Elle s’était préparée

Elle s’était préparée comme tous les matins, petit déjeuner à sept heure, douche, relaxation en musique, lecture et le départ s’annonçait habituel, ponctué et ponctuel ; elle n’avait plus qu’à prendre ses clés, descendre puis monter, monter encore, saluer les voisins de palier et se laisser aller à la monotonie de cette fin de semaine ; cadre familier, et si confortable, et si banal, et si usuel et trivial, et si, et si l’ascenseur n’était pas tombé en panne ce matin là, elle ne se serait pas retrouvée dans cette cage d’escalier, le pied dans le vide, croire encore qu’il reste une marche, trébucher et presque tomber, tomber sur un voisin affligé, un homme, puis deux, puis trois, tous provenant de cet appartement, appartenant à un homme solitaire et discret qu’elle ne voie pas et pourtant ; tant de drames sur les visages, elle continue son cheminement habituel, laissant ses pensées naviguer en elle, la brume se dégage, le portail s’ouvre comme tous les matins, même refrain du fer grinçant la rouille ; toujours les mêmes voitures qui se pressent, les mêmes écoliers qui traversent, il fait encore bien sombre, sombres comme les premiers visages rencontrés sur ce palier, elle avance mais reste ; attachée à ce face à face matinal, qu’elle n’aurait pas pu faire si l’ascenseur n’avait pas été en panne ; panneaux de signalisation qui lui indiquent la direction, direction qu’elle n’aurait pas prise si elle n’avait pas perdu cinq minutes dans cette cage d’escalier, à observer, se questionner, à pénétrer une intimité, à débusquer le fait divers – prosaïque, celui d’un ascenseur en panne –