233;e, d'une oeuvre &#224; compte d'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; publi&#233;, la force tr&#232;s vive du livre, m&#234;me dans un dispositif classique, le mettait loin devant les momies vivantes du temps, Anatole France, Bourget et les autres. Seulement il n'aurait pu y avoir la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, puisque la m&#234;me mati&#232;re y sert de fond et d'&#233;lan, mais cette fois transpos&#233;e dans la seule d&#233;termination de la constitution de l'&#233;criture, et la construction du mouvement circulaire. La &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; n'est circulaire que parce qu'elle &lt;i&gt;se sait&lt;/i&gt; et s'&#233;prouve circulaire d&#232;s le d&#233;part et en chaque point de son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier cercle, le tour pour rien qui lui sert de soubassement, fait de &lt;i&gt;Santeuil&lt;/i&gt; une mati&#232;re invisible mais organiquement part de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;. Dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; revient en permanence, comme une de ses r&#233;currences d&#233;nombrables, ce qui fait la diff&#233;rence entre un petit ma&#238;tre et un grand &#233;crivain, le myst&#232;re ou l'arbitraire ou la d&#233;rision que c'est (Bergotte et les pommes de terre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pulsion obscure qui fait que Proust se refuse &#224; publier &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt; pourtant publiable, il y a l'arrachement sans promesse &#224; ce qu'exprime pr&#233;cis&#233;ment cette occurrence, en tout point de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment se saisir pour soi de cette pulsion obscure, quand elle joue avec une telle violence contre vous-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[19] on se sert tout de m&#234;me des armes conquises pour s'affranchir de celui qu'on a momentan&#233;ment vaincu</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3233</link>
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		<dc:date>2013-02-16T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Flaubert, Gustave</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;des &#233;coles en litt&#233;rature&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3232' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3234' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Car les th&#233;ories et les &#233;coles, comme les microbes et les globules, s'entre-d&#233;vorent et assurent, par leur lutte, la continuit&#233; de la vie. &#187;&lt;/i&gt; Les &#233;coles sont en mauvais &#233;tat, chez nous, et semblent de toujours d&#233;finies du dehors. Il n'est pas s&#251;r aussi qu'on ne soit pas pass&#233; &#224; d'autres mod&#232;les pour ce qui concerne la dynamique de la biologie. Proust n'avait pas connaissance de l'acide d&#233;soxy-ribonucl&#233;ique. Ce qui ne changerait rien d'ailleurs. Des concr&#233;tions s'accumulent, revues, maisons d'&#233;dition, communaut&#233;s autour d'un festival ou d'une d&#233;marche &#8211; nos blogs m&#234;mes &#8211;, et c'est la mise en tension qui, par diff&#233;rence, leur permet &#224; chacune d'atteindre &#224; sa propre radicalit&#233; et la formuler. Le danger c'est le mou et l'informe : ce qui ne l'emp&#234;che pas de prendre la plus grande place, nous repousser sur les bords. Notre d&#233;sastre c'est la fa&#231;on dont nos luttes m&#234;mes restent sur les marges du continent de marchandise n&#233; avec la litt&#233;rature devenue industrie culturelle. Allons, c'est avec Proust que nous &#233;tablirons cette lutte, ou les globules qui ont suivi &#8211; Claude Simon par exemple. Mais c'est de cette phrase m&#234;me, Proust qui n'avait fait partie d'aucune &#233;cole et n'en g&#233;n&#233;rerait aucune, qu'il encha&#238;ne dans une de ses plus denses formulations du processus d'initiation-transmission : &lt;i&gt;&#171; D'autres fois parce que certains artistes d'une autre &#233;poque ont, dans un simple morceau, r&#233;alis&#233; quelque chose qui ressemble &#224; ce que le ma&#238;tre peu &#224; peu s'est rendu compte que lui-m&#234;me avait voulu faire. Alors il voit en cet ancien un pr&#233;curseur ; il aime chez lui, sous une tout autre forme, un effort momentan&#233;ment, partiellement fraternel. &#187;&lt;/i&gt; Ce qui peut s'appliquer &#224; Baudelaire lisant Balzac, &#224; Flaubert lisant Rabelais, &#224; Lautr&#233;amont lisant Baudelaire. Mais s'applique finalement peu &#224; Proust lui-m&#234;me, qui dans ses Pastiches les avale tous, Saint-Simon et Balzac, Zola et Flaubert, racl&#233;s par l'affaire Lemoine. Je ferais une exception pour ce que Proust dit de la &lt;i&gt;l'atmosph&#232;re bleu&#226;tre et pourpr&#233;e&lt;/i&gt; chez Nerval &#8211; et la fa&#231;on dont la musique surgit dans la Recherche comme instance presque aussi forte que la litt&#233;rature, le presque &#233;tant un autre nom pour Balzac et Flaubert (gardons Saint-Simon pour un autre fragment). Flaubert parle de la &lt;i&gt;&#171; phrase canaille &#187;&lt;/i&gt; de Montesquieu, est-ce qu'il se retrouverait dans cette formulation de Proust : &lt;i&gt;&#171; Il y a des morceaux de Turner dans l'oeuvre de Poussin, une phrase de Flaubert dans Montesquieu. Et quelquefois aussi ce bruit de la pr&#233;dilection du Ma&#238;tre &#233;tait le r&#233;sultat d'une erreur, n&#233;e on ne sait o&#249; et colport&#233;e dans l'&#233;cole. &#187;&lt;/i&gt; Moi j'y vois trois mots importants, autour du mot phrase : morceaux, bruit, erreur. La l&#233;gitimit&#233; d'avancer par cassures et fragments (m&#234;me si dans Proust ressaisis dans l'immense continuit&#233; circulaire), le bruit parce que rien du r&#233;el ne nous importe que le son de la phrase, et l'erreur parce que c'est elle qui nous place de c&#244;t&#233;, nous fait surgir o&#249; nous devons &#234;tre, mais ce que nous n'apprenons que malgr&#233; nous. L&#224;, Flaubert aura donn&#233; &#224; Proust la bonne le&#231;on. Construisons notre possibilit&#233; d'erreur &#8211; il a trouv&#233; la sienne, lui, et a m&#234;me &#233;t&#233; capable de la formuler. &#201;trange seulement que cela surgisse dans l'&#233;tonnant digression face &#224; la marquise de Cambremer aux bras qui battent comme des ailes et postillonnant d&#232;s qu'elle parle d'art, une des plus belles digressions de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; puisqu'il est justement question d'art, Poussin et Monet en parall&#232;le de Debussy et Wagner : &lt;i&gt;&#171; je pouvais butiner &#224; mon gr&#233; dans le gros g&#226;teau de miel que Mme de Cambremer &#233;tait si rarement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[25] &#171; j'avoue que la peinture de ces inutiles m'indiff&#232;re assez &#187;, disait Bloch </title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3241</link>
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		<dc:date>2013-02-15T18:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Simon, Claude </dc:subject>
		<dc:subject>art, artistes</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la question de savoir s'il est profitable &#224; la litt&#233;rature de parler des duchesses et des oisifs&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Simon, Claude &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot724" rel="tag"&gt;art, artistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3238' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r Bloch est du mauvais c&#244;t&#233;. Et si, &#224; cent ans de distance de la publication de &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, cela restait la question essentielle ? Une sorte de reproche permanent fait &#224; Proust comme d'aller d&#233;voyer dans les zones mortes de la soci&#233;t&#233; ce que nous cherchons de vif dans les livres. La litt&#233;rature, c'est entendu, ne vaut que par son contenu et qu'il soit utile et juste. Qu'on ne fasse pas de litt&#233;rature avec des bons sentiments, Gide avait tout de suite gagn&#233; la partie avec &#231;a, mais que la litt&#233;rature puisse s'&#233;tablir sur la peinture des inutiles, c'est louche encore &#224; cent ans de distance. Et pourtant, on lit quand m&#234;me. Et dans les pratiques sociales de la duchesse de Guermantes ou de Mme Verdurin la patronne on trouve notre compte pour le d&#233;chiffrage de notre vocabulaire m&#234;me de la relation dans la communaut&#233; humaine, o&#249; qu'elle soit et comment qu'elle se pr&#233;sente. La triche dans la parole, le fric sous la peau, la domination et la b&#234;tise &#8211; et puis quand bien m&#234;me, que tout cela on s'en fiche. On rit tout aussi bien du narrateur godiche sous les postillons de Mme de Cambremer ou quand il dit &#224; la Verdurin son &#233;motion de ce que son riche vestibule de marbre lui &#233;voque un courant d'air dans une gare perdue et que c'est cela qui le met dans tous ses &#233;tats. Proust est une litt&#233;rature de la d&#233;mat&#233;rialisation du r&#233;el, de la construction d'imaginaire dans le processus m&#234;me qui nomme et les choses et nous-m&#234;mes, et ce par quoi, dans cette disjonction du langage et du r&#233;el, nous apprenons qu'il est impossible d'apprendre &#224; se comporter soi-m&#234;me. La marche proc&#232;de d'un d&#233;s&#233;quilibre, de notre relation aux autres il en serait de m&#234;me et c'est de ce d&#233;s&#233;quilibre pr&#233;cis&#233;ment que Proust nous enseigne. &#171; L'art v&#233;ritable n'a que faire de tant de proclamations et s'accomplit dans le silence &#187;, dit Proust dans le m&#234;me passage, continuant sur le fait qu'on puisse &#233;tudier l'anatomie aussi bien &#171; sur le corps d'un imb&#233;cile que sur celui d'un homme de talent &#187;. La notion de &#171; r&#233;alit&#233; &#187; vient alors au premier plan : &#171; la r&#233;alit&#233; &#224; exprimer r&#233;sidait, je le comprenais maintenant, non dans l'apparence du sujet, mais dans le degr&#233; de p&#233;n&#233;tration de cette impression &#224; une profondeur o&#249; cette apparence importait peu, comme le symbolisaient ce bruit de cuiller sur une assiette, cette raideur empes&#233;e de la serviette, qui m'avaient &#233;t&#233; plus pr&#233;cieux pour mon renouvellement spirituel que tant de conversations humanitaires, patriotiques, internationalistes &#187;. Il y a presque une violence radicalement li&#233;e &#224; Proust dans le d&#233;port de cette probl&#233;matique vers le monde des &#171; inutiles &#187;, qui n'est pas le monde de la cour de Saint-Simon, la m&#234;me aristocratie mais dans son levier de pouvoir et comment ce levier la brise, ou dans l'aristocratie balzacienne, tout occup&#233;e de ses rentes et de ses maisons. &#171; Quelques-uns voudraient que le roman f&#251;t une sorte de d&#233;fil&#233; cin&#233;matographique des choses &#187;, reprend &#233;trangement Proust &#8211; ce n'est pas la seule occurrence du cin&#233;ma dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, mais l&#224; o&#249; Kafka rapporte un texte qui nous &#233;merveille encore de sa premi&#232;re fois au cin&#233;ma, Proust, qui pourtant met sa lanterne magique au m&#234;me niveau que ses livres d'enfance, laisse le cin&#233;ma aux portes de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; avec m&#233;pris, en tout cas cordon sanitaire rien que par le vocabulaire employ&#233; (&#171; salle de spectacle servant &#224; exhiber les films d'un de ces cin&#233;mas vers lesquels allaient se pr&#233;cipiter d&#238;neurs et d&#238;neuses &#187;). Dans cette attaque (de premier degr&#233; et non travaill&#233;e) sur le traitement cin&#233;matographique de la repr&#233;sentation, l'expression la plus crue d'o&#249; Proust &#233;tablit son atelier, dans la dramaturgie m&#234;me de la convocation et la nomination des choses. Grandes pages monobloc qui sont le versant m&#233;tallique de Proust et voil&#224; comment on casse au marteau la porcelaine de ceux qui veulent &#171; faire sortir l'artiste de sa tour d'ivoire &#187; (entre guillemets dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;) et ceux qui voudraient assigner des murs &#224; la litt&#233;rature, &#171; &#224; traiter de sujets non frivoles ni sentimentaux, &#224; peindre de grands mouvements ouvriers, et &#224; d&#233;faut de foules, &#224; tout le moins non plus d'insignifiants oisifs &#187; Et c'est ainsi que Proust justifie de cette page l'incipit (je continue de lire le m&#234;me passage en remontant) : &#171; que nous ne sommes nullement libres devant l'&#339;uvre d'art, que nous ne la faisons pas &#224; notre gr&#233;, mais que, pr&#233;existant &#224; nous, nous devons, &#224; la fois parce qu'elle est n&#233;cessaire et cach&#233;e, et comme nous ferions pour une loi de la nature, la d&#233;couvrir. &#187; Et c'est comme cela qu'il nous aide &#224; distance, Marcel Proust, et nous donne ce qu'il nous faut de force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>[29] mais cette vieille peste de Saint-Simon</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3245</link>
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		<dc:date>2013-02-15T14:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Saint-Simon, duc de</dc:subject>
		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint-Simon comme fitness des &#233;crivains&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3244' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3246' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Continuons sur l'inauguration de cette circularit&#233;. Elle se fait dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; par deux figures majeures. L'une est clairement analys&#233;e, dans le d&#233;but de la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; : le moment o&#249; Balzac, alors que la &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt; est en large partie d&#233;j&#224; &#233;crite, publi&#233;e et republi&#233;e, la con&#231;oit comme &lt;i&gt;&#171; unit&#233; ult&#233;rieure, non factice &#187;&lt;/i&gt;, principe qu'il doit lui (Marcel Proust auteur) concevoir en amont, sachant pourtant qu'il ne tiendra qu'&#224; l'arbitraire qu'il inclut, et le conduit &#224; l'all&#233;gorie de l'oeuvre-cath&#233;drale. L'autre est plus discr&#232;te. Saint-Simon est tout le temps dans l'ombre de Proust (il est l'une des cibles des pastiches de l'affaire Lemoine), mais sans que Proust &#233;crive sur lui un texte sp&#233;cifique comme son majestueux article sur Baudelaire ou ses textes fondateurs sur Balzac, Nerval, Flaubert. C'est seulement dans le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, encore, que Proust se l&#226;che un peu plus &#8211; reprenant (mais sans cette notion de h&#226;te et de vitesse qui signe fabuleusement la toute fin des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; je n'ai pu me d&#233;faire d'&#233;crire rapidement &#187;&lt;/i&gt;, et la merveille que c'est d'&#233;crire cela apr&#232;s un livre-vie qui vous a demand&#233; dix ans de r&#233;daction continue), Proust associe Saint-Simon aux &lt;i&gt;Mille et une nuits&lt;/i&gt; en disant : &lt;i&gt;&#171; non pas que je pr&#233;tendisse refaire les &lt;/i&gt; Mille et une nuits&lt;i&gt;, pas plus que les&lt;/i&gt; M&#233;moires &lt;i&gt;de Saint-Simon &#187;&lt;/i&gt;, mais les convoque parce que livres &lt;i&gt;&#171; &#233;crits eux aussi la nuit &#187;&lt;/i&gt;. La nuit, sa dur&#233;e s&#233;par&#233;e du temps et la double non-cl&#244;ture qu'elle autorise &#224; l'oeuvre, dans le d&#233;pli spatial comme dans ce qu'elle nous prend par l'imaginaire et le r&#234;ve, passant avant toute autre cat&#233;gorie pour la gen&#232;se du r&#233;cit. Et ce n'est pas un hasard si Proust place ici les mots &lt;i&gt;na&#239;vet&#233;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;superstitieusement&lt;/i&gt; :&lt;i&gt; &#171; pas plus qu'aucun des livres que j'avais tant aim&#233;s et desquels, dans ma na&#239;vet&#233; d'enfant, superstitieusement attach&#233; &#224; eux comme &#224; mes amours, je ne pouvais sans horreur imaginer une oeuvre qui serait diff&#233;rente &#187;&lt;/i&gt;. Passons sur la figure de d&#233;placement du rapport r&#233;el-fiction induit par les &lt;i&gt;Mille et une nuits&lt;/i&gt; : Sh&#233;h&#233;razade a donn&#233; naissance &#224; ses enfants, la conjuration se d&#233;fait. Mais Saint-Simon hante la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; au-del&#224; des trente-quatre occurrences qui le nomment. Ainsi, lors de la veill&#233;e mortuaire de la grand-m&#232;re, quand para&#238;t, surgit on ne sait de quelle nuit biographique, ce &lt;i&gt;&#171; beau-fr&#232;re de ma grand'm&#232;re, qui &#233;tait religieux, et que je ne connaissais pas &#187;&lt;/i&gt; et qui, pendant qu'il prie, &#233;carte les doigts qu'il a mis sur son visage pour espionner la famille : &lt;i&gt;&#171; Il parut surpris de ma piti&#233; et il se produisit alors quelque chose de singulier. Il joignit ses mains sur sa figure comme un homme absorb&#233; dans une m&#233;ditation douloureuse mais, comprenant que j'allais d&#233;tourner de lui les yeux, je vis qu'il avait laiss&#233; un petit &#233;cart entre ses doigts. Et, au moment o&#249; mes regards le quittaient, j'aper&#231;us son oeil aigu qui avait profit&#233; de cet abri de ses mains pour observer si ma douleur &#233;tait sinc&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. La sc&#232;ne est dans Saint-Simon, dans le grand bloc des trois deuils (le grand Dauphin, la duchesse puis le duc de Bourgogne). Proust ajoute : &lt;i&gt;&#171; Il &#233;tait embusqu&#233; l&#224; comme dans l'ombre d'un confessionnal. Il s'aper&#231;ut que je le voyais et aussit&#244;t cl&#244;tura herm&#233;tiquement le grillage qu'il avait laiss&#233; entr'ouvert. Je l'ai revu plus tard et jamais entre nous il ne fut question de cette minute. &#187;&lt;/i&gt; Proust utilise donc Saint-Simon comme nous tous, qui y faisons notre &lt;i&gt;fitness&lt;/i&gt; : capacit&#233; &#224; densifier la phrase, via un appui sur la triangulation des verbes, qui fait passer leur importance avant celle, plus traditionnelle, du sujet, pour esquisser une sc&#232;ne rapide et dure, o&#249; tout un &#234;tre va surgir en trois lignes et s'ins&#233;rer comme un &#233;clat coupant dans la m&#233;moire qu'on aura du livre, le rendant int&#233;rieurement p&#233;renne. Mais quelle bizarrerie, &#224; c&#244;t&#233; de tant de silhouettes qui repartent aussit&#244;t dans l'ombre, que ce &lt;i&gt;&#171; je l'ai revu plus tard &#187;&lt;/i&gt;, alors que le livre peu &#224; peu se confond avec la vie du narrateur, mais que ces rencontres suppos&#233;es ne franchissent plus l'orbe du livre. Peu importe : on sait que Saint-Simon est d&#233;finitivement &#233;vinc&#233; de la politique au bout des huit ans de R&#233;gence (1715-1723), alors qu'il est d&#233;j&#224; tr&#232;s marginalis&#233; dans l'entourage du duc d'Orl&#233;ans. Et qu'il commence en 1739, &#224; seize ans de distance, la r&#233;daction effective des M&#233;moires qu'il termine en 1749, soit dix ans d'&#233;criture, avant son d&#233;c&#232;s en 1755. Il aura donc &#233;crit en dix ans, de ses soixante-quatre &#224; ses soixante-quatorze ans, une vie de cour qui commence &#224; ses dix-huit ans (1693) et s'interrompt au d&#233;c&#232;s du R&#233;gent (il a quarante-huit ans). Bien des bonnes volont&#233;s calent &#224; la lecture de Saint-Simon (mais combien sommes-nous de lecteurs de Proust &#224; savoir comment nous avons d'abord cal&#233; &#224; la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;), pour commencer par le d&#233;but : Saint-Simon &#224; la mort de son p&#232;re n'est qu'un rouage minuscule, et sa rage &#224; valoriser ses pr&#233;rogatives de duc tient surtout au hasard de cette &#233;l&#233;vation &#8211; on se souvient de l'anecdote de son p&#232;re qui se fait remarquer de Louis XIII pour lui avoir pr&#233;sent&#233; son cheval t&#234;te-b&#234;che, dans les relais de chasse &#224; courre, autorisant le roi &#224; passer sans interruption, juste en pivotant sur l'&#233;trier, d'un cheval &#224; l'autre. Mieux vaut, pour commencer Saint-Simon, le prendre en route vers 1709, et lire le d&#233;but une fois qu'on est arriv&#233; &#224; la fin &#8211; on sera un peu perdu au milieu des masques, mais ce ne sont pas eux qui comptent, et le vent vous emportera (l'autre obstacle, c'est la prolif&#233;ration des anthologies et morceaux choisis, m&#234;me faits avec la meilleure intention du monde : Saint-Simon, comme Proust, ne se prend pas dans le d&#233;tail). L'oeuvre de Saint-Simon est &#233;crite avant de l'&#234;tre : il y a une r&#233;daction plus ou moins continue, de l'ordre du journal personnel, d&#232;s l'entr&#233;e &#224; la cour. Il y a une masse extraordinaire de dossiers et m&#233;moires constitu&#233;s pour les affaires politiques dont il se m&#234;le, d&#232;s le proc&#232;s avec le duc de Luxembourg, jusqu'aux m&#233;moires priv&#233;s pour le duc de Bourgogne devenu dauphin, et dont le d&#233;c&#232;s an&#233;antira le possible destin politique de Saint-Simon. Et puis il y a les annotations sur le journal chronologique que tient Dangeau, bourgeois projet&#233; &#224; la cour, et qui en note tout le d&#233;tail probablement parce que c'est pour lui question de survie. Les r&#233;dactions que fait Saint-Simon, r&#233;dactions de premier jet, dans la marge de son exemplaire recopi&#233; du Dangeau (comme il se fait aussi recopier les m&#233;moires de Torcy) sont des monuments d'&#233;criture vive et tranch&#233;e, souvent plus ac&#233;r&#233;e que la reprise qui s'en fait dans l'appareil lent et m&#233;canique des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;. Quand Saint-Simon s'attaque &#224; la r&#233;daction continue, il prend &#224; bras-le-corps un massif gigantesque d'&#233;criture, et le joue rythmiquement : il interpr&#232;te &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; un continent-vie qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre &#233;crit. Quand Saint-Simon &#233;voque d&#233;j&#224; son projet en 1699, dans une lettre &#224; Ranc&#233;, c'est d&#233;j&#224; presque une anticipation proustienne : &lt;i&gt;&#171; mais voyant cette esp&#232;ce d'ouvrage qui va grossissant tous les jours avec quelque complaisance de le laisser apr&#232;s moi &#187;&lt;/i&gt;. Mais comment Proust n'aurait pas &#233;t&#233; pris lui aussi par cette fascination aux pages conclusives des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, que chacun de ses lecteurs conna&#238;t par coeur : &lt;i&gt;&#171; j'ai senti ces d&#233;fauts ; je n'ai pu les &#233;viter, emport&#233; toujours par la mati&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, avant ce&lt;i&gt; &#171; je n'ai pu me d&#233;faire d'&#233;crire rapidement &#187;&lt;/i&gt;. Comme Zola n'a jamais &#233;crit sur la photographie, alors qu'il laisse 7 000 plaques de verre et vient juste de recevoir de Seattle le dernier mod&#232;le Kodak, lors de l'accident qui l'asphyxie &#224; soixante-deux ans, Proust ne s'est pas expliqu&#233; plus sur ce qui est pour nous une &#233;vidence, et &#224; quoi trente-quatre fois il fait directe r&#233;f&#233;rence : le livre-vie qu'on &#233;crit, apr&#232;s disparition de cette vie m&#234;me, et qui la remplace de fa&#231;on circulaire, terminant les &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; au moment o&#249; on commence &#224; les &#233;crire, est la d&#233;finitive et brutale bascule d'un continent d&#233;j&#224; &#233;crit. Mais cette figure du recommencement, Proust s'en saisit directement chez Saint-Simon. On sait aujourd'hui que l'absolutisme radicalis&#233; de Saint-Simon fait de l'ensemble des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; plus une fiction (en tant qu'objet-langue) qu'un t&#233;moignage : il se trompe sur Dubois (un peu moins sur Law ?) comme il se trompe sur son si&#232;cle, et ce faisant nous livre toutes les fissures qui seront un demi-si&#232;cle apr&#232;s lui la fin de la monarchie &#8211; mais Proust reprend le m&#234;me dispositif en ne changeant tr&#232;s exactement que ce rouage, non pas des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, mais d&#232;s l'enfance une fiction, par le d&#233;doublement narrateur-auteur inaugural. Et pas moyen de comprendre le basculement circulaire de la Recherche sans revenir &#224; son plus majestueux mod&#232;le dans notre histoire de la litt&#233;rature (Saint-Simon n'&#233;crivait pas pour la litt&#233;rature, ni m&#234;me pour une publication ou un livre, il n'&#233;crivait que pour ses proches et la circulation priv&#233;e de telles archives), &#224; savoir la temporalit&#233; des &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;, qui finissent o&#249; l'auteur commence de les &#233;crire, tout en n'ayant fait qu'&#233;crire toute sa vie, et n'avoir rien &#233;crit d'autre que ce qui figure l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[60] toujours c'est le vaincu qui m'avait paru le plus beau</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3296</link>
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		<dc:date>2012-12-29T15:02:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire#Proust</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour celles et ceux qui ne croiraient pas que Proust a connu Baudelaire&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Mais si j'avais v&#233;cu &#224; votre &#233;poque, c'est aviateur que j'aurais &#233;t&#233;, que non pas po&#232;te &#187;, dit Baudelaire. &#171; Alors j'aurais choisi de na&#238;tre un peu plus tard et d'&#234;tre astronaute &#187;, dit Proust. &#171; J'aurais v&#233;cu dans votre &#233;poque sans pouvoir me faire aviateur, j'aurais &#233;crit un roman et non pas des sonnets &#187;, dit Baudelaire. &#171; Je me serais fait acteur de cin&#233;ma, et surtout pas litt&#233;rateur de l'&#226;ge post-baudelairien &#187;, dit Proust. &#171; Votre go&#251;t pour les expressions tordues &#187;, dit Baudelaire. &#171; Votre ambition qui passe avant toute id&#233;e de notre humble artisanat des mots &#187;, dit Proust. &#171; J'ai v&#233;cu en avant de mon &#233;poque et j'ai &#233;crit &lt;i&gt;Au fond de l'inconnu pour y trouver du nouveau&lt;/i&gt; &#187;, dit Baudelaire. &#171; J'ai condens&#233; tout le pr&#233;sent de mon &#233;poque et j'ai &#233;crit, reprenant votre vers : &lt;i&gt;une des seules choses au monde qui puisse nous ouvrir des perspectives sur du nouveau, sur de l'inconnu, qui puisse &#233;veiller en nous des sens endormis pour la contemplation d'univers que nous n'aurions jamais connu&lt;/i&gt; &#187;, dit Proust. &#171; En dehors de votre propension &#224; me prendre mon vocabulaire et tout d&#233;layer en trop de mots, je note que vous ne parliez que du mensonge &#187;, dit Baudelaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>[42] Musset, simple bourgeois de Paris</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3273</link>
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		<dc:date>2012-12-16T15:47:24Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire#Proust</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains, &#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour celles et ceux qui ne croiraient pas que Proust a connu Baudelaire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;&#233;crivains, &#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Et vous avez &#233;t&#233; assez enfant pour oublier que la France a horreur de la vraie po&#233;sie ; qu'elle n'aime que les &lt;i&gt;saligauds&lt;/i&gt; comme B&#233;ranger et de Musset... Vos lignes sur ce joli p&#233;dant m'ont mis en fureur. Toute la racaille moderne me fait horreur. Vos acad&#233;miciens, horreur. Vos lib&#233;raux, horreur. La vertu, horreur. Le vice, horreur. Le style coulant, horreur. Le progr&#232;s, horreur. Ne me parlez plus jamais des diseurs de rien. Vous pouvez deviner que j'ai &#233;prouv&#233; quelque surprise &#224; voir votre admiration pour de Musset. Except&#233; &#224; l'&#226;ge de la premi&#232;re communion, je n'ai jamais pu souffrir ce &lt;i&gt;ma&#238;tre des gandins&lt;/i&gt;, son impudence d'enfant g&#226;t&#233;, son torrent bourbeux de fautes de grammaire et de prosodie, enfin son impudence totale &#224; comprendre le travail par lequel une r&#234;verie devient un objet d'art ? Je vous demande pardon de parler de certaines choses si vivement ; le d&#233;cousu, la banalit&#233; et la n&#233;gligence m'ont toujours caus&#233; des irritations peut-&#234;tre trop vives. &#187; Ce &#224; quoi Marcel Proust, de cette table &#224; Venise o&#249; ils discutaient, avait tr&#232;s exactement r&#233;pondu : &#171; Ce discours, vous me l'avez d&#233;j&#224; tenu au mot pr&#232;s. Vous &#233;panchez-vous, dans vos lettres, sur Musset et les autres... &#187; Et Baudelaire : &#171; Quant aux longs po&#232;mes, nous savons ce qu'il en faut penser ; c'est la ressource de ceux qui sont incapables d'en faire de courts. Permettez-moi de vous dire que vous n'avez pas compris... &#187; Proust, le patient, le &lt;i&gt;doux&lt;/i&gt; Proust n'avait pu r&#233;primer un mouvement d'impatience &#8211; le soir tombait sur la lagune et le soleil rasant &#233;clairait les d&#244;mes de Saint-Marc avec une violence toute baudelairienne &#8211; et c'est ce qu'il dit &#224; l'homme en noir, qui buvait, crisp&#233; comme un extravagant, et ne se retourna m&#234;me pas. &#171; Comme si votre jalousie e&#251;t eu une vitalit&#233; ind&#233;pendante &#187;, marmonnait Proust, mais l'autre restait d&#233;tourn&#233;, marmonnait aussi : &#171; &lt;i&gt;Po&#232;te, maintenant que ta muse fid&#232;le, Par ton pudique amour s&#251;re d'&#234;tre immortelle, De la verveine en fleur t'a couronn&#233; le front&lt;/i&gt;... Et &#231;a enchante monsieur Proust, &#233;crivain d'avenir, r&#234;vant po&#232;tes... &#233;cole m&#233;lancolico-farceuse, f&#233;minin et sans doctrine, quelque chose comme une cargaison d'autobus, d&#233;testablement imitateur, si vous croyez que le langoureux de Musset soit un bon po&#232;te. Croque-mort langoureux. Porcelaines gagn&#233;es aux loteries d'Asni&#232;res. Facult&#233; po&#233;tique : petits chiens de verre fil&#233;. Ador&#233; des &#226;mes tendres et molles. Notre pauvre France n'a que fort peu de po&#232;tes. &#187; Proust grogna : &#171; On en ferait une anthologie, de vos insultes &#224; Musset... &#187; Et Baudelaire : &#171; Que non, mon petit &#8211; nous l'avons admir&#233;, nous aussi. N&#233; onze ans avant moi, et monsieur &#224; quarante-et-un ans entre &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise. Et comment ses amis le surnomment ? Verre qui tremble ! Chancelant perp&#233;tuel ! Monsieur a r&#233;dig&#233; ses &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt; qui vous &#233;meuvent on dirait plus que Baudelaire, mais voil&#224; : ivrogne ! Il lui reste cinq ans &#224; vivre : il fait quoi, de ces cinq ans, l&#233;gion d'honneur, acad&#233;mie ? Il &#233;crit ? Il boit ! Alfred de Musset, mort d'ivrognerie acc&#233;l&#233;r&#233;e &#224; quarante-sept ans. Voil&#224; comment finit monsieur le biblioth&#233;caire au minist&#232;re de l'int&#233;rieur, par protection, je dis bien par protection. &#187; Proust parla plus haut : &#171; Exactement ce que vous m'avez dit la derni&#232;re fois, au mot pr&#232;s, c'en est obs&#233;dant ! &#187; Puis, plus doucement : &#171; Mon cher Baudelaire, jalousez-vous donc sa mort plus que sa position sociale, obtenue par des vers qui ne valent pas les v&#244;tres ? &#187; Baudelaire s'&#233;tait lev&#233; : &#171; Montrez-moi Venise, vous m'avez promis... Et vous me raconterez &#224; nouveau cette histoire, l&#224;, George Sand et le docteur, votre Musset dans la pi&#232;ce juste &#224; c&#244;t&#233;, &#231;a m'avait bien fait rire, &#231;a... &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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