personnages #1, visages, version 2

Portrait abstrait réalisé par Joseph Lee.

Ton visage a la couleur d’un autrement haletant dans la brume, empruntant les jeudis en deuil de tes souvenirs, cataplasme de lignes de passage, dysorthographie du temps.

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Aujourd’hui ce n’est plus ta bouche qui écarte les mots pour chercher une place où te dire, ce sont les mots qui remplissent de fragments l’abîme qu’était devenue ta gorge, recouvrent les plaies de l’attente.

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À l’aube de ton œil, un peu de suie.

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Et ta lèvre flatter la mort, et la mort flatter le givre.

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Mort en il, quel je en bouche ?

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Tu renverses les repères de ta langue dans les plis inégaux de leur regard, soudes ton souffle, je acquitté.

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Je, langue jetable, et parfois le ressac sur le bout des doigts.

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Je, langue à reculons, se contenter d’un ciel bleu pour dire que tout va bien.

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Languir le je d’être langue fugace, l’haleine d’un il pour point de chute.

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– Me laisseras-tu enfreindre tes yeux ? – Ça dépendra de l’âge de tes chagrins.

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Sa paupière, trappe d’eux, et de lendemains.

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Combien d’échardes dans l’esquisse d’une seule lèvre ?

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Combien de fois encore défroisser les lignes de ton front pour te rappeler l’inutilité de tes inquiétudes ?

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Ton visage, mécanique d’une enfance qui n’est déjà plus à l’ouvrage, l’œil dispersé dans le fatras d’héritages importés d’ailleurs, et le vent qui ne cesse de te refouler.

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Refuser de dire le visage, le rendre inexistant, prive le lecteur de tout jugement d’apparence, de toute comparaison, l’oblige à rencontrer le personnage dans ses urgences. Y a-t-il au moins un corps quelque part pour donner une direction ?

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