autobiographies #01 | oculus

J’ai un trou dans la poitrine de trente centimètres de diamètre
Peut-être qu’il était normal de ne pas trouver d’espaces intérieurs 
puisqu’ils étaient percés par du vide, puisque le rien
Corps traversant
Béance
Boulet de fusil
Beau cercle format tondo
Avec contours déchirés discontinus
Le corps-cadre de l’autour
Corps (découv)ouvert, environnement logé dans le corps



Espace d’enfant (rec)ouvert par l’espaces des géniteurs

Petite pente de 5 mètres de long aux plaques de bétons lisses tachetées grises sur lesquelles glissent formidablement les patins à roulettes aux sangles jaunes
La petite colline à côté fait peur
Elle est sauvage en haut : terre, herbes mauvaises et folles, racines compliquées, grillages baissés forcés
En contre bas, des barbelés volutes et le blockhaus 
Prendre de la vitesse, vent visage vecteur, vie


Chercher dans un espace indistinct de l’inconscient et du souvenir

Le garage de la résidence du grand-père 
La large porte métallique beige à bascule
Constamment peur qu’elle ne s’ouvre pas au moment de sortir du parking
Crainte également que la voiture s’approche trop et qu’elle prenne un coup de porte
Le petit boitier télécommande (qu’il faut bien ranger avec les clés) pourrait avoir été posé autre part panique, ou ne plus fonctionner, ne plus avoir de piles
Il le manipule avec préciosité
À droite de la porte, côté intérieur, dans le rêve ou la mémoire, un feu rouge rond
Attendre. En première ligne
La pastille verte est toujours étrangement longue à apparaître. « Alors il la crache sa Valda ? » dit le fils du grand-père 
(Je regarde à l’instant sur Internet à quoi ressemble cette fameuse pastille Valda. J’imagine une dragée verte préconisée pour le transit. En réalité, c’est une petite gomme molle recouverte de sucre râpeux au goût de sapin)
Le passage au vert ne marche pas et le feu reste rouge. Il change enfin. Mais pour redevenir rouge
Attendre. Sur la banquette arrière 
Respirer les odeurs mélangées de la voiture, des gaz d’échappement et de vieux métal du parking entier
Air insupportablement vicié
Plus question d’appuyer sur le bouton du boitier. Le feu doit juste passer au vert
La scène se rejoue sans arrêt. Comme les gestes de papy, dans un bon ordre établi, qui ritualisent le rangement ou la sortie de sa voiture au parking. Introduire la clé. Tourner la poignée ronde. Saisir la tirette en cordage. Opérer une première poussée pour demi-ouverture. Redresser son corps. Pousser la porte en se grandissant et en poussant du bras jusqu’à montée complète et butoir. Le créneau se découpe en phases de marches avant, arrière, prises d’angle et mesures de distances spécifiques inchangées et inchangeables. Répétitions comme ces cauchemars de ne pas pouvoir sortir, de ne pas gagner le jour qui, juste derrière la porte, lèvera d’un coup magistral l’anxiété
Patienter
Contenir l’angoisse lumière jaunasse
Nos teins sont verts
Odeur forte de métal, à chaque inspiration 
La plaque d’égout mal fixée fait toujours le même bruit sous le pneu des voitures qui passent où sous les pieds qui sautent dessus, en répète le claquement jusqu’à énerver tout le monde
Attendre
Et ça ne s’ouvre pas 
Il y a les ressorts sur les côtés de la porte, les rails et les roulettes du haut pour que la porte se colle au plafond 
Feu rouge. Rien ne bouge
Ça ne glisse pas du tout


Les boites ont des couvercles qui sont des portes 

Petit cagibi qui sent les manteaux en laine et les chaussures cirées
Mais que les étagères sont hautes, au-dessus des penderies 
Monter sur un tabouret et sur la pointe des pieds, glisser ma main dans la boite à médicaments
Je sais c’est dangereux, mais ce sont juste les Solutricines que je veux 
Face jaune, face blanche, petit filet brun au centre, plus sucré que les autres
C’est pour le goût citron. L’acidité obsédante du côté jaune
Là-haut en équilibre. L’ouverture de la boite est capricieuse. Je force. Toutes les pastilles bien rangées (c’est normalement beau à voir d’autant qu’elles ne sont pas disposées du même côté) jaillissent violemment et volent (plané). Solutricines en fontaine
C’est rageant. Moins d’être découverte que de froisser son plaisir impatient à récupérer et ranger tout cela et forcément moins bien, dans la boite
Un jour, derrière la porte du cagibi, dans le tout petit coin, retrouver un petit carré bicolore aux angles arrondis trainant dans la poussière 
Il est anormalement tacheté mais va directement dans la bouche 


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