retour aux sources

mon-texte-interstice-N°2-les-MAISONS-été-2019-F.-BON-1D’abord, elle sentit la matière poisseuse, dégoûtante dans la paume de sa main, de la grille rouillée bloquée depuis son enfance. Elle descendit la vingtaine d’escaliers en ciment usé qui, du fait de leur déclinaison, la faisait pencher vers le sol gris de la cour.
Le soleil ne le touchait pas encore. Il frôlait tout juste le haut des fenêtres à gauche. Pressée d’échapper à ce trou sombre, elle marcha vite jusqu’au mur haut du fond de la cour, qui était aussi le côté de l’église. Par sa facture, il témoignait de l’époque de sa construction. Elle se rappela que l’église avait été détruite par un bombardement en 1945, juste avant la fin de la guerre. Elle regarda à gauche, vers le petit immeuble d’un étage et traversa l’étroite ruelle qui menait vers l’autre cour où se trouvait l’appentis, au fond. Elle reconnut les escaliers, la serrure aujourd’hui inutile. La porte était entrouverte. Elle hésita, se faufila entre les murs moisis. En glissant, elle pénétra dans ces modestes vestiges. Elle retint sa respiration, suffoqua. Après, elle sentit les dures écailles des volets de bois, les ouvrit d’un coup d’épaule. Les persiennes claquèrent contre le mur, un bruit sec….C’est peut-être ce bruit qui permit une délivrance. Elle leva la tête vers le jardin, les arbres denses et sombres. Le vert l’inondait. Elle suffoqua, hoqueta de tant de feuilles vertes sur les branches noires des arbres. Elle essaya de voir plus loin derrière le rideau sombre. Elle ne vit rien, entendit de l’autre côté le bruit de l’eau qui gouttait sur le feuillage. Elle resta là, suspendue à la fenêtre, le regard noyé dans la verdure maléfique du jardin.
De ce côté-ci, tout était silencieux.