Le bourreau des souvenirs…

Les rayons du soleil passent à travers l’embrasure des rideaux en lambeaux et me réveillent instantanément. D’un geste brusque et fort, je sors de mon bout de lit en résigne de pin. Et déjà, elle m’attend devant la porte de ma chambre. Le sourire jusqu’au coin des lèvres, les cheveux en bataille, à moitié vêtue et du haut de sa petite taille elle me présente sa dent. < Une autre ! > me dit-elle en s’élevant sur la pointe des pieds. La froideur du sol en bêton ne la refroidit guère, elle y sautille les yeux brûlants de joie.

Je prends ce bout d’elle, que j’accroche aussitôt sur une corde où serpentent d’autres dents de lait, attendant patiemment une souris qui ne viendra jamais. Je lui renvois aussitôt un bout de sourie moins enjoué que le sien, avant de l’entraîner dans le reste de cuisine où l’attend sa pitance. Un bout de pain rassis qu’accompagne un verre de lait lourdement coupé à l’eau. Et pendant qu’elle torture son estomac avec cette ration de deuxième régiment d’infanterie, elle en profite pour me montrer la date sur le morceau de calendrier cloué au mur. Cette dernière indiquait le réveillon de noël. Une chose qui suscitait tellement de rêves en elle, mais qui hantait tous mes cauchemars. Je répondais vite fait à quelques-uns de ses souhaits destinés au père noël, sans l’avouer que la majorité ne serait pas entendue.

Le moment venu, et comme de coutume, je l’accompagne à la porte, où je lui souhaite une bonne journée avant de la voir s’éloigner pour l’école, où peut-être elle se bâtira un avenir meilleur.

5 commentaires à propos de “Le bourreau des souvenirs…”

  1. Les rayons du soleil passent à travers l’embrasure des rideaux en lambeau mais je suis déjà réveillée. Le soleil est en retard ce matin. Le vieux drap de mon lit a glissé sur le sol pendant la nuit, alors je le remets en place avec mes petits bras et… Oh, ma dent !
    Je cours me regarder dans le miroir. Il est dans la salle de bain. Un peu trop haut pour moi. Je m’agrippe au rebord de l’évier et me hisse, encore trop haut. Tant pis. De toute façon, si rien ne peut m’aider ici, mon papa pourra me porter. Alors je vais à sa porte, j’essaie de ne pas le réveiller, mais pas besoin d’attendre, le soleil l’a déjà réveillé.

  2. Le moment venu, et comme de coutume, je l’accompagne à la porte, où je lui souhaite une bonne journée avant de la voir s’éloigner pour l’école, où peut-être elle se bâtira un avenir meilleur.
    Mais je souhaite aussi réussir à lui en bâtir un meilleur. Alors j’ai décidé d’aller voir mon patron et de lui dire sérieusement ce que je pense. Non il n’a pas le droit de ne pas me payer pendant des mois sous prétexte qu’il n’a pas le temps. Marre de ne rien dire. Marre de me faire marcher dessus. Marre de ce boulot de merde.
    Aujourd’hui, je vais bâtir une meilleure vie pour ma fille, mais je ne m’inquiète pas pour elle, c’est une battante, je sais que de son côté elle va se bâtir un avenir radieux.

  3. C’était un jeu, entre nous. Le goût des souvenirs, je lui demandais ? Et il répondait. L’odeur des souvenirs, je lui demandais ? Et il me répondait. Le bourreau des souvenirs, je lui demandais ? – Attends, il m’a répondu. Et il m’a donné cette lettre, que voici. Je vous la lis à mon tour.

  4. Avec le recul aujourd’hui, je me rends bien compte que mon père a tout fait pour me combler de bonheur. Je voyais la fierté dans ses yeux lorsque je lui donnais mes dents de lait. Bien que nous manquions d’argent et que nous mangions peu, j’étais la plus heureuse des petites filles. Car il n’y a pas plus grande richesse que l’amour d’un père.

  5. C’est lui qui vous porte partout. Qui vous fait courir si loin. Sans jamais s’arrêter. Sans toujours comprendre ce qui fait foncer. Et un jour on regarde le chemin avalé. Le temps parcouru sans toujours penser. Et on comprend mieux pour qui on l’a fait.