Mais alors quoi c’est fini?

Mais alors quoi c’est fini tout ça c’est bien fini mais non bien sur que non enfin tout de même non j’y crois pas ben si ça l’est l’été est parti depuis longtemps il reste que nous à table sous notre chapiteau qu’est plus là même la bâche protectrice a été pelée comme une peau d’orange et même la structure métallique s’est barrée à grandes enjambés je m’en vais je veux pas rouiller qu’elle a crié déjà au loin mais nous toujours à notre table tous ensemble on a continué comme si de rien était au revoir la bâche bon vent on se reverra au prochain été mais l’été l’était plus là quoi mais et alors et pi quoi l’été quel été d’abord qu’on disait on s’en moque de l’été et à continuer attablés comme si de rien été et à écrire et à écrire et au bout de la table il y avait le grand shaman non le grand conteur non le magicien inspiré qui sortait des propositions de ses livres comme si c’était des chapeaux et tous comme éberlués à regarder les propositions qui s’envolaient et disparaissaient au loin vous avez vu vous avez vu mince j’ai rien compris mince j’ai rien compris on peut la revoir s’envoler la proposition et c’est quoi le ternaire c’est quoi à misère je vais jamais y arriver ça se désespérait devant les claviers et les feuilles en papier le ternaire le ternaire nom d’un chien mais soudain à nos pieds entre escarpins tongs pataugas souliers vernis claquettes tennis espadrilles pieds nus talons aiguilles ballerines chaussures à crampons (oh c’est à qui ça? ) et hop hop hop elles poussaient de tous les cotés comme dans un jardin en caméra accélérée de tous les cotés cela se développaient rampant montant s’enfonçant coloré pas coloré avec fleurs ou légumes salades radis tomates carottes haricots betteraves rouges roses œillets lys orchidées renoncules pivoines pâquerettes coquelicot ou pas fleurs pas légumes de tout il y avait et voilà et tous tous ensemble autour de la table ça écrivait de tous les cotés avec plumes d’oie stylo bille cassé pas cassé juste fatigué ou en pleine forme neuf tout juste acheté avec clavier édenté clavier tout neuf brillant de toutes ses lettres stylo à couleurs argentées encre noire bleue verte rouge violette sur des feuilles à petits et à grands carreaux sur des feuilles blanches immaculées sur des écrans petits ou un peu plus grands ça vivait ça vivait comme une génération spontanée Pasteur pouvait aller se rhabiller il faut le dire tout de même tout ce qui s’est passé ce n’était pas rien nom d’un chien mais alors quoi c’est terminé enfin comment comment et tout ce qui a poussé partout rampant grimpant ou dans les cavités enfin ça peut pas non ça peut pas et ho enfin quoi. Hugh. merci.

8 commentaires à propos de “Mais alors quoi c’est fini?”

  1. Ah Jeanne c’est superbe et très juste, j’ai beaucoup aimé te lire, les accumulations de chaussures et de stylos, ça dit bien de nous et puis la grande bâche qui s’en va et ceux qui restent là sans savoir, c’est tout à fait ça, quelques semaines que j’ouvre le dossier « atelier d’été » en le disant qu’il y a un truc qui cloche, hé hé… Les propositions s’envolent et on est bien là, sous la bâche de l’imaginaire, autour de cette grande table, sacré mouvement, y’a un bon vent qui souffle et ça pas s’arrêter comme ça
    tiens !

  2. Incroyable, Jeanne ! c’est exactement ce que je me disais cette nuit ! Je me suis demandé si j’étais la seule à ressentir ça (bien sur que non, comme d’hab !) – cette toile de chapiteau dressée sur la place le temps de l’été (pas idée un instant qu’elle s’envolera un jour !), le grand shaman (j’adore !!)/le grand conteur/ le magicien sortant les propositions de son chapeau – aussi époustouflé que nous de ce que ça générait… et nous tous des saltimbanques (je signe des deux mains !)… vas-y qu’on s’ l’est poussée la langue !! Merci merci, Jeanne !

  3. oui, je crois qu’on est pris dans un truc ensemble, je sais pas bien quoi, mais c’est un calorifère dans les frissons d’octobre, je crois que c’est pas fini, du tout. et peut-être même un début. Donc pas être triste, bien que tristesse drôlement bien rendue en l’occurence. le chapiteau les chaussures et stylos, ben oui. On est des nomades écrivant…

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