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	<title>Tumulte, par Fran&#231;ois Bon</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>Tumulte, exp&#233;rience Internet, r&#233;cits, journal, fictions, a &#233;t&#233; publi&#233; aux &#233;ditions Fayard en septembre 2006.</description>
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		<title>variation sur l'homme axolotl</title>
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		<dc:date>2006-12-16T07:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Cortazar</dc:subject>
		<dc:subject>Agamben</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#233;cran aquarium avec Cortazar devant&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;en vitrine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Cortazar&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Agamben&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je lis l'essai de Giorgio Agamben sur l'homme et l'axolotl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons (je ne r&#233;sume pas le philosophe, mais les donn&#233;es qu'il explore) : l'axolotl est une vari&#233;t&#233; de triton ou salamandre, principalement li&#233;e aux lacs d'altitude de la r&#233;gion de Mexico. Une de leurs caract&#233;ristiques c'est la dominante albinos, une peau transparente, avec des reflets violets ou dor&#233;s. C'est une esp&#232;ce bien curieuse : par sa capacit&#233; par exemple, rest&#233;e tr&#232;s myst&#233;rieuse malgr&#233; les nombreuses recherches actuelles, &#224; r&#233;g&#233;n&#233;rer un membre d&#233;truit, voire une partie de son cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons un peu plus de l'axolotl. Sa caract&#233;ristique essentielle, connue depuis longtemps, c'est de ne pas accomplir la mutation habituelle aux batraciens, animaux aquatiques dans leur &#233;tat larvaire (t&#234;tards), &#233;quip&#233;s de branchie, &#224; l'&#233;tat adulte, respirant l'air par des poumons. L'axolotl se prot&#232;ge du froid des lacs d'altitude du Mexique en gardant toute sa vie ses branchies et sa vie uniquement aquatique. Mais qu'un &#233;t&#233; trop chaud entra&#238;ne une baisse du niveau des eaux, un trop grand r&#233;chauffement de leur temp&#233;rature, alors la stimulation thyro&#239;dienne qui en r&#233;sulte permet que s'accomplisse la mutation, disparition des branchies et respiration pulmonaire, disparition de la transparence du corps. Ces axolotls mutants pourront se reproduire, leurs t&#234;tards seront des axolotls ordinaires (notons aussi que ces mutations ou cette vie branchique est aussi observ&#233;e sur trois esp&#232;ces de tritons alpestres, toutefois non albinos). Il y a un mot pour cela : &lt;i&gt;n&#233;ot&#233;nique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'axolotl s'&#233;l&#232;ve en aquarium. J'ai pass&#233; hier plusieurs heures, non pas fascin&#233; mais vraiment int&#233;ress&#233;, sur les forums d'&#233;change concernant les questions techniques de l'&#233;levage de l'axolotl en aquarium : quelles vari&#233;t&#233;s de poisson &#233;viter dans leur bassin, puisque les poissons rouges auront par exemple le d&#233;sagr&#233;able r&#233;flexe d'aller brouter leurs branchies. Et comment les nourrir, par exemple d'araign&#233;es vivantes recueillies dans votre jardin. Comment aussi r&#233;gler le probl&#232;me des d&#233;jections abondantes (l'axolotl est gros mangeur) alors qu'il aime les eaux calmes, voire stagnantes. Plusieurs &#233;leveurs amateurs s'int&#233;ressent &#224; la mutation thyro&#239;dienne, et au passage des branchies aux poumons. On traite de leurs maladies, en particulier d'une bact&#233;rie rongeuse, qui noircit d'abord la peau, mange ensuite la chair en laissant juste les os de l'animal &#224; vif, mais qu'on gu&#233;risse la bact&#233;rie (avec tel antibiotique humain qu'on laisse se dissoudre dans l'eau de l'aquarium), et on verra le membre se reconstituer. On parle aussi de la tendance de l'axolotl &#224; ingurgiter le sable de son aquarium : certains &#233;leveurs pr&#233;f&#232;rent utiliser comme fond d'aquarium des galets qui rendent cette ingestion impossible, d'autres pensent que cette ingestion permet &#224; l'axolotl sa reptation au fond de l'aquarium, qu'elle lui sert donc de ballast dont il faut lui laisser la libre r&#233;gulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giorgio Agamben est philosophe et ne s'int&#233;resse pas &#224; ces questions d'aquarium. Il r&#233;fl&#233;chit &#224; cette non-mutation, qui fait que l'axolotl reste toute sa vie &#224; l'&#233;tat d'enfance. Les branchies, comme la transparence, sont des crit&#232;res dont les voisins de son esp&#232;ce se d&#233;barrassent pour passer &#224; l'&#226;ge de la reproduction. L'axolotl est un animal sp&#233;cifique qui a refus&#233; sa mutation adulte. Giorgio Agamben examine ce qu'il en est de l'homme : vari&#233;t&#233; qui devient adulte en ayant gard&#233; les crit&#232;res, peau glabre, fragilit&#233; corporelle, dont les esp&#232;ces qui lui sont voisines se sont d&#233;barrass&#233;es avec la prime enfance. La position du trou occipital pr&#232;s de l'oreille, note Agamben, la structure des mains, correspond &#224; ce qu'elle est de fa&#231;on transitoire chez le f&#339;tus des grands primates anthropo&#239;des. Agamben prolonge sa r&#233;flexion vers l'univers de la pens&#233;e : l'homme pense en enfant, et l'enfant pense mieux que l'homme parce que directement dans l'ahurissement d'&#234;tre &#171; jet&#233; au monde &#187;, et ce qui s'en induit lorsqu'il apprend &#224; le nommer, dans sa peur, sa stupeur, son &#171; &#233;coute de l'&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agamben y insiste : il y a un statut &lt;i&gt;n&#233;ot&#233;nique&lt;/i&gt; de notre nature humaine, avoir comme trait de notre &#233;tat adulte une &#233;tape provisoire du foetus des grands primates. Ce qu'Agamben tire de l'exemple de l'axolotl, c'est que notre enfance devant le langage tient fondamentalement &#224; cette mutation non faite, &#224; notre &#233;tat de f&#339;tus axolotl. Dans quelques lignes effray&#233;es sur le destin animal, il ouvre cette lucarne, qu'il nous laisse le soin d'examiner : dans les conditions qui mettent en p&#233;ril sa survie, l'axolotl se dote des outils (poumons, carapace) qui sont ceux de la mutation arr&#234;t&#233;e en lui. Nous-m&#234;mes, immerg&#233;s dans cette stupeur dangereuse du monde, capables d'y mettre en cause notre survie de par notre propre activit&#233;, disposons-nous parall&#232;lement de la possibilit&#233; d'accomplir individuellement cette mutation de poil et de cuir, qui nous prot&#232;gerait aux temps troubles par ce caract&#232;re animal dont nous avons refus&#233; l'h&#233;ritage par notre destin f&#339;tus, notre destin axolotl ? Agamben laisse entendre que d'aucuns parmi nous ont accompli cette mutation : animaux politiques, dictateurs, d&#233;cideurs des guerres, on pense &#224; ces figures sombres et - non pas d&#233;pourvues de pens&#233;e - mais pensant comme hors ou &#224; c&#244;t&#233; de notre condition commune, qui sont les ombres perp&#233;tuelles de notre destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giorgio Agamben ne cite pas l'exemplaire nouvelle de Julio Cortazar qui a pour titre, justement, &lt;i&gt;axolotl&lt;/i&gt;. Il faut la relire. Ce texte tr&#232;s bref est m&#234;me souvent consid&#233;r&#233; comme le plus bel accomplissement de Cortazar qu'on consid&#232;re, nous tous, comme un fr&#232;re a&#238;n&#233;, un &#234;tre de chaleur et d'amiti&#233;, un &#233;crivain pris &#224; l'engrenage d'une &#339;uvre o&#249; forc&#233;ment il devait au bout, lui, dispara&#238;tre. Cortazar parle de l'axolotl en espagnol, mais ne parle pas de l'axolotl dans son habitat naturel. Il parle de l'axolotl en exil, des neuf axolotls &#233;lev&#233;s dans le bassin sombre et ti&#233;dasse de l'aquarium du Jardin des Plantes, &#224; Paris. On a tous des souvenirs (j'ai des souvenirs) de cet aquarium, de la temp&#233;rature qui y r&#232;gne, des sauriens alanguis sur leur plan inclin&#233; de ciment et de leur odeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la magistrale nouvelle de Julio Cortazar, le moment important c'est l'avant-dernier paragraphe, qui n'a pas d'&#233;gal dans l'immensit&#233; de la litt&#233;rature : &#224; chaque &#233;crivain d'obtenir, une fois dans sa vie, pour un seul paragraphe peut-&#234;tre, cet endroit fragile o&#249; quelque chose s'ajoute &#224; la litt&#233;rature, et o&#249; Cortazar a d&#251; imm&#233;diatement savoir que cette bascule n'&#233;tait pas chez ses ma&#238;tres, ni chez Borges, ni chez Kafka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans apr&#232;s la mort de Cortazar, je pense que son g&#233;nie propre c'est d'avoir, lui &#233;crivain sud-am&#233;ricain vivant &#224; Paris, plac&#233; son narrateur devant ces animaux via l'&#233;cran de l'aquarium, &#224; Paris aussi. Le poids de toute cette distance, et l'incongruit&#233; de la grande ville ajoutant tous ses exils, est ce qui permet, &#224; l'avant-dernier paragraphe, cette bascule incroyablement &#233;trange qui fait de son r&#233;cit, instantan&#233;ment, un classique de la litt&#233;rature fantastique, autant que Wells, Poe ou tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur a contempl&#233; longuement, et la mise en sc&#232;ne du gardien de l'aquarium y contribue, le bassin des axolotls. Il a d&#233;crit leurs yeux. Il a d&#233;crit leur immobilit&#233;, puis ces soudains et tr&#232;s rapides d&#233;placements. Il a consid&#233;r&#233; que ces yeux sans paupi&#232;res, sur la transparence du corps, t&#233;moignaient de leur savoir d'une captivit&#233; artificielle, ici dans le mauvais &#233;clairage du Jardin des Plantes. La pens&#233;e du narrateur, comme la pens&#233;e d'Agamben, a quitt&#233; le domaine humain pour se laisser porter par l'autonomie, la mat&#233;rialit&#233; du langage (c'est l'immense le&#231;on d'Agamben que cet apprentissage qu'il r&#233;it&#232;re pour nous &#224; chaque prise de ses brefs essais). Et puis, cette pens&#233;e qui s'est d&#233;port&#233;e vers les axolotls transparents et immobiles, il lui fait d&#233;crire maintenant le visage de l'homme appuy&#233; du dehors contre la vitre de l'aquarium. La pens&#233;e est devenue axolotl : la pens&#233;e s&#233;par&#233;e de celui qui l'&#233;nonce devient consciente que ce visage, de l'autre c&#244;t&#233; de la vitre, ne peut la concevoir, elle, compl&#232;tement. Que sa nature homme l'en s&#233;pare, radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e dont nous d&#233;veloppons l'usage, lorsque nous la poussons &#224; l'extr&#234;me de son exercice, fait de nous non pas un &#234;tre plus libre, mais un &#234;tre conscient de ce dehors dont il est s&#233;par&#233; radicalement. Cortazar ne conclut pas. Il produit cette fin ouverte si c&#233;l&#232;bre qu'elle suffirait elle seule &#224; porter toute son &#339;uvre : l'homme s&#233;par&#233; de sa pens&#233;e va &#233;crire l'histoire que nous sommes en train de lire. L'&#233;criture par sa mat&#233;rialit&#233; peut s'ancrer depuis cette pens&#233;e dont l'homme est s&#233;par&#233;. Il ne sera pas plus libre, mais l'&#233;criture, elle, peut s'&#233;noncer depuis l'axolotl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme ne sera pas axolotl, l'&#233;criture si : Cortazar et Agamben &#233;crivent au m&#234;me point, et de la m&#234;me chose, et par la m&#234;me transparence de l'axolotl et ses branchies fragiles. L'&#233;criture, contre la mutation qui se saisit de l'homme confront&#233; &#224; sa survie, oubliant son destin f&#339;tus, est capable encore, elle, du destin axolotl, cette immobilit&#233; avec des yeux, cette transparence et cette pens&#233;e de l'exil, de la d&#233;pendance au gardien qui vous nourrira d'insectes morts, mais dou&#233;e encore de la pens&#233;e de cela.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; r&#233;cit &lt;a href=&#034;http://www.geocities.com/grenouille_qui_reve/litterature/axolotl.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Axolotl&lt;/a&gt; de Julio Cortazar, versions anglaise et espagnole. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.batraciens.net/axolotl.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;levage de l'axolotl en aquarium&lt;/a&gt; (nombreuses photos)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Axolotl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'axolotl&lt;/a&gt; chez wikipedia
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.christianbourgois-editeur.fr/catalogue/collections.asp?ID=2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Id&#233;e de la prose&lt;/a&gt; de Giorgio Agamben, &#233;ditions Christian Bourgois, traduction G&#233;rard Mac&#233;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>le livre est arriv&#233;</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article473</link>
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		<dc:date>2006-07-08T07:14:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>lectures</dc:subject>
		<dc:subject>Une</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;premi&#232;res livraisons du Tumulte&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;lectures, actions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot5" rel="tag"&gt;lectures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre existe d&#233;sormais, et c'est pour moi un objet &#233;trange : &#224; &#233;crire tous les jours, chaque exp&#233;rience devient une &#233;criture autonome et totale. Quand je tiens le livre en mains, je n'ai pas d'image int&#233;rieure de ce qu'il rec&#232;le. D&#232;s que je l'ouvre au hasard, les mots sont mentalement enregistr&#233;s, sus, relus. Et dans ce travail d'un an, chaque texte s&#233;par&#233; a constamment &#233;t&#233; repris, r&#233;vis&#233;, allait vers sa propre loi. &lt;br/&gt;
Premiers lecteurs, bienvenus : dans le moteur de recherche ci-dessous, entrez un titre de chapitre, une expression du livre, et vous retrouverez &#8212; avec la version originale mise en ligne &#8212; images, contributions, commentaires.&lt;br/&gt;
On garde &lt;i&gt;en vitrine&lt;/i&gt; 6 textes parmi les 227 du sommaire, r&#233;guli&#232;rement renouvel&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>attentats de Londres, le 7 juillet 2005</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article141</link>
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		<dc:date>2006-07-07T11:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;de l'image au grand jour des fissures souterraines&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;en vitrine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;[A un an de distance, je tiens &#224; mettre &#224; nouveau en ligne ce texte &#233;crit &#224; Arles, le 7 juillet 2005. Nous &#233;tions r&#233;unis en colloque, il y avait Bernard Stiegler, Pascal Convert, et lorsque le bruit s'est fait de l'attentat de Londres, on parlait justement de l'image en rapport avec le temps. Dans la chambre d'h&#244;tel, juste l'image fixe d'une bouche de m&#233;tro.]&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image : une bouche de m&#233;tro dans la ville ordinaire, un scotch rouge et blanc tendu en travers, et une grappe d'hommes en gilet r&#233;fl&#233;chissant. Pour cinq acteurs, sur le mod&#232;le des clowns artisans de Shakespeare dans &lt;/i&gt;Midsummernight's dream. Arles, le 7 juillet 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'arrivais. Je marchais. L'onde parvient avant m&#234;me le bruit, on per&#231;oit l'onde dans son corps, et l'arriv&#233;e du bruit, mais plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'arrivais, je marchais. Elle &#233;tait devant moi, elle a eu un soubresaut, ou comme. Comme si debout, et pourtant plus rien qu'objet, m&#234;me pas vacillante, une chute droit. Et moi, dans mon corps ce hoquet, bruit grondant, les &#233;clats, le verre : mon visage traversait la surface de verre, elle je ne la voyais plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'&#233;tais &#224; terre, et pourquoi j'&#233;tais &#224; terre. Le corps ne r&#233;pond pas. Dans le champ de l'&#339;il il y a le tunnel, l'&#339;il voit le tunnel et un corps comme le mien, couch&#233; (moi aussi, donc, couch&#233; mais comment savoir soi-m&#234;me) puis eux, qui couraient, et couraient dans le m&#234;me sens : des dos, leurs dos, et qu'ils se poussaient, se bousculaient. Et quand bien m&#234;me ils s'&#233;loignaient de moi, d'autres les rempla&#231;ant, courant aussi pour s'&#233;loigner : de moi, s'&#233;loigner eux, moi qui restais ? J'ai pens&#233; : appeler, mais je ne savais plus appeler. J'ai pens&#233; : ils ne reviendront pas. Alors cette femme s'est retourn&#233;e, et son visage : rouge, du sang. Un instant j'ai pens&#233; : je vais le lui dire, elle saigne. Et puis je n'ai plus rien pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'arrivais. Je courais. Des membres &#233;pars. Des silhouettes sur le sol. Il me venait le mot horreur : est-ce que je regardais ? Je pensais : horreur, mais juste le mot, pas ce que je voyais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'arrivais, je marchais. Et plus de bruit, plus rien. La clameur d'eux, qui criaient, mais c'&#233;tait l&#224;-bas, dehors, ou plut&#244;t juste l'&#233;cho : il y avait eu tant de bruit. Et maintenant dans l'infini du silence cet homme &#224; geindre et qu'on aurait dit, &#224; l'entendre, un gosse en voix d'adulte. J'aurais voulu le rejoindre. Il a cess&#233; : c'&#233;tait lequel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'&#233;tais &#224; terre, maintenant je savais. J'aurais pens&#233; que les sir&#232;nes, les secours, les couvertures, les soins, ce serait l&#224; vite : mais savaient-ils, et qui le leur dirait ? J'ai tourn&#233; la t&#234;te sur la gauche, la femme sans bras me regardait, fixement, les deux yeux grands ouverts. Imm&#233;diatement je me suis dit, comme lui parler : - Tu ne vois plus rien, non, tu es morte. J'ai pens&#233; : qui le leur dira, et s'ils voient, que verront-ils ? Elle qui fuyait visage en sang mais cependant courait ? Ils parleront des sourds, des aveugles, les victimes seront un chiffre : est-ce qu'ils parleront d'elle qui est sans bras, ou de moi qui ai tourn&#233; la t&#234;te, parce que ses yeux me regardaient et que je ne voulais pas que des yeux de mort me voient ? A cela j'ai pens&#233;. C'est parce qu'&#224; cet instant je n'avais pas mal, pas encore mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'&#233;tais &#224; terre. C'est l'onde qui vous secoue encore, comme si un instant avait capacit&#233; d'infiniment durer, restait en avant du grondement, infiniment peu, infiniment durant. Alors la souffrance s'est install&#233;e, le mal a cri&#233;, ma gorge s'est tendue et criait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je marchais. Je n'avais rien. Je voyais. Des yeux fixes, et des yeux qui me suivaient, et cet homme, l&#224;-bas, qui hurlait comme d'avoir rassembl&#233; en lui la douleur de tous, les vivants comme les morts. Moi cela m'avait soulev&#233;, projet&#233; le dos contre le mur du tunnel, l&#224; en l'air et puis boum, assis. J'avais compris que je n'avais plus de v&#234;tement : d&#233;shabill&#233;, sans volont&#233;, d'un coup d'un seul. &#199;a fait &#231;a, parfois, les explosions. C'est pour cela qu'ils me regardaient ? Il n'y avait plus personne, j'entendais le bruit de sir&#232;nes, les sir&#232;nes emplissaient l'espace, le quai, le tunnel, l'immobilit&#233;, les morts, le sang, et celui aussi qui criait. J'ai vu l'indication &#171; sortie &#187; au bout du quai, et l'escalier. Ils venaient &#224; ma rencontre. Je me suis effac&#233;, mis sur le c&#244;t&#233;, j'ai d&#233;sign&#233; le quai, qu'ils y aillent, l&#224;-bas. Pourquoi ils me regardaient comme &#231;a, pourquoi ils me laissaient passer sans me parler, sans me toucher, sans rien ? Moi &#231;a allait, j'&#233;tais nu, mais je marchais. Un type avec un casque brillant tendait une couverture grise, et il y a eu des bras, ils m'ont pris. J'ai su que je marcherai longtemps. J'ai su que je marcherai toujours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>l'homme du bord du fleuve</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article396</link>
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		<dc:date>2006-06-19T22:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;suite autobiographique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;vie des gens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;i&gt;1&#232;re mise en ligne 10 f&#233;vrier 2006&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'habite depuis huit ans cette maison pr&#232;s du fleuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais v&#233;cu, hors la maison de prime enfance, huit ans d'affil&#233;e au m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, est-ce qu'ici j'ai jamais eu l'impression d'habiter ? De cette ville qui me fait face, &#224; peine j'use pour les commodit&#233;s personnelles. J'y connais la librairie, un magasin d'accessoires de musique, la salle de r&#233;p&#233;tition des amis du th&#233;&#226;tre, encore depuis que ce projet est n&#233; je les croise peu. Saint-Pierre des Corps &#233;tait un choix raisonnable : on peut dans la journ&#233;e faire l'aller-retour &#224; Lille, Lyon, Rennes, Nantes ou Bordeaux et dans mon m&#233;tier c'est une s&#251;ret&#233;. Je travaille principalement &#224; Paris, qui est &#224; moins d'une heure de train. Sans doute que pour &#233;lever des enfants une ville de taille moyenne, comme celle o&#249; j'habite depuis huit ans, &#233;tait un choix raisonn&#233; pour la stabilit&#233; qui leur est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'habite cette maison, j'y travaille, et n'ai pas dans cette ville d'autre lieu. C'est pour cela aussi que je n'ai pas vraiment l'impression d'habiter quelque part : maison o&#249; je me suis install&#233; avec d&#233;j&#224; la liaison Internet qui &#233;tale l'espace sans notion de distance. J'ai des cartons et des piles de livres, ils encombrent un plein garage o&#249; j'ai moi-m&#234;me eu ma table jusqu'&#224; cet automne, et l'emm&#233;nagement dans cette pi&#232;ce minuscule et d&#233;pouill&#233;e o&#249; je voulais que le seul objet soit cette machine grise sous mes doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les trajets des enfants, ou chaque fois que je reviens de la gare, comment aurait-il &#233;t&#233; possible de ne pas le remarquer ? Il ne s'&#233;loigne pas de la rive. Il parle une langue &#224; lui seul r&#233;serv&#233;e. Au d&#233;but, je le croyais pensionnaire de l'&#233;tablissement qui se trouve sur la route, un peu avant chez moi. Non, il vit dans une sorte de cave de ciment, dans le coteau. Je n'ai jamais os&#233; m'arr&#234;ter, m&#234;me lorsque je le sais &#224; quarante minutes de chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est habill&#233; selon la saison. O&#249; il se fournit de ces v&#234;tements, rarement vraiment &#224; sa taille, je n'ai pas non plus cherch&#233; &#224; le savoir. Il me semble que ce respect est n&#233;cessaire. Parfois il dispara&#238;t deux &#224; trois semaines. En g&#233;n&#233;ral apr&#232;s une p&#233;riode plus agit&#233;e, avec de grands gestes saccad&#233;s, et parfois m&#234;me, au bord de la route ou sur le c&#244;t&#233; du pont, insultant les v&#233;hicules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas visible le matin. Mais souvent, rentrant tard le soir, et m&#234;me loin apr&#232;s minuit, je l'ai vu coll&#233; au pont, ou marchant le long du fleuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa t&#234;te d&#233;truite, il reste une &#233;nigme. Il a affaire &#224; cette &#233;nigme. Souvent, elle prend la forme d'une carte plastifi&#233;e. En tout cas, plusieurs ann&#233;es de suite, cette carte plastifi&#233;e &#224; la main, et lui pos&#233; en surplomb de l'eau, attentif &#224; la d&#233;chiffrer. Cet hiver, il n'a plus sa carte. J'esp&#232;re qu'elle ne lui a pas &#233;t&#233; retir&#233;e par des malplaisants. J'ai souvent essay&#233; d'entrer en contact. Un bonjour dit &#224; voix forte, lorsqu'on le croise &#224; pied. Mais il l&#232;ve sur vous des yeux d'un autre monde, pas hostile mais comme si soudain on d&#233;rangeait. Dans les p&#233;riodes o&#249; du trottoir il organise la circulation des voitures c'est plus facile, un petit coup de klaxon et un geste de la main, et il saluait d'un coup de menton, comme quelqu'un qui sait &#224; qui il a affaire, et le respect qui lui est d&#251;. Mais le lendemain, alors qu'on se pr&#233;pare &#224; recommencer, il vocif&#232;re et vous voil&#224; prisonnier de ses impr&#233;cations &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, pendant une p&#233;riode, il promenait un long chiffon &#224; peu pr&#232;s blanc. Il le nouait sur un poteau ou un r&#233;verb&#232;re, plus haut que ses yeux, et restait l&#224; longtemps, bras ballants, &#224; regarder. D'autres fois, le chiffon &#233;tait accroch&#233; &#224; une asp&#233;rit&#233; d'un mur, et lui parti loin. Il aime les chapeaux, bonnets, casquettes et les gamins aiment &#224; rire de son accoutrement : peu de gamins de ce c&#244;t&#233; de la ville qui ne connaissent pas son surnom. On le voit aussi nous tournant le dos, d&#233;chiffrant sur tel mur un tag plus grand que lui, ou en contemplation obstin&#233;e d'un d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enferm&#233; dans ma voiture, ou debout dans l'autobus, je pratique quotidiennement ce quai de Loire et les rues adjacentes. Une fois ou deux, je l'ai vu hors de son territoire : et m&#234;me une fois venant jusqu'&#224; ma rue, observant les pavillons au demeurant banals comme un pays juste d&#233;couvert. En ce moment, inspectant avec superbe le chantier d'&#233;largissement de la route. Des deux feux rouges de mon quartier au pont, et du pont jusqu'au quartier des Halles qui est sa limite, il y a deux kilom&#232;tres et demi environ, deux cents m&#232;tres de la rue perpendiculaire au fleuve, et le reste au long du fleuve : ces trois cents m&#232;tres sont sa limite maximum d'&#233;loignement du fleuve. Sur le pont, il reste du m&#234;me c&#244;t&#233;. Aux deux angles du pont et des quais, il est capable de tenir des heures, qu'il soit calme ou agit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet &#233;tablissement qui termine la ville, avant mon quartier, j'ai fini par conna&#238;tre plusieurs des pensionnaires ou visiteurs r&#233;guliers. L'un des plus curieux est celui qui vous raconte chaque fois comment il n'aime ni la droite ni la gauche, mais il ne s'agit pas de politique, c'est un principe g&#233;n&#233;ral : au moins comme &#231;a marchez vous droit, je lui r&#233;ponds parfois. Il y en a un autre, tr&#232;s gentil, qui demande &#224; tout le monde comment &#231;a va. Et un autre qui demande si c'est le bien le bus qui s'arr&#234;te &#224; X..., et bien s&#251;r on le r&#233;conforte. Mais l'homme du bord du fleuve, ses impr&#233;cations, sa langue invent&#233;e, ne se pr&#233;occupe pas d'autobus ni de personne. Je lui connais un seul ami, un sans-abri, ils ont leurs rendez-vous sur un banc du square avant les Halles, l'autre le traite un peu comme un gosse, le rudoie, il se laisse faire, mais peut-&#234;tre ne s'aper&#231;oit-il pas autrement de la pr&#233;sence de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pourquoi il a toujours &#233;t&#233; pour moi associ&#233; &#224; ce projet de livre (un texte sur lui l'avait d&#232;s le premier jour ouvert, et puis ce n'&#233;tait pas ce que je voulais, je l'ai retir&#233;). Pour cette fixit&#233; le long d'un itin&#233;raire que l'eau et la ville organisent, pour cette absence &#224; tout le reste. Pour cette capacit&#233; &#224; parler une langue de lui seul invent&#233;e, et obstin&#233;ment dite sur ce pont o&#249; nulle voiture jamais ne s'arr&#234;te. Ou pour me faire signe depuis l'image m&#234;me de ce qu'est devenue ici ma vie, ainsi assembl&#233;e &#224; la sienne ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_97 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/KZ_01c.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/KZ_01c.jpg' width='491' height='1200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>faut-il laisser ses enfants s'habiller gothique ?</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article248</link>
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		<dc:date>2006-06-09T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;d'un bracelet de cuir noir en souvenir&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;vie des gens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;info&#034;&gt;[Ce d&#233;but juin 2006, 1075 personnes ont pass&#233; au moins une minute sur ce texte, merci &#224; toutes et tous. La premi&#232;re version a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e d&#232;s mai 2005. La version 2 lue pour la premi&#232;re fois en public &#224; Malakoff, le 10 novembre 2005, puis &#224; Besan&#231;on, mus&#233;e du Temps, le 20 novembre 2005, avec Dominique Pifar&#233;ly. Ce 9 juin 2006, je la lirai &#224; nouveau, Carr&#233; Bleu de Poitiers, avec Pifar&#233;ly et ses musiciens (peut-&#234;tre juste en duo avec le batteur, Eric Groleau)]. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le sol quelques roses et un bracelet de cuir noir h&#233;riss&#233; de pointes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde tout l&#224;-haut le toit de l'immeuble, la fen&#234;tre du dix-septi&#232;me &#233;tage. Dans les r&#234;ves on s'imagine parfois qu'on vole. Dans les moments &#233;blouis du r&#233;el, on se dit qu'&#224; rassembler la bonne &#233;nergie, on pourrait convoquer cette m&#234;me dissipation dans l'instant d'une pure transition, qu'on se serait lanc&#233; de la fen&#234;tre et qu'on tomberait, mais que cette transition et ce qu'on a appris du r&#234;ve suffirait &#224; vous &#233;vacuer de cet espace-temps ici. C'est un myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas c'est un parking, il y a cette rose et ce bracelet mode punk avec ses pointes de m&#233;tal. Et le parking est comme tous les parkings. Peut-&#234;tre que les voitures n'aiment pas se garer &#224; cet endroit o&#249; il y a la rose. Peut-&#234;tre que depuis on ne s'y gare pas du tout. Moi c'est le matin, il y a du soleil et en tout cas pas ici de voiture. On avait trouv&#233; un mot dans la poche de l'une des deux filles : la vie ne vaut pas le coup, et personne n'&#233;tait l&#224; pour lui r&#233;torquer ce qu'en disait Walter Benjamin, &#224; quoi si souvent moi j'ai pens&#233; dans les traverses, et depuis tant d'ann&#233;es : &lt;i&gt;et si le suicide non plus n'en valait pas la peine&lt;/i&gt;, mais Walter Benjamin a fini par c&#233;der lui aussi, &#224; Port Bou on le sait, et elles, les deux filles, ont saut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on apprend &#224; voler dans le r&#234;ve, &#224; deux on tombe encore plus vite : se tenaient-elles la main, avaient-elles les yeux dans les yeux lorsqu'elles se sont laiss&#233;es basculer, et dans la seconde qui a suivi y a-t-il eu dans les yeux redevenus des yeux de gamine le pur effroi vide du geste et l'appel, le terrible appel &#224; qui, une m&#232;re, &#224; la copine, l'autre qui tombe, et m&#234;me le terrible appel au monde mais trop tard : c'est long, dix-sept &#233;tages. Nous on sait, depuis le 11 septembre 2001, le bruit que fait un corps tombant sur un parking et c'est horrible. Elles ne savaient pas : est-ce qu'&#224; quinze ans on se souvient de ce qui s'est pass&#233; le 11 septembre 2001 comme nous autres y mettions tout ce que nous avions appris &#224; vivre ou penser vivre depuis quatre fois leur &#226;ge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles dessinaient des t&#234;tes de mort sur leurs cahiers de classe, les gothiques, mais moi aussi je l'ai fait. Elles &#233;crivaient des po&#232;mes morbides, les gamines, mais pour moi aussi il n'y a jamais eu d'&#233;criture qu'&#224; faire parler les morts. On s'&#233;tait moqu&#233; d'elles et on avait eu tort : parce qu'elles &#233;taient originales, disaient leurs proches ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles avaient fugu&#233;, on les avait r&#233;primand&#233; et surtout au coll&#232;ge, puisqu'elles avaient manqu&#233; les cours. Cette petite machinerie du monde des jours ordinaires : un coll&#232;ge traite d'affaires de gosses, un coll&#232;ge n'a pas &#224; apprendre ou proposer plus. Les filles de leur classe avaient les larmes aux yeux, dans ce rassemblement sur le parking, le samedi suivant, me dit un type, qui m'a vu regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tant de gens disent qu'ils en ont marre &#187;, dit le type. &#171; Moi je les connaissais bien &#187;, il dit. &#171; M&#234;me si ces derni&#232;res ann&#233;es on se parlait moins &#187;, il compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la disproportion. Si mes gosses en ont apr&#232;s la vie, ils s'habilleront gothique, ce sera contre mon gr&#233; et en d&#233;tournera peut-&#234;tre un peu de la mauvaise &#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irai sur vos tombes d&#233;poser mon collier de chien &#224; pointes. Elles n'avaient plus rien au bout de la transgression. Elles ont saut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_28 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/chute_02.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/chute_02.jpg' width='500' height='89' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>du go&#251;t pour les issues de secours</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article39</link>
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		<dc:date>2006-06-09T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;suite autobiographique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;en vitrine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Ce texte est le deuxi&#232;me du livre Tumulte, premi&#232;re mise en ligne 9 mai 2005. D&#233;di&#233; &#224; &lt;a href=&#034;http://cafcom.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jacques B.&lt;/a&gt; pour son anniversaire.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma avait son issue de secours chez nous dans ce qu'on nommait le &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt;, un boyau de ciment o&#249; l'on lave les voitures, une rigole au centre, le caoutchouc raide des jets et des brosses, les vannes de bronze qui servent &#224; mettre l'eau sous pression, et le grand portail m&#233;tallique vert qui donne sur la rue. Le dimanche apr&#232;s-midi, avec mon fr&#232;re, on fait du v&#233;lo dans le garage vide. Cette fascination r&#233;currente, ensuite, pour ces lieux qui sont ni int&#233;rieur ni ext&#233;rieur, pour ces lieux remplis de signes tenant de l'intime (bo&#238;tes &#224; gants des voitures de client explor&#233;es discr&#232;tement mais syst&#233;matiquement, une cigarette vol&#233;e, ou simplement r&#234;ver), quand on vient en v&#233;lo dans le passage, derri&#232;re le portail vert ferm&#233;, et qu'on se colle &#224; l'issue de secours, on entend la bande-son. Comme le film passe trois fois le dimanche apr&#232;s-midi, m&#234;me en attrapant comme &#231;a un fragment ici, un fragment l&#224;, on a le temps de reconstituer les phases, l'histoire. Longtemps je ne conna&#238;trai du cin&#233;ma que cela, l'art de construire une histoire avec des mots, des silences, une ambiance. On y va rarement, nous, au cin&#233;ma, et pas pour voir ces films-l&#224;, mais on a toujours &#233;cout&#233; les bandes-son, et j'ai m&#233;moire pr&#233;cise aussi des affiches. La bande-son n'&#233;tait pas celle d'un film mais celle de l'affiche, et cela se confond avec l'odeur de caoutchouc, d'&#233;chappement, l'odeur caract&#233;ristique d'un garage. M&#234;me aujourd'hui, les tr&#232;s rares fois o&#249; je vais au cin&#233;ma (une fois tous les deux ans ? mais avec le temps &#231;a commence &#224; faire) il m'en reste le r&#233;flexe de pr&#233;f&#233;rer souvent fermer les yeux et entendre plut&#244;t que voir. Qu'un r&#233;cit est d'abord ce temps que cr&#233;ent au-del&#224; d'eux-m&#234;mes les mots, cet &#233;cho qu'ils prennent et qui d&#233;finit un paysage aussi bien que l'image, du moins avec cette capacit&#233; d'imaginaire qui est celle - par le m&#234;me travail d'&#233;cho et de dur&#233;e - que pratique le roman. Le dimanche matin, &#224; cause des s&#233;ances du samedi soir, la double-porte de l'issue de secours est ouverte pour a&#233;rer. Elle est molletonn&#233;e c&#244;t&#233; int&#233;rieur, avec une barre inox &#224; d&#233;clenchement pour ouverture rapide. Il y a, pour remplacer l'odeur du garage, cette odeur nocturne de renferm&#233;, avec un reste de cette pr&#233;sence humaine. Au fond, la cabine de projection et celui qui y manipule ses bobines grosses comme des roues de bicyclette. On le conna&#238;t, on le salue. Plusieurs fois, il nous fait venir, il nous montre. Mais c'est une machine comme on a nous aussi plein de machines. Cette salle &#233;teinte, avec ses fauteuils rouges au bas repli&#233;, un peu hostile et sentant le renferm&#233;, l'&#233;cran avec les publicit&#233;s pour les commer&#231;ants de la ville, on n'aurait pas envie de s'y asseoir et de rester. Ce d&#233;dain que j'ai pour le cin&#233;ma, et en partie aussi pour le th&#233;&#226;tre, s'asseoir au milieu de plein d'autres et rester sans bouger (tout le contraire de la vie qu'on a quand on lit, o&#249; qu'on se mette pour lire, et l'exigence de solitude qu'il y faut), c'est sans doute venu de l&#224; aussi : je n'ai pas d&#233;sir de cette salle, ses odeurs, sa fonction &#224; r&#233;p&#233;tition. Par principe on n'y va pas, au cin&#233;ma. J'ai deux souvenirs de film : Ben Hur, et le film sur le d&#233;barquement. Mais Ben Hur c'&#233;tait pour lorsqu'on nous avait emmen&#233;s &#224; Paris pour la premi&#232;re fois, et, le d&#233;barquement, je ne sais plus. Ici, on vient l&#224; plut&#244;t avec l'&#233;cole (des films sur des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, par exemple : souvenir de films sur des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre, alors qu'on n'a jamais vu de th&#233;&#226;tre en vrai), quelquefois on est venu avec sa m&#232;re (Connaissance du Monde : les Mahuzier en Australie, les Mahuzier en Am&#233;rique, pr&#233;sent&#233;s chaque fois par un des Mahuzier en personne, et ces fois-l&#224; se sentir tr&#232;s fier, parce que, si on n'est pas du cin&#233;ma, on est au moins colocataires de l'issue de secours : on sait bien, s'il y avait un soudain incendie, que le Mahuzier viendrait chez vous, comme traverser de l'&#233;cran &#224; votre salon sans discontinuit&#233;). Une autre fois parce que Citro&#235;n, dont nous r&#233;parions et vendions les voitures, avait organis&#233; une projection en son honneur, une sorte de raid en Afrique, et qu'on avait les places gratuites. C'est tout ce qui me reste, du cin&#233;ma, pour jusqu'&#224; mes dix-huit ans. Et ainsi pour un livre fait tout entier d'histoires br&#232;ves, comme attrap&#233;es ainsi &#224; distance, dans les fonds retranch&#233;s de soi-m&#234;me, et lentement accumul&#233;es, dans quelque direction que cela vous emporte ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;la photo ci-dessus avait &#233;t&#233; faite il y a 3 ans, et cette ballade dans la ville m'avait beaucoup attrist&#233; : aujourd'hui le cin&#233;ma le Paris revit gr&#226;ce &#224; une association qui l'a transform&#233; en salle d'art et d'essai, tant mieux&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>de la l&#233;vitation </title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article393</link>
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		<dc:date>2006-05-29T09:24:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>l&#233;vitation</dc:subject>
		<dc:subject>Daniil Harms</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Echenoz</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos notamment de Jean &#201;chenoz et Daniil Harms&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;en vitrine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot8" rel="tag"&gt;l&#233;vitation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Daniil Harms&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Jean Echenoz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Premi&#232;re mise en ligne : mars 2006. Photo : &lt;i&gt;L&#233;vitation de Jean Echenoz&lt;/i&gt; par &lt;a href=&#034;http://olivier.roller.free.fr/echenozjean.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Olivier Roller&lt;/a&gt;. A lire aussi : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article133&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Danseurs fragiles de Jean Echenoz&lt;/a&gt;. Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt;, 246 r&#233;cits brefs, Fran&#231;ois Bon &#169; Fayard, 2006.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les exercices qu'on peut pratiquer via une pratique intensive du r&#234;ve, la l&#233;vitation est &#233;videmment un de ceux qui a le plus nourri l'imaginaire collectif, dans bien des civilisations et depuis bien des &#226;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surprenant est quand m&#234;me qu'il ne s'agit pas d'un exercice des plus difficiles ou rares. Le paradoxe, mais tant d'autres l'ont &#233;nonc&#233; avant moi, &#233;tant plut&#244;t que lorsque vous acc&#233;dez &#224; une premi&#232;re ma&#238;trise de cet exercice, d'autres domaines vous r&#233;v&#232;lent une route plus &#226;pre, on prend cette route et il n'y a plus &#224; se vanter de ce qu'on sait faire juste par cet exercice tellement simple et limit&#233;, lever les pieds &#224; quelques centim&#232;tres du sol et tenir l&#224; en suspens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pour ma part compris le sens profond de l'histoire de Daniil Harms, qui pratiquait &#233;videmment la forme russe de la l&#233;vitation (si on peut dire, puisque le but atteint, ou l'&#233;vidence ext&#233;rieure, est la m&#234;me : c'est le chemin qu'on prend pour s'&#233;lever qui diff&#232;re), seulement quand j'ai eu moi-m&#234;me acc&#232;s &#224; la forme simple de l'exercice, le premier vertige qu'on prend, la tr&#232;s grande jouissance, pay&#233;e ensuite d'une fatigue &#233;videmment lourde, mais d'un &#233;tat si pacifi&#233; de vous-m&#234;me, de cette sensation de s'arracher &#224; la loi commune, la pesanteur organique, et ma&#238;triser une dur&#233;e non nulle du temps ordinaire de la gravit&#233;, dans cette autre difficult&#233; (c'est cela, le sens profond de l'histoire racont&#233;e par Daniil Harms). Vous-m&#234;me n'aurez eu comme arme que le temps pour contrebalancer la pesanteur, et ce moment vous aura donc sembl&#233; sans dur&#233;e. Voici l'histoire de Daniil Harms, je l'ins&#232;re telle quelle, elle n'est pas si longue :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Sujet : un homme d&#233;sire s'&#233;lever de trois pieds au-dessus de la terre. Il reste des heures en face de son armoire. Sur l'armoire, il y a un tableau, mais on ne le voit pas : l'armoire g&#234;ne. Beaucoup de jours, de semaines et de mois passent. Chaque jour, l'homme se tient devant son armoire et essaye de s'&#233;lever dans les airs. Il n'y arrive pas, mais, par contre, il commence &#224; avoir une vision, toujours la m&#234;me. Il per&#231;oit &#224; chaque fois davantage de d&#233;tails. L'homme oublie qu'il voulait s'&#233;lever au-dessus de la terre et s'adonne totalement &#224; l'&#233;tude de sa vision.
&lt;p&gt;Et voil&#224; qu'un jour la bonne, qui faisait le m&#233;nage dans la chambre, lui demanda de d&#233;crocher le tableau afin de pouvoir le d&#233;poussi&#233;rer. Lorsque l'homme monta sur la chaise, il jeta un coup d'oeil sur le tableau et vit que celui-ci repr&#233;sentait ce qu'il voyait dans sa vision. Il comprit alors que, depuis longtemps d&#233;j&#224;, il s'&#233;levait dans les airs, qu'il restait suspendu devant l'armoire et voyait ce tableau. A travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniil Harms, &lt;i&gt;Faits divers&lt;/i&gt;, &#169; &#233;ditions Christian Bourgois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit plus haut cette difficult&#233; &#224; parler de Bombay, et comment cette ville me hante dans les r&#234;ves. Par d'autres exercices, je sais que le Bombay d'aujourd'hui est bien diff&#233;rent de ce qu'il &#233;tait fin des ann&#233;es soixante-dix, quand j'y ai eu mes deux s&#233;jours. Et c'est ce qui me pousse &#224; choisir aujourd'hui ce th&#232;me : si je n'ai pas cette pulsion d'&#233;crire mes souvenirs de Bombay, c'est qu'ils sont finalement bien touristiques, rapport&#233;s &#224; cette autre exp&#233;rience, qui me faisait pour la premi&#232;re fois apprendre &#224; contrer la pesanteur. La musique y avait beaucoup aid&#233;, et cet ustad d'abord m&#233;fiant &#224; mon &#233;gard. Je prenais des le&#231;ons de Chandrashekar Naringrekar, &#233;l&#232;ve lui-m&#234;me de Zia Mohiuddin Dagar, fr&#232;re a&#238;n&#233; de Fariduddin Dagar, et leur beau-fr&#232;re &#224; tous deux, l'a&#238;n&#233; des Dagar parti enseigner la rudhra veena aux Etats-Unis, le cadet pratiquait l'art du chant mais je le d&#233;couvrais vite plus investi dans ces questions du r&#234;ve. J'ai laiss&#233; cela en friche de nombreuses ann&#233;es. Je n'y avais pas acc&#232;s moi-m&#234;me, on m'en avait juste fait partager l'exp&#233;rience, un soir, tenant de chaque main la main d'un des deux &#233;l&#232;ves de l'ustad Fariduddin, une sorte de cadeau d'au-revoir. Et, je l'ai dit, l'impossibilit&#233; de percevoir la dur&#233;e fait que le souvenir de l'exp&#233;rience r&#233;side seulement dans sa sensation, sans nous laisser d'autre possibilit&#233; de nous repr&#233;senter concr&#232;tement ce qui s'est pass&#233;, hors cela : s&#233;paration du sol, tension contre la pesanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette travers&#233;e qui m'a &#233;t&#233; difficile, apr&#232;s mon retour de la Villa M&#233;dicis, et ces deux hivers d'isolement en Vend&#233;e, la rencontre de P. et d'une autre tradition du r&#234;ve, j'ai compris que ces chemins &#233;taient largement aussi importants que la philosophie cantonn&#233;e dans son seul usage universitaire et la fr&#233;quentation de la psychanalyse qui en faisait un march&#233; si confortable, mais laissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans Carlos Castaneda des exercices de pratique difficile, dont le surprenant est combien ils recoupent les n&#244;tres. Nous sommes nombreux &#224; les avoir pratiqu&#233;s. On peut consid&#233;rer aujourd'hui que l'&#233;poque le voulait. Pas seulement. Il y a trente fa&#231;ons de se perdre dans Castaneda, pour quelques exercices sans promesse qu'on finira par s'inventer pour soi-m&#234;me, et qui vous porteront pour de vrai l&#224; o&#249; si longtemps on a tent&#233; en vain d'aller : ainsi d'ailleurs le transmet-il de son propre apprentissage. Les plus essentiels concernent le r&#234;ve. Avec P., plus avanc&#233; que moi, on s'y attelait en s'en faisant l'un &#224; l'autre &#224; mesure le r&#233;cit. Par exemple, cet exercice qui consiste &#224; s'habituer progressivement &#224; se voir en r&#234;ve, prendre distance &#224; soi dormant, puis assister &#224; comment on se r&#233;veille (toujours r&#234;vant, puisqu'on se voit faire, du dehors, et les premiers succ&#232;s qu'on a dans cet exercice sont litt&#233;ralement terrorisants), et puis, tr&#232;s simplement, apprendre &#224; sortir, marcher un instant dans la nuit (toujours se regardant soi-m&#234;me, et ma&#238;trisant peu &#224; peu cette sensation qu'on a de se suivre soi-m&#234;me d'en haut, de plus haut que soi-m&#234;me). Il faut aussi se contraindre &#224; ramener le dormeur, ne pas le laisser entrer en contact avec ceux qui vivraient (les chiens m&#234;mes) dans cet univers nocturne hors r&#234;ve. Etrange la d&#233;couverte de comment les chevaux aussi r&#234;vent (ils sont nombreux dans nos campagnes) : eux on pouvait les approcher. Habiter cette sensation d&#233;couverte en r&#234;ve, et la ma&#238;trise progressive, diurne, de la l&#233;vitation venait naturellement &#224; notre port&#233;e. Je n'y serais sans doute pas parvenu sans P., et les apr&#232;s-midi o&#249; nous partions en voiture pour d'anciens lieux de rite et m&#233;moire, j'ai parl&#233; de la Fr&#233;bouch&#232;re, mais il y avait aussi cette &#233;l&#233;vation avec tumulus non fouill&#233; pr&#232;s du Givre. De Castaneda, nous retenions surtout ce rapport &#224; deux points essentiels d'&#233;nergie hors du corps, le premier un peu en avant du nombril (comme on s'&#233;tait moqu&#233;, enfant, de mon nombril d&#233;chir&#233;), le second dissym&#233;trique, &#224; gauche pour moi, &#224; droite pour P., &#224; environ trente centim&#232;tres en arri&#232;re de l'&#233;paule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne d&#233;voile rien, ici, qui ne soit d&#233;j&#224; chez Daniil Harms, chez Carlos Castaneda et bien d'autres. J'ai rencontr&#233; depuis bien d'autres exp&#233;rimentateurs de ces exercices de l&#233;vitation. Je r&#233;p&#232;te : on s'engage apr&#232;s dans un autre stade d'apprentissage, et sans doute toute cette &#233;criture, quand bien m&#234;me au bout d'un an elle fait six cents pages, n'a d'autre raison que se rassembler pour une autre phase de mes apprentissages du r&#234;ve, un jour j'aurai &#224; en parler aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean &#201;chenoz est un pratiquant d'excellence de la l&#233;vitation. On se reconna&#238;t entre nous pas si difficilement. C'est comme une danse. Ce qui me fait parler de Jean &#201;chenoz, c'est la fa&#231;on radicalement diff&#233;rente dont il s'y prend. Il en tait les sources. Ni l'Inde o&#249; pourtant il lui a fallu se rendre, dans une phase ult&#233;rieure de son apprentissage, comme il lui a fallu aussi aller en Australie, mais &#224; lui de d&#233;cider ce qu'il compte en rendre public : pour quiconque, la travers&#233;e du pont est essentielle (ce pont qu'il d&#233;crit &#224; Sidney). Ni Harms ni Castaneda n'ont compt&#233; pour &#201;chenoz, mais il m'a plusieurs fois parl&#233; de cette rencontre essentielle, &#224; Digne-les-Bains, dans son enfance. Pour ceux de son &#233;cole, la l&#233;vitation n'est ni rare ni secr&#232;te, elle se pratique aussi en ext&#233;rieur, dans un rapport tr&#232;s concret aux forces naturelles, elle exige seulement de fa&#231;on pr&#233;paratoire une habitude entretenue de la marche : pour qui sait lire, les figures narratives de la marche, dans les livres d'&#201;chenoz, sont comme un ab&#233;c&#233;daire de ses apprentissages. La l&#233;vitation est un exercice privil&#233;gi&#233; en ce qu'elle suppose un rassemblement de soi-m&#234;me, un moment de convocation du corps qui se d&#233;porte sur ces deux points d'&#233;nergie hors de lui, sans limitation quant &#224; la dur&#233;e dont on se s&#233;pare (je le r&#233;p&#232;te, on n'a pas, de l'int&#233;rieur, perception de dur&#233;e : voir le r&#233;cit de Daniil Harms), et qui vous laisse au retour dans un &#233;tat de grande fatigue, peut-&#234;tre, mais certainement aussi de certaine satisfaction de soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu Jean &#201;chenoz l&#233;viter : &#224; peine ses pieds s'&#233;l&#232;vent-ils du sol. C'est aussi comme le statut des objets dans ses livres : juste un l&#233;ger d&#233;calage, mais nettement s&#233;par&#233; de soi-m&#234;me (c'est la cl&#233; de la l&#233;vitation, telle qu'expliqu&#233;e dans les vieux livres). La l&#233;vitation telle que la pratique Jean &#201;chenoz est l&#233;g&#232;re : &#224; peine on survole. Mais &#224; moi, qui &#233;tais rest&#233; dans la dur&#233;e ordinaire, il avait propos&#233; de venir &#224; lui, le pousser l&#233;g&#232;rement aux genoux et je le verrais osciller, pourrais m&#234;me le d&#233;placer l&#233;g&#232;rement et quand il cesserait la suspension il aurait pris pied un tout petit peu plus loin sur le sol. Cela, je vous l'assure, et malgr&#233;, moi aussi, des ann&#233;es de pratique, j'en suis incapable, alors que cette pouss&#233;e oscillante je l'ai exerc&#233;e et v&#233;rifi&#233;e sur Jean &#201;chenoz l&#233;vitant. Je suis plus lourd que Jean Echenoz, je tiens une l&#233;vitation plus longue, mais radicalement immobile. Autre surprise, dans cette forme qui est la sienne : il peut la r&#233;p&#233;ter &#224; volont&#233;, en revient dans un &#233;tat de grande excitation, presque euphorique et nerveuse. Lisez ses livres, vous comprendrez facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-on le choix de la forme concr&#232;te que prennent de tels apprentissages ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>ce qu'il en est du bonheur</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article407</link>
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		<dc:date>2006-05-28T07:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;on vous vendait de ces petites billes de couleur&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;symboles, figures, cris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Premi&#232;re version : Saint-Germain Lambron, 22 f&#233;vrier 2006.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, on m'a sollicit&#233; plusieurs fois sur la question du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, pour une collection chez un &#233;diteur : traitez du bonheur en cent vingt pages. Et que &#231;a se vend bien, ce genre de petits livres : la mode est aux trait&#233;s qui vous adoucissent la vie, trait&#233; de la paresse, l'art des vacances, les recettes de cuisine anti-oydantes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas qu'on souhaite produire aux d&#233;sesp&#233;r&#233;s des modes d'emploi de reconqu&#234;te, peut-&#234;tre une vis&#233;e plus simplement commerciale : on ach&#232;tera le livre pour l'offrir aux amis. On arrive chez quelqu'un pour d&#238;ner : quelques axiomes sur le bonheur. Ou parce que tel serait le r&#244;le des livres : parlez du monde, sa nuit s'engouffre (&#171; On s'y so&#251;le on s'y bat on s'y tue &#187;, &#233;crivait d&#233;j&#224; Baudelaire). L'autre proposition &#233;tait venue cinq jours apr&#232;s que j'avais refus&#233; la premi&#232;re. Plus tentante. Le fils d'un bonhomme qui fut grand philosophe, et moi aussi je suis en dette avec lui, Fran&#231;ois Ch&#226;telet. Il avait r&#233;dig&#233; pour son fils, avant de dispara&#238;tre, le plan de ce qui pourrait &#234;tre une dissertation sur le bonheur. Le fils souhaitait prolonger cela cam&#233;ra en main, avec diff&#233;rents auteurs ou artistes : je lui aurais racont&#233; quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que seulement on a besoin du bonheur pour tenir dans la nuit g&#233;n&#233;rale ? On peut certainement avoir plaisir rien qu'&#224; l'affrontement. Mais ce plaisir s'use, dans les p&#233;riodes qu'on traverse. Trop de mauvais coups. Le monde va de travers. Une soci&#233;t&#233; vieille et us&#233;e. On pr&#233;f&#233;rerait parfois fuir, on se dit qu'il vaudrait mieux. Ce qu'on voit est trop triste. Un agent de s&#233;curit&#233; du m&#233;tro, cet apr&#232;s-midi, avait mis des gants de latex pour d&#233;m&#233;nager les sans-abri, puisqu'il lui fallait les toucher. D'ailleurs il s'acquittait poliment de son travail, sans brusquer les trois types, lesquels &#233;taient sales et ivrognes (braguette ouverte, marques de d&#233;f&#233;cation sur le pantalon, bouteilles vides de mauvais vin rouge) : mais les gents s&#233;paraient irr&#233;ductiblement deux mondes, et nous pla&#231;aient tous, d'office, c&#244;t&#233; de ceux qui avancent gant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait nous faire croire que, dans l'hostilit&#233; g&#233;n&#233;rale, chacun poursuivrait une sorte de lumi&#232;re id&#233;ale, une vague messe int&#233;rieure, et qu'il y trouverait sa niche : une salle de sports ou autre hobby, des amis pour d&#238;ner, un lieu pour les vacances. La place en nous du bonheur, petit ou grand, et les chemins hostiles o&#249; on va. Non, on doit briser l'autel int&#233;rieur. On doit enlever les gants : le monde se palpe &#224; mains nues, il est sale, il contamine aussi la niche avec les hobbies, et les d&#238;ners entre amis. Il n'y pas d'&#238;le r&#233;serv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a certainement des soul&#232;vements de bonheur. C'est parce qu'on est l&#224;, qu'un instant le temps s'est ouvert. Que tout semble encore redevenu possible. Comme tel ami parlait de sa premi&#232;re gorg&#233;e de bi&#232;re etc. Peut-&#234;tre bien. On est comme tout le monde, on appr&#233;cie la lev&#233;e de voile. C'est un moment om tout s'a&#232;re au dedans. On rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en fais pas un horizon. On n'a pas besoin de s'imaginer cela comme un ciel, ou bien la route o&#249; marcher. Ils m'enquiquinent avec leur livre bien pay&#233;, cent vingt pages sur la question du bonheur : &#171; Et bien pay&#233;... &#187; Ou Fran&#231;ois Ch&#226;telet fils, qui avait eu l'id&#233;e qu'on partirait dans ma voiture, qu'en conduisant je lui en parlerais, du bonheur. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne se plaint pas. On a la b&#234;te qui laboure. C'est dans votre dos, qu'elle est. Et vos os, qui ont mal. Qu'importe d'ailleurs : si on marche, c'est que quoi faire d'autre. Je n'aime pas du tout qu'on m'arr&#234;te par le coude, qu'on me demande ce qu'il en est du bonheur : j'en ai ma part, je suis pas s&#251;r qu'elle me serve tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai photographi&#233; hier, dans une galerie sombre (entre la salle des guichets et le buffet) de la gare de Clermont-Ferrand un de ces appareils o&#249; une grosse bulle ronde de plastique contient des centaines de billes de toutes les couleurs. On met vingt ou cinquante centimes d'euro (c'est &#224; hauteur de gosse et non d'adulte, la petite fente pour ins&#233;rer la pi&#232;ce), et tombe une des petites billes, en fait des chewing-gums parfum&#233;s. On ne d&#233;cide pas de la couleur, c'est al&#233;atoire. Et ce qu'on paye c'est sans doute un peu du r&#234;ve &#224; cette bulle de plastique brillant dedans de mille nuances transparentes. J'imaginais le m&#234;me appareil, &#224; c&#244;t&#233;, pour adultes, avec les m&#234;mes parfums, mais des substances plus fortes, pour vous permettre un peu d'oubli ou de r&#234;ve : le bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On donnerait plut&#244;t un bon coup de poing dedans, au passage, dans l'appareil &#224; distribuer les petites billes de toutes les couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois d'ailleurs fut un temps qu'on le faisait, qu'on l'a fait. &#8212; Tu n'as jamasi &#233;t&#233; dou&#233; pour le bonheur, laisse tomber, m'a envoy&#233; par mail un ami, &#224; la lecture de ce texte. Je rajoute.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/gare_07c.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/gare_07c.jpg' width='500' height='949' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>une chance par les transversales</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article389</link>
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		<dc:date>2006-05-27T17:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;chemins qu'il faut parfois se forcer &#224; prendre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;symboles, figures, cris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Premi&#232;re version : 6 f&#233;vrier 2006.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; Rennes, il y a quelques semaines. J'avais &#233;t&#233; en visite dans un h&#244;pital psychiatrique, o&#249; ils ont un atelier d'&#233;criture. Plut&#244;t que lire de mes textes, j'avais commenc&#233; la rencontre en me saisissant de leurs textes &#224; eux, et les lisant &#224; haute voix : les lisant pour eux, qui les avaient &#233;crits. Et puis, dans la discussion, l'un d'eux s'&#233;tait mis &#224; m'appeler &lt;i&gt;Fromage Blond&lt;/i&gt;. Je ne suis pas blond, et ne m'appelle pas &lt;i&gt;Fromage Blond&lt;/i&gt;. Mais il a r&#233;p&#233;t&#233; cela au moins trois fois, avec comme de l'amiti&#233;. &#199;a sonnait bien, pour lui, &lt;i&gt;Fromage Blond&lt;/i&gt;. Et puis cette dr&#244;le de question : &#171; Fromage Blond, quand tu &#233;cris un livre : il y a des personnages. Est-ce si on &#233;crit pour un personnage qui n'est pas soi-m&#234;me, on est schizophr&#232;ne ? &#187; Il avait m&#234;me rajout&#233;, comme une &#233;vidence : &#171; Je suis schizophr&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce matin Fromage Blond s'est mis &#224; son ordinateur et s'est parl&#233; &#224; lui depuis l'autre. Voil&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait devant le pont et on parlait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'&#233;tait pas triste, non, encore moins m&#233;lancolique : &#8212; Tu aimes trop ce mot, m&#233;lancolique, il avait dit comme si &#231;a changeait quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Juste, je disais : &#8212; On est sur le bord, au-dessus regarde, ils continuent, ici normalement c'est sans arr&#234;t. Et nous on va traverser, nous on prend ce chemin o&#249; il n'y a personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand ces trains des bords de ville passaient, le vacarme &#233;tait tel qu'&#233;videmment il fallait se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avais dit : &#8212; Bien s&#251;r, c'est sans promesse. Il suffit de voir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puisque c'&#233;tait quoi, ce chemin : des souterrains, des tournants, l'&#233;ternelle mis&#232;re de ces bords de route avec panneaux. Et pour tomber au bout sur encore une zone commerciale, encore des ronds-points des des immeubles : aurions-nous habit&#233; l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8212; Qu'importe, j'ai dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pensais &#224; un livre : on est perdu, quand on &#233;crit un livre, pour cela m&#234;me. Cette masse au-dessus de soi du monde emport&#233;, et ce vacarme qui vous fait taire. Et puis que le chemin est sans promesse, et qu'au bout probablement ce n'est que recommencement du m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8212; Mais le chemin, j'ai dit. Ce qui respire seulement par ce fait d'arr&#234;ter les signes, de les d&#233;nombrer. Et que l&#224; tout de suite on est seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il m'a r&#233;pondu que mes all&#233;gories ne l'int&#233;ressaient pas. - Tu est trop obstin&#233;e, il m'a dit, bien trop obstin&#233;e, sans arr&#234;t obstin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mes livres et les siens n'ont jamais &#233;t&#233; les m&#234;mes. &#8212; Ce n'est pas seulement les autres, l&#224;-haut, je lui ai dit, emport&#233;s. Une figure qu'il convient peut-&#234;tre de s'appliquer &#224; soi-m&#234;me. Se forcer &#224; ce qu'il y ait arr&#234;t, se forcer &#224; regarder au travers des lignes tendues, oblig&#233;es. Prendre par le travers : et si justement c'est parce qu'on va le prendre, le chemin, qu'il n'y a plus ici de signes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il m'a dit qu'il retournait vers la gare. On en venait, de la gare. Une rue tr&#232;s longue, bien s&#251;r une rue longue. C'est lui-m&#234;me qui avait voulu me montrer. Fatigu&#233;, il avait dit, plus envie, tout &#231;a. Moi j'ai dit que d'abord j'irais voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprends la parole, moi. Nous &#233;tions devant ce chemin. Je parle pour elle, qui ne me disait rien. Est-ce qu'on peut &#233;crire ainsi en miroir, en se faisant passer pour l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, de toute fa&#231;on, ne me disait-elle rien, jamais rien ? Est-ce qu'il y aurait eu ce livre sinon ? La solution est-elle &#224; Rennes, et devrais-je y retourner le savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/pont_01c.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/2tumulte/IMG/jpg/pont_01c.jpg' width='500' height='704' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>l'appartement que je cherche</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?article364</link>
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		<dc:date>2006-05-27T10:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;r&#233;currence du th&#232;me de la pi&#232;ce vide&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/2tumulte/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;les villes sont des livres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Premi&#232;re version le 14 janvier 2006, au retour de quelques heures dans l'atelier de &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article338&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Melik Ouzani&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;Photo : J&#233;r&#244;me Schlomoff photographie la conserverie de Liverdun, avant d&#233;molition (voir &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/livres/paysfer.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paysage Fer&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'avance dans l'espace clos : je sais qu'il est clos puisqu'il y a au moins un toit, au moins des murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des enfilades de pi&#232;ces vides. Je ne r&#234;ve pas. Je marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tension du mouvement rassembl&#233;, j'ai cet effort que mon corps se d&#233;place sur le sol : j'ai suffisamment mal aux articulations pour le savoir que j'avance. Et surtout aux genoux et aux coudes, un peu aux poignets. Quelquefois je me dis : c'est l'&#226;ge. D'autres fois : le manque d'exercice physique. Ou bien : tu t'es trop us&#233;, tu trimbales toujours avec toi ces cartables trop lourds avec la machine, les livres, ton habituel bazar. Ces salles ne sont pas lin&#233;aires, on peut passer d'une salle &#224; la salle voisine, revenir par la gauche &#224; celle qui est devant vous. C'est un lieu logique et simple, avec un &#233;tage, des bureaux adjacents. J'ai toujours aim&#233; les usines vides, les lieux dits industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#234;ve c'est d'avoir un jour un tel lieu &#224; ma seule, enti&#232;re et permanente disposition, et peu importe alors le froid ou l'inconfort. Ici, les guitares et enceintes, ici, la petite pi&#232;ce pour la matin&#233;e hebdomadaire d'administration et comptabilit&#233;, ici, le matelas pos&#233; au sol et la lampe pour la nuit. Ici, dans cette suite de couloirs en angles, m&#234;me si tr&#232;s haut jusqu'au plafond, la r&#233;serve des livres : et je les classerais enfin. Je ne souhaite pas de fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce &#224; &#233;crire est la pi&#232;ce principale, elle est grande, je la maintiens vide. On s'y d&#233;place debout, mais on peut passer du temps au sol. Il y a une table tr&#232;s mince, avec seulement la machine. Et puis un pupitre, un lutrin m&#234;me, avec le calepin noir. Quand je sors, je prends le calepin, ici, quand je reviens, il reste ouvert. J'y accumule des notes minuscules. J'avance. Il y a une grande r&#233;serve de pi&#232;ces vides. On voit au sol l'empreinte d'anciennes machines. Cela ne me g&#234;ne pas. Tant d'autres visages sont venus ici avant moi, y ont pass&#233; des journ&#233;es, des heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, dans la rue, ce type qui se tra&#238;nait pieds nus sur le trottoir gel&#233;, arrimant ses jambes comme il pouvait, se remorquant au sol avec les bras. Et cette fille engloutie sur l'escalier de m&#233;tro : notre relation &#224; la ville, &#224; ses translations, la ville sur nous comme un toit et cette mis&#232;re du corps. J'avance, mais c'est le mal aux genoux et aux coudes que je ressens : je ne me per&#231;ois pas comme corps articul&#233;. Le corps qui &#233;crit n'est pas un corps de mouvement. Il est un ensemble fixe et raidi, j'ai besoin d'&#234;tre lourd. Les coups qu'on me porte je les ressens bien s&#251;r, mais ils n'ab&#238;ment pas : on est &#233;pais pour tenir &#224; distance les coups. Reste qu'il faut bien avancer quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle, o&#249; je rentre moins souvent, je garde des objets. Dans un coin, des tableaux auraient &#233;t&#233; pos&#233;s verticalement, et retourn&#233;s contre le mur. Ils sont des &#226;ges de moi-m&#234;me : j'ai aim&#233; ces images, comme on aime charnellement, par le laisser-aller confiant, le si rare abandon o&#249; trouver le vertige. Je sais nommer ces images. Ailleurs, c'est juste un empilement. Des choses cass&#233;es, des choses m&#234;l&#233;es. On pourrait les d&#233;brouiller, s'y reconna&#238;tre. Un ancien amplificateur de guitare, un meuble d&#233;soss&#233;, ce vieil ordinateur portable dont la carte d'alimentation a br&#251;l&#233; mais le disque dur doit encore contenir des archives. Ce n'est pas une salle forc&#233;ment plus grande que les autres, juste elle prolonge - par les objets accumul&#233;s - le monde du dehors. J'y ai un fauteuil aussi. Quand j'y viens, j'y passe un peu de temps. Pas en ce moment, la saison est trop froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais dire plus pr&#233;cis&#233;ment l'inventaire de ce qu'elle accumule, puisqu'il s'agit des objets qui m'encombrent, ma m&#233;moire d'objets (quand bien m&#234;me en vrai je les ai encore, ou que je ne les ai plus). J'ai si peu rapport&#233; de mes voyages. Ou bien, ce que j'ai rapport&#233;, je l'ai donn&#233;, et sans regrets. Les instruments de musique des voyages &#224; Bombay. Les accord&#233;ons et violons des bricolos et d&#233;barras d'ici, rien gard&#233;. Mon violoncelle, non plus. Quand a disparu mon violoncelle ? C'&#233;tait un &#233;change. Un jour j'aurai &#224; nouveau un violoncelle, il pourra disposer d'une pi&#232;ce propre. Je ne reste pas volontiers cependant dans la pi&#232;ce aux choses. On s'y fixe trop facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici c'est le couloir aux livres. Je reconnais. J'ai de l'attachement pour les livres, pourtant non pas &#224; ce qu'ils sont en tant qu'objet, mais comme &#233;tat mat&#233;riel de la m&#233;moire que j'en ai. Projeter ainsi, hors soi-m&#234;me, les mots qu'on retient au dedans, c'est s'assurer de pouvoir convoquer mentalement ce qu'est, d'image, de sensation, de format et musique, une histoire autrefois lue. Il y a ces pi&#232;ces dont je me sers pas. J'ai cette chance qu'enfant, dans le garage, il y avait de telles pi&#232;ces : je n'ai pas eu &#224; en forger le r&#234;ve ni le concept, juste, elles &#233;taient de ma vie. On n'y allait qu'&#224; occasion particuli&#232;re, il fallait des lampes, des cl&#233;s, des enjambements. Des odeurs restent pour moi associ&#233;es &#224; ces pi&#232;ces. Ici, je n'ai pas besoin d'odeur : je traverse la pi&#232;ce noire. Tout au bout, il n'y a pas de porte. Je me retourne, m'adosse, les mains contre le mur. Tout au bout, la lumi&#232;re faible de par o&#249; je suis arriv&#233;, venu ici. Dans l'espace mis au noir, hors quelques minuscules raies l&#224;-haut, je ne vois rien. Je sais seulement que c'est vide, que ce vide est important. Qu'y r&#233;sonne la vieille m&#233;moire. J'entends vaguement se refaire, mais loin, quelques bruits de la ville. Peut-&#234;tre, &#224; venir ici (rarement) se recueillir un instant, les mains ainsi tenues au mur, et dans ce noir complet qui m'environne, avoir rapport aux anciennes voix. Elles sont l&#224;, se tiennent pr&#232;s. Les noms aussi sont proches : le nom Douteau, ici je le convoque, Jean-Claude Lesueur la N&#233;vourie la Loupe, je convoque. D'autres : pourtant, je n'aime pas les fant&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parfois, revenir aux couloirs, aux petites pi&#232;ces o&#249; j'habite. Avoir si grand pour soi seul, et en si peu faire. Cet hiver, j'utilise la petite pi&#232;ce blanche. Autrefois ils devaient y mettre des archives. Une porte de bois brut, et puis rien. Pas de fen&#234;tre. Le silence un peu plus &#233;pais. La trace des anciennes &#233;tag&#232;res : ils les avaient d&#233;mont&#233;es, et laiss&#233;es au sol, je n'ai eu qu'&#224; les enlever. C'est au rez-de-chauss&#233;e, o&#249; j'ai d&#233;pos&#233; ce qui ne servait &#224; rien. Je n'y vais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pi&#232;ce minuscule, cet hiver, j'ai mis une table, la machine et une chaise. Ce dimanche matin voil&#224;, j'&#233;cris cela.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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