[On se demande comment faire venir des personnages]

Parce qu’il faut bien faire quelque chose, pour les personnages se mettent à respirer. Vous croyez que c’est facile, et puis il y a un combat soudain à mener. Combat de souffle et de rage, jusqu’à ce que quelque chose existe.

La jeune personne : un nez long et droit, un fin visage avec pâleur de peau et les yeux secrets.

En son for intérieur, des souvenirs de batailles qui n’existent pas, du sang sur les pierres et des courages à revenir. Un homme, qui marche dans le charnier, demande à haute voix s’il a le droit de toucher les morts. Au fond, un volcan rouge dessine le visage d’un empereur sanguinaire

Elle n’a pas ouvert la boîte aux lettres aujourd’hui. Immobile elle regarde son frère étendu sur le tapis, un pied sans chaussette et la tête occupée par le jeu.

Je ne sais pas ce qu’ils pensent et je ne sais pas quelle est ma place, mais je veux pouvoir manger toujours à leurs côtés, malgré les détestations, malgré les morts dans les plis et ce qui est incertain. Sur ma mère je veux faire un reportage sans photographie. Elle y serait une image qu’on construit peu à peu, avec le bout des doigts. Elle y serait vivante, plutôt que morte.

Mireille : Son visage petit, en posant deux mains sur lui on recouvre tout, et définitivement. Le nez ni la bouche ne dépassent, ils sont plats. Sa peau très pâle.

En son for intérieur des houppettes de fleurs à forme d’écouvillon, un arbre entièrement bleu qui ploie lentement dans le jour qui descend. Une araignée gravit son fil vertical en pleurant des amours perdues. Elle s’assied sur le sol dur pour attendre que la nuit soit pleine.

Devant une toile elle reste immobile, les poussières du temps se déposent en étoile sur sa tête et ses épaules. Elle pleure peut-être quand le gardien lui dit qu’il est l’heure de partir, le musée va fermer. Il a des yeux tristes lui aussi.

Je ne peux pas mourir comme ça, je ne peux pas mourir sans revoir, il me faut marcher, loin et longtemps, ou pourrir sur place. Le tableau me venge des familles perdues : je n’ai pas que des égarements, il ne faut pas croire. Ah, la trace est bien ténue de ce qui me relie, et je voudrais dormir toujours, oublier jusqu’à la fin. N’être rien qu’une photo sur une pierre.

A propos de Juliette Cortese

A tâtons dans la langue, Juliette Cortese essaie des trucs, essaie d’écrire, essaie d’écrier les phrases muettes de son intérieur dans une forme audible à d’autres. Elle ramasse les minutes libres et les colle ensemble pour bricoler des écritures (voir blog), et occasionnelles vidéo(écriture)s. Travaille à ce que l’écriture devienne un peu plus le travail des jours de semaines, aux heures de bureau : ateliers d'écriture et accompagnement, formation, analyse des pratiques avec l'écriture. Ecriveuse des dimanches et jours fériés pas chômés, mal-finisseuse aspirant à mieux, sinon pianiste obéissante au texte.

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