# L5 – Carnet

Sur ce verso la trace noire de ce qui a été écrit au recto et ce verso renforçant les mots posés sur le recto devient à son tour imprégné de traces d’encre noire apportant une sorte de confusion de surimpression jusqu’à l’illisibilité ou une demande d’effort supplémentaire pour le déchiffrage une force d’attraction pour l’explorateur à la recherche de lui-même et un repoussoir pour qui ne veut pas lire n’en a pas la force c’est ainsi que s’amoncelle les choses dans une mémoire procédant par grand pan panneaux auxquels sont suspendus des tapis à motifs bariolés et colorés fortement colorés des rouges des verts qui se repoussent sur les rétines s’étalent sur les bords pour se libérer LIBERER ce mot arrive sur une nouvelle page blanche qui ne porte encore aucune trace de quoi que ce soit ni de mot ni de ce qu’il pourrait désigner ni d’empreintes d’encre hormis ce qui s’écrit au-dessus et juste avant ce blanc silencieux qui maintenant ne l’est plus, se charge de syntagmes qui disent le beau temps qu’il fait aujourd’hui bien que trop chaud à l’heure de midi se remplit de la stridulation de centaines d’insectes invisibles contre la pierre sèche au milieu d’herbes jaunies cramées par le soleil blanc diffus au centre du ciel jaune les ombres cachées sous les pieds des traces d’encre insectes marque d’empreintes de pattes stridulations visuelles juxtaposées d’une page recto à une page verso et vis versa à la relecture la pâleur des espaces entre les mots entre les phrases se comblent et bientôt un vertige s’installe le r d’un romarin se confond avec le t d’une tour à l’envers sans miroir si les images pouvaient parvenir au cerveau par le chemin le plus direct que verrait-il ce schéma vu dans un dictionnaire d’anatomie des voies visuelles deux rectangles joints un champs visuel J et un autre K d’où partent des ondes lumineuses J’ et K’ quatre flèches pour chaque champs deux directes et deux indirectes se croisant avant de toucher la rétine par voie directe celle du champs visuel J touche la rétine de la partie nasale de l’oeil gauche tandis que celle du champs visuel K touche la rétine de la partie nasale de la rétine de l’œil droit simultanément d’autres ondes lumineuses partent des deux champs visuels appartenant toujours à la même image se croisent avant de toucher les rétines de l’œil droit et gauche dans leurs parties temporales cependant seules les ondes lumineuses qui ont pris des voies directes vont s’entrecroiser dans le chiasma optique celles qui se sont déjà croisées ne le feront plus ainsi l’image parvenant dans l’aire visuelle du cortex est inversée par rapport à l’image réelle des nerfs du chiasma au tractus optique en passant par les corps géniculés latéraux les collicullus supérieurs par radiation optique parviennent à l’envers les images dans l’aire visuelle du cortex qui par intégration des centres de mémoires et de la vision dans cette aire d’arrivée sont correctement interprétées à l’endroit LOGOS avec encore un peu de force s’il en reste l’incroyable transformation des ondes sonores en influx nerveux de la conversion de l’énergie sonore en énergie mécanique par vibration fragments d’histoires comme des électrons l’oreille externe capte les ondes sonores le tympan transforme cette énergie sonore en énergie mécanique dans le labyrinthe osseux de l’oreille interne l’énergie amplifiée est transmise à la fenêtre du vestibule contenant de la périlymphe les ondes devenues liquides empruntent une rampe jusqu’à l’helicotréma qui fait deux tours et demi plus tard à notre échelle ce qui veut dire instantanément elles sont amorties et continuent leur chemin en influx nerveux transmis par les neurones au rameau du nerf crânien l’histoire la plus silencieuse qui soit 

A propos de Romain Bert Varlez

Anime des ateliers de yoga et de relaxation depuis plus de dix ans.

Une réponse à “# L5 – Carnet”

Laisser un commentaire