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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Robert Cantarella | ceux qui regardent Ground Zero</title>
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		<dc:subject>Robert Cantarella</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;interrogation sur ce que l'on fait, pour commencer&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1129.jpg?1352732356' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Le 12 juin dernier, entass&#233;s dans les petits bureaux du 11 rue Curial, on &#233;tait quelques-uns (Philippe Minyana, Michel Vinaver, Olivia Rosenthal...) &#224; nous lancer dans des formes br&#232;ves. Pour moi : on me diffusait sur un mur brut, via vid&#233;o-projecteur, les 26 minutes du film sans paroles de Robert Cantarella, &lt;i&gt;Carrosserie&lt;/i&gt;, et je menais, ce temps exact, une improvisation orale. Parfois appuy&#233; sur le mur, parfois le cognant (ce dont je me rappelle), quelquefois en crabe pour voir l'image, avec des synchronies de hasard (parler des bruits de New York au moment o&#249; on entend dans la bande-son une sir&#232;ne). Improvisation pr&#233;par&#233;e : j'avais en main ce texte sur &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article153' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le 11 septembre 2001&lt;/a&gt;, je revenais moi-m&#234;me de New York, j'avais vu &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article112&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le m&#234;me trou&lt;/a&gt;, et j'avais pr&#233;par&#233; une suite de notes, celles que je mets en fin de page&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Bon | Notes de pr&#233;paration, tenues en main, pour une improvisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; lire en m&#234;me temps que vous prenez 8 minutes pour visionner dans une autre fen&#234;tre de l'&#233;cran :
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; extrait vid&#233;o : &lt;a href=&#034;http://www.ouvertlanuit.net/lab/080103_Cantarella2.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.ouvertlanuit.net/lab/080103_Cantarella2.htm', 'ouvertlanuit.net', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=360,Height=280,resizable=no');return false;&#034;&gt;Carrosserie&lt;/a&gt;, Robert Cantarella, production FR3 Bourgogne, 8' (tous droits r&#233;serv&#233;s : pour une projection, contacter les auteurs). Et si vous &#234;tes en tr&#232;s haut d&#233;bit, version &lt;a href=&#034;http://www.ouvertlanuit.net/lab/080103_Cantarella.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.ouvertlanuit.net/lab/080103_Cantarella.htm', 'ouvertlanuit.net', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=440,Height=380,resizable=no');return false;&#034;&gt;haute qualit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film de Robert Cantarella ? Je l'avais rencontr&#233; un peu avant son d&#233;part, il voulait filmer les ouvriers au travail dans le trou de Ground Zero, frapp&#233;, lors d'un reportage t&#233;l&#233;vis&#233;, par le fait qu'ils venaient du monde entier, qu'on y croisait toutes les langues, tous les visages. L&#224;-bas, avec Katell Djian ( qui a derri&#232;re elle quelques Godard, dont &lt;i&gt;For ever Mozart&lt;/i&gt; ou Robert Kramer, ou le documentaire de Nicolas Philibert &lt;i&gt;Etre et avoir&lt;/i&gt;). c'est ce qu'ils ont fait. Mais, un jour, ils ont laiss&#233; aussi la cam&#233;ra filmer les gens qui regardent, derri&#232;re les grilles. Juste &#231;a, les visages, et compris que leur film ce serait &#231;a : ce qu'on regarde, qui regarde et comment &#8212; et qu'ici il y avait le miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout des 26', l'explication biographique : le p&#232;re de Robert Cantarella (on partage lui et moi d'avoir grandi dans un garage) contemple chaque jour, de sa fen&#234;tre du 1er &#233;tage, l'endroit o&#249; &#233;tait son garage, qui a &#233;t&#233; d&#233;moli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai un souvenir extr&#234;mement dense de cette improvisation, les quarante silhouettes tout pr&#232;s, tass&#233;es, et pas de micro, ni aucun savoir pr&#233;alable de ce que j'extorquerais de moi, sauf qu'il y avait ces rep&#232;res, la trag&#233;die, l'histoire, les morts, et puis l&#224; les images (gens qui prennent des images), la ville. Mais que si Robert et Katell montraient le regard vers l'objet absent, la parole pouvait se risquer, elle, dans l'&#233;v&#233;nement m&#234;me, ce &#224; quoi me contraignaient mes notes (celles ici reprises sans modif en fin de page) : m'emp&#234;cher de fuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'on fait, alors, en installant ce temps unique et non reproductible ? Est-ce que &#231;a aurait m&#234;me sens de le retenter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si un artiste de quelque discipline peut aujourd'hui contourner cette zone obscure. Ce que je sais, c'est que les anciens rituels ne marchent plus. Le rituel th&#233;&#226;tre, comme - progressivement, mais &#224; vue d'oeil - le rituel livre. Nous entrons dans l'ind&#233;termin&#233;, mais qui exige encore la totalit&#233; chacun de notre premi&#232;re discipline. Internet traverse l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Cantarella et Fr&#233;d&#233;ric Fisbach ont la responsabilit&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.104.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;104&lt;/a&gt; : en octobre 2008, un lieu artistique de r&#233;f&#233;rence. Quoi faire, comment ? On a plusieurs fois, ces mois derniers, pris un peu de temps pour parler. Ils en consultent beaucoup d'autres comme cela, et pas seulement en France, je le sais. Il y aura au 104 une revue, un site, des salles de r&#233;p&#233;tition, des r&#233;sidences, du travail de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette r&#233;flexion-l&#224; que j'ai lu le texte de Cantarella sur son rapport au th&#233;&#226;tre, dans le num&#233;ro o&#249; &lt;a href=&#034;http://www.editions-lignes.com/public/Revue.php?articleReference=9782355260056&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lignes, la revue de Michel Surya&lt;/a&gt;, f&#234;tait son 20&#232;me anniversaire. Ici, il est question du texte, de sa prof&#233;ration, de sa repr&#233;sentation. Il ne s'agit plus de th&#233;&#226;tre, ni de livre : il s'agit de comment nous travaillons dans et avec le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Robert Cantarella, Fr&#233;d&#233;ric Fisbach et Constance de Corbi&#232;re au tout d&#233;but du chantier du &#034;104&#034;, voir &lt;a href=&#034;http://www.104latraversee.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;maintenant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Robert Cantarella | D'un travail de salut public&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui &#233;trange l'humain c'est le langage &#187;&lt;br&gt;
Philippe Lacoue-Labarthes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert l'art th&#233;&#226;tral dans un th&#233;&#226;tre &#224; l'italienne avec des outils d'observation venant de mes professeurs en arts plastiques. Ils m'enseignaient que le point de fuite &#233;tait une &lt;i&gt;institution politique&lt;/i&gt; et que le choix architectural pr&#233;sidant &#224; cette salle de repr&#233;sentation &#233;tait celui d'une soci&#233;t&#233; se regardant en train de regarder. Les questions sur le cadre, le support ou la surface devenaient nos vivacit&#233;s, nos inqui&#233;tudes. Il &#233;tait question avec un professeur qui s'appelait Noble, de bord, et de grain (il entretenait un &#233;cart rageur entre la r&#233;flexion et l'application nous permettant de ne jamais chercher &#224; &lt;i&gt;produire&lt;/i&gt; une trouvaille, c'&#233;tait son enseignement politique indirect). Cela fondait une jubilation, une euphorie. Nous regardions les alentours de l'&#339;uvre, ses abords, ses extensions physiques et abstraites avec autant de soin que l'&#339;uvre elle-m&#234;me. Etre &#233;quivalent en tous points d'observation et d'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En allant dans la nouvelle salle de th&#233;&#226;tre construite dans la ville, je pouvais admirer l'effort de tous pour &#233;tablir une &#233;galit&#233; du regard. La disposition en h&#233;micycle des futurs spectateurs, la qualit&#233; des si&#232;ges, la courbe douce mais calcul&#233;e vers la sc&#232;ne, cela tendaient &#224; ce que tout le monde &lt;i&gt;voie pareil&lt;/i&gt;. Dans la mire des regards assembl&#233;s on voyait bien. Cela changeait des honteux privil&#232;ges de la salle dite &#224; l'italienne qui obligeait les responsables &#224; calculer le co&#251;t de la vision en fonction de la place du regardeur, car l'auditeur lui, &#233;tait assez &#233;galitairement trait&#233;. Dans le nouvel &#233;quipement (on commen&#231;ait &#224; dire &lt;i&gt;&#233;quipement&lt;/i&gt; pour une salle de spectacle comme on le disait pour le mat&#233;riel d'un skieur par exemple), les alentours de la salle de la repr&#233;sentation &#233;taient un peu n&#233;glig&#233;s, pens&#233;s pour leur fonction premi&#232;re : un bar o&#249; il fallait se compresser, un hall d&#233;mesur&#233;, un comptoir de vente &lt;i&gt;dessin&#233;&lt;/i&gt; et &#224; refaire, des portes trop lourdes pour rejoindre les espaces de jeu. A cette &#233;poque je devenais figurant. Mon lieu d'observation changea. J'&#233;tais en coulisse et sur la sc&#232;ne mais sur le bord. Dans les dispositions des acteurs voulues par le metteur en sc&#232;ne, je devais veiller, avec les autres figurants, &#224; contourner les zones &#224; forte visibilit&#233;, je les pensais chaudes (et plus tard, ailleurs, une com&#233;dienne rompue au jeu th&#233;&#226;tral me dira &lt;i&gt;donne-moi les zones chaude de la sc&#232;ne, apr&#232;s je me d&#233;brouillerai&lt;/i&gt;). Je voyais les spectateurs en train d'assister &#224; la repr&#233;sentation depuis l'int&#233;rieur du tableau. Sur les franges du lieu o&#249; les acteurs principaux devait agir, je remarquais que les niveaux de salaires correspondaient assez remarquablement avec les cercles concentriques des points de visibilit&#233;. Le visible maximum &#233;tait le salaire &#233;lev&#233; (ainsi en &#233;tait-il de celui sur qui on braquait une &lt;i&gt;poursuite&lt;/i&gt;, le mot me hantait, et me revient la sensation d'une course fade, qui stoppe la suite en gelant un corps depuis le fond noir, et avant de le v&#233;rifier je trouvais l'usage de ce moyen une faillite de la pr&#233;sence, un pauvre ersatz d'une id&#233;e de l'apparition rendue &#224; sa pacotille de sc&#232;ne). Les salaires bas se rapprochaient des endroits froids : pourtour de la ligne de fuite, montants, demi coulisse. Je suivais des yeux les bords du cadre de sc&#232;ne. Quand j'entends le mot de &lt;i&gt;distribution&lt;/i&gt; je ressens encore cette partition du visible en relation directe avec l'argent donn&#233; &#224; ceux pay&#233;s pour se faire voir. Un jour, je suivais un des acteurs &lt;i&gt;visibles&lt;/i&gt; de la distribution, je devais tenir son accessoire, un bouclier je crois (le texte de Roubaud et Delay me reste, tout est dissout autour). Je ne vois pas son regard, &lt;i&gt;il est habit&#233;&lt;/i&gt; me dis-je,&lt;i&gt; il est pris par son r&#244;le&lt;/i&gt;. Il passe le cadre, il sort de la sc&#232;ne puis attend, le regard dirig&#233; vers la r&#233;alit&#233; d'un espace concret, vrai, r&#233;el : extincteur, cadres de bois qui soutiennent le d&#233;cor, projecteurs cach&#233;s, autres acteurs en attente d'entr&#233;e, techniciens. Il devient beau. Il devient beau en abandonnant quelque chose qui &#233;tait fait pour l'autre c&#244;t&#233;. Pousse dans ce recoin une gr&#226;ce cach&#233;e du public. Les spectateurs devraient voir &#231;a, surtout &#231;a. L'attente entre deux cadrages est le rendez-vous que je me donne avec tous les acteurs. J'en fais ma compulsion, ma manie. Tous les soirs de repr&#233;sentation, j'am&#233;nage un lieu d'observation pour assister &#224; ce qui se passe quand un acteur revient de la sc&#232;ne et entre dans la vie. Le passage est &#233;troit, la peau est d'une consistance variable, puisque chacun prolonge plus ou moins la suite de son exposition aux regards des spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'identifie la surface et le support du th&#233;&#226;tre comme l'&#233;tendue de la zone qui s&#233;pare les deux temps que constituent l'exposition sur la sc&#232;ne et le retrait vers l'&#224;-c&#244;t&#233; (le mot de coulisse est trop &#233;troit, il est encore reli&#233; &#224; la sc&#232;ne. Il existe une &#233;tendue &#224; c&#244;t&#233;, que certaines sciences fictions ou documentaires ont donn&#233; &#224; voir parfois. C'est le chemin de berge du visible o&#249; se tra&#238;ne les cons&#233;quences de ce qu'il faut voir, mais o&#249; d&#233;j&#224; se rel&#226;che les volont&#233;s et o&#249; se lisent les acceptations en commun de son &#233;tat de mortel). Le cadre que je me fais, me permet d'entendre le texte, de voir des coins de jeu, des d&#233;parts de mouvements dont je ne connais pas la destination, d'assister &#224; la s&#233;paration des &#233;tats, de regarder les chemins de construction d'un ensemble de personnes &lt;i&gt;qui jouent et ne jouent plus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la position du spectateur id&#233;al : celui qui d&#233;senchante le monde et en m&#234;me temps, se laisse emporter par le ravissement de ce qu'il devine (car l&#224;-bas, sur la sc&#232;ne dont on ne voit qu'une partie, tout le sens est assum&#233; et repr&#233;sent&#233;, mais l'&#233;l&#233;gance est de ne pas assigner celui qui veut voir &#224; cette version pleine d'un monde refait). Position du spectateur en tant qu'acteur suspendant son jeu le temps de l'observation,spectateur &#224; qui rien n'est enseign&#233; hormis le d&#233;s&#233;quilibre du regard, comme s'il en allait de sa responsabilit&#233; de choisir une place payante pour assister &#224; un d&#233;s&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus je fr&#233;quente l'art du th&#233;&#226;tre, plus l'effort concentr&#233; sur l'instant de la vision du spectacle me d&#233;&#231;oit, me rend triste ou parfois me fatigue de tant de moyens mis &#224; la d&#233;pense pour me convaincre. Tant d'efforts d&#233;ploy&#233;s pour calculer une vision commune et si peu pour r&#233;fl&#233;chir les espaces, avant, apr&#232;s et &#224; c&#244;t&#233; de la repr&#233;sentation. L'investissement d&#233;coratif, financier, va droit dans la ligne de mire de la sc&#232;ne et vers le fond de sa ligne de fuite, l&#224; o&#249; convergent les regards. Le travail doit s'appr&#233;cier finit, termin&#233; et d&#233;cor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne est l'investissement primordial, le chemin est cach&#233; au profit d'un but, d'une assignation. Je ne payais pas seulement ma place, je devais avoir une r&#233;v&#233;lation au moment de la rencontre avec la vision, puisque tout dans le b&#226;timent me poussait &#224; me concentrer sur le bout du regard, vers la sc&#232;ne. &lt;i&gt;On me pensait&lt;/i&gt;, pensais-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'humain se pense c'est qu'il peut se voir faire. Le th&#233;&#226;tre est un des noms donn&#233;s &#224; cette op&#233;ration. En y allant, on peut assister &#224; la parole en train de traverser des corps vivants, (comme nous dans la salle), et ainsi d&#233;ployer des comportements, des attitudes, des langages encore inou&#239;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre &#231;a plaint en prenant la parole. Je trouve plus juste d'y voir l'espace et le temps de la prise, comme on le dit d'un mat&#233;riau, d'une parole organis&#233;e autrement afin de faire entendre la plainte. Cette plainte peut prendre la figure de la com&#233;die ou de la trag&#233;die, quoiqu'il en soit le th&#233;&#226;tre fait confiance dans l'attention de son assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, le th&#233;&#226;tre r&#233;clame que l'on assiste &#224; sa parole, que l'on fasse cr&#233;dit &#224; ce protocole, qu'on ne r&#233;clame pas aussit&#244;t des b&#233;n&#233;fices, des retomb&#233;es, des plus values. En assistant je prend part &#224; un espace et une dur&#233;e o&#249; je m'inscrit dans une assembl&#233;e d'&#234;tres de langage en train de se faire voir parlant. Et la politique demande la m&#234;me chose. Faire cr&#233;dit &#224; une parole qui s'occupera de notre destin. En questionnant la panne du th&#233;&#226;tre, peut &#234;tre aurons nous des id&#233;es en ce qui concerne la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux injonctions de l'art th&#233;&#226;tral en France : la d&#233;centralisation et le festival. Deux histoires devenues l&#233;gendes, qui tiennent l'inconscient du m&#233;tier et peuvent avoir tendance &#224; empoisonner les lectures des interactions et des courants (mouvements, &#233;coles ou circulation de pens&#233;es) en train de se constituer. Si depuis l'av&#232;nement de la salle de th&#233;&#226;tre construite sur l'&#233;galit&#233; de vision ou du cube noir libre au gr&#233; des fictions en trois dimensions, on pouvait s'&#233;tonner de l'absence de nouveaux sites de repr&#233;sentation pour l'assembl&#233;e th&#233;&#226;trale de notre temps, il serait pertinent de faire &lt;i&gt;l'inventaire des inventions&lt;/i&gt; provisoires, pr&#233;caires, friables faites dans les festivals de th&#233;&#226;tre. Sans doute la consommation d'&#233;v&#233;nements a transform&#233; cette recherche en organisation de coup de visibilit&#233;. En cela, ce monde de repr&#233;sentation toujours en recherche de relation correspond exactement &#224; la d&#233;finition du rapport d'excitation g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui commande le r&#232;gne du capitalisme nouveau r&#233;clamant un d&#233;r&#232;glement apparent des cadres de reconduite et d'apprentissage pour faciliter l'&#233;ternelle jeunesse, l'infinie fra&#238;cheur. Les festivals sont alors devenus les sites marchands de la valeur &lt;i&gt;jeune et d&#233;couverte&lt;/i&gt; comme d'autres espaces de galerie marchande s'attribuent ceux de &lt;i&gt;nature et de d&#233;couverte&lt;/i&gt;. La consommation g&#233;n&#233;ralis&#233;e b&#226;tie sur l'&#233;v&#233;nement, le surgissement, le renouveau, l'effroi ou l'&#233;pate r&#233;clame un intendant ou un syndic. Alors, &#224; l'heure de l'institutionnalisation des pratiques renouvel&#233;es du tout festival, que devient le travail sur et pendant la repr&#233;sentation ? O&#249; se met en sc&#232;ne la relation d'&#233;coute et de regard de notre &#233;poque ? O&#249; en est l'architecture de notre attention en communaut&#233; ? D'autre part, la d&#233;centralisation a bon dos. La citation des anciens, de leur exemple, et la dissolution dans le bain de l'imm&#233;diat tuent les relev&#233;s de la m&#233;moire comme ceux qu'une critique digne se devrait d'enregistrer au profit du patrimoine. Reste les heures glorieuses du peuple se pressant au devant des roulottes, les premi&#232;res historiques d'acteurs en chemise blanche devant des masses, ou les formes invariantes de la qualit&#233; th&#233;&#226;tre fran&#231;ais que sont un plancher, des ampoules, des valises, des rires de reconnaissance, et un us&#233; dans les mat&#233;riaux qui dit combien cet art est avant tout issu du grenier. Art de la reconduite, de la reprise, art mort. Le contraire de l'archa&#239;sme qui dit l'appel n&#233;cessaire de la sc&#232;ne vers la salle ou de l'attente fi&#233;vreuse d'une salle vers une sc&#232;ne, se met en place une gestion de l'histoire et de ses retomb&#233;es en terme d'assurance sur le patrimoine. Comme ailleurs, au th&#233;&#226;tre il faut &lt;i&gt;assurer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exp&#233;rimenter un travail dont le r&#233;glage du cadre serait de porter attention au d&#233;roulement de ses diff&#233;rentes transformations plus qu'&#224; la vis&#233;e d'un accomplissement, d'une stabilit&#233;. Un projet qui resterait en l'&#233;tat de projet pour se reconstituer sans cesse en fonction de la r&#233;alit&#233; des lieux o&#249; il serait jou&#233;, de la disponibilit&#233; des acteurs, du temps de r&#233;p&#233;tition donn&#233; dans chaque institution et de l'argent possible &#224; ce moment-l&#224;. Jouer le jeu du chemin qui ne promet aucune destination. Consid&#233;rer le protocole de convocation d'un public comme une cr&#233;ation nouvelle, &#224; chaque fois reconsid&#233;r&#233;e, avec l'association cordiale du r&#233;el. Construire l'arriv&#233;e du spectateur, son installation, sa mise en condition pour r&#233;fl&#233;chir son attention. Par exemple construire un cadre &#224; partir d'un angle improductif comme une moiti&#233; de coulisse. Stabiliser des rapports et en laisser d'autres enti&#232;rement d&#233;pendants de l'&#233;v&#233;nement de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple proposer un rapport entre deux &#233;coutes diff&#233;rentes du texte, une &#233;coute normale et une autre amplifi&#233;e et mix&#233;e en direct. Le texte passe par les corps et machines de r&#233;p&#233;tition. Il est le r&#233;sultat de cet emboutissage. D'autres dispositifs pendant la repr&#233;sentation faisaient bouger le cadre de la r&#233;ception au profit de la situation &#233;motionnelle partag&#233;e par le public et l'acteur dans un m&#234;me temps. Ce m&#234;me temps n'est pas un bain fusionnel avec la salle (participation et abolition des cadres), encore moins une improvisation cens&#233;e r&#233;v&#233;ler un vrai d&#233;barrass&#233; des artifices de la fiction (participation avec &#233;crasement des diff&#233;rences). Il devient une &#233;preuve commune de visions disparates, singuli&#232;res. En mettant en sc&#232;ne des dispositifs de jeu qui modifient la perception du cadrage mat&#233;riel ou sonore, le cheminement d'une r&#233;alisation de sc&#232;ne laisse une trace (comme un &lt;i&gt;trac glaireux&lt;/i&gt; dixit Robert Garnier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e vient est celle d'une association provisoire le temps de la repr&#233;sentation entre ceux de la salle et ceux de la sc&#232;ne. L'acteur en jubile. Il est au centre de ce trembl&#233; permanent et assume le r&#233;glage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;sir de th&#233;&#226;tre plac&#233; sous le signe du d&#233;sir pur : pur parce que non orient&#233; selon une fin pr&#233;cise &#224; attendre, c'est &lt;i&gt;le d&#233;sir demeur&#233; d&#233;sir&lt;/i&gt; (Ren&#233; Char) qui donne sa forme &#224; l'&#233;v&#233;nement th&#233;&#226;tral, non la vis&#233;e d'une satisfaction conclusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin vaut plus que la destination : c'est ce qui permet de continuer &#224; croire &#224; la repr&#233;sentation mais aussi, en un sens, ce qui tient en vie. Certes ce th&#233;&#226;tre de cheminement, processuel n'est pr&#233;cis&#233;ment pas satisfaisant, il est m&#234;me &#233;puisant mais parce que r&#233;el et vivant. Vivant au point de me constituer presque comme un rempart contre la mort : il n'y aura pas d'arr&#234;t, le r&#233;glage sera toujours &#224; refaire, tant du c&#244;t&#233; de la sc&#232;ne que de celui de la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus les champs se r&#233;tr&#233;cissent autour de l'organisation de jouissances r&#233;gul&#233;es dans un avenir divertissant, plus les chemins de traverses, les excursions deviennent notre t&#226;che, notre plaisir commun avec des publics. Nous allons vers l'art pour y assister &#224; de nouveaux rapports, &#224; d'autres langages, qui nous &lt;i&gt;d&#233;livreront&lt;/i&gt; un espace dont nous ne savons pas forc&#233;ment quoi faire dans l'imm&#233;diat, mais qui se frayera un itin&#233;raire intime et poussera une mati&#232;re morte &#224; l'ext&#233;rieur. Ce que nous croyions et ce que nous pr&#233;voyions s'&#233;loigne, s'en va plus loin. L'intrus, qu'il soit inou&#239; ou jamais vu est ce qui nous reconstitue sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher les processus de transformations, &#233;viter les objectifs d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant, l'homme ne s'exprime pas, il se r&#233;alise, il se produit. La topologie des paroles, la g&#233;ographie de l'&#233;coute, le contraire de ce que nous donne &#224; entendre la soumission &#224; l'information &#224; propos d'une crise de la repr&#233;sentation. C'est notre travail d'entretenir la crise d'une repr&#233;sentation, de la maintenir &#224; fleur de visibilit&#233; pour justement savoir qu'elle ne s'arr&#234;te jamais puisque chaque homme et chaque situation s'invente en tant que crise d'une repr&#233;sentation encore inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre de l'imm&#233;diat. Non pas ce qui cite mais ce qui est au moment de la repr&#233;sentation. Oh l&#224; les mots qui exag&#232;rent. Pourquoi la peur de la th&#233;orie ? Je suis de la g&#233;n&#233;ration qui a associ&#233; la jouissance au texte (&lt;i&gt;Le texte et la sc&#232;ne me disaient le sexe. En d&#233;couvrant le passage par le corps du texte &#224; la sc&#232;ne, je d&#233;couvrais les infinis recours des livraisons de sexe en train de se faire au moment du travail des corps en train de s'y mettre, au texte, et de le livrer. Le metteur en sc&#232;ne qui voit le texte sans corps, les imagine en train de le dire puis de le faire, et c'&#233;tait l&#224;, dans l'inimaginable qui b&#226;t, la suite des mots texte et sc&#232;ne, que je savais le plaisir du travail&lt;/i&gt;). La peur fait dire que le mieux est de revoir ce que l'on a identifi&#233; pour &#233;viter le saut, le fou du texte , au risque de tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre de l'imm&#233;diat serait ce que la rencontre fait au corps quand il saute sur l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part visible des transformations sur un visage est ce qui me bouge le plus. Cette part peut prendre des aspects particuliers. Elle peut advenir sur une chose, une situation, un moment de la vie, et aussi sur un visage humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait je lis toujours des r&#233;gions quand je lis un auteur pour la sc&#232;ne. J'aime bien le mot r&#233;gion, c'est moins vaste que paysage ou horizon que j'utilisais avant. R&#233;gion : c'est la relation entre le terrain et les activit&#233;s qui fait retenir ce mot encore un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le temps de la r&#233;p&#233;tition (ce temps est une infinit&#233; d'occasions de savoirs), donc le temps de traverser &#224; plusieurs un texte depuis une envie commune (je suis &#233;tonn&#233; que l'accumulation de ce que l'on trouve en travaillant &#224; r&#233;p&#233;ter un texte soit &#224; ce point-l&#224; dissoute au fur et &#224; mesure que se construit ce sur quoi nous tombons d'accord, alors que l'on fait tant de cas de d&#233;couvertes solitaires), le texte prend un aspect &#224; partir des corps et des r&#233;alit&#233;s &#224; notre disposition. Nos extensions fabriquent une surface, non un espace (ce n'est pas l'espace de travail, mais l'espace commun et &#224; jamais fuyant de nos &#234;tres ensembles avec le texte pendant la dur&#233;e de sa fouille : temps d'amour), dans lequel nos propres aspects et certitudes changent , se transforment, et le friable comme le solide deviennent les composantes de la texture. Le mot texture dit ce que l'on trouve du texte en vivant avec, pendant le temps de la r&#233;p&#233;tition. Quand un mot dit un peu plus pr&#233;cis&#233;ment (en fait il le dit avant, et apr&#232;s on le sait juste, m&#234;me parfois, le mot en le disant va le faire, d'o&#249; la cha&#238;ne des mots pendant le travail avec le texte), on se prend aux id&#233;es qu'il d&#233;clenche. La r&#233;gion d'un texte est arpent&#233;e &#224; partir d'un changement d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voir de loin, et les participants fabriquent des figures miniatures, &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voir &#224; hauteur d'homme et nous faisons du th&#233;&#226;tre &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voir de trop pr&#232;s, et nous filmons le temps en train de passer sur les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, &#224; Los Angeles, apr&#232;s la r&#233;p&#233;tition en retournant vers mon appartement j'ai eu la sensation d'un accord parfait. La nuit, le son grave de la voiture lourde, le travail fait, l'irr&#233;versible joyeux d'un mouvement commun entre cette nature et la technique autour de moi, le souvenir d'amours &#224; jamais gel&#233;s dans la m&#233;moire, la pr&#233;sence d'esprit d'un moi en dissolution future et le bonheur qui en r&#233;sulte. Je suis sorti du free way et en passant devant un des jardins de la ville, j'ai aper&#231;u un animal dans les lumi&#232;res de la Pontiac que je conduisais, un coyote sans doute. J'ai pens&#233; aux mots &lt;i&gt;une f&#233;roce envie&lt;/i&gt;, et je me suis dit nous devons explorer la r&#233;gion du texte en travail avec &lt;i&gt;une f&#233;roce envie&lt;/i&gt;. Puis, que le spectateur vient avec une f&#233;roce envie, c'est l'envie d'en d&#233;coudre donc de voir ce qu'il y a en dessous la texture des repr&#233;sentations. S'il vient pour &#231;a avec f&#233;roce envie, la sc&#232;ne est aussi le lieu o&#249; voir les spectateurs. Ils nous voient aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre se met au travail de l'invention d'une autre compr&#233;hension par le spectacle, par l'observation : c'est-&#224;-dire au sens strict d'une th&#233;orie. Encore une occurrence de ce mot qui affleure et nous dit son voisinage d'avec l'observation. La repr&#233;sentation sur sc&#232;ne fait un &lt;i&gt;travail de salut public&lt;/i&gt;, un travail de purge salutaire en construisant un tissu de parole en attente d'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le texte est encore peu &lt;i&gt;us&#233;&lt;/i&gt; par des interpr&#233;tations, si nous sommes son contemporain, il est capable de nous transmettre une version du monde in&#233;dite &lt;i&gt;en train de se faire&lt;/i&gt;. L'acteur figure le texte en lui inspirant une densit&#233; vocale et physique. Le travail de sc&#232;ne cherche alors son entourage, son accompagnement au-del&#224; de son corps et de son mouvement. Le spectateur est une des pr&#233;sences &#224; venir qui fera bouger le sens du texte. Sa participation peut faire lever une id&#233;e ou au contraire la rendre mate, c'est-&#224;-dire invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais ne pas stabiliser l'&#233;change entre le donneur (tous les actes de la sc&#232;ne) et le receveur (publics, spectateurs, assistants, lecteurs). Trop de modes de repr&#233;sentation me semblent ab&#238;mer par l'exposition d'une malice, ou d'un message, et par cons&#233;quent d'une stase qui facilite le passage vers la salle. Une figure, un agencement de signes, une d&#233;cision vont permettre l'&#233;change. Bien entendu chaque repr&#233;sentation &lt;i&gt;bouge&lt;/i&gt;. Mais, ce &lt;i&gt;boug&#233;&lt;/i&gt; est plus ou moins possible en fonction de tout ce qui construit la repr&#233;sentation &#224; venir. La saisie d'un sens (d'un plaisir) est une &#233;motion de travail hors spectateurs qu'il faut retenir tout en lui laissant du jeu. Le r&#233;glage de ce jeu est la mise en sc&#232;ne telle que je la r&#234;ve. Pour cela nous devons pendant les r&#233;p&#233;titions se tenir &#224; distance d'une mise en forme signifiante, d'une assurance. Au moment de l'&#233;change entre la salle et la sc&#232;ne, au moment de la repr&#233;sentation, le sens devra se coaguler au cours du temps de l'exposition. Ne pas anticiper ou d&#233;montrer. Parfois le contact est st&#233;rile, mat, sans &#233;cho et tout l'&#233;difice me semble ridicule ou vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avant gardes historiques n'ont plus de consigne &#224; donn&#233; &#224; la sc&#232;ne. La sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre vit sa vie. Nous pouvons seulement remarqu&#233; que la sc&#232;ne est souvent r&#233;clam&#233;e par diff&#233;rents participants de la vie artistique, mais aussi de la sc&#232;ne commerciale. On lui change son nom, elle s'appelle installation, performance, action, pr&#233;sence, direct, &#233;v&#233;nement, rendez vous, salon, show. On constate qu'en perdant sa force de proposition alternative elle est devenue d&#233;sirable et vibrionnante de n&#233;cessit&#233; pour tous. On aimerait perp&#233;tuer l'id&#233;e na&#239;ve que l'apparition et le discours en direct, en vrai , saura suffisamment convaincre pour &#233;veiller les consciences ali&#233;n&#233;es il semble plut&#244;t qu'elle donne envie d'acheter. Depuis son origine la sc&#232;ne de l'art th&#233;&#226;tral se propose comme lieu d'exposition du d&#233;ploiement du jugement dans la sph&#232;re publique &#224; travers la prise de la parole. Diversement distribu&#233;e ou montr&#233;e mais quand m&#234;me toujours la parole vue en direct par les vivants rassembl&#233;s qui pour certain suspendent leur commentaire alors que d'autres font du jeu le moyen de passage d'un point de vue. C'est d'ailleurs ce point de vue que l'on vient acheter en payant sa place : jumelles ou cadre ou programme encadrant l'autorit&#233; de celui ou ceux qui vont repr&#233;senter le monde. La sc&#232;ne est non plus une agora, un lieu du d&#233;bat politique mais plut&#244;t un lot d'espace et de dur&#233;e qui signent un ensemble de chambres. La pr&#233;sence sur sc&#232;ne est devenue la garantie d'un &#233;change de paroles convaincantes. La pr&#233;sence et la re/pr&#233;sence mise en forme en repr&#233;sentation est le relev&#233; de notre visible qui deviendra tout le temps notre mani&#232;re de se faire voir &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre comme pratique absolument moderne, insoumise, et profond&#233;ment insoluble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Robert Cantarella - initialement publi&#233; dans la revue Lignes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Bon | Notes de pr&#233;paration, tenues en main, pour une improvisation orale de 26' sur le film sans paroles de Robert Cantarella, &#034;Carrosserie&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Un jour, le garage de mon p&#232;re s'est effondr&#233;, dit Robert Cantarella. &#171; Pendant plusieurs jours, puis plusieurs semaines, puis plusieurs mois, de la fen&#234;tre il continue d'en regarder l'emplacement &#187;, dit-il &#224; la fin du film, dont ce sont les seules paroles dites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Plaisanterie des Am&#233;ricains : on savait tous tr&#232;s exactement ce qu'on &#233;tait en train de faire le 18 novembre 1963, quand Kennedy a &#233;t&#233; assassin&#233;. &lt;br&gt;
Nous savons &#224; jamais, et tr&#232;s exactement, ce que nous faisions le 11 septembre 2001, &#224; 14h30 heure fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
J'ai des souvenirs enfant d'Oradour. Le &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;paradoxe d'Oradour&lt;/a&gt;. &lt;br&gt;
Ici, la ruine est &#233;vacu&#233;e. Rien pour nous retenir visuellement au drame, &#224; moins d'entrer dans le petit memorial, dans la rue voisine, et tr&#232;s discret. Mais encombr&#233; de foule. On ne paye pas l'entr&#233;e, on donne ce qu'on veut. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on regarde, c'est que le lieu assigne r&#233;alit&#233; &#224; ce qui en nous est seulement image.&lt;br&gt;
Personne pour avoir &#233;chapp&#233; &#224; devenir d&#233;positaire des images, images en temps r&#233;el, images en boucle, images de la peur r&#233;alis&#233;e : le danger que nous savons courir, dans la disproportion qu'est devenue l'humanit&#233; par rapport &#224; cette terre, ici il s'est concr&#233;tis&#233; : la terreur a fondu sur la ville. Moins l'image de l'avion trouant le ciment que l'image du mur de fum&#233;e envahissant &#224; hauteur d'immeuble les rues en tranch&#233;es de la ville, et les gens fuyant. &lt;br&gt;
Nous contenons tous en nous quelqu'un qui fuit. &lt;br&gt;
Venir ici et regarder o&#249; il n'y a rien &#224; voir fait que nous sommes en pr&#233;sence de cette peur en nous, de cette disproportion dont nous sommes d&#233;positaires parce que nous participons de la ville. &lt;br&gt;
Les images ont d&#233;sormais assignation r&#233;el : cela a eu lieu, c'&#233;tait ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La liste des noms dans le petit &lt;i&gt;Memorial&lt;/i&gt; de la rue d'&#224; c&#244;t&#233;. A cinq cents m&#232;tres de l&#224;, en suivant l'Hudson River, les 15 000 noms grav&#233;s sur marbre des soldats am&#233;ricains morts au Vietnam. L'&#233;clatement des origines. &lt;br&gt;
Diff&#233;rence avec les noms du WTC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les visages. Mixit&#233;. Ceux qui sont dans l'argent et l'informatique, ceux qui sont dans les t&#226;ches subalternes. &lt;br&gt;
Celle qui pleure. Celui qui m&#226;che son chewing-gum. Celle qui regarde en l'air et cette qui regarde comment son ami regarde. &lt;br&gt;
Celle ou celui qui tend son bras par le grillage avec l'appareil photo : maintenant il y a des trous expr&#232;s. Des trous &#224; images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les objets. Trousseau de cl&#233;s. Peluches. Bribe tordue d'une poutre. &lt;br&gt;
Toutes choses ordinaires : choses comme sont les choses de Pomp&#233;i, fig&#233;es par la cendre. Attrap&#233;es dans un instant de quotidien qui ne se pr&#233;occupait pas de catastrophe, m&#234;me latente. &lt;br&gt;
Et l'autre m&#233;moire, ce que nous n'aurions pas de Pomp&#233;i : les messages r&#233;pondeurs. Les messages d'adieu, et ceux ou celles qui racontent le message qu'elles n'ont pas enregistr&#233;. On n'aurait pas eu ces voix dans d'autres trag&#233;dies.&lt;br&gt;
Le r&#233;el d'aujourd'hui se documente globalement, en temps r&#233;el, jusque dans le pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les r&#233;cits du hasard et du destin : ceux qui auraient d&#251; &#234;tre l&#224; et qui n'y sont pas. &lt;br&gt;
Et les r&#233;cits de ceux qui y &#233;taient et s'en sont sortis. &lt;br&gt;
Nos propres r&#233;cits : qui sommes venus l&#224;, avons regard&#233;, et regard&#233; aussi comment regardaient les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Cantarella a photographi&#233; les visages, et seulement les visages. Moi, j'ai photographi&#233; la g&#233;om&#233;trie et les couleurs du chantier. &lt;br&gt;
Les &#233;lancements g&#233;om&#233;triques des grues.&lt;br&gt;
Le ballet des dumpers, et leurs couleurs. &lt;br&gt;
Les &#233;lancements de fer pour les coffrages.&lt;br&gt;
Les plateaux gris des soubassements par niveaux.&lt;br&gt;
L'immense reflet que pi&#232;ge dans la ville ce trou dans les buildings : le vent qui s'y prend.&lt;br&gt;
Les escaliers m&#233;talliques et les passerelles qui descendent jusqu'au fond et que le sol de Manhattan est de glaise claire.&lt;br&gt;
Qu'on ne saurait compter les insectes de fer qui creusent : et nul deuil dans le jaune bourdonnant des pelleteuses. &lt;br&gt;
Ce dernier soir au soleil couchant, rasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 _ des objets&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Objets qui t&#233;moignent : la sph&#232;re de bronze d&#233;plac&#233;e. &lt;br&gt;
La fleur accroch&#233;e au grillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &lt;i&gt;Memorial&lt;/i&gt; : les visages photographi&#233;s. Comme on photographie. Avec le chien ou la canne &#224; p&#234;che. Ou avec les enfants, des photographies en short. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les visages de ceux qui regardent sont les m&#234;mes que les visages qu'on voit au Memorial. &lt;br&gt;
Visages sans politique. &lt;br&gt;
Ce qu'on regarde au &lt;i&gt;Memorial&lt;/i&gt; : l'id&#233;e nue du tragique. C'est Iphig&#233;nie. &lt;br&gt;Sacrifice pourquoi. &lt;br&gt;
Il n'y a pas de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 _ du bruit&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Ils ont quoi en m&#233;moire, les visages que filme Cantarella, que nous ne savons pas ? &lt;br&gt;
Le bruit de la ville, autour de Ground Zero, est absent ou lointain. &lt;br&gt;
Alors le bruit qu'ici on a dans la t&#234;te : pour cela, qu'ils regardent de cette fa&#231;on : pour le bruit qui dedans vous revient ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme. &lt;br&gt;
Comme voix hurlant. Comme voix avec cris et pleurs.&lt;br&gt;
Comme tous en m&#233;moire, le bruit des corps s'&#233;crasant sur le bitume, les dizaines de ceux qui se sont jet&#233;s volontairement des &#233;tages sup&#233;rieurs. &lt;br&gt;
Quelle mort j'aurais choisie ? Il me semble que je n'aurais pas saut&#233;.&lt;br&gt;
Cantarella ne nous montre pas : il montre les visages qui regardent l&#224;-haut, qui regardent en l'air. &lt;br&gt;
Pas de voix, pas de mots. J'ai regard&#233; ce film moi aussi en silence, et plusieurs fois. Aujourd'hui, j'ouvre seulement au bruit int&#233;rieur qu'induit de regarder les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12 _ mat&#233;riaux pour l'improvisation : du 11 septembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les Am&#233;ricains sont trop gros : le WTC n'a rien gu&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les touristes sortent du m&#233;tro, traversent la rue, avec l'&#233;trange monument de la chemin&#233;e du chauffage urbain et son panache de vapeur d'eau. Il y a des autobus. Il y a ce stand grillag&#233; avec des photographies du projet pour plus tard, et on ne voit rien. &lt;br&gt;
A c&#244;t&#233;, les 4x4 des chefs de chantier se font ouvrir la porte par un vigile noir.&lt;br&gt;Dans l'Algeco du vigile, une t&#233;l&#233;vision allum&#233;e. Par la porte d'acc&#232;s camions, l'arri&#232;re, c'est une dame noire toute petite, encapuchonn&#233;e de jaune, qui v&#233;rifie les autorisations et ouvre le portail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours qui suivent le 11 septembre, je pense &#171; couteau &#187;, &#171; cutter &#187;. Qu'on puisse provoquer un accident du monde &#224; telle &#233;chelle en &#233;gorgeant, main &#224; main, homme contre homme, deux pilotes d'avion. &lt;br&gt;
Quand on travaille sur Treblinka, on peut encore ou malgr&#233; tout travailler sur la technique, sur la machine, sur l'organisation nazie. On peut et on doit travailler sur la fabrication du gaz, sur les autorisations de transport conc&#233;d&#233;es par les compagnies de train en France. &lt;br&gt;
Ce vol qui s'&#233;crase parce que les passagers se r&#233;voltent, en plein pays am&#233;ricain, le &#171; quatri&#232;me avion &#187;, on ne peut m&#234;me pas travailler sur la m&#233;canique. &lt;br&gt;
Voix qui laissent le message d'adieu sur t&#233;l&#233;phone portable : &#171; &#231;a a l'air de mal se passer, je t'aime &#187;. &lt;br&gt;
Les passagers emmen&#233;s s'&#233;craser sur le WTC n'ont m&#234;me pas eu droit &#224; l'ultime r&#233;volte.&lt;br&gt;
Je ne supporte plus chez moi, depuis, les cutters. Dans mon enfance, familier de ces images : lapins qu'on d&#233;pouille, anguilles qu'on &#233;corche, cochons qu'on saigne : on nous emmenait toute la classe de maternelle au spectacle. Quelle immunit&#233; avons-nous perdue ? Nous aurait-elle &#233;t&#233; une arme, une d&#233;fense ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et touchant le trou, cet aquarium &#224; hommes, le palais de la finance et ses marbres.&lt;br&gt;
Cantarella est all&#233; y filmer. Mais tr&#232;s peu de touristes, quasiment pas de touristes. Pourtant, on surplombe Ground Zero. &lt;br&gt;
On est sur le marbre, et le carrelage. Le 11 septembre, &#231;a ressemblait &#224; quoi, ici, est-ce qu'ils avaient &#233;vacu&#233; par les rives de l'Hudson ? &lt;br&gt;
Les mamans avec enfants, on s'assoit par terre sur les marches, on mange des soupes chinoises.&lt;br&gt;
Le long de l'immense vitrine, quelques silhouettes pensives, longtemps immobiles. &lt;br&gt;
On n'en revient pas d'&#234;tre si pr&#232;s. &lt;br&gt;
Autour : les affaires. Les boutiques de fringue, les boutiques de bouffe, et les entr&#233;es surveill&#233;es qui vont aux ascenseurs, l&#224;-haut sont les bureaux de bourse.&lt;br&gt;
Financial Center. R&#233;p&#233;ter : &lt;i&gt;Financial Center&lt;/i&gt;, et tout va bien, merci, on y mange ses sandwiches au chaud &#224; la pause de midi, juste on tourne le dos aux grandes vitres ouvrant sur le trou. Le 11 septembre n'a rien g&#226;ch&#233;, on continue (l'argent surtout).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, le contr&#244;leur du vieux train de banlieue qui remonte tout Brooklyn jusqu'&#224; Long Beach : je photographie par la vitre sale du train une rang&#233;e de maisons pauvres. Sur le wagon, l'affiche omnipr&#233;sente : 8 millions de paires d'yeux, &#224; nous de nous en servir. Le contr&#244;leur m'enjoint de ranger mon petit appareil photo num&#233;rique : vous devriez comprendre, non ? dit-il. Et il pr&#233;vient m&#234;me sa hi&#233;rarchie par t&#233;l&#233;phone, laquelle se moque de lui certainement, puisque personne ne nous attend &#224; l'arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la m&#233;moire s'incline devant l'argent : si l'attentat du 11/9 est devenu bien commun de l'humanit&#233;, il n'a pas l&#233;gitim&#233; qu'on d&#233;poss&#232;de les propri&#233;taires immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du m&#233;tro : Cantarella n'a pas pu s'emp&#234;cher de venir y filmer. On n'arrive pas par le bord du WTC, on arrive en plein dessous. En fait, moi je suis reparti par le m&#233;tro, mais je n'aurais pas voulu arriver par l&#224;. &lt;br&gt;
On ne peut m&#234;me pas regarder : on est au centre m&#234;me de l'&#233;croulement. &lt;br&gt;Maintenant &#224; plein ciel, mais on ne peut pas le savoir. &#199;a fait gare de banlieue : les autres stations ans Manhattan sont toutes souterraines. &lt;br&gt;
A Berlin aussi, la station Friedrich strasse appartenait pour sa partie souterraine &#224; berlin Ouest, et la surface &#224; Berlin est. Les plaques tournantes souterraines, par quoi seule la ville est ville, se moquent des trag&#233;dies &#224; l'&#233;tage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la verticalit&#233;. &lt;br&gt;
De la verticalit&#233; et du tragique. &lt;br&gt;
Io et Prom&#233;th&#233;e. &lt;br&gt;
De Hugo et Balzac &#224; Dostoievski.&lt;br&gt;
Babel de Kafka. &lt;br&gt;
Puis l'id&#233;e de ces tours. Est-ce que NY aurait &#233;t&#233; diff&#233;rent sans leur d&#233;fi ?&lt;br&gt;
Le NY pauvre se moque bien de Manhattan South.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'il y est n&#233; de chants et de l&#233;gendes est plein de la nostalgie d'un jour proph&#233;tis&#233; o&#249; elle sera pulv&#233;ris&#233;e par les cinq coups d'un gigantesque poing. &lt;br&gt;
Franz Kafka, &#034;Au d&#233;but, quand on commen&#231;a &#224; b&#226;tir la tour de Babel...&#034; (lire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;blais : faire vite. Saluer les d&#233;pouilles. Ecroulement du quotidien : la masse de poussi&#232;re qu'on dresse en l'air pour fabriquer le alv&#233;oles sans poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef actuel de la station WTC s'appelle monsieur Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire, relire &lt;i&gt;L'Am&#233;rique&lt;/i&gt; de Franz Kafka : il a fallu quelques minutes pour que le 11 septembre nous parvienne, mais trois jours pour qu'il rejoigne nos usages. Le 13 septembre 2001, parce que la biblioth&#232;que municipale de Montpellier n'a pas voulu annuler ma lecture de &lt;i&gt;M&#233;canique&lt;/i&gt;, et que je suis le premier &#224; lire dans ces rencontres mensuelles de la toute nouvelle biblioth&#232;que de Chemetov, je dois m'interrompre, parce qu'on a install&#233; le lieu de lecture entre les deux chasses d'eau sym&#233;triques des toilettes public. Et voil&#224; que ce souvenir reste li&#233; pour moi, d&#233;sormais, au 11septembre : le bruit des chasse d'eau de Chemetov (qui n'y est pour rien) pendant que je lis Kafka, et d&#233;cider que c'en est trop, j'arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage avec Robert d'avoir inscrit l&#224;, par la dimension collective de la trag&#233;die, le deuil de mon p&#232;re. Si nous nous sommes saisis du 11 septembre pour y inscrire simultan&#233;ment, sans rien savoir l'un de l'autre, le deuil chacun de son p&#232;re, quelle liaison ici du deuil singulier et du deuil universel ?&lt;br&gt;
Quoi meurt ici par la mort de ceux qui sont dans le pi&#232;ge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que regardons-nous, &#224; New York, lorsque nous regardons Ground Zero ? &lt;br&gt;
J'aurais, &#224; la limite, pr&#233;f&#233;r&#233; faire mon fier : si l'Am&#233;rique n'avait pas cette position ultra dominante et normalisatrice &#224; &#233;chelle du monde, aurions-nous consid&#233;r&#233; la catastrophe du WTC comme n&#244;tre ? Est-on s&#251;r, int&#233;rieurement, de se mobiliser soi-m&#234;me de m&#234;me fa&#231;on pour le Darfour, pour l'Inde ?&lt;br&gt;
J'ai pens&#233; plusieurs ann&#233;es que je ne reviendrais pas &#224; NY. Si cette ville m'est indispensable comme Rome ou Kyoto, ou Berlin, ou toute grande ville qui &#233;chappe &#224; sp&#233;cificit&#233; nationale, c'est qu'alors elle pose et renvoie &#224; la communaut&#233; la question de son devenir. NY m'appartient. &lt;br&gt;
Revenant &#224; NY, j'aurais eu petite fiert&#233;, pourquoi pas, &#224; ne pas me rendre Ground Zero. &lt;br&gt;
Or, de l'instant que nous sommes &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article112&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; proximit&#233;&lt;/a&gt;, c'est aspir&#233;s par le site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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