#5 Repos de prose en terre

La cour intérieure    les dalles en pierre    les plantes dans les pots    l’humidité qui suinte    le long des murs    les jardinières    ici et là    la misère que tu croyais être    le chien réincarné    les dalles parfois glissantes    le jardinet au bord du mur    les pavés portaient la terre    du jardinet    blocs de pierre    formant minuscule muret    penché diagonal    soutenant comme il peut     la terre    muette et grosse     les plantes énormes    et le lilas    de l’ombre humide    l’impression    de ciel découpé    géométrie du ciel    pleure    sur la cour humide    pas de cheval chinois    ni de poussière d’huître    seulement une faible lueur    de mémoire     de souvenir    de cour    le goût de terre    une bougie    l’attente de grandir

Avant    il y avait    lorsque qu’on ne savait pas    encore    qu’on grandissait    des gâteaux de terre    à fabriquer    longtemps    avant de déguster noirs     on mettait même    des limaces dedans    pour le goût    disait-on    à la petite voisine    de la maison en bas    et on sortait goûter    le lait    à la fin de la traite    il était seize heures    peut-être    impossible à dire

A propos de Juliette Cortese

A tâtons dans la langue, Juliette Cortese essaie des trucs, essaie d’écrire, essaie d’écrier les phrases muettes de son intérieur dans une forme audible à d’autres. Elle ramasse les minutes libres et les colle ensemble pour bricoler des écritures (voir blog), et occasionnelles vidéo(écriture)s. Travaille à ce que l’écriture devienne un peu plus le travail des jours de semaines, aux heures de bureau : ateliers d'écriture et accompagnement, formation, analyse des pratiques avec l'écriture. Ecriveuse des dimanches et jours fériés pas chômés, mal-finisseuse aspirant à mieux, sinon pianiste obéissante au texte.

4 commentaires à propos de “#5 Repos de prose en terre”

  1. J’adore votre presentation ! Très beau texte et bizarrement il coince pile avec un souvenir, un lieu de mon enfance. Merci pour ce mur et ces gateaux de terre.

  2. Ah ces gâteaux d’enfances… en bord de mer normand c’etait crêpes et gaufres au sable, des limaces je crois que j’aurais pas osé. Ça convoque beaucoup de souvenirs, merci.