personnages #1

Tu recouvres ton visage de mains de passage, de mains carencées d’autres mains, de mains usées. Combien de paumes se meurent dans tes brumes ? Combien de paumes empruntent tes souvenirs ?

*

Aujourd’hui ce n’est plus ta bouche qui écarte les mots pour trouver une place où te dire, ce sont les mots qui œuvrent, remplissent de fragments l’abîme qu’était devenue ta gorge, recouvrent les plaies de l’attente.

*

J’amasse tes autrements dans mon regard. Tu perquisitionnes les repères de ma langue. Nous confondons la peau de nos horizons. Glissons subrepticement dans un écart que nous ne pourrons pas effacer. Que dirons-nous alors de l’ivresse de l’intime ?

*

La joue scellée dans ton visage de gamin, l’œil claudiquant dans les décombres d’un pays qui ne sera bientôt plus repris sur les cartes géographiques, l’oreille résignée à porter l’acouphène du vent qui se détourne déjà, combien de fois encore novembre ?

*

À l’aube de ton œil, un peu de suie.

29 commentaires à propos de “personnages #1”

  1. Magnifique ! Vraiment
    Je suis touchée à la fois par un certain décalage dans le regard porté et la façon de nommer ces décalages
    ( les plaies de l’attente; l’ acouphènes du vent…)
    Un vrai style dans l’écriture

  2. Merci infiniment Annick.
    Si j’ai posté les fragments ce soir c’est grâce à toi. On devait poster en même temps. T’étais prête. Pas moi. J’ai repris mon brouillon, je me suis concentrée un bout d’heures et hop.
    Et ton regard m’émeut.
    Bises.

  3. oui c’est du raide – par contre, à mesure que l’atelier avancera, ne jamais hésiter à revenir et rajouter des fragments, sur le long terme, ce texte les appelle et s’y prête (en essayant quelques-unes des autres formes proposées par Jabès)

    • Merci de ta lecture et de ton mot François. Oui, je vais compléter, pousser, creuser. Là je voulais proposer quelque chose avant de voir venir la prochaine proposition d’écriture. Poser les fondations, ancrer. Et puis la 1 est check, plus que 14, on est presque au bout, non ? 🙂

  4. presque envie de prendre ces phrases à pleine main et les fourrer dans mes poches comme des sucreries pour les savourer dans la journée et puis venir en redemander. merci pour ces phrases.

  5. Rien ne se dit, tout est dit – c’est magique ! Une grosse faiblesse pour le 2è fragment… Merci, Annick !

    • Marlen. Merci de ta présence, fidèle et chaleureuse. Et pour ton commentaire. Et, en retour, tu écris si doux, et respect pour les paysages, les voyages que tu nous partages. Bises.

  6. Tadaaa ! Démarrage en trombe d’Annick Brabant ! Super de super Annick, moi j’adore le premier, le second, le troisième…et ainsi de suite ! Ne lâche rien…

  7. Oh, non, après tous vos commentaires, que reste-t-il à écrire sinon merci Annick. Tous vos commentaires j’y adhère une fois écrits, chacun d’eux. Oui, les sucreries de Jeanne, les 1, 2, 3, etc de Catherine, le je sais pas écrire ça de Marlen, fragments découpés au cordeau, une faiblesse pour avant dernier (moi) et les autres aussi. Moi : les premiers mots de chaque fragment. Merci, Annick.

  8. Certains mots inattendus arrêtent un temps la lecture, le temps que ça résonne… Ils pouvaient paraître incongrus, comme si on changeait la membrane du tambour et pourtant, force est de constater : ça résonne encore plus juste !

  9. Wouah ! le deuxième et le dernier fragments, c’est du lourd ! Tu as touché quelque chose Annick, c’est sûr, tu y es ! J’ai envie de dire, encore encore encore !

    • Je n’avais pas vu ton commentaire, désolée d’y répondre tardivement.
      Merci pour cet enthousiasme communicatif Marlen.
      Doux de te savoir là.
      Toute belle soirée.