autobiographies #08 | chez eux

La porte donnait sur un couloir ; l’odeur de meubles anciens, d’humidité, de livres et de poussières ; le froid était aussi là l’hiver, ce froid des intérieurs ; on venait du dehors frigorifié ; arrivé chez eux à l’abri du vent, on était saisi par ce froid différend ; comme  si la déception de ne pas arrivé dans un espace chauffé descendait encore plus la température ; on traversait le couloir, on prenait la porte de gauche, on arrivait au salon, alors il allait rapidement allumer le poêle à gaz, on s’agglutinait autour quelques minutes, nos manteaux sur le dos ; la chaleur nous obligeait à reculer, on se dévêtait, on frissonnait un peu, l’air sortant de nos bouches faisait un peu de fumée; il y avait des meubles partout, il fallait slalomer entre eux ; les meubles d’une vie de famille, chacun d’eux avaient une histoire, ce n’était pas des grandes histoires, ce n’était pas des grands meubles, des meubles anciens, des meubles de valeur ; non, juste des meubles achetés au long d’une vie pour répondre au besoin d’une famille ; alors l’histoire de chacun de ses meubles était une histoire simple, une date d’acquisition, un magasin, quelque fois on associait à cette date un événement familial modeste, un baptême, un mariage, un décès; dans le salon ou le poêle était installé, il y avait la bibliothèque, il y avait des livres, des grands livres, lourds ; leurs tranches étaient rouge et or, noir avec des lettres argentées, vert foncé avec des lettres d’or, en tissu gris; des romans d’aventure, des encyclopédies, des livres qui étaient les traces de son enfance, d’autres les traces de ses lectures d’homme, ces livres étaient fait pour durer, pas pour être consommer; le couloir recevait la porte du salon, et en face de celle-ci il y avait la porte de leur chambre, puis en repartant vers l’entrée, il y avait du côté du salon la porte de la chambre d’ami et du côté de leur chambre, la  porte de la cuisine, et tout au bout la porte des toilettes; les toilettes étaient immense, intimidantes, elles avaient la longueur de la cuisine, il y avait un petit évier pour se laver les mains, et au fond la cuvette et au-dessus il y avait une grosse chasse d’eau équipé d’une chaînette et au bout de celle-ci une poignée en porcelaine blanche sur laquelle il fallait tirer; la cuisine aussi était tout en longueur ; au fond un évier blanc près de la fenêtre sur cour, avant quelques élément hauts et bas, une toute petite table sur laquelle on butait en entrant, et deux tabourets ; le sol de tout l’appartement était en chêne foncé, presque noir, il était usé, il y avait un écart entre certaines lames, alors elle râlait, la poussière se logeait là; dans l’axe du couloir, au fond, coincé entre le salon et leurs chambres, il y avait le cagibis ; l’endroit ou il stockait tout ce qui n’avait pas sa place ailleurs, le cirage pour les chaussures, la boîte à outils, les vêtements et les chaussures non utilisés, le balai, le seau avec une serpillière et d’autres objets non identifiables; on allumait au plafond une ampoule qui pendait ; c’était la seule pièce qui n’avait pas de fenêtre, cela la rendait mal aimable, portait l’odeur du cirage réconfortait; toutes les fenêtres de l’appartement étaient équipées de barreaux en fer forgé noir, des fenêtre en bois gris avec de simple vitre, quand des camions passaient sur le boulevard, elles vibraient.

A propos de Laurent Stratos

Écrivain par hasard, je me suis pris au jeu. Plus le temps passe et plus il m'est difficile d'écrire le moindre mot. Plus le temps passe et plus je prends du plaisir à écrire. Le temps passe pourtant.

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