<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?id_rubrique=108&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>1996 | quelque part sur la Terre</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4366</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4366</guid>
		<dc:date>2016-09-30T16:06:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;capter et transcrire les signes de l'urbain &#8211; reprise de ma contribution &#224; &#171; Lyon, ville &#233;crite &#187; plus partie in&#233;dite&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4366.jpg?1475248998' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Un tweet qui passe de l'ami &lt;a href=&#034;http://vitalirosati.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marcello Vitali-Rosati&lt;/a&gt;, et souvenir de ce livre collectif, chantier men&#233; il y a pile 2 d&#233;cennies, o&#249; chacun des 12 auteurs (dont Azouz Begag, Eug&#232;ne Durif, Jean Echenoz, Charles Juliet,...) et 4 auteures (Sylvie Doizelet, Malika B. Durif, Florence Seyvos, Dominique Sigaud) s'&#233;tait vu attribuer un petit timbre-poste de la carte de l'agglom&#233;ration lyonnaise, &#224; charge pour lui d'en trouver l'&#233;criture ou le r&#233;cit qui lui convenait.
&lt;p&gt;Le livre est &lt;i&gt;indisponible&lt;/i&gt; de longtemps, et comme je m'&#233;tais oppos&#233; &#224; son incorporation commerciale au registre ReLire, &#231;a porte d'autant plus au r&#234;ve, de dire que les 6 pages qu'Echenoz &#233;crit sur le parc Gerland, et place sous le titre &lt;i&gt;Souvenirs du triangle&lt;/i&gt; sont magistrales, ou bien que CHarles Juliet consacre 9 pages &#224; une seule observation de Lyon vu depuis les hauteurs de Fourvi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invitant s'appelait Henri Chabert, extrait de son introduction :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
L'image de la ville et la pratique de l'urbanisme sont souvent associ&#233;es dans la litt&#233;rature &#224; des r&#233;f&#233;rences n&#233;gatives : ville b&#233;tonn&#233;e, ville tentaculaire, ville impersonnelle ou hostile.
&lt;p&gt;Or la la ville se construit notamment par l'espace public, notion dont le sens r&#233;f&#232;re &#224; des valeurs multiples de citoyennet&#233;, d'identit&#233; culturelle, d'esth&#233;tique, de convivialit&#233;, valeurs qui d&#233;passent tr&#232;s largement les enjeux fonctionnels d ela production dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait avant Internet (la derni&#232;re ann&#233;e avant...). J'&#233;tais arriv&#233; en voiture vers 6 heures du matin sur la place des Palabres &#224; Saint-Fons, dont je ne savais rien, et j'y &#233;tais rest&#233; jusqu'au coucher du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui en a r&#233;sult&#233; &#233;tait bien trop long par rapport &#224; la commande. Il &#233;tait compos&#233; de deux parties, la premi&#232;re, &lt;a href=&#034;#1&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Matin aux Palabres&lt;/a&gt; &#233;tait purement descriptive, moins dans l'id&#233;e d'une &lt;i&gt;tentative d'&#233;puisement&lt;/i&gt; qu'une volont&#233; d'inventorier le possible des signes &#233;mis par un tel lieu, et comprendre ce qu'ils d&#233;placent (un texte qui a compt&#233; pour moi, ces ann&#233;es-l&#224; : &lt;i&gt;L'heure o&#249; nous ne savions rien l'un de l'autre&lt;/i&gt;, de Peter Handke. C'est cette premi&#232;re partie qui a &#233;t&#233; publi&#233;e chez Stock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc la premi&#232;re fois, apr&#232;s exactement 20 ans &#224; transiter dans probablement une dizaine d'ordinateurs successifs, que cette deuxi&#232;me partie, &lt;a href=&#034;#2&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Apr&#232;s-midi rhinoc&#233;ros&lt;/a&gt; est donn&#233;e &#224; lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Marcello, qui n'en peut mais et n'en avait pas l'intention, c'est tout un autre brouillard qui se cr&#233;&#233;e, ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 20 ans, combien de fois suis-je retourn&#233; dans l'agglom&#233;ration de Lyon, est-ce que cela constitue un ensemble d&#233;fini de traces, journal, fictions, images, sur mon site ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 20 ans, comment a chang&#233; le &lt;i&gt;vivre ensemble&lt;/i&gt;, notamment dans les lieux tout r&#233;cents encore, disposant d'&#233;quipements culturels, et d'une v&#233;ritable recherche architecturale : qu'est-ce que les signes relev&#233;s alors nous disent sur les signes relev&#233;s aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on pourrait faire aujourd'hui l'exercice simplement en &lt;a href=&#034;https://www.google.fr/maps/place/Place+des+Palabres,+69190+Saint-Fons/@45.6940102,4.8543296,17.84z/data=!4m5!3m4!1s0x47f4e9d72841e949:0x6c46c187bc0e3673!8m2!3d45.694065!4d4.855403&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cliquant sur Google Street View&lt;/a&gt; : qu'est-ce que nous apporterait cet exercice qui diff&#232;rerait de l'observation directe, ou bien, que r&#233;sulterait-il comme texte d'une juxtaposition de cette observation d'il y a 20 ans (mais souvenez-vous du projet DATAR, &#224; l'&#233;poque, 400 points pr&#233;cis sur le territoire fran&#231;ais o&#249; la m&#234;me photographie &#233;tait refaite annuellement &#8211; on reviendra sur tout cela pour l'expo BNF 2017) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; accessoirement (mais cela r&#233;pond &#224; une journ&#233;e d'&#233;tudes organis&#233;e le mois prochain par Alexandra Saemmer et Emmanuel Guez, avec participation du cher Bertrand Gervais, mais pour laquelle ma possible r&#233;ponse semble fuir devant moi) : qu'est-ce qui, du r&#233;el, est sauv&#233; ou maintenu ou produit par l'existence en ligne d'un tel relev&#233;, et si bien dissimul&#233; ici dans la masse labyrinthique de ce site ? Et si cela ne sauve rien, quel int&#233;r&#234;t &#224; se pr&#233;occuper plus de la survie du site, qu'&#224; la survie de ces signes aujourd'hui volatilis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, si je refaisais cet exercice aujourd'hui, certainement je &lt;i&gt;commencerais&lt;/i&gt; par une enqu&#234;te pr&#233;alable sur Street View. Mais, sur place, au lieu du petit bloc Rhodia dont je m'&#233;tais muni, je suppose, m&#234;me si je crois me souvenir avoir recopi&#233; sur place une partie de mes notes, disposant d&#233;j&#224; d'un MacBook, 180 je crois, aujourd'hui je serais &#233;quip&#233; de mon Canon et je photographierai, ou bien encore, plus pr&#233;cis&#233;ment : il y a 2 ans je serais revenu d'une telle journ&#233;e avec 500 photos sur ma carte SD, aujourd'hui je tournerais et monterais une vid&#233;o, et peut-&#234;tre ne prendrais-je m&#234;me pas de notes &#233;crites. Et &#231;a changerait quoi au r&#233;cit, au rapport m&#234;me de la langue au r&#233;el, serait-il diminu&#233; ou simplement reconduit dans l'int&#233;rieur du geste neuf ? Quelle organisation lin&#233;aire diff&#233;rente de la travers&#233;e en r&#233;sulte, qui est cette confrontation m&#234;me, ind&#233;pendamment de sa nature textuelle, photographique ou filmique, voire m&#234;me seulement de r&#234;ve ou d'hypnose (choses que je travaille en ce moment) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, reste, a-temporel, un axiome : celui de la confrontation au r&#233;el, notre t&#226;che permanente que cela repr&#233;sente, et que le langage en naisse non pour s'honorer lui-m&#234;me, mais pour nous maintenir dans cette possibilit&#233; de supporter le r&#233;el, m&#234;me si c'est en l'augmentant de nos fables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la version initiale du texte, que je red&#233;couvre &#224; l'instant, l'ensemble des 2 parties porte comme exergue :&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;
&#224; J-L. Momier, l'homme du rhinoc&#233;ros&lt;br/&gt;
en remerciement de cette rencontre d'un jour&lt;/em&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le personnage fictif devenait le d&#233;dicataire r&#233;el du texte, pour que la part descriptive, ajout&#233;e &#224; cet exergue, &#233;vacue la partie fictionnelle et la fasse passer, trompeusement c'est &#231;a l'art du roman, comme part int&#233;grante de la r&#233;alit&#233;. Et l'exercice d&#251;ment impos&#233;, choses que je pratique d&#233;sormais en atelier d'&#233;criture, de faire na&#238;tre ce personnage de lieux et objets eux-m&#234;mes indubitablement r&#233;els puisque instances textuelles de la premi&#232;re partie (le rhinoc&#233;ros n'est pas du tout celui de Ionesco (encore que), et pareil le bistrot et la biblioth&#232;que).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement j'&#233;tais pas si b&#233;ta, dans ma vie pr&#233;-web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6801 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/palabres.jpg?1475251436' width='500' height='254' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;smal&gt;&lt;em&gt;Saint-Fons, place des Palabres, Google Street View en 2016&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Quelque part sur la terre (une journ&#233;e place des Palabres)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 &#8211; Matin aux Palabres |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive, &#224; la nuit finie, on ne comprend pas que ce soit &#231;a. C'est petit et endormi, fond de tri&#232;dre sous portiques. Personne qui passe, tout dort. Autour, en &#233;querre inverse, deux rues dorment aussi. S'il y a des commerces, on ne les voit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reprend en voiture les rues. La nationale aussi est vide, pas d'enseignes, et peu de circulation encore. La vie est dans la vall&#233;e longue, le monde des chemin&#233;es, qui englue trains et voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, des gens habitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit la pancarte rectangulaire bleue, au-dessus du carrefour vide : place des Palabres. On s'impose &#224; soi-m&#234;me que ce qu'on va en consigner, paroles et noms, images et corps, soit strictement ce qu'on en a per&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On gare la voiture et on descend. On d&#233;cide d'attendre jusqu'au soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la perspective principale, au fond de place, porte rouge de fer ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedans, ciment, sol, murs et plafond, porte verte en bois sur l'arri&#232;re et poubelle grise assortie sol. Grille d'a&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre, par terre, bouche plastique d'&#233;vacuation. En diagonale de la grille d'a&#233;ration, &#224; gauche en bas du grand carr&#233; qui donne dehors, vu &#224; contre-jour, partie droite au-dessus de la porte de fer, persiennes de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, rue principale, un bus passe (je vois l'arri&#232;re). On entend un jet d'eau invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe la porte verte. Je ne suis pas habitu&#233; : quand on descend de voiture, c'est l'odeur de chimie qui prend tout. Ici dans le local poubelles je l'oublie. Si haut au-dessus des usines : est-ce qu'on s'habitue, et quand on rentre au dimanche soir ou de vacances, qu'est-ce que &#231;a change de devoir ainsi &#234;tre habit&#233; en dedans par l'activit&#233; dirig&#233;e des hommes ? Ils diront sans doute que rien. Ou bien c'est seulement &#224; cause de l'heure, et de la condensation du matin, que l'odeur est si forte : plus tard je ne m'en aper&#231;ois plus. Mais au-dedans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un local clair, de ciment rectangulaire. Tuyaux de descente d'eau, puis rien. Porte blanche en bois sur la partie droite. Empreinte de mains en peinture, taille adulte, sur la porte des acc&#232;s gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la seconde porte, l'entr&#233;e locataires ferm&#233;e. Vitres &#233;toil&#233;es. Bo&#238;tes aux lettres, douze, dont quatre sans nom, et une o&#249; le locataire, Deslandes, a &#233;crit son nom au feutre, soulign&#233;. Parois non peintes. Sur le ciment nu, taches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;parations en ciment plus fonc&#233;. Sol en faux marbre : le sol brille sous les parois mortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressors par cette porte-l&#224;, qui s'ouvre de l'int&#233;rieur et pas de l'ext&#233;rieur (le local poubelle, lui, face &#224; la grande perspective, &#233;tait ouvert). Paillasson noirci : pourquoi tant de crasse si peu de temps apr&#232;s construction, qu'ont fait Deslandes et les autres pour que chaque matin et chaque soir on les punisse d'ainsi marcher l&#224; (personne non plus pour soulever le paillasson et le porter aux ordures). Devant la porte orange, la perspective des portiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trottoirs, pavement rugueux : depuis le peu de temps que cela existe, et chaque chewing-gum coll&#233; est rest&#233;, avec accroissement statistique des taches ovales claires devant les portes. Est-ce que c'est possible d'accepter &#231;a quand on passe l&#224; deux fois par jour au moins et plut&#244;t quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordonnateur qui un jour, dans son bureau et sur sa table, a coch&#233; et command&#233; : pavement, telle qualit&#233;, palettes, tant, a-t-il pens&#233; &#224; l'accumulation des chewing-gums. Est-ce que &#231;a s'apprend et o&#249;, le m&#233;tier de penser &#224; ces choses-l&#224;, quand on y fait habiter des gens qu'on ne conna&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte sonne quand quelqu'un rentre : non, il n'a regard&#233; ni le pavement &#224; chewing-gums, ni le paillasson charg&#233; de crasse. Bruit de cl&#233;s, voiture (la cl&#233; de la porte orange accroch&#233;e au m&#234;me trousseau). Bruit de l'ascenseur (il &#233;tait au rez-de-chauss&#233;e, bruit imm&#233;diat de la porte). Porte orange qui se referme en claquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente voitures sur les emplacements gris &#224; bande blanche, dont deux camionnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme avec enfant sort de la porte orange et monte dans une Fiat Uno diesel (bruit au d&#233;marrage). Un homme &#224; sac bandouli&#232;re sort de la porte orange et fait d&#233;marrer une Peugeot essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boulangerie est ferm&#233;e (rideau de fer gris tir&#233;, parce que c'est mercredi). Le magasin D'Stock Plus Solderie, et &#224; c&#244;t&#233; le magasin Supermarket 1 ferm&#233;s (rideaux de fer gris tir&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me rideau sous l'enseigne coiffure, et m&#234;me rideau au cabinet m&#233;dical, c'est l'ordonnateur qui les tous command&#233;s, et sous les portiques une align&#233;e grise uniforme, en dessin &#231;a devait &#234;tre joli. Seulement ouvert, le tabac journaux o&#249; j'ai achet&#233; 19F60 le bloc jaune o&#249;, depuis, je prends des notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perspective sur pilotis dans l'angle. C'est vide et noir, le trou dans l'&#233;querre. B&#226;timent vitres sombres. Un homme avec caniche traverse en diagonale le parking, tirant sur une cigarette. Le chien est libre et lui tourne autour, pisse sur une borne (c'est du ciment, la place).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autobus sens oppos&#233; (vu de face) tourne l&#224;-haut au carrefour, par o&#249; tout &#224; l'heure je suis venu et d'o&#249; on ne voit rien de la place en contrebas, que la vague &#233;querre d'immeubles et rien bien s&#251;r de ce d&#233;tail o&#249; maintenant je suis : bornes, paillassons, silhouettes et ombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que vingt-six voitures sur la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balayeur en contrechamp, tenue verte fluorescente avec casquette assortie, l&#224;-bas sur le ciment gris, il a fait la moiti&#233; du tour de la place. Avec une pique il prend un sac plastique et le d&#233;pose sans le toucher dans sa poubelle puis s'arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passage d'un homme &#224; blouson nylon qui shoote sans le vouloir dans une bo&#238;te de Coca &#233;cras&#233;e, rondelle &#224; bords rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je relis, du dehors du portique, D'Stock Plus Solderie Supermarket 1, sans s&#233;paration des graphies : que reste-t-il ici de notre langue commune, sur le ciment qui l'affiche ? Pr&#232;s de la porte orange face perspective, sur l'arrondi de b&#233;ton avec escalier vide, &#233;critures au feutre, impr&#233;gn&#233;es dans le ciment jamais peint depuis sa br&#232;ve existence : DiDine signer par Ramzi / KCMRY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore bus direction centre (vu par l'arri&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quarante centim&#232;tres du sol, sur l'arrondi de b&#233;ton, marque des chaussures, quand on se met sur un pied et qu'on appuie l'autre sur le pilier. Dix ans suffisent pour laisser &#231;a, cette impr&#233;gnation noire une peu lisse, le ciment poreux est une m&#233;moire o&#249; tout du temps s'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours m&#234;me porte orange (principe architectural : carr&#233; de quarante m&#232;tres carr&#233;s &#224; chaque entr&#233;e locataire, trait&#233; sym&#233;triquement avec escalier vide au milieu derri&#232;re grille, sortie poubelle m&#234;me surface et &#233;galit&#233; de la porte principale), vitres remplac&#233;es par de la t&#244;le rivet&#233;e (rivets dits Pop), qui rouille par taches. Les huit locataires des douze logements, &#231;a leur convient donc ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Bizarrerie des sonnettes : les couvercles plastiques o&#249; on met le nom ont &#233;t&#233; enlev&#233;s. On voit les fils, jaunes, rouges. Le nom Deslandes est seul rest&#233;. Une dame sort et me dit bonjour. Au-dessus des sonnettes : Surveillant au N&#176;3. Est-ce qu'il ne surveille pas les sonnettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voitures maintenant vingt-et-une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poubelle &#224; roulettes du balayeur en face dans un coin &#224; l'ombre. Avec une pochette noire &#224; la main, l'homme &#224; casquette verte s'est &#233;loign&#233; vers le tabac journaux. J'occupe debout le centre de la place. La dame qui m'a salu&#233; revient &#224; la porte orange et rentre. Il y a cinq portes pareilles, avec cinq portes poubelle sym&#233;triques, et cinq arrondis de ciment avec escalier vide pour les s&#233;parer. L'ordonnateur a mis entre chaque paire de poteaux des portiques un globe pour l'&#233;clairage avec fausse bougie sous verre. Ils sont noirs uniform&#233;ment (la chimie des usines ?), trente-cinq boules de crasse &#224; six m&#232;tres du sol : qu'&#233;clairent-ils encore ? Dans le fond ouvert de l'&#233;querre, o&#249; l'ombre est encore noire dans le plein jour &#233;tabli, l'ordonnateur n'a pas mis d'&#233;clairage. L'homme qui avait shoot&#233; dans le Coca repasse avec son journal sous le bras. Une dame parfum&#233;e ram&#232;ne deux pains d'au-del&#224; de la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une sculpture : c'est un double losange en tube, entre deux poteaux de fer section carr&#233;e, qui interdit aux voitures l'acc&#232;s au centre vide de la place. Tout ici se d&#233;fend, l'ennemi seul n'est pas d&#233;sign&#233;. C'est tellement interdit, par double rang&#233;e de bornes de ciment, losanges en tube poteaux de fer de section carr&#233;e, de venir au centre de la place que m&#234;me les passants l'&#233;vitent, ou acc&#233;l&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi, sans le vouloir non plus, je shoote dans une bo&#238;te vide de boisson, qui r&#233;sonne sur le gravier. Par terre : papiers, taches d'huile moteur, tiers de pizza surgel&#233;e mang&#233;e, indiff&#233;rence. Ici, &#224; l'&#233;cart des immeubles en &#233;querre, il n'y a plus de chewing-gums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a tir&#233; par balles sur la chaudi&#232;re Novagaz, en bout de l'&#233;querre, dans sa verri&#232;re en rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaudi&#232;re Novagaz dans un local sous verre, comme au mus&#233;e : honneur aux choses mortes. C'est le plus bel endroit de l'&#233;querre, l&#224; o&#249; elle rejoint la cit&#233; devant, le carrefour au bus, et la terrasse sur la falaise, le lien avec la ville qu'on devine en bas (grondement sourd, ici). Non, c'est la chaudi&#232;re qu'on y a mis, dans sa belle verri&#232;re aux vitres teint&#233;es, et le fond noir de l'&#233;querre sert aux affaires des hommes. L'ordonnateur a son usage de l'originalit&#233;, sans doute. Peut-&#234;tre l'ordonnateur est-il lui aussi une chaudi&#232;re Novagaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quand datent les rafales de balles ? Pourquoi tir&#233;es et contre quoi ou contre qui ? Pourquoi cette guerre dans ce calme (cris d'oiseaux, bruit d'une ventilation &#224; moteur ou de compresseur de chambre froide en contrebas dans le sous-sol des cuisines de la ville) ? Devant la porte ferm&#233;e de la chaudi&#232;re Novagaz, ici sous le soleil qui l&#232;ve, sur la terrasse aux usines, &#224; la ville et au fleuve, de l'herbe dans le pavement propre parce que personne n'y passe. Pas de chiens, pas de chewing-gums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terrasse. Ciment en &#233;querre inverse des b&#226;timents. En contrebas, onze voitures gar&#233;es. De l'autre c&#244;t&#233;, la montagne. Si on sait que dans le trou sont les usines, on en devine les plafonds. Panneaux routiers jusqu'&#224; la falaise : parking, virage &#224; gauche, sens interdit. Arbres entre tuteurs. Personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et six tuyaux inox comme une batterie d'orgue, qui partent de la chaudi&#232;re, traversent le toit et montent au-dessus de l'immeuble. Le br&#251;leur derri&#232;re les vitres &#233;toil&#233;es est rouge c&#226;bl&#233; noir : tout irait tellement mieux sans les hommes, c'est le clair message qu'ici on a voulu dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;querre, sens inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici l'arrondi des portes orange est s&#233;par&#233; du b&#226;timent, et tombe en plein milieu du trottoir, gardant la sym&#233;trie poubelles sonnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re c'est la cantine du lyc&#233;e. Elle est vide, sauf les six cuisiniers, quatre hommes et deux femmes, sur une longue table, des tasses &#224; caf&#233; finies devant eux. Ils ont pris la table &#224; l'ombre de l'arrondi de ciment, le reste est au soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que &#231;a change &#224; la t&#234;te de descendre de chez soi par ce double tuyau sans accroche &#224; la terre. Que sa maison n'appartienne pas directement &#224; la terre : parfois, il y a &#224; cela des raisons qui tiennent &#224; l'endroit o&#249; on est sur terre. Mais ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graffiti : Farouk / papa et maman / N + S / Foot foot foot / Michel Fuxero.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ordonnateur, sur sa table &#224; dessin, a pr&#233;vu pour chaque arrondi de ciment autour des escaliers de service une grille m&#233;tallique ouverte, rouge comme les portes, de six m&#232;tres de haut sur soixante centim&#232;tres de large. L'escalier en spirale d'&#233;l&#233;ments pr&#233;contraints passe quatre fois derri&#232;re la grille. Comme &#231;a ne sert &#224; rien, derri&#232;re la grille c'est propre (plus que dehors, o&#249; ont recommenc&#233; les chewing-gums). Mur du fond : l'ombre rectangulaire de la grille, et ma silhouette derri&#232;re les barreaux de fer, fant&#244;me dans le local vide (par o&#249; est-ce qu'on entre, o&#249; est-ce qu'on sort ? Je le prendrai tout &#224; l'heure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graffiti, autre c&#244;t&#233; : Fila / Nike / Bodo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuf bo&#238;tes aux lettres dont une seule sans nom. Dix sonnettes dont sept avec couvercles, plus trois trous. Toujours pancarte : Surveillant au N&#176;3.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176;8, dedans : m&#234;me sol faux marbre (tant de palettes command&#233;es par l'ordonnateur sur catalogue). Panneaux de ciment sur le fond de l'arrondi, rambarde de bois, ciment non peint, sauf deux essais au rouleau sur un des carr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place, vingt-cinq voitures. Deux personnes en conversation devant la papeterie tabac. Supermarket 1 a lev&#233; son rideau, mais pas de lumi&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Une Renault 4 vient livrer des baguettes dans un chariot vert. &lt;br class='autobr' /&gt;
Arrondi n&#176;7, neuf bo&#238;tes dont une sans nom, les bo&#238;tes vont par neuf, tant pis si les logements vont par huit. Dix sonnettes dont une sans couvercle et trois sans nom (on ne peut donc venir en visite dans deux des logements occup&#233;s). La pancarte Surveillant au N&#176;3 arrach&#233;e, traces de colle. Ramzi a &#233;crit cinq fois son nom, dont une fois sur un m&#232;tre de long, quarante centim&#232;tres de haut, les autres plus petits. On retrouve aussi Farouk (les mangeurs de chewing-gums, qui laissent leurs traces de semelle sur le ciment poreux).&lt;br class='autobr' /&gt;
Peugeot 205 bleue turquoise d&#233;marre et s'en va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le b&#226;timent triste et ferm&#233; dans l'ombre sous l'&#233;querre affiche : &#171; Le Pass Jeune est en vente ici. &#187; Un ovale et des tables avec banquettes dans des stalles. Des vitres trop hautes, jusqu'au plafond en t&#244;le blanche ab&#238;m&#233; (expr&#232;s bien s&#251;r, avec quels projectiles ? Ballons, pierres : le jeu de faire tomber ou tordre les planches). Des feuilles scotch&#233;es : &#171; Gratuit : Saint-Pierre de Boeuf. 10F : La Vall&#233;e Bleue. Jusqu'&#224; 50F : Walibi A&#233;ro City. Et 250F : week-end trois jours. &#187; Les mots sont &#224; l'abri, mais que la langue ait sens, le prix n'est pas fait. Samedi 13 on ira au V&#233;n&#233;rieu, et lundi 8 jeux de soci&#233;t&#233; &#171; + camion peinture &#187;. Autre inscription : &#171; Au bar vers Anne - tous les jours - 13h 14h - 17h 18h &#187;. C'est donc bien notre langue, celle de la ville, de l'autoroute et de la vall&#233;e, qui est ici d'usage. Devant le N&#176;4, la poubelle publique (ronde noire &#224; nervure, et rebord plaqu&#233; bronze), remplie. D&#233;veloppement Social Urbain Les Clochettes, troisi&#232;me &#233;tage (rendez-vous ici &#224; midi). Seize bo&#238;tes aux lettres, dont treize avec noms. Seize sonnettes dont neuf avec couvercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D&#233;veloppement Social Urbain coll&#233; au scotch avec nom &#233;crit au feutre). Est-ce parce qu'ils re&#231;oivent, qu'ici les parois int&#233;rieures sont recouvertes de miroirs coll&#233;s ? Ou bien l'ordonnateur les avait-il pr&#233;vus partout, et puis cela aurait s&#233;ch&#233; en route ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Local de Radio Trait d'Union Saint-Fons. Porte de la Mission locale. Indication : horaires d'accueil. &#171; Cellule Mobilit&#233; &#187; propose des aller retour Marseille &#171; bateau &#187; &#224; prix modique, et l'&#233;crivain public vient le mercredi de 14h30 &#224; 18h30. Il y a tout, ici, mais selon les heures. La dur&#233;e seule produit la place vide. Si on rassemblait tout ensemble, une fois par semaine, les Palabres se mettraient donc &#224; vivre ? L&#233;gendes de ces villages enfouis qui &#224; intervalles r&#233;guliers resurgissent, pour une f&#234;te d'une nuit. Sur la feuille scotch&#233;e &#233;crivain public : &#171; ouvert &#224; tous les habitants &#187;. On n'est plus place des Palabres mais all&#233;e de l'Harmonie. Les portes pourtant sont num&#233;rot&#233;es en continu, on arrive au 5, seize bo&#238;tes dont sept avec noms, dix sonnettes dont cinq avec noms, pancarte Surveillant au N&#176;3. Grille d'escalier maintenant avec cave, plus de graffiti : gr&#226;ce &#224; l'Harmonie ? Le local poubelle est ferm&#233; &#224; cl&#233;, je ne saurai pas l'int&#233;rieur de tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mission locale, pourquoi rel&#233;gu&#233;e ici, derri&#232;re les vitres &#233;troites, quand il y a tant de place ailleurs, et plus belle (sans parler de l'honneur conc&#233;d&#233;, au soleil de la terrasse, dans l'arrondi de verre fum&#233;, &#224; la chaudi&#232;re Novagaz : l'ordonnateur a ses priorit&#233;s). Sur la poussi&#232;re des vitres, les inscriptions reviennent. Table, chaises, rien au mur, un t&#233;l&#233;phone ancien mod&#232;le, &#224; cadran rond. La &#171; permanence mairie annexe &#187; est ferm&#233;e (sauf jeudi 15h - 17h), deux tables mises en carr&#233;, six chaises, pas de t&#233;l&#233;phone : comment font-ils pour s'asseoir &#224; six entre les murs et la table ? Bizarrerie que c'est, des pi&#232;ces sans papiers ni archives, sans une agrafeuse ou un verre : juste cette table et les six chaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All&#233;e de l'Harmonie, tout au bout, on voit la chemin&#233;e blanc et rouge, mais c'est d'un peu en contrebas &#224; droite que sort la fum&#233;e noire. N'importe, je ne sens plus la chimie. Circulation sur l'autoroute, tr&#232;s loin. Ordre triste des arbres (l'ordonnateur a mis sur son plan, apr&#232;s avoir nomm&#233; et &#233;crit : All&#233;e de l'Harmonie, All&#233;e des Outils, et au milieu : place du Pentacle, des points cercl&#233;s pour l'emplacement des arbres qui ne grandissent pas). Voix d'enfants dans les logements de fonction du lyc&#233;e professionnel L&#233;on Blum (L&#233;on Blum, &#224; Buchenwald, occupait une villa &#224; l'&#233;cart du camp principal et son le portique &#224; l'entr&#233;e avec l'inscription Arbeit macht frei - la d&#233;fiance qu'on prend aux signes proclamant ou assignant destin &#224; l'homme qui ne surgisse pas de lui-m&#234;me : ici on a mis le m&#234;me portique, mais les inscriptions sont en langue morte : D'Stock Plus Solderie All&#233;e de l'Harmonie). Maintenant, pour l&#224; en contrebas sous la terrasse, l'originalit&#233; de l'ordonnateur a &#233;t&#233; de les d&#233;cider au milieu de l'all&#233;e (m&#234;mes tuteurs pour arbres condamn&#233;s &#224; rester nains) : il faut bien justifier, quand on passe sa journ&#233;e &#224; dessiner sur un plan les points cercl&#233;s des arbres, avant de les commander au p&#233;pini&#233;riste avec un prix de gros, la peine qu'on prend d'inventer du moderne. Du fond du trou aux usines, le bruit continu et tr&#232;s sourd des voitures, on ne voit que les montagnes, on sait pourtant la ville. Graffiti au n&#176; 4 : Nadir tu es mort / Sign&#233; : la haine de V&#233;nissieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour. Cabinet dentaire cabinet m&#233;dical maintenant allum&#233; derri&#232;re les persiennes, le rideau de fer a disparu. Sur la porte, adress&#233; &#224; ceux de l'ext&#233;rieur avant m&#234;me qu'ils entrent, indication manuscrite en gros : &#171; Fermez la porte. &#187; Les mots essayent-ils de revenir au sens ? Quand un client sort, odeur caract&#233;ristique du dentiste sur le trottoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176;1 : vitre cass&#233;e, paillasson sale. Derri&#232;re, ciment peint en jaune (variation entre les miroirs du 3 et le ciment nu des autres). Douze bo&#238;tes, dont dix avec noms, douze sonnettes, tous les couvercles, sept noms (comment aller chez les trois autres ?). Rideau de fer lev&#233; &#224; Coiffure Lara, on balaye, porte ouverte, l&#233;g&#232;re musique en sourdine. Vingt-deux voitures sur la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jet d'eau a cess&#233;, la boulangerie reste sous son rideau de fer (rideau aussi &#224; Paroisse catholique Saint-Fons, pas d'indication de permanence). Trottoir : paquet Marlboro &#233;cras&#233;, emballages Malabar avec devinette d&#233;pli&#233;e, emballage vide Mister Freeze (pr&#232;s d'o&#249; le balayeur avait tout &#224; l'heure laiss&#233; sa poubelle) : &#233;crit Ginormous (rouge sur fond blanc) G&#233;norme (blanc sur fond rouge) et enfin, sur le bout d&#233;chir&#233; Mr Fr (bleu sur fond blanc), la langue jusque par terre cherche &#224; se rejoindre. C'est curieux, derri&#232;re, l'alignement blanc en rez-de-chauss&#233;e avec portes de service des magasins, trois voitures gar&#233;es, un tas de palette, et pourtant c'est propre, des gens passent. O&#249; l'ordonnateur a oubli&#233; de r&#233;gler, la vie reprend : c'est ici, &#224; l'arri&#232;re, que le bistrot a choisi de mettre trois tables sous parasol jaune, et on vient s'y asseoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caf&#233;. C'est l'arri&#232;re du marchand de journaux, mais seule communication est derri&#232;re la caisse, les clients font le tour. On voit le petit magasin par la vitre &#224; contre-jour, comme au cin&#233;ma : ceux qui payent leurs cigarettes (ils arrivent en voiture et la laissent &#224; l'angle devant la boulangerie, et repartent sans aller plus avant place des Palabres). Tout au bout, par del&#224; la porte ouverte, la perspective des portiques. Le quartier, de l'autre c&#244;t&#233;, semble s&#233;par&#233; par une rive infranchissable : les deux rues d&#233;sertes, m&#234;me si un bus maintenant y tourne. On est trois dans le bar, c'est astiqu&#233; et frais, on c'est radio Nostalgie qu'ils laissent en continu dans la salle vide, maintenant c'est la guitare de Cabrel et sa dr&#244;le de mani&#232;re de passer les consonnes avant les voyelles : &#171; Quelque part sur la terre&#8230; &#187; puis publicit&#233; pour les hypermarch&#233;s Champion (c'est donc l&#224; que vont les voitures qui tournent le dos &#224; la place ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis plus place des Palabres mais en face, de l'autre c&#244;t&#233; des marches qui font la fronti&#232;re (et dispara&#238;t la place dans son contrebas, d&#232;s lors qu'on la quitte). Banc de bois, je m'assois. Manque planches, boulons d&#233;passent. Creus&#233; couteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t de bus, l'un en face l'autre, selon direction. Homme d'un c&#244;t&#233; (direction ville), femme de l'autre. L'homme rejoint la femme sur la rue vide, ensemble ils regardent leurs montres. En face, entre ici et les immeubles, trois trav&#233;es de garages (ciment peint beige sous toits fibro, portes basculantes plastique). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les blocs blancs, de ce c&#244;t&#233;, en alignement sage, n'ont pas d'effet d'architecture : on les a laiss&#233;s tranquille, pos&#233;s l&#224;. Des gosses font du v&#233;lo dans les parkings. Il n'y a pas de graffiti, les appartements sont de plain-pied. Pas de terrasses sur les toits, mais des plantes aux balcons (l'in&#233;galit&#233; de traitement aux Palabres, entre l'&#233;tage sup&#233;rieur &#224; terrasse, et les recoins noirs de balcons en ciment conc&#233;d&#233;s aux autres). D'ici, &#224; cinq m&#232;tres, mais de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, les portiques et les bornes semblent une cl&#244;ture. La place a disparu, sauf ce qui l'isole. On n'irait pas l&#224; sans le vouloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une voiture qui vient mettre son nez contre la boulangerie, le temps d'acheter des cigarettes &#224; la boutique d'&#224;-c&#244;t&#233;. L'homme et la femme, de nouveau chacun de leur c&#244;t&#233;, attendent. L'homme encore regarde sa montre. Passage d'un v&#233;lo (bien s&#251;r, &#231;a ne les int&#233;resse pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gar&#231;on appuy&#233; au panneau Saint-Fons centre (&#224; droite), coll&#232;ge Saint-Clair (&#224; gauche). Je passe au milieu entre l'homme et la femme qui attendent leurs bus. D'ici, je d&#233;couvre enfin les trois cabines t&#233;l&#233;phoniques (vides) qui me semblaient obligatoires sur un endroit qu'on a nomm&#233; de Palabres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bruit d'aspirateur dans les immeubles. Sur le parking carr&#233;, avec des haies et arbres sans tuteur (et qui grandissent, ceux-l&#224;, o&#249; est-ce seulement l'&#226;ge ?), des gosses jouent et font du v&#233;lo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime cet arr&#234;t de bus : quatre tubes en fer, un toit plat, aucune cloison (qu'en pensent, l'hiver, ceux qui y attendent ?). Apparition du bus TCL (&#171; 93 Minguettes Domaine &#187;). Frein, porte. Trois filles descendent, la femme s'en va, l'homme reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux filles vers les chicanes entre les garages, une autre vers les immeubles, aucune ne regarde les Palabres (pourtant, entre elles, &#231;a parle). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je reste sur mon banc de t&#244;le perfor&#233;e (sur quatre tubes aussi, comme une r&#233;duction de l'abri global) Graffiti sur le trottoir ocre : Sedaf / Aziz / Nino de Saint-Fons (beau nom de roman). Mon ombre cette fois sur l'ocre.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'immeuble &#224; immeuble qu'est-ce que &#231;a circule (enfants, vacances). Mais toujours rien vers la place, le carrefour est &#233;tanche. Chien qui aboie. All&#233;e de B&#233;ziers, all&#233;e de Crest, m&#234;me les parkings ont des noms. Bruit presque continu, dans ce silence, des porti&#232;res de voiture qu'on ouvre et ferme, per&#231;u jusque loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'arr&#234;t de bus, les commerces en bas des Palabres ont disparu, juste on voit l'&#233;querre des b&#226;timents, et au coin son trou d'ombre sous pilotis (l&#224; o&#249; on a mis, comme un poulpe, la Mission locale). Devant, le grand panneau d'information &#224; d&#233;filement horizontal : Saint-Fons Information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silhouettes, et encore silhouettes, dans le champ large de vision, qui sortent d'entre les trav&#233;es vides des garages, traversent les parkings, paraissent aux balcons (les fen&#234;tres des Palabres sont vides, sauf tout &#224; l'heure au 4 pour un drap mis &#224; pendre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re l'arr&#234;t de bus, entre le trottoir et le mur des garages, de l'herbe mit&#233;e par des restes de ciment. M&#233;gots, papiers de bonbons (il s'en consomme donc tant), encore Marlboro et encore Mr Freeze. Un formulaire en carton vert d&#233;chir&#233; de bons d'absence du coll&#232;ge, qui a essaim&#233; sur tout le coin d'herbe. Tiers de baguette rassis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garages : trav&#233;es deux fois douze. Plusieurs &#224; cadenas. Survient enfin bus direction Centre, l'homme monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit en rouge : &#224; vendre, garage, avec t&#233;l&#233;phone. Puis transformateur, et encore enfants qui jouent. Boucherie des Clochettes, pharmacie, et encore panonceau Le Progr&#232;s, ici on fait aussi boulangerie alimentation bouteilles de gaz. Sur le bancs de ciment &#224; l'ombre deux vieux, un en casquette et l'autre qui raconte. Dans un pavillon, voix de radio : d&#233;part d'&#233;tape du Tour de France. Publicit&#233; sur le gravier, devant le magasin qui vend tout : &#171; &#199;a m'int&#233;resse - le pouvoir des caresses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici, &#224; trente m&#232;tres de l'autre c&#244;t&#233;, m&#234;me le portique des Palabres a disparu. Et j'ai l'explication des silhouettes &#224; travers les immeubles, que la pharmacie et le petit &#233;picier g&#233;n&#233;raliste drainent. Un homme a demand&#233; son chemin &#224; la pharmacie et repart en voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, sur le gravier, pas de salet&#233;, pas un papier (juste, un peu sur le bord et d&#233;lav&#233;, la coque en plastique jaune du jouet contenu dans un oeuf Kinder). Parce que les deux commer&#231;ants ramassent, ou bien simplement, cinquante m&#232;tres hors de port&#233;e de l'ordonnateur, un autre comportement domine ? Est-il seulement l&#233;gitime d'en faire &#233;tat et comparer ? Panneau &#171; stationnement interdit le jeudi 9h30 - 16h30 &#187; : m&#234;me le march&#233; c'est donc ici et pas aux Palabres (j'apprendrai qu'on a laiss&#233; le panneau, mais qu'il n'y a pas de march&#233; du tout).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici on n'est plus en faux &#233;quilibre sur la butte au-dessus des usines, on a les pieds par terre. Le trou et la vall&#233;e c'est loin, tout au bout de la rue. C'est &#231;a l'explication, qu'on n'&#233;prouve plus de s'accrocher &#224; la terre par les salet&#233;s qu'on y met ? L'ordonnateur dira peut-&#234;tre oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinquante m&#232;tres encore, vers la Nationale. Cette fois la vue sur les Minguettes, succession de tour sur cent quarante degr&#233;s &#224; l'horizon, et jusqu'&#224; un tiers du ciel. Ici c'est petit, on est prot&#233;g&#233;. Peut-&#234;tre qu'aux Palabres il aurait fallu prot&#233;ger encore plus : trois ruelles, un jardin, des murs comme les chicanes des garages dans leurs trois trav&#233;es propres, ou plus de gens passent qu'au travers de la place. Les grands g&#233;ants gris sont immobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carrefour, &#224; gauche : Saint-Fons P&#233;tanque Club Priv&#233;, et &#224; droite station Shell. Pas de graffiti. En face, juste la pancarte : V&#233;nissieux (ville fleurie). Sentiment de Berlin en 88, vers Schlesischer Tor : la rue est r&#233;ellement fronti&#232;re &#233;tanche. Hors la station Shell, rien, pas une enseigne ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre sur la nationale (et l'autoroute en bas en a d&#233;vi&#233; les voitures et camions). Et des silhouettes traversent avec des pochons en plastique, la rue &#224; cerisiers qui s&#233;pare la Nationale des grandes tours (&#224; Oberbaumbr&#252;cke ce ballet des pi&#233;tons &#224; pochon sur la Spree dans la ville, par le sas de grillage dans le mur).&lt;br class='autobr' /&gt;
On est passif. On enregistre. Possesseur de l'attente et du temps, et silencieux comme le ciment. Contraint au silence, laissant aux autres la parole. Mais l'espace public des paroles s'est dilu&#233; dans la grande attente vide, ici, de la p&#233;riph&#233;rie (aux bruits d'enfants pr&#232;s, entre les immeubles). On est passager du silence, en attente de la langue que le ciment conserve, &#224; laquelle encore je n'ai pas eu acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face Palabres, derri&#232;re dernier rang de garage, entre le mur des garages et la rue, un grillage vert de quatre m&#232;tres de haut formant U. L'herbe mit&#233;e aux deux buts indique l'usage : football pour ceux d'ici. Pas de portillon d'entr&#233;e, mais un double espace entre garage et grillage, &#224; chaque bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un terrain de foot : la proportion des dimensions n'y est pas. Juste un grillage encerclant un trottoir &#233;largi. Cinq m&#232;tres de large, vingt m&#232;tres de long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face du coin de rue o&#249; je suis, une grande pelouse entretenue, que regardent des pavillons en cercle (tournant donc le dos au quartier). Marqu&#233;, sur ses deux acc&#232;s : Propri&#233;t&#233; Priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi, dans les signes et le sol, marque si grand hiatus entre les Palabres et le grillage ? La place, vue d'ici, est toute petite. Et son espace blanc de cailloux, au milieu, born&#233; de ciment, un interdit. C'est ici, de ce c&#244;t&#233;, entre garage et trottoir (l&#224; aussi qu'on a mis les poubelles pour le verre, le plastique et le papier), malgr&#233; le grillage qui enferme, que six gosses entrent et jouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h56 : plus de quatre heures que je me suis gar&#233; l&#224;. Coiffure Lara (sans rendez-vous) deux enfants en coupe, et une maman qui attend. La patronne et l'employ&#233;e activ&#233;e parall&#232;lement derri&#232;re les fauteuils paroi gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Stock Plus Solderie a ouvert. Dehors : paniers, vannerie. Arriv&#233;e du facteur en fourgonnette jaune. Dedans : jouets sans emballage, sacs faux cuir, fleurs en plastique (10F le bouquet), encens, et canards en pl&#226;tre &#224; quinze francs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la Mission locale, dans l'ombre de l'&#233;querre, on a beau &#234;tre 11h pass&#233;es, on est oblig&#233; de garder les n&#233;ons allum&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arri&#232;re, all&#233;e des Outils. Sur l'herbe sans arrosage, voil&#224; les jeux d'enfants (et si, pour tuer le ciment des Palabres, c'est &#224; eux d'abord qu'il faudrait faire appel) : deux ressorts bleus viss&#233;s par double goujon dans d&#233; de b&#233;ton affleurant, l'un supportant planche en bois orange avec poign&#233;e, l'autre un simple carr&#233; de plastique vert, le tout sans ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors ceci : qu'il ne suffirait pas de laisser tout ceci vivre tranquille. Qu'une pente est l&#224; ou un trou o&#249; tout lentement tombe et s'&#233;croule, tant que subsisteront chaque m&#232;tre et chaque d&#233;tail signes si &#233;vidents de l'arrogance du monde technique. Si on ne fait rien, une vengeance est en cours, qui n'est pas d&#233;cid&#233;e par les hommes mais agit &#224; travers eux, et &#224; leur encontre : le vieux sol se rattrape de l'ordonnance forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fen&#234;tres de la halte garderie sont ouvertes, mais il n'est pas pr&#233;vu de jardin (les pelouses, et celle jaunie des deux ressorts plant&#233;s droit, sont de l'autre c&#244;t&#233; du chemin). Au deuxi&#232;me &#233;tage, sur le balcon au-dessus de la garderie, un gros chien aboie, on voit la gueule qui passe. Chaudi&#232;re Novagaz est mieux trait&#233;e que les m&#244;mes &#224; quatre pattes que je vois dans la pi&#232;ce en entresol. La vitre de la porte d'entr&#233;e est bris&#233;e comme les autres. Et sur l'arri&#232;re de l'appartement conc&#233;d&#233;, au cul de la cit&#233;, &#224; la halte garderie, un grillage &#224; un m&#232;tre du sol boucle sous les balcons un couloir carrel&#233; d'autant de large. La dame y jette des graines, les oiseaux viennent en habitu&#233;s, aussit&#244;t, et derri&#232;re la vitre un m&#244;me qui ne marche pas encore met ses deux mains sur la vitre pour mieux voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai perdu la piste de l'homme au pantalon bleu qui ramenait un programme de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'all&#233;e des Outils, je m'&#233;loigne des Palabres. La place dite du Pentacle est d&#233;serte. Au bout, une pelouse am&#233;nag&#233;e : jeux et foot sans grillage. Pourquoi ils ne viennent pas, et restent l&#224;-bas sous les b&#226;timents ? Trop loin ? Trop visiblement marqu&#233; : l&#224; o&#249; les enfants jouent, par d&#233;cret de l'ordonnateur ? Parce qu'on veut jouer sous ses fen&#234;tres ? Qu'une vieille id&#233;e de territoire est ancr&#233;e, qui ne se soumet pas si vite &#224; une identit&#233; collective d&#233;cid&#233;e telle ? Trop assign&#233;, trop pens&#233;. Les mont&#233;es en spirale am&#233;nag&#233;es dans la butte, elle-m&#234;me faite au bulldozer (r&#233;gularit&#233; des pentes) : qu'est-ce qui ne va pas et pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore de l'autre c&#244;t&#233; (je suis ici au bout du territoire, comme tout &#224; l'heure &#224; la Nationale) : arri&#232;re d'une ligne de pavillons identiques, et cit&#233; architectur&#233;e nouveau style. Les ordonnateurs se succ&#232;dent : quand quelque chose est rat&#233; ici, on recommence plus loin en croyant faire mieux. Mais la terre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mont&#233; la butte aux jeux d&#233;serts. Au loin, h&#233;licopt&#232;re, bulle blanche dans le ciel, pench&#233;e vers l'avant, qui s'&#233;loigne. Le seul endroit depuis ce matin o&#249; il n'y ait pas d'enfants, ni personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout s'&#233;claircit d'un coup : la vall&#233;e aux usines, et le grondement qui vous arrive. M&#234;me de si loin, tr&#232;s vite, on rep&#232;re dans le magma blanc de ce qui gronde quoi l&#224; claque ou perfore (ma&#231;onnerie, piqueurs), c'est un grand tableau brouill&#233; qu'on d&#233;crypte et qui se spatialise : ce qui meule, ce qui avance et grince (wagons, citernes en lente translation), le chemin de fourmi de l'autoroute est un autre trait noir dans le bruit, et le fleuve l&#224;-bas d'un vert bleu m&#233;tallique ce qui y met de l'espace. Les bassins et piscines &#224; mes pieds sont aussi de silence : les quatre bassins circulaires et huit bassins carr&#233;s de la station d'&#233;puration (moteurs de pompe except&#233;s, reconnaissables aussi dans le grondement global). Mais tellement peu de silhouettes humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pour la voie lact&#233;e, l'opacit&#233; de l'air est diff&#233;rente selon qu'on regarde la vall&#233;e dans sa largeur ou sa longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, un rhinoc&#233;ros en fa&#239;ence tient sur son nez une table d'orientation, o&#249; j'&#233;cris. Elle d&#233;taille sous plastique le nom des usines : raffinerie de p&#233;trole de Feyzin (les 16 chemin&#233;es comme une ville &#233;mergeant d'une utilisation de longtemps disparue), usine Rh&#244;ne Poulenc Silicones (compacte, noire et serr&#233;e, deux chemin&#233;es blanc et rouge), usine Rh&#244;ne Poulenc Silicones Nord, usine Atochem, usine Ciba, usine Rh&#244;ne Poulenc St-Fons Nord (Saint-Fons ainsi abr&#233;g&#233; rempla&#231;ant s&#233;mantiquement &#224; valeur &#233;gale le mot Silicones), lueur tr&#232;s loin d'un poste de soudure &#224; l'arc, et sur la droite majest&#233; de sph&#232;res inox en enfilade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme tout &#224; l'heure je pouvais d&#233;tailler le bruit, je s&#233;pare maintenant dans les odeurs de chimie. L'olfactif n'a pas de mots sp&#233;cifiques qui le d&#233;signe, mais, dans ce qui, tout au matin, m'entrait opaquement dans les poumons, c'est un arp&#232;ge d'au moins six provenances, sur fond plus &#226;cre de route et train, la ville retrouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inscription centrale : Saint-Fons / superficie communale 606 ha / 45&#176; 41'58'' de latitude Nord / 4&#176; 51' 12'' Est du M&#233;ridien international / altitude 205m.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et inscriptions sur la vitre de protection superpos&#233;e : Toi le mec des Clochettes je t'aime / Je t'aime Mourad Khalide et David et tous les mecs / Je t'aime Karima / Nathalie + Khaled / Djamaa + Correilla / Les Italiens des boss. Et pour une fois ce qui est &#233;crit, l&#224; sur le panorama de montagnes et d'usines, donne sentiment que la langue parle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 &#8211; Apr&#232;s-midi rhinoc&#233;ros |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont des cl&#233;s simples. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le d&#233;but d'apr&#232;s-midi, j'&#233;tais revenu dans l'ovale sous les pilotis, avec les banquettes en bois, du Caf&#233; Club. M&#234;me si la machine &#224; caf&#233; ne marchait pas, et qu'il n'y avait non plus ni Coca ni Perrier, comme je l'avais successivement demand&#233;, mais que j'avais pu avoir un verre de jus d'orange. Quatre hommes, dont le responsable du lieu, jouaient aux cartes &#224; la table pr&#232;s de la porte, il n'y avait pas d'autres clients. Je travaillais &#224; mes notes, et je ne l'ai pas vu rentrer. Maintenant il &#233;tait accoud&#233; au bar, buvait lui aussi un jus d'orange, et me regardait d'en haut. L'homme du rhinoc&#233;ros &#233;tait toujours en salopette, sous casquette am&#233;ricaine et chauss&#233; de pantoufles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous pourrez &#233;crire ce que vous voudrez, si vous n'&#234;tes pas all&#233; dedans, vous ne comprendrez pas. J'ai pass&#233; une partie de ma vie &#224; comprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a suffi que je l&#232;ve les yeux vers lui, il est venu s'asseoir face &#224; moi. Il m'a dit qu'il m'avait observ&#233;, depuis ce matin. Et que l&#224;, il m'avait aussi vu aller &#224; l'annexe de la biblioth&#232;que, dans la galerie vide de carrelage blanc incluse dans le lyc&#233;e, puis revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'importe quel assemblage de murs porte deux v&#233;rit&#233;s, que leur s&#233;paration d&#233;finit. Vous n'avez qu'une moiti&#233; de v&#233;rit&#233;. Encore qu'elle soit utile, puisque j'ai vu aussi que vous connaissiez la dame du D&#233;veloppement, au troisi&#232;me. &lt;br /&gt;&#8212; J'ai d&#233;jeun&#233; avec elle, oui. L&#224;-bas, sur la nationale, dans une cour.
&lt;br /&gt;&#8212; Je connais l'endroit. Il y avait une autre dame avec vous.
&lt;br /&gt;&#8212; Architecte. Se poser des questions sur l'architecture : avant de faire des b&#234;tises, ou pour rattraper les b&#234;tises d&#233;j&#224; faites.
&lt;br /&gt;&#8212; Dans le pr&#233;fixe arkhi, le grec mettait premier rang, du verbe arkhein, commander. Et tekt&#244;n, celui qui travaille le bois. La notion de bois et de mati&#232;re, certainement, mais ce rang, celui en avant des autres et qui d&#233;cide. Ici, &#231;a leur est mont&#233; &#224; la t&#234;te.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous vous int&#233;ressez tant que &#231;a au langage, moi j'ai demand&#233; ?
&lt;br /&gt;&#8212; C'est parce que je vous ai vu &#224; la biblioth&#232;que. Un endroit que j'aime bien. Silencieux et frais. On vous laisse en paix. Ce n'est pas qu'ils aient beaucoup de livres, ou autant que je voudrais. Mais je me sers surtout des dictionnaires, et ils sont attentifs &#224; mes demandes. Je suis lecteur r&#233;gulier, vous comprenez.
&lt;br /&gt;&#8212; Tout le monde ne s'int&#233;resse pas &#224; l'&#233;tymologie.
&lt;br /&gt;&#8212; Comme palabres, d'apr&#232;s l'espagnol palabra : paroles. Pourquoi, ici, l'espagnol ? Premi&#232;re apparition 1604, rare avant le dix-neuvi&#232;me si&#232;cle : dans Littr&#233;, le dictionnaire dans lequel je repasse toujours en premier lieu, &#171; discours long et inutile &#187;. Puis, toujours Littr&#233;, &#171; pr&#233;sent que les commer&#231;ants font aux petits rois de la c&#244;te d'Afrique &#187;. Admirez le vague sous le mot commer&#231;ants, pour d&#233;signer les n&#233;griers, et l'adjectif petits avant rois, si c'est ceux d'Afrique. Leurs palabres, c'&#233;tait bazarder de la verroterie &#224; ceux qu'on pille, pour occulter ce qu'on d&#233;vaste. Qui, un jour, a lu la d&#233;finition de ce mot palabres pour en nommer l'endroit o&#249; des gens vont vivre ? Nous sommes ici ces rois, qu'on paye en verroterie moyennant totalit&#233; prise de leurs vrais richesses. Et discours long et inutile, comme : parlez donc, parlez toujours, ici vous pourrez parler tant que vous voudrez, nous sommes ailleurs et ne vous entendons pas. Dites &#224; votre architecte qu'il faudra commencer par d&#233;baptiser ce b&#233;ton : l'harmonie, les outils, &#224; nous-m&#234;mes d'en d&#233;cider. Les noms de fleurs ou de peintres ont cela d'avantageux qu'ils restent indiff&#233;rents. Proposez aux gens d'ici de nommer leur &#233;querre &#224; fen&#234;tres, qu'on accepte ce risque. Place des courants d'air, ou ch&#226;teau sur les usines, ou place de venez-nous voir&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit &#224; l'homme en salopette et casquette et toujours b&#233;gayant que si c'&#233;tait pour tomber sur des appellations comme D'Stock Plus Solderie ce n'&#233;tait pas forc&#233;ment une panac&#233;e, et, pour ne pas briser le lien, dit comment moi je m'appelais. Il m'a r&#233;pondu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jean-Louis Momier, pour vous servir. Mais je vais vous faire visiter, moi. Si vous restez d'un seul c&#244;t&#233; des murs, que vous servira votre bloc-notes ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pay&#233; (deux fois six francs), les boissons, et je suis sorti apr&#232;s lui. Son l&#233;ger b&#233;gaiement faisait qu'il fallait du temps pour arriver au bout des r&#233;pliques, mais aujourd'hui il ne s'agissait pas de temps compt&#233;. On longeait la fa&#231;ade grise de la rue de l'Harmonie, parce qu'il voulait me montrer la falaise, puis on est revenu. Il s'est &#233;cart&#233; de deux m&#232;tres de la fa&#231;ade, pour me montrer les appartements en terrasse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai assist&#233; &#224; la construction de tout &#231;a. C'&#233;taient des terrains en friche, et quelques jardins. Mon jardin. Parce que je voyais tout &#231;a, dessous, et que &#231;a c'&#233;tait ma vie. Une vie &#224; beaucoup r&#233;fl&#233;chir. La chimie, quand vous la maniez tous les jours, c'est ce mouvement incessant de mol&#233;cules qui se transforment, et vous comprenez &#8212; comment dirais-je ? par une osmose int&#233;rieure, lente certainement, que vous-m&#234;me &#234;tes ainsi fait. Il y avait mes citernes, et les convois de trains &#224; aiguiller selon le planning fourni, et entre les remplissages, beaucoup de temps &#224; penser. J'&#233;tais seul et silencieux, les trains repartaient. Puis, au soir, l'autobus nous ramenait &#224; Saint-Fons haut. J'habitais la maison de mes parents, et mes parents ont disparu. Le cimeti&#232;re &#233;tait o&#249; il est encore, premi&#232;re occupation de la butte au-dessus de la ville, on y a mis les tombes, sur la friche au-dessus des maisons. La grand-route passait d&#233;j&#224; l&#224;, c'est l&#224; qu'elle basculait pour tomber sur la ville. Et moi ma vie &#233;tait renvers&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait les seuls dehors, sauf trois gar&#231;ons devant le tabac, un appuy&#233; sur un capot de voitures, l'autre sur un des piliers et le troisi&#232;me esquissant en parlant comme des mouvements de danse. Et plus loin, vers la garages, cinq &#224; r&#233;parer le moteur d'une Renault 19, capot soulev&#233;. J'ai repris le mot de Jean-Louis M. : renvers&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce que vivre dans cette maison ne m'int&#233;ressait plus. Pourquoi payer si cher de loyer (ce n'est pas que c'&#233;tait bien cher, mais j'&#233;tais pay&#233; comme aiguilleur qui manie un levier chaque trente-six minutes, c'est-&#224;-dire peu, comme si la fr&#233;quence du geste enlevait quelque chose &#224; son importance. La place de gardien &#233;tait libre, et j'ai postul&#233;. Il y avait, sous la citerne, le logement de fonction, et pour seule obligation, soir et matin, de noter quelques param&#232;tres de temp&#233;rature et de pression. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citerne il me l'avait montr&#233;e, et la toute petite b&#226;tisse aussi, o&#249;, d'aussi loin, on n'aurait pas suppos&#233; que quelqu'un vive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il y a un successeur, je n'en sais rien. Je suis d'une autre &#233;poque, o&#249; l'activit&#233; de l'homme supposait sa pr&#233;sence, et cet infini &#233;change, des silhouettes en place et de cette activit&#233;, comment dire : atomis&#233;e &#224; son &#233;chelle ? Mais je montais chaque jour aux Clochettes, puisque maintenant c'est l'apr&#232;s-midi que j'avais libre. Les autobus &#233;taient vides, c'&#233;tait curieux. Je parlais au chauffeur, qui me connaissait. J'arr&#234;tais en haut de la butte, et j'entrais au cimeti&#232;re. Cela fait vingt-sept ans que je vais chaque jour saluer ainsi mon p&#232;re et ma m&#232;re. Puis, par les herbes, je venais au jardin, et retrouvais mon pays de chimie. Ce jardin, c'est mon p&#232;re qui l'avait commenc&#233;. Puis les chantiers sont venus. Et celui-ci fut le dernier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'on &#233;tait entr&#233;, comme j'avais fait le matin, dans un des escaliers, par le local dit de service, celui des poubelles, et qu'il m'avait montr&#233; sa cl&#233; en disant que c'&#233;tait un mod&#232;le simple. J'avais eu le temps, en ayant fait relev&#233; le matin m&#234;me, de regarder rapidement la bo&#238;te &#224; lettres. Le nom Momier n'y figurait pas. Mais il s'&#233;tait aper&#231;u de mon regard, et montr&#233; du doigt, simplement, des initiales : J-L. M. Ajoutant qu'il recevait peu de courrier, et que le facteur le connaissait (ajoutant : un d'ici, qui a connu mon p&#232;re). On a pris par l'escalier, le long de cette fente &#224; jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avais un m&#233;tier d'attente, dans un paysage immobile d'images. La citerne, ronde. Les trains, et l'endroit o&#249; les rails p&#233;n&#233;traient le terre-plein. Au-dessus, tout au fond, la grand-route et le pont sur le fleuve. C'est un m&#233;tier o&#249;, immobile dans le temps, on devient attentif aux choses. J'ai conserv&#233; cette attention, quand les grues sont venues, et que les engins furent sur mon jardin. Je ne me suis jur&#233; n'en pas avoir d'autre. Et le terrain appartenait d&#233;j&#224; &#224; la ville. Quand j'&#233;tais enfant, et que j'accompagnais mon p&#232;re &#224; son jardin, quelle exp&#233;dition. On descendait au cimeti&#232;re, et c'&#233;taient des chemins de terre, un labyrinthe qui finissait &#224; la falaise seulement. Ils construisaient seulement ces premi&#232;res maisons, class&#233;es dans l'ordre alphab&#233;tique. Les ma&#238;tres des usines logeaient ceux qu'ils employaient. Ici les ouvriers, plus loin, et tournant le dos &#224; la vie des autres, mais par lot aussi de deux cent cinquante, ceux qui &#233;taient mieux pay&#233;s, et commandaient. Les ma&#238;tres des usines avaient de ces affections. On traversait les maisons (elles n'avaient pas d'eau chaude, mais cela nous semblait, &#224; nous, une prouesse comme d'&#233;tablissement colonial), avant de trouver nos pistes d'herbe. Et puis le d&#233;frichage a continu&#233;. P&#233;riode faste, avec les r&#233;frig&#233;rateurs et les voitures, l'eau chaude et enfin la t&#233;l&#233;vision, la ville ne supportait plus l'herbe, et c'&#233;tait &#224; laquelle lancerait le plus au loin ses taches ordonn&#233;es sur les vieux plans de cadastre. Le nom Clochettes en a surv&#233;cu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On quittait l'escalier, pour tomber sur un &#233;trange palier : il y avait l'ascenseur, une verri&#232;re, mais pas d'appartement. Et la porte de l'ascenseur avait &#233;t&#233; condamn&#233;e. On est all&#233; jusqu'&#224; la verri&#232;re. Les trois gar&#231;ons &#233;taient toujours devant le tabac, la Renault 19 avait toujours le moteur lev&#233; (mais on n'entendait plus, d'ici &#224; l'int&#233;rieur, l'autoradio qu'ils laissaient en fonctionnement, d'en bas perceptible), et Solderie Plus avait r&#233;ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La ville a rogn&#233;, mais cette frange sur sa falaise, elle ne s'y risquait pas. C'&#233;tait aussi une conception : en bas, les usines, en haut, les hommes, sans m&#233;lange. Venir ici, c'&#233;tait rendre poreuse la fronti&#232;re, puisque le regard traversait. Moi, je continuais mon jardin, et j'&#233;tais toujours gardien. Je descendais toujours au cimeti&#232;re (maintenant il est ferm&#233; mais voyez : j'ai aussi la cl&#233;), mais c'&#233;tait pour venir ici une route goudronn&#233;e, et je repartais directement. Un jour, j'ai vu les piquets rouges et blancs. Le jardin ne nous appartenait pas, mais personne jamais ne nous avait demand&#233; de compte. C'&#233;tait un peu de culture, sans barri&#232;res ni cl&#244;tures. Il valait mieux laisser. Mais je venais. Comprenez, quand une habitude est prise. J'ai vu monter les grues, et creuser les fondations. Quand ils ont atteint l'&#233;tage, j'avais d&#233;j&#224; compris : on b&#226;tirait sur la falaise, on briserait la fronti&#232;re, mais ce ne serait pas un geste tranquille comme, de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, poser simplement les immeubles blancs. Ils ne sont pas responsables totalement : l'exc&#232;s o&#249; on les avait mis, certainement, les d&#233;passait. Ce n'est pas, cet exc&#232;s, imaginez-le bien, quelque chose de l'ordre d'un rhinoc&#233;ros en fa&#239;ence qui peut suffire &#224; le conjurer. J'&#233;tais gardien, et non pas homme de paroles, ou de palabres si vous pr&#233;f&#233;rez. Je parlais peu. J'avais ce b&#233;gaiement. Mais j'avais l'attention aux choses. Quand j'ai vu le camion amener la triple spirale, et la grue en superposer les &#233;l&#233;ments pr&#233;contraints, j'ai d'abord &#233;t&#233; surpris : mais sur quoi donnerait cet ascenseur ? Ce n'est pas sain, pour quelqu'un qui modifie les choses, de construire de quoi s'admirer soi-m&#234;me : cette verri&#232;re et ce palier ne donnaient &#224; contempler que leur propre travail. J'ai compris &#224; cet instant-l&#224; que ce b&#233;ton &#233;tait chose morte, et bonne &#224; un destin bref. Excusez ma franchise. Et cet escalier &#233;tait &#224; l'exact endroit de mon jardin. Ce palier pour rien est vite devenu lieu de rendez-vous, peut-&#234;tre c'est ce qu'ils cherchaient, mais l'usage ne plaisait pas aux r&#233;sidents, qui en ont condamn&#233; l'acc&#232;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On avait repris l'escalier, et on est mont&#233; jusqu'&#224; la porte verte qui le terminait. Elle fermait mal, et je savais qu'on arrivait aux terrasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela faisait moderne, pensaient-ils par exemple, d'inclure un amphith&#233;&#226;tre mais d'en dissimuler l'embouchure. Un trou de ciment &#224; gradins, entre les b&#226;timents, et &#224; peine une ruelle pour y entrer, sous les fen&#234;tres des &#233;tages. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit &#224; Momier qu'effectivement, le matin, j'&#233;tais pass&#233; plusieurs fois devant la ruelle sans remarquer l'acc&#232;s. Et que cette pyramide de ciment, pyramide inverse, sous le ciel mis &#224; nu, manquait curieusement l'intimit&#233; qu'elle &#233;tait cens&#233;e produire. J'avais aussi remarqu&#233; des affiches, sur les vitrines, invitant le soir m&#234;me &#224; une r&#233;union sur les gradins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi, en attendant, j'&#233;tais plus attentif au trompe-l'oeil. &#199;a s'est construit tr&#232;s vite, &#233;tage sur &#233;tage. J'avais fait mes comptes, et, tout comme vous ce matin (et vous voyez comme se remarque facilement, ici, quelqu'un qui reste quatre heures sans raison, et &#233;crit sur un bloc-notes) fait ces parall&#232;les de bo&#238;tes aux lettres et de sonnettes. Ici, &#224; l'&#233;tage, sur la terrasse, un appartement avait &#233;t&#233; construit, &#224; l'acc&#232;s invisible et non autrement r&#233;pertori&#233;. J'ai pens&#233; que les constructeurs avaient voulu se le r&#233;server, ou bien pour quelques f&#234;tes nocturnes, ou r&#233;ceptions sans spectateurs. Je m'y connaissais dans les choses : l'EDF m&#234;me a &#233;t&#233; tromp&#233;e, et la Lyonnaise des Eaux, et les imp&#244;ts locaux. Cet appartement ne figure nulle part sur leurs registres, et pourtant il existe. Vous auriez pu passer combien d'heures, avec votre bloc-notes, sans le soup&#231;onner m&#234;me ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas dit &#224; Momier que j'avais fait ce compte des fen&#234;tres, et m&#234;me un croquis, et que tout &#224; l'heure, au caf&#233;, j'avais cherch&#233; plusieurs dizaines de minutes &#224; faire co&#239;ncider ce qui m'apparaissait une forme en trop, m&#234;me en retrait et prise dans la lanc&#233;e grise des fa&#231;ades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'amphith&#233;&#226;tre &#224; l'entr&#233;e cach&#233;e, et ce trompe-l'oeil d'un palier sans portes, voil&#224; leur erreur. Ils attiraient mon attention sur cette ad&#233;quation imparfaite du r&#233;el et des apparences. On indiquait au lecteur attentif des choses qu'elles &#233;taient choses &#224; secret, comme ces anciens meubles &#224; tiroirs introuvables. L'appartement &#233;tait vide, j'acc&#233;dais &#224; la retraite. Advienne que pourra, je m'y suis install&#233;, et personne jamais ne m'a rien demand&#233;, comme pour autrefois ce jardin. Mais il n'y avait plus de choses &#224; quoi &#234;tre attentif, sinon ce b&#233;ton jamais peint, et l'incongruit&#233; de cet appartement en trop, que j'occupais. C'est le moment o&#249; ils ont ouvert aussi cette biblioth&#232;que annexe. Comme je n'avais plus les choses, j'ai choisi les mots. Je fus leur premier lecteur enregistr&#233; sur fiche, demandez-leur. Et, depuis, leur plus r&#233;gulier. Les livres sont un pays de m&#233;moire qui vaut bien notre pays r&#233;el. J'emprunte, puis je ram&#232;ne. Ici, la nuit, la lumi&#232;re monte comme en plein jour. Je n'&#233;claire m&#234;me pas. Et d&#233;sormais j'ai pr&#234;t&#233; attention, aux mots lus, aux mots entendus, aux mots que moi-m&#234;me je dis, et tant pis si b&#233;gayant. Les dames de la biblioth&#232;que m'ont entendu, et compl&#233;t&#233; leur collection de dictionnaires. Quand elles en trouvent un nouveau (r&#233;&#233;dition du Fureti&#232;re, l'an dernier, et achat d'un Larousse encyclop&#233;dique complet), c'est &#224; moi qu'elles en r&#233;servent la primeur, comme un beau cadeau. En dix ans bient&#244;t, le sentiment d'un chemin fait, dans les mots aussi bien. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'appartement en terrasse, on surplombait sur la gauche les Palabres (et les trois jeunes debout devant le tabac, et les cinq &#224; la Renault 19, l'autoradio maintenant tr&#232;s pr&#233;sent), et de l'autre c&#244;t&#233;, deux chambres carr&#233;es ouvrant sur un couloir, avec en face une salle de bain remplie de papiers empil&#233;s sur toute la surface du sol, c'est la vall&#233;e des usines qu'on dominait, avec le rhinoc&#233;ros fermant la vue au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;vier suffit &#224; un vieil homme pour son hygi&#232;ne. J'ai voulu ces deux pi&#232;ces vides, pour regarder mon usine. J'ai pass&#233; trente ans pr&#232;s de ces citernes, &#224; convoyer ces wagons. Je sais, le matin comme le soir, quel va &#234;tre leur mouvement, et ce qui se passe l&#224;-bas. Je dors c&#244;t&#233; Palabres. L'&#233;t&#233;, ce sont effectivement des paroles qui remontent, et qui ne supposent pas qu'un vieil homme soit l&#224; dans son fauteuil (je dors assis, vieille habitude de gardien) et les entende. Cela, comprenez bien, avait &#233;t&#233; pens&#233; &#224; la conception de ce faux appartement. Maintenant, au bout de dix ans, je crois comprendre l'id&#233;e de celui que tout &#224; l'heure vous appeliez l'ordonnateur : non pas ce lieu pour l'utiliser, mais, dans la cit&#233;, un lieu invisible et clos, qui simplement soit t&#233;moin, de ce que les hommes sinon ignorent. Une id&#233;e qui certainement rattrape beaucoup des erreurs commises ailleurs (j'ai bien vu comme vous &#233;tiez rest&#233; devant cette incroyable chaudi&#232;re, mise &#224; l'honneur comme &#224; la passerelle du navire, quand tout le reste, bureaux et autres, est cach&#233; sous pilotis). D'un c&#244;t&#233;, cette vue et ce travail, choses fabuleuses de leur propre activit&#233; et son histoire, avec le fleuve et les montagnes. De l'autre, les paroles et les traverses. Prenez votre temps, copiez sur votre bloc-notes, il fallait bien qu'un jour ou l'autre ceux qui me voient (ici ils me connaissent tous, mais on ne se parle pas), ramenant mon pain, achetant un journal, sachent o&#249; je vis et pourquoi j'y vis. Ce sera donn&#233; &#224; la biblioth&#232;que, n'est-ce pas ? Et dites aussi mon nom : celui qui habite en lieu presque clandestin n'a gu&#232;re d'autre habitat que son propre nom, Momier Jean-Louis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fauteuil &#233;tait au milieu du s&#233;jour, c&#244;t&#233; place. Dans la cuisine, il n'y avait pas non plus de table, mais sur le rebord de l'&#233;vier j'avais not&#233; &#224; mesure, comme tout &#224; l'heure au caf&#233;-club, ce qu'il me disait. J'ai un long entra&#238;nement de ce genre de travail, et c'est pour cela que je l'en avais pr&#233;venu : que j'avais justement mission, aujourd'hui, de tout noter ce que j'entendrais et verrais, selon l'arbitraire m&#234;me o&#249; cela me serait, au hasard de cette journ&#233;e, conc&#233;d&#233;. Et que j'&#233;tais capable, par formation (depuis m&#234;me mon &#233;cole d'ing&#233;nieur en m&#233;caniques, o&#249;, d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, on nous donnait ces cours &#224; l'&#233;poque dits pilotes, de lecture rapide, d'analyse et r&#233;sum&#233; de grosses notices techniques, et puis, justement, de compte-rendu de s&#233;ances orales), de respecter au mot pr&#232;s ces phrases entendues, de la m&#234;me mani&#232;re que, trois ans durant, &#224; un po&#232;me par semaine, facile au d&#233;part mais moins &#233;vident au bout d'un an, j'avais appris par coeur la presque totalit&#233; de Baudelaire : consid&#233;rant aujourd'hui encore, que je n'ai plus ces amusements, que cela, la m&#233;moire, fait partie des apprentissages essentiels, et les plus formateurs de la totalit&#233; mentale. Et que c'&#233;tait une des raisons, non dites d'ailleurs, qui m'avaient fait accepter si facilement l'exercice propos&#233; : une sorte de tableau global, vu de tr&#232;s pr&#232;s, o&#249; tout serait rendu, avec la plus grande exactitude dont je pourrais me r&#233;v&#233;ler capable, d'un morceau d&#233;limit&#233; du r&#233;el existant. Quoi que ce soit qu'il me r&#233;serve : existe-t-il beaucoup de Jean-Louis Momier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Plus qu'on croit. Restez &#224; un endroit, observez. Entrez dans un caf&#233;. Restez &#224; une porte d'usine. C'est que l'homme est trop affect&#233; de ce mouvement diffus, qui lui brouille la vision nette. Les civilisations gu&#233;risseuses, les grandes mythologies, sont n&#233;es de peuplades immobiles, accroch&#233;es &#224; leur paysage. Comme les indiens Zuni aussi vivaient dans leurs falaises, avec lieux inaccessibles et r&#233;serv&#233;s (j'ai de la documentation, je vais vous montrer). En dix ans, on peut accumuler beaucoup de papiers, et des savoirs bien divers. C'est le soir, en me promenant d'ici jusqu'au cimeti&#232;re. Rien n'interdit de regarder les poubelles, m&#234;me si on n'y prend, par discr&#233;tion, que les mots imprim&#233;s, les mots d&#233;j&#224; lus, et de pr&#233;f&#233;rence, dans les magazines, les &#233;crits d'ordre scientifique ou de civilisation. J'ai une passion de la civilisation. Quand j'entre &#224; la biblioth&#232;que, et que ces dames me demandent : &#8212; Monsieur Momier, que cherchez-vous ? &#8212; La civilisation, je r&#233;ponds toujours, cette absente. Notez, si vous voulez. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cuisine, o&#249; je notais, seulement un r&#233;chaud, li&#233; par son tuyau de caoutchouc &#224; une bouteille de gaz verte. Une casserole, et, &#224; c&#244;t&#233;, trois bo&#238;tes de conserves d'avance (raviolis, cassoulet, couscous). J'&#233;tais descendu tout &#224; l'heure Supermarket 1 pour ramener six bi&#232;res, qu'ils vendaient fra&#238;che, et on &#233;tait aux deux derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils disent qu'ils vont changer des rues, faire passer les voitures au ras des b&#226;timents, remettre au milieu les jeux pour les enfants, amener une poste et peut-&#234;tre installer ici la pharmacie : pourquoi pas ? Quand on construit un d&#233;cor, on peut le repeindre de trente-six fa&#231;ons. Est-ce que cela suffira &#224; d&#233;vier ce malaise, d'avoir voulu mettre des hommes au rebord de la falaise. Moi, que voulez-vous, je verrai &#231;a d'en haut, de ma terrasse, peu m'en changera. Un peu plus d'animation et de visages ? Tant mieux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant le soir tombait. Une brume un peu grise, un peu brune, cachait &#224; moiti&#233; les usines. De l'autre c&#244;t&#233;, il n'y avait plus personne pr&#232;s de la Renault 19, aux deux roues avant enlev&#233;es, avec deux parpaings pour cales sym&#233;triques. Le bus 93 laissait descendre plus de gens, et chaque fois quelques silhouettes semblaient comme aspir&#233;es par l'&#233;querre des Palabres, o&#249; elles s'absorbaient comme par porosit&#233;, tandis qu'un fond sonore encore vague et diffus commen&#231;ait de cro&#238;tre, fait de t&#233;l&#233;visions assourdies, de bruits de cuisines ou d'appels inaudibles, et que le ronflement global de la m&#233;tropole, &#224; cette heure d'encombrements et de moteurs, semblait la recouvrir enti&#232;re, m&#234;me dans cet angle con&#231;u &#224; l'&#233;cart. Et le sentiment pourtant, debout avec nos deux bouteilles de bi&#232;res devant la baie vitr&#233;e, &#224; l'&#233;tage en terrasse, dans la construction surnum&#233;raire, que tout cela &#233;tait une coque autour de nous, qui ne nous rejoignait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sentiment de libert&#233; que j'ai l&#224;, voyez-vous, &#224; vivre en un lieu o&#249; personne ne vous sait. Quelque part sur la terre, o&#249; tout aurait &#233;t&#233; pr&#233;vu pour &#234;tre &#224; c&#244;t&#233; de la terre. Vous m'accompagnerez &#224; la biblioth&#232;que et nous regarderons les atlas : il n'y a plus de taches blanches sur les cartes, plus d'&#238;les &#224; d&#233;couvrir ou bien qui ne soient pas d&#233;j&#224; nomm&#233;es. J'ai pass&#233; ma vie sous cette boule verte en t&#244;le soud&#233;e, &#233;paisse, comme sur ma t&#234;te une plan&#232;te : il faudrait &#224; ceux qui veulent le temps de r&#233;fl&#233;chir, pour cette paix du dedans, quelque chose comme ces objets du ciel, auxquels on ajoute seulement un num&#233;ro dans les r&#233;pertoires. Cela, ici, je l'ai trouv&#233;. Quelque part sur la terre, une place de ciment en &#233;querre, et la vie qui s'y colle : une boulangerie, un tabac, des appartements comme trois poign&#233;es d'hommes jet&#233;es. Et tout cela, une fa&#231;ade pour celui qui vit l&#224; : vous dites, dans votre monde, en marge. Je suis celui qui vit dans la marge, non pas parce que la terre aurait encore de tels endroits libres, mais parce qu'un th&#233;&#226;tre savamment fut m&#233;nag&#233;, avec ses fa&#231;ades et ses terrasses, pour laisser ainsi une place libre et qui ne d&#233;pend pas de ses lois. J'ai cherch&#233; aussi dans les livres des architectes : c'est une vieille tradition de leur histoire, para&#238;t-il, et toujours sous ce sceau du secret. J'ai des photos, ainsi, &#224; Rome, piazza del Popolo, sur ce portique qui enjambe l'embranchement de la via del Corso : vous remarquerez ces trois fen&#234;tres, entre les reliefs. Ainsi, plus tard dans l'histoire, ces statues m&#233;nag&#233;es dans les cath&#233;drales gothiques, o&#249; personne ne pouvait les voir, et construites avec la m&#234;me exigence. Pour cela, ce petit grain de g&#233;nie, et l'appartement qui devait rester vide, juste t&#233;moin des bruits, des lumi&#232;res et du temps, celui ou ceux que vous nommiez ordonnateurs doivent &#234;tre pardonn&#233;s : il fallait cette &#233;norme carapace, et ce grand d&#233;cor, pour un petit grain de caf&#233; o&#249; personne n'a regard. Il fallait ici mimer l'ordinaire, en rajouter sur l'ordinaire, et le tromper en m&#234;me temps. Que savez-vous si ce si&#232;cle n'a pas demand&#233;, pour que les architectes entretiennent ce vieux secret de leur profession, de construire en bien d'autres lieux et endroits ces minuscules r&#233;serves &#224; la vie administrative : peut-&#234;tre jugerez-vous autrement ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de la petite ouverture rectangulaire en bout de la salle de bain dont tous le sol &#233;tait couvert d'articles d&#233;coup&#233;s, par piles, dans magazines et journaux, class&#233;s par mati&#232;res et ann&#233;es (il me l'avait expliqu&#233;, et nous en avions comment&#233; plusieurs, en particulier ceux d'astrophysique, qui avaient sa pr&#233;dilection - tr&#232;s fier qu'il &#233;tait qu'au lyc&#233;e professionnel le gardien, qui vivait en face, &#224; l'intersection de l'all&#233;e des Outils et de celle de l'Harmonie, lui mettait de c&#244;t&#233;, syst&#233;matiquement, toute documentation officielle, et tout ce que leur Centre de Documentation et d'Information ne jugeait pas utile de garder, ou rempla&#231;ait), Momier maintenant me montrait, par-dessus les toits, comme je les avais vues ce midi sous ce feu d'artifice en plein jour, le haut des Minguettes, les cubes sup&#233;rieurs d&#233;bordant de l'horizon vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cases partout habit&#233;es, jamais parfaitement d&#233;nombrables. Vieux mythe. Une chance de survie peut-&#234;tre, pour cette civilisation, parce que quelques-uns auraient &#233;chapp&#233; &#224; l'usure ordinaire. Quelquefois je veux le croire, &#231;a ne console pas toujours, de son propre destin, ni du leur. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>de pourquoi ces morts sur les toits</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3746</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3746</guid>
		<dc:date>2015-09-21T04:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;dans cette ville on ne faisait rien comme dans les autres&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;fantastique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3746.jpg?1382850256' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans cette ville, on mettait les morts sur les toits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'aurait pas eu de place ailleurs, ou alors bien trop loin. On ne pouvait pas les avoir l&#224;, en plein dans ses pieds, ni se permettre d'avoir des dizaines de kilom&#232;tres &#224; faire pour trouver de l'espace libre dans des terrains plats, &#224; des conditions acceptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon, on avait aussi la rivi&#232;re, des barges, ou les laisser filer au fil de l'eau &#8211; mais ce n'&#233;tait pas commode, et peu plaisant pour les populations voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les toits, rien que des avantages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-haut, un espace technique, mais discret. On pouvait tranquillement installer les cases de ciment, parall&#233;lo&#239;des ou cylindriques, pyramides ou simple caveau &#8211; qui cela g&#234;nait, votre style ? Certains laissaient les tombes ouvertes, avec la fum&#233;e des encens (une vapeur d&#233;tourn&#233;e des circuits de chauffage de la ville) qui se d&#233;gageait pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On venait les saluer, ou pas. Et puis, quand on estimait que le vent, l'air et le soleil les avaient r&#233;duits &#224; cette poussi&#232;re s&#232;che, on d&#233;montait, plus de trace, de la place pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'&#233;tait de bonne augure pour la ville et les autres d'ainsi savoir, au-dessus de nos t&#234;tes, entre la ville et le ciel, ces pr&#233;sences bienveillantes, &#224; notre main puisque juste au dernier bouton de l'ascenseur (un escalier de ciment raide menait directement &#224; la zone technique et aux caveaux) et qui, eux, profitaient de notre bruissement habituel, la rumeur de la ville, les voitures et le chemin des &#233;coles, les sir&#232;nes et le cycle des lumi&#232;res, des saisons, des heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, quand on s'&#233;tonnait de ce rituel auquel ils ne pr&#234;taient plus attention, ni de cette &#233;tranget&#233; qu'&#233;tait de vivre sous les morts, ils vous regardaient tout surpris, s'&#233;tonnaient que nous n'ayons pas eu, pour nos propres villes, la m&#234;me id&#233;e si simple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4404 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tombe-01.jpg?1382850301' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tombe-02.jpg?1382850302' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tombe-03.jpg?1382850302' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tombe-04.jpg?1382850302' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tombe-04b.jpg?1382850302' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tombe-05.jpg?1382850302' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>j'ai dormi dans mon absence (nuits Cergy)</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4066</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4066</guid>
		<dc:date>2014-12-04T07:08:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de s'&#233;loigner de soi et d'y revenir en spectateur&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4066.jpg?1417676615' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4066.jpg?1417676623&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce sont des donn&#233;es : je suis astreint, &#224; jour fixe, une fois par semaine, &#224; me pr&#233;senter ici, au guichet, &#224; la nuit tomb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me remet une carte avec un num&#233;ro. Quand j'arrive, la carte est pr&#234;te. Il est n&#233;cessaire de r&#233;server au moins une semaine &#224; l'avance pour b&#233;n&#233;ficier d'un tarif accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on prend la carte et son sac, on va &#224; l'ascenseur et on lit le premier chiffre des trois inscrits &#224; la main sur la carte. On sort dans le couloir, et on ins&#232;re la carte dans le num&#233;ro correspondant aux deux derniers chiffres inscrits &#224; la main sur la carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est arriv&#233; de revenir dormir dans une chambre qui m'avait d&#233;j&#224; accueilli &#8211; je crois la 310 ou la 315. J'ai demand&#233; s'il y avait une astuce dans le syst&#232;me de r&#233;servation pour indiquer une pr&#233;f&#233;rence concernant une de ces chambres, on m'a dit que non, en tout cas je n'en ai pas trouv&#233; &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq couloirs sont identiques, mais le cinqui&#232;me &#233;tage est r&#233;serv&#233; aux h&#233;bergements de groupe et les chambres y ont trois, voire quatre lits s&#233;par&#233;s, ou superpos&#233;s. Il m'est arriv&#233; aussi d'y &#234;tre envoy&#233;, de dormir &#224; c&#244;t&#233; de trois lits vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couloirs 2, 3 et 4 sont identiques, m&#234;me si le 4 comporte plut&#244;t deux lits individuels qu'un lit double, ce qui m'est d'ailleurs indiff&#233;rent pour l'usage que j'en ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le c&#244;t&#233; du couloir, l'exposition &#224; la ville est &#233;videmment oppos&#233;e, mais les deux images correspondantes &#233;tant fixes, on s'habitue, d'ailleurs je ne regarde pas aux fen&#234;tres, c'est toujours la m&#234;me image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chambres sont identiques et alternent par sym&#233;trie, lit &#224; gauche et coin douche &#224; droite ou le contraire, petite table sous le n&#233;on vertical avec prise de courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chambres n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1634&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;novation&lt;/a&gt;, armoire ou cloison suppl&#233;mentaire, la plomberie un peu usag&#233;e aussi, c'est le cas de cette 221 o&#249; j'&#233;cris en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sol de linol&#233;um porte les stigmates de cigarettes &#233;cras&#233;es, m&#234;me si soi-m&#234;me on a du mal &#224; s'imaginer le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc chaque semaine on me remet la carte, je suis dans une chambre chaque fois identique et chaque fois pourtant diff&#233;rente, en hauteur par rapport &#224; la disposition des &#233;tage et en longueur par rapport &#224; la disposition des couloirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les variantes d'une semaine &#224; l'autre sont restreintes : voisinages, groupes, serrure bloqu&#233;e. Il y a dans chaque chambre un &#233;cran de t&#233;l&#233;vision et une t&#233;l&#233;commande mais je n'aime pas ces appareils, ils me sont aussi utiles que ces portes manteaux accroch&#233;s au mur par un clou ind&#233;vissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est arriv&#233; une aventure &#233;trange. J'avais effectu&#233; ma r&#233;servation d'avance, et b&#233;n&#233;fici&#233; d'un tarif bas en choisissant la mention &lt;i&gt;non annulable non remboursable&lt;/i&gt;. Quand j'ai su que je ne viendrais pas, la semaine derni&#232;re, j'ai tent&#233; d'appeler la r&#233;ception et leur demander &#8211; &#224; titre exceptionnel, mais on me conna&#238;t et me salue, maintenant, ici &#8211; de transf&#233;rer la r&#233;servation sur cette semaine-ci. Mais mauvais horaire ou quoi, je ne suis tomb&#233; sur quelqu'un qui &#233;tait indiff&#233;rent &#224; cette requ&#234;te (je sais pourtant qu'elle est possible) et me l'a refus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je dormais dans une autre ville, dans un autre h&#244;tel, pour une obligation qu'il ne me revient pas de justifier, la chambre ici &#233;tait close sur mon absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais m&#234;me pens&#233; en faire cadeau &#224; quelqu'un, apr&#232;s tout c'est exotique une nuit ici. Puis j'avais renonc&#233;, pas la peine de se cr&#233;er des complications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la complication &#233;tait pour moi : c'est tr&#232;s bizarre de dormir non chez soi, mais de savoir que dans le lieu o&#249; chaque semaine vous allez dormir, avec les m&#234;mes gestes, les m&#234;mes lumi&#232;res, les m&#234;mes heures (elles ont une nature particuli&#232;re, sas entre deux journ&#233;es lourdes, j'y suis peu actif), vous en &#234;tes litt&#233;ralement absent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais confront&#233; &#224; l'absence de moi-m&#234;me, et pourtant rien de plus facile (parce que je n'&#233;tais pas chez moi, dormais dans un autre h&#244;tel ?) que m'y glisser &#224; distance. Pourquoi, m&#234;me si j'&#233;tais ailleurs, les m&#234;mes gestes associ&#233;s &#224; cette chambre vide n'auraient pas &#233;t&#233; accomplis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors hier soir, c'est cela que j'ai voulu me &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1779&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;confirmer&lt;/a&gt; &#224; moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro qu'on m'a attribu&#233; sur la carte importe peu &#8211; les chambres sont pareilles, c'est juste leur localisation qui change. Alors, d&#232;s que j'y suis entr&#233; hier soir, &#224; la nuit tomb&#233;e, que j'ai pos&#233; mon sac &#224; la place habituelle o&#249; je pose mon sac, allum&#233; le n&#233;on pr&#232;s de la petite table de travail, ferm&#233; le rideau de la fen&#234;tre sur la ville, j'ai su que je n'&#233;tais pas ce voyageur habituel, comme tant d'autres dans ce pays confront&#233; &#224; t&#226;che hebdomadaire hors de leur domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un tour de cirque quand on ne se sait pas capable d'un tour de cirque, &#234;tre parvenu &#224; accomplir ce qui me hantait depuis cette nuit absente : venir voir &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; ce qui se passait dans cette chambre lorsque je n'y &#233;tais pas, mais que je l'avais r&#233;serv&#233;e, noire et silencieuse accroch&#233;e &#224; sa fen&#234;tre sur ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et depuis hier soir se sont encha&#238;n&#233;s ces m&#234;mes gestes o&#249; celui que j'observais n'&#233;tais pas celui qui vient chaque semaine, mais bien celui qui n'&#233;tait pas venu la semaine derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dormi dans mon absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une exp&#233;rience vraiment singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/premiere-01.jpg?1417676705' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/premiere-02.jpg?1417676705' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/premiere-03.jpg?1417676705' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/hotel.jpg?1417677706' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>villes | de ces dix maisons de biais</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3984</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3984</guid>
		<dc:date>2014-07-22T18:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;myst&#232;re des maisons de biais au long du RER de Nanterre &#224; Houilles-Carri&#232;res&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;grand Paris, banlieue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3984.jpg?1406052827' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3984.jpg?1406052835&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;texte initialement publi&#233; sur le blog &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3983' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pendant le week-end&lt;/a&gt; dans le cadre des vases communicants&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Houilles de biais (dix maisons)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ici la ville avait peign&#233; les maisons de biais. Le train filait droit, les rues &#233;taient &#224; l'oblique, les maisons s'&#233;taient une par une succ&#233;d&#233; dans les angles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5149 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/01-2.jpg?1402000137' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison un qu'elle avait &#233;t&#233; pr&#233;vue pour un homme seul : un homme seul peine moins &#224; se d&#233;placer et s'installer dans une maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/07-4.jpg?1402000095' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison deux qu'elle avait &#233;t&#233; pr&#233;vue pour n'abriter personne, mais seulement des objets : les objets on les regardait de plus pr&#232;s dans une maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5142 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/03-6.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison trois que chacun vivait dans son &#233;tage et les enfants &#224; la cave et que ceux-l&#224; auraient bien voulu la faire pousser et pousser encore mais que voulez-vous, ce n'est pas toujours facile, dans une maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/02-5.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison quatre qu'on y vivait tranquille, qu'elle s'&#233;tait mise au carr&#233; dans l'espace en triangle et qu'ainsi on oubliait : mais qu'ils avaient tellement oubli&#233; qu'ils ne savaient m&#234;me plus qui ils &#233;taient, ni qu'ils &#233;taient dans une maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/04-5.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison cinq que personne n'avait jamais v&#233;cu l&#224;, que c'&#233;tait impraticable, qu'on l'avait juste mise l&#224; par sym&#233;trie, pour compl&#233;ter l'alignement des maisons de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/05-4.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison six que les habitants y &#233;taient mais ne sortaient plus, qu'il n'est pas facile toujours de trouver les portes et qu'elles ne soient pas coinc&#233;es &#8211; qu'en tout cas si longtemps qu'on ne les avait pas vus, dans leur maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/06-3.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison sept, au contraire, que vers la ville, pour la rue et pour le train elle &#233;mettait des signes : rideaux aux fen&#234;tres, arrangement soign&#233;s du jardin, et quand bien m&#234;me personne ne s'en pr&#233;occupait, c'&#233;tait leur fa&#231;on de vivre dans une maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5146 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/08-4.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison huit qu'elle trompait son monde : qu'elles &#233;taient au moins quatre maisons &#224; trouer la vieille peau de ciment et bitume de la ville par les p&#233;riscopes &#233;troits des pignons fa&#231;on haut de si&#232;cle, et que dessous &#233;tait un immense d&#233;dale de cavernes ciment&#233;es quasi vides o&#249; on faisait peintre et musique, sous la maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5147 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/09-3.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison neuf qu'on la transportait l&#224; parfois : si les gens vieillissaient il n'&#233;tait pas si bon qu'ils restent dans leur voisinage habituel, on tirait leur maison ici dans l'angle et on repoussait les bords pour qu'elle tienne dans l'oblique, alors ils pouvaient bien tenir le temps qu'ils voulaient, dans la maison de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/10-3.jpg?1402000096' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On disait de la maison dix que personne jamais n'avait pu la finir, quelle se construisait depuis l'&#233;ternit&#233; des &#233;ternit&#233;s mais que le chantier lui-m&#234;me &#233;tat r&#233;vision permanente, derni&#232;re ma&#231;onnerie utilis&#233;e, et qu'on n'avait pas encore creus&#233; l'int&#233;rieur, que c'&#233;tait juste un mausol&#233;e de brique, une maison par imitation, pr&#233;cis&#233;ment en leur honneur, aux maisons de biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>de ces infiltrations sous la ville </title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3986</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3986</guid>
		<dc:date>2014-06-11T21:22:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;on avait compris d'o&#249; venaient tous ces gens qui faisaient d&#233;border les villes&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3986.jpg?1402521141' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3986.jpg?1402521161&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/DdL8spC4RZ0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un syst&#232;me d'enregistrement automatique par cam&#233;ra le prouvait : on savait maintenant d'o&#249; provenaient tous ces gens dans les villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que longtemps qu'on avait mis des p&#233;ages sur les autoroutes, des pr&#233;fectures pour l'obtention des papiers, des contr&#244;les dans les gares et aux a&#233;roports &#8211; les villes auraient d&#251; &#234;tre &#233;tanches. Ces grandes constructions qu'&#233;taient les villes pouvaient s'&#233;tendre, mais le premier objectif c'&#233;tait la stabilit&#233; dans la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cela ne pas &#234;tre trop nombreux. Rester entre nous. Qu'il y en ait pour tout le monde, m&#234;me si tout le monde n'avait pas comme tout le monde, et certains encore bien plus que les certains avec bien moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait pourtant bien r&#233;gul&#233; aussi les extr&#234;mes : des clous au sol pour qui n'avaient pas assez, et ceux qui avaient trop &#233;taient partis d'eux-m&#234;mes o&#249; cela leur semblait sentir meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les cam&#233;ras de surveillance &#224; d&#233;clenchement automatique le prouvaient : ils n'arr&#234;taient pas d'entrer dans la ville. Ils entraient par infiltration. Cela se passait dans les sous-sol, cela prenait des chemins compliqu&#233;s, et d'o&#249; ils venaient on ne savait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus on les entendait rire, plaisanter, chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, comment voulez-vous les reconna&#238;tre, tous pareils. Et puis une fois rejoints les espaces communs, plus possible de les rattraper, &#224; moins de contr&#244;le inopin&#233;, mais on pouvait supposer qu'ils avaient tous les papiers qu'il fallait pour y satisfaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait conf&#233;r&#233; avec les anciens services de l'&#233;limination des insectes. Ils sommeillaient, mais avaient gard&#233; toutes leurs archives, et une bonne part de leur savoir-faire. On avait ressorti les vieux plans, examin&#233; les fissures, les superpositions, les recompositions. Des ordinateurs avaient trac&#233; des obliques rouges sur les vieux plans : les passes souterraines par o&#249; l'infiltration &#233;tait possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et depuis lors, on avait commenc&#233; le colmatage de la ville. La fin des fissures. Et pourtant, les croisant dans la rue, eux, vous, tout le monde, qui vous garantissait que l'infiltration ne durait pas encore, qu'ils n'appartenaient pas &#224; ceux de l'infiltration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que montrait la cam&#233;ra de surveillance &#233;tait &#233;difiant, suffisant, mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/infiltrations3.jpg?1402521191' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jaunay-Clan, fiction sur ce qui n'est plus</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3917</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3917</guid>
		<dc:date>2014-04-25T16:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>routes, voyages</dc:subject>
		<dc:subject>g&#233;ographie, paysage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de ce qui dispara&#238;t sans m&#234;me s'apercevoir qu'il a disparu&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot350" rel="tag"&gt;routes, voyages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot771" rel="tag"&gt;g&#233;ographie, paysage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3917.jpg?1396596894' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il avait d&#233;cid&#233; qu'il vivrait l&#224; quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant ce n'&#233;tait pas si difficile. Un casque de chantier, un air occup&#233;, la baraque de chantier qu'il avait r&#233;ussi &#224; apporter pi&#232;ce apr&#232;s pi&#232;ce dans sa camionnette (on ne faisait pas de vrai contr&#244;le aux entr&#233;es), et c'&#233;tait assez pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait pass&#233; plus de quinze ans ici. Ce qu'il connaissait : la perspective droite de l'autoroute cot&#233; nord, le bruit asym&#233;trique des voitures &#224; l'approche, le grondement plus sourd des camions, et sous le ciel clair d'Atlantique comment ils bifurquaient lentement pour venir se garer sur l'aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on a construit peut aussi bien &#234;tre d&#233;moli, pensait-il. Il n'avait pas de nostalgie. Avait-il seulement de l'attachement et &#224; quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait cette bicoque de b&#233;ton g&#233;om&#233;trique ferm&#233;e depuis des ann&#233;es : lieu vide, on s'imagine toujours qu'il reprendra vie. Qu'y vendait-on pourtant, sinon de mauvais sandwiches ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis le grand parking : il fallait voir grand, parce que c'&#233;tait comme un bout de l'autoroute, o&#249; camions espagnols et portugais, qu'ils viennent d'Allemagne, de Hollande, ou du reste de la France, quitteraient ensuite, dans le contournement de Poitiers, le trajet &#224; p&#233;age par Niort, et rejoindraient Libourne et Bordeaux par l'ancienne nationale 10 : aucune perte de temps, limit&#233;e &#224; 100 elle &#233;tait cependant &#224; quatre voies presque d'un bout &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors sur l'aire ils s'arr&#234;taient, mangeaient et dormaient. Le matin, ils avaient leur local de douche r&#233;serv&#233;, ils en surgissaient torse nu, serviette sur les &#233;paules r&#226;bl&#233;s, avant de rejoindre les camions gar&#233;s en &#233;pi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, quinze ann&#233;es durant, il avait tondu l'herbe, repeint les bordures, vid&#233; les poubelles, fait entrer ou sortir par le portail de r&#233;gie qui y avait l&#233;gitime acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la ligne TGV Paris-Bordeaux suivrait la longue saign&#233;e d&#233;j&#224; trac&#233;e dans le vieux paysage par l'autoroute, on s'en doutait. Qu'avant le contournement de Poitiers ce serait plut&#244;t par leur c&#244;t&#233; descendant &#8211; puisqu'en face survivait ce parc d'attraction un peu d&#233;mod&#233;, pas encore &#224; l'abandon (mais il avait bien accompli sa mission, presque un tiers de si&#232;cle durant, le Futuroscope : qui s'imaginait alors que le futur serait aussi r&#233;ticent &#224; entrer dans les r&#234;ves programm&#233;s ?). Mais il y avait tant de place, rien que des champs de ma&#239;s, et un TGV &#231;a ne prend pas beaucoup de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a s'&#233;tait fait en quelques mois : la saign&#233;e de terre avan&#231;ait, l&#224;-bas, rongeant lentement entaille dans l'horizon nord. C&#244;t&#233; Poitiers, les piliers des viaducs s'&#233;levaient gris, la&#231;ant leurs tabliers vides. Et ils avaient compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pouvait dire que cela s'&#233;tait pass&#233; correctement : ceux qui avaient voulu d&#233;brayer avec un petit pactole avaient pu le faire &#8211; les TGV c'est une poule aux oeufs d'or sans limite &#8211;, les filles qui s'occupaient de la caf&#233;t&#233;ria s'&#233;taient vu proposer des postes en renfort dans les autres aires autorouti&#232;res proches. La marque d'essence avait r&#233;cup&#233;r&#233; son autorisation pour s'approprier un autre point de distribution sur une autre autoroute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lui, on ne lui proposait rien ? Au d&#233;but il avait continu&#233; comme &#231;a, par habitude en somme. Pour le go&#251;t de voir ce ciel aux heures toujours si fantasmatiques et pourtant l&#233;g&#232;res o&#249; le jour se faisait, et que le soleil hissait lentement son cercle rouge sur les premi&#232;res collines, et selon le point pr&#233;cis on savait la saison, comme &#224; l'effilochement des derni&#232;res tramn&#233;es de brume on savait le temps pour la journ&#233;e bien mieux qu'&#224; toute leur radio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, le lendemain m&#234;me du jour o&#249; tout avait &#233;t&#233; vid&#233; (jour de gloire : toutes ces bricoles qu'on vend sur les autoroutes, mais dont on se demande qui les ach&#232;te, ils les avaient simplement distribu&#233;es au personne), apr&#232;s cette petite larme vers&#233;e par les filles de la cafet lorsqu'ils avaient fait tous ensemble ce pot d'adieu face au flux indiff&#233;rent des voitures, dont plus aucune maintenant ne pouvait s'arr&#234;ter, les citernes d'essence d&#233;j&#224; vid&#233;es puis remplies d'un ciment neutre pour les colmater &#224; jamais, les bulldozers &#233;taient venus. Le soir il ne restait plus que des d&#233;blais blanch&#226;tres sur l'&#233;tendue de ciment nu, mais qui gardait encore le dessin pr&#233;cis de tout l'ensemble. C'est ce soir-l&#224; qui avait &#233;t&#233; le premier o&#249; il s'&#233;tait risqu&#233; sur le chantier avec sa camionnette, r&#233;cup&#233;rant les bricoles &#233;chapp&#233;es au d&#233;sastre. Ce soir-l&#224; aussi qu'il s'&#233;tait aper&#231;u que le passe qui permettait l'acc&#232;s au chantier, par le portail donnant sur la route de Mirbeau, &#233;tait du m&#234;me type que son propre passe administratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les d&#233;blais enlev&#233;s, et d'autres machines pour scier et soulever par en dessous les plaques de bitume, les haricots et trottoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, marchant sur la terre nue (et la montagne que poussait l'entaille toute proche maintenant c&#244;t&#233; nord), lui &#233;taient revenues des images de hasard, sc&#232;nes qui n'adviendraient plus jamais : les gars des douane installant des sc&#232;nes de guerre civile pour retrouver on ne sait pas trop quoi dans les coffres des v&#233;hicules fatigu&#233;s des gens du coin. Ou cette habitude qu'avaient les enterrements venus de Paris, lorsque les fun&#233;railles avaient lieu en Poitou, de se garer bien en vue et d'attendre que les rejoigne le convoi des proches. Ou, bizarrement, cette fois qu'un mariage princier en Angleterre (pensez si c'&#233;tait int&#233;ressant) avait pourtant fait s'arr&#234;ter pendant 40 minutes des dizaines de voitures, la caf&#233;t&#233;ria soudain pleine sous l'&#233;cran g&#233;ant montrant la pluie de l&#224;-bas quand il faisait si beau ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La saison &#233;tait belle, pourquoi ne regarderait-il pas &#231;a de pr&#232;s ? Invisible dans la journ&#233;e, le soir il reprenait son domaine. M&#234;me sans grillage, il en connaissait toutes les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait plus de station-service ni d'aire autorouti&#232;re &#224; Jaunay-Clan, sens descendant, juste avant Poitiers. Mais lui il continuait pour l'instant de vivre l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/jaunay-clan-2.jpg?1396596865' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;NOTA : depuis une quinzaine d'ann&#233;es, j'ai &#233;t&#233; invit&#233; tr&#232;s souvent, parfois plusieurs ann&#233;es successives, &#224; des ateliers d'&#233;criture en fac de Lettres &#224; Poitiers. Partant de Tours le matin de tr&#232;s bonne heure, je m'arr&#234;tais &#224; l'&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1128&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aire autorouti&#232;re de Jaunay-Clan&lt;/a&gt;, une dizaine de minutes et un caf&#233;, il me restait &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1081&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ensuite&lt;/a&gt; 7 ou 8 minutes de voiture pour me garer &#224; la fac et entrer en cours. Ce &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1044&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rituel&lt;/a&gt;, accompli des &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1045&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dizaines&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1046&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dizaines&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1022&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fois&lt;/a&gt; (moins depuis deux ans), il m'a sembl&#233;, la longeant samedi dernier pour trouver &#224; sa place l'&#233;norme remblai du nouveau TGV, qu'elle continuait l&#224; de fa&#231;on fant&#244;me. Et que les photographies que j'ai accumul&#233;es de cet endroit, toutes ces ann&#233;es (la bicoque de ciment vide, les camions gar&#233;s en &#233;pi, les bricoles inutiles &#224; vendre pr&#232;s de la caisse), devenant alors la seule preuve de l'existence de ce lieu, changeaient soudain d'intensit&#233;. Je ne m'arr&#234;terai plus jamais &#224; Jaunay-Clan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>de ces nouveaux ponts &#224; suicide compris</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3910</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3910</guid>
		<dc:date>2014-03-22T20:10:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>politique, soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;une grande innovation sur les nouvelles voies TGV aux abords des grandes villes&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot289" rel="tag"&gt;politique, soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3910.jpg?1395518985' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En tant que blogueur ayant &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article812' class=&#034;spip_in&#034;&gt;souvent r&#233;agi&lt;/a&gt; &#224; ces t&#233;moignages de suicide sur voie, ayant &#233;crit sur ce th&#232;me &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/arch/THangouleme.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, d&#233;j&#224; fait des &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3374' class=&#034;spip_in&#034;&gt;propositions&lt;/a&gt;, j'&#233;tais avec d'autres convi&#233; &#224; une pr&#233;sentation de ce nouveau mod&#232;le de pont avec dispositif de suicide inclus (il y avait d&#233;j&#224; eu de ces essais et propositions aux abords des grandes villes, et il m'est arriv&#233; d'en &#233;changer personnellement avec &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1550' class=&#034;spip_in&#034;&gt;des responsables SNCF&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rappelle que les suicides sur voie, rien que pour les lignes TGV et sans compter les RER, s'&#233;tablissent d&#233;sormais &#224; 400 par an, avec concentration sur deux p&#233;riodes pr&#233;cises de l'ann&#233;e (l'une approche), causant un nombre consid&#233;rable de retards et d'interruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps pour la police de proc&#233;der (ces images quand vous les voyez de la gare, avec les longues pinces, morceau par morceau mis dans les sacs), ou examinant centim&#232;tre par centim&#232;tres les abords du heurt pour &#233;liminer les autres causes &#233;ventuelles &#8211; meurtre camoufl&#233; compris &#8211;, et que le train d&#233;file lentement l&#224; o&#249; les hommes &#224; brassard fluorescent s'activent, et une qu'une petite voix dans le wagon dit soudain &#224; sa m&#232;re : &#8212; Maman, pourquoi le monsieur il a plus de t&#234;te ?, m&#234;me si d&#233;sormais le temps de blocage (mais quelles cascades pour les trains qui suivent ou croisent) s'&#233;tablit &#224; moins de 2 heures, la r&#233;ponse sociale ne suffit pas. La r&#233;ponse sociale, dans un pays o&#249; quelques riches sont de plus insolemment riches, que les couches moyennes s'effondrent et que la pr&#233;carit&#233; gagne obscur&#233;ment tous les autres, est plut&#244;t dans le sens d'une aggravation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi ne pas prendre en main le probl&#232;me globalement, disait au micro le sociologue expert conseillant l'entreprise ? Nous donnant pour exemple les &lt;a href=&#034;http://dozodomo.com/bento/2014/03/18/nouvelles-barrieres-securite-high-tech-les-quais-gares-japonaises/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;barri&#232;res des gares japonaises&lt;/a&gt; (merci &lt;a href=&#034;http://www.liminaire.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Liminaire&lt;/a&gt;, qui m'accompagnait dans ce voyage, pour le rappel du lien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On am&#233;nagerait donc sur les nouvelles voies, aux abords des grandes villes, un pont avec dispositif de suicide inclus. Et c'est la premi&#232;re &#233;bauche de sa construction qu'on nous a ce samedi apr&#232;s-midi &#224; Poitiers, d&#233;partement de la Vienne, sur la nouvelle ligne &#224; grande vitesse qui l'an prochain joindra enfin Paris &#224; Bordeaux, convi&#233;s &#224; d&#233;couvrir, appel&#233;s &#224; rendre compte sur nos sites et blogs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s serait donc libre. Non pas facile. Une des id&#233;es-ma&#238;tre, c'&#233;tait qu'il fallait venir une premi&#232;re fois, et cr&#233;er un code sur le premier acc&#232;s de l'escalier. La semaine suivante, le code d&#233;bloquait le portillon d'acier, et vous amenait &#224; la vue m&#234;me de la voie, et du vacarme visuel des machines lanc&#233;es &#224; plus de trois cents &#224; l'heure, au ras des rails, comme vous les d&#233;couvririez l'instant venu. Vous composiez alors un deuxi&#232;me code sur la grille terminale, et au bout d'une semaine (si vous manquiez d'une journ&#233;e, le code se supprimait de lui-m&#234;me et il vous fallait recommencer) vous acc&#233;diez au dispositif lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On insistait sur l'hygi&#232;ne, la discr&#233;tion, la protection aussi : le conducteur du train ne verrait rien, ne s'apercevrait qu'&#224; peine du choc minime. Le service sp&#233;cialis&#233; qui viendrait pour le constat et l'enl&#232;vement trouverait le corps en &#233;tat, dans un r&#233;ceptacle &#224; sa mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque vous passiez la grille, nous a d&#233;montr&#233; non plus le sociologue, mais l'ing&#233;nieur des Ponts et Chauss&#233;es qui avait effectu&#233; les calculs, encore trois marches de ciment brut, une trappe de fer sur laquelle vous posiez les deux pieds, et puis cette ouverture dans laquelle vous vous glissiez, t&#234;te, cou, &#233;paules, jusqu'&#224; la cage thoracique. Alors il suffisait d'attendre &#8211; le heurt se faisait juste sur le haut du front (&#8212; Comme un oeuf &#224; la coque, dit l'ing&#233;nieur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait encore temps de changer de d&#233;cision. Autour de vous, prot&#233;geant les deux rails, deux plaques l&#233;g&#232;res d'acier poli. Vous d&#233;couvriez le reflet de vote visage. Si vraiment vous l'aviez en haine et d&#233;go&#251;t, alors regardez de face : face &#224; la venue du train &#8211; pas possible mat&#233;riellement de se tourner de l'autre c&#244;t&#233;. Sur les deux plaques d'acier poli, &#224; gauche une reproduction grav&#233;e des bienfaits de la terre, usines, villes, prosp&#233;rit&#233;, voyages et inconnu, plaisirs de l'enfance. Si vous regrettiez, il est encore temps. De l'autre, la fugacit&#233; de la condition humaine, les guerres, la pauvre mis&#232;re des jours, la faim et la peur. Si cela vous aidait, profitez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choc d&#233;clenchait imm&#233;diatement l'ouverture de la trappe et l'&#233;vacuation. On pensait qu'un seul de ces dispositifs, mais chaque fois sur un pont &#224; l'entr&#233;e m&#234;me des grandes villes, suffirait &#224; renverser le d&#233;sordre des horaires, des interruptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#234;vait que la facilit&#233; &#224; en finir aide &#224; en dissuader. Le chef de r&#233;gion de l'entreprise nationale de transports a cit&#233; Walter Benjamin : &#8212; Et si le suicide non plus n'en valait pas la peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'urbanisme et l'espoir se conjuguaient. Mise en service d&#232;s 2015.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-01.jpg?1395518569' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-02.jpg?1395518570' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-03.jpg?1395518570' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-04.jpg?1395518570' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-05.jpg?1395518570' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-06.jpg?1395518570' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4843 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/suicide-tgv-pont-poitiers-07.jpg?1395518570' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>fiction | du th&#233;&#226;tre &#224; ville</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3730</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3730</guid>
		<dc:date>2013-10-15T03:48:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>fictions br&#232;ves &amp; ultra-br&#232;ves</dc:subject>
		<dc:subject>architectures, urbanisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;on avait renvers&#233; carr&#233;ment le dispositif de repr&#233;sentation&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot679" rel="tag"&gt;fictions br&#232;ves &amp; ultra-br&#232;ves&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot689" rel="tag"&gt;architectures, urbanisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3730.jpg?1381808902' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait de plus en plus difficile de faire venir les gens dans les th&#233;&#226;tres, les cin&#233;mas, les librairies. Mais la ville elle-m&#234;me &#233;tait devenue th&#233;&#226;tre, image et mouvement, livre aussi, &#224; permanent renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces grands dispositifs &#224; repr&#233;sentation de monde (toute une soci&#233;t&#233; dans &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Les D&#233;mons&lt;/i&gt;) d&#233;sormais on les tenait &#224; la main : est-ce qu'on n'avait pas dress&#233; ces salles, construit ces b&#226;timents, &#233;quip&#233; ces all&#233;es, parce que nulle autre forme technique n'en permettait sinon l'acc&#232;s &#224; l'individu ? Une tablette grande comme la main, un t&#233;l&#233;phone m&#234;me et sa petite lucarne, ou bien les heures que vous passiez dans le monde infini de l'ordinateur avaient remplac&#233; progressivement cela : tous les films du monde, tous les livres de toutes les langues vous les teniez &#224; port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restait la ville, les d&#233;placements qu'on y avait, coinc&#233; dans le bus ou la voiture, ou ahanant sur ces bicyclettes &#224; la mode. La ville tenait &#224; se faire le t&#233;moin de ce qu'on y avait abandonn&#233;. Un th&#233;&#226;tre vide, un cin&#233;ma &#224; l'abandon donnaient &#224; r&#233;fl&#233;chir : &#233;tiez-vous s&#251;r d'aller aussi intens&#233;ment &#224; la rencontre du grand inconnu, lorsque vous regardiez votre film au milieu de votre appartement mesquin, au lieu des fastes de l'&#233;cran collectif ? Et de m&#234;me pour le th&#233;&#226;tre, de m&#234;me pour le livre, lorsqu'il n'&#233;tait plus un volume dou&#233; d'&#233;paisseur et de mati&#232;re, augment&#233; de vos griffures, s&#233;diment&#233; par sa place dans les rayons envahissant vos couloirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi en tout cas qu'on avait eu l'id&#233;e. L'ancien th&#233;&#226;tre &#224; l'italienne &#233;tait magnifiquement situ&#233; : juste &#224; c&#244;t&#233; de la fi&#232;re mairie (bien inutile elle aussi, sauf pour les mariages et c&#233;r&#233;monies, ou les repas priv&#233;s du maire &#8211; tout le reste transf&#233;r&#233; dans des bureaux modernes et plus pratiques). On avait simplement invers&#233; la repr&#233;sentation : au lieu que dans un th&#233;&#226;tre on venait s'enfermer pour refaire le mime du monde, les murs ext&#233;rieurs refl&#233;taient &#224; jamais tout ce qui ici, cent cinquante ans durant, avait &#233;t&#233; jou&#233;, avait fait rire et pleurer, fr&#233;mir et danser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande paroi sud en t&#233;moignait : elle &#233;tait histoire, et danse, et fr&#233;missement. Elle affirmait la disparition, voire la destruction. Chaque ligne abstraite t&#233;moignait de ce &#224; quoi nous avions renonc&#233;. Les gens de la ville passaient silencieusement : elle n'&#233;tait jamais la m&#234;me. Ni dans la disposition des fen&#234;tres mur&#233;es, ni dans les couleurs des pl&#226;tres et la disposition des armatures, ni dans ces r&#233;cits que chacun voyait progressivement s'y animer, quand on la regardait lentement, en laissant le temps et la dur&#233;e reprendre possession de soi-m&#234;me (si vous ne voyiez rien, c'est que vous &#233;tiez trop loin de ce calme &#224; reconqu&#233;rir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la ville avait-elle r&#233;invent&#233;, en son sein, le th&#233;&#226;tre &#8211; j'entends le th&#233;&#226;tre public : l'instance collective de sa repr&#233;sentation. Et le b&#226;timent &#224; jamais mur&#233; sur lui-m&#234;me t&#233;moignait, sur la grande fa&#231;ade devenue &#233;cran, de notre destin dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4380 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/evreux-theatre-01.jpg?1381808796' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4381 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/theatre-evreux-02.jpg?1381808796' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4382 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/theatre-evreux-03.jpg?1381808796' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/theatre-evreux-04.jpg?1381808796' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4384 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/theatre-evreux-05.jpg?1381808797' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ces tambours &#224; litt&#233;rature</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3655</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3655</guid>
		<dc:date>2013-09-14T14:20:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Beckett, Samuel </dc:subject>
		<dc:subject>Londres, Grande-Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;vraiment l'id&#233;al pour une marche neuve de la litt&#233;rature d'action dans les villes, pensait-on&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;Beckett, Samuel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot507" rel="tag"&gt;Londres, Grande-Bretagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3655.jpg?1379167960' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout avait commenc&#233; en relisant le fameux &lt;i&gt;D&#233;peupleur&lt;/i&gt; de Beckett, variation sur le vieux jeu enfantin des &lt;i&gt;Snakes and ladders&lt;/i&gt; : un cylindre dont les dimensions avaient &#233;t&#233; d&#233;finitivement fix&#233;es par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas au hasard, non, pas au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en avait essay&#233;, des maisons de la po&#233;sie, des maisons des &#233;crivains, des maisons de la litt&#233;rature, des maisons Machin ou maisons Truc, rien nulle part n'avait jamais &#233;t&#233; concluant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, rien que le cylindre. On r&#233;servait sur Internet, l'auteur d'un c&#244;t&#233;, les spectateurs de l'autre. Pas de bureau, pas de coulisses ni loges. On entrait, il y avait l'auteur, des &#233;clairages, le cylindre, les niches pour s'installer (selon Beckett toujours), et la lecture commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution, c'est qu'on pouvait r&#233;server aussi dans la journ&#233;e, et quand bien m&#234;me on n'avait pas publi&#233; de livre : on disposait &#224; soi seul du cylindre pour &#233;crire, assis par terre avec son ordinateur, r&#233;fugi&#233; dans une niche pour m&#233;diter, avec juste la vibration de la ville traversant les parois de ciment mince, ou bien tenter ses improvisations &#224; haute voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une condition, une seule, pour les lectures comme pour les temps d'&#233;criture : tout cela &#233;tait visible &#224; distance, en permanence, sur un site Internet qui pr&#233;sentait l'ensemble des tambours, de toutes les villes, partout au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On disait que &#231;a avait commenc&#233; ici, &#224; Londres, non pas &#224; cause de Beckett et son &lt;i&gt;D&#233;peupleur&lt;/i&gt;, mais parce que c'&#233;tait une ville de haute tradition des tambours : qu'ici, dans ces rues, dans la gare, avaient march&#233; Charlie Watts (son p&#232;re y &#233;tait livreur), Ginger Baker, Keith Moon, Mitch Mitchell, John Bonham et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on en avait install&#233; dans de nombreux autres points peupl&#233;s de la ville, et d&#233;sormais dans de nombreux autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cela ne sauverait pas la litt&#233;rature. Mais au moins recommen&#231;ait-on &#224; y croire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/gp/product/B00C3ETGKQ/ref=as_li_qf_sp_asin_il?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=B00C3ETGKQ&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=B00C3ETGKQ&amp;Format=_SL160_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=B00C3ETGKQ&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tambour-01.jpg?1379168341' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tambour-02.jpg?1379168343' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4284 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tambour-03.jpg?1379168343' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ville &amp; fiction | ce qui s'&#233;crit dans les tunnels</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3617</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3617</guid>
		<dc:date>2013-07-22T20:09:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et si pr&#233;cis&#233;ment tu ne passes pas en voiture &#224; cet instant tu ne remarques rien&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3617.jpg?1374523437' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en franchissant le tunnel, de m&#234;me que chaque matin tu franchis le m&#234;me tunnel. Une large inscription, que tu remontais &#224; rebours tandis que tu roulais : &lt;i&gt;TARD DANS LA NUIT&lt;/i&gt; et qu'ils l'avaient d&#233;j&#224; bross&#233;e, gratt&#233;e, recouverte. Ils ne supportent pas les inscriptions sauvages, et celle-ci &#233;tait trop &#233;nigmatique : tard dans la nuit quoi ? Il se pr&#233;parait quoi, dans la ville, qui cherchait &#224; d&#233;placer quoi ? Que voulait-on nous dire, de quoi voulait-on nous pr&#233;venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tard dans la nuit, tard dans la nuit... Tu te le murmurais encore, tu le remuais en silence dans les embouteillages habituels. Tu &#233;tais sorti du tunnel, tu avais retrouv&#233; le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, ce jour-l&#224; tout marchait &#224; l'envers : tu te l'&#233;tais dit ainsi, brutalement &#8211; ces grues qu'ils avaient amen&#233;es ne construisaient pas la ville, elles la d&#233;montaient. Elles vidaient enfin la ville de ses b&#226;timents gris. Des grues ultra-modernes, hautes, silencieuses, grouillant comme des insectes. Jamais tu n'en avais vu de cette sorte, jamais tu n'en avais vu autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, l&#224; o&#249; &#233;taient jusqu'ici les b&#226;timents gris, il n'y avait d&#233;j&#224; plus rien. Ils avaient d&#233;j&#224; enlev&#233; les masses de ciment et vitres et b&#233;tons, leurs bureaux de morts, leurs vies sans &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tard dans la nuit, tard dans la nuit... Tu avais voulu en avoir le coeur net. Une manoeuvre et &#224; nouveau tu reprenais le tunnel. Cette fois un camion te pr&#233;c&#233;dait, tu n'avais rien pu voir. Mais ce camion qui prenait toute la place, ils l'avaient mis expr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nouveau tu sortais du tunnel. Il n'y avait plus le camion, il y avait le ciel et la ville dans sa splendeur. Il n'y avait plus les grues, et les masses grises avaient disparu. Tu longeais un b&#226;timent vitr&#233;, tu voyais la nouvelle ville : en l'honneur des livres, des livres qui avaient disparu, ce matin-l&#224; ils avaient reconstruit la ville-livre, des b&#226;timents remplac&#233;s par les livres, et les hommes et femmes alors, dans leur vie monotone, pi&#233;g&#233;s dans leurs bureaux sans &#233;v&#233;nements, bien forc&#233;s d'en arpenter les lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tard dans la nuit, tard dans la nuit... Tu te le r&#233;p&#233;tais encore. D&#233;cid&#233;ment un matin bizarre. D&#233;cid&#233;ment une atteinte &#224; la permanence des choses. O&#249; &#233;tait la stabilit&#233; de la ville ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tdln_01.jpg?1374523589' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tdln_02.jpg?1374523589' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/tdln_03.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/grues-01.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/grues-02.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/grues-03.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/periph-01.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4195 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/periph-02.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/livres-2.jpg?1374523590' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte est un libre dialogue avec Arnaud Ma&#239;setti : &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article1129&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;moire d'anges&lt;/a&gt;.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4198 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/grues-last.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/grues-last.jpg?1374524073' width='500' height='168' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
