LE TEMPS

C’est comme si aujourd’hui il fallait dire, le temps est rentré dans le domaine de la séparation, c’est comme si un impératif se présentait, celui de laisser la matière sur le sol, afin de poursuivre notre route en toute liberté, dans le sans attache où se découvre l’expérience d’un personnage, expérience par laquelle chacun est en mesure de découvrir les articles de la revue élaborant le cœur de l’histoire, je parle de l’aventure «Charles» et des titres aux contenues divers – Métaphysique et avant garde avec la Beat Génération – L’âme secrète du Portugal avec Fernando Pessoa – Le solipsisme appliqué avec Ladislav Klima, en train de questionner, de reprendre ses masques qui déshabillent le corps et le dépose par terre, en train d’affirmer – je vous demande de retourner à la question de l’intangible et sur ce retour à l’origine de l’abandonner ce corps, puisque nous le savons avec certitude, cet ancien phénomène qui vous habite est de trop, en fait ce n’est qu’un corps, une vie de particule maintenant inutile, idiote, sans intérêt ni substance, un médiocre cheminement qui c’est poursuivit au travers de certaines de ces lectures très mals incarnées, oui allô j’ai reçu vos textes j’en ai lu quelques-uns mais vous savez je ne suis pas éditeur de poésie et puis ça ne se vend pas ; ce n’est pas ce que vous cherchez, en tout cas comme le dit Nietzsche, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort ; pourquoi me dire merci monsieur ; oui vos enfants se trouvent seuls à côté ; vous voilà obligé d’interrompre la conversation ; il faut que vous raccrochiez ; ça n’a aucune importance, du moment que vous y repensez un jour ; comment vous dites ? Vous comprenez qu’un principe ne cesse d’être avec vous et ce n’est pas demain la veille de le voir vous quitter, vous devez vous en rentre compte, qu’il vous colle à la peau, avec ses affaires clownesques, ses déambulations arbitraires, son lac lacrymal, parce que c’est lui le vecteur de la tentative de langage et il ne convainc pas, cet acharné en train de se défendre jusqu’à son dernier souffle – qui ça ? Le corps je vous répète, alors peut-être un jour l’écriture créative tu la rencontreras et de là ce corps qui s’épuise laissera place à un vrai élan ascendant comme ce point yin dans la surface yang en attente d’une inversion, appliquant la mise en place de la relation contraire ou chacun finalement finit par se trouver là où il doit être pour se vivre harmonieusement, engagé dans une relation sans interruption, avec une fluidité, une dynamique de liberté adossée à cette formulation : le présent répare le passé et prépare l’avenir, ici ou ailleurs, en un temps spécifique indécelable, il regarde ce corps tendre le bras et il le laisse là où il se trouve, il finira par s’asseoir, chacun passera à côté de lui, l’ignorera, il s’allongera progressivement, de plus en plus inapparent, puis disparaîtra, afin qu’il y est un jeu de rouage, avec ce point blanc soumis au rythme du véhicule, qui un jour redémarre du carrefour, passé présent et futur entremêlés, articulation des moteurs qui s’emballent et explosent, attirent les regards, laissent aller les cris qui demandent à ce qu’elle s’écarte cette auto, avec son incongruité dans l’espace conditionné à chaque fois par des désirs, pris à chaque fois d’un même désir, celui de s’animer, désir de lui donner une illusion à suivre, n’est-ce pas je l’ai tendu le bras ? Il est resté immobile ? Jeu ignoré sur un marchepied, tu ne le perçois pas, pourtant il est bien présent, recouvert par cet ignoble qui se veut créateur alors qu’il n’est qu’un usurpateur d’espace et de ce constat tu es décidé à le quitter, décidé à avancer sans lui ; malgré cela il parvient à mettre en avant des arguments ; parce qu’il le voit bien et il l’affirme : ce personnage est un faux-monnayeurs, oui il te le répète, il le nomme l’usurpateur et il est même plus accusateur, il dit ce malhonnête dans ses actes et intentions ne serait maintenant dans mon esprit, se défaire de la représentation de faux-monnayeurs, ce personnage avec qui il a dialogué lors d’une rencontre sur le banc, dans la montée ou bien la descente, enfin suivant le jour et ce qui est de la matérialisation systématiquement à l’œuvre, avec des particules de poudres de perlimpinpin, jusqu’au matin du mois de mars où il lui dit : je te quitte, sur-le-champ, écoute moi bien je deviens disponible, tu peux dépérir sur place ce n’est plus mon problème, alors là ce corps est loin d’être en accord avec l’intention qui c’est projeté et l’a repoussé pour quelques instants, parce qu’il revient et conteste le je suis disponible et demande au bel idiot – quoi quoi tu ne connais pas ce qui n’a pas de forme, tu devrais – quoi – tu devrais – mais quoi, je suis là alors dis le moi – tu devrais retrouver la projection, la nouveauté de chaque expérience, celle aujourd’hui qui manifeste l’histoire sous forme de dialogue – mais hier se disait autrement, remontée des oubliettes à la lecture de l’article, celui qui dit la fureur de vivre et rappelle qu’il est idéal de se défaire de tout et donc de la matière trimbalée quotidiennement – Viens ! Quoi ? Viens voir ! Quoi (silence) – Je suis rien ! – Et alors – Jamais comme ça, de là Charles poursuit la démarche qu’il mène encore malgré l’écart maintenant gigantesque entre lui et cette sensation du corps, démarche se nommant incitation au dialogue avec ce que je suis, se questionnant : mais alors il y a quelqu’un ici, bien sûr et vous n’aurez à faire qu’à vos propres projections, même si je vois bien qu’au moment où votre tête se tourne il ne s’est pas suffisamment écarté – seulement ? – eh bien, pour autant vous parvenez à affirmer, l’espace de l’expérience passée se distend lors du jeu se faisant sous l’œil de l’observateur, constatant qu’il n’est qu’un outil de projection, dégagé du quotidien après accusation faite d’usurpation de territoire, parce qu’il est une chose parmi d’autre et ne peut pas se concevoir comme l’unique ; ici d’autres enfants jouent sur la dalle, sur le terrain vague, dans la cour, dans les rues et couloirs, les scènes de théâtre, le cinéma, la salle de classe laissée ouverte, l’appartement dans lequel les lumières se voit d’en bas, là où les enfants jouent oui, là où ils arrivent de partout, afin de gagner le hall et les étages, de crier et chanter, avec des bruits d’ustensiles qui tombent sur le sol, dans une activité qui demande ce qui nous quitte…

A propos de Rudy Brindamour

J'aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m'offrais au soleil, dieu de feu.

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