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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>Taryn Simon, choses cach&#233;es ou singuli&#232;res, vues par Salman Rushdie</title>
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		<dc:date>2026-07-11T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rushdie, Salman</dc:subject>
		<dc:subject>Simon, Taryn</dc:subject>
		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un livre l&#233;gendaire, un bien commun dans notre inqui&#233;tude au monde&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1146" rel="tag"&gt;Rushdie, Salman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot917" rel="tag"&gt;Simon, Taryn&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/taryn-simon-cable.png?1654099168' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
C'est par un livre culte, et probablement le plus beau de ma propre collection de livres de photos, que j'ouvre le cycle 2022 &#171; d&#233;fi 40 jours &#187;, avec un prologue dont la proposition s'appuiera sur lui : &lt;i&gt;An American Index of the Hidden and the Unfamiliar&lt;/i&gt;.
&lt;p&gt;Mon intro &#224; ce livre, comment et pourquoi, et sur quelle base la proposition, ce sera dimanche 5 juin dans la vid&#233;o de ce prologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s &#224; pr&#233;sent, je reprends ici les mots d'introduction de Salman Rushdie au livre (je ne traduis pas, c'est juste une transcription via DeepL, avec 2 ou 3 corrections), et j'y ajoute quelques images du livre parmi les 62, celles propos&#233;es par l'&#233;diteur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappel : &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/francoisbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'inscrire au d&#233;fi 40 jours, 10 juin-20 juillet, c'est ici sur Patreon (niveau 3 ateliers)&lt;/a&gt; (ou, si vous pr&#233;f&#233;rez acc&#232;s hors Patreon, uniquement pour ce cycle, &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/collectifs/les-40-jours-dfi-criture-au-quotidien-40-fois-la-ville&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inscription via la librairie du site&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | &#224; propos de Taryn Simon, choses cach&#233;es ou singuli&#232;res&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Taryn Simon est n&#233;e en 1975. Son p&#232;re &#233;tait lui-m&#234;me photographe, mais fonctionnaire en mission &#224; l'&#233;tranger, c'est l'Europe de l'Est ou le Vietnam et les pays voisins qu'il documente. Le premier travail qui fera conna&#238;tre Taryn Simon ce sont The Innocents, suite de portraits de condamn&#233;s &#224; morts aux USA, innocent&#233;s puis lib&#233;r&#233;s tardivement gr&#226;ce &#224; l'expansion des analyses ADN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par une photographie de cet autre livre majeur, voire l&#233;gendaire, &lt;i&gt;The american Index of the hidden and the unfamiliar&lt;/i&gt;, que je d&#233;couvrirai moi-m&#234;me son travail : une armature de corni&#232;res sur un angle de ciment brut, et cinq c&#226;bles color&#233;s surgissant de deux orifices au sol, grimpant droit vers le plafond, arrim&#233;s par des colliers de nylon &#224; une autre armature de corni&#232;res en &#233;chelle &#8211;- rien qu'on ne puisse construire d'un coup de caddy au plus proche supermarch&#233; de bricolage en bord de rocade &#8211;- sauf qu'il s'agit de l'arriv&#233;e des c&#226;bles de fibre optique reliant l'Europe &#224; l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune des soixante-deux photographies s&#233;lectionn&#233;es par Taryn Simon pour le livre vaut pour l'immobilit&#233;, le myst&#232;re, la lumi&#232;re, la g&#233;om&#233;trie certes, mais aucune qui pourrait valoir sans le texte purement documentaire qui l'accompagne. Cet homme sur un fauteuil roulant, c'est dans l'Oregon, seul &#201;tat des USA &#224; avoir l&#233;galis&#233; l'euthanasie, et il est le premier &#224; avoir rempli le formulaire de demande. Ces objets cylindriques r&#233;guli&#232;rement align&#233;s et baign&#233;s d'une lumi&#232;re bleue, on ne saurait pas sans le texte qu'il s'agit de d&#233;chets radio-actifs dans une piscine et qu'un homme mourrait en dix secondes s'il p&#233;n&#233;trait dans cette enceinte. Trois perroquets gris dans des sortes de bocaux rectangulaires en plexiglas : oui, mais ils sont en quarantaine &#224; la douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, &#224; vous de faire votre liste, dans les dangers, les inqui&#233;tudes, les fissures du monde. Celles-ci nous parlent, parce que nous n'en sommes pas indemne. Cette citerne blanche banale dans une pi&#232;ce vide : c'est le texte qui nous dit qu'elle abrite pour quelle &#233;ternit&#233; le fondateur d'un projet de cryog&#233;nie avec improbable ressuscitation, ils en &#233;taient assez convaincus, lui et son &#233;pouse, pour l'essayer les premiers. Ou bien rien qu'un tas de sable : oui, mais apr&#232;s avoir tourn&#233;e dans le d&#233;sert californien son film &lt;i&gt;Les dix commandements&lt;/i&gt;, ce monument de l'art du film muet, Cecil B de Mille enterre le gigantesque d&#233;cor dans un lieu tenu secret, le plus gigantesque d&#233;cor de toute l'histoire du cin&#233;ma, pour que personne ne s'en serve apr&#232;s lui. Las, un r&#233;alisateur opini&#226;tre identifie l'endroit, mais une proc&#233;dure d'urgence va le classer comme site arch&#233;ologique prot&#233;g&#233; : de quelle ruine s'agit-il, de quelle fa&#231;on cela bouleverse-t-il notre rapport &#224; la m&#233;moire et &#224; l'histoire, voire aux r&#234;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, chacune des soixante-deux pages associant une image et un texte s'ins&#232;re en nous comme depuis une facette pr&#233;-existante de notre rapport au monde, mais par ses fronti&#232;res, ses pulsions les plus secr&#232;tes. Mais on n'en connaissait pas le nombre, l'&#233;tendue, le fractionnement, avant que soixante-deux fois on nous en fasse faire le voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(extrait)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Salman Rushdie | pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;An American Index...&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre int&#233;r&#234;t est &#224; la limite dangereuse des choses &#187;, a &#233;crit le po&#232;te Robert Browning dans l'Apologie de l'&#233;v&#234;que Blongram (1855). Ce vers a inspir&#233; des &#233;crivains, de Graham Greene, qui a d&#233;clar&#233; dans ses m&#233;moires de 1971, &lt;i&gt;A Sort of Life&lt;/i&gt;, qu'il pourrait servir d'&#233;pigraphe &#224; tous ses romans, &#224; Orhan Pamuk, qui le place au d&#233;but de son roman &lt;i&gt;Snow&lt;/i&gt;. Elle pourrait tout aussi bien servir d'introduction &#224; la photographie d'une femme dont l'esth&#233;tique consiste &#224; repousser les limites de ce qu'il nous est permis de voir et de savoir, &#224; aller aux fronti&#232;res ambigu&#235;s o&#249; des dangers &#8211;- physiques, intellectuels, voire moraux &#8211;- peuvent nous guetter. Elle n'h&#233;site pas &#224; entrer dans la grotte d'un ours noir en hibernation et de ses petits, ou dans une pi&#232;ce remplie de capsules de d&#233;chets nucl&#233;aires dont les radiations bleues vous tueraient en quelques secondes si vous n'&#233;tiez pas prot&#233;g&#233;. Taryn Simon a vu l'&#233;toile de la mort et a surv&#233;cu pour en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis toujours immens&#233;ment reconnaissant aux personnes qui font des choses impossibles en mon nom et ram&#232;nent l'image. Cela signifie que je n'ai pas &#224; le faire, mais au moins je sais &#224; quoi cela ressemble. Ainsi, le premier sentiment que l'on &#233;prouve en regardant nombre de ces images extraordinaires est la gratitude (suivie rapidement d'une pointe d'envie : le salut de l'&#233;crivain s&#233;dentaire &#224; la femme d'action). J'ai connu un photographe sportif qui soudoyait un pr&#233;pos&#233; &#224; l'hippodrome d'Aintree &#224; Liverpool, en Angleterre, pour qu'il lui permette de s'asseoir au pied de la barri&#232;re g&#233;ante, Becher's Brook, qui est l'obstacle le plus dangereux du Grand National Steeplechase de quatre miles et demi, afin de pouvoir rapporter des photos &#171; impossibles &#187; des puissants chevaux de course sautant au-dessus de sa t&#234;te. Si l'un d'eux lui &#233;tait tomb&#233; dessus, bien s&#251;r, il aurait presque certainement &#233;t&#233; tu&#233;, mais il savait, comme Simon, que l'un des arts de la grande photographie est de s'introduire dans le lieu &#8211; la salle radioactive, un centre de maladies animales, l'hippodrome, etc. ; un centre de contr&#244;le des maladies animales, la cl&#244;ture d'un hippodrome &#8211; dans lequel la photographie est sur le point de se produire, et de la saisir au moment o&#249; elle se produit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La plupart de ce qui compte dans nos vies se passe en notre absence &#187;, se dit le narrateur de mon roman &lt;i&gt;Les enfants de minuit&lt;/i&gt;. Si Saleem Sinai avait vu les photographies de Taryn Simon, il aurait compris qu'il avait plus raison qu'il ne le pensait. Regardez ces innocents c&#226;bles orange et jaunes qui sortent du sol dans une pi&#232;ce presque vide du New Jersey, prot&#233;g&#233;s seulement par la plus simple des cages m&#233;talliques : ils ont parcouru quatre mille miles (en fait, 4 029,6 miles : Taryn Simon aime &#234;tre pr&#233;cise) &#224; travers le fond de l'oc&#233;an depuis Saunton Sands au Royaume-Uni pour apporter &#224; l'Am&#233;rique des nouvelles d'ailleurs &#8211;- 60 211 200 conversations vocales simultan&#233;es, dit-elle. Mais l'int&#233;r&#234;t de ces c&#226;bles, c'est que vous avez peut-&#234;tre devin&#233; que de tels objets existaient probablement, mais vous n'aviez certainement aucune id&#233;e de leur emplacement, de leur nombre, de leur &#233;paisseur ou de leur couleur, avant de voir cette photo. Vous n'auriez pas pu imaginer que votre voix entre dans cette pi&#232;ce banale et pourtant magique, mais elle est l&#224;, transform&#233;e en petites parcelles d'&#233;nergie num&#233;rique. Chaque jour, nous traversons des mondes secrets comme ceux qui se trouvent &#224; l'int&#233;rieur de ces c&#226;bles, sans jamais soup&#231;onner ce qui nous arrive. Quel est donc le monde fant&#244;me et quel est le &#171; r&#233;el &#187; : le n&#244;tre ou le leur ? Ne sommes-nous pas plus que les fant&#244;mes de ces machines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque est celle des secrets. Au-dessus, au-dessous et &#224; c&#244;t&#233; de ce que Fernand Braudel appelait les &#171; structures de la vie quotidienne &#187;, il y a d'autres structures qui sont tout sauf quotidiennes, des vies dont nous avons peut-&#234;tre entendu parler mais dont nous n'avons presque certainement rien vu, ainsi que d'autres vies dont nous n'avons jamais entendu parler, et d'autres encore dont il est difficile de croire &#224; l'existence, m&#234;me lorsqu'on nous en montre les preuves imag&#233;es. Auriez-vous cru &#224; l'existence, par exemple, du magazine Playboy en braille ? Eh bien, le voici, avec ses oreilles de lapin et tout le reste, publi&#233; par un service de la Biblioth&#232;que du Congr&#232;s, rien de moins. Et voici aussi une photographie qui ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; une sc&#232;ne de crime hitchcockienne l&#233;g&#232;rement mise en sc&#232;ne, comme, par exemple, la pente bois&#233;e dans &lt;i&gt;The Trouble With Harry&lt;/i&gt; o&#249; nous apprenons pour la premi&#232;re fois quel est le probl&#232;me avec Harry (il est mort, voil&#224; le probl&#232;me). Il s'agit de la photo du cadavre d'un jeune gar&#231;on en train de pourrir dans un bois, prise dans un centre de recherche du Tennessee cr&#233;&#233; sp&#233;cialement pour &#233;tudier la d&#233;composition des corps dans diff&#233;rents environnements. Ici, nous dit Simon, il y a jusqu'&#224; 75 cadavres &#224; un moment donn&#233;, se d&#233;composant sur un site de six acres. Peut-&#234;tre Patricia Cornwell ou les gens du CS1 connaissaient-ils ce genre de recherche m&#233;dico-l&#233;gale de pointe, mais pas moi, et m&#234;me en regardant le tableau d'une beaut&#233; surnaturelle de Simon, avec ses branches nues et scintillantes, ses feuilles mortes et sa riche palette automnale, on s'interroge sur l'ing&#233;niosit&#233; illimit&#233;e des &#234;tres humains, sur notre besoin de savoir, qui fait que m&#234;me nos propres cadavres pourraient un jour &#234;tre mis &#224; contribution, pour se d&#233;composer dans une clairi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment entrer dans certains des endroits les plus secrets du monde et en ressortir avec la photo ? Le grand journaliste Ryszard Kapuscinski dit qu'il survit aux zones de guerre les plus dangereuses du monde en se faisant passer pour quelqu'un de petit et d'insignifiant, qui ne m&#233;rite pas d'&#234;tre tenu &#224; l'&#233;cart, qui ne m&#233;rite pas la balle du chef de guerre. Mais Simon ne fait pas dans les images vol&#233;es ; il s'agit de photos formelles, hautement r&#233;alis&#233;es, souvent soigneusement pos&#233;es, qui requi&#232;rent la pleine coop&#233;ration de leurs sujets. Le fait qu'elle ait r&#233;ussi &#224; obtenir un acc&#232;s aussi ouvert, par exemple, &#224; l'&#201;glise de Scientologie et au MOUT, une ville simul&#233;e inaccessible du Kentucky utilis&#233;e, &#224; des fins d'entra&#238;nement, comme un champ de bataille urbain, et au Bureau imp&#233;rial des Chevaliers mondiaux du Ku Klux Klan avec ses sorciers, ses Nighthawks et Kleagles, qui ressemblent &#224; des personnages d'un film des fr&#232;res Coen, et m&#234;me la salle d'op&#233;ration dans laquelle une femme palestinienne subit une hym&#233;noplastie, une proc&#233;dure g&#233;n&#233;ralement utilis&#233;e pour restaurer la virginit&#233;, prouve que son pouvoir de persuasion est au moins &#233;gal &#224; son talent de photographe. Dans une p&#233;riode historique o&#249; tant de gens font de si grands efforts pour dissimuler la v&#233;rit&#233; &#224; la masse du peuple, une artiste comme Taryn Simon est un contre-pouvoir inestimable. La d&#233;mocratie a besoin de visibilit&#233;, de responsabilit&#233;, de lumi&#232;re. C'est dans l'obscurit&#233; invisible que les choses peu recommandables se blottissent et se d&#233;veloppent. D'une mani&#232;re ou d'une autre, Taryn Simon a persuad&#233; un bon nombre d'habitants de mondes cach&#233;s de ne pas se mettre &#224; l'abri lorsque la lumi&#232;re est allum&#233;e, comme le font les cafards et les vampires, mais de poser fi&#232;rement devant son objectif envahissant, en brandissant leurs tatouages et leurs drapeaux conf&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique de Taryn Simon ne correspond pas &#224; l'esth&#233;tique habituelle du reportage &#8211;- la cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule tremblante, la pellicule monochrome granuleuse du &#171; r&#233;el &#187;. Ses sujets &#8211;- perroquets gris dans leurs cages de quarantaine, plants de marijuana cultiv&#233;s &#224; des fins de recherche dans la ville natale de William Faulkner, Oxford, Mississippi, la forme rougeoyante du 44 Magnum photographi&#233; dans la chaleur de la forge, une paire de juifs orthodoxes unis contre le sionisme &#8211; sont inond&#233;s de lumi&#232;re, captur&#233;s avec une clart&#233; brillante, hyperr&#233;aliste et haute d&#233;finition qui donne une sorte de statut de star &#224; ces mondes cach&#233;s, dont les occupants pourraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme les oppos&#233;s des &#233;toiles. Dans sa vision d'eux, ce sont des &#233;toiles sombres mises en lumi&#232;re. Ce que l'on ne conna&#238;t pas, que l'on voit rarement, poss&#232;de une forme de glamour occulte, et c'est cette beaut&#233; noire qu'elle r&#233;v&#232;le avec tant d'&#233;clat et de brio. Voici la maison de plage de Cap Canaveral o&#249; les astronautes se rendent avec leurs &#233;pouses pour un dernier moment d'intimit&#233; avant de s'envoler dans l'espace. Voici un homme embroch&#233; dans la poitrine, suspendu en l'air pendant la Lone Star Sun Dance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le terrain de basket &#233;clair&#233; de la direction de Cheyenne Mountain dans le Colorado, un poste de surveillance con&#231;u pour survivre &#224; une bombe thermonucl&#233;aire. On ne peut qu'imaginer quels &#233;tranges jeux post-apocalyptiques en un contre un, quels ultimes tirs &#224; la vol&#233;e pourraient &#234;tre tent&#233;s ici si les choses tournent mal pour nous autres. C'est ainsi que le monde se termine : pas avec un bang mais avec un crochet du ciel. (Non, &#224; la r&#233;flexion, il y aurait probablement un bang aussi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taryn Simon utilise le texte comme peu de photographes le font, pas seulement comme titre ou l&#233;gende mais comme partie int&#233;grante de l'&#339;uvre. Certaines images ne r&#233;v&#232;lent leur signification qu'&#224; la lecture du texte, comme sa photographie des dunes de sable de Nipomo &#224; Guadalupe, en Californie, sous lesquelles, nous dit-elle, se trouve l'un des plus extraordinaires d&#233;cors de film jamais construits, la Cit&#233; du Pharaon cr&#233;&#233;e pour la version muette de 1923 des &lt;i&gt;Dix Commandements&lt;/i&gt; de Cecil B. DeMille, et d&#233;lib&#233;r&#233;ment enterr&#233;e ici pour emp&#234;cher d'autres productions de &#171; s'approprier ses id&#233;es et d'utiliser son d&#233;cor &#187;. Il existe de (rares) cas o&#249; le texte est plus &#233;trangement int&#233;ressant que l'image. En cataloguant le contenu confisqu&#233; de la salle de contrebande du service des douanes et de la protection des fronti&#232;res de l'a&#233;roport John F. Kennedy, Simon offre une sorte de fugue surr&#233;aliste, une ode aux fruits (et &#224; la viande) d&#233;fendus qui surpasse m&#234;me sa corne d'abondance d'images : &#171; Des rats de canne &#224; sucre africains infest&#233;s d'asticots, pr&#233;cise-t-elle, des ignames africaines &#187;. Dioscorea, pommes de terre andines, cucurbitac&#233;es bangladaises, viande de brousse, ch&#233;rimole, feuilles de curry (murraya), &#233;corces d'orange s&#233;ch&#233;es, &#339;ufs frais, escargot africain g&#233;ant, calotte d'impala, graines de jacquier, prune de juin, noix de kola, mangue, gombo, fruit de la passion, nez de porc, bouches de porc, porc, volaille crue (poulet), t&#234;te de porc sud-am&#233;ricaine, tomates arborescentes sud-am&#233;ricaines, &#233;poque sud-asiatique infect&#233;e par le chancre des agrumes, canne &#224; sucre (Voaceae), viandes non cuites, plante sub tropicales non identifi&#233;e dans le sol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart, cependant, ses images tiennent facilement la route, m&#234;me lorsqu'elles sont accompagn&#233;es des informations les plus &#233;tonnantes. Le portrait fumeux, blanc sur blanc, de la capsule de conservation cryog&#233;nique &#224; z&#233;ro degr&#233; dans laquelle reposent les corps de la m&#232;re et de l'&#233;pouse du pionnier de la cryog&#233;nie Robert Kittinger est plus qu'effrayant, il &#233;voque de mani&#232;re si &#233;loquente notre peur de la mort et nos r&#234;ves d'immortalit&#233; que peu de mots sont n&#233;cessaires. Le plan d'une masse de d&#233;chets m&#233;dicaux infectieux atteint la beaut&#233; abstraite d'une peinture au goutte &#224; goutte de Jackson Pollock ou, peut-&#234;tre, d'une pi&#232;ce de Schnabel &#224; la roche &#233;clat&#233;e. Il y a des images d'une profonde humanit&#233;, comme le portrait de Don |ames, un malade du cancer en phase terminale, pris juste apr&#232;s qu'il ait re&#231;u une ordonnance pour une dose l&#233;tale de p&#233;trobarbital, pour laquelle il s'&#233;tait battu avec succ&#232;s en vertu de la loi de l'Oregon sur la mort dans la dignit&#233;. Il y a des grotesques abrutissants, comme la photo du pasteur Jimmy Morrow, le manipulateur de serpents de Newport, dans le Tennessee, tenant un serpent Copperhead du Sud au venin mortel juste au-dessus d'un texte biblique nous enjoignant d'&#171; appeler son nom J&#233;sus &#187; &#8212; et il y a des images &#233;piques &#233;poustouflantes, comme le portrait rose d'une r&#233;gion de formation d'&#233;toiles, la n&#233;buleuse Pacman, situ&#233;e &#224; neuf mille cinq cents ann&#233;es-lumi&#232;re. (Cela repr&#233;sente un peu moins de 57 000 000 000 000 000 de kilom&#232;tres, d'apr&#232;s mes calculs : un long chemin &#224; parcourir pour obtenir une bonne photo). Et dans au moins un cas, il y a une pi&#232;ce remarquable d'art &#171; trouv&#233; &#187;. Qui aurait pu pr&#233;dire que ces quatre-vingt-dix capsules en acier inoxydable contenant du c&#233;sium et du strontium radioactifs, immerg&#233;es dans une piscine et &#233;mettant des radiations bleues, ressembleraient autant, lorsqu'elles sont photographi&#233;es du dessus, &#224; la carte des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique ? Lorsqu'un photographe propose une image aussi puissamment expressive, m&#234;me un fervent d&#233;fenseur des mots comme moi est oblig&#233; de reconna&#238;tre qu'une telle image vaut au moins mille mots.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(transcrit de l'anglais via DeepL)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_11259 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-hidden-1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-hidden-1.png?1654099101' width='500' height='389' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11260 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/tarin-symon-revolver.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/tarin-symon-revolver.png?1654099101' width='500' height='390' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11261 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-bleu.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-bleu.png?1654099101' width='500' height='389' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11262 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-braille.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-braille.png?1654099102' width='500' height='395' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-chirurgie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-chirurgie.png?1654099102' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11265 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-douane.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/taryn-simon-douane.png?1654099102' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_11267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2022-06-01_a_18.00_21.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2022-06-01_a_18.00_21.png?1654099238' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Depardon en camping-car : la France face r&#233;el</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2287</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2287</guid>
		<dc:date>2022-09-25T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Lussault, Michel </dc:subject>
		<dc:subject>Raymond Depardon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un num&#233;ro de T&#233;l&#233;rama en &#233;cho au portrait de la France par Raymond Depardon, avec le making of (et expo &#224; la BNF)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Lussault, Michel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot564" rel="tag"&gt;Raymond Depardon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2287.jpg?1352733166' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Note du 25 octobre 2012 :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; reprise au Seuil, dans l'&#233;tonnante typo des petits livres au format horizontal, de &lt;i&gt;La France&lt;/i&gt; de Depardon en poche, &#224; moins de 15&#8364;... une forme qui colle vraiment au voyage qu'on y fait... Lire ici pour &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/edition/bookclub/article/111012/raymond-depardon-met-la-france-dans-sa-poche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prolongements sur ce livre&lt;/a&gt;, accompagn&#233; de textes de Michel Lussault.
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/Habiter-France-Raymond-Depardon/dp/2757869248?crid=FO7QAFHR9S6B&amp;keywords=depardon+france&amp;qid=1664089878&amp;qu=eyJxc2MiOiIwLjAwIiwicXNhIjoiMC4wMCIsInFzcCI6IjAuMDAifQ%3D%3D&amp;sprefix=depardon+france%2Caps%2C110&amp;sr=8-2&amp;linkCode=li2&amp;tag=ecranlivre-21&amp;linkId=06e3e74886ab09bf2def1b6644ff2b78&amp;language=fr_FR&amp;ref_=as_li_ss_il&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=2757869248&amp;Format=_SL160_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=ecranlivre-21&amp;language=fr_FR&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;https://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=ecranlivre-21&amp;language=fr_FR&amp;l=li2&amp;o=8&amp;a=2757869248&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;La France, format poche horizontal, au Seuil &#8211; commander le livre.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
...J'avais un itin&#233;raire approximatif, avec quelques &#233;tapes fix&#233;es, et j'avan&#231;ais, je traversais un village &#8211; station-service, caf&#233;, boulangerie, petite usine, machines agricoles &#8211;-, puis les champs, puis &#224; nouveau un bourg, une moyenne ville, avec un supermarch&#233; ; j'entrais, je ressortais, une volline, une vall&#233;e, un pont. Et puis, tiens, quelques services restant actifs : les caf&#233;s, les boulangeries, les boutiques plut&#244;t modernes et les salons de coiffure. Rien qu'en passant, je me disais parfois : voil&#224;, c'est la France...
&lt;p&gt;&#8230;Tr&#232;s vite, j'ai oubli&#233; le beau, me m&#233;fiant du lyrisme des beaux ciels. Le truc qui m'int&#233;resse, c'est le bas. D'un seul coup on voit la terre, des marquages au bas, des trottoirs un peu d&#233;fonc&#233;s. &#199;a ne pla&#238;t pas toujours aux &#233;lus... Moi je ne suis pas m&#233;ticuleux et pas tellement patient. Je me sers de la 20x25 comme d'un instrument de brute : un angle, et boum. Avec la chambre, on est face au r&#233;el, plein cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...j'ai essay&#233; de faire mon Walker Evans, frontal par rapport au sujet, et puis je me suis rendu compte que tout se casse la gueule en France. Il y a toujours une voiture mal gar&#233;e, une rue en pente, un carrefour de guingois...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...Ce que je trouve de bien dans la couleur, c'est la luminosit&#233;, la clart&#233;, pas de couleurs denses ni sombres, mais la lumi&#232;re. A priori &#171; gaie &#187;, m&#234;me pour les choses &#171; pas gaies &#187;. Et, au fur et &#224; mesure de mes escapades, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par les volets &#8211;- hyper importants en province &#8211;-, les enduits, les cr&#233;pis, les huisseries de fen&#234;tres et de portes en aluminium, en PVC ou en bois. Toute cette France consolid&#233;e par Lapeyre, gros nouveau march&#233;, c'est la France moderne au fond...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Tr&#232;s vite au d&#233;but, en 2005, j'ai &#233;t&#233; effondr&#233;. J'avais commenc&#233; mon p&#233;riple par le Nord et l'Est, des r&#233;gions sinistr&#233;es sur le plan &#233;conomique, notamment le bassin de Longwy, la Lorraine, la Champagne-Ardenne, mais j'ai trouv&#233; encore plus d&#233;sol&#233; dans une r&#233;gion a priori plus riante comme les Charentes. Et de retour &#224; Paris, je disais partout que la France allait mal, les gens vivaient mal. Un ami qui travaille dans un grand quotidien du soir ne voulait pas me croire : &#171; On le saurait nous, tout de m&#234;me ! &#187; Eh bien non, vous ne le savez pas parce que vous n'&#234;tes pas sur les routes comme moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Raymond Depardon, entretien, p 14-21, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, octobre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/depardon-camping-car-france.jpg?1286713012' width='500' height='177' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#224; propos de Raymond Depardon en camping-car (la France)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Raymond Depardon est l'un des grands g&#233;ographes fran&#231;ais des quarante derni&#232;res ann&#233;es. &#187; Michel Lussault (qui commente dans le n&#176; T&#233;l&#233;rama une demi douzaine des images de Depardon, du point de vue de la g&#233;ographie urbaine...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aime pas les camping-cars et la t&#234;te des gens qui sont dedans, apeur&#233;s sur les cols de montagne, prenant toute la place, et leur go&#251;t pour s'agglutiner sur les parkings. En m&#234;me temps, toujours le vieux fantasme de prendre un de ces machins et partir, mettre &#224; jour le site via connexion satellite etc. &#8211; mais je ne l'ai jamais fait, tandis que Depardon oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas dater ma premi&#232;re initiation aux photos de Depardon. Je sais qu'en 1985, r&#233;digeant &lt;i&gt;Le Crime de Buzon&lt;/i&gt;, c'&#233;tait d&#233;j&#224; fait, puisque ce livre avance par monologues, et qu'&#224; chaque personnage j'avais associ&#233; un des portraits de &lt;i&gt;San Clemente&lt;/i&gt;, j'ouvrais le livre devant moi &#224; chaque nouvelle s&#233;quence de personnage. Jamais cess&#233; depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point particulier pour ce projet auquel participait Depardon, un inventaire photographique de la France, 400 points d&#233;termin&#233;s par une vingtaine de grands photographes, et la m&#234;me photo refaite depuis lors &#224; l'identique chaque 3 mois (sais pas ce que &#231;a devient, mais j'ai toujours le livre initial, d&#233;l&#233;gation &#224; l'am&#233;nagement et au territoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand T&#233;l&#233;rama, en juin (j'&#233;tais encore &#224; Qu&#233;bec), nous a propos&#233; &#224; quelques-uns (Pierre Jourde, Jean Rouaud, Yves Pag&#232;s, Catherine L&#233;pront...) d'&#233;crire sur une image de Depardon, on nous a juste donn&#233; le choix entre 2 images (celle ci-dessus, celle ci-dessous), mon garagiste s'est impos&#233; comme &#231;a. Je n'ai rien su du projet &lt;i&gt;France&lt;/i&gt;, ni de l'expo ni du livre &#224; para&#238;tre &#8211; travail &#224; l'aveugle, juste la photographie devant soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc seulement aujourd'hui que je d&#233;couvre mon texte dans son vrai contexte. Et avant tout l'entretien avec Depardon qui ouvre le num&#233;ro de T&#233;l&#233;rama : envie longtemps murie, et puis 4 ans &#224; se promener en camping-car sur la France de haut en bas, sans se pr&#233;occuper d'o&#249; on va ni o&#249; on dort (o&#249; on se r&#233;veille, plut&#244;t...), et pour nous le choc de ce qui est alors photographie, toutes les fissures du temps pr&#233;sent, les arrachements au temps, les surgissements de m&#233;moire, l'insertion du signe humain dans son paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas &#233;t&#233; voir encore expo &lt;a href=&#034;http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.france_depardon.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La France de Raymond Depardon&lt;/a&gt; &#224; la BNF, ce sera prochain rendez-vous. Probablement, si je trouve ce travail aussi li&#233; &#224; moi de fa&#231;on organique &#8211; comme l'illusion de mon propre regard (mais je ne suis pas photographe, j'accumule de pauvres images, ici la d&#233;marche est li&#233;e &#224; l'achat d'une chambre, autre paradoxe que ce mot d&#233;ploy&#233; dans le pays tout entier devenu &lt;i&gt;chambre&lt;/i&gt;), c'est pour la fa&#231;on dont il nous correspond &#224; nous autres, irr&#233;m&#233;diablement, irr&#233;versiblement &lt;i&gt;provinciaux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci donc &#224; &lt;a href=&#034;http://www.telerama.fr/tag/lectures-buissonnieres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Martine Laval&lt;/a&gt; de m'avoir associ&#233; &#224; ce num&#233;ro, pas une petite chose neutre sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je me suis attabl&#233; devant cette photo du garagiste, sans aucun &#233;l&#233;ment, je n'ai pas pu m'emp&#234;cher : il y avait le nom de la rue, &lt;i&gt;rue du Faubourg Marcel&lt;/i&gt;, et il y a une seule &lt;i&gt;rue du Faubourg Marcel&lt;/i&gt; en France. Je suis donc arriv&#233; imm&#233;diatement &#224; Saint-Claude, Jura, depuis la rue Saint-Paul de Qu&#233;bec. En rejoignant la chambre de commerce, j'ai retrouv&#233; le nom du garagiste. En suivant les images de la rue du Faubourg-Marcel, j'en ai suivi les travaux, les blogs, et m&#234;me pris langue (virtuelle) avec &lt;a href=&#034;http://lacabala.canalblog.com/archives/chantier_au_faubourg_marcel/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une photographe qui habite la rue m&#234;me&lt;/a&gt;, mais n'imaginait pas Depardon y oeuvrant avec sa chambre. Alors pour moi ce texte devenait une autre aventure : cette relation augment&#233;e au r&#233;el que nous permet Internet. Comment, alors, cela interf&#232;re avec la s&#233;paration du r&#233;el qu'est la construction d'image via la &lt;i&gt;chambre&lt;/i&gt;, l'&#233;cart pris au signe et au temps comme flux ? En quoi les y confronter &#224; nouveau change notre regard sur l'image ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1842 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L420xH330/depardon-france-neuvy-sur-loire-35c74.jpg?1749146948' width='420' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A noter aussi discret hommage de Raymond Depardon &#224; Philippe De Jonckheere via une photographie de la centrale nucl&#233;aire de Neuvy-sur-Loire : est-ce que ce sera r&#233;ciproque ? (Lire &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/blog/?debut=2010-10-10#2654&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa r&#233;ponse&lt;/a&gt;, via m&#234;me photo.)Tr&#232;s touch&#233; pour ma part par photographie &#224; Lod&#232;ve du Caf&#233; des Arts, lieu central de mon livre &lt;i&gt;C'&#233;tait toute une vie&lt;/i&gt; (Verdier, 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ci-dessous les deux pages index (avec lieux) que le num&#233;ro sp&#233;cial T&#233;l&#233;rama propose tout &#224; sa fin &#8211; on vous en souhaite bonne lecture, de confiance. Une date.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/france-raymond-depardon-pneus.jpg?1286710506' width='500' height='402' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#169; Raymond Depardon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | Too pneus (sur une image de Raymond Depardon)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une photo maladroite ? Je n'aime pas les couleurs. Dans le fond sombre o&#249; on ne voit qu'&#224; peine, un m&#233;lange incongru de rouge, jaune et vert. Devant, l'homme en bleu cambouis : la couleur de la poubelle &#224; gauche s'y apparente. Et le monde autour : le bitume, le parking, le mur de la maison, ce n'est pas de la couleur cela. Il n'y a pas de ciel sur la photo, Depardon ici ne prend pas le risque du ciel. Seulement voil&#224; : c'est notre monde, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le monde de notre enfance, et c'est ce qui nous saute &#224; la figure quand on traverse en voiture tel coin de province ou tel arri&#232;re-rue de Bezons. On n'est pas ici &#224; l'&#233;tranger : on est dans la trou&#233;e d'un temps, le pr&#233;sent d'un coup nous renvoie &#224; l&#224; d'o&#249; on vient. Depardon vient d'une ferme, moi je viens d'un garage &#8211;- il nous en r&#233;apprend la fiert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depardon me g&#234;ne, me g&#234;ne depuis longtemps. Il s'intercale entre le monde et ce que je regarde. Il est l'ennemi de Doisneau ou de Cartier-Bresson qui nous le chantaient. J'ai souvenir de tout un livre (Le Crime de Buzon, 1986, &#231;a remonte), j'habitais &#224; Damvix, Vend&#233;e, o&#249; il y a au moins un garage noir avec homme en bleu sale et pneus devant sous fa&#231;ade sans couleur. Sur le petit bureau de bois du premier &#233;tage, chaque matin j'ouvrais devant ma machine &#224; &#233;crire San Clemente. J'avais attribu&#233; &#224; chaque personnage un des portraits du livre. C'&#233;taient des monologues : j'ouvrais le livre &#224; la page du personnage en gros plan et j'&#233;crivais. Il ne l'a jamais su (comment l'aurait-il) et les personnages de mon livre n'ont rien &#224; voir avec ceux de l'asile v&#233;nitien &#8211;- quand j'ai vu la vid&#233;o plus tard j'ai retrouv&#233; ces personnages marchant (celui qui prom&#232;ne sans cesse sa radio) et je suis m&#234;me une fois en ferry pass&#233; devant le lieu r&#233;el, je ne voyais jamais, dans le monde r&#233;el, que les photos de Depardon mises en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie, quoi qu'en disent les modernes, nous heurte parce qu'elle convoque notre relation au r&#233;el bien au-del&#224; du visible. Les deux chariots &#224; roulettes sous les deux piles de pneus je les touche : je sais les formes du bois et l'usure du fer, je sais la fa&#231;on de la roulette tordue d'aller un peu en crabe si on ne corrige pas, et je sais le poids et le contact du pneu dans mes mains. J'en ai d&#233;mont&#233;, j'en ai port&#233;, je connais leur odeur de neuf et leur poids mort d'objet vieux. Le cr&#233;pi sans couleur des murs, tenez, pensez au dos de votre main, et que vous l'appliquez l&#224; contre : il r&#226;pe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait que Depardon nous provoque. &#199;a pourrait &#234;tre une photo d'amateur. Tenez, l&#224; sur mon ordinateur, avec mon Photoshop, j'enl&#232;ve si je veux le petit bout de voiture sur le parking &#224; droite : c'est maladroit, &#231;a vous brise la g&#233;om&#233;trie, la presque sym&#233;trie, la ligne jaune sur la maison et la ligne blanche au sol. Mais voil&#224; : c'est la m&#234;me voiture devant maison qui a chauss&#233; les pneus du bricolo en bleu, ou bien pire, qui est all&#233; samedi dernier &#224; Norauto ou &#224; Leclerc sur la rocade de la grande ville pour quatre pneus neufs sans marque &#224; prix de gros &#8211; ici, lui, l'homme en bleu, il vous aurait peut-&#234;tre fait le m&#234;me prix service en plus ou vous aurait trouv&#233; des rechap&#233;s qui auraient bien fait m&#234;me usage. Ainsi, notre vieux monde, dans sa dissym&#233;trie des hommes, et le sol us&#233; des trottoirs et parkings : vous croyez que le type en bleu se pencherai pour arracher les trois ronces et herbes dans les fissures ? Et si c'&#233;tait &#231;a, invisiblement, qui avait d&#233;cid&#233; Depardon &#224; le choisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a le carton d'accessoires, livr&#233; par le Renault d'&#224; c&#244;t&#233;, et les deux poubelles, la bleue pour les sacs, la verte pour les recycler. Depardon aurait pu demander au type, gentiment : &#171; Tu me les tires de deux m&#232;tres, qu'on ne les voie pas ? &#187; Il n'aurait m&#234;me pas dit : &#171; Tu me tires ces trucs-l&#224; hors-champ ? &#187; En tout cas les poubelles et le carton sont l&#224;. On n'aurait pas ce genre de choses-l&#224; chez Avedon. Prenons Depardon avec ce qu'il nous donne : les poubelles aussi, on conna&#238;t &#231;a, on a les n&#244;tres, on les porte au camion, au coin de la rue du lotissement, le lundi soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on voit quoi ? Le rideau de la cuisine, au premier &#233;tage, mais sur une seule vitre, et le store de la vitre &#224; c&#244;t&#233; qui prouve que ce n'est plus habit&#233;. Notre pays est fait de grands villes grises o&#249; on s'entasse et de provinces remplies de cases mit&#233;es et vides. On attend que ces types-l&#224; aient fini pour reprendre le terrain, passer les bulldozers et construire une maison de retraite, notre meilleure industrie des cantons -&#8211; le monde de province un San Clemente g&#233;n&#233;ralis&#233; et c'est ce qui nous effraie, &#224; tant de distance m&#234;me, dans ce bloc froid qu'est San Clemente, o&#249; les silhouettes (quel &#233;trange rapport encore trop peu explor&#233; entre les photographies et le film) sont devenues comme nos proches. Ou bien on voit la plaque d'&#233;gout au premier plan devant, qu'elle s'ouvre et c'est l'homme en bleu qui tout droit y tombe. Ou bien on voit le tuyau de goutti&#232;re, la porte du voisin, la borne &#224; incendie rouill&#233;e ou bien que la rue s'appelle Rue du Faubourg Marcel. Une recherche sur Internet tendant &#224; alors &#224; nous indiquer que la ville serait Saint-Claude (Jura) et continuez page suivante on trouvera que la rue accueille au 8 un dispensaire, au 25 Chrono Pizza, et au 45 ce Too Pneus, trop pneus, et que l'homme en bleu c'est Nezvat Cengiz, n&#233; &#224; Nevsehir en Turquie en 1971, mais cela justement la photographie ne l'indique pas, la photographie ignore Chrono Pizza et le dispensaire de l'autre c&#244;t&#233; du parking, elle nous dit seulement ce rideau de cuisine, le store ab&#238;m&#233; et la plaque d'&#233;gout, et m&#234;me probablement, pour retrouver cette proximit&#233; avec l'homme en bleu, la fermeture &#233;clair, les mains dans les poches, et ce logographe avec deux pneus dans le mot anglais tOO pneus on referme la page Internet : le photographe avait mission de documenter le r&#233;el, ce gigantesque inconnu d&#232;s que s&#233;par&#233; de l'emprise de nos sens, San Clemente ou les voyageurs d'Afrique sur tant de voyages de Depardon resteront anonymes, mais lorsqu'il s'agit de notre propre r&#233;alit&#233; et notre propre pays ce n'est plus gu&#232;re possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parce qu'avec Internet on rejoint de chez soi le pr&#233;sent, de la rue, du garage (&#224; l'autre bout de la rue, au coin de la rue du Plan-du-Moulin, et voil&#224; que j'acc&#232;de au site d'une photographe qui vit elle-m&#234;me dans cette rue, et l'entr&#233;e dans le portail noir de Too Pneus est passer la fronti&#232;re d'un monde. Et puis on revient &#224; Depardon, on d&#233;couvre un nouveau d&#233;tail, peut-&#234;tre justement parce que l'oeil a quitt&#233; l'image, est all&#233; en voir d'autres avant de revenir &#224; celle-ci : la petite corde nylon verte qui sert &#224; tirer le chariot de vieux pneus &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi il pense, l'homme en bleu qui reste mains dans les poches ? Et pourquoi les mains dans les poches, m&#234;me si &#231;a ne concerne pas le photographe : montrer que &#231;a n'est pas du travail, &#231;a, le temps perdu parce qu'on accepte d'&#234;tre photographi&#233;, ou bien parce que les mains d'un type habitu&#233; au d&#233;monte-pneu et au cambouis, malgr&#233; la p&#226;te Arma du midi pour les reblanchir, si on accepte de montrer son visage on pr&#233;f&#232;re ne pas montrer ses mains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, un grand projet avait &#233;t&#233; initi&#233;, une poign&#233;e de photographes, dont Raymond Depardon, avaient choisi sur 440 points de territoire (par exemple, pour Depardon, il me semble parmi d'autres me souvenir d'un virage entre peupliers sur une nationale du sud-est), ensuite la m&#234;me photo &#233;tait refaite chaque trois mois dans les exactes conditions techniques &#8211; fonction que va probablement int&#233;grer d&#233;sormais Google Earth. Est-ce que la force d'une photographie, ce n'est pas d'anticiper toutes ces r&#233;currences possibles, et la m&#233;moire qui en amont l'accompagne, dans le seul myst&#232;re de ce qui devant nous surgit ? Alors le flou m&#234;me de l'int&#233;rieur noir devient signifiant, et les appareils, et les mots sur la plaque de bois viss&#233;e au fronton, o&#249; les lettres ont &#233;t&#233; trac&#233;es &#224; la main : montage, &#233;quilibrage. Et si elles n'avaient pas &#233;t&#233; peintes &#224; la main, il aurait photographi&#233;, Depardon ? Ce qu'en disait Rimbaud, qui n'&#233;tait pas si loin &#224; pied : &#171; J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, d&#233;cors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, &#224; l'int&#233;rieur, j'y rentre. C'est une autre photographie. Elle date de 1964, &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/mecanique.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mon p&#232;re&lt;/a&gt; l'a faite avec un Retinette Kodak. Cette ann&#233;e-l&#224;, il quitte le &lt;a href=&#034;http://cafcom.free.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;garage&lt;/a&gt; fond&#233; en 1925 par mon grand-p&#232;re, et Citro&#235;n lui confie une &#171; concession &#187; dans une vraie ville. Mon grand-p&#232;re arrive &#224; 65 ans, il met le petit garage en vente. Au fond, il y avait le tour, et Raoul, les capots lev&#233;s, les v&#233;hicules accident&#233;s. L&#224;, &#224; l'avant, le pont-&#233;l&#233;vateur et le coin pneu : l&#224;, son coin, &#224; mon grand-p&#232;re. Les ombres en rouge et jaune sur fond noir de Too Pneus, toutes r&#233;centes, je les retrouve &#224; l'identique 40 ans plus t&#244;t. Il y a ce bassin de zinc arrondi dans lequel on trempait les chambres &#224; air pour v&#233;rifier les fuites. Il y a le tr&#233;pied bas sur lequel on posait les jantes pour attaquer la roue au d&#233;monte-pneu, il y a le vieux compresseur &#224; mono-cylindre Bolinder pour le gonflage, et diff&#233;rentes notices accroch&#233;es, &#224; la gloire de Michelin mais pas seulement. Par exemple, je me souviens tr&#232;s bien (et je la retrouve sur la photo) de la pancarte Une place pour chaque chose, et chaque chose &#224; sa place, qui le d&#233;finissait tr&#232;s bien, mon grand-p&#232;re. Et il y a cette silhouette en rouge sur fond blanc, levant un doigt au-dessus de sa t&#234;te et y faisant tourner une roue sous le mot si prestigieux : &#233;quilibrage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L420xH280/garage-bon-st-michel-herm-b293a.jpg?1749146948' width='420' height='280' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Garage Bon, Saint-Michel en l'Herm, 1964.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens du bruit de roulement &#224; bille et de l'aiguille, et de la sensibilit&#233; de ce plateau tournant qu'on utilisait pour placer les petites masses dans les jantes, gr&#226;ces auxquelles l'usure des pneus serait sym&#233;trique, et meilleure la tenue de route : l'&#233;quilibreuse Facom. L'escalier sur la gauche descendait dans une cave &#233;troite, o&#249; les pneus, bien au frais, gardaient longtemps leur odeur de neuf. C'est tout cela que j'aper&#231;ois dans le fond noir de la rue du Faubourg-Marcel, avec cet appareil pneumatique que je n'ai vu surgir que plus tard, le d&#233;monte-pneu lui-m&#234;me pneumatique (&#224; p&#233;dale) pour les pneus de camion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci j'en voulais venir : le livre fascinant de Raymond Depardon sur la ferme des Garets, r&#233;cit et photographie, fait partie (tiens, comme &lt;i&gt;Esp&#232;ces d'espaces&lt;/i&gt; de Georges Perec) de nos classiques parce qu'il nous enseigne une permanence essentielle dans ce qui change. Depardon quitte la ferme et devient photographe, mais la photographie l'y ram&#232;ne, et la premi&#232;re d&#233;couverte du myst&#232;re de la photographie c'est l&#224; qu'il l'y avait trouv&#233;. Pour ceux de ma g&#233;n&#233;ration, qui ont d&#233;couvert Depardon cin&#233;aste, ou Depardon boxeur (j'entends : comme boxent en nous ses images), la ferme des Garets a surgi comme une origine infiniment personnelle &#8211; ce saut qu'il nous a fallu faire pour la ville. Lisons Proust, qui parle sans cesse de la photographie : la culture, peinture, architecture, litt&#233;rature &#233;tait constituante de son enfance. Nous, on devait partir sans savoir. Ce qu'on avait &#224; apprendre, on le d&#233;couvrait seulement une fois parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'appartiens pas au monde rural. Mais, dans notre village de Vend&#233;e, la porte de la cuisine donnait sur le trou noir qu'on voit ici. Je sais par coeur la fermeture &#233;clair des bleus qu'on remonte sur la sueur, et les mains noires qu'on blanchit &#224; la p&#226;te Arma. La ferme des Garets me donnait une cl&#233; int&#233;rieure, via un univers qui m'&#233;tait &#233;tranger. Aujourd'hui, par cette photo de la rue du Faubourg-Marcel &#224; Saint-Claude, et l'arbitraire et l'&#233;nigme qui ont d&#233;cid&#233; Depardon &#224; demander au patron de sortir, accepter un instant de poser, la m&#234;me porte s'ouvre qui me ram&#232;ne de sa ferme &#224; ma propre enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que cela nous dit la ville d'aujourd'hui, et notre fragilit&#233;, comme cela nous dit le p&#233;ril : et qu'ici s'arr&#234;te le discours &#8211; enseignement majeur, aussi, de Raymond Depardon et notre dette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/depardon_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/depardon_1.jpg?1286709465' width='500' height='629' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La France, Raymond Depardon, vignettes T&#233;l&#233;rama
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Depardon-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Depardon-2.jpg?1286709584' width='500' height='660' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;France, Raymond Depardon, vignettes T&#233;l&#233;rama.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cartier-Bresson | New York, down town 1947</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article424</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article424</guid>
		<dc:date>2022-06-16T03:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Cartier-Bresson</dc:subject>
		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;hommage &#224; Cartier-Bresson&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot200" rel="tag"&gt;Cartier-Bresson&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton424.jpg?1352732170' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Robert Delpire a publi&#233; en avril 2003 l'hommage de 50 &#233;crivains &#224; Henri Cartier-Bresson, en nous laissant choisir la photo th&#232;me de l'image. &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;down town, New York 1947&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;on ne photographie jamais que ce qui est, mais extr&#234;me la discipline &#224; conqu&#233;rir sur soi pour traverser l'instant qui, s&#233;parant le temps de son flux, restituera aux formes durement prises ce qui l&#224; est langage de l'homme se cherchant lui-m&#234;me, trouvant accomplissement &#224; lui-m&#234;me dans sa curiosit&#233; mise en risque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui marche dans Manhattan la sait, cette fascination : bande nue et plate saisie entre eau et vent, entaille faite &#224; la terre, le plafond repouss&#233; loin dessus, quand bien m&#234;me le vent traversant, quand bien m&#234;me l'eau au bout de chaque saign&#233;e droite, cette &#233;paisseur d'artifice que le ciment met pour qu'il y vive entre l'homme et ce rien &#8212; la taille du ciment a pu changer, New York reste m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;art du photographe que l'instant saisisse un tout &#8212; que la g&#233;om&#233;trie serait chose morte sans l'homme dans son abandon cul par terre et le chat m&#234;me plus vivant, captant encore lumi&#232;re &#8212; et que l'homme serait discours et rien que discours si la g&#233;om&#233;trie, sa disproportion, n'&#233;tait pas d'abord le champ d'intervention du b&#226;tisseur de ciel en &#233;chancrure, du sc&#233;nographe pour th&#233;&#226;tre &#233;lisab&#233;thain, du voleur d'exister qu'est, dans l'instant qu'il d&#233;clenche, le photographe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un escalier monte au ciel et s'arr&#234;te en impasse : le regard de l'homme est en diagonale qui tombe, les rues penchent elles &#233;crasent, la lumi&#232;re tout au fond d&#233;finitivement s&#233;par&#233;e de nous, qui fuyons : que sait-il, l'homme au Leica pr&#234;t, quand lui-m&#234;me pris dans l'entaille, et aimer la ville hostile dans ses alignement de grilles, saign&#233;e noir et blanc entre eau et vent aimer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la main a tourn&#233; le Leica pour qu'il soit vertical : le g&#233;nie est d'obtemp&#233;rer sans savoir, &#224; l'homme fixe, &#224; la g&#233;om&#233;trie qui dit &#8212; le g&#233;nie du photographe est que le monde &#224; lui s'offre, pr&#234;t&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L240xH293/CartierBressonCouv-33394.jpg?1749146948' width='240' height='293' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>hommage Gustave Le Gray, photographier la mer</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article87</link>
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		<dc:date>2017-11-17T14:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Gustave Le Gray</dc:subject>
		<dc:subject>Hiroshi Sugimoto</dc:subject>
		<dc:subject>Nantes, Rennes, Bretagne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;les vagues et la photographie via Courbet, Le Gray, Sugimoto et d'autres&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot196" rel="tag"&gt;Gustave Le Gray&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot197" rel="tag"&gt;Hiroshi Sugimoto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot331" rel="tag"&gt;Nantes, Rennes, Bretagne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton87.jpg?1352732049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;compl&#233;ment du 15 mars 2014&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; j'ai du mal &#224; m'habituer &#224; l'id&#233;e que ce site commence &#224; ressembler &#224; son propre r&#234;ve, articles qui peuvent ici &#233;voluer depuis 8 ans... avec la nouvelle exp&#233;rience du &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;studio d'&#233;criture Cergy&lt;/a&gt;, les questions images et art prennent une part plus importante, et le site est pr&#234;t &#224; le refl&#233;ter mieux... Alors ce billet repasse en Une pour inaugurer cette r&#233;activation.&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;compl&#233;ment du 20 octobre 2007&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; plus de 4570 personnes sont venues visiter mes photographies de vagues, avec hommage &#224; Gustave Le Gray... L'expo Courbet, dont la &lt;i&gt;Vague&lt;/i&gt; vaut bien &lt;i&gt;L'Origine du monde&lt;/i&gt;, a contribu&#233; &#224; r&#233;veiller cette page, d'o&#249; le fait que je la repasse en Une, puisque l'avantage de &lt;a href=&#034;http://www.spip.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;spip&lt;/a&gt;, par rapport aux blogs tout faits, c'est qu'on peut &#233;viter le principe de la &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article749' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fosse &#224; bitume&lt;/a&gt;....&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note du 1er juillet 2006&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est l'article n&#176; 87 de ce blog|journal, mis en ligne le 18 avril 2005. Je d&#233;couvre que 2285 personnes &#224; ce jour y ont consacr&#233; plus d'une minute. Aussi, c'est de saison, et c'est le bon souvenir de l'atelier en ligne &lt;a href=&#034;http://expositions.bnf.fr/lamer/ecrire/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;crire la mer&lt;/a&gt; r&#233;alis&#233; avec la BNF, et ne manquez pas d'aller visiter le dossier (magnifiques galeries virtuelles concernant les temp&#234;tes) de l'expo &lt;a href=&#034;http://expositions.bnf.fr/lamer/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mer&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Gustave Le Gray | photographier les vagues&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D'abord ce passage &#233;tonnant de Zola parlant de &lt;i&gt;La Vague&lt;/i&gt; de Courbet :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;La &lt;i&gt;Vague&lt;/i&gt; fut expos&#233;e au Salon de 1870. Ne vous attendez pas a quelque oeuvre symbolique, dans le go&#251;t de Cabanel ou de Baudry : quelque femme nue, &#224; la chair nacr&#233;e comme une conque, se baignant dans une mer d'agate. Courbet a tout simplement peint une vague, une vraie vague d&#233;ferlant sans se laisser d&#233;courager, sans se soucier des rires qui accueillaient ses toiles, du d&#233;dain ironique des amateurs. On le raillait, on l'appelait le peintre n&#233;buleux, on feignait de ne pas comprendre dans quel sens il fallait prendre ses tableaux. Puis un beau jour on s'avisa que ces pr&#233;tendues esquisses se distinguaient par un m&#233;tier des plus d&#233;licats, qu'il y avait beaucoup d'air dans ses tableaux ; qu'ils rendaient la nature dans toute sa v&#233;rit&#233;. Et les clients afflu&#232;rent dans l'atelier de l'artiste ; ils l'ont tellement surcharg&#233; de travail vers la fin qu'il lui a fallu en partie donner de l'ouvrage b&#226;cl&#233;. Je ne connais pas d'exemple plus frappant de la peur que ressent le public devant tout talent neuf et original, et du triomphe in&#233;vitable de ce talent original pour peu qu'il poursuive obstin&#233;ment ses buts.&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_71 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L350xH281/G.Courbet-La_Vague-datum_onbekendPS-c2c1d.jpg?1749146948' width='350' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Je me souviens avoir vu la &lt;i&gt;Vague&lt;/i&gt; de Courbet pour la premi&#232;re fois (en vrai) &#224; Berlin, en 1988, presque vis-&#224;-vis du mur, dans le petit mus&#233;e d'art moderne pr&#232;s de la Philarmonie. Un mur, qui vous attrape comme en vous poussant dans le dos pour vous assommer directement contre la toile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'expo &lt;a href=&#034;http://expositions.bnf.fr/lamer/pedago/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mer, terreur et fascination&lt;/a&gt; de la BNF, en octobre, Arnaud Laborderie m'avait fait d&#233;couvrir ces travaux des pr&#233;curseurs de la photo, comme si la mer, infiniment fluctuante d&#233;fiait leur r&#233;volution photographique, qui pr&#233;tend fix&#233; l'instantan&#233;, en les contraignant &#224; ce que l'instantan&#233; redevienne dur&#233;e. Magnifiques, les vagues de &lt;a href=&#034;http://expositions.bnf.fr/legray/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gustave Le Gray&lt;/a&gt;, que depuis j'ai toujours en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_75 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L362xH289/338-1bc17.jpg?1749146948' width='362' height='289' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je pensais &#224; tout &#231;a dimanche dernier, avec mon petit Olympus num&#233;rique de rien du tout, en me demandant comment s'y prendre et quoi photographier, le blockhaus demi immerg&#233;, du sable ou pas de sable, et cette fichue ligne d'horizon, que Hiroshi Sugimoto nous met arbitrairement &#224; la moiti&#233; de l'image, o&#249; est-ce que moi je dois la positionner ? Et l'absence de couleur, chez Sugimoto, &#231;a change quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_76 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L250xH196/ph1994.144.8.R-4bfcf.jpg?1749146948' width='250' height='196' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui me fascine l&#224; qui vient de l'enfance, marcher, penser, et la permanence du bruit, avec parfois d'autres phrases qui se greffent, comme celle de Rabelais sur la &lt;i&gt;Vague decumane. Grande, forte, violente. Car la dixiesme vague est ordinairement plus grande en la mer Oceane que les autres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'installe ici des carr&#233;s d'eau. Ce n'est pas de la photographie. Pour apprendre &#224; mieux respecter ce qu'en font les photographes ? Au retour de cette ballade plage (j'ai surtout gard&#233; une s&#233;rie de blockhaus immerg&#233;s), j'ai effac&#233; 40 ou 50 des images num&#233;riques pour n'en garder qu'une poign&#233;e. Mise en ligne telle quelle, depuis le petit appareil num&#233;rique bas de gamme, et sans retouche d'image.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_579 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/vague_1.jpg?1192994655' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_580 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/vague_2.jpg?1192994672' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/vague_3.jpg?1192994689' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_582 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/vague_4.jpg?1192994704' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Zola photographe</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2428</link>
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		<dc:date>2015-10-31T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Zola, Emile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et si Zola n'&#233;tait pas mort aussi b&#234;tement, aurait-il &#233;crit enfin sur la photographie et son nouveau Kodak ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Zola, Emile&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2428.jpg?1352733362' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte que a &#233;t&#233; &#233;crit &#224; la demande du mus&#233;e du Jeu de Paume en accompagnement de l'exposition d'une cinquantaine de photographies choisies parmi les 7 000 de Zola &#8211; voir images &lt;a href=&#034;http://lemagazine.jeudepaume.org/2011/01/zk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Magazine du Jeu de Paume, Zola/Kertesz&lt;/a&gt;. Est-ce sa mort accidentelle et pr&#233;matur&#233;e qui l'a emp&#234;ch&#233; d'&#233;crire sur sa pratique ? C'est une des questions sous-jacentes. Merci &#224; Marta Gili et Fran&#231;oise Bonnefoy pour proposition et accompagnement. &lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La passion Zola, appareils, plaques, images&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe des &#233;crivains du XIXe si&#232;cle : d&#232;s que nous pensons &#224; eux, notre cerveau d'aujourd'hui y associe leur visage (&#231;a vaut pour Flaubert, Baudelaire, Balzac ou Hugo). Eux, ils associaient quoi, au nom de leurs auteurs ? Les magazines passent &#224; la couleur en 1965 : ceux de ma g&#233;n&#233;ration ont vu et r&#234;v&#233; d'abord le monde en noir et blanc, savaient d&#233;j&#224; lire quand a surgi le temps de l'image : qu'est-ce qu'ils voient dans ses accumulations, ses grossissements, ses portraits, ceux qui ouvrent aujourd'hui Zola, que moi je ne voyais pas ? La photographie, pour Zola : nouveaut&#233; consid&#233;rable, amplification logique lorsque le travail de toute une vie est centr&#233; sur les signes de ce qui change dans le monde dont il participe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe des &#233;crivains de cette fin du XIXe : ils ont tous accept&#233; qu'on leur tire le portrait, mais n'ont pas associ&#233; la photographie &#224; leur art d'&#233;crire, ou &#224; un bouleversement de leur rapport au monde. Rimbaud est l'exception : quand il part pour le Harar, il emporte avec lui un manuel de photographie, se fait exp&#233;dier le mat&#233;riel d&#232;s ses premiers gains. Accessoirement : cette fabuleuse lettre o&#249; il raconte &#224; sa m&#232;re ce qu'il y aurait &#224; voir sur la photographie parfaitement blanche qu'il lui envoie (erreur de fixateur, reste une seule ligne o&#249; on reconna&#238;t un homme, un palmier, un casque colonial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola photographe : quand on ouvre l'&#233;dition des oeuvres compl&#232;tes de Zola par Henri Mitterrand, qu'on suit l'index des articles et entretiens, constat que Zola n'a jamais &#233;crit sur la photographie. Pas plus que Mallarm&#233;. Baudelaire oui, mais se trompe compl&#232;tement : visionnaire dans son Peintre de la vie moderne, il passe strictement &#224; c&#244;t&#233; des enjeux de la photographie. Comme Flaubert, en &#201;gypte avec Maxime du Camp, &#233;crivant &#224; Louise Colet et s'impatientant du temps que prend du Camp avec ses plaques de verre, parce que les mots l'obligent &#224; voir et que du Camp ne sait plus voir. Pr&#233;curseur fugace : dans le &lt;i&gt;Cousin Pons&lt;/i&gt;, &#224; moins de dix ans de l'invention du daguerr&#233;otype, deux pages lumineuses de Balzac, mais Pons est une de ses derni&#232;res oeuvres, il n'aura pas le temps d'y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui me fascine le plus, pour aborder Zola photographe, n'est pas un texte d'&#233;crivain, mais l'inventaire de ses propres appareils. Balzac a initi&#233; l'autonomie des lieux en litt&#233;rature, et ouvert &#224; l'&#233;criture de la ville. Zola a repris ce chantier et y a cr&#233;&#233; comme un tremblement de terre : se saisir comme lui seul a su le faire, physiquement, &#224; bras-le-corps, des objets sociaux qui d&#233;finissent la ville &#8211; l'industrie, le commerce, l'alimentation &#8211; et en faire sourdre le roman en le laissant happer une matrice fixe et fondatrice, ses Rougon et ses Macquart. Proust est venu ensuite, et il augmente la r&#233;solution du microscope (lire Deleuze, sur l'importance et la multiplicit&#233; des outils optiques dans &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;). Avec Proust, on d&#233;couvre l'irruption de l'&#233;lectricit&#233; dans le jardin d'hiver des Swann, l'irruption du t&#233;l&#233;phone dans les appartements bourgeois (on place le cornet dans la chambre, pour vos conversations intimes et nocturnes, ou dans le vestibule, pour les commandes de poissonnerie de la cuisini&#232;re ?), et le moteur &#224; explosion. Georges Perec, bien plus tard, nous parlera de l'infraordinaire, et saura d&#233;crire un monde par les choses. Lorsque aujourd'hui on veut conna&#238;tre un auteur du XVIIe si&#232;cle, les actes notari&#233;s incluant un inventaire apr&#232;s d&#233;c&#232;s sont une ressource d&#233;cisive : eux n'en auraient jamais per&#231;u l'intersection litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; vente des biens mobiliers &#187; de Zola, un an apr&#232;s sa mort accidentelle, en mars 1903, un cahier cartonn&#233; rel&#232;ve ce dont &#233;tait compos&#233; l'&#233;quipement complexe, rien d'un amateur : six cuvettes, un pied, un ch&#226;ssis agrandisseur, un &lt;i&gt;objectif d&#233;gradateur&lt;/i&gt;. L'&#233;crivain peut se suffire de ses plumes (Zola, le dernier grand avant l'arriv&#233;e de la machine &#224; &#233;crire, d&#233;j&#224; pr&#233;sente pour Proust ?) et de ses rames choisies de papier, la photographie impose un laboratoire, un mode lent et complexe. Cet inventaire nous impose de voir deux Zola : un qui est dehors, avec son pied, sa chambre, ses sacs, puis son D&#233;tective ou son Kodak ; un qui est dans sa chambre noire, avec ses produits, ses bains, son agrandisseur, et autant d'heures qu'il en faut probablement pour ces s&#233;quences martel&#233;es dans le fond de nos cr&#226;nes par &lt;i&gt;La B&#234;te humaine, Le Ventre de Paris, Au Bonheur des dames&lt;/i&gt; et tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1965 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/emile-zola-photographe-kodak.jpg?1297717652' width='500' height='472' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Restons sur le mat&#233;riel de Zola photographe : une beaut&#233; propre &#224; ces r&#233;alisations m&#233;caniques portant encore marque de leur invention. Et le cercle des amateurs doit &#234;tre bien r&#233;duits. Un plaisir sp&#233;cial &#224; &#234;tre le premier, qui r&#233;pondrait &#224; ce qu'il est en litt&#233;rature ? Se procurer le dernier Kodak am&#233;ricain est probablement en soi-m&#234;me un d&#233;fi. Les mati&#232;res en sont nobles. Ils sont lourds. Et toute une lenteur : il y a le temps d'installation, il y a le temps du d&#233;veloppement. On n'est pas en rapport avec la furie des hommes, mais avec ce que les bois pr&#233;cieux (acajou, palissandre) s&#233;dimentent des d&#233;cennies de l'arbre, les alliages de m&#233;tal rel&#232;vent de l'horlogerie &#8211; et l'optique est le myst&#232;re qui nous donne aussi le ciel. Ainsi cette phrase, qui &#233;voque plut&#244;t un yacht de haute mer : chambre Brichaut d'acajou et de cuivre, avec ch&#226;ssis de bois noir. J'aime aussi, dans l'inventaire du mat&#233;riel de Zola, que soit rest&#233;e cette &#171; bo&#238;te de plaques s&#232;ches au g&#233;latino-bromure d'argent &#187; qui porte sur son &#233;tiquette le nom du fabricant : &lt;i&gt;&#171; A.Lumi&#232;re et ses fils&lt;/i&gt; &#187;. Zola aura rat&#233; de si peu le cin&#233;ma : repenser au texte de Kafka sur les premi&#232;res s&#233;ances de cin&#233;ma auxquelles il assiste &#8211; est-ce que le roman de Zola, par rapport &#224; celui de Flaubert, et m&#234;me ce qui parfois nous g&#234;ne dans la vitesse et les grossissements de Zola, ce n'est pas l'attente du cin&#233;ma dans le roman ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mat&#233;riel de Zola, encore : premier appareil qu'il s'offre apr&#232;s sa chambre (d&#232;s 1890), le D&#233;tective de Nadar. Un bo&#238;tier en trois parties, ch&#226;ssis, chambre, objectif, mais mobile, construit par Nadar pour son exploration africaine. C'est avec lui que Zola part dans Paris qu'il a tant explor&#233; avec seulement sa plume. R&#233;volution : on peut y utiliser des plaques (de larges plaques 9 x 12, soit presque une demi page &#224; &#233;crire...) ou un ch&#226;ssis &#224; bobine, sp&#233;cialit&#233; de l'am&#233;ricain Eastman, et qui fera bient&#244;t le succ&#232;s de son Kodak. Puis le &lt;a href=&#034;http://www.collection-appareils.fr/Murer/html/murer.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Box &#187;&lt;/a&gt; (nom g&#233;n&#233;rique, m&#234;me principe, mais un seul bo&#238;tier compact), de M&#252;rer : c'est avec lui que Zola se photographie dans le bois de Boulogne. On est en 1900 (premi&#232;re ann&#233;e de vente du M&#252;rer, Zola se pr&#233;cipite sur la derni&#232;re nouveaut&#233;, quelque soit le prix) : il lui reste deux ans &#224; vivre, il aura encore le temps de passer au Kodak (le premier, c'est le &lt;a href=&#034;http://www.antiq-photo.com/spip.php?page=recherche&amp;recherche=Cartridge%20Kodak,%20Eastman%20Kodak%20Co&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Cartridge &#187;&lt;/a&gt;, donc remplacement d&#233;finitif de la plaque par la pellicule, et le deuxi&#232;me, le &#171; Pocket &#187;, instauration d&#233;finitive de la mobilit&#233;). Appareils interm&#233;diaires : la &lt;a href=&#034;http://www.collection-appareils.fr/carpentier/html/jumelle_45x6.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Jumelle Carpentier &#187;&lt;/a&gt;, et la &#171; Steno-Jumelle &#187; de Joux : la r&#233;volution, gr&#226;ce aux deux objectifs, c'est la formation de l'image sur une petite fen&#234;tre rouge de verre d&#233;poli, au dos de l'appareil &#8211; le monde devient repr&#233;sentation avant qu'on d&#233;clenche. Sur la&lt;a href=&#034;http://www.collection-appareils.fr/joux/html/steno_jumelle_stereo.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Steno-Jumelle &#187;&lt;/a&gt;, on peut inscrire dix-huit vues sur la m&#234;me plaque 9x12, et apparition d'un obturateur &#224; guillotine cinq vitesses. Comment ce mouvement vers l'image moderne, ce qui change, &#224; chaque &#233;tape technique, du rapport du photographe &#224; ce qu'il photographie, ne serait pas aussi important que le sujet photographi&#233; lui-m&#234;me ? En tout cas, dans cette &#233;volution technique en une d&#233;cennie, aussi rapide que la mutation aujourd'hui de nos techniques d'appropriation du monde via Internet, et la passion de Zola pour ces mat&#233;riels acquis sit&#244;t qu'apparus, je vois une affinit&#233; avec la mutation du roman dans les mains de Zola, plus profonde que ce qu'il photographie, et peut-&#234;tre le vrai message &#224; notre intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tour Eiffel de Paris et le Palais de l'&#233;lectricit&#233; : Zola photographe, est-ce que c'est acc&#233;der &#224; l'&#233;poque mieux qu'avec le r&#233;cit ? Le r&#233;cit d&#233;compose les &#234;tres et le monde, et Zola capable d'aller jusqu'au heurt, la complaisance m&#234;me &#224; ce qui heurte. La suite des photographies de la Tour Eiffel c'est le surgissement du nouveau, tel qu'on le capte dans le visible : on avait oubli&#233;, nous, comment la ville &#233;tait basse autour de la Tour Eiffel, on avait oubli&#233; les chemin&#233;es d'usine qui venaient toutes proches, on avait oubli&#233; le fourmillement de la vie pi&#233;tonne sur le pont de l'Alma. Montant &#224; pied les deux &#233;tages de la prouesse de fer, Zola entre dans ce qui ne lui est pas accessible encore par le r&#233;cit : la photographie peut se passer de la trag&#233;die pour dire le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/emile-zola-photographe.jpg?1297717392' width='500' height='582' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autoportraits en photographe : Zola se photographie lui-m&#234;me op&#233;rant au Bois de Boulogne avec son Box M&#252;rer tout neuf. Et cela gr&#226;ce au &#171; d&#233;clencheur pneumatique &#187; qu'il a invent&#233; et fait fabriquer pour sa &#171; Jumelle Charpentier &#187;, en attendant le retardateur des futurs Kodak. Mais comment et pourquoi cette id&#233;e de se photographier photographiant ? Disposer d'un appareil photographique pour garder trace de ce qu'on exerce avec la technologie neuve, via le nouvel appareil et la portabilit&#233; ou la mobilit&#233; qu'il vous offre. Et vous dites qu'elles sont simples, les photographies d'&#201;mile Zola ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autoportraits en &#233;crivain : il faut penser le pied, penser la plaque. Il faut penser l'&#233;clairage oblique (la le&#231;on de Caravage, qu'on voit s'inventer dans l'atelier Nadar, appliqu&#233;e par Zola &#224; ses portraits, y compris lorsque c'est lui-m&#234;me qu'il saisit). Dans l'autoportrait aux mains crois&#233;es, Zola ne sait &#233;videmment rien de sa prochaine mort accidentelle et idiote (comme toute mort accidentelle) : photographie alors testamentaire, et on lui donnerait bien plus que son &#226;ge. Zola s'acceptant vieux comme Rembrandt aussi l'osait : le ch&#226;le de laine, les lunettes, le plan coupant le chapeau, et ces mains crois&#233;es comme en peinture on les r&#233;serve aux vieilles femmes : c'est la main droite, c'est sa main qui &#233;crit, que Zola met en lumi&#232;re, inactive, sa t&#226;che finie. Rien que pour cette photographie, il nous fallait ce Zola photographe : Nadar a su mettre tout Baudelaire dans un flou, Carjat attraper Rimbaud dans ses dix-sept ans pour toujours. Apr&#232;s cet autoportrait de Zola avant mort, toutes les photos d'&#233;crivains sont des arch&#233;types. Et cet autoportrait avec chien, dans l'all&#233;e des arbres morts (arbres nus de l'hiver) : on compterait les arbres, on trouverait pile le nombre de romans des Rougon-Macquart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autoportraits avec dame : quand tout est pr&#234;t, on lance le &#171; d&#233;clencheur pneumatique &#187; dont il est si fier, on vient pr&#232;s de celle qui pose, on lui met les deux bras sur l'&#233;paule, le front dans ses cheveux &#224; elle (si c'est la ma&#238;tresse), on la couvre du regard (si c'est l'&#233;pouse) : on a pris la pose trop vite, parce qu'on craint d'avoir pris trop de temps, on la prend toute rigide : xxx c'est la maladresse de Zola, dans les autoportraits avec dame, qui m'&#233;meut &#8211; homme pour une fois jouet de ce qu'il fait. L'oeil mi-ferm&#233; et la calvitie dans le profil de la photo avec Jeanne. La place des enfants dans l'ensemble des images : dans ce qui s'invente de la &#171; photographie familiale &#187;, il nous aurait import&#233;s de savoir de Zola &#233;crivain comment il disposait l'importance des mots, et leur articulation. Respectueuses et d&#233;licates photographies de ses enfants (c&#244;t&#233; ma&#238;tresse), humour nettement involontaire du mari photographiant l'&#233;pouse devant la statue en pl&#226;tre faite &#224; sa gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola et le mouvement : et si c'&#233;tait &#231;a, la novation principale de ses romans avec cette phrase qui nous semble toujours &#224; gros grains, par rapport &#224; l'&#233;quilibre et la tension architectur&#233;e de Flaubert ? Rimbaud a ajout&#233; la cin&#233;tique &#224; l'art du po&#232;me de Baudelaire, Zola reprend &#224; Balzac la primaut&#233; &#224; vitesse et mouvement, et les bascules dans la ville moderne. Aujourd'hui on ne se pose plus la question : arrivez sur une place en voiture, vous analyserez d'abord, inconsciemment, les sens et les vitesses de circulation, puis vous remarquerez la statue, les b&#226;timents immobiles. Les appareils &#224; plaque de verre ont appris &#224; d&#233;composer le mouvement, mais quand Zola interroge le r&#233;el, c'est de cela d'abord dont il se saisit : foules, quadricycle &#224; moteur (ah oui, c'&#233;tait fr&#233;quent, en 1894...), v&#233;locip&#232;de, et bien s&#251;r locomotive. Peut-&#234;tre que ce sont les seules photographies o&#249; Zola d&#233;passe la d&#233;couverte, la fonction, l'exp&#233;rimentation ou l'illustration, et devient photographe : parce qu'ici le sujet s'&#233;crit seul, et ils peuvent na&#238;tre, les Kertesz et tous ceux qui suivront. Ce que Zola photographie, ce n'est ni la p&#233;niche, ni la locomotive, ni leur mouvement, mais la fum&#233;e &#8211; juste ces deux fum&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept mille plaques, de 1894 au coup d'arr&#234;t du 30 septembre 1902. Zola ne nous l&#232;gue pas la magie de Le Gray et d'autres (mais sa litt&#233;rature non plus ne cherche pas la magie, Zola creuse, travaille sa phrase &#224; la p&#226;te et la truelle), mais il prend place d'une autre fa&#231;on dans notre histoire de la photographie : sa radicalit&#233; d'artiste, il l'a transpos&#233;e dans sa manie des appareils, accompagnant la photographie dans sa conqu&#234;te de l'instantan&#233;, de la mobilit&#233;, de sa proximit&#233; au pr&#233;sent du monde. Il fixe &#8211; &#224; cet endroit recoupant la source magmatique en fusion des Rougon-Macquart &#8211;, &#224; Londres ou en haut de la Tour Eiffel, l'histoire d'une mutation o&#249; les sauts technologiques interf&#232;rent avec ce qui le fonde comme artiste : le regard, l'inscription toujours neuve de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la propre mutation qui affecte aujourd'hui, par le num&#233;rique (mais pas seulement), le rapport de la litt&#233;rature et du monde, la jeunesse que trouve Zola &#224; sa pratique de la photographie est un message qu'il convenait &#233;videmment d'ins&#233;rer tout pr&#232;s de ses livres, voire au m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/zola_train.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/zola_train.jpg?1297717455' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vincent G&#233;rard &amp; C&#233;dric Laty | filmer la photographie</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3769</link>
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		<dc:date>2015-06-06T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>
		<dc:subject>#training</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent G&#233;rard &amp; C&#233;dric Laty</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un voyage vers et avec William Eggleston&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot799" rel="tag"&gt;#training&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot824" rel="tag"&gt;Vincent G&#233;rard &amp; C&#233;dric Laty&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3769.jpg?1384083358' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
reprise miroir sur &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr/spip.php?article24&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cergyland.fr&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'Ecole nationale sup&#233;rieure d'arts de Paris/Cergy, pas de dominante. Mais une interaction quasi logique entre les pratiques, qui impose qu'aucune ne soit en arri&#232;re. Surpris par exemple du nombre d'&#233;l&#232;ves qui sont ici parce qu'adolescents ou enfants il y avait &lt;i&gt;le dessin&lt;/i&gt;, et le dessin reste tr&#232;s pr&#233;sent dans les pratiques de carnet personnel. De m&#234;me, la photographie est syst&#233;matiquement interrog&#233;e dans sa r&#233;ception (et la construction sc&#233;nographique ou temporelle de cette r&#233;ception, expos&#233;e, &#233;dit&#233;e, mise en r&#233;seau ou interaction) autant que dans son processus m&#234;me, et donc ce qu'elle est en tant qu'intervention plastique. Les ateliers peinture et volume sont un fourmillement de vie. Le code num&#233;rique a sa place en tant que tel dans l'enseignement et les pratiques, et d&#233;sormais l'&#233;criture aussi. Et bien s&#251;r le film et la vid&#233;o ont une place nodale. Un jeudi sur deux, dans une petite salle avec vid&#233;o-proj braqu&#233; sur le mur, les &#233;l&#232;ves proposent &#224; Patrice Rollet, Vincent G&#233;rard et C&#233;dric Laty leurs r&#233;alisations ou travaux en cours, souvent br&#232;ves, 3 &#224; 8 minutes. Elles sont collectivement d&#233;cortiqu&#233;es par l'agora, aussi bien d'un point de vue cin&#233;phile que narratif ou technique. J'ai bien conscience que &#231;a interf&#232;re lourdement avec la t&#226;che qui m'est confi&#233;e pour ces apprentissages narratifs, et que c'est un autre lieu nodal dont je ne peux rester &#233;loign&#233;. Raison de plus pour entrer voir ce qu'ils font eux, Vincent et C&#233;dric...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; actus &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/LamplighterFilms?ref=ts&amp;fref=ts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C&#233;dric Laty &amp; Vincent G&#233;rard&lt;/a&gt; &#224; suivre sur Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quelques liens vers William Eggleston et son travail : &lt;a href=&#034;http://xaxor.com/photography/24359-william-eggleston-photos-part-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://blog.grainedephotographe.com/william-eggleston-le-pionnier-de-la-couleur-en-photographie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.centre-photo-lectoure.fr/pages_eggleston/eggleston_presentation.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le site officiel de William Eggleston, avec portfolios et m&#234;me une boutique o&#249; figure &lt;i&gt;By the ways, a journey with Eggleston&lt;/i&gt;, de Vincent et C&#233;dric : &lt;a href=&#034;http://www.egglestontrust.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;egglestontrust.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; j'ai pris la libert&#233; de mettre en ligne les 6 premi&#232;res minutes de ce film &#233;tonnant, juste le d&#233;but avec double travelling voiture avant arri&#232;re, et cette conversation qui s'&#233;bauche avec Eggleston... sur ce qu'il a pris au cin&#233;ma. Merci &#224; C&amp;V s'ils l'acceptent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/u3kAhEHokYE&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/gp/product/B002FF1188/ref=as_li_qf_sp_asin_il?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=B002FF1188&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=B002FF1188&amp;Format=_SL160_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=B002FF1188&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;br&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;se procurer le film&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;un voyage avec William Eggleston : filmer la photographie&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il y a longtemps que la photographie a conquis de figurer dans les arts majeurs parmi l'ensemble des disciplines qui forgent notre imaginaire, constituent notre rapport au monde, et nous permettent de cheminer dans notre propre terrain, l'&#233;quivalent de la peinture, l'architecture, la litt&#233;rature et maintenant le cin&#233;ma lui-m&#234;me &#8211; liste non exclusive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas donn&#233; d'avance : cheminement qui s'est historiquement constitu&#233; tr&#232;s progressivement, et pour la photographie, plus que pour la litt&#233;rature ou la peinture (encore que), li&#233; chaque fois &#8211; m&#234;me depuis Gustave Le Gray et Nadar &#8211; aux sauts techniques des appareils et proc&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma est un de nos moyens d'investigation privil&#233;gi&#233;s dans cette enqu&#234;te &#224; refaire en permanence de l'art et du monde. Je pense par exemple &#224; &lt;em&gt;Rencontre avec un homme remarquable&lt;/em&gt; de Peter Brook : y a-t-il une diff&#233;rence si essentielle d'avec l'&lt;em&gt;Andrei Roublev&lt;/em&gt; de Tarkovski ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ici qui se s&#233;pare : la litt&#233;rature aussi, et ce n'est pas une r&#233;v&#233;lation r&#233;cente m&#234;me si &#231;a ne se voit pas dans les sch&#233;mas de domination marchande, tend &#224; supprimer les cat&#233;gories de fiction et non-fiction pour que son avanc&#233;e soit intransitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film est donc pleinement film quand il enqu&#234;te sur l'art, ou cherche son propre rapport au monde (aux &#234;tres, au voyage, comme &#224; la simple tonalit&#233; du ciel ou le rugissement des voitures dans les villes) en approchant un artiste ou une oeuvre. On ne documente pas une b&#234;te sauvage : tout artiste a cet irr&#233;ductible, et m&#234;me le tr&#232;s civilis&#233; Bill Eggleston quand il ne r&#233;pond que par monosyllabes aux questions qu'on lui pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe, ou la nouveaut&#233;, est donc que le cin&#233;aste (ici en bin&#244;me, unique signature de Vincent G&#233;rard et C&#233;dric Laty) s'approprie sa propre mati&#232;re en choisissant pour objet un photographe : donc un b&#226;tisseur d'image embo&#238;t&#233; dans sa propre construction d'images. Et imm&#233;diatement l'autre paradoxe : on con&#231;oit facilement des photos de tournage (dans le film de Vincent G&#233;rard et C&#233;dric Laty sera d'ailleurs &#233;voqu&#233;e la fa&#231;on dont Bill Eggleston r&#233;pond &#224; ce genre de commande), on con&#231;oit facilement comment un photographe peut basculer souplement d'une optique fixe &#224; une optique anim&#233;e (Robert Frank ou Depardon ont pos&#233; assez de jalons, cin&#233;astes sans cesser d'&#234;tre photographes, ou r&#233;ciproquement &#8211; et c'est presque une banalit&#233;, Fellini m&#234;me, ou Wenders, de d&#233;couvrir des livres de photographies sign&#233;es de r&#233;alisateurs cin&#233;matographeiques) mais le d&#233;fi semble nettement plus grand &#224; l'id&#233;e qu'un film nous rende compte de la d&#233;marche d'un photographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'Eggleston ? Une transition. Pour ma part, je me souviens parfaitement bien qu'en novembre 1963, pour l'assassinat de Kennedy, Paris-Match se dotait de sa premi&#232;re Une en couleur, et qu'en 1965 c'&#233;tait l'int&#233;rieur du magazine qui y passait, je d&#233;couvrais que les Beatles avaient des pantalons mauves. &#192; la maison, les photographies restaient en noir et blanc mais mon p&#232;re passait, avec son Kodak Retinette, aux diapositives. La couleur n'&#233;tait pas un saut radical dans l'invention photographique, mais nous accomplissions un saut radical quand le monde qui ne nous &#233;tait pas accessible, ne participant pas de notre exp&#233;rience sensible imm&#233;diate, &#233;tait auparavant en noir et blanc et ne l'&#233;tait plus. Les progr&#232;s de la quadrichromie, le r&#244;le grandissant de la publicit&#233; dans les pratiques de consommation normalis&#233;es et massifi&#233;es introduisaient la couleur m&#234;me dans les habits. Il restait que le noir et blanc restait, chez Cartier Bresson et les autres, comme la marque m&#234;me que la photographie n'&#233;tait pas une simple reproduction des couleurs du monde (dans le spectre visible r&#233;duit et la division r&#233;tinienne en b&#226;tonnets sp&#233;cialis&#233;s qui sont n&#244;tres), mais la photographie comme art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et William Eggleston installe ici sa coupure parce que, dans ses images, la couleur vaut pour elle-m&#234;me. La dialectique de cette mise en avant de la couleur lui permet de d&#233;gager sa photographie de l'&#233;v&#233;nementiel ou du cadrage extr&#234;me des &lt;em&gt;Am&#233;ricains&lt;/em&gt; de Frank. Voitures, supermarch&#233;s, route dans les champs : cette non-hi&#233;rarchie de l'objet artistique, qui choque tellement (et continue) nos soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes, n'a jamais &#233;t&#233; un probl&#232;me pour l'art pictural am&#233;ricain, d&#232;s qu'il se constitue hors r&#233;f&#233;rence europ&#233;enne, dans les ann&#233;es 30. Par contre, Eggleston impose un arbitraire de ce mat&#233;riau : comme le Yoknapatowpha de Faulkner, il constitue en le photographiant un territoire imaginaire ancr&#233; sur le cercle que d&#233;limitent autour de son domicile, l&#224; pr&#232;s de Memphis dans le Missisipi, ses propres d&#233;placements au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette couleur, il la cherche : en photographiant au ras du jour, en d&#233;limitant avec pr&#233;cision, et sans multiplier les prises, le cadre qui la lui autorise. Peut-&#234;tre que le ciel brumeux des &#201;tats du sud, en mouillant toute nuance, y contribue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils font quoi, Vincent G&#233;rard et C&#233;dric Laty : d'abord, ils voyagent. Quand on verra une photo, on sera dans le lieu m&#234;me qui a provoqu&#233; la prise. On croise les m&#234;mes b&#226;timents, les m&#234;mes routes, on s'immerge dans les m&#234;mes couleurs. C'est si secondaire, la d&#233;marche de s'&#233;riger en r&#233;alisateur de film, qu'on les voit plusieurs fois traverser n&#233;gligemment le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On serait donc dans un contraire de la photographie, qui est d'abord l'arrachement au r&#233;el pour le transformer en image autonome ? Alors on s'y ancre, dans le contraire. Le photographe est un artiste : c'est le vieil oncle sourd qui le dit &#8211; la preuve qu'il est g&#233;nial, c'est qu'il sait m&#234;me r&#233;parer les amplificateurs. Ou bien le photographe dans son quotidien : on conna&#238;tra sa voiture, sa fa&#231;on de fumer le cigare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est une fois proc&#233;d&#233; &#224; ce d&#233;minage qu'on installera ce qui n'est pas montrable, la modestie m&#234;me du travail photographique. Commentaire d'un t&#233;moin qui a pris lui-m&#234;me Eggleston en photo, et &#231;a nous en apprendra un peu sur la construction de l'image. Souvenirs d'enfance, et on le voit partir en balade trois appareils autour du cou, ce qui ne sera pas trop son genre, plus tard. Le labo et la tireuse : mais est-ce que ce n'est pas le prolongement direct du quotidien am&#233;ricain dans le Sud, tel qu'on a appris &#224; le reconna&#238;tre, en regardant d&#233;sormais, sur le bain de r&#233;v&#233;lateur, le visage et les gestes de cette femme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien d'int&#233;ressant dans la biographie : sinon que les maisons sont belles, sinon ce plan &#233;tonnant d'un pied jouant avec sa sandale derri&#232;re l'oiseau qui vole dans sa cage. Mais c'est parce que la biographie aussi est vide qu'on sait reconna&#238;tre le chant tragique d'une couleur ou d'une forme, de la lev&#233;e d'une route sur un pont, de la g&#233;om&#233;trie d'une station-service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se dit ou se cherche ici, c'est comment Eggleston nous a d&#233;sappris la couleur mim&#233;tique, pour nous r&#233;enseigner ce que Renoir ou C&#233;zanne savaient pour autre chose que la repr&#233;sentation photographique : le travail que nous avons &#224; faire sur nous-m&#234;mes pour r&#233;apprendre le monde comme couleur. On se dit qu'ils ont fait un beau voyage, et que les villes sont une prouesse de signes, m&#234;me si Eggleston reste impassible, et ses paroles presque ind&#233;m&#234;lables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l'ouverture du film, que j'ai ci-dessus recopi&#233;e : o&#249; Eggleston a-t-il pris cette coupure qu'il initie dans le monde photographique, en convoquant pour l'art la couleur consid&#233;r&#233;e comme vulgaire, pareil que cinquante ans plus t&#244;t c'est la photographie elle-m&#234;me qu'on trouvait vulgaire devant la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eggleston pour une fois r&#233;pond : dans &lt;em&gt;La mort aux trousses&lt;/em&gt; et dans &lt;em&gt;Vertigo&lt;/em&gt; de Hitchcok. La densit&#233; de la couleur verte d'une voiture, re&#231;ue comme couleur. Le cin&#233;ma, par le film de Vincent G&#233;rard et C&#233;dric Laty, venant cueillir du photographe ce qu'il a lui-m&#234;me repris directement du film. &lt;br/&gt;Alors ces passages mobiles et fluides entre l'image photographique arr&#234;t&#233;e, qui se fond &#224; la narration du film, s'y surimpose et repart, trouve sa logique. On sait ce qu'on doit &#224; la photographie et pourquoi le photographe, aussi but&#233; qu'un grand peintre, est &#224; cette m&#234;me hauteur que les peintres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent G&#233;rard et C&#233;dric Laty sont avec Patrice Rollet les animateurs du studio film et vid&#233;o de l'&#233;cole : ici, le discours sur la photographie est diffract&#233;, cass&#233;, r&#233;invent&#233;, les strat&#233;gies et postures devant l'image deviennent elles aussi le mat&#233;riau m&#234;me du travail. Le film &lt;em&gt;By the ways : a journey with Eggleston&lt;/em&gt;, en est la meilleure description du potentiel territoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/william-eggleston.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/william-eggleston.jpg?1384083226' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/eggleston_route.jpg?1384083686' width='500' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>G&#233;raldine Lay | Beauvais en 26 photographies</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3949</link>
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		<dc:date>2014-04-24T20:05:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>Nord, Picardie</dc:subject>
		<dc:subject>Lay, G&#233;raldine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Rien qu'une rampe de skate, et pourtant : on s'&#233;lance ici hors de sa condition, saut hors la gravit&#233;, d&#233;fi &#224; l'&#233;quilibre, dans le d&#233;s&#233;quilibre du monde et l'immobilit&#233; paradoxale qu'ici il instaure. Ici, dans la lumi&#232;re du photographe, les mains, le ciel, les postures, tout &#233;clate.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot332" rel="tag"&gt;Nord, Picardie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot851" rel="tag"&gt;Lay, G&#233;raldine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3949.jpg?1398369299' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je r&#234;ve moi aussi, m&#234;me si j'ai eu d&#233;j&#224; ici ou l&#224;, cette chance, qu'on m'invite dans des lieux pr&#233;cis pour &#233;crire ou photographier.
&lt;p&gt;L&#224; c'&#233;tait sp&#233;cial : la r&#233;sidence de G&#233;raldine Lay &#224; Beauvais correspondait &#224; la fin de mon ann&#233;e &#224; Qu&#233;bec, nous ne nous sommes pas rencontr&#233;s. Je ne suis jamais all&#233; &#224; Beauvais : je n'ai connu, d'elle et de la ville, que ces 26 photographies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit l'occasion d'inciter &#224; la visite de son site, &lt;a href=&#034;http://www.geraldinelay.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les failles ordinaires&lt;/a&gt;, et de ces &#233;tranges s&#233;ries o&#249; la photographie devient elle-m&#234;me fiction. Voir ce qui s'en induit, sur nerval.fr, pour Jean-Pierre Suaudeau avec son &lt;a href=&#034;http://nerval.fr/spip.php?article122&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alice au miroir&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&#034;http://www.geraldinelay.com/1/8/north-end/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;North End&lt;/a&gt;, travail men&#233; depuis plusieurs ann&#233;es d'affil&#233;e sur les villes du nord de l'&#201;cosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir sur le site de G&#233;raldine Lay, en diaporama grand format, l'ensemble de son travail sur Beauvais, &lt;a href=&#034;http://www.geraldinelay.com/2/5/ou-commence-la-scene/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;O&#249; commence la sc&#232;ne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et merci &#224; &lt;a href=&#034;http://www.diaphane.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diaphane&lt;/a&gt; d'avoir bien voulu m'associer &#224; ce catalogue, voir leur site pour programme, archives, r&#233;sidences en cours, &lt;a href=&#034;http://www.fraap.org/article261.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du beau travail&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5020 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-01.jpg?1398369633' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;o&#249; commence la sc&#232;ne&lt;br/&gt;
sur 26 photographies de G&#233;raldine Lay &#224; Beauvais&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;On arrive dans une ville. Ce n'est plus notre ciel, ce ne sont plus les rues qu'on conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couleur m&#234;me est diff&#233;rente : la vieille brique, et ce que la ville t&#233;moigne d'histoire, la vieille et usante histoire des hommes &#8211; &#224; Beauvais c'est depuis si longtemps &#8211; et des sculpteurs de cath&#233;drale aux tisseurs de tapisserie (Beauvais &#171; ville drapante &#187;, Beauvais ville de l'indienne) tout a fait trace. Mais est-ce qu'on ne vit pas ici comme n'importe o&#249; ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le pr&#233;sent ? Est-ce qu'il indique une continuit&#233;, un art de vivre, est-ce qu'il rassure sur nous-m&#234;mes ? Que nous disent les autres, ceux que pour l'instant on ne conna&#238;t pas, le croisement bref des regards, la fa&#231;on dont on s'assemble, juste ici o&#249; on est, cette patinoire dress&#233;e sur une place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie fascine, parce qu'elle nous prouve optiquement, chimiquement, que ce qu'on voit existe, a du moins exist&#233; &#224; l'instant pr&#233;cis dont l'image est la trace. Bien s&#251;r, l'art du photographe est de jouer de cette contrainte : on peut mettre en sc&#232;ne l'instant, travailler sur des s&#233;ries de temps qui le d&#233;composent et ainsi de suite. Il y a tant d'images qui interdisent d'en revenir &#224; la r&#233;alit&#233; qu'elles supposent : G&#233;raldine Lay appelle cela des failles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on ne feuillette pas ces images en se disant que c'est Beauvais qu'on lit, ou bien que telle est la r&#233;alit&#233; aujourd'hui de Beauvais et de celles et ceux qui l'habitent. Ce qu'on lit, c'est une rencontre. On ne s'arr&#234;te pas, on parcourt. D'ailleurs, &#224; mesure qu'avan&#231;ait l'exp&#233;rience &#8211; r&#244;le de t&#233;moin, apprendre &#224; voir Beauvais sans aller &#224; Beauvais, G&#233;raldine Lay me transmettait un d&#233;roul&#233; &#8211; non pas des images s&#233;par&#233;es, mais un parcours, une travers&#233;e, un temps. Pour le r&#233;cit de la ville, l'encha&#238;nement et la respiration d'une photographie &#224; l'autre comptent autant que leur accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-02.jpg?1398369633' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais si la photographie fascine, c'est qu'on n'y lit pas un objet ext&#233;rieur &#224; soi-m&#234;me. On y voit l'arbitraire, un arbitraire pos&#233; sur les choses qui nous concernent. La vie, peut-&#234;tre, simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symbolique alors de cette patinoire, rectangulaire et lisse comme les n&#233;gatifs 24x36 de Beauvais vu par G&#233;raldine Lay : rien n'y est immobile. Corps d&#251;ment envelopp&#233;s qui circulent comme vibrent les atomes dans les acc&#233;l&#233;rateurs de particules. C'est autour qu'on attend, qu'on regarde. La photographe alors fixant le regard de ceux qui regardent, mais ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie est cette articulation, ce que la r&#233;alit&#233; donne &#224; voir, mais li&#233;e &#224; ce qui devient visible uniquement parce que la photographe en a isol&#233; l'instant. Parce que les photographes d&#233;c&#232;lent dans le visible ce qui, &#224; nous, n'est pas perceptible ? En partie, probablement. Le travail commence avec l'oeil, et suppose d'arpenter, de marcher, d'&#234;tre longtemps dans l'aff&#251;t. Mais c'est probablement irrationnel aussi. Il s'agit de pellicules 36 poses roul&#233;es dans le Leica, et qu'on envoie au studio de d&#233;veloppement. On re&#231;oit une planche-contact, avec les images en petit, c'est l&#224; qu'on retient celles qui disposent d'un peu de ce myst&#232;re, et dont on demande l'agrandissement. C'est la photographie qu'on re&#231;oit qui donne &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression, &#224; suivre &#224; distance, tous ces mois, l'exp&#233;rience &#224; Beauvais de G&#233;raldine Lay invit&#233;e par Diaphane, d'une suite de nappes mouvantes qui se superposent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5022 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-03.jpg?1398369634' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une jeune femme arrive devant vous sur le trottoir. La rue est d'apparence banale. Vous ne provoquerez pas de pose. Vous ferez plusieurs images, mais la jeune femme simplement comme vous l'avez aper&#231;ue, venant vers vous. Vous lui avez demand&#233; si elle accepterait que vous la photographiiez. Elle a souri, a r&#233;pondu que oui. La noblesse m&#234;me de celle ou celui qui est au-dessus de cela. Qui donne parce qu'elle ou il sait la valeur de ce qui est offert. Un homme &#224; l'arri&#232;re-plan pousse la porte de chez lui, le feu &#224; l'autre bout est vert : rien n'a &#233;t&#233; coup&#233; de l'instant, du hasard. Mais une posture, la tension d'un visage, et jusque la fa&#231;on dont les v&#234;tements tranchent sur la part anonyme des choses, elle dit : &#8211; Je suis d'ici. L'&#233;change, pour la photographe, c'est le Leica qui capte cette lumi&#232;re, du visage, de la ville, de l'instant. L'&#233;change, pour la jeune femme, peut-&#234;tre ce que nous lui disons maintenant : qu'elle nous en apprend un peu sur nous, aussi. Que nous-m&#234;mes, tout &#224; l'heure, marchant dans la rue, en aurons gard&#233; un peu, et nous en serons agrandis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;raldine Lay, parce que tous ces mois elle est venue si souvent &#224; Beauvais, dit qu'avec plusieurs des personnages s'est instaur&#233; un &#233;change. Parfois, d'un s&#233;jour l'autre, la photographie offerte. Parfois, la conversation qu'on entame : par exemple &#224; l'&#201;cume du jour, bistrot associatif (qui propose m&#234;me un &lt;i&gt;jardin partag&#233;&lt;/i&gt;). Alors on fait, &#224; chaque nouveau s&#233;jour, une nouvelle photo du personnage, et s&#233;dimente dans l'image cette confiance ou interrogation r&#233;ciproque. Et cela aussi ressemble &#224; ce que chacun de nous tisse, parce que seuls les &#234;tres d&#233;truits se s&#233;parent radicalement des autres. Dans ces images, on dirait qu'il n'y a pas d'extr&#234;me : que la mis&#232;re, l'accident ou la d&#233;tresse qui sont de toute ville aujourd'hui le visage, elle ne le retient pas (cette image d'oiseau mort, dans les photographies non retenues) &#8211; personnages fixes, et toutes autres nappes mouvantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5027 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-04b.jpg?1398370060' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que les personnages ici ont en permanence le regard port&#233; sur les autres, ont curiosit&#233; des autres. Comme si G&#233;raldine Lay photographiait d'abord notre propre curiosit&#233;, avec la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut de la confiance, pour qu'une ville accepte celle ou celui qui la photographie. Lui offre le g&#238;te et le couvert, ces deux fondamentaux de la vie nomade. La litt&#233;rature se divise facilement en r&#233;cits autobiographiques et r&#233;cits de voyage. La photographie, c'est plus compliqu&#233;. G&#233;raldine Lay est n&#233;e &#224; M&#226;con, a v&#233;cu &#224; Lyon, puis Arles : ce ne sont pas les m&#234;mes lumi&#232;res, le m&#234;me paysage, la m&#234;me histoire des villes. Ce qu'elle cherche pour ses failles, ces minces lignes de fracture qui permettront de passer &#224; travers la r&#233;alit&#233; visible, elle est all&#233;e les chercher dans le Nord. Quand elle dit nord, c'est la Norv&#232;ge et la Su&#232;de, la Finlande o&#249; tout est si intangible, c'est la lumi&#232;re grise de Glasgow. Lumi&#232;res du Nord : &#171; Des lumi&#232;res de fin de journ&#233;e tr&#232;s dirig&#233;es et &#231;a dure trois heures, alors que chez nous c'est comme un coup de projecteur, mais qui dure une demi-heure. &#187; De Glasgow ou la Finlande, elle dit : &#171; Rentrer dans un autre univers, chercher la m&#234;me histoire. &#187; Ce sont ses photos de Glasgow, d'ailleurs, qui ont d'abord &#233;t&#233; accueillies par Diaphane, et provoqu&#233; la rencontre avec Beauvais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5023 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-05.jpg?1398369634' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute cette ann&#233;e, quand je recevais ces images, j'&#233;tais &#224; Qu&#233;bec. D'une ville &#224; l'autre, des heures de grande route toute droite, au long d'&#233;pinettes monotones. Revenant en France, l'impression de distances tellement plus courtes, et qu'&#224; tendre chacun les deux mains on pourrait faire cha&#238;ne d'une ville &#224; l'autre. Beauvais, dans notre histoire, c'est ces premi&#232;res villes qui &#233;chappent enfin &#224; l'attraction de Paris m&#233;gapole. C'est ce vieux tissu des villes dans la guerre, &#224; l'arri&#232;re du front de 14-18, sous les bombardements, un tissu de villes qui, au moins dans l'id&#233;e qu'on en a, se rejoignent presque, Amiens, Compi&#232;gne ou Rouen. Pour G&#233;raldine Lay, un d&#233;paysement qui n'a pas l'&#233;chelle de ses villes du Nord : &#171; j'avais peur, un r&#233;el d&#233;j&#224; plus proche &#187;. C'est le temps particulier de la r&#233;sidence. Myst&#232;re, pour chacun de nous, que les premi&#232;res sensations d'une ville soient les plus aigu&#235;s. Pour combien d'entre nous une ville &#233;trang&#232;re se r&#233;v&#232;le d&#233;j&#224; lorsque le taxi ou le bus nous emm&#232;ne de l'a&#233;roport au centre-ville ? Le d&#233;roul&#233; des photographies, c'est un peu l'image d'une &#233;cluse : elles disent l'histoire propre de la rencontre de la photographe et de la ville. Ce d&#233;calage si mince, et qui passe forc&#233;ment par les gens. &#171; &#202;tre &#224; Beauvais comme une &#233;trang&#232;re &#187;, dit G&#233;raldine Lay de son premier s&#233;jour, dans cet hiver avec neige, et les yeux tout autour de la patinoire. &#171; Ce qui para&#238;t diff&#233;rent de soi, dit-elle, on y va beaucoup plus franchement. &#187; De son dernier s&#233;jour, elle dit : &#171; Je n'ai presque pas fait d'images. &#187; Et si c'&#233;tait ce chemin lui-m&#234;me qui faisait r&#233;cit, donnait &#224; voir ce que le visage de la ville peut-&#234;tre retient, autorisant cet arbitraire m&#234;me, ces rencontres, la lumi&#232;re sur un escarpement de briques, &#224; devenir la ville dite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement lui-m&#234;me aussi que le photographe examine. Pas d'appareillage, c'est la tradition des photographies de rue, la noblesse que &#231;a a pris dans l'histoire de la photographie en g&#233;n&#233;ral, dans l'histoire artistique am&#233;ricaine d'autre part. Comme d'autres avant elle, G&#233;raldine Lay a l'appareil le plus petit : un Leica. Le r&#233;cit surgit d'une coupe, d'un cadrage. Dans ces villes de briques, la rue n'est pas l'espace de vie qu'elle est en M&#233;diterran&#233;e. Le photographe est chasseur : &#171; On est seule face aux personnes crois&#233;es, avec la m&#233;fiance en France pour l'image. Alors on demande, mais on fait la photo. &#187; Et peut-&#234;tre que c'est cette libert&#233; prise, qui affirme avec une telle pr&#233;sence l'arbitraire de la ville, du destin de chacun, l&#224; o&#249; cela nous renvoie au n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien parfois on doit &#234;tre tent&#233; d'arranger le r&#233;el. De composer une sc&#232;ne. L'histoire de la photographie en est remplie, de ces images qu'on croit spontan&#233;es, et qui sont de savantes constructions ou recompositions. Et c'est ici que le photographe invente sa propre contrainte. Une des pr&#233;c&#233;dentes expositions de G&#233;raldine Lay empruntait son titre &#224; Nabokov : &#171; Un mince vernis de r&#233;alit&#233;. &#187; Dans la profusion du r&#233;el, ces instants o&#249; on a l'impression que le hasard, les lignes et la lumi&#232;re se rassemblent dans un soudain pic d'intensit&#233; : &#171; Quand le r&#233;el produit sa propre ambigu&#239;t&#233;, dit-elle, qui fait qu'on n'y croit plus... &#187; Elle parle m&#234;me de &#171; fausse mise en sc&#232;ne &#187; : rien de construit, et pourtant c'est la fa&#231;on dont le r&#233;el se construit qui a fait qu'on glisse de la position de spectateur &#224; celle de chasseur, le Leica sorti et d&#233;clench&#233; &#8211; &#171; des gens qui ont une certaine fragilit&#233;, aussi &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beauvais l'hiver : les rues ici sont neutres. Lignes et couleurs, travaux, signalisation routi&#232;re, murs opaques et sans fen&#234;tres, alignements ternes des garages, jardins clos, aux jeux normalis&#233;s &#8211; est-ce qu'o&#249; chacun de nous on vit, les signes de la ville ne sont pas en eux-m&#234;mes d&#233;positaires de sens ? Les visages font rupture. Les visages disent la ville comme espace du corps, mais que la ville ne se d&#233;finit que par eux, et non par ce vocabulaire connu d'avance : antennes de t&#233;l&#233;vision, bo&#238;tes aux lettres pour si peu de lettres, automobiles et vie marchande mangeant l'espace de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-06.jpg?1398369634' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et cela ne s'appelle pas photographie, mais sc&#232;nes. Signifier la mise en repr&#233;sentation, le temps rassembl&#233; de la ville : l'hiver, la patinoire, la brique nous disent l'entr&#233;e dans la ville, le temps qui s'installe. Puis les visages, la marche, les hasards, nous disent ce qui r&#233;siste, et comment la ville elle-m&#234;me peut s'&#233;crire. P&#233;nulti&#232;me et embl&#233;matique image : ces trois enfants qui la colorent &#224; la craie, leur ville, hiss&#233;s sur des tabourets pour que l'image soit &#224; hauteur de nos yeux &#224; nous, qui avons quitt&#233; l'enfance et peut-&#234;tre ne savons plus voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou cette m&#232;re qui vient pr&#232;s du man&#232;ge o&#249; tourne, hors-champ, son propre enfant, et voil&#224; qu'on dirait une sculpture pour le choeur gothique de Beauvais. Et ces deux femmes qui rient devant des volets clos : la photographe leur avait demand&#233; de continuer, elles savent donc &#234;tre en repr&#233;sentation &#8211; dans le haut sens du terme &#8211;, mais alors est-ce que ce n'est pas toute notre relation &#224; l'autre, dans la ville, qui surgit comme une question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre vie d'aujourd'hui, et tout ce qui tirerait trop vers l'&#233;vidence est gomm&#233; : ainsi, la ville au lointain, o&#249; les maisons individuelles (dans cette mani&#232;re propre aux pays d'industrie de s'assembler et se joindre) cachent les immeubles collectifs, et un arbre &#233;vacue la Zup : pourtant, qu'elle est dure, la terre mit&#233;e au premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5025 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-07.jpg?1398369634' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vingt-six photographies, neuf avec des enfants ou des adolescents : pas eux, juste la fa&#231;on dont ils regardent (regardent ce que nous-m&#234;mes voyons : mais comment ils le voient, on ne le sait pas). Pour la respiration, l'&#233;nigme, l'interrogation, dix photographies qui ne sont que des passages, rues, perspectives sur toit &#8211; la trace de l'humain, sans les hommes. Et douze photographies qui questionnent des passantes, des femmes jeunes, en charge de la transmission, en charge de la parole, femmes qui font la ville. Restons sur cette entr&#233;e d'immeuble, avec arbre en tenue d'hiver &#224; l'arri&#232;re-fond, ciment au sol, bo&#238;tes &#224; lettres collectives et un chat, un chat pourtant, et cette silhouette de dos, habill&#233;e de rouge (il y a souvent une note de rouge dans ces images), qui ne nous regardera pas. La &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt; de G&#233;raldine Lay, c'est la ville quand nous la regardons, et qui nous rejoint et nous touche parce que, &#224; interroger celles et ceux qui la regardent, c'est notre fa&#231;on de regarder notre ville, toutes les villes, qui surgit au devant. Ce n'est pas dur, ni triste : c'est juste le chemin qui nous est r&#233;serv&#233;, et ce sol de ciment avec arbre d'hiver, laiss&#233; &#224; chacun pour son chemin, notre propre chemin aussi bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre cela, la question d'arriv&#233;e : est-ce que dans ces villes de si vieille facture, ces villes que la g&#233;ographie nouvelle semble contourner &#224; distance, mais o&#249; on s'accroche &#233;videmment pour vivre &#8211; comment ferait-on autrement ? &#8211; qu'une le&#231;on surgit qui nous concerne tous. Oui, c'est ici qu'il faut venir, c'est notre t&#226;che dans le partage, notre t&#226;che de parole et de r&#233;cit, notre t&#226;che selon Stendhal du &lt;i&gt;miroir promen&#233; au bord de la route&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez la deuxi&#232;me image, les corps : il faut du temps pour comprendre, l'&#233;l&#233;vation, le risque. Rien qu'une rampe de skate, et pourtant : on s'&#233;lance ici hors de sa condition, saut hors la gravit&#233;, d&#233;fi &#224; l'&#233;quilibre, dans le d&#233;s&#233;quilibre du monde et l'immobilit&#233; paradoxale qu'ici il instaure. Ici, dans la lumi&#232;re du photographe, les mains, le ciel, les postures, tout &#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce point commence la &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt;, &#224; ce point nous commen&#231;ons nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5026 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/beauvais-08.jpg?1398369634' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Images &#169; G&#233;raldine Lay.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>photo | le Petit Palais quand il &#233;tait ferm&#233;</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3905</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3905</guid>
		<dc:date>2014-03-19T09:35:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Monsel, Philippe (alias Antoine St&#233;phani)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un formidable exercice tous &#226;ges tous publics, mais d'une importance essentielle pour l'&#233;criture de la ville&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot843" rel="tag"&gt;Monsel, Philippe (alias Antoine St&#233;phani)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3905.jpg?1395255708' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Avec Antoine St&#233;phani, nous venions de publier au Cercle d'Art cette fabuleuse chance qu'il avait eue d'&#234;tre admis avec 8 autres photographes, 2 apr&#232;s-midi seulement, dans Billancourt juste avant bulldozer &#8211; voir &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/billancourt_01.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;Philippe (&lt;a href=&#034;http://www.cercledart.com/personne/philippe-monsel/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son vrai pr&#233;nom&lt;/a&gt;) avait plant&#233; son Hasselblad &#224; sa fa&#231;on, chambre &#224; 1,80 m, au-dessus de sa t&#234;te, et moi j'avais eu la chance qu'il me demande un texte d'accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Petit Palais &#233;tait ferm&#233; depuis des mois, les travaux allaient commencer. La v&#233;g&#233;tation avait repris ses droits dans la cour. Les pi&#232;ces longtemps occup&#233;es par un commissariat de police en gardaient encore les traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette architecture nue, souffrante, redonnait toute une &#233;poque, le r&#234;ve de l'expo universelle de 1900, que je retrouverais avec &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2428' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Zola photographe&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mercredi 19 mars, je serai moi-m&#234;me au Petit Palais, pour une &lt;a href=&#034;http://www.m-e-l.fr/,re,384&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rencontre de la M&#232;L&lt;/a&gt; avec Jean-Michel Maulpoix et Beno&#238;t Conort voir &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1684&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Petit Palais des (quatre) visages&lt;/a&gt;). L'occasion de relire ce texte qui a presque 10 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe avait voulu, lors de sa prise de vue, demander &#224; une amie danseuse, &#224; un moment, de traverser l'espace &#224; l'abandon. On la voyait, discr&#232;tement, dans une des images du livre, et c'&#233;tait un basculement important de la marche narrative des images, avant que reviennent ici les marbres et les bronzes. La pudibonde direction de l'&#233;tablissement, malgr&#233; nos protestations &#224; la mairie de Paris, leur mandant, a toujours refus&#233; depuis lors que ce livre magnifique soit propos&#233; &#224; la vente dans leur librairie. C'est marrant (ou pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les photographies DR &#169; Philippe Monsel / Cercle d'Art.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Comme dans un palais qu'on a vid&#233;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;J'&#233;tais dans son &#226;me comme dans un palais qu'on a vid&#233;&lt;/i&gt;&#8230; Arthur Rimbaud, &lt;i&gt;Une Saison en enfer&lt;/i&gt; (&#171; D&#233;lires, 1 &#187;).&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau &#233;tait morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai march&#233;, r&#233;veillant les haleines vives et ti&#232;des, et les pierreries regard&#232;rent, et les ailes se lev&#232;rent sans bruit&lt;/i&gt;. Arthur Rimbaud, &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville bruyante, en son centre le plus symbolique et l'avenue qui en joint les embl&#232;mes, le Petit Palais depuis deux ans est vide et nul ne s'en pr&#233;occupe. Voitures, ciel et saisons qui passent : le palais a &#233;t&#233; vid&#233;, mang&#233; du dedans. On l'a oubli&#233; presque, puisque la ville toujours se refait elle-m&#234;me &#224; c&#244;t&#233;, sans se pr&#233;occuper des murs un instant aveugles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce dimanche, le photographe est l&#224;. Il est seul. Il se confronte aux lumi&#232;res, &#224; l'&#233;trange r&#233;sonance ici de la ville. Il installe sur pied le bo&#238;tier noir de son lourd appareil, pas une de ces petites bo&#238;tes modernes. Sur une autre pied, &#233;loign&#233;, un flash &#233;claire de biais les murs et y d&#233;bouche les ombres. On a tout d&#233;m&#233;nag&#233;, tout vid&#233;, et pendant quinze mois, avant que les travaux commencent, une palissade gris vert ceindra le b&#226;timent clos (Cachez les palais morts dans des niches de planches, avait d&#233;j&#224; cri&#233; Rimbaud en 1871, v&#233;rifiez&#8230;) C'est dans cette &#233;clipse que le photographe vient, travaille dans ce silence et ce vide : il reste dans les lieux un gardien et un pompier, qui font toutes les heures, quinze mois durant, une sempiternelle ronde. &#171; J'entendais leurs pas, dit le photographe, et puis plus rien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes tous venus un jour, enfants parfois, dans la suite oblig&#233;e des visites de monuments officiels, au Petit Palais. Nous y avons r&#234;v&#233; devant les terres cuites de Carpeaux, les marbres de Maillol. C'&#233;tait ici, une fois pass&#233;e la porte monumentale, le long couloir vitr&#233; et puis on tournait &#224; gauche dans la galerie, c'&#233;tait cet imm&#233;diat chant des corps par del&#224; le temps. Dans ce premier souvenir que fixe l'enfance, c'est cela qui me reste : des marbres, des bronzes, je ne sais pas, mais des nus, mais des corps (ou, de ce souvenir, ce qu'&#233;voque le magicien Baudelaire par : &lt;i&gt;C'est l&#224; que j'ai v&#233;cu dans les volupt&#233;s calmes&lt;/i&gt;), quand bien m&#234;me cette vie que la sculpture suscite ne tient que l'instant qu'on approche, qu'on tourne, qu'on demeure. Ou bien cela tiendrait seulement &#224; cette fa&#231;on mi-d&#233;serte, d&#233;j&#224;, de la grande galerie lumineuse et calme o&#249; ils &#233;taient donn&#233;s &#224; voir, et cette intimit&#233; soudaine avec ces nus venus de l'autre si&#232;cle, promenant fi&#232;rement des rondeurs et une lascivit&#233; qu'on est plus habitu&#233; &#224; trouver dans les lettres de Flaubert &#224; Louise Colet, dans telle autre &#233;l&#233;vation de Baudelaire parlant sculpture (&lt;i&gt;Divinement robuste, adorablement mince&lt;/i&gt;) et pas l&#224; soudain sous nos mains effleurantes et jouisseuses tandis que l&#224;-bas, dans l'autre salle, un gardien rev&#234;che beno&#238;tement sommeille ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-01.jpg?1395255835' width='500' height='505' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et nous marchons maintenant, comme &#224; se projeter nous-m&#234;mes, petites silhouettes, dans le d&#233;cor &#233;largi et vid&#233; : au bout, un couloir, au bout encore une porte sur le c&#244;t&#233;, tout au bout une nouvelle lumi&#232;re. Ici qu'on marche en spirale on n'en finirait pas d'avancer, et c'est ainsi qu'il nous semble marcher toujours, parce que le photographe nous installe les pi&#232;ces successives comme autant de fuites de lumi&#232;re. Et toujours au bout une issue devin&#233;e, par o&#249; se prolonge le r&#234;ve, o&#249; il nous emm&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Aubervilliers, dans les entrep&#244;ts G&#233;odis-Calberson, enferm&#233;s dans des caisses les marbres et les terres attendent, et les toiles dans leurs ch&#226;ssis de bois, celles de Daumier, de Courbet et bien d'autres. Le palais est vide. Dans le jardin, le bassin est priv&#233; d'eau exhibe &#224; nu l'armature de son dispositif d'&#233;clairages, qui devient un &#233;trange insecte pour ces fleurs maintenant folles, qu'on ne les entretient plus : des fleurs peut-&#234;tre plus belles, ces plantes sauvages, ces herbes vulgaires, que les fleurs sages qu'on y installait. Faites cesser la ville, ce sont ces graines plus robustes et tenaces qui reviennent, celles qui se passent des hommes, tout le cosmopolite que brasse le vent de la ville (comme plus loin pr&#232;s de la Seine, sur les quais qui autrefois servaient de port, quelques rares vari&#233;t&#233;s venues de loin). Les mauvaises graines reviennent les premi&#232;res, celles peut-&#234;tre qu'on tra&#238;ne au pied quand on vient de tr&#232;s loin et de toutes banlieues pour arpenter les Champs, le vent tourbillonnant les emporte, elles sont tomb&#233;es l&#224; o&#249; rien ne bouge ni ne d&#233;range : un palais de stuc tout entier pour quelques herbes fi&#232;res d'&#234;tre sauvages..&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4810 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-02.jpg?1395255836' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le photographe est &#224; nouveau pr&#233;sent ce dimanche. Il s'installe dans ce couloir, dimanche prochain il sera dans la rotonde, ou sur les toits. Il a devant lui du temps. Personne ici ne vient, le dimanche, les travaux en arr&#234;t : presque un coma, la ville tenue loin. Si elle bourdonne, le photographe ne l'entend pas. Alors ici le temps est fixe pour toujours, ici o&#249; ce sont plut&#244;t les carrelages qui s'effritent, les plafonds qui tombent, la v&#233;g&#233;tation qui repart &#224; l'assaut des pierres nues du jardin. Il y eut &#224; Paris une exposition universelle en 1878, et une autre en 1889, dont on garda la Tour Eiffel. Celle de 1900 dura deux cent deux jours, travers&#233;es par cinquante-six millions de visiteurs, dont le Shah de Perse et le roi de Su&#232;de et Norv&#232;ge. Le quartier qu'on disait du Gros-Caillou, 112 hectares entre Champs-&#201;lys&#233;es et Invalides, y perdra son nom. La r&#233;publique est pr&#233;sid&#233;e par &#201;mile Loubet, on inaugure le m&#233;tro, on construire le pont Alexandre III, la gare d'Orsay, celle des Invalides, le Grand Palais qui accueillera, plus tard, les salons de l'automobile (d&#232;s 1905), ceux de la locomotion a&#233;rienne (d&#232;s 1909, et m&#234;me les expositions avicoles. &#192; la gare d'Orl&#233;ans, devenue mus&#233;e d'Orsay, les expositions de l'office colonial. Dans une magnifique halle des machines, &#224; verri&#232;re, ouvrage et charpente de fer, le concours agricole. Plus pr&#232;s du centre de Paris, l'immense b&#226;timent dit Palais des Nations rassemble &#224; lui seul toutes les possibilit&#233;s architecturales, minarets et embellissements asiatiques, beffrois et m&#226;chicoulis, mini tour de Londres et d&#244;mes romains. Construit en dur, avec profusion de luxe, il transfigure la rive de Seine mais on ne le gardera pas. Le b&#226;timent que construit l'architecte Girault et qu'on nomme Petit Palais, par rapport &#224; la grande verri&#232;re &#224; tout faire de son voisin, h&#233;bergera une r&#233;trospective de l'art fran&#231;ais, l'art national. Apr&#232;s l'exposition, une premi&#232;re fois le Petit Palais conna&#238;tra l'&#233;clipse. On est en 1902 quand la ville de Paris y installe ses propres collections. Malgr&#233; la proximit&#233; du Louvre, il offrira un condens&#233; de l'art occidental, des primitifs au romantisme, via Rembrandt et Rubens, et quelques rigides classiques. Mais on a les dons, les collections. Carpeaux n'a jamais dit &#224; personne qu'il peignait, et la peinture d'un sculpteur c'est du regard &#233;corch&#233; : sa fille offre les toiles avec les sculptures. Et ce n'est pas rien, la peinture de Carpeaux, et les envol&#233;es brutes qu'il soul&#232;ve de la terre ou du pl&#226;tre. La fille de Gustave Courbet fait de m&#234;me, la ville de Paris compl&#232;te par des acquisitions. Et les Zoubaloff (qu'on se renseigne sur les Zoubaloff). Les Zoubaloff offrent leur collection : mani&#232;re de s'assurer que leurs bustes veilleront pour l'&#233;ternit&#233; &#224; l'entr&#233;e de la galerie qu'ils baptisent. Si on n'a pas les richesses du Louvre, on aura son Rodin et ses Bourdelle au jardin, et des &#233;tudes de G&#233;ricault, Delacroix, Chass&#233;riau. Quand on entrait dans les galeries du Petit Palais, c'&#233;tait cela l'impression ; &#234;tre dans l'atelier juste laiss&#233; par le sculpteur, avec encore des odeurs de terre ou d'huile, ou de gros tabac roul&#233;. D'autres grosses donations ; Edmond et Julia Tuck (1929, ils offrent en particulier leurs porcelaines) Charles Vincent Ocampo (1931), Pierre Marie (1930) s'ajoutent &#224; la principale, parce que la premi&#232;re, d&#232;s 1902. Les fr&#232;res Dutuit sont de Rouen, ils ont consacr&#233; leur existence et leur argent &#224; la recherche de pi&#232;ces rares, dans le but de &#171; former un &#233;tablissement utile au public &#187;. Et eux aussi depuis ont ici leur buste (qu'on se renseigne sur les Tuck, les Ocampo, Pierre Marie et les Dutuit : un buste sur un socle suffit-il &#224; sauver l'histoire, la fiert&#233; qu'on a d'&#234;tre riche et d'aimer l'art ?).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4811 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-03.jpg?1395255836' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Encore un dimanche, le photographe arpente les &#233;tages vides. Le rez-de-chauss&#233;e c'est l'&#233;tage d'honneur, il est sur&#233;lev&#233;. C'est celui qu'on arpente pour longer les marbres et les terres. Dessous sont les r&#233;serves, pi&#232;ces carrel&#233;es &#224; vo&#251;tes, et cloisonn&#233;es, immenses. Pour les travaux, une fois enlev&#233;es les oeuvres on a abattu les cloisons. C'&#233;tait un demi sous-sol, et la police, qui a son commissariat aussi sous le Grand Palais, continue de garer ses cars au carrefour et devant les entr&#233;es, y avait install&#233; ses bureaux, divis&#233; les pi&#232;ces en hauteur, en longueur. Les ma&#231;ons ont fait le m&#233;nage : dans les dessins de l'architecte, on voyait ce qu'a retrouv&#233; les photographe, moins ces traces dans les gravats. Le photographe a trouv&#233; cette fois la porte ouverte, ou bien a-t-il pouss&#233; un peu fort, il est dans les appartements priv&#233;s du conservateur. Parce que le conservateur, comme le principal d'un coll&#232;ge, est astreint &#224; vivre parmi ses collections. Une chance, un logement de fonction en tel lieu ? En tout cas on y reconna&#238;t, comme chez monsieur tout le monde, la cuisine et l'ancien coin salle de bains. Par les fen&#234;tres, lorsqu'on approche du bord ext&#233;rieur, vue imprenable sur le pont Alexandre III, avec ses surcharges dor&#233;es, et le d&#244;me dor&#233; des Invalides, auquel voulaient r&#233;pondre ici les coupoles, les arrondis du toit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurait-il voulu s'y installer quelques mois pour y vivre, l'architecte, quand il r&#233;serve la place pour l'appartement de fonction et en tire les angles sur le pantographe de sa table ? On est en 1900, les travaux seront finis juste &#224; temps. Dans quelques mois, quand s'&#233;lancera la ligne 1 du m&#233;tropolitain laquelle desservira le carrefour des deux Palais, les murs seront devenus cimaises. On s'affaire aux fresques, aux plafonds, aux stucs, aux dorures. Des plombiers zingueurs sont encore par grappes sur le toit, &#224; en finir les arrangements. L'ardoise, le zinc, le plomb, le cuivre : tous les m&#233;taux ici en symphonie. Peut-&#234;tre qu'un dimanche, d&#233;j&#224;, juste avant d'emm&#233;nager, le premier conservateur (dans quelques jours un fiacre lui livrera ses meubles) marche seul dans les galeries, occupe mentalement l'espace de sculptures qu'il installe. Peut-&#234;tre que d&#233;j&#224;, dans les r&#233;serves du sous-sol dont la police n'a pas encore r&#233;clam&#233; l'usage, on a d&#233;pos&#233; les premi&#232;res caisses venues du Louvre pour l'exposition. Des fum&#233;es noires environnent, en face, la gare d'Orl&#233;ans, qui deviendra gare d'Orsay, avec ses trois cents chambres d'h&#244;tel incorpor&#233;es, dont on aurait bien d&#251; me garder une, pour que je vienne aujourd'hui dormir face &#224; ces murs dont je poursuis le r&#234;ve. Sur le pont Alexandre III, les omnibus &#224; trois chevaux ont l'air tout droit sorti de Lautr&#233;amont, mort depuis trente ans et que personne encore n'a lu, que le banquier de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-04.jpg?1395255836' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le photographe est mont&#233; sur le toit (parce qu'il faut beau, qu'on est au mois de mai, et que le dimanche pr&#233;c&#233;dent il en avait aper&#231;u l'acc&#232;s, la trappe, l'escalier ?). Le gardien et le pompier l'ont mis en garde : la corniche ne fait m&#234;me pas cinquante centim&#232;tres de large, il n'aura m&#234;me pas la place d'installer son tr&#233;pied. Les arrangements gaufr&#233;s de sculptures et motifs d&#233;coratifs l'&#233;tonnent : qui d'autre qui lui, en cent deux ans, a pu venir ici et regarder ? Pourtant, polies et achev&#233;es, m&#234;me invisibles. C''&#233;tait d&#233;j&#224; la tradition des cath&#233;drales, &#231;a l'est encore dans l'art du bijou, dont l'envers, chez Boucheron en tout cas, se veut aussi la marque du travail et son luxe. Un escalier de zinc se superpose &#224; la vo&#251;te. Tout en haut, une verri&#232;re, comme si la lumi&#232;re allait faire plong&#233;e droite dans l'int&#233;rieur. Lui seul, le photographe, pour habiter l'espace, s'en saisir. Des oiseaux crient, le son adouci de la ville semble retenu au dehors des murs : personne dans la ville ne se soucie de l'enceinte ronde, et du jardin qu'elle enferme. Quelqu'un m&#234;me s'&#233;tonnera-t-il de la silhouette qui se d&#233;coupe un instant tout l&#224;-haut ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;tiers des rues, en ce printemps 1900, un Paris populeux et qui grouille, indiff&#233;rent &#224; la mutation qu'annonce le changement de si&#232;cle : celui qui rempaille les chaises, celui qui capture et tue les rats, celui qui &#233;l&#232;ve et vend des chiens attrapeurs de rats, le montreur d'ours, le r&#233;mouleur, le vitrier ambulant, le dentiste des trottoirs, l'hercule de foire dans son maillot cintr&#233;, sur une estrade, la marchande de restes repris des grands restaurants, celui qui prom&#232;ne chaque matin son troupeau de ch&#232;vres pour en proposer le lait, la dame qui sous le nom d'Aurore de Limenay (comme hym&#233;n&#233;e) fonde la premi&#232;re agence matrimoniale et en r&#233;dige les placards publicitaires, les marchands de bois et marchands de charbon dont les d&#233;p&#244;ts &#233;taient &#233;tablis pr&#232;s du canal de l'Ourcq mais livraient chaque quartier et chaque rue parce qu'on ne connaissait pas d'autre combustible, les six qualit&#233;s disponibles en devanture du marchand de pipe (bruy&#232;re, &#233;cume, ambre, tabletterie, maroquinerie, argenterie), la profession officielle de ramasseur de m&#233;gots et bouts de cigare, revendant le tabac au d&#233;tail, ou en gros, pour les m&#233;gots et bouts de cigare irr&#233;cup&#233;rables, aux mara&#238;chers de la ceinture pour leurs fumures, les tenanciers de bals et cabarets, le succ&#232;s encore des th&#233;&#226;tres, le premier v&#233;lodrome et les concours de p&#234;che &#224; la ligne dans la Seine, la construction porte Maillot d'un parc a&#233;ronautique pour les derniers raids des machines a&#233;rostatiques (en 1902 le premier passage du dirigeable des fr&#232;res Lebaudy), les marchands d'oiseaux quai aux Fleurs, les marchands de pomme sur leurs p&#233;niches &#224; l'H&#244;tel de ville, le r&#233;parateur de porcelaines, le harpiste de Guignol, et pour l'exposition universelle l'apparition des marchands de petits drapeaux, le cercle d'astronomie et son t&#233;lescope place de la Bastille, les puces &#224; Saint-M&#233;dard et les filles d&#233;j&#224; par centaines dans les grands magasins des deux rives, les bouchers aux abattoirs de la Villette et les ramasseurs d'ordure en grands paniers d'osier. On peut vivre d'&#234;tre marchand de plumeaux et d'&#233;ponges, d'accessoires pour cochers, tondeur de chiens &#224; domicile ou, sur les quais de Seine, &#224; l'abri des ponts &#224; refaire les matelas de laine. Une liseuse de pens&#233;e extra lucide s'affaire, elle, les yeux band&#233;s, au Palais Royal et dans les environs. On vient voir l'&#233;norme et long chantier, tr&#232;s symbolique, que sera le percement sous la Seine, depuis Saint-Michel, de la prochaine ligne de m&#233;tro.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-05.jpg?1395255836' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur les plans de Charles-Louis Girault, l'architecte, les galeries et b&#226;timents sont encore des lignes. Il a avec lui une impressionnante cohorte de dessinateurs pour les relev&#233;s et plans de d&#233;tails, les n&#233;gociations avec les entrepreneurs pour les carrelages, les plafonds, les escaliers et toitures, la zinguerie des toits, le faux marbre et les vitres. Les probl&#232;mes ne manquent pas. C'est un dimanche matin, Girault est seul dans son cabinet, des dizaines de grandes tables toutes h&#233;riss&#233;es encore des dessins et relev&#233;s en cours. Lui s'attarde sur le plan g&#233;n&#233;ral, avec &#233;l&#233;vation de l'entr&#233;e d'honneur, des colonnes sym&#233;triques. Il s'est souvenu, apparemment, du palais de Diocl&#233;tien, trois cents ans avant notre &#232;re : en quoi &#233;lever &#224; l'art un &#233;tui dans les temps modernes de l'expo 1900 suscitait de se reporter vingt-deux si&#232;cles en arri&#232;re ? Il v&#233;rifie une fois de plus les proportions, il a le go&#251;t du nombre d'or et des th&#233;ories qui l'accompagnent, il a &#233;t&#233; prix de Rome et, en 1885, quinze ans auparavant, avait d&#233;pos&#233; selon les conventions d'&#233;poque une s&#233;rie de grandes aquarelles de la villa Hadrien, en avait lentement accumul&#233; d'autres, en pleine rue, devant les fa&#231;ades du Farnese, d'apr&#232;s Michel-Ange et les colonnes lanc&#233;es comme des bras du Bernin, je lui jurerais une pr&#233;dilection qu'il gardera secr&#232;te (parce que rien dans son travail ne fait trait commun, mais on n'admire pas forc&#233;ment d'abord ce &#224; quoi votre travail ressemble : la villa Madame dessin&#233;e par Rapha&#235;l &#224; Rome est d&#233;j&#224; autour d'une cour semi-circulaire) pour Borromini et ses tensions un peu folles, l'art des volutes et des fuites. Le quartier du Gros Caillou est presque hors la ville, le trait d'union tir&#233; sur la Seine par le pont Alexandre III vers les Invalides comme une prouesse gratuite et inutile. Il est fier des ses volumes, il pr&#233;f&#232;rerait peut-&#234;tre qu'ils restent &#224; jamais vides, pour le seul bonheur d'en contempler les proportions et perspectives, les &#233;chapp&#233;es, et ce jardin si calme, o&#249; il verrait bien, mais plus tard, des roses peut-&#234;tre. Il n'est pas s&#251;r, l'architecte Girault, s'il a d&#233;j&#224; prescience que le Grand Palais durera pour accueillir voitures, avions quand il y en aura et salons agricoles ou concours hippiques, que son petit Palais n'aura pas, sit&#244;t l'exposition finie, le sort qu'on r&#233;serve au b&#226;timent plein de minarets et coupoles, au bord de Seine, sous pr&#233;texte de symboliser l'harmonie des peuples via leurs embl&#232;mes religieux, et qui lui semble une horreur. De l'exposition pr&#233;c&#233;dente, hors les lourds travaux d'infrastructure et la Tour Eiffel (il en fermerait sa fen&#234;tre pour ne plus la voir), qu'a-t-on gard&#233; ? On d&#233;truit pour eux le Palais de l'Industrie, construit en 1855, &#224; l'aube de la vapeur et des rails (quoi, construire autant et si bien pour seulement quarante ans ?), et s'il veut pour son Palais une telle merveille de d&#233;coration et d'effets, c'est justement parce que rien de tout cela ne semble promis &#224; durer : s'il veut que le Petit Palais &#233;chappe aux circonstances qui l'ont fait na&#238;tre, &#224; lui de l'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-06.jpg?1395255836' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi que ce Palais de l'Industrie, on l'avait fait aussi monstrueux que les machines qu'il pr&#233;sente, du moins ce qu'on veut qu'elles soient pour heurter l'imaginaire et l'alourdir autant que leurs turbines de bronze. Le Palais de l'Industrie a colmat&#233; ce qu'on estime &#234;tre une des perspectives majeures de Paris, entre l'&#201;lys&#233;e et les Invalides (l'h&#244;te de l'&#201;lys&#233;e visite toujours, en 2005, une fois l'an, les quatre-vingt seize invalides que la R&#233;publique y h&#233;berge). En d&#233;truisant le Palais de l'Industrie, on recr&#233;e la perc&#233;e. L&#224; o&#249; la ville du si&#232;cle qui s'ach&#232;ve s'&#233;tait b&#226;tie en s'organisant des lointains dans son int&#233;rieur m&#234;me, les promenades en fiacre, la circulation qui se g&#233;n&#233;ralise sur l'ensemble du territoire de la ville conduit &#224; une autre fragmentation, et c'est ce que comprend l'architecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux ans, le Petit Palais est vide. Derri&#232;re la palissade de zinc gris vert qui l'entoure, les portes sont closes. L&#224; &#233;tait l'entr&#233;e c&#244;t&#233; public, par o&#249; on entrait voir les marbres, les terres et les toiles. On a soudain souvenir d'un Sisley. On monte les marches, on applique le front sur la vitre : dedans c'est d&#233;sert. Dedans, maintenant je le sais, une telle &#233;norme masse de silence, de paix, dans les larges all&#233;es qu'a voulu l'architecte pour qu'on musarde pr&#232;s des marbres : et moi aussi, qui aime Carpeaux pour cette violence sanguine de trait, cet arrachement de sens &#224; notre peau trop lisse d'homme, j'ai tourn&#233; autour des socles et j'ai souvenir de ces formes si lisses des marbres dix-neuvi&#232;me, &#233;tait-ce Pradier, &#233;tait-ce Clesinger, et dans le souvenir le b&#226;timent s'&#233;carte, dispara&#238;t m&#234;me. Emerge l'&#233;trange conjonction de ces motifs, le rond et le carr&#233;, qui deviennent comme une activit&#233; propre, r&#233;currente, de couloirs &#224; galeries, des sols vers les murs. Des sym&#233;tries, des entrelacs, qui vous emportent vous-m&#234;mes comme en r&#234;ve jusqu'o&#249; l&#224;-bas une autre porte s'ouvre : magie de la photographie, ou magie de l'architecte, ou plut&#244;t que le premier seul rendrait d&#233;sormais hommage et offrirait au second son devenir visible. Il faut sans doute avoir r&#234;v&#233; de bien des escaliers pour dresser celui-ci comme on en trouve dans ses r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-07.jpg?1395255837' width='500' height='498' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est bien du r&#234;ve qu'il est question, et de ce qui nous fait tant r&#234;ver dans ces photographies presque clandestines. On n'aurait pas &#233;lev&#233; nos cath&#233;drales si cette question du volume vide, celui qui vous laisse &#234;tre seul pour dialoguer avec l'espace pourtant clos, n'avait pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; per&#231;ue dans sa puissance d'imaginaire. En t&#233;moigne, suffisamment loin de nous, du temps o&#249; on promenait encore son chien dans les transepts, les int&#233;rieurs d'&#233;glise du hollandais Saenredam, avec de minuscules silhouettes sous les ogives travers&#233;es de lumi&#232;re. Mais la peinture, quand elle chemine sans se pr&#233;occuper que d'elle-m&#234;me, oublie les cath&#233;drales et garde la fascination pour la simple pr&#233;sence de ce qui est b&#226;ti par l'homme et pour lui, et qui en garde m&#233;moire jusque dans l'absence : le Danois Hammersho&#239; aussi titre seulement ses toiles &#171; Int&#233;rieur &#187; ou &#171; Portes &#187;, et tout au bout de son trajet Hopper osera vider ses pi&#232;ces m&#234;me des personnages muets qu'elles abritent. La litt&#233;rature aussi se fascine aux pi&#232;ces vides : l'appartement en r&#233;fection o&#249; se r&#233;fugie Raskolnikov, la pi&#232;ce sans porte du Golem de Meyrink, le Puits et le pendule d'Edgar Poe ou tant d'autres, chez Kafka ou, la m&#234;me ann&#233;e, sur le chemin de Malte Laurids Brigge, comme plus tard chez Borges (Le Seuil). Et cette r&#233;flexion essentielle de Georges Perec sur l'espace non pas vide, mais inutile, comme n&#233;cessaire &#224; la fiction et au fantastique : &#171; Un espace sans fonction. Non pas sans fonction pr&#233;cise, mais pr&#233;cis&#233;ment sans fonction ; non pas pluri-fonctionnel (cela, tout le monde sait le faire), mais a-fonctionnel. &#199;a n'aurait &#233;videmment pas &#233;t&#233; un espace uniquement destin&#233; &#224; &#034;lib&#233;rer&#034; les autres (fourre-tout, placard, penderie, rangement), mais un espace, je le r&#233;p&#232;te, qui n'aurait servi &#224; rien. [...] Comment penser le rien ? Comment penser le rien sans automatiquement mettre quelque chose autour de ce rien, ce qui en fait un trou, dans lequel on va s'empresser de mettre quelque chose, une pratique, une fonction, un destin, un regard, un besoin, un manque, un surplus ? [&#8230;] Je me suis imagin&#233; que j'habitais un appartement immense, tellement immense que je ne parvenais jamais &#224; me rappeler combien il y avait de pi&#232;ces (je l'avais su, jadis, mais je l'avais oubli&#233;...) &#187;, dans &lt;i&gt;Esp&#232;ces d'Espaces&lt;/i&gt;. Moi aussi j'ai &#233;prouv&#233; cela. Parce que cela s'enracine dans des souvenirs d'une enfance &#224; vivre au-dessus d'un garage de m&#233;canique automobile qui devenait, au dimanche, un champ d'aventure compliqu&#233; aux recoins multipli&#233;s. Ou plus tard, cela brutalement raviv&#233;, &#224; &#233;chelle de mon corps d'adulte, en traversant &#224; G&#246;teborg le hall gigantesque d'un chantier naval abandonn&#233; : il m'&#233;tait venu une envie de voler. Je crois que c'est cette sensation qui m'a brutalement assailli lorsque un jour, sur la grande table de bois des &#233;ditions Cercle d'Art, j'ai d&#233;couvert ces photographies grand format d'Antoine St&#233;phani, lors de ses dimanches matins solitaires dans le Palais vide.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-08.jpg?1395255837' width='500' height='524' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a fait la renomm&#233;e de l'appareil Hasselblad, c'est la simplicit&#233; &#233;l&#233;mentaire de son bo&#238;tier. Il y a un viseur, mais on n'aurait pas l'impudence d'y regarder. L'image se forme sur un verre d&#233;poli, on y regarde &#224; distance : non le r&#233;el, non ce qu'on a devant les yeux, mais l'image m&#234;me, comme elle se compose et se construit. On pense &#224; r&#233;duire l'&#233;clairage du flash pos&#233; &#224; bonne distance, avec sa commande. Le mod&#232;le Hasselblad accepte diff&#233;rents objectifs, qu'on enclenche par un dispositif &#224; ba&#239;onnette. La plupart des photographes utilisent un 50, parce qu'il voit comme nous on voit. Pour le Petit Palais, un gros &#339;il unique, mais de focale plus courte : du 40, un objectif qui voit un peu plus large que l'&#339;il humain, mais rassemble dans le carr&#233; tout ce qu'il voit. Quitte, lorsqu'une fen&#234;tre ou les toits laissent para&#238;tre un lointain, que l'espace se courbe &#224; la limite, ce qu'on dit en optique une aberration, mais qui doit bien correspondre &#224; ce qu'on fait de l'image dans les courbures internes de notre propre cr&#226;ne, puisqu'il faut bien que nous nous la projetions quelque part. Ainsi la ville, aper&#231;ue dans le carr&#233; magique sur verre d&#233;poli de l'appareil, semble-t-elle aux lointains se recourber, nou&#233;e sur elle-m&#234;me comme dans ces &#233;loignements fantastiques si familiers &#224; Mantegna et qui rendaient ses villes invent&#233;es, comme abstraites et g&#233;om&#233;triques, d&#233;sirables et irr&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette impression que tout cela est vu un peu haut que nos yeux &#224; nous, qu'il aurait mis son tr&#233;pied &#224; hauteur de son front, et non de ses yeux, le photographe, est-ce une illusion ? Est-ce que cela a &#224; voir avec cette impression que dans le Palais on marche, que devant nous l'espace s'ouvre ? soudain on se dit qu'un tel b&#226;timent, dans ce silence et cet oubli pourrait abriter le tombeau d'un empereur scythe, &#234;tre vou&#233; &#224; Bouddha, avoir &#233;t&#233; construit au milieu du P&#232;re Lachaise pour le repos d&#233;finitif de l'architecte Girault ou bien seulement flotter en l'air et nous promener l&#224;, le photographe et moi qui l'accompagnais ce jour-l&#224;, &#224; travers Paris qui ne nous verrait pas, attrap&#233;s nous-m&#234;mes sur le verre d&#233;poli de l'Hasselblad (puisqu'il nous semble, de dimanche &#224; dimanche, que nous l'habitons, le palais vide), du m&#234;me temps et du m&#234;me espace que le silence et l'espace de la ville, et que c'est de cela d'abord dont ces photographies attestent (j'ai laiss&#233; op&#233;rer le photographe dans la galerie courbe, je marche dans les salles de ce qui &#233;tait la biblioth&#232;que, une mauvais moquette bleue a &#233;t&#233; pos&#233;e l&#224; tout expr&#232;s pour m'emmener plus loin, encore plus loin, la biblioth&#232;que vid&#233;e de ses livres semblant se reproduire elle-m&#234;me de salle en salle jusqu'&#224; n'en plus finir, il y a tout devant au-del&#224; encore une &#233;chapp&#233;e blanche, je ne retrouverai plus mon chemin : je ne sais plus o&#249; est le photographe, je n'ai plus aucune id&#233;e d'o&#249; il est rest&#233;, cette galerie j'y &#233;tais pass&#233; avec lui tout &#224; l'heure mais ensuite o&#249; avions-nous pris ?). Et l'architecte Girault, a-t-il ou non son tombeau ici dans son propre palais ? Cela devrait &#234;tre une pr&#233;rogative des architectes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-09.jpg?1395255837' width='500' height='512' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Charles-Louis Girault, pour emporter devant les autres son concours, avait renvers&#233; l'id&#233;e de mus&#233;e : plut&#244;t qu'ouvrir ses fen&#234;tres vers sur Paris, Montmartre l&#224;-haut et les statues dor&#233;es du pont Alexandre III qui sera inaugur&#233; (sous pluie battante, nous dit-on) le m&#234;me jour, avec la Tour Eiffel et le Champ de Mars en perspective, il ferme l'ext&#233;rieur, et prend ses lumi&#232;res du jardin int&#233;rieur. Ce n'est pas la lumi&#232;re qui entre, c'est le regard qui sort, et non pas m&#234;me le regard du visiteur, mais ce qui, de lui, rebondit sur les marbres et les &#339;uvres. La r&#233;trospective de l'art fran&#231;ais ne sera pas simplement transport&#233;e ici des r&#233;serves des mus&#233;es, mais d&#233;ploy&#233;e dans le joyau r&#233;el de l'histoire de la ville qui le r&#233;sume. Un coup de crayon mental, un croquis de quasi rien sur le plan qu'on n'a pas besoin de porter dans sa poche ; les trois rues du quartier le plus embl&#233;matique de Paris, bient&#244;t capitale du monde, puisque l'exposition est dite universelle. Ingrate la place laiss&#233;e &#224; Girault : l'industrie et le commerce ont toujours le beau r&#244;le, dans ces affaires, et une r&#233;trospective d'art pour les gens qui d&#233;cident de la R&#233;publique ce n'est qu'un suppl&#233;ment d'&#226;me, une petite bouff&#233;e de prestige. Il n'aime pas &#231;a, Girault. Il est dans son cabinet vide, il regarde le ciel de Paris. Il est mont&#233; &#224; Montmartre, il a voulu de l'&#233;l&#233;vation. Il a regard&#233; le dessin des rues et des arbres. Peut-&#234;tre, dans les jours o&#249; il fut question du concours, et qu'il a d&#233;cid&#233; de s'y pr&#233;senter, est-il mont&#233; dans la tour Eiffel pour voir Paris d'en haut, et prendre de son quartier une vue globale, comme arrivant &#224; Rome lui et ses coll&#232;gues laur&#233;ats du prix de Rome ont d&#251; le faire en grimpant le Testaccio ? Je ne le crois pas. La tour Eiffel sera toujours plus haute que son propre Palais, ou ce qui deviendra bient&#244;t, sur le papier, ce r&#234;ve d'un Palais. Apr&#232;s tout, aussi, &#224; son retour de Rome, est-il mont&#233; comme tout Parisien tout en haut de la tour de l'ing&#233;nieur Eiffel, sentant sous ses jambes la torsion &#233;lastique des poutres de fer, et il en a suffisamment souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sait, Charles-Louis Girault, que le mastodonte de l'exposition et les honneurs ce sera le Grand Palais, cette grande outre sous verri&#232;res (non, il vaut mieux que cela, mais Girault, tout en y travaillant, et concevant son Petit Palais, a-t-il pu ne pas ha&#239;r le grand fr&#232;re et l'ombre que cela lui faisait ?). Dans le Grand Palais on accueille le progr&#232;s en taille r&#233;elle, bient&#244;t les dirigeables, d&#233;j&#224; les locomotives et les voitures. Il sait que dans l'&#233;chancrure triangulaire qu'on laisse, entre la fa&#231;ade du Grand Palais et les Champs-&#201;lys&#233;es, l'espace est mesquin et compt&#233;. B&#226;tir dans un triangle, dans la patte d'oie des rues, si prestigieuses soient ses rues, et de plus sans toucher aux arbres. Et de l'autre c&#244;t&#233; rien moins que le palais pr&#233;sidentiel, le symbole de la R&#233;publique. Cela le hante, Girault, il ne quitte sa chambre que pour le cabinet d'architecte, non c'est s&#251;r il n'ira pas voir d'en haut de la tour Eiffel le terrain conc&#233;d&#233;. Et si on pouvait exiger que la tour Eiffel soit d&#233;truite pour la nouvelle exposition universelle, s&#251;r aussi qu'il ne s'y opposerait pas (mais cela, je le suppose, nul d'entre eux ne l'aurait dit, mais comment s'habituer en si peu d'ann&#233;es &#224; cette pr&#233;sence incongrue qui troue le ciel ?). Il feuillette &#224; nouveau ses aquarelles ramen&#233;es de Rome, dans les grands cartons ficel&#233;s. Il a en pleine nuit sa r&#233;v&#233;lation, Charles-Louis Girault, qu'il perde le concours d'architecture, peu importe, son projet sera monstrueusement illogique, mais c'est bien cela qu'il souhaite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-10.jpg?1395255837' width='500' height='508' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; la nuit dans ce quartier avec le photographe et un ami architecte. Nous remontons les Champs-&#201;lys&#233;es depuis la Concorde. &#171; Il &#233;tait logique que soit d&#233;cid&#233; en 1894 un ensemble urbain exceptionnel permettant de relier les Champs-&#201;lys&#233;es aux Invalides, et donc au champ de Mars puis au Trocad&#233;ro. Un ensemble qui deviendrait le clou de l'exposition universelle en per&#231;ant cette avenue face au pont Alexandre III, dit l'architecte. Un projet de H&#233;nard, en fait : &#224; l'ouest le grand Palais sur ce terrain tout en longueur, mais proche du quartier des affaires, &#224; l'est, le Petit Palais qui remplace le pavillon de la ville de Paris. Finies les visions lointaines du d&#244;me des Invalides, les r&#234;ves du colonel Chabert et les levers de soleil sur l'infini de Paris chers &#224; Chateaubriand. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Petit Palais ce soir-l&#224; est pour nous comme une ombre muette, nulle lumi&#232;re pour en &#233;clairer ni le dedans ni le dehors : &#171; Nous sommes &#224; la Belle Epoque, celle de Proust, dit l'architecte, tandis que c'est au milieu des voitures d'aujourd'hui que nous traversons l'avenue. Ils ont de multiples variantes, mais un itin&#233;raire tr&#232;s cod&#233; : Faubourg Saint-Germain, Invalides, quai d'Orsay, champ de Mars, Trocad&#233;ro, Etoile et avenue du Bois, jardin des Champs-&#201;lys&#233;es et retour par le pont Alexandre III. Relis les passages o&#249; le narrateur attend sur son chemin madame Swann, tu verras&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-11.jpg?1395255837' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous contournons le Petit Palais. &#171; Les voitures d&#233;sormais sont celles de madame Verdurin ou madame Swann, et non plus celles de Lautr&#233;amont, dit l'architecte. C'est l'axe triomphal : les parades militaires partent des Invalides jusqu'&#224; la grille du coq scala regia des pr&#233;sidents de la R&#233;publique. La d&#233;dicace &#224; Alexandre III veut faire oublier l'occupation des lieux par Alexandre 1er en 1815. &#187; On suit &#224; nouveau les Champs-&#201;lys&#233;es. Comme j'y ai quelques habitudes, nous descendons au sous-sol du th&#233;&#226;tre du Rond-Point, le photographe, l'architecte et moi nous nous hissons sur trois tabourets du bar : l'avenue est le point de rendez-vous de tous les banlieusards et lyc&#233;ens de l'ouest comme elle l'est des touristes, mais d&#232;s quelques m&#232;tres faits de c&#244;t&#233;, on retrouve un monde de bureau et de travail, et ici la faune des librairies et th&#233;&#226;tres. &#171; En prenant le parti d'installer la fa&#231;ade sur le nouvel axe et non sur les Champs, Girault s'affranchit d'une composition qui aurait difficilement lutt&#233; avec l'harmonie du grand vide urbain de la Concorde, finit l'ami architecte. Et il pr&#233;serve g&#233;nialement le jardin de Marcel et Gilberte&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-12.jpg?1395255837' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Girault a trouv&#233; comment il implantera son Palais entre les arbres, les avenues, le fleuve. Une fois dans cet &#233;tat d'esprit, il ne sait rien du futur b&#226;timent. Mais avoir trouv&#233; comment, soi-m&#234;me, on s'&#233;rigera int&#233;rieurement architecte, c'est &#233;norme. C'est la racine du geste, le reste en d&#233;coule, on ne pense plus. Il doit construire dans la patte d'oie, il le fera. Deglane, Louvet et Thomas ont remport&#233; le concours pour le Grand Palais, il y travaillera avec eux : si beau que nous soit revenu le Grand Palais sous sa verri&#232;re neuve, il restera &#339;uvre collective, donc quasi anonyme. Ils ont pour leur b&#226;timent 240 m&#232;tres de long, et 40 m&#232;tres de hauteur disponible, Girault m&#233;prise ces mastodontes. Deglane, Louvet et Thomas ont impos&#233; leur b&#226;timent avec une id&#233;e soi-disant moderne : on b&#226;tit comme l'ing&#233;nieur Eiffel, avec des charpentes de fer et des verri&#232;res, mais ils ont doubl&#233; et enrob&#233; leur structure avec de la pierre apparente, pour faire classique, pour faire palais : Girault lui assumera l'h&#233;ritage classique. Dans sa patte d'oie, puisqu'on lui demande de respecter les arbres et que c'est tout l'espace qu'on lui conc&#232;de, il plante un trap&#232;ze. Charles-Louis Girault a suspendu au mur une de ses aquarelles de la ville Hadrien, et puis quelques d&#233;tails, une porte, des colonnes, le pan trap&#233;zo&#239;dal d'un mur. Il aime ce mot, &#171; trap&#232;ze &#187;, personne dans l'architecture, o&#249; le rectangle fait loi (&#224; condition d'y mettre comme Michel-Ange ou Le Bernin toutes les ressources du nombre d'or), personne n'a compris la ressource du trap&#232;ze. Sur une grande feuille mise sur la table inclin&#233;e, il a d'un coup de pantographe restitu&#233; les deux rues en angle (il le conna&#238;t par c&#339;ur, l'angle), et puis un trait horizontal, la limite par quoi il fera face au Grand Palais de ces messieurs b&#226;tisseurs de monstre. Une parall&#232;le, deux obliques : voil&#224; le trap&#232;ze. Alors il prend son compas, Girault, et ce dessin qu'on a conserv&#233; est merveilleux : un cercle sur l'entr&#233;e, un autre cercle en d&#233;calage int&#233;rieur, dont le centre est sur la p&#233;riph&#233;rie du premier, dans le grand axe, et, sur le second cercle, trois cercles concentriques : le jardin sera l&#224;, et le bord int&#233;rieur de la galerie. Et sur la p&#233;riph&#233;rie du cercle du jardin seront quatre autres cercles qui organiseront les angles du b&#226;timent, les escaliers, les &#233;tages et les coupoles. Girault sait qu'il a gagn&#233; : c'est un geste d'architecte, une joie sans doute qu'on ne croise pas si souvent dans sa vie, que ces intuitions qui tombent en vingt minutes de compas, et sur lesquelles ensuite il n'y a pas &#224; revenir. Est-ce cela qui devient aussi naturellement image dans le carr&#233; d&#233;poli de l'Hasselblad ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-13.jpg?1395255837' width='500' height='504' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;&#226;tralit&#233; vraie de ce coup d'architecture, c'est de la composer comme un spectacle de th&#233;&#226;tre : pour le temps que durera le spectacle. Celui de l'exposition, et non pas les si&#232;cles &#224; d&#233;fier. Son b&#226;timent pourra ne durer que deux ans ou quarante ans, il l'aura dessin&#233; en dix minutes : un trap&#232;ze, cinq cercles. Il v&#233;rifie sans tracer : un autre cercle englobe le b&#226;timent tout entier, et circonscrit tous les autres. Comment expliquer une &#233;vidence ? Girault est devant une &#233;vidence. Et tout l'art de France tiendra dans ses galeries, dans ce monde de cercles contenu dans un trap&#232;ze, et les d&#233;calages dynamiques qu'inscrivent les cinq cercles c'est comme une onde qui se propage, ronge la ville, englobe les arbres autour, place l'horizon haut de la ville comme un attouchement de son b&#226;timent m&#234;me. Dans son monde de cercles int&#233;rieurs, l'onde qui se propage an&#233;antit le Grand Palais qu'il d&#233;teste, ignore le b&#226;ton plant&#233; de la tour de l'ing&#233;nieur Eiffel. Le reste n'est qu'ex&#233;cution. Girault ferme a cl&#233; la porte de son atelier d&#233;sert, et s'en va d&#238;ner en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Petit Palais va rouvrir, il y aura &#224; nouveau la grande porte vitr&#233;e monumentale qui fait entr&#233;e, le jardin comme un havre entretenu, &#224; l'abri de la ville et sans herbes sauvages. Il y aura une entr&#233;e o&#249; l'on paiera son billet pour acc&#233;der aux collections, un portillon m&#233;canique, des appareils de surveillance &#233;lectronique. Des cam&#233;ras surveilleront les salles, dans les sous-sols un auditorium ou une salle de projection, et dans les &#233;tages les bureaux seront &#224; nouveaux peupl&#233;s d'ordinateurs, de t&#233;l&#233;phones. On oubliera le b&#226;timent. On sera face aux &#339;uvres d'art, et c'est tant mieux. Le Petit Palais, con&#231;u pour &#234;tre l'&#233;tui &#233;ph&#233;m&#232;re de l'art en repr&#233;sentation, sera &#224; nouveau solidifi&#233; et l&#233;gitime dans le paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc eu, on croirait pour le photographe seul, ces semaines d'&#233;trange &#233;tiage : ce palais d&#233;mont&#233; du dedans, un instant r&#233;apparu comme il fut aussi quelques jours, au temps de sa construction, avant qu'on l'investisse. Il s'est fait comme l'&#233;cho ou la chambre de la ville. Chambre noire, chambre comme en b&#226;tissaient au si&#232;cle dernier les premiers inventeurs de la photographie : il en a capt&#233; le bruit, il en a saisi l'image invers&#233;e. Il a &#233;t&#233; vide deux ans pour s'en faire la m&#233;moire. Il s'est creus&#233; du dedans pour que ce que nous y verrons, d&#233;sormais, soit charg&#233; de notre relation &#224; la ville, qui passe aussi par cette absence, ce silence, ce vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la grande avenue embl&#232;me de la ville et du pays, juste en face d'un de ses lieux de pouvoir essentiel, o&#249; s'exprime en principe la volont&#233; m&#234;me de tout un peuple, la construction vide faisait signe : tout cela est provisoire, tout cela, lorsqu'on en retire le t&#233;moignage principal, l'&#339;uvre de ces artistes qui ne son plus, n'est plus qu'une immense chambre photographique, une &#171; vanit&#233; &#187;, comme on disait en peinture classique, pour ces figures &#224; la t&#234;te de mort et &#224; la bougie, qui nous disent l'effort de l'homme confront&#233; &#224; l'immensit&#233; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore fallait-il ces tenaces venues du photographe solitaire, toute une suite de dimanches, pour que nous le sachions aussi. Et qu'&#224; jamais le palais vide r&#233;sonne dans la peau toute neuve de ses jours &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/petit-palais-philippe-monsel-14.jpg?1395255837' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>la d&#233;cadence est belle (beautiful decay)</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3630</link>
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		<dc:date>2013-08-19T13:55:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>web : veilleurs &amp; bousculeurs</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;le meilleur r&#233;pertoire de blogs est celui qu'on se fait pour soi&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot126" rel="tag"&gt;web : veilleurs &amp; bousculeurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3630.jpg?1376920501' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : installer un fond d'une couleur exactement calcul&#233;e selon les cat&#233;gories Pantone d'apr&#232;s la tonalit&#233; de la peau du sujet photographi&#233;, puis r&#233;aliser le portrait du torse &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/08/14/angelica-dass-chromatic-inventory-of-all-possible-skin-tones/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Angelica Dass&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : parce qu'on a &#233;t&#233; frapp&#233; une fois de la ressemblance entre deux personnes totalement &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre, les photographier ensemble. Concevoir progressivement une s&#233;rie. Laisser les candidats venir progressivement se d&#233;clarer eux-m&#234;mes &#224; votre attention &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/08/12/unbelieveable-photographs-of-strangers-who-look-like-twins/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Brunelle&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : rien d'effrayant comme les crimes du Ku Klux Klan (&#244; le meutre d'Emmett Till, et la chanson de Dylan, et encore Trayvor Martin, ou la mont&#233;e ici du Front National). Aller voir de pr&#232;s. Les saisir dans leur int&#233;rieur, et la pause qu'ils se donnent &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/08/15/frank-photos-of-ku-klux-klan-members-and-their-everyday-life/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antony Karen&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : d'elles (apparemment, il n'y a pas d'eux), on ne saura rien, on ne les verra que de dos. Ce qui compte, c'est l'intimit&#233; de ce geste qu'on ne fait que pour soi, et devient danse, sans rien pour l'appareil-photo &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/08/14/angelica-stroms-portraits-of-being-alone/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Angelica Str&#246;m&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : &#171; je sais que pour vous ce n'&#233;tait pas facile &#187;, demander &#224; ceux qu'on photographie d'exhumer la photo qui les repr&#233;sente en gloire. On l'agrandit, et ils nous la pr&#233;sentent. Tout un destin &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/08/02/images-of-people-owning-their-awkward-years-photos/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Merilee Alfred&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : prendre deux &#234;tres que tout s&#233;pare, pens&#233;e, comportement, id&#233;e de la vie en gros, et leur demander de composer une repr&#233;sentation arch&#233;type de l'intimit&#233; partag&#233;e, la photo de mariage, celle de fian&#231;ailles, la famille le dimanche &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/07/24/photographs-of-strangers-being-intimate/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Richard Renaldi&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit la proposition suivante : approcher l'univers des d&#233;tenus avec probl&#232;mes mentaux reconnus, et, dans une composition o&#249; tout est arch&#233;type surd&#233;termin&#233;, saisir les objets, les postures, pour renverser et tout dire &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/07/19/jenn-ackerman-photographs-the-reality-of-mentally-ill-prisoners-in-america/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jenn Ackerman&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou la proposition suivante : identifier les mythologies du malaise civilisationnel, les objets qui le repr&#233;sentent (les hublots du lavomatique, le caddy du supermarch&#233;, la pelouse trop bien tondue, le parfum comme culture de masse, la trop bouffe, le loisir ou l'aquarium, et composer depuis la repr&#233;sentation la plus directe de l'objet le geste qui le nie &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/06/14/romulo-sans-photography-critiques-cultural-ideologies/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Romulo Sans&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou la proposition suivante, en s'&#233;loignant de la photographie pour mieux la retrouver (et imaginer Christian Boltanski farfouiller l&#224;-dedans) : imprimer autant de photos de FlickR qu'on peut le faire en une journ&#233;e compl&#232;te, et investir avec cette masse un espace vide o&#249; on pourra ensuite d&#233;ambuler &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/08/14/a-room-filled-with-prints-of-all-of-the-images-uploaded-to-flickr-in-one-day/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Erik Kessels&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des peaux &#233;crites, des visages en vieux pain, des compositions de nus &#224; grande &#233;chelle pour refaire rien qu'un oeil. Et si tout ne fonctionne pas, les questions ne manquent pas, on en prend assez dans la figure comme &#231;a, y compris quand c'est l'ultra-r&#233;alisme qui ouvre au fantastique &#224; la Magritte &#8211; &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/07/09/creepy-ultra-realistic-body-painting/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Choco-San&lt;/a&gt;. (Et ci-dessus, illustration prise &#224; l'art-ongles d'&lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/2013/07/03/scenic-nail-art-installations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alice Bartlett&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut penser &#224; une proposition d'&#233;criture qui partirait de ce principe : comprimer en quelques lignes le travail d'un artiste, pour en inventer alors au moins une de plus qui ne tiendrait qu'&#224; soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couvert cet apr&#232;s-midi la rubrique photo de &lt;a href=&#034;http://beautifuldecay.com/category/photography/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Beautiful Decay&lt;/a&gt; (merci &lt;a href=&#034;http://www.candice-nguyen.com/blog/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Candice Nguyen&lt;/a&gt;). M&#234;me pas encore explor&#233; les autres rubriques de ce site. &#192; la fin de chaque billet, des pistes analogiques sont propos&#233;es vers des artistes similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut les suivre sur Twitter &lt;i&gt;@BeautifulDecay&lt;/i&gt; ou suivre Danny Olda, qui a r&#233;dig&#233; la plupart de ces billes : &lt;i&gt;@ArtatBay&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Marc Deneyer | natalement mer</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1101</link>
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		<dc:date>2012-08-08T17:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Marc Deneyer</dc:subject>
		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;rivages de Charente-Maritime avec le Conservatoire du littoral&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Marc Deneyer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1101.jpg?1352732347' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Sur Marc Deneyer, voir aussi : &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article690' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De Billazais &#224; Sainte-Verge&lt;/a&gt;. Le livre &lt;i&gt;Littoral / Rivages de Charente&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; aux &#233;ditions &lt;a href=&#034;http://www.filigranes.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Filigranes&lt;/a&gt;, en accompagnement d'une exposition &#224; la Corderie Royale de Rochefort. De Marc Deneyer, on peut aussi voir sur le Net ses &lt;a href=&#034;http://users.skynet.be/deneyer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;icebergs&lt;/a&gt;, ou un peu de &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article60' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Japon&lt;/a&gt; (livre au Temps qu'il fait). &lt;i&gt;Si affichages ne correspondent pas au texte, merci &#034;vider le cache&#034; du navigateur&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on revient, c'est perceptible d&#232;s la voiture : une surluminosit&#233; court au long de la c&#244;te, illumine cette frange fragile de terre, l&#224; o&#249; elle touche la mer. Plus nord, aux commencements de Bretagne, un dessin en dur et solide, rocheux et escarp&#233;. Plus sud, de l'autre c&#244;t&#233; de la Gironde, ces &#233;lancements de sable et pins o&#249; toutes distances sont si grandes. Dans ce qui nous revient de pays, frange impalpable presque, o&#249; l'eau sal&#233;e remonte dans les terres, et rive model&#233;e, tant nos activit&#233;s d'homme de si longtemps empi&#232;tent ou labourent la vie maritime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choqu&#233; toujours, en M&#233;diterran&#233;e par exemple, de ces villes qui viennent droit jusqu'&#224; l'eau, quitte &#224; ce qu'une temp&#234;te parfois (ou la mar&#233;e &#224; Venise) entre dans les rues comme si c'&#233;tait leur place. Nous, les villes se sont mises &#224; l'&#233;cart, entre baie, estuaire, jet&#233;es &#8211; celle des Sables d'Olonne faite de trois cents menhirs cueillis aux environs, et le littoral exprime cette d&#233;fense, ou cet &#233;cart n&#233;cessaires : paysage de libre jeu entre activit&#233;s de terre et n&#233;cessit&#233;s de mer. Qu'y aurait-il ici qui soit encore sauvage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; convoquer mentalement la ligne de c&#244;te et se d&#233;placer selon la m&#233;moire des lieux (quelle &#233;trange appellation cette &lt;a href=&#034;http://www.ilemadame.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#238;le Madame&lt;/a&gt; qu'on retrouvera ici), la mer est toujours au bout d'un chemin, on ne l'atteint que par une s&#233;paration, le d&#233;tachement volontaire qu'on fait de notre pays d'hommes. Ainsi, on a m&#233;moire de ces chemins traversant quelques centaines de m&#232;tres de ch&#234;nes verts et de pin, avec d&#233;j&#224; la rumeur des vagues et le vent plus agressif, avant qu'une trou&#233;e vous jette sur la dune puis la plage. Ainsi ces passages de sable o&#249; on enfonce, s&#233;parant les dunes maintenant prot&#233;g&#233;es, avant l'espace de mer. Et puis ces endroits qui ne sont pas ceux du sable, mais les marais dans leur eau douce, pays de digues et canaux, des franges molles d'estuaire. Et tout au bout il y a deux barques, un bois mort pour faire pieu, encore le vent, quelque ruine de moteur ou cabane de t&#244;le comme le besoin de t&#233;moigner qu'on est venu l&#224;, qu'on y travaille. Combien de ces endroits, dans tant de villages, s'appellent le Bout du monde (et qu'on a chacun, alors, son propre &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0408_longeville.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bout du monde&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre ici se d&#233;fait entre &#238;les et rivi&#232;re, comme de terres jet&#233;es en plein oc&#233;an, porte de haute mer et de conqu&#234;tes quand il n'y a plus rien &#224; conqu&#233;rir ni, au loin, &#224; n&#233;gocier ou piller. La rivi&#232;re dans sa paix se moque bien de nos al&#233;as et violences (elle en garde pourtant la trace, au cimeti&#232;re des pr&#234;tres de l'&#238;le Madame, de nos violences ingu&#233;rissables). C'est cette transition qui nous est pr&#233;cieuse, et qui pour tant d'entre nous a valeur d'univers, susceptible alors d'infinis grossissements lorsqu'on s'arr&#234;te, d'infinies variations selon le soleil, le mouvant du ciel, la ruine des saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; form&#233;s &#224; la part mouvante de ces paysages. M&#234;me &#224; &#233;chelle d'une enfance, on sait la transformation des plages, les dunes en trois semaines mang&#233;es ou refaites, et combien la mer toujours prend ou redonne. Le photographe ici ne vient pas &#224; la sauvette. Il installe un lourd appareil sur tr&#233;pied, qui l'oblige, dit-il, &#224; une &#171; approche plus contemplative, une attention soutenue aux choses &#187;. Alors l'image n'est plus simplement capter l'empreinte ici du visible, mais d&#233;tecter ce qui nous relie, et au ciel, et aux traces. Marc Deneyer cite Rainer Maria Rilke : &#171; Y a-t-il un paysage sans figure humaine qui ne soit plein de celui qui l'a contempl&#233; ? &#187; Alors on entre &#224; notre tour, par la contemplation des images, dans ce que nous portons int&#233;rieurement de ciel et de rives, de cette lumi&#232;re comme amass&#233;e sur la frange, et de nos travers&#233;es d'enfant par les dunes, aux trou&#233;es droites de for&#234;t o&#249; parfois on trouvait un raisin aigre, et ces foss&#233;s qu'on enjambait dans notre pays de vase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Deneyer_1.jpg?1198003284' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un pays de vieille histoire. De l'autre c&#244;t&#233; de la baie, o&#249; le Lay n'apporte pas ce qu'a accumul&#233; de collines, de villes et de pr&#233;s la vieille et lente Charente, dans cette tourbe noire et durcie que seules les mar&#233;es d'&#233;quinoxe d&#233;couvrent, on se montrait les empreintes d'hommes poursuivant jusqu'&#224; l'eau des rennes ou autres b&#234;tes : court-circuit dans l'histoire, comme nous-m&#234;mes venons de laisser trace de notre pied nu dans le sable mouill&#233; du bord. Et quand la mer se fait violente, elle arrache &#224; ses fonds et jette sur la plage des fossiles, nautiles et ammonites, que vous peinez &#224; porter seul, pour qu'ils survivent plut&#244;t qu'&#234;tre rogn&#233;s par l'&#233;rosion des sables. Et ce ph&#233;nom&#232;ne plus complexe encore, chaque deux ans, dans le creux d'hiver, quand on est si peu &#224; venir observer la mer : en trois jours dispara&#238;t, sur deux ou cinq kilom&#232;tres, le bon m&#232;tre de sable qu'est la plage, laissant &#224; nu l'affleurement sombre d'un gr&#232;s rong&#233;. Et puis le sable revient, signe de myst&#232;re, pour quelle annonce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire de conqu&#234;tes, de peuples qu'on a install&#233;s l&#224;, ou qui y sont venus par mer : que saurais-je moi-m&#234;me porter de ce Bon Zacharie venu un jour &#224; Ol&#233;ron parce qu'il avait ou&#239; dire que les fabricants de paniers et tresseurs d'osier y &#233;taient bienvenus l&#224; o&#249; on traitait les hu&#238;tres ? Et des neuf enfants qu'il aurait, bien la moiti&#233; prendraient inverse le chemin du continent, s'y faire tailleur de pierre ou menuisier, tant la mis&#232;re vous apprend &#224; vous servir de vos pieds. Que portaient-ils encore, ceux-ci, au tournant de l'autre si&#232;cle, de cette lumi&#232;re sur la rive de Chassiron, qui est celle inchang&#233;e que capte aujourd'hui Marc Deneyer, me r&#233;apprenant &#224; moi-m&#234;me un peu de ces visages qui n'ont laiss&#233; ni r&#233;cit ni photo, ni terre ni objets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas d'un temps ancien : j'ai ordinateur et voiture, pratique le TGV et aurais r&#233;pugnance, dans ma vie quotidienne, &#224; ce qu'un geste porte atteinte &#224; qu'on estime urgent et n&#233;cessaire pour qu'une chance de devenir soit accord&#233;e, sinon &#224; notre esp&#232;ce, &#224; ce qui en est le berceau. Nous avons devoir d'honorer cette part sauvage de la terre, et ce qu'il y a de merveille dans la communion de terre et d'eau &#224; cette frange fragile o&#249; nous sommes n&#233;s. Mais c'est l'enfance qui me revient, tant nos villes ont chang&#233;, et ces paysages non : on passait des journ&#233;es sous ces ciels, avec mon p&#232;re et mon grand-p&#232;re &#224; installer un monocylindre sur une barque de p&#234;che, ou remonter les v&#233;rins hydrauliques d'une pelleteuse au bout des digues, pr&#232;s de la butte aux hu&#238;tres fossiles (qu'on exploitait pour les broyer en poudre para&#238;t-il bonne pour le calcium des poules). Je porte ce vent, ce ciel, ces lumi&#232;res. Au soir, dans la rue principale, la corne de la marchande de soles, pibales et moules nous avertissait de ce qu'elle avait &#224; emballer dans le papier journal. Aux mar&#233;es, on y &#233;tait en famille : on avait haveneaux et tridents, on se battait avec les congres dans les rochers, on mettait tout cela dans la marmite avec du laurier, et tout cela semblait une ressource imm&#233;moriale, infinie. J'ai souvenir pr&#233;cis de la fronti&#232;re : en 1973, lors d'un stage d'&#233;t&#233; dans l'usine SKF ultramoderne de Fontenay-le-Comte, ceux qui quittaient le service en 2 x 8 allaient &#224; la mar&#233;e comme leurs p&#232;res et grands-p&#232;res. Le littoral, quand j'y marche, m'appara&#238;t aujourd'hui st&#233;rile, ratiss&#233;, vide. Plus haut, la c&#244;te de Vend&#233;e est un cimeti&#232;re de b&#233;ton : restent des &#238;lots, ceux qui se sont mieux prot&#233;g&#233;s de nous autres par leur vase, leur distance de tout, ou simplement que le soleil n'y &#233;tait pas &#224; vendre. Il est bon que nous en ayons conscience, il est urgent qu'on s'en ressaisisse : merci &#224; ceux qui s'en pr&#233;occupent, et sauvent ces bords fragiles de notre propre folie. Ce sont ces parcelles qu'a explor&#233;es l'une apr&#232;s l'autre, pour le Conservatoire du littoral, Marc Deneyer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Deneyer_2.jpg?1198003300' width='500' height='394' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous ne saurions plus regarder na&#239;vement des photographies, aujourd'hui, de paysages naturels. Marc Deneyer en a photographi&#233; d'autres, les icebergs du d&#233;troit du nord-ouest, ou les rives du Japon volcanique. Il ne s'agit pas seulement de beaut&#233;, mais du droit que nous avons de nous y abandonner, quand c'est tant de m&#233;moire et d'enfance que nous y avons en d&#233;p&#244;t, le temps d'avant les villes, d&#233;p&#244;t fragile, n&#233;cessaire, et de devoirs : parce qu'il aurait fallu faire tellement mieux que d'en &#234;tre restreint &#224; la sauvegarde, &#224; la protection, &#224; d&#233;limiter les territoires qu'on va pr&#233;server &#8211; et de quoi, sinon nous-m&#234;mes, ou cette prolif&#233;ration, comme de Rochefort &#224; la Rochelle, d'enseignes criardes, d'entrep&#244;ts et de rocades grises ? Cette beaut&#233;, &#224; nous conc&#233;d&#233;e, m&#233;ritait mieux : ici on en donne mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si abstraite, pourtant, l'&#233;l&#233;mentaire force des choses. Nous, qui sommes de mer, savons que la m&#234;me magie nous prendra partout qu'on marche &#224; la mer, l&#224;-bas &#224; Vancouver chez Malcolm Lowry ou dans tel fond de la Baltique, quand on l'a d&#233;couverte : toute rive porte signe et empreinte, parfois si discr&#232;te. Ici, je sais bien &#234;tre en pays natal. Mais lui, le photographe, vient en voyageur, en nomade. &#171; C'est l'oc&#233;an que je voyais, dit-il, pas l'Atlantique. &#187; Il parle d'apesanteur, d'anonymat (l&#224; o&#249; je sais la gravit&#233; de mon propre corps, et les visages que j'y ai connus, les noms). Il dit, Marc Deneyer le voyageur : &#171; Les &#233;l&#233;ments eux me parlent en fr&#232;res, tous, au del&#224; de ce qu'on pourrait s'imaginer d'abord. L'arbre, tilleul ou baobab, me raconte &#224; sa mani&#232;re l'histoire du monde, l'Aubrac ou le Maroc semblent s'ignorer mais savent tout l'un de l'autre. &#187; Et c'est cela qui nous serait le&#231;on, ou fait si sobrement parler les ciels, les images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu cette chance de toucher l'imm&#233;morial : la rencontre des eaux de terre, l'infatigable oscillation de mer, et ce jeu de digues et de canaux men&#233; trois si&#232;cles avant nous (puisque, lisant Rabelais, il s'agit d'&#238;les, et que d'Ar&#231;ais &#224; La Rochelle on va en barque, tandis que de la Rochelle &#224; Bordeaux on va par mer). Les couleurs certainement, des ocres et des noirs des rochers, des escarpements clairs des gr&#232;s, &#224; la fa&#231;on dont un pin se d&#233;tache dans le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions cette chance, enfant, d'un infiniment abstrait : accroupi dans le miroitement de qui ruisselle, enfant, on arrangeait des rigoles, on organisait des pays imaginaires &#224; notre taille, et qui rempla&#231;aient ce que nous ne savions pas des villes, ni de ces pays qu'on savait, de l'autre c&#244;t&#233;, et qui fournissaient au m&#244;le de la Pallice ses bois exotiques. Dans une flaque large comme nos mains, la totalit&#233; du monde inaccessible. Les miracles abstraits du ruissellement de l'eau sur les sables, la perc&#233;e droite d'un drain dans les champs (les salamandres dor&#233;es qu'on y admirait), l'&#233;rosion des roches sur l'estran, nous ouvrent ici, autant qu'&#224; la lumi&#232;re, &#224; notre responsabilit&#233; quant au temps. Sachons pr&#233;server le temps ouvert, o&#249; nous naissions &#224; l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette beaut&#233; qu'ici et d'avance nous reconnaissons, construisons qu'un reste intouch&#233; d'horizon nous prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Deneyer_3.jpg?1198003315' width='500' height='397' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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