Dialogue à reprendre quand on veut

Elle ne vient pas ouvrir la porte et ne répond pas au téléphone. Je reviens sur mes pas et m’installe à la terrasse du Grain d’Or. Le thé est bouillant. J’ai toujours aimé les petits biscuits et le sucre en sachets individuels servis avec le thé. Quelques minutes passent. Le téléphone vibre. Elle s’excuse de s’être endormie et m’invite à passer dans un quart d’heure. Le thé est toujours trop chaud de toute façon. 

Lorsque la porte s’ouvre, elle s’excuse à nouveau. Et seulement parce que c’est vrai, je lui réponds que ce n’est pas grave. 

— Je n’arrête pas, en ce moment. 

Nous montons dans son appartement, au second. Canapé-lit, synthétiseur, jouets d’enfant, table à manger en bois, ambiance chaleureuse. On reprend où on a laissé, on ne sait plus quand. Et rien n’est grave. Elle me parle de la petite, de leurs sorties au parc, de la musique.

— Et toi, comment tu vas?

Alors je lui explique comment je vais. La poésie, les manifs, le taf, l’amour. Ensuite, elle met les chaussures aux pieds de la petite, embarque des jouets, un biberon dans un énorme sac et nous partons au parc. On passe devant un marchand de journaux, une pharmacie, le bureau de poste, avant d’arriver au parc. L’enfant adore jouer avec un ballon et regarder les chiens. 

— Tu permets que je dorme quelques minutes? 

On échangera encore quelques mots, partagerons un repas de retour à l’appartement puis je devrai me souvenir où j’ai garé ma caisse. On se reverra dans six mois, un an, peut-être deux. Et ce sera bien. 

A propos de Jérémie Tholomé

Poète belge, Jérémie Tholomé écrit principalement des textes pour l’oralité en claquant les mots comme Charles Bronson jouait du flingue et de l’harmonica dans un western-spaghetti, convoquant sur scène ceux qui semblent ne jamais apparaître sur la pellicule de la vie.

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