Allons voir ce qui se trame cette fois dans le corps de la jeune personne. Le corps de la mère, c’était du texte foutraque, une boue de langue liquide. Qu’en est-il au dedans du corps de la jeune personne ? Y a t-il autre chose, au dedans des corps, qu’une boue de langue liquide ? Une salive de texte. Alcoolat d’une bouche quand tout a été recraché, ça bave de parole inaboutie. Esprit de langage, sa distillation sur le corps.

Le corps c’était muqueuse. Le dedans c’était ombre lascive des organes. Les mouvements comme des vagues, celles du fond, pas celles de la surface avec leur écharpe d’écume. Balancement de houle sans ressac, les secousses amorties d’un lent fouettement des profondeurs. La pâte. Le corps c’est de la pâte endormie. Saoule. Le corps pâte saoule comme les bouts des doigts engourdis, paresthésie de trop boire. Quatre pattes et l’avant dans la bordure du ruisseau. Les mains mouillées sans la sensation de l’eau, sans la fraîcheur, sans le lisse rudoiement aqueux sur la peau. Pas de reflet. Aucune lumière. Du noir du noir du noir et du mou, du doux, du tiède, l’environnement devenu grande peluche indifférenciée. Tout moelleux. Ne pas quitter le bercement, l’indulgence du monde au moment de plonger. Oubliée, la conscience. Perdue, la tête, vaste grotte pleine d’insectes et leurs larves, les paupières qui descendent, lourdes portes des ponts levis, rideaux métalliques des garages, ombres portées des grandes ailes meurtrières, des calamités.

Ça ferme, un corps. Le corps ferme à l’heure des magasins. Plonge au dedans, se réfugie, se liquide, loque, lambeau au grincement larvaire, vaurien, méchante biture de ventre, tout s’appuie, tout se soutient de la mollesse du continent, l’assistance doucereuse du milieu, le corps livré aux alentours.

A propos de Juliette Cortese

A tâtons dans la langue, Juliette Cortese essaie des trucs, essaie d’écrire, essaie d’écrier les phrases muettes de son intérieur dans une forme audible à d’autres. Elle ramasse les minutes libres et les colle ensemble pour bricoler des écritures (voir blog), et occasionnelles vidéo(écriture)s. Travaille à ce que l’écriture devienne un peu plus le travail des jours de semaines, aux heures de bureau : ateliers d'écriture et accompagnement, formation, analyse des pratiques avec l'écriture. Ecriveuse des dimanches et jours fériés pas chômés, mal-finisseuse aspirant à mieux, sinon pianiste obéissante au texte.

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