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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>comment devenir auteur de romans d'espionnage en 10 le&#231;ons</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3429</link>
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		<dc:date>2013-03-06T16:42:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>de Friberg, Patrick</dc:subject>
		<dc:subject>Barnett, John</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;... questions pos&#233;es &#224; Patrick de Friberg&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot753" rel="tag"&gt;de Friberg, Patrick&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot756" rel="tag"&gt;Barnett, John&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3429.jpg?1362587787' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Voici donc, &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/list/auteur-56477-patrick-de-friberg/page/1/date&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur publie.noir&lt;/a&gt;, une tr&#232;s forte s&#233;rie, les &lt;i&gt;Dossiers Carignac&lt;/i&gt; (un des personnages r&#233;currents, parce que c'est aussi une loi du genre), relevant de la pure tradition du roman d'espionnage, mais port&#233;s par une &#233;criture nerveuse, pr&#233;cise, qui arrache.
&lt;p&gt;De l'auteur, je ne savais rien. La premi&#232;re publication de ces livres s'&#233;tait faite sous le pseudonyme de Mornevert (&lt;i&gt;Mission Oxyg&#232;ne&lt;/i&gt;, &#224; partir de l'affaire GreenPeace), lequel s'&#233;tait install&#233; dans une long&#232;re en bord de for&#234;t, face &#224; l'&#238;le d'Orl&#233;ans au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre trait extraordinaire des livres de Patrick de Friberg (mais il vous dira, lui, que c'est aussi une loi du genre), c'est comment ces livres t&#233;moignent d'un savoir de l'autre face du monde, la face obscure, celle des trafics, des coups politiques ou industriels &#8211; mais avec ce qui signe aussi la patte Friberg : l'&#233;cologie, la g&#233;n&#233;tique, la finance, ont remplac&#233; l'espion de papa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence : pour &#233;crire &#224; cet endroit, il faut y avoir mouill&#233; sa chemise, avoir eu plusieurs vies. Il partage aujourd'hui sa vie entre le consulting et l'&#233;criture, et, dans son discret village du Cher, semble plus qu'heureux de ce que l'&#233;criture prenne le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compagnonnage avec Patrick se fait plus serr&#233;. Nous allons inaugurer notre collection imprim&#233;e publie.noir avec la parution simultan&#233;e num&#233;rique et papier d'un nouveau livre tr&#232;s fort, &lt;i&gt;Le dernier codex&lt;/i&gt;, toujours dans la s&#233;rie des dossiers Carignac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous allez d&#233;couvrir avec cet entretien, pr&#233;cis pour l'&#233;criture, m&#233;nageant le secret pour la face B du personnage, cette pulsion d'&#233;criture qui le porte, lui donne aussi la force de brasser ces machines lourdes et complexes qu'est chacun de ces romans entre espionnage, aventure, et r&#233;flexion sur le pr&#233;sent imm&#233;diat, et ce qui y p&#232;se d'ombres. Mais il n'a jamais cess&#233; d'&#233;crire, y compris dans le monde tr&#232;s ferm&#233; des rewriters professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand merci donc &#224; Patrick, et place &#224; l'&#233;change...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;comment devenir auteur de romans d'espionnage en 10 le&#231;ons&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick de Friberg, est-ce que je peux simplement te demander quel est ton premier souvenir associ&#233; &#224; la lecture ? Quel ou quels livres, ce qu'il t'en reste, et les livres qui &#233;taient ton paysage au seuil de l'adolescence ? Et, autour de ces lectures, peux-tu nous dire &#224; quoi ressemblaient les chambres, les jardins, les maisons ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer mes premiers souvenirs de lectures, il faut d'abord parler de ma famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait un lecteur boulimique. Il expliquait toujours qu'il avait construit sa maison autour des six chambres de ses enfants et des six mille livres qu'il d&#233;m&#233;nageait &#224; chaque d&#233;m&#233;nagement. Nous &#233;tions des pros de la mise en cartons (ni trop gros, ni trop petits) des rangements de la seule richesse familiale, les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes issus d'une famille de marins marseillais par mon p&#232;re et, par ma m&#232;re, de planteurs antillais. On parlait cr&#233;ole &#224; la maison, mais on mangeait les &#171; pieds et paquets &#187; dans la maison familiale de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de nous, il n'y avait que des biblioth&#232;ques, partout. Des livres accessibles et des rayons interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes premiers souvenirs de lecture sont donc forc&#233;ment de plusieurs ordres. Il y avait &#224; l'&#233;tage des enfants, les collections originales des &lt;i&gt;Signes de Pistes&lt;/i&gt; qui me faisaient vivre mon scoutisme en temps r&#233;el. Je me souviens de ces profondes exaltations &#224; la lecture de cette s&#233;rie qui me poussaient &#224; recruter des scouts autour de moi pour recr&#233;er la m&#234;me envie de fraternit&#233; et d'aventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi les interdits, que je piquais en &#233;cartant les rayons pour que personne ne se rende compte de mes lectures. Il y avait les apocryphes qui expliquaient que les religions n'&#233;taient &#233;crites que par des humains. J'ai aussi le souvenir de Sinouh&#233; l'&#201;gyptien, une s&#233;rie de romans d'un Finlandais en 1945 qui racontait que l'espionnage est l'invention d'un pharaon. Il y avait aussi Slaughter et Guy de Larigaudy, la &lt;i&gt;Guerre des Gaules&lt;/i&gt; de C&#233;sar et ce souvenir, incongru, du &lt;i&gt;Quand la Chine s'&#233;veillera&lt;/i&gt; qui resta presque un document humoristique dans ma m&#233;moire d'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y avait la biblioth&#232;que priv&#233;e de mon p&#232;re, dans son bureau de St Michel-sur-Orge puis, juste en face de son bureau, toujours ouvert sous son regard, quand nous avions d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; L&#233;vis St Nom dans la for&#234;t de Rambouillet. Ce n'&#233;tait qu'une collection incroyable des Fleuve Noir et des collections de science-fiction fran&#231;aises des ann&#233;es soixante. L&#224;, je me suis goinfr&#233; des grands auteurs am&#233;ricains de science-fiction, si r&#233;volutionnaires que mon p&#232;re nous les interdisait tout en les laissant &#224; notre port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais install&#233; un syst&#232;me de lecture qui permettait de lire dans mon lit. Quand mon p&#232;re ouvrait la porte de ma chambre, la lumi&#232;re de lecture install&#233;e sur mon lit s'&#233;teignait. Je sais, pour lui avoir demand&#233; en soins palliatifs, qu'il connaissait mon stratag&#232;me. Je lui dois ma culture litt&#233;raire. Il fut, plus tard mon seul premier lecteur et correcteur, discret et complice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la deuxi&#232;me salve, ces lieux autour de mes lectures, ils sont la cons&#233;quence de ce qui pr&#233;c&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes maisons sont multiples. Il y a celle de mon adolescence au milieu d'une for&#234;t o&#249; l'on me permettait de dispara&#238;tre des week-ends complets &#224; vivre dans la nature. Il y a mes souvenirs de Marseille, le soleil, les accents, les r&#233;unions familiales o&#249; les enfants observaient de loin la nature bourgeoise du monde des adultes. Il y avait la libert&#233; de mes vies antillaises, o&#249; la famille survit sous des rythmes qui ne sont plus mat&#233;riels, mais soumis &#224; la nature des &#233;l&#233;ments naturels, les cyclones, les raz de mar&#233;e, les s&#233;cheresses et les oublis de la m&#233;tropole. Il y a enfin la v&#233;randa de ma m&#232;re, qui faisait na&#238;tre un &#171; berceau de Mo&#239;se &#187; la veille de No&#235;l comme dans son &#238;le. J'en ai l'odeur, l'empreinte. Elle n'est que la certitude que l&#224;, on avait d&#233;m&#233;nag&#233; un peu de notre sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela, que je me suis toujours inscrit dans la certitude d'&#234;tre le produit d'un commer&#231;ant ph&#233;nicien et d'une pirate antillaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes jardins n'&#233;taient donc jamais ceux de mes camarades. C'&#233;tait les calanques de Cassis et les trois cent hectares de cannes de Routa &#224; Lamentin, en Guadeloupe. C'&#233;tait la for&#234;t de Rambouillet que je parcourais avec mon chien et que personne ne conna&#238;t autant que moi et la m&#233;diterran&#233;e sur un vieux mordicus en acajou, comme les Antilles sur la barque de p&#234;che de mon grand-p&#232;re. Je pense que j'avais d&#233;j&#224; choisi mon camp : le monde n'aurait jamais de secret pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En m'excusant de rester indiscr&#232;tement dans cet univers, est-qu'on peut prendre un instant pour l'ouvrir plus en d&#233;tail, cette biblioth&#232;que ? Livres de voyage et d'explorations (Henri de Monfreid ?), les classiques fran&#231;ais ou russes (Balzac, Zola, Dosto&#239;evski ?), les livres de navigation ? Et, avant la science-fiction, il y eut Poe et Jules Verne ? Et quand tu dis &#171; science-fiction fran&#231;aise des ann&#233;es soixante &#187; et &#171; grands auteurs am&#233;ricains de science-fiction &#187;, tu dois bien s&#251;r savoir citer des noms ? Autre question qui me touche de pr&#232;s : ce virus de la lecture touchait aussi tues fr&#232;res et soeurs ? Et on finit sur le plus interdit de ces livres planqu&#233;s &#224; l'arri&#232;re des autres ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa rachetait des biblioth&#232;ques compl&#232;tes chez les antiquaires. Nous avions les collections compl&#232;tes de Proudhon comme celles de la NRF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens pas d'avoir lu Monfreid chez lui, mais tous les classiques y &#233;taient. Pas Zola, je l'ai d&#233;couvert &#224; l'&#233;cole, mais Hugo, Vernes, Horace et C&#233;sar, Platon et Marx, Hemingway, Kessel et Camus. Pas Sartre, mon p&#232;re ne supportait pas le mensonge du dogme politique, quel qu'il soit. Papa &#233;tait un scout de la vieille &#233;cole des Scouts marins de France. Il avait tout de Baden Powell, de Charles de Foucault, de Larigaudy mais aussi avait v&#233;cu en dehors de la France la plus grande partie de sa vie, ce qui lui donnait une compr&#233;hension de la pauvret&#233; qui le portait vers cette droite chr&#233;tienne qui a disparu aujourd'hui, plut&#244;t &#224; gauche dans notre univers caricatural actuel. Il poss&#233;dait des originaux de dessins de Joubert et cachait, un peu, ses r&#234;ves d'une d&#233;couverte que l'homme n'est qu'un maillon minuscule de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classiques de Poe &#233;taient pr&#233;sents, ainsi, j'y pense aussi, les po&#232;tes surr&#233;alistes, &#201;luard, Apollinaire, Legrand, L&#233;ly. Les auteurs de Science fiction &#233;taient Asimov, Bradbury, Herbert et nombre de petits auteurs publi&#233;s dans la s&#233;rie SF de Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes fr&#232;res et s&#339;urs ne lisaient pas. C'est un paradoxe amusant. Une de mes s&#339;urs lisait, des collections biblioth&#232;ques verte, bleu et rouge. Ma s&#339;ur jumelle (je suis n&#233; une femme dans mes bras) ne lisait pas. Je me souviens avoir conseill&#233; &#224; mon fr&#232;re a&#238;n&#233;, la lecture des &lt;i&gt;Philocalies&lt;/i&gt; des P&#232;res neptiques, apr&#232;s une retraite dans un couvent b&#233;n&#233;dictin. Il m'avait regard&#233; avec cet air bizarre de l'esprit sain devant un fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interdits de nos biblioth&#232;ques &#233;taient planqu&#233;s dans le bureau de papa. Il y avait les apocryphes, les recensions franc-ma&#231;onnes allant du complot plan&#233;taire des chevaliers de la Sainte Croix aux &#233;tudes fumeuses du tr&#233;sor des templiers, les &lt;i&gt;Emmanuelle&lt;/i&gt; et autres Sade planqu&#233;s, comme les essais politiques. J'y puisais quelques sensations qui me d&#233;passaient. En fin de compte, j'&#233;tais plus int&#233;ress&#233; par la patrouille du &lt;i&gt;Prince &#201;ric&lt;/i&gt; qu'aux &#233;mois d'une bourgeoise en manque de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question suivante en d&#233;coule : &#224; quel &#226;ge remontent tes premi&#232;res exp&#233;riences d'&#233;criture ? Tout seul ? Dans un lieu pr&#233;cis ? Sur des carnets, des registres, une machine &#224; &#233;crire ? Et vers quoi te portaient ces &#233;crits, comment s'articulaient-ils avec ton parcours scolaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier roman fut &#233;crit en trois cahiers (petits carreaux, pas de ligne), en classe de sixi&#232;me. C'&#233;tait un roman fantastique o&#249; un homme se souvenait qu'il avait &#233;t&#233; un loup dans une autre vie et que les chasseurs qui le poursuivaient &#233;taient toujours derri&#232;re lui. J'ai toujours les carnets, ce n'est pas mal, un peu romantique. Je me souviens l'avoir envoy&#233; &#224; Fallois et d'avoir re&#231;u une r&#233;ponse me demandant mon &#226;ge. Je n'ai jamais r&#233;pondu. Je ne me souviens pas du titre (il faudrait que je recherche&#8230; un truc comme &lt;i&gt;L'enfant de la louve&lt;/i&gt;). Je me souviens aussi avoir crois&#233; le fer avec ma professeure de l'&#233;poque pour lui indiquer qu'elle n'avait pas de l&#233;gitimit&#233; pour noter mes dissertations parce qu'elle n'&#233;tait pas un &#233;crivain, alors que moi, je l'&#233;tais. Elle a eu cette gr&#226;ce de me r&#233;pondre que j'avais raison, mais que ma grammaire &#233;tait &#224; travailler, encore, et que son programme ne lui permettait pas de noter la capacit&#233; litt&#233;raire, mais l'apprentissage de l'orthographe et des conjugaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon parcours scolaire ne fut dirig&#233; que vers la possibilit&#233; de partir au loin. D'une famille sans le sou, il ne pouvait &#234;tre que l'arm&#233;e ou la marine. J'ai choisi la facilit&#233;, je me suis engag&#233; &#224; dix-huit ans, parce qu'on ne pouvait plus tricher sur son &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3836 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L100xH143/9782814596733.thumb-51707.jpg?1751241374' width='100' height='143' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce que je voudrais savoir, c'est ce qui passe par la t&#234;te d'un enfant de 11 ans, quand il commence un roman : identification &#224; un &#233;crivain, &#224; une aventure ? Et la dose de culot qu'il faut pour se lancer... Et &#233;crit &#224; quelles heures, en quel lieu ? Et d'embl&#233;e, c'&#233;tait un &#171; roman &#187; (&#231;a aurait pu &#234;tre journal, po&#232;me...) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pouvais &#233;crire autrement. Il y avait les histoires familiales de mon p&#232;re marin dans la marine de commerce, mais aussi de mon grand-p&#232;re et tous mes anc&#234;tres jusqu'&#224; ce tableau du Jacques-&#201;lisabeth, une go&#233;lette de vingt canons, marqu&#233; de notre nom, tr&#244;nant dans le salon familial. Il y avait ces histoires de flibustes et d'Orient et ces photographies en noir et blanc de lourds albums en cro&#251;tes de cuir marocaines. J'&#233;tais baign&#233; dans un monde imaginaire pour les autres, r&#233;el et suraliment&#233; par le carburant de mes lectures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de dose de culot, j'ai toujours &#233;crit, toujours &#233;t&#233; montr&#233; du doigt agac&#233; de mes ma&#238;tres et professeurs parce que je choisissais le hors-sujet d&#233;cal&#233; au plat &#233;nonc&#233;, alors un jour que j'avais essay&#233; la technique du cahier d'heures des ados, j'ai tout de suite lanc&#233; un d&#233;but d'histoire, juste un titre (&#231;a y est ! &lt;i&gt;&#171; L'enfant et la louve &#187;&lt;/i&gt;), et comme je l'ai d&#233;couvert ensuite, du titre que je ruminais &#233;tait n&#233;e une histoire en entier, ses couleurs, odeurs, chapitres forts, conclusions et personnages. J'&#233;crivais partout, au stylo sur des cahiers d'&#233;coliers, tiens je les ai retrouv&#233;s&#8230; ils sentent le printemps.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu parlais pr&#233;c&#233;demment du scoutisme, et tu &#233;voques pour les univers paternel et maternel deux figures essentielles li&#233;es &#224; la mer : l'&#238;le, la travers&#233;e (sans parler de la go&#233;lette arm&#233;e...). On oppose souvent, et surtout pour les litt&#233;rateurs, les univers du corps et ceux ce l'intellect. Que repr&#233;sentait pour toi, dans l'enfance et l'adolescence, le d&#233;fi physique ? L'imaginaire de la mer lui &#233;tait-il li&#233; ? Et dans celui qui d&#233;cide de partir le plus loin possible pour ses 18 ans, y a-t-il encore une place pour le r&#234;ve d'&#233;crivain ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais cru &#224; l'opposition (tr&#232;s bourgeoise, psychanalytique) des univers du corps et de l'intellect, surtout en litt&#233;rature&#8230; L'image paternelle en est l'exemple parfait, intellectuel, inventeur de concepts (les &#171; cercles de qualit&#233; &#187;, par exemple), force de la nature, marin, navigateur et pourtant d&#233;testant le d&#233;passement physique sportif. Il avait &#233;t&#233; scout marin &#224; Marseille et plus tard, adulte, au Maroc, quand le scoutisme catholique &#233;tait un lien de coh&#233;sion social transversal. Nous avons &#233;t&#233; scouts parce qu'il &#233;tait persuad&#233; que ce passage lui avait chang&#233; la vie. Il a &#233;t&#233; d&#233;terminant pour moi, parce que j'y ai d&#233;couvert que le d&#233;passement personnel, m&#234;me &#233;go&#239;ste, est d&#233;cupl&#233; par l'amiti&#233; d'un groupe. Cela ne m'a pas emp&#234;ch&#233; de faire des sports de combat, de la natation de comp&#233;tition et autres sports extr&#234;mes plus tard, plus par besoin de diff&#233;rence que de d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mer est mon &#233;l&#233;ment. Je n'ai pas le souvenir de n'y &#234;tre pas mieux que sur terre. J'ai toujours &#233;t&#233; celui qui nage, qui plonge, dans la famille ou chez mes copains. J'ai m&#234;me &#233;t&#233; tot&#233;mis&#233; &lt;i&gt;Loutre tranquille&lt;/i&gt; ! Je n'ai jamais &#233;t&#233; aussi heureux que de vivre quelques ann&#233;es sur un bateau en Guadeloupe. J'y ai le seul souvenir d'une croisi&#232;re avec mon p&#232;re et l'un de ses fr&#232;res cadets qui n'avait jamais v&#233;cu ensemble alors qu'ils avaient la m&#234;me passion de la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir &#224; dix-huit ans pourrait &#234;tre dans la culture g&#233;n&#233;tique de ma famille. On prend la mer, activement ou virtuellement d&#232;s qu'on le peut, toujours sans r&#233;flexion, un peu brouillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve d'&#233;crivain n'existe pas pour moi, je le suis depuis toujours, publi&#233; ou non, en &#233;criture permanente. J'emmagasine, je ne dig&#232;re jamais les sensations, j'observe l'aquarium en sachant que je le d&#233;crirai. C'est pour cela que, quand je suis loin, je ne r&#234;ve que de revenir pour raconter.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cela veut dire que les ann&#233;es qui t'ont men&#233; &#224; Saint-Cyr ont &#233;t&#233; une coupure avec l'&#233;criture ? Et est-ce que les &#233;tudes militaires ont commenc&#233; &#224; te rapprocher d'une &#233;criture au plus pr&#232;s des convulsions du monde ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a jamais eu de coupure. D&#232;s 17 ans j'&#233;tais un n&#232;gre r&#233;mun&#233;r&#233; et j'ai continu&#233; comme cela ou sous pseudo en parall&#232;le avec mes &#233;tudes. C'est pour &#231;a que je dis que le &#171; r&#234;ve d'&#233;crivain &#187; ne m'a jamais touch&#233;. J'&#233;crivais pour d'autres et cela me suffisait. Ensuite, ce n'est pas l'&#233;tat militaire, ce sont les voyages dans les zones difficiles qui m'ont fait changer mon &#233;criture. Je traduisais ce que j'avais lu et qu'on m'avait racont&#233; en une perception diff&#233;rente, personnelle. Par exemple, t&#233;moin par hasard des r&#233;volutions de l'ex Union Sovi&#233;tique, j'avais r&#234;v&#233; d'une fin romantique, les armes &#224; la main pour lib&#233;rer &#171; les peuples opprim&#233;s &#187;, alors que les foules n'&#233;taient que des jeunes amus&#233;s que la r&#233;pression ne pouvait toucher parce qu'ils &#233;taient leurs propres enfants. C'est cette cicatrice g&#233;n&#233;rationnelle que j'ai ensuite d&#233;crite plus que la guerre froide elle-m&#234;me. Je me souviens de cette soir&#233;e de novembre 99 devant la t&#233;l&#233;vision o&#249; j'ai pleur&#233; en regardant les reportages sur l'anniversaire de la chute du Mur. J'avais tout conserv&#233;, les cris, les rires, les pleurs et m&#234;me les odeurs. C'&#233;tait en moi pour &#234;tre &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la bascule s'est faite avec V&#233;ronique &#224; la fin des ann&#233;es 90. Elle me poussa apr&#232;s notre rencontre &#224; publier pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'esp&#232;re ne pas para&#238;tre lourd ou trop indiscret. En dehors de mon propre cas, et celui de pas mal d'amis auteurs, il y a ce que je constate souvent chez les &#233;tudiants : le fait d'avoir &#233;crit dans l'adolescence nous permet la reprise de l'&#233;criture avec intensit&#233;, d'en faire la chose principale de notre vie, mais il y a presque toujours une longue coupure dans ces ann&#233;es qui sont celles des apprentissages adultes. C'est indiscret de te demander comment s'est faite cette rencontre avec &#171; l'&#233;criture pour les autres &#187; ? Pas trop v&#233;cue comme d&#233;possession ? Et ce sont les m&#234;mes ann&#233;es o&#249; tu d&#233;couvres des pratiques extr&#234;mes comme la plong&#233;e ou le parachutisme, accepterais-tu de dire quels sont, pour ces ann&#233;es, les souvenirs les plus p&#233;nibles, et au contraire les plus belles d&#233;couvertes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture pour les autres fut une chance. D'abord parce que des grands de l'&#233;criture et cette race divine des &#233;diteurs me faisaient confiance, ensuite parce que je ne pouvais pas publier, mes employeurs ne le permettant pas. Je n'imagine pas, par exemple, pendant ma p&#233;riode de financier, qu'un client ait pu apprendre que j'&#233;crivais des romans d'espionnage. Ensuite, je n'&#233;tais pas pr&#234;t, la question ne se posait pas autrement que savoir que j'&#233;tais un professionnel aguerri qui pouvait tout imiter. Ensuite, j'ai rencontr&#233; tr&#232;s t&#244;t, j'&#233;tais en Corniche, Vladimir Volkoff. Il lisait mes travaux et me for&#231;ait &#224; les retravailler. J'ai commenc&#233; par exemple mon &lt;i&gt;Jour du Mur&lt;/i&gt; avec lui d&#232;s 1990, au sujet duquel il m'avait dit : &#171; &#201;ditez, publiez, aff&#251;tez votre jolie plume mercenaire&#8230; Mais, ce manuscrit-l&#224;, laissez-le de c&#244;t&#233; et travaillez. Quand vous serez pr&#234;t, lui seul vous le dira. &#187; Sa mort m'a s&#251;rement lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est amusant, cette notion de sports extr&#234;mes, tr&#232;s int&#233;ressants. La chute libre et la plong&#233;e sous-marine permettent de vivre dans un monde de dimensions multiples, poss&#232;dent ce m&#234;me appel du vide, cette identique possibilit&#233; de libert&#233;. Cependant, bien que la plong&#233;e soit plus dangereuse, surtout dans les conditions professionnelles, je ne me suis jamais senti pratiquer de l'extr&#234;me, consid&#233;rant les pros du ski ou des sauts de falaise avec jalousie. Mes pires souvenirs dans ces sports, un accident de saut civil &#224; Bergerac qui me priva de pouvoir continuer une carri&#232;re militaire, une chance. En plong&#233;e, une plong&#233;e sur un bateau de p&#234;che pour une compagnie d'assurance. Le patron p&#234;cheur s'&#233;tait attach&#233; &#224; la barre pour se suicider et non par accident. C'est devenu un polar pour un autre. Mon pire souvenir de voyage ? Un vol du PAM sur le Soudan pour livrer du bl&#233; non germable. J'avais aid&#233; &#224; faire monter des &#233;vacuations sanitaires pour le voyage de retour. Un nourrisson est mort dans mes bras, avec un petit sourire parce que je lui caressais la joue. &lt;i&gt;La derni&#232;re Peste&lt;/i&gt; est n&#233;e cette histoire. Les plus belles d&#233;couvertes, le rire et la gentillesse de ces m&#234;mes populations, la r&#233;volution russe et lettone.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On arrive alors &#224; cette p&#233;riode o&#249; tes exp&#233;riences de terrain, et ce que tu nommes &#171; zones de p&#233;ril &#187; interf&#232;rent avec les &#233;critures &#224; venir. Peux-tu nous dire comment est n&#233; Mornevert et qui est-il ? Et ce que sont devenus ces manuscrits accumul&#233;s, &#224; quoi ils ressemblaient ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mornevert est la traduction du su&#233;dois Friberg, la montagne verte ou libre, une r&#233;f&#233;rence aux Antilles aussi, dont c'est le nom d'un lieu magnifique. Mon exp&#233;rience des pays &#233;trangers fut longtemps une blague avec mes amis proches. Quand j'&#233;tais au Togo, il y avait une tentative de putsch, &#224; Moscou la r&#233;volution de Ieltsine, &#224; Riga la lib&#233;ration, &#224; Berlin la chute du Mur, en C&#244;te d'Ivoire, la guerre qui commen&#231;ait. J'ai peut-&#234;tre pens&#233; longtemps attirer le mauvais &#339;il aux dictateurs jusqu'&#224; ce que je r&#233;fl&#233;chisse en &#233;criture au momentum o&#249; l'histoire bascule. J'ai alors compris que j'analysais depuis toujours, ces facteurs humains qui permettent ce passage. J'ai mis r&#233;cemment cette analyse en &#339;uvre pour les r&#233;volutions africaines. Je fus le premier &#224; pr&#233;dire la fin des r&#233;gimes tunisiens, &#233;gyptiens et libyens. Quand les experts me r&#233;pondaient que les forces militaires, &#233;conomiques, claniques, occidentales garantissaient la stabilit&#233;, je r&#233;pondais que l'&#226;ge des monarques, la maladie, l'internationalisme des richesses de leurs proches, ainsi que l'analyse des foules dans les rues &#8211; pas des pauvres, mais des bourgeois, les fils des militaires, le smartphone dans la main &#8211; me prouvaient le contraire. J'avais pour cette m&#234;me raison, pr&#233;venu que la Syrie serait une longue et sanglante r&#233;volution, toujours en gardant en t&#234;te l'&#226;ge du monarque, sa richesse concentr&#233;e, sa sant&#233;, la fid&#233;lit&#233; apeur&#233;e de ses proches et le fait que les manifestants &#233;taient des pauvres, des &#233;trangers pour le clan. On pouvait sans freins moraux lancer les arm&#233;es, comme la Russie des tsars ou des soviets alignait des Cosaques face aux Tch&#233;tch&#232;nes, ces derniers contre les Russes, les Russes contre les Asiates. J'ai d&#251;, longtemps et inconsciemment voyager dans des pays qui avaient cette fragilit&#233; parce que ces forces-l&#224; me passionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne garde pas les manuscrits refus&#233;s ou d&#233;j&#224; publi&#233;s. D'abord, parce que je les ai dans ma m&#233;moire, ensuite parce que j'en ai tant d'autres &#224; &#233;crire&#8230; J'en ai toujours une poign&#233;e d'avance que je peaufine jusqu'&#224; ce que je sente qu'ils sont pr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3834 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L100xH143/9782814504752.thumb-eac74.jpg?1751241375' width='100' height='143' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu fais partie de ces auteurs qui, comme Stevenson, se donnent une discipline quotidienne et quantifi&#233;e, d&#232;s le r&#233;veil passer &#224; la table et &#233;crire, jusqu'au compte fix&#233;. Est-ce que ce mode d'&#233;criture t'est venu t&#244;t ? Est-ce que cette contrainte est en elle-m&#234;me g&#233;n&#233;rative, c'est-&#224;-dire qu'elle permet au livre de conqu&#233;rir sa propre invention, des formes non pr&#233;vues du r&#233;cit ? Corollaire : le retravail se fait-il sur le fragment &#233;crit du matin, sur le chapitre, sur le manuscrit termin&#233; ? Et as-tu des rituels d'&#233;criture qui interf&#232;rent avec celui-ci ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rythme de l'&#233;criture ne m'est pas venu t&#244;t. Il y a d&#233;j&#224; un entra&#238;nement humble &#224; la cr&#233;ation qui s'acquiert par des ann&#233;es de pratique, un apprentissage du dosage, du rythme de la partition qui d&#233;pend de l'auteur imit&#233; ou de ma propre &#233;criture comme une habitude de faire des gammes avant de pouvoir improviser. Cela peut varier de vingt &#224; quarante pages par jour selon le rythme de mes demandes. Il y a ensuite la n&#233;cessit&#233; de vivre de sa plume et donc de se diversifier. J'&#233;cris des chroniques pour des journalistes, des livres pour d'autres, des traductions tout en continuant ma propre production. J'ai pris ce rythme quand je suis devenu li&#233; &#224; ma vocation par le simple mat&#233;riel. De plus, je n'ai jamais eu de difficult&#233; &#224; l'&#233;criture, ni syndrome de la page blanche, ni paresse du clavier. J'ai l'histoire en moi, je m'y plonge avec d&#233;lice parce qu'elle s'impose en entier, f&#233;brile et l&#224;, je ne peux plus m'arr&#234;ter. Je n'ai plus qu'&#224; suivre, m'opposant par une certaine &#233;thique personnelle, &#224; l'&#233;criture planifi&#233;e et, encore plus, travaill&#233;e au logiciel, plus marchande certes, mais priv&#233;e de la dimension cr&#233;atrice de l'improvisation contr&#244;l&#233;e par le seul esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai en effet des rituels d'&#233;criture. Dans l'id&#233;al, j'aime &#234;tre au boulot avant 7 h 00. Je relis d'abord mes travaux de la veille, corrige et ajoute ou sabre dans le texte. Ensuite je fais mes recherches, puis j'&#233;cris jusqu'&#224; la fin de la journ&#233;e. V&#233;ronique se plaint souvent que je n'arrive pas bien &#224; me d&#233;connecter d'une histoire, tout simplement parce que je ne vais pas assez vite pour traduire ma m&#233;moire en mots, de peur que ne s'effacent les mouvements importants que j'ai r&#234;v&#233;s. Je d&#233;teste dans ces moments-l&#224; cette rupture du soir et n'appr&#233;cie pas les soir&#233;es. Quand le manuscrit est termin&#233;, je le laisse reposer jusqu'&#224; la fin du suivant. Il se passe donc entre trois et six mois. Alors je relis le tout et je r&#233;vise le texte comme je le ferais d'un manuscrit d'un autre &#233;crivain. Apr&#232;s, je le laisse encore reposer jusqu'&#224; ce que l'envie me prenne de le reprendre en troisi&#232;me lecture. Il est alors m&#251;r pour l'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tu &#233;voquais l'autre jour un autre processus pour moi bien myst&#233;rieux : prendre conscience dans la nuit ou au r&#233;veil de l'id&#233;e d'un prochain texte. Comment se pr&#233;sente cette id&#233;e : construction, intrigue, personnages, couleur ? si c'est li&#233; &#224; la nuit, est-ce que le r&#234;ve y tient un r&#244;le ? D'autre part, quel contraste entre l'agitation incessante, voyages, personnages, actions, de tes r&#233;cits, et la vie tr&#232;s concentr&#233;e qui est la tienne, avec l'essentiel du temps consacr&#233; &#224; l'&#233;criture, &#224; l'&#233;cart de la ville et du monde ? Corollaire : l'id&#233;e d'un livre na&#238;t quand le pr&#233;c&#233;dent est fini, ou bien peut-elle surgir alors m&#234;me que tu es en &#233;criture, et l'attendre ? Et quels sont alors les rituels d'avant roman : sc&#233;nario, bribes de descriptions des personnages, accumulation de documentation pr&#233;cise ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet un processus myst&#233;rieux que je commence seulement &#224; comprendre. J'ai approch&#233;, connu, re&#231;u des histoires et des aventures dans des vies pr&#233;c&#233;dentes. Elles doivent repr&#233;senter le terreau sur lequel mon cerveau travaille sans arr&#234;t. L'intrigue se d&#233;clenche avec une d&#233;couverte (pour Homo futuris, la rencontre de V&#233;ronique et de Anne Dambricourt-Malass&#233; autour du renouveau du darwinisme), le sc&#233;nario se r&#233;v&#232;le plus tard autour d'un titre. Pour ce roman, j'&#233;tais en avion au retour de la Lettonie, je discutais avec un ami dentiste du basculement de cet os sph&#233;no&#239;de qui pr&#233;c&#232;de les mutations de toutes les esp&#232;ces d'hominid&#233;s. Il m'expliqua qu'il constatait tous les jours chez les jeunes qu'il y avait un nouveau basculement, restriction de la m&#226;choire, disparition des dents de sagesse, redressement des derni&#232;res vert&#232;bres&#8230; J'ai eu un flash, il avait r&#233;v&#233;l&#233; un roman. La nuit suivante, au r&#233;veil, j'avais le manuscrit en totalit&#233; &#233;crit dans mon cerveau, je n'avais qu'&#224; l'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de m&#233;canismes d'attente, les manuscrits se t&#233;lescopent, prennent leur tour. Je n'ai qu'&#224; ouvrir le robinet pour laisser filer. Il n'y a donc pas de rituels d'avant roman, pas de sc&#233;nario, pas de mise en sc&#232;ne. Je sais s'il sera en couleur ou en noir et blanc, si le jazz le supportera ou alors un rock intuitif. Le Jour du mur fut &#233;crit autour de cette formation au jazz d'un ami disparu le 9 novembre 1989, &lt;i&gt;La derni&#232;re peste&lt;/i&gt; fut &#233;crite en &#233;coutant Dylan, &lt;i&gt;Homo futuris&lt;/i&gt; dans la folie de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, je n'ai pas besoin de beaucoup de documentation. Je suis un expert dans les sujets trait&#233;s, je vends d&#233;j&#224; mes connaissances, je peux donc les utiliser pour mes romans sans aucune honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volkoff &#233;crivait des milliers de pages sur ses personnages. Le Carr&#233; aussi, m'a-t-il un jour racont&#233;. Je connais aussi bien mes personnages que s'ils &#233;taient de ma famille. J'aime les raconter pour moi, sans en donner les cl&#233;s &#224; mes lecteurs, mais, de fait, tout cela transpara&#238;t dans le texte sans l'&#233;crire. Il y a donc, depuis longtemps des centaines de pages d&#233;crivant tous mes personnages. Je les connais depuis leur naissance. J'ai m&#234;me enqu&#234;t&#233; sur eux pour conna&#238;tre leurs professeurs, les t&#233;moignages de leurs copains de classe, de leur famille. Je ne me sers peut-&#234;tre de quelques pour cent de cela, mais le lecteur doit savoir qu'il peut tout savoir. Leur profondeur n'est que techniques de pr&#233;paration, non d'explications.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je croyais cette technique, notices concernant les personnages, r&#233;serv&#233;e au cin&#233;ma. Est-ce qu'&#224; tel moment le cin&#233;ma t'as tent&#233; en tant que technique ou fable ou spectacle ? Et ce qui pourrait nous emmener vers la fin : je repense au &#034;bon qu'&#224; &#231;a&#034; de Beckett, et pour ma part je ne saurais me pr&#233;valoir d'&#234;tre expert en quoi que ce soit. Comment se passe le partage des deux m&#233;tiers, le consultant, et l'aventurier de la phrase ? Est-ce qu'en tant que Friberg du jour tu restes curieux de l'aventure du monde, et, quand on voit le monde depuis ses coulisses de pouvoir, violence, argent comme c'est ton lot, quel regard a-t-on sur le pr&#233;sent ? Est-ce que le roman na&#238;t de ce regard, ou son insatisfaction ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit des sc&#233;narios, j'apprends beaucoup en ce moment avec la vague contemporaine du polar avec mon ami Laurent Guillaume. C'est une des voies de l'&#233;criture qu'il nous faut travailler, aussi. Seulement pour vivre mieux, dans un march&#233; qui n'&#233;crit plus. Je n'ose imaginer les Carignac sc&#233;naris&#233;s, ou les traductions des Barnett. Oui, l'&#233;criture na&#238;t d'une insatisfaction, d'un renoncement ou d'un combat. Mon &#233;criture est le produit de la constatation que la libert&#233; est contraire au pouvoir, c'est l'essence m&#234;me du roman d'espionnage. La fiction reste donc le seul m&#233;dium &#233;cout&#233;. L'expertise est contest&#233;e par l'essence m&#234;me du pouvoir de l'&#233;dition. Cependant, j'essaye depuis une dizaine d'ann&#233;es de mettre en avant mon &#233;criture fictionnelle, seule possibilit&#233; d'exprimer le pr&#233;sent sans tomber dans la caricature sectaire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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