Le Jus d’Abricot

Elle avait une tasse à la main, un cadeau de sa fille gravé de son amour, un breuvage fumant qui diffusait la douce odeur des grains de café, qui embaumait ses pensées, on pouvait se les imaginer, elle avait le regard perdu suspendu et divaguant dans le néant, empli de fatigue car il était déjà trop tôt, elle but une gorgée de café, dégusta la crème au café d’un opéra, se servit un verre de jus d’abricot, elle sourit puis confia combien elle aimait l’abricot, que son parfum et sa couleur lui rappelait son enfance au Maroc, une enfance aux couleurs chatoyantes, où elle allait avec sa cousine ramasser les fruits orangés, elle disait qu’il y en avait partout, qu’ensuite elle vendait les noyaux de ses derniers et qu’à chaque fois qu’elle se délectait de cette boisson, elle se noyait à nouveau et inlassablement dans ses souvenirs si heureux, elle semblait émue, j’essayai de peindre mentalement les images qu’elle dessinait avec tant d’émotions, des senteurs, des goûts, des couleurs qui remémorent des fragments de vie, elle devait sans doute vouloir continuellement revivre ces instants, car souvent elle consommait ce fameux jus d’abricot, c’était un peu comme sa madeleine de Proust mais elle, elle n’aimait pas les madeleines, d’ailleurs elle n’aimait pas les gâteaux de manière générale, ici il y en avait tout plein de gâteaux car on était à la boulangerie, mais elle aimait seulement son café et sa madeleine, enfin son jus d’abricot, et quand le monde s’activa pour son rendez-vous avec son expresso et son journal, elle se retourna pour servir et s’envolèrent les souvenirs.