Bienvenue chez Sophie

Dès mon arrivée dans le hall j’ai tout de suite sentit le sentiment de vide qui flottait dans la maison familiale que je chérissais tant. Tu n’étais plus là Sophie et cette demeure est vite devenue bien trop grande et trop douloureuse pour moi. Tu n’étais plus là et pourtant tu était partout. Je ne sentais plus ton parfum ni ta présence mais ton aura était toujours là. Mon cœur s’est serré si fort en arrivant qu’il m’a noué la gorge. La maison est vide désormais mais pourtant je te vois partout. Je n’avais jamais réalisé à quel point elle était comme figée dans le temps.

On a commencé par vidé la cuisine, il faut bien commencer quelque part. Tes placards sont rempli de tes vielles cocottes en fonte et de tes services en porcelaine. L’argenterie de ton mariage est toujours dans sa malle bordeaux d’origine et je me souviens t’entendre raconter pour la énième fois comment c’était déroulé cet événement si spécial. Je te l’ai entendu raconté tant de fois qu’à la fin je n’écoutais plus et maintenant je regrette de ne plus m’en souvenir parfaitement.

Tiens le tiroir de la cuisine est toujours rempli de ton fouillis habituel. Ton dès à coudre en argent est dans cette boite en porcelaine fêlée qui contenait ce fabuleux pendentif en or, où est-il d’ailleurs ? Au côté de ton vieux poste radio se tient encore sur le plan de travail la cruche que tu utilisais pour le vin lors des repas de famille. Ton éternel vernis rouge est toujours là, je me rappelle te voir l’appliquer sur tes jolies doigts fins. J’ai retrouvé dans ta salle d’eau une collection plutôt fournie d’autres vernies avec d’autres couleurs mais je ne me souviens pas t’avoir vu avec une nuance différente que ton “rouge à ongles” comme tu aimais si bien le dire. Mais qui range son vernis dans le tiroir en dessous du four?

Ton salon a été une affaire bien plus longue que la cuisine. Tes bibelots par milliers se côtoyaient sur les différentes étagères et se mêlaient à tes livres anciens. Masque indien ramené d’Amérique, Notre Dame de Paris dans une ancienne édition, fiole de sable ramené du Sahara, Marcel Proust et j’en passe. La dure tâche de tous les trier m’a rappelé à quel point tu as voyagé.

Ta chambre fut plus simple a aborder. J’ai d’abord précieusement décroché chacune des cartes postales qui étaient accrochées sur ton panneau en liège. Je me suis promise de les lire attentivement une par une pour apprendre encore plus à te connaître à travers les écrits de tes amis. Tiens, tu avais des amis montagnards Sophie ? La Clusaz ? C’est fourré où ce patelin encore ? J’ai ensuite vidée ton armoire en bois massif. Comment ce si gros meuble a pu passer par la porte ? J’ai tenu à garder chacune de tes robes et j’ai menacé toutes personnes qui ont essayé de les brocanter. Pourquoi parmi ces somptueuses robes il n’y a pas celle de ton mariage ?

Ensuite j’ai voulu m’attaquer aux chambres du haut mais quelqu’un s’en occupait déjà. Tiens et si j’allais explorer pour la toute première fois ce grenier qui m’a tant effrayé quand j’étais plus jeune? Pourquoi Sophie nous ne n’y sommes jamais monté ensemble ? Pourquoi était ce d’ailleurs interdit de jouer dedans ?

Désolé Sophie mais ma curiosité n’a pas de limite. Qui sait je vais peut être trouvé un trésor!

4 commentaires à propos de “Bienvenue chez Sophie”

  1. La robe de mon mariage. Je me souviens précisément de chaque instant de cette journée. Je l’ai racontée hier à ma petite fille encore. J’ai voulu lui montrer ma robe, mais je ne l’ai pas retrouvée sur le moment. Je pensais qu’elle était dans mon armoire. Mais non. Le soir je l’ai cherchée dans la petite chambre au fond de la maison, dans le grenier. Rien. J’ai dû demander au voisin de venir, il m’a aidé à chercher dans le garage. Il a descendu toutes les boites en haut des étagères. Michel avait fait du rangement. Ça lui avait pris comme ça. C’était un bazar sans nom dans ce garage, il disait. Maintenant je ne retrouve plus rien. Ma robe était là, dans une boite avec plein de vieux vêtements. Rien à faire là. Elle avait moisi à cause de l’humidité du garage, des trous partout, comme de la dentelle.

  2. J’ai ouvert la petite boîte de peluche rose, maintenue par un élastique. Bien sûr on garderait tout, bien sûr on n’allait rien jeter. Mais dedans, son dentier. Je l’avais dans la main, là, maintenant. Son dentier. Non, mais franchement tu vas tout garder ? Je l’ai remis dans la boîte. L’élastique avait vieilli, il s’est cassé, la boîte s’est rouverte, le dentier est tombé.

    • (je m’excuse, dans le feu de l’action, d’avoir écrit ce commentaire, rétrospectivement peut-être indélicat par rapport à la richesse du texte original – mais je viens de vérifier sur WhatsApp : il y a quelques semaines, mes deux frères et moi on avait vidé le garde-meuble de notre vieille tante, depuis si longtemps sous curatelle. Et là, dans la masse du tri à faire, mon frère venait de retrouver, dans une petite boîte comme là où on garde les montres, les bagues, le dentier de notre propre grand-père, que sa fille avait gardé, et tout d’un coup c’est ça qui m’est revenu, ça date à peine du mois dernier)

  3. C’était un genre de bureau. Je crois qu’à la base c’était une chambre. Les enfants étant partis on a réaménagé un peu différemment. Il parait que c’est normal, que ça se fait. On fait place neuve. On met un nouveau bordel et ensuite un con comme moi se retrouve à le vider. Vous l’aurez compris, la personne coincée dans les chambres du haut. C’était moi.

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