#40jours #18 | coin de rue

Premier vendredi du mois chèques-déjeuner, avant de rentrer crochet au Casino, steak frites chocolat liégeois à la cafétéria, courses en veillant bien, mine de rien, à ne pas trop remplir les sacs en plastique donnés par la caissière, autant de sacs poubelles d’économisés, 504, nationale, station d’essence, rares maisons des années quarante, le panneau, quitter la nationale, retrouver la départementale, vignes, amandiers, domaines viticoles, « campagnes », pont de l’ancien intérêt local, lotissement, la maison de Laurent qui joue de l’orgue, celle du vigneron qui nous vend des Cubitainers de vin, avec son fils sourd et muet, la maison des jumeaux, je peux tous les nommer, jusqu’aux chiens, pour indiquer le chemin maintenant on donne le nom du l’hôtel  construit au début de la départementale, grande bâtisse orange, comme un poste frontière, les pieds dans la ville cadastrale, mais derrière le panneau indiquant la direction du village, ou du centre de rééducation, ou du restaurant, ou du lycée hôtelier, plus personne ne sait ce qu’on y fait dans cette citadelle indéfectiblement orange, mais le nom est resté, un giratoire pour y accéder, une double voie creusée pour permettre de passer sous le pont de la rocade, le mur de la campagne, un bâtiment, on y délave les jeans à la pierre ponce, une myriade de panneaux, clinique, maison de retraite, centre de rééducation, le pont de l’ancien intérêt local est condamné, remplacé par un plus large, le domaine viticole est devenu un immeuble d’appartements proposés à la location, des maisons, villas immenses, aux murs hauts, caméras de surveillance, ralentisseurs, pharmacie, rond point avec un soc de charrue, un autre avec un pressoir, un salon de coiffure, un feu tricolore, qu’est devenu Laurent, s’appelait-il seulement Laurent, et le garçon sourd et muet est-ce vrai qu’il a appris à parler, aucun chien ne traverse la rue, mon père n’aura plus à trembler  que Sandy se fasse engrosser  par un des nombreux chiens du lotissement, contrarié à l’idée qu’il devra une fois encore  aller jeter dans le fleuve en contre-bas ces petits êtres enfermés dans un sac plastique dans lequel il a pris soin de mettre du chloroforme, aucun enfant dans les rues, aucun vélo, je peux nommer chacun des habitants, des chiens, des enfants, la couleur des mini-vélos, grands arbres, volets roulants en PVC, murs hauts, piscines, rues vides, j’avance et ma soeur sur sa planche en roulette contourne habilement les plots sous le regard de la bande des gamins du lotissement, sur l’arrière de la selle de mon vélo se tient Claudine qui pédale, elle du pied gauche, moi du du pied droit, nous promenons sérieusement nos landaus neufs, nous parlons à l’aide de talkie walkie, je reconnais ma maison, celle dont j’ai la clef passée autour du cou qui tient à une ficelle de couleur rouge, elle est entourée de vignes. Normal, j’habite un village.  

A propos de Betty G.

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