# 4 Jours ordinaires

Imaginons une conversation banale entre collègues. Le motif est repris à plusieurs reprises engendrant des réactions bien différentes. Mais vous êtes tombés sur la tête. Cela sonne un peu à la manière de la sentence de la Reine de Cœur dans Alice au pays des merveilles : « Qu’on leur coupe la tête ». La phrase est sans appel. Mais vous êtes tombés sur la tête. La stupeur sur les visages a stoppé net la conversation. Stupéfaction devant un tel toupet. Non que l’insulte soit trop forte mais la phrase trouble l’interlocutrice -Vous avez tort j’en suis certaine. Le sujet de discorde est variable. Accepter d’être humilié. Il y a des limites à ne pas dépasser. Faire un travail inutile et regimber devant le chef de service- J’ai pu le constater à maintes reprises vous refusez systématiquement un travail supplémentaire. Je lui ai dit d’ailleurs. Mais vous êtes tombés sur la tête. -Nous ne refusons pas de faire ce tableau Excel mais nous nous interrogeons sur son utilité. Il faut oser le dire. Il n’y a pas la moindre gêne seulement des certitudes qui opposent deux camps. Un bref vacillement dans le regard qui n’a duré qu’une minute – Non que nous refusions tout nouveau travail mais nous souhaitons simplement comprendre l’utilité de cette nouvelle tâche qui nous incombe. 

Penser aussi à une conversation au cours d’un déjeuner professionnel. Il était question des adolescents et de leurs sempiternelles difficultés – J’ai abdiqué et maintenant je laisse faire. La fatalité est évoquée encore -Elle a tout essayé. Mais c’est assez normal lorsqu’on fait partie d’une couche aisée de la population. On fait des expériences. L’extasy, les petites pilules c’est sa dernière invention. Mais vous êtes tombés sur la tête. Le regard est bleu acier il ne cille pas. Il assume pleinement son choix. Pas d’affrontement car la partie est trop inégale. Sûr de son bon droit. Rien ne l’ébranle. Il est tout puissant -Chacun fait ce qui lui plaît.  Il bombe le torse fier de son autorité, rien ne semble jamais l’affecter.  

Un autre jour en vidéo conférence. -Nous t’attendions aujourd’hui. -Mais c’est mon jour de télétravail-Tu aurais dû venir à l’entreprise.- Je n’ai pas à me déplacer le mardi je vous le répète…-Tu étais absente hier…-Oui j’étais en vacances. J’ai pris quelques jours de vacances. La crispation se fait sentir et tend les visages. – Mais demain c’est férié -Oui c’est férié, vous avez raison. -Alors tu dois rattraper. Les regards se font insistants, le ton devient pressant. Mais vous êtes tombés sur la tête. Le ton monte et la colère pointe. -Tu dois rattraper c’est la loi.  La menace devient plus tangible. Les sourires sont figés.  Les visages deviennent presque menaçants.  Un jour de travail ordinaire.   

A propos de Sylvie Roques

J'ai publié surtout des essais et des articles. Depuis un an, j'expérimente d'autres formats de textes et participe à des scènes ouvertes.

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