le carnet de 1925 | vendredi 8 mai

effondrements du temps

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Write — SL call 10:30 — out to cafeteria — SL hat — he home, I boot black — subway to museums — lunch for SL — Indian — Hispanick — Jumel Mansion — Shelton — Bus down to 53 — Curio — bookstall — automat — sub. to Downing. find RK — wait — MK — Penn Sta. — sub. to 169 — write — RK call — out to Tiffany — home & WRITE LDC — retire///////


Écrit. Appel de Loveman à 10h30. Je le retrouve à la cafétéria. Son chapeau. On revient chez moi, mes chaussures noires. Métro pour les musées. Déjeuner avec Loveman. Galerie indienne, puis hispanique. Puis maison Jumel-Mansion. Shelton. On revient en bus jusqu’à la 53ème. Antiquaires, bouquinistes. On mange à l’Automat. On reveut trouver Kleiner Downing Street, attente. On accompagne Karmin à la Penn Station, puis métro pour le 169. Écrit. Appel de Kleiner, je le retrouve au Tiffany. Puis retour et écrit à tante Lilian. Couché.

| un bref commentaire |

Tout en haut de Harlem, dans Washington Heights, au bord de la vière Harlem et là où maintenant le bâtiment célèbre c’est le Yankee Stadium, la Morris-Jumel Mansion, du nom de ce colonel Morris, mais dont l’épouse, Mary Philipse, porte presque le même nom que celui du grand-père maternel de Lovecraft, s’y est installé en 1765 et c’est la plus ancienne maison de Manhattan (c’est toujours le slogan du musée actuellement : « il y a toujours du neuf dans la plus vieille maison »). Le colonel a fait le mauvais choix lors de l’indépendance : il a choisi les Anglais, et Washington en personne a fait de la maison désertée en 1776, son poste de commande stratégique pour contrôler la presqu’île – quant à ce Jumel, planteur français d’Haïti, qui en devient le propriétaire en 1820, peut-être a-t-il contribué à l’idée de ce Français diabolique de la Maison maudite. Quant à l’errance urbaine, la journée est exemplaire. Et Lovecraft a-t-il entendu, ou eu la curiosité de passer, à quelques dizaines de mètres de chez lui seulement, devant cet immeuble en démolition ? Balzac, dans la Cousine Bette, a su faire de la démolition urbaine une matière de la fiction. La ville, en se reconstruisant sans cesse sur elle-même, devient vivante. L’idée de formes noires vivantes qu’on trouve sous les décombres est présente dans le Commonplace Book – mais Lovecraft ne franchit nulle part cette étape, d’utiliser le présent même de la ville comme rouage du fantastique : l’allégorie de l’horloge qui tombe, pour lui le lecteur de Baudelaire et Huysmans, était belle pourtant.

| à New York ce jour-là |

New York Times, le 8 mai. Cinq personnes légèrement blessées hier quand une gigantesque horloge, en train d’être démontée du haut de la tour du building Garfield, à l’angle de Court Street et Remsen Street à Brooklyn, s’est échappée de ses élingues et s’est écrasée à travers les étages du bâtiment au main des démolisseurs, pour finir à la cave. Les blessures ont été dues aux débris projetés depuis le bâtiment sur la rue. Le bâtiment était un des plus anciens immeubles de bureaux de Brooklyn. Il a été livré à la démolition il y a plusieurs jours. Après que la structure a été débarrassée de tous les petits équipements, les ouvriers se préparaient à démonter l’horloge qui a donné l’heure à tant de générations d’habitants de Brooklyn. Un trou de 3 m2 avait été ménagé à chaque étage pour laisser le passage à l’horloge pesant plus d’une tonne. Les câbles ont glissé, laissant s’échapper la masse d’acier. Toute la masse est tombée d’étage en étage, emportant des morceaux de planchers et plafonds. Les débris qui en ont résulté montaient de la cave au premier étage. Le bruit de la chute a été entendu à des blocks alentour. De nombreuses personnes marchaient auprès du building à cet instant, et le petit parc en face de la mairie était plein. Le grondement a vidé la rue et en un instant le parc était vide. Quand le bruit cessa, un nuage de poussière recouvrait tout le voisinage, et on pouvait à peine y voir. Le bruit courut immédiatement qu’un certain nombre d’ouvriers avaient été enterrés. On envoya des ambulances et des pompiers avec échelles, tandis que la police établissait un barrage autour du bâtiment. Une première recherche de la police et des pompiers établit qu’il n’y avait aucun corps dans les décombres, et le rassemblement des ouvriers prouva qu’aucun ne manquait ni n’était blessé. Sidney Davidson, domicilié 55 Hanson Place, Brooklyn, était dans son automobile garée au coin de la rue, les débris ont détruit la voiture et il a été blessé aux mains. Mme Ida Pressner, 22 ans, domiciliée à Manhattan, a été atteinte par les débris et contusionnée en plusieurs endroits du corps. Son oncle et sa tante, M et Mme Louis Nussbaum, domiciliés au 1219 de la 54ème rue, à Brooklyn, souffrent de contusions, ainsi que M Silverstein, domicilié au 59, Rockaway Parkway et plusieurs autres. En l’état actuel de l’enquête, et après interrogatoire des responsables du chantier et de certains des ouvriers, l’attorney du district, Charles J Dodd, a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve de négligence.



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Tiers Livre Éditeur | The Lovecraft Monument
© tous textes d'accompagnement & traductions François Bon, droits réservés.
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mai 1925.