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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>2010 | l'homme tout seul sur son &#238;le</title>
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		<dc:date>2014-09-14T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>fictions</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la vie sur les rond-points urbains&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique151" rel="directory"&gt;2015 | le tour de Tours en 80 ronds-points&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot869" rel="tag"&gt;fictions&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2387.jpg?1352733306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; texte &#233;crit en d&#233;cembre 2010 &#224; partir d'une rencontre r&#233;elle sur la zone Atlantic &#224; Nantes ;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4023' class=&#034;spip_in&#034;&gt;projet ronds-points, le sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;fiction | l'homme tout seul sur son &#238;le&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les journaux sont venus d&#232;s les premiers jours. Quand je lui ai parl&#233;, avant-hier, dimanche matin, il m'a dit que les types des journaux continuaient de le visiter, m&#234;me bri&#232;vement, pour se tenir au courant, mais que leurs patrons d&#233;sormais attendaient que quelque chose se passe. Il me l'a r&#233;p&#233;t&#233; d'un ton un peu triste : &#171; Que quelque chose se passe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, &#231;a les a bien amus&#233;s, ou bien secou&#233;s, tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la zone commerciale. Il y a ce rond-point. Rien. Un cercle dans le bitume, avec de l'herbe au milieu. Un rond-point utilitaire, compl&#232;tement utilitaire. Pas de ces d&#233;corations de plantes, comme ils savent les faire dans nos communes. Herbe mit&#233;e, herbe rase. &#171; Une &#238;le &#187;, comme il dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; licenci&#233; : une boutique de fringues, fa&#231;on sport. Elles ferment si souvent, ici. Sont d&#233;m&#233;nag&#233;es, renaissent. Les gens viennent surtout pour leurs courses, attel&#233;s &#224; leur chariot. Bien s&#251;r, le matin, il traverse, il entre dans la galerie commerciale : &#231;a ouvre &#224; 8h30. Il a de l'eau et les toilettes pour l'essentiel, et il prend un caf&#233;, s'ach&#232;te un bout de pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il vient sur son &#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a un sac de couchage, un parapluie, une sorte de b&#226;che de nylon transparent. C'est tout. Il dit (il a dit aux journaux, quand il y a eu les articles, les premiers jours), qu'il a ferm&#233; son logement, qu'il vivait seul, et n'y reviendra pas. Aussi bien, ne saurait plus en assurer le loyer, l'entretien. Au d&#233;but, &#231;a a beaucoup amus&#233;. Les gendarmes voulaient le d&#233;loger : mais qu'est-ce qu'il fait de mal ? Ici o&#249; c'est rempli de vigiles. Et m&#234;me pas sur le domaine municipal, juste cette enclave de l'hyper et de ses d&#233;pendances sur galerie commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les articles, les gens tenaient &#224; lui d&#233;poser des petites choses. Comme &#231;a, sur le bord du rond-point, sur la bordure de ciment. Quelques fruits ou charcuteries, des biscuits, des g&#226;teries, une bouteille d'eau. M&#234;me maintenant (ils sont rares), quelques-uns lui donnent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la journ&#233;e, il est seul. Assis sur le milieu du rond-point. On en a plaisant&#233;, je lui ai dit que moi, quand j'&#233;tais gosse, je m'imaginais le p&#244;le nord un petit peu comme &#231;a, une &#238;le et la banquise craquelante autour. Parfois il marche. Diam&#232;tres, ou bien tout en rond. &#192; part ce moment du matin, o&#249; il va par n&#233;cessit&#233; au supermarch&#233;, il n'en bouge pas, du rond-point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit je suis pass&#233;, par le haut, sans m'approcher, juste pour voir : sur le milieu du rond-point mit&#233;, une forme allong&#233;e, il dormait. Une voiture de flics arrivait, je n'ai pas insist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, quand on lui parle, on a du mal &#224; s'emp&#234;cher de lui demander. Le printemps est froid, cette ann&#233;e. Et la semaine derni&#232;re il a plu. Lui, il a tenu. Les jours vont aller mieux, puisque voil&#224; l'&#233;t&#233;, mais inversement il y aura moins de clients, ici. Et maintenant, il fait partie du paysage. Les voitures parfois klaxonnent, pour le saluer, mais rien de plus. Lui demander ce qu'il compte faire, comment il pourra s'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que &#231;a aurait de compliqu&#233;, il m'a dit : je traverse la rue, je vais tout droit, je pars. &#187; Par o&#249; il me montrait, cependant, rien. La campagne, le bout de la ville. Ce n'est pas la ville, qu'il m'a montr&#233;e. Et boucl&#233;, vers o&#249; il me montrait, par le p&#233;riph&#233;rique, la rocade &#224; quatre voix, l'usine Michelin l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, dans la journ&#233;e, assis maintenant. Avant-hier, la t&#234;te dans les mains. C'&#233;tait dimanche, personne sur les parkings, personne pour circuler autour de son rond-point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des comme moi, il y en aura de plus en plus &#187;, il m'a dit. Effectivement, j'ai pens&#233;. Aura-t-on assez de ronds-points, j'ai pens&#233; aussi, mais sans le lui dire : je ne sais pas si ce genre de plaisanterie &#231;a aurait pu lui faire plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je l'ai vu, il &#233;tait debout, sur son herbe tout en rond, avec de dr&#244;les de mouvement : &#171; Tu vois, avec l'habitude, il m'a dit, j'ai l'impression que c'est comme sur un bateau, quand j'appuie plus d'un c&#244;t&#233;, elle tangue&#8230; &#8211; Qui, elle ? &#8211; L'&#238;le, mon &#238;le&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant, ce soir, j'ai aper&#231;u le rond-point vide. Trois semaines. Bien trois semaines. Les journaux ne sont pas revenus pour la fin. Il s'&#233;tait pass&#233; quoi, de toute fa&#231;on ? Il ne s'&#233;tait rien pass&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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