<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?id_mot=737&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>[66] des caresses avec sa langue</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3303</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3303</guid>
		<dc:date>2013-01-01T10:34:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les deux sc&#232;nes d'amour les plus directement narr&#233;es dans la Recherche que sont les deux sc&#232;nes sym&#233;triques avec Albertine, la premi&#232;re dans la chambre m&#234;me du narrateur, avec l'importance donn&#233;e au pianola, &#224; la fois meuble, musique, lien entre la musique et les livres, la deuxi&#232;me dans ce curieux dispositif de l'enqu&#234;te post-mortem du veule Aim&#233;, le ma&#238;tre d'h&#244;tel pr&#234;t &#224; tout raconter pourvu qu'on le paye (il l'a d&#233;j&#224; prouv&#233;, du moins c'est le r&#244;le explicite que lui a conf&#233;r&#233; Proust (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot737" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot741" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les deux sc&#232;nes d'amour les plus directement narr&#233;es dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; que sont les deux sc&#232;nes sym&#233;triques avec Albertine, la premi&#232;re dans la chambre m&#234;me du narrateur, avec l'importance donn&#233;e au pianola, &#224; la fois meuble, musique, lien entre la musique et les livres, la deuxi&#232;me dans ce curieux dispositif de l'enqu&#234;te post-mortem du veule Aim&#233;, le ma&#238;tre d'h&#244;tel pr&#234;t &#224; tout raconter pourvu qu'on le paye (il l'a d&#233;j&#224; prouv&#233;, du moins c'est le r&#244;le explicite que lui a conf&#233;r&#233; Proust via son narrateur), et qui permet pour la premi&#232;re fois &#8211; hors la sc&#232;ne des seins frott&#233;s quand dansent les deux adolescentes, au casino de Balbec, qui d&#233;clenche la totalit&#233; de la spirale homosexualit&#233; suppos&#233;e d'Albertine, et la br&#232;ve et violente sc&#232;ne entre la fille de Vinteuil et son amie, qui en est l'arch&#233;ologie &#8211; l'organe sexuel n'est pas le sexe mais la langue, et chaque fois le corps sera spatialis&#233; non seulement dans une g&#233;ographie, mais dans un dispositif d'embo&#238;tement imaginaire avec &#224; la fois la pi&#232;ce et la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pianola est une de ces complexit&#233;s technologiques disproportionn&#233;es (comme le panorama au moment o&#249; la photographie prend son essor) qu'une rupture technologique en d&#233;veloppement parall&#232;le et rapide &#8211; l'enregistrement sonore qu'invente Edison &#8211; renverra en quelques ann&#233;es dans de d&#233;finitives oubliettes. Il faut amener de l'&#233;nergie corporelle (&lt;i&gt;&#171; sur les p&#233;dales duquel elle appuyait ses mules d'or &#187;&lt;/i&gt;), mais le syst&#232;me de cartes perfor&#233;es qui d&#233;file permet de reproduire une r&#233;duction d'orchestre (Wagner, quand le narrateur s'en sert), ou l'enregistrement d'un pianiste de concert. Et le clavier du piano, actionn&#233; par la carte perfor&#233;e, reste &#224; la disposition de l'ex&#233;cutant r&#233;el, qui ajoute des notes ou module l'interpr&#233;tation virtuose dont il s'est rendu acqu&#233;reur. Instrument &#233;videmment tr&#232;s cher &#8211; ce n'est pas un probl&#232;me dans l'environnement social du narrateur &#8211;, mais qu'il installe pr&#233;cis&#233;ment pour Albertine, &#224; la place de ses propres livres : &lt;i&gt;&#171; par l'harmonie aussi qui les unissait &#224; elle, qui avait adapt&#233; son attitude &#224; leur forme et &#224; leur utilisation, le pianola qui la cachait &#224; demi comme un buffet d'orgues, la biblioth&#232;que, tout ce coin de la chambre semblait r&#233;duit &#224; n'&#234;tre plus que le sanctuaire &#233;clair&#233;, la cr&#232;che de cet ange musicien &#187;&lt;/i&gt;. L'ensemble est associ&#233; pareillement par Albertine, et noter &#8211; pour lien avec celle de Ch&#226;tellerault &#224; venir &#8211;, comment le mot maison vient dans l'inventaire : &lt;i&gt;&#171; Dire que je ne verrai plus cette chambre, ces livres, ce pianola, toute cette maison... &#187;&lt;/i&gt; Et noter que Proust ne se donne pas la peine d'harmoniser son r&#233;cit, puisqu'un peu plus t&#244;t dans la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; il s'agit d'un vrai piano : &lt;i&gt;&#171; Profitant de ce que j'&#233;tais encore seul [...] je m'assis au piano et ouvris au hasard la sonate de Vinteuil qui y &#233;tait pos&#233;e, et je me mis &#224; jouer &#187;&lt;/i&gt;, le parcours et l'origine d'Albertine ne lui auraient pas permis cet apprentissage pr&#233;liminaire (pas plus d'ailleurs qu'on n'a jamais vu le narrateur prendre des le&#231;ons de piano, et qu'&#224; mesure qu'il jouera Vinteuil il nous d&#233;livrera sur Dosto&#239;evski et Balzac, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3230' class=&#034;spip_in&#034;&gt;je l'ai dit&lt;/a&gt;, une r&#233;flexion majestueuse et centrale pour la composition de la &#171; &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; &#187;), tandis que le pianola l'y autorise, en m&#234;me temps qu'il symbolisera la transmutation sociale &#224; quoi le narrateur contraint sa captive. Et c'est alors qu'Albertine est assise au pianola, le narrateur donc venant l'y interrompre, que surgit dans le r&#233;cit cette langue &lt;i&gt;maternelle&lt;/i&gt;, qui n'a rien &#224; voir avec ce que Proust nomme le &lt;i&gt;langage natal&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je sentais, sur mes l&#232;vres qu'elle essayait d'&#233;carter, sa langue maternelle, incomestible, nourrici&#232;re et sainte dont la flamme et la ros&#233;e secr&#232;tes faisaient que, m&#234;me quand Albertine la faisait seulement glisser &#224; la surface de mon cou, de mon ventre, ces caresses superficielles mais en quelque sorte faites par l'int&#233;rieur de sa chair, ext&#233;rioris&#233; comme une &#233;toffe qui montrerait sa doublure, prenaient, m&#234;me dans les attouchements les plus externes, comme la myst&#233;rieuse douceur d'une p&#233;n&#233;tration. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sym&#233;trie frappante avec la sc&#232;ne dont la description viendra apr&#232;s la mort d'Albertine &#8211; comme si l'enjeu &#233;vident et principal &#233;tait de maintenir cette tension physique du d&#233;sir ind&#233;pendamment de la rupture narrative (installer cette inqui&#233;tude qui na&#238;t de ne pas pouvoir mentalement accepter la fin de l'autre, ambivalence que le narrateur va ensuite entretenir jusqu'au terme de l'oeuvre), et que la lettre d'Aim&#233; (belle coh&#233;rence aussi dans le statut de la narration &#233;pistolaire imbriqu&#233;e : Mme Bontemps envoie au narrateur le t&#233;l&#233;gramme l'informant de la mort d'Albertine, et le lendemain Fran&#231;oise lui remet deux lettres contradictoires d'Albertine, &#233;crites donc avant l'accident, comme Aim&#233; enverra d'abord un t&#233;l&#233;gramme concernant les r&#233;v&#233;lations qu'il va faire par lettre, l'&#233;criture de la lettre pouvant alors &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une fiction de plus, dans la m&#234;me incertitude qu'&#233;veillent les deux lettres oppos&#233;es d'Albertine) va d&#233;velopper encore comme sur le bout de la langue, c&#233;l&#232;bre passage du &lt;i&gt;&#171; tu me mets aux anges &#187;&lt;/i&gt; &#8211; je ne recopie que l'occurrence avec langue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... et que voyant Mlle Albertine qui se frottait toujours contre elle dans son peignoir, elle le lui avait fait enlever et lui faisait des caresses avec la langue le long du cou et des bras, m&#234;me sur la plante des pieds &#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Step deal&lt;/i&gt;, comme on dit en production cin&#233;matographique actuelle, o&#249; le narrateur paye Aim&#233; selon la quantit&#233; de renseignements, lequel Aim&#233; paye la blanchisseuse, la fait boire puis coucher avec lui (mais le &lt;i&gt;&#171; vice &#187;&lt;/i&gt; concerne Albertine et non pas le proc&#233;d&#233;), la blanchisseuse rapportant alors &#233;videmment &#224; chaque &#233;tape autant de d&#233;tails suppl&#233;mentaires que souhaite le narrateur-payeur, avec non plus la langue mais les dents :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si vous aviez vu comme elle fr&#233;tillait, cette demoiselle, elle me disait : &#8211; Ah ! tu me mets aux anges ! et elle &#233;tait si &#233;nerv&#233;e qu'elle ne pouvait s'emp&#234;cher de me mordre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Langue&lt;/i&gt; n'est pas un mot f&#233;tiche pour Proust comme il le deviendra pour nous, c'est &lt;i&gt;langage&lt;/i&gt; que nous allons suivre pour trouver ce miroitement par lequel la fabrique de litt&#233;rature se r&#233;fl&#233;chit elle-m&#234;me dans le livre. Mais &#224; voir ainsi se co&#239;ncider et se rejoindre les deux sc&#232;nes d'amour physique avec Albertine, dans une fonction narrative identique malgr&#233; la rupture &#233;v&#233;nementielle (et non moindre, puisqu'il s'agit de ce d&#233;c&#232;s qui ne cessera ensuite d'&#234;tre remis en cause), de revenir &#224; cette phrase en amont de la premi&#232;re sc&#232;ne, o&#249; le pianola est associ&#233; &#224; la chambre, aux livres et &#224; la maison, et &#224; cette sc&#232;ne de baignade en ext&#233;rieur &#8211; arch&#233;type de la peinture d'&#233;poque aussi bien chez Renoir que Bonnard (ah, Bonnard, n&#233; quatre ans avant Proust et qui nous fait r&#234;ver que Proust ait v&#233;cu jusqu'au bord des ann&#233;es cinquante, comme ce fut le cas pour lui), ou dans la grande toile de Lantier au d&#233;but de &lt;i&gt;L'&#338;uvre&lt;/i&gt; de Zola) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais une fois habitu&#233; &#224; cette id&#233;e qu'elle &#233;tait dans une maison de Touraine, je n'avais pas vu la maison. Jamais ne m'&#233;tait venue &#224; l'imagination cette affreuse id&#233;e de salon, de hangar, de couloir, qui me semblait face &#224; moi sur la r&#233;tine de Saint-Loup qui les avait vues, ces pi&#232;ces dans lesquelles Albertine allait, passait, vivait, ces pi&#232;ces-l&#224; en particulier et non une infinit&#233; de pi&#232;ces possibles qui s'&#233;taient d&#233;truites l'une l'autre. Avec les mots de hangar, de couloir, de salon, ma folie m'apparut d'avoir laiss&#233; Albertine huit jours dans ce lieu maudit... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nouveau, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, qu'il n'y ait aucune sc&#232;ne, m&#234;me des plus denses, qui ne soit li&#233;e pr&#233;cis&#233;ment &#224; un imaginaire des lieux &#8211; et un embo&#238;tement d'int&#233;rieurs qui ait la m&#234;me dualit&#233; ou porosit&#233; avec les circulations ext&#233;rieures, que ce qui se passera pour les personnages eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>[38] secr&#232;te, bruissante et divis&#233;e, la phrase a&#233;rienne et odorante</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3259</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3259</guid>
		<dc:date>2012-12-07T07:41:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>art, artistes</dc:subject>
		<dc:subject>phrase, syntaxe</dc:subject>
		<dc:subject>musique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il leur semblait quand le pianiste jouait la sonate qu'il accrochait au hasard sur le piano des notes que ne relient pas en effet les formes auxquelles ils &#233;taient habitu&#233;s, et que le peintre jetait au hasard des couleurs sur ses toiles. &#187; Cela, c'est comment les &#233;poux Cottard, qui savent bien qu'on ne peint pas quelqu'un en lui faisant des cheveux mauves. Swann &#8211; quand on lui dit que cette sonate marque bien l'ali&#233;nation mentale dont est para&#238;t-il victime le vieux Vinteuil, est mis en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot724" rel="tag"&gt;art, artistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot726" rel="tag"&gt;phrase, syntaxe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot737" rel="tag"&gt;musique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il leur semblait quand le pianiste jouait la sonate qu'il accrochait au hasard sur le piano des notes que ne relient pas en effet les formes auxquelles ils &#233;taient habitu&#233;s, et que le peintre jetait au hasard des couleurs sur ses toiles. &#187;&lt;/i&gt; Cela, c'est comment les &#233;poux Cottard, qui savent bien qu'on ne peint pas quelqu'un en lui faisant des cheveux mauves. Swann &#8211; quand on lui dit que cette sonate marque bien l'ali&#233;nation mentale dont est para&#238;t-il victime le vieux Vinteuil, est mis en trouble : &lt;i&gt;&#171; car une oeuvre de musique pure ne contenant aucun des rapports logiques dont l'alt&#233;ration dans le langage d&#233;nonce la folie, la folie reconnue dans une sonate lui paraissait quelque chose d'aussi myst&#233;rieux que la folie d'une chienne, la folie d'un cheval, qui pourtant s'observent en effet. &#187;&lt;/i&gt; Le vieux terme d'&lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt; n'est pas r&#233;serv&#233; &#224; la description d'image, ni m&#234;me d'oeuvre d'art, mais avec lui le langage s'est dot&#233; d'un mot qui d&#233;signe la repr&#233;sentation-r&#233;cit qu'on fait de l'oeuvre-image, et comment le r&#233;cit peut &#233;ventuellement plut&#244;t que l'accompagner ou l'illustrer, se substituer &#224; elle pour ce qui est de la connaissance qu'elle transporte. Ainsi chez Proust des tableaux de Carquethuit d'Elstir, qui ne sont pas un succ&#233;dan&#233; de Monet, Manet et les autres, mais la fabrication d'un peintre pour les besoins de sa propre oeuvre. On n'a pas l'&#233;quivalent mot pour ce qui concerne l'oeuvre musicale, quand elle interf&#232;re avec le r&#233;cit litt&#233;raire. Rabelais s'en tire en produisant soudain, dans le prologue du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;, une liste des compositeurs de son temps &#8211; les inventeurs de la polyphonie. Balzac poussera cela d'un grand coup d'&#233;paule, inventant Gambara et Massimila Doni. Jeu de masque dans &lt;i&gt;Massimila Doni&lt;/i&gt;, et fabrique de Gambara avec tout ce que lui a appris le creusement connu du mysticisme impliqu&#233; par la figure de qui affronte oeuvre, qu'il s'agisse de Louis Lambert, S&#233;raphit&#226; ou &lt;i&gt;La recherche de l'absolu&lt;/i&gt; (o&#249; r&#233;sonne par anticipation le titre merveilleux de Proust). Apr&#232;s Proust, d'autres continents viendront, mais ils seront rares &#8211; pans du &lt;i&gt;Finnegans Wake&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Doktor Faustus&lt;/i&gt; deThomas Mann, et, parall&#232;le &#224; Proust, la tr&#232;s discr&#232;te &lt;i&gt;Jos&#233;phine ou la cantatrice des souris&lt;/i&gt; de Franz Kafka, un de ses r&#233;cits les plus &#233;labor&#233;s dans la suite des micro-figures juxtapos&#233;es, qui complexifient l'all&#233;gorie sans jamais la r&#233;soudre par une causalit&#233; lin&#233;aire ou seulement temporelle. Les mutations qui affecteront l'univers musicale par sa pratique m&#234;me (ce que Wagner ou Debussy ni Mahler ne font pas, l'&#233;largissant et la d&#233;composant du dedans, mais en gardant les outils et instruments), par le dod&#233;caphonisme (le &lt;i&gt;Faustus&lt;/i&gt; de Thomas Mann s'y ancre), par le jazz (Kerouac en sort arm&#233;) puis l'amplification &#233;lectrique du rock banaliseront un cannibalisme qui r&#233;g&#233;n&#232;re &#8211; mais c'est bien Proust qui l'inaugure. Si l'image peut &#234;tre &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; (Deleuze sortira arm&#233; de son &lt;i&gt; &lt;i&gt;Proust&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; pour dire le cin&#233;ma), l'oeuvre musicale l'est par son &#234;tre m&#234;me. Elle construit horizontalement et rythmiquement le temps comme verticalement elle organise le bruit, ou l'annihile. L'irruption de l'oeuvre musicale comme ekphrasis dans le r&#233;cit litt&#233;raire c'est pr&#233;cis&#233;ment pour rester en amont d'o&#249; le langage signifie, o&#249; il est seulement organisation horizontale et verticale de ce qui dynamiquement se compose. En amont de personnages, images, faits, la fa&#231;on dont le langage se structure lui-m&#234;me en r&#233;cit et architecture de ce r&#233;cit. Il est d'ailleurs &#233;trange qu'on ne croise pas d'architecte dans la Recherche, peut-&#234;tre qu'aujourd'hui il serait obligatoire. Dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, cette nappe qui concerne la pr&#233;sence dite de la musique, en tant qu'elle permet au narrateur la ressaisie abstraite de sa propre composition, entre m&#233;lodie et contrepoint, art symphonique de l'orchestre et rongement au-dedans du compositeur. Cela s'&#233;tablit d&#232;s &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt; par &#8211; &#233;videmment &#8211; la sonate de Vinteuil et, ce qu'on ne mesurera jamais assez, le fait que le mot &lt;i&gt;phrase&lt;/i&gt; dans &#171; &lt;i&gt; la petite phrase &#187;&lt;/i&gt; vaut &#233;videmment pour le lin&#233;aire &#233;l&#233;mentaire de la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, cette phrase qu'elle pousse obstin&#233;ment jusqu'&#224; sa grande renverse circulaire. Ce qu'on d&#233;crypte, c'est &#8211; en temps r&#233;el &#8211; &#224; mesure qu'il se modifie, le mode d'organisation abstraite de la composition majeure. Aucun ouvrier ni architecte de la construction collective majeure et d&#233;ploy&#233;e dans le temps de la cath&#233;drale, all&#233;gorie explicite du livre, pour en disposer d'une perception syncr&#233;tique. Et c'est, en strict parall&#232;le de l'id&#233;e du livre et de l'&#233;criture via Bergotte, pour ce qui est de la nappe de surface du grand livre, le chantier m&#234;me qu'on aper&#231;oit en permanence, mais hors d'une perception discursive, l'instance discursive &#233;tant tout entier braqu&#233;e sur la musique &#224; dire, et &#224; nous de faire le saut de cette musique &#224; notre propre besoin de lecteur, tenir le livre embrass&#233; dans nos bras, via son architecture, sa disposition, ses couloirs (travail &#224; faire sur les couloirs dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;). Et que peut-&#234;tre le plus surprenant est le plus dissimul&#233;. La sonate pour violon et piano, mais jou&#233;e par le piano seul dans Swann, c'est d&#233;j&#224; l'id&#233;e d'avoir &#224; penser l'organisation abstraite, et non pas seulement l'univers sensoriel. Le septuor de Vinteuil, dans le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, incarnera cette abstraction en elle-m&#234;me. Morel, l'ex&#233;cutant sans intelligence, serait une all&#233;gorie simple, si dans l'&#233;criture &#8211; Proust le r&#233;p&#232;te &#224; l'envi &#8211; cette idiotie n'&#233;tait pas tout aussi n&#233;cessaire, et s'il nous faut &#234;tre nous-m&#234;mes le Charlus qui hurle d'une voix de fausset, culbuto oscillant sur deux fesses &#233;normes, l'enjeu esth&#233;tique monstrueux de la t&#226;che, c'est toujours en opposition de temps, et non pas dans l'instant m&#234;me de la r&#233;daction. Morel, incarnation des tendances basses, est tout aussi indispensable comme figure int&#233;rieure de l'auteur, que l'esth&#233;tisme pr&#233;cis de Bergotte. C'est le discours chaque fois qui s'effondre, min&#233;, s'&#233;croulant par pans de vieille poussi&#232;re, qu'il soit celui de Norpois ou de Brichot &#8211; seul Charlus, encore, &#233;chappe &#224; cette loi g&#233;n&#233;rale de la mort du discours qui pr&#233;c&#232;de la mort des &#234;tres. Swann l'avait compris, mais il ne sait pas l'atteindre et le prof&#233;rer, m&#234;me dans son dernier &#233;change avec le narrateur dans la soir&#233;e chez la princesse de Guermantes (prochaine direction ici, le r&#244;le et la disposition de ces soir&#233;es successives). Juste, dans cette permanence structurelle, de la sonate pour violon et piano dans &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt;, et du septuor &#224; mesure qu'on avance vers la r&#233;solution finale, qu'on n'aurait peut-&#234;tre pas pr&#234;t&#233; assez attention &#224; ce qu'incarne la vieille et postillonnante figure de la marquise de Cambremer : cette dame a travaill&#233; avec Chopin. Elle a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'enseignement direct de celui qui rejoignait l'instance du compositeur et de l'interpr&#232;te, son affrontement physique avec les limites de l'instrument portant sa musique &#224; la limite, et la r&#233;solvant par le geste autant que par la conception. Mme de Cambremer est simplement ex&#233;cutante, mais est la seule d&#233;positaire (on y insiste, tous les autres pianistes ayant b&#233;n&#233;fici&#233; d'un contact direct avec Chopin sont morts) de ce rouage qui s&#233;pare de la pure ex&#233;cution. Pour que cet essai se d&#233;veloppe, il faut d&#233;sormais l'armer : revenir &#224; comment Proust nomme l'abstraction qu'est la musique en sera un appui. Mais comment ne pas tout r&#233;sumer, plut&#244;t que par Vinteuil, homme de fiction, par Chopin qui fut aussi r&#233;el que Nerval, Sand, Baudelaire : &lt;i&gt;&#171; caresser les phrases, au long col sinueux et d&#233;mesur&#233;, de Chopin, si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de d&#233;part, bien loin du point o&#249; on avait pu esp&#233;rer qu'atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet &#233;cart de fantaisie que pour revenir plus d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#8211; d'un retour plus pr&#233;m&#233;dit&#233;, avec plus de pr&#233;cision, comme sur un cristal qui r&#233;sonnerait jusqu'&#224; vous faire crier &#8211; vous frapper au coeur. &#187;&lt;/i&gt; L'adjectif &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
