L#13 | Ornithorynque

  • Un texte qui n’est qu’un prétexte, une soupe de notes autour d’une consigne mangée, un codicille réduit à rien. Écrire, ça tient à quoi ? Ça veut dire quoi ?

Mais non, t’appelleras pas ça comme tu veux, pas un double bind, c’est pas simplement une double injonction contradictoire, un truc à deux faces comme Janus ou Jean qui rit et Jean qui pleure, quand t’enchaînes les hauts et les bas avec une fréquence si haute que tu restes au fond du trou, mais c’est pas ça, c’est pas de l’ordre du biface, ou si ça l’est c’est du côté obscur de la tranche comme troisième terme, du même type que l’ornithorynque que tu sais pas classer dans le règne animal, Jack, parce que tu sais pas d’abord si c’est du lard ou du cochon cette bête-là, et puis quand tu sais que c’est du sérieux, du solide, tu t’demandes encore ce qu’c’est cette bête-là, avec son bec de canard et sa queue de castor, qui pond des œufs et possède des mamelles pour nourrir les petits, et tu sais pas c’que c’est, tu sais pas alors t’inventes, tu crées un mot nouveau, tu fais le tri dans les noms et tu tranches dedans, un bout de l’un, un bout de l’autre, de celui-là aussi pourquoi pas ?, deux ou trois lettres pour articuler, et voilà le monstre, entre barbarisme et néologisme, et finit la contradiction injonctive, englobée, gobée.

  1. Avant même d’écrire quoi que ce soit — dont cette première note —, le temps de choisir l’extrait à copier, recopier, modifier, amplifier peut-être : il s’en passe des choses, sous et sur le pont de l’écriture, parfois impossibles à saisir, à la maison, en route, dans la structure.
  2. Le fait que le premier texte de Faire un livre, quelqu’un arrive quelque part, bouclerait la boucle, comme un ruban de Moebius. Le fait qu’avec le dernier texte du cycle Progression je relierais les deux ateliers écrits en parallèle. Le fait que f change son fusil d’épaule pour la même cible, en passant du double atelier d’été finissant au cycle naissant de l’Autobiographie, parce que les textes sont plus courts ? Le fait que je dois parcourir tous les textes en survolant le document qui les rassemble, mais impossible de décoller.
  3. Faut-il vraiment choisir ? Et si je m’appuyais sur un des commentaires que j’ai reçus ? Qu’est-ce qui se passerait alors ? Je n’aurais pas vraiment choisi le texte, mais plutôt le lecteur. Et alors quoi ? J’aurais quand même choisi un texte à travers une lecture, comme on choisit un livre à travers une critique du Matricule des Anges, non ? Et alors, ce que j’écrirai vaudra et pour le texte, et pour sa critique englobée, en extension surprise ?
  4. Mon choix s’est porté sur un commentaire de Line, et avec lui sur ma Chienne d’histoire. C’est un texte bien trop long pour le copier et recopier. Mais en l’ouvrant, il se trouve qu’il conserve un passage resté en rouge. Pourquoi en couleur, je ne sais plus. Parce qu’il y avait là quelque chose dont il fallait se méfier, qu’il fallait remanier. La chose faite, j’aurai oublié de remettre en noir. En tout cas, voilà une quinzaine de lignes qui devraient faire l’affaire. De quoi s’agit-il, je ne sais pas exactement. J’ai aperçu le mot ornithorynque, et je devrais avoir affaire à Jack.
  5. Faut-il partir du commentaire de Line ?
  6. « J’ai le langage entier sur le bout de la langue. » (Éric Pessan, L’Effacement du monde.) On en est tous un peu là, non, quand on commence à prendre la plume ?
  7. Voilà, j’ai copié et collé l’extrait sur une nouvelle page, je l’ai imprimée, centrée au milieu de la page, interligne 3, je m’aperçois qu’il s’agit d’un paragraphe de treize lignes en une phrase, je n’ai toujours rien recopié — je n’ai pas vraiment choisi ce passage, je me suis appuyé sur la lecture de Line, sur le titre du texte en regard, Chienne d’histoire (ça n’en finit pas), et sur la chance de la couleur, rouge, et alors Kieslowski, le film, et comment s’appelle l’actrice, ça ne me revient pas, ça va revenir, oui, Binoche, Juliette, mais était-ce bien dans Rouge ? et j’écris vite, je tape vite, alors des fautes de frappe, des coquilles, un signe dont je ne connais pas le nom, §, ah si, ça doit être le signe du paragraphe, bien plus rond chez moi quand je l’écris à la main.
  8. Toujours rien écrit. Et mon œil tombe sur double bind, en italique, ça me renvoie à l’école de Palo Alto, qui n’a sûrement pas l’exclusivité du concept, « double injonction contradictoire » il paraît, en français, c’est ce que disait le prof, à la fac, c’était quoi son nom à lui aussi, je vais voir dans ma bibliothèque, j’ai un livre de lui — M. Moussaron, feu Jean-Pierre, c’est écrit sur les deux volumes de Limites des Beaux-Arts, pourquoi il nous avait parlé du double bind ? c’était dans quel cours ? et il avait enchaîné avec Samuel Fuller, son film Schock corridor en mise en œuvre de la notion psy, et aussi l’auteur de Gatsby le magnifique, pour son texte La Fêlure et ça commence comme ça (de mémoire, je ne vais pas ouvrir les livres à chaque fois pour vérifier, et vérifier quoi, c’est une traduction, un souvenir de lecture fait aussi bien l’affaire, non ?) : Toute vie est bien entendu un processus de démolition — et dans l’école de Palo Alto, il y avait Paul Watzlawick, avec son livre là, juste là, à portée de main, que j’ai lu il y a longtemps, Comment réussir à échouer, avec son Post-it estampillé relation pour une phrase qui dit (mais je déborde largement, je n’ai rien écrit, rien copié, recopié, c’était juste cette expression en italique qui m’a sauté au visage, peut-être depuis que l’ai entendue pour la première fois avec feu Jean-Pierre Moussaron, à la fac, il y a…) : « Toute relation (que ce soit entre deux atomes, deux cellules, deux organes, deux personnes, deux nations, etc. [et pourquoi cette amplification, cette contamination de l’infiniment petit à l’infiniment grand en puissance]) est plus que, et différente de, la somme de tous les ingrédients que les entités impliquées apportent dans la relation. »
  9. Mais non, c’est comme ça que débute l’extrait, avec la blague inconséquente que la petite fait lorsque le grand parle assez sérieusement du dernier but monstrueux de Messi — Mais non !
  10. Je me demande si à penser qu’on va noter tout ce qu’il est possible de penser à copier, ou même à l’idée de copier un texte, l’imagination n’est pas excitée, suscitée, à un point tel que, aux aguets, prête à demeurer longtemps sur le qui-vive, elle n’en fait pas déjà un peu trop.
  11. Je n’ai encore rien tapé. La feuille au-dessus du clavier, sur la gauche, l’écran en face sur la droite, surélevé par la pyramide que forment cinq livres d’histoire de l’art inaccessibles, le document ouvert pour les notes, un autre, pas encore ouvert, mais ça va venir maintenant — ou « ça va finir, ça va peut-être finir », dit Clov —, pour le texte que je n’ai pas commencé à copier, mais ça va venir, maintenant, ctrl+n (et là, les petites majuscules, c’est ctrl+k) et ça vient, maintenant.
  12. Mais d’abord les toilettes, je ne sais pas combien de temps ça peut durer cette histoire, cette chienne d’histoire (qui n’en donc finit pas).
  13. « Aime ta mère, tu ta mère », disait feu Jean-Pierre Moussaron pour illustrer la notion de double bind, dans la tête de quelqu’un — tiens, je viens de rectifier parce que je venais d’écrire, d’abord, Aime ton père : faut-il y voir un lapsus révélateur ? aïe ! ; mais d’abord c’est la faute à feu Jean-Pierre, pourquoi est-il allé chercher cet exemple ? il avait des choses à révéler, des secrets à confier, des comptes à régler, à travers son cours ? — Ah, le jingle du téléphone, deux textos à suivre. Je n’avais pas prévu ce genre de détournement.
  14. Et voilà Janus, et Jean-qui-rit et Jean-qui-pleure, des figures que j’ai déjà utilisées à propos de je ne sais quoi, à croire qu’elles sont toujours là, quelque part, pas loin, tapies dans l’ombre, dans mon dos, peut-être à regarder ce que je fais par-dessus l’épaule, une face à droite, l’autre à gauche. Je suis bien encadré. J’espère seulement que ce n’est pas comme K, à la fin du Procès, emmené par deux hommes, formant avec eux « une unité comme ne peut guère en constituer que la matière inanimée ». — Qui a dit que je n’ouvrirais plus de livres ?
  15. Mais j’ai souvenir aussi d’un enfant joyeux, qui se racontait mille et une histoires — et mille et un, oui, ou mille et une, c’est toujours comme ça que je dénombre l’innombrable, pas avec des milliers, des millions, des milliards, des myriades, pas avec mille, mais toujours avec un.e de plus, toujours avec les contes en tête, avec la nuit sans fin, pour une histoire sans fin, sans cesse renouvelée, chaque nuit, la même, toujours, reprise de mille et une façons pour un nouveau point de vue sur le même paysage, la même structure d’amorçage, la même étincelle, ici ou là, là-bas. Un enfant joyeux, des histoires en bandoulière, qui pleurait beaucoup, ou facilement, au moindre bobo. Une fleur bleue, qui sentait bon le chantage affectif, bleu et un peu violet. C’est que les nuits sont parfois si froides.
  16. Du coup, Janus et Jean, dehors.
  17. Les montagnes russes. Je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire. J’aimerais bien un jour. Pour mes cinquante ans peut-être. J’ai encore le temps, mais c’est si vite arrivé. C’est qu’il y a tant de choses à faire, qui accélèrent le temps, et qui feront que je n’aurai pas le temps d’acheter un ticket, pour les montagnes russes. Tant de choses pour rien aussi. Tant de choses qu’on n’avait pas prévues et c’est beau comme une rencontre, une vraie, de celle qui mènent à une relation, suivie, soutenue, une relation dans le sens ancien du mot que j’ai découvert un jour dans un livre d’Arlette Farge sur la voix, mais que je n’ai pourtant jamais retrouvé dedans. Dommage. Il y a comme ça des hauts et des bas dans la lecture, dans la fascination pour un mot, pour un sens ancien, oublié, et pour cela même tout nouveau, tout frais. Et ce n’est pas si facile à conserver la fraîcheur d’un sens nouveau, original, insoupçonné, dans un mot courant. J’ai oublié le Post-it où j’aurais noté relation. Ces petits Post-its qui sont, dans la lecture, comme une promesse de relecture, un plan sur la comète peut-être, mais qui sait ? Le pire n’est pas sûr. — C’est un peu idiot cette expression, parce que le meilleur ne l’est pas plus, mais je l’aime bien quand même.
  18. Oh, la fréquence. C’est sans véritable rapport, mais ça me fait penser aux exercices de physique-chimie sur lesquels j’ai planché hier soir avec le grand, à propos de stœchiométrie, dont le mot m’échappe d’autant mieux que : un, je ne suis pas sûr d’avoir étudié la chose au lycée ; deux, la définition du manuel est une insulte aux travaux des grands vulgarisateurs scientifiques qui n’oublient pas que la science, ça se fait aussi avec de l’imagination — ah les métaphores de la physique atomique, quantique, quand elle parle de beauté, de charme pour désigner les propriétés des quarks au cœur de la matière, au bord de la dématérialisation.
  19. Il y avait un obscur groupe de rock qui s’appelait Quark, en 2000. Guitare, basse, batterie, ou boîte à rythme. Est-ce qu’on peut écrire sur ce même schéma, à trois plumes, malgré Huis clos ? Qui alors, les phrases moelleuses du phrasé ? Qui la rythmique tambour battant de la ponctuation ? Qui les cordes cristallines, avant larsen en dérapage à peine contrôlé, des images et des figures ? Et le chant ?
  20. J’ai écrit « au fond du trou ». Est-il besoin de faire un dessin ? En tout cas, quelle que soit la forme qu’on aura en tête, on imagine bien qu’on y voit comme dans un four, tout chaud. Parce que c’est ça le trou noir. On le dit noir, mais pourquoi ? Cette chose, insondable parce qu’elle absorbe la lumière même, mais c’est justement ça, un concentré, un précipité de lumière, d’énergie. Que même la théorie des supercordes ça fait des nœuds gordiens. — Petit rappel sur la théorie des (super)cordes, avec mon Kilo de culture générale (1,836 kg en fait) : « l’univers n’est pas un ensemble de particules semblables à des points, il est constitué de cordes, fils infiniment petits à une seule dimension » ; « les supercordes, minuscules cordes symétriques dont toutes les particules et forces fondamentales sont les vibrations ».
  21. Un biface. Un outil préhistorique. Et je me souviens précisément que j’avais en tête, et je l’ai encore, l’image d’une feuille de laurier — la belle feuille qui se trouve à la base de ma pyramide de livres d’histoire de l’art, que je vais sûrement rouvrir pour l’occasion : des bifaces où l’art de la taille de silex est porté à un degré de précision, de finesse géométrique et esthétique sans pareil. — Pas le temps de rouvrir le livre, il faut aller chercher les enfants à l’école.
  22. Je m’y remets. Et tout de suite me vient la question de savoir quelles sont les limites de ces notes. Il y a ce à quoi le texte peut me faire penser, et ce à quoi les pensées me font songer en plus. Et les petites incursions du réel, du milieu dans lequel j’écris, qui le délimitent et limitent le champ de force de l’écriture — comme le fait d’aller chercher les enfants, le fait d’ouvrir un livre pour citer le texte, le fait de parler de la préparation du texte avant, le fait de déplacer l’écran pour finalement ouvrir le livre à la page de la feuille de laurier — et alors ce sont les belles pierres, les cristaux et les coupes, surtout, des quartz, améthyste, jaspe, onyx, agate, calcédoine, etc., qui resurgissent des magasins de souvenirs et des pierreries dans lesquels j’entrais, durant la semaine de vacances dans les Pyrénées, comme dans un musée de curiosités, fasciné par les nuances de formes, de couleurs, et la puissance d’évocation, que la terre, en ses profondeurs, peut déployer comme des trésors d’imagination. Et alors, oui, bien sûr, L’Écriture des pierres de Roger Caillois, avec ses pierres de rêve, ses pierres aux masures, ou l’étonnant Château calcaire à dendrites, comme un drôle de repaire pour un petit peuple de personnages de la nuit, de profil, tournés vers la droite, les bras étendus comme des aveugles : « Que regardent ces êtres plats ? Où se dirigent-ils ? Leur geste est-il de protection ou de vénération ? »
  23. Tiens, une référence assez insignifiante au côté obscur de la Force… Je vis donc l’écriture comme une épopée, un cycle, une geste, une odyssée ? — En même temps, il ne faut pas oublier que celui qui parle, c’est à travers l’oreille de Jack. Or, à travers cette oreille, il ne faut pas être trop regardant sur les mots et les images : ça parle beaucoup pour ne rien dire, et ça aussi ça finit par le dire à un moment donné.
  24. En lieu et place de la Force, il s’agit de « la tranche », et alors évidemment : jambon, saucisson, pain, un bout, des miettes. C’est d’ailleurs bientôt l’heure de la cuisine, et des infos.
  25. Et ce langage qui va à l’exagération : entre les deux le cœur ne balance pas, il n’est ni de l’un ni de l’autre, mais d’une autre voie, il veut être entre, il chercher à entrer dans la brèche, la tranche du biface, du laurier coupant, cassant, à traverser les deux limbes de la feuille de pierre.
  26. L’ornithorynque ne m’inspire pas vraiment. Je suis un peu déçu. Je trouvais l’image amusante au moment d’écrire le texte. Et maintenant, rien. Peut-être que ce n’est pas l’image qui m’intéressait, mais le mot. Ornithorynque, ornithorynque. À le répéter, l’animal disparaît. Comme le fait Françoise Héritier dans Le Goût des mots, ses sonorités engagent un autre sens. Et j’imagine comment on pourrait dire à quelqu’un qui a mauvaise mine, mais essaie malgré tout de garder une certaine contenance, comme on réprimerait un fou rire navré : T’as un peu l’air ornithorynque aujourd’hui. Un synonyme serait chafouin, mais la mine rusée en moins, l’air usé plutôt.
  27. Trois lignes viennent de glisser sur l’écran sans me faire ni chaud ni froid. Toutes concernent l’ornithorynque. Je remarque seulement une sorte de progression de la phrase à ce moment-là par couplage, par association de mots, et souvent opposition de sens : du lard, du cochon ; du sérieux, du solide ; tu sais, tu sais pas ; bec de canard, queue de castor ; des œufs, des mamelles. Et la musique l’emporte sur ce que j’écris, la langueur du piano de Fiona Apple, comme une marche répétitive dans une allée avec un peu de vent à contre sens, et puis une éclaircie et la voix s’adoucit, retrouve quelques couleurs, et joue un peu comme Steven Soderbergh le fait quand l’un de ses personnages se met à filmer le sac plastique soulevé par le vent, qui volette, se met à danser doucement avec le tourbillon qui l’emporte — ma grand-mère appelle ça sorcière.
  28. Chez ma grand-mère, il y a eu des cochons. Je n’ai pas connu cette époque, mais je me souviens des petits réduits où on les avait placés, les pârs à gorets. L’un était rempli de javelles qui servaient à amorcer le feu de cheminée, l’autre de vieux magazines dont j’ai oublié le nom.
  29. Le principe de f : « dans le temps réel de la double recopie tenter de noter le plus exhaustivement possible tout ce qui vient à l’esprit. » Mais est-ce que ça fonctionne en sens inverse, quand, ce matin, j’ouvre L’Effacement du monde pour en reprendre la lecture et puis, ce que je lis me fait penser au texte à copier, aux notes à prendre — en me disant que ma méthode pour choisir l’extrait à recopier n’en est pas une, parce que le texte finit par manquer de vigueur imaginaire — et f avait pourtant prévenue : « prenez-le en sachant qu’il en a sous le capot à découvrir » — d’où les incursions du réel, de la vie — depuis l’espace réduit du bureau encombré, comme un autre pâr — un pâr à lire, à rêver — un pâr pour la cochonnerie de l’écriture aussi, de la musique en fond — et ce matin l’Algérie de Mendelson, dans Le Dernier album, le grondement des guitares pour un pays, pour un texte, éclatés — mes souvenirs qui ne le sont pas moins,, du Liban, car ça m’emmène là-bas, au pays des souvenirs enfouis ces mots de Mendelson, sur l’Algérie — là-bas, le pays des souvenirs, de la série à la télé, le soir aux infos, c’est l’heure de manger — le grondement des guitares ce matin, un piano au loin, on martèle sur un tambour, métronome — les infos, la soupe, Bachir, le soulèvement — la ville en ruines — mais je m’éloigne, je m’égare ce matin, du principe de réalité, du principe imaginaire aussi — foutue mémoire — mais il faudra bien, un jour, lui réserver un sort, digne de ce nom, à la mémoire, à ces souvenirs du soir à la télé, à l’heure de souper — un sort digne de ces noms, à ces images, l’Algérie, le Liban — « c’est étrange d’avoir la nostalgie d’un pays justement disparu », chante Mendelson, Bouaziz, pour moi, qui n’ai aucun lien avec le Liban — « Mais je ne voulais pas parler de ça / Je ne voulais pas parler de ça » — ce nom, ce pays qui en recouvre un autre, d’autres noms, pas dignes sans doute — il faudra bien un jour leur réserver un sort, dans le plus pur principe de réalité, fût-ce à partir des souvenirs, à travers les images à la télé, le nez dans la soupe, les autres aussi — il faudra bien, clairement, les sabrer — la guitare, lourde, acérée, martel en tambour — les chatiler — « Entre moi-même et moi-même s’étend une distance infinie / Entre moi-même et moi-même s’étend mon vrai pays » ?
  30. Sur la queue de castor, je n’ai pas grand-chose à dire, hormis des connaissances générales insignifiantes, comme le fait qu’après l’homme il s’agit de l’animal qui modifie le plus son environnement pour vivre, le fait que Simone de Beauvoir avait pour surnom le Castor, le fait que Castor et Pollux dans la mythologie latine… et je n’en sais pas plus, j’ai oublié — d’ailleurs je viens de vérifier, c’est dans la mythologie grecque, des jumeaux divins (et dans l’astronautique française : deux satellites des années 1970).
  31. L’ennuyeux, avec ce genre d’entreprise d’écriture, c’est que même dans les moments où l’on n’écrit pas, où l’on se trouve loin de la table de travail, ça continue quand même de tourner dans l’esprit. Même et surtout dans les grands moments de pause, dans ma sieste, ça tourne et retourne l’esprit, ça se mêle à d’autres images sorties de nulle part, et on se demande si ça nourrit le rêve naissant et si ça le combat parce qu’impossible de s’endormir en fait, on reste dans cet état instable, dans cette veille plus lourde que les paupières, mais continue, comme une machine en veille clignote calmement en poursuivant ses mises à jour complexes, le sommeil pour improbable horizon, et quand on se relève, groggy, et qu’on se remet au travail, ce qu’on écrit c’est à se demander si je ne l’ai pas rêvé.
  32. Donc, avec les becs de canards, c’est plus facile. Il y a Saturnin, star de ma prime enfance dont je regardais les aventures à la télé, avant la soupe et les infos, dans l’émission Croque Vacances je crois, ou Récré A2. À l’époque la télé était en noir et blanc, pas de télécommande, il fallait se lever pour changer de chaîne en appuyant sur une touche ronde, et j’aimais ça, ces touches rondes, concaves, douces pour la pulpe des petits doigts, et le bruit qu’elles faisaient, quelque chose du compresseur au moment où il s’arrête de tourner et lâche un petit pet d’air. C’est ça, elles étaient montées sur coussin d’air ces touches de la télé. Et Saturnin, lui, il courait dans la télé. Du moins il essayait parce que c’est difficile de courir quand on est un canard, il faut se déhancher plus que les marcheurs qui courent en marchant, quand on n’a pas de hanches efficaces, il faut se dandiner à mort. Et je me demande ce qu’est devenu le caméraman qui marchait derrière le petit canard, et si le canard courait parce qu’il avait peur du caméraman ou parce qu’il était bien dressé pour aller là où le caméraman voulait. Et je me demande aussi si le canard qu’on m’avait offert à l’époque, un col vert et je l’avais baptisé Saturnin évidemment, n’avait pas peur de moi quand on l’attrapait dans la bassecour. En tout cas, les autres à côté, des canards, des poules, des colas, des dindes, ils s’écartaient. Pas le dindon, pas le grand mâle, la Perote, avec sa robe noire bouffante aux reflets dorés, cuivrés, de bronze oxydé, et sa tête rouge et charnue, l’œil bleu sévère, et ce lambeau de chair, la caroncule, qui pendait comme de la morve à mon nez. Là, c’est moi qui m’écartais.
  33. Les œufs, pour moi, c’est surtout en omelette, avec de l’oignon réduit, des lardons, des bouts de chorizo, un peu de poivre ou de piment d’Espelette, du gruyère râpé au dernier moment, un coup de poignet et ça se replie sur le fromage, qui va fondre dans le chausson doré. Pour les tranches de pain, une Gana. — Il fut un temps où c’était sur le plat. Quand je rentrais du lycée, chez mamie Lulu, je me cassais deux œufs frais dans la petite poêle, une poignée de sel, une autre de poivre, du gruyère râpé, un peu, beaucoup, passionnément pour que ça grille sur les bords, à feu moyen et recouvert juste une minute. Et pour le pain, un morceau de la grosse miche.
  34. Et justement, quant aux mamelles, est-il besoin là encore de faire un dessin ? — Mais oui, parce qu’il y en a de toutes les formes et toutes les couleurs. Surtout, mes toutes premières (en dehors de celles qui m’ont nourri dès la naissance, auxquelles je me suis accroché et sur lesquelles je me suis endormi, enfoui, lové, comme avant dedans le monde en forme de ballon, mais de dehors cette fois, le ballon à portée de main, à portée de bouche, et c’est ça d’abord le monde, quand on se trouve au sein du sein, et c’est sans véritable rapport avec l’organe glanduleux des mammifères), celles que j’ai pu toucher, manipuler, avec lesquelles j’ai joué, ce sont celles de Margot, la vache impassible, si docile qu’on montait sur son dos, on pouvait la serrer fort au cou, la tête contre mandibule ruminante, douce et grasse, Margot dont le lait aura pris le relais de celui de maman, c’étaient des pis. Des mamelles d’un genre hybride, avouons-le. Et nul besoin de nouveau dessin pour le prouver. Mais on peut le chanter avec Brassens, tiens, dont on fête le centenaire de la naissance : « Quand Margot dégrafait son corsage / Pour donner la gougoutte à son chat… »
  35. L’oralité, écrire l’oral, toujours, c’est là, ici avec une petite élision, une petite apostrophe, et des fois je me demande pourquoi, pourquoi l’apostrophe, qu’est-ce que ça change que j’écrive jsuis au lieu de j’suis, puisque c’est de l’oral qu’on écrit — mais suis tout seul, en début de phrase, comme dans certains journaux, non, pour moi ça ne va pas, il manque quelque chose, il manque quelqu’un, ce quelqu’un qu’on n’oublie pas quand on parle —, mais en même temps je l’aime bien l’apostrophe, cette petite virgule en suspension qui fonctionne comme un accent du souvenir, qui dit qu’il y avait là une lettre, la lettre d’un pronom, et c’est quelque chose quand même un pronom, surtout avec je, avec tu, quand c’est quelqu’un, il ne faudrait pas l’oublier, et c’est à ça qu’elle sert l’apostrophe — tiens c’est un ou une déjà ? —, à se souvenir de la lettre manquante et avec elle le pronom, la personne. — Bien sûr, si j’avais pris pour exemple t’es, je n’aurais pas eu besoin de me poser le problème assez vain de l’apostrophe. Et puis, la question initiale concerne l’oralité, la tension de l’oral dans l’écrit.
  36. Le retour de la tranche à propos de la création des mots, le pain de la langue, la bouchée de sens d’un préfixe, d’un suffixe, du radical, le goût de la lettre, d’un « A noir, E blanc, I rouge » …
  37. Inventer : si c’était lié au verbe venter, qu’est-ce que ça voudrait dire, ça invente fort ce soir ?
  38. Et le mot qu’on crée avec des petits bouts d’autres mots, ce serait quoi ? Ornithorynque ?
  39. Le tri me renvoie à deux choses : Penser/Classer de Georges Perec ; et le temps où je ramassais le tabac avant la rentrée universitaire, en septembre-octobre de 1997, 1998, 1999, d’abord sous la machine à cueillir les feuilles, les placer dans le panier devant soi et appuyer sur le bouton rouge pour le faire monter, ensuite sur la récolteuse pour récupérer les feuilles des paniers et les donner à celui qui s’occupe de les disposer dans un grand bac, enfin pour conduire la récolteuse et disposer les feuilles dans le bac, droites sur la tranche (décidément) et assez serrées, mais pas trop parce qu’il faut ensuite les embrocher à l’aide d’un peigne qui pourrait être trop lourd à dégager et à installer dans la structure de stockage — je crois que j’en ai déjà parlé (écrit), mais quand ?
  40. Depuis ce matin, la feuille devant moi, les trois dernières lignes à recopier. Et je n’ai pas envie. Je ferais mieux de passer mon chemin, de les oublier. Je ferais mieux de copier les trois lignes bien plus amicales de Line. — Tiens, c’est drôle ce rapprochement, ligne/Line.
  41. Un mot d’enfant en fait. Et ce n’est pas qu’il est vraiment inventé, mais juste mal articulé. Les syllabes sont mal prononcées, à cause de quelques lettres mâchées, mangées peut-être. Alors oui, forcément, on se retrouve avec un mot monstre. Énorme à force de répétition. Un mot autotrophe, qui grossit à mesure qu’on le répète, qu’on essaie de mieux articuler, mieux prononcer. Mais pas moyen, rien à faire. Il reste là, à grossir. Ce n’est déjà plus un petit chat au fond de la gorge, c’est un vrai félin, un tigre, un lion. Et ça feule fort, et ça rugit, ce mot de rien pourtant, si commun à la base. Insignifiant même. C’est juste que ça avait l’air drôle de le prononcer. Mais au final, non. Impossible. Le mot est indicible, imprononçable. À moins de le rugir et alors on ne comprend rien. C’est vraiment ornithorynque tout ça.
  42. La barbarie, c’est ça que j’ai peut-être découvert, le soir en mangeant ma soupe, en regardant la télé, les infos, le nouveau reportage sur le Liban, la visite de Beyrouth, encore, dans le même dédale de rues, de décombres, avec les mêmes figurants défigurés par les mots incompréhensibles qu’ils proféraient, criaient, hurlaient comme des coups d’épée dans l’eau, comme des pavés dans une mare dépeuplée, une mare sans canards, ou alors sur le bord, et déjà en train de courir, de se barrer comme ils peuvent, et ils peuvent pas parce que c’est pas fait pour courir un canard, il y a toujours cette troisième patte invisible entre les deux autres à éviter, comme le bâton qu’on installait au coup des vaches, dont j’ai oublié le nom, cette troisième patte sans nom, sauf que non : des noms, elles n’en manquaient pas en fait, mais lequel c’était ? lequel parmi tous ceux qu’on hurlait, ceux qu’on traduisait, ceux qu’on analysait, interprétait, expliquait, déchiffrait, décrivait, décryptait, décriait ? lequel dans les rues de Beyrouth ? lequel sur le plateau télé ? lequel dans la cuisine d’alors ? qu’est-ce qu’on disait le nez dans la soupe, l’œil sur l’écran ? qu’est-ce que j’entendais, qu’est-ce que je me disais, Jack ? qu’est-ce qu’il disait Alex au docteur Brodsky pendant les projections du traitement Ludovico ?
  43. La soupe de lettres. C’est avec ça que je les gobais, les mots ? les injonctions ? les contradictions ? Quels mots je formais avant de les avaler, de les remélanger au bouillon ? combien de mots je pouvais former ? Bougnoule, il s’y trouvait dans la soupe ? Et nègre ? Et quels autres mots comme ça, même si c’était avec d’autres infos, avec un autre genre de soupe, qui parfois avait tourné, sans lettres, un velouté pour le repas de famille du dimanche, et il y avait un beau canard dans le four ?
  44. Et aujourd’hui, ces néologies, ou ces mots nouveaux qui fourmillaient alors de la télé à la cuisine — mais un nouveau mot, inconnu, entendu pour la première fois, ne résonne-t-il pas comme une forme créée, ou produite par composition, dérivation, déformation, etc. ? et même, un mot nouveau ne peut-il le rester, le demeurer ? ne peut-il toujours sonner d’une étrange façon, comme si quelque chose n’était pas passé, jamais ? ou comme si on avait gobé un truc en plus resté coincé là ? la déformation même, l’emprunt, le calque, le glissement de sens ou de son dans la soupe ? en plein dans l’œil aussi ? —, c’est quoi ? c’est où ? Dans la structure ?
  45. C’est drôle, ici le rapport est inversé : ici ce sont les notes qui valent comme texte, le texte de base à copier, modifier, le texte final même, n’étant jamais que des prétextes qu’on pourrait sans regret effacer.
  46. Tiens, en comparant le texte original et le texte final, un point d’interrogation a disparu sans que je m’en aperçoive. À croire qu’il n’y a plus à se poser de questions. — Sauf que : faut-il vraiment repartir pour un tour d’écriture ?
  47. À regarder le texte qui résulte de la copie, avec deux personnages en moins, un signe de ponctuation oublié et une erreur de conjugaison corrigée, me dire à présent que je vais recommencer l’opération, recopier ce que je viens de copier, le ressasser, sans rien modifier je présumer — à moins de tailler dans le vif —, c’est me dire aussi, avec L’Effacement du monde dont la lecture sera bientôt terminée : « Je ne veux pas retenter l’épuisant tour de force de traduire les textes. La simple vue des caractères imprimés me soulève le cœur. Je pourrais vomir à trop disséquer le nouvel alphabet. Les yeux me piquent. »
  48. Mais, si je dois retenter l’opération, je ne veux pas le faire seul. Je veux bien le faire avec Line. Et juste avec son message d’amicale lectrice. Juste en le relisant, pas en le copiant. Ou juste quelques mots. Ressassement, ronds, boucles, retours, coupes. Et juste la question finale. La question juste : « l’auteur est la solution du formateur ? » Je ne sais plus ce que j’ai répondu.
  49. Et j’imagine aussi comment je pourrais récupérer, comme ça, quelques mots, quelques bouts de phrase des quelques lecteurs et lectrices qui m’ont laissé un mot. Et ça ferait un texte, foutraque peut-être, mais bien plus sûr que celui que je ne veux pas recopier. Et ce serait un peu comme dans « La Dernière chanson » de Mendelson, où le groupe tire sa révérence en saluant tout le monde et en les nommant. Et ici, mieux que nommer tout le monde, on les citerait pour remercier chacun et chacune. Et en remontant les commentaires dans le temps, tiens. Et, bien que ce soit une idée un peu idiote, ce sera en même temps une façon de parler à travers toutes ces voix, et à travers le temps. Ou plutôt avec. Et Dieu sait ce qu’on pourra lire.
  50. C’est moche — Je me suis bien promenée — Pour cette écriture du travail, ou l’utilisation du travail (du lieu du travail, des gens du travail, des phrases du travail, de soi au travail, de ce que le travail fait à soi) comme matériau d’écriture — Mention spéciale pour le voisin qui répète — Impression d’avoir rencontré “pour de vrai” — La vibration dans les narines — Magnifique de précision et de grâce — Par l’écume qui traverse les trois/quatre photos — Ou comment créer une zone de perturbation sur le quotidien en un seul mot — Mais dans le même temps un léger… décalage persiste, insiste qui attrape, oui, captive, force à poursuivre plutôt qu’invite — Et les coups de grisou de la révolte — Les abords possibles sur un même événement — Surpris par des registres qui se télescopent — Le petit animal d’Annabelle — Un peu perdu dans ce copieux journal en forme de collage ou plutôt éclaté — Qui cahote cahute dans les sentiers jamais battus — Les couleuvres coincées dans le gosier — Pour le texte et pour ce codicille édifiant — Après l’exposition de tant de tripes — Il doit y avoir une fleur quelque part, je m’étais dit ou c’est seulement ce dont je me souviens, là, juste, ça se peut, ça n’a pas non plus trop d’importance — Cette foule d’interrogations angoissant à la lecture proche de la folie — Pour dire l’étouffe-chrétien (ou le bourre-cochon) — Chez moi, on dit “eh ben purée !” — On y perd son latin ! Uniquement une pile de papiers inoffensifs — Qui se garde bien de décrire “l’image de son visage” — L’importance de “les cons”, litanie qui nous tient — Ça donne l’idée du bric-à-brac qui peut s’y trouver encore… — Quoi encore dessous ? Tu vas nous l’dire ? Faut pas charrier quand même… — Embarquée ! — Inlassablement (ou très lassablement mais interminablement) — Sacré Jack ! — (kézaco Jack kardegic ?) — Même sans gant même sans souffler une minute même si plus du tout de papier — Ce qu’on peut faire avec la soif et le bref — J’aime — (je me disais exactement la même chose) — Le texte le plus bref

6 commentaires à propos de “L#13 | Ornithorynque”

  1. je copie/colle, Jack, c’est juste pour faire encore tourner (un petit peu) : “C’est long, certes, mais ça vaut vraiment le coup. Un ressassement que je n’ai pas lâché à un seul moment, avec ces phrases, ces prénoms et toutes ces histoires qui avancent tout en faisant des ronds, des boucles, des retours et des coupes. Merci aussi et surtout, pour ce personnage du formateur, et de tout ce qu’il peut dire sur le fait d’être dépositaire de la vie des gens et de ne pas savoir vraiment quoi en faire ..Est ce que l’auteur est la solution du formateur ?” – (j’avoue j’ai pas tout lu) (j’avoue) qu’est-ce que tu dis ??? (spécial dédicace : https://www.youtube.com/watch?v=Q8Tiz6INF7I) (et merci pour tout, Will)

    • “‘avoue j’ai pas tout lu” : oh, de toute façon, j’ai pas tout écrit Piero. — Un grand merci pour ton soutien à Jack (avec qui je n’ai finalement pas passé tout l’été, mais il est pas fait pour ça en fait — à croire qu’il faille aussi apprendre à connaître ses personnages). La dédicace est parfaite, ça remet de bonne humeur tout de suite.

    • Pas besoin de se presser. Surtout, prendre le temps de siroter un verre entre deux lectures. Et non, Jack n’a pas eu soif. Il n’a pas été très sollicité, et je l’avais sur le dos tout le trajet ! Merci Louise.

  2. Ce que je voudrais : répondre point par point. Répondre 50 fois. Mais nous sommes déjà, je crois, dans une correspondance, ça va être du gâteau avec tout ce que charrie ton fleuve, Will, je n’ai qu’à m’assoir et je vois passer tous les corps : de mon ennemie, oui, mais dis « tu ta mère » c’est de l (analyse transactionnelle ou bien tu as oublié le — e — impératif à l’impératif ? Les corps chimiques et cette notion sur les couleurs de l’atome récemment croisée chez Alexander Kluge : le désir nostalgique des couleurs séparées. Les corps d’ornythorinx, parce que franchement c’est comme ça que je l’aurais écrit et j’ai cru aussi voir passer le corps de l’Union Libre de Breton [Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
    Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
    Ma femme au sexe de miroir
    Ma femme aux yeux pleins de larmes
    Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
    Ma femme aux yeux de savane
    Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
    Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
    Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre]
    Et voilà que je ralentis ici, pour nos travaux ailleurs. À tantôt, Will.

    • Oh, le bel “ornythorinx”. Avec un peu plus de fièvre, j’aurais peut-être pensé à ce genre de remède fébrifuge. — A me citer Breton et son Union Libre, oui, je crois que j’y pense déjà. — Je ne sais rien de l’analyse transactionnelle (heureusement, il y a les Wiki), mais l’analyse grammaticale est très juste: j’ai bien oublié le – e – impératif. Et pourtant, trouvant à redire sur le syntagme précédent, on ne voit que ça ! Et je me vois même le revoir sans rien trouver à redire ! — L’erreur est trop belle pour être corrigée. Si elle l’était, les présents commentaires, les petites correspondances, ne participeraient plus vraiment du texte. — Un grand merci, et un grand salut amical.

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