Protocole temps

Il y a deux jours. Vendredi vers le milieu de la journée sensation d’accélération et de vitesse une fois le travail professionnel accompli en télétravail. Promesse d’une pause dans le tourbillon que j’attends avec impatience. Je descends au rez-de-chaussée. L’immeuble parisien de douze étages date des années soixante et offre une façade géométrique. Tissage cubique qui donne une impression de dynamisme. Au centre de la cour se trouve la piscine. A 13h nager toujours avant de reprendre le téléphone et d’appeler les clients. La piscine est vide à cette heure. Seule au milieu du bassin, relaxation de tous les muscles le corps est plus léger. Ne plus penser à rien et faire le vide. Juste la sensation d’apesanteur et de l’eau qui rafraîchit la peau. Quelques longueurs pendant une demi-heure. Douche en sortant du bassin et lavage des cheveux en rentrant au studio. Ensuite plongée dans les articles personnels et suivi des dossiers clients. A 17H le temps est à nouveau à moi.

Jeudi à l’entreprise. Il faut démêler les problèmes logistiques et identifier les commandes égarées. Déjeuner au parc voisin avec une collègue. Au square Camille Ronce se trouve un dahlia impérial juste à l’entrée. Le soleil nous réchauffe et nous respirons sans masque. Retour à 13h30 au bureau, masquées. Il y a une urgence à régler. 18H15, le rendez- vous de l’ophtalmologiste a été déplacé. Il s’agit d’un problème récurrent de chalazion qui peut être dû aux effets du port du masque. L’œil est douloureux et enflé. Il faut faire des compresses chaudes fréquemment. L’œil est manipulé, la tension oculaire a augmenté. Il faut continuer les corticoïdes une semaine on verra ensuite en septembre. Pouvoir enfin ôter son masque à 19 heures en arrivant. Soulagement total. Respirer enfin sans contraintes. 

Mercredi. A l’entreprise, il faut régler les problèmes habituels. Beaucoup de téléphone car les commerciaux sont partis en vacances. Le masque m’étouffe toute la journée. Je déjeune au parc. C’est le seul moment de bien-être au milieu de l’herbe avec une courte sieste. Une collègue rentre de son déjeuner au restaurant. Hébétude à son retour avec l’annonce du départ inattendu d’une personne du marketing. Retour à domicile, je dors bercée dans le métro, épuisée. Arrivée au studio, le bonheur retrouvé de respirer sans masque.

Mardi. 1er jour de télétravail de la semaine.  Réveil à la dernière minute, j’aime tellement dormir. Trente minutes pour me préparer et prendre le petit -déjeuner devant l’ordinateur déjà ouvert. Il faut préparer les dossiers courants, valider les commandes et régler les litiges. Un ami vient me retrouver à midi. Bonheur retrouvé des conversations lors du déjeuner au restaurant dans la rue voisine. Retour pour le café, le téléphone sonne déjà. L’après-midi passe très vite. A 18 heures reprise de la formation à distance sur WordPress. Quelques erreurs apparaissent. Les pages sont enregistrées sous la rubrique canevas or elles devaient être enregistrées sous la rubrique thème. A 19 heures, c’est enfin la pause avec le dîner. J’écris ensuite. Le son de la télévision est bas je ne l’entends plus. Relecture d’articles pour la revue en Roumanie. Le dernier est sans doute le plus difficile. Il faut lui donner davantage de fluidité et reprendre un certain nombre de phrases. Corriger mais demeurer souple pour ne pas blesser l’enseignant. La mission est délicate.  Bonheur d’être seule et non masquée. Je me sens à ma place.  

Lundi. Retour à l’entreprise après le weekend. Fatigue des transports et constat de leur lenteur habituelle. il faut reprendre le travail, masquée. Je mange un sandwich à la pause. On nous informe qu’une tâche supplémentaire nous sera affectée. La formation aura lieu le lendemain avec les soldeurs. Fatigue et impression d’écrasement total en sortant. Tensions musculaires au niveau du cou et douleurs dorsales. Des orages violents éclatent. Malgré mon parapluie, je suis bientôt inondée. Le jean colle aux cuisses. Des rivières se sont formées rapidement sur le sol, les tennis ne sont déjà plus étanches. J’ai l’impression désagréable d’avoir sauté dans la piscine, tout habillée.  De retour au studio, j’enlève mon masque et le jette à la poubelle. Je quitte mes vêtements trempés et je prends un bain chaud pour me réchauffer. Le bien être corporel m’envahit. Je reste vingt minutes dans l’eau avant de dîner. Pas d’écriture, je suis trop fatiguée.

Dimanche. Réveil très tard. J’aime somnoler et paresser au lit. La radio en guise de fond sonore. Se mélangent réalité et rêve où suis-je alors … Il faut se décider et se lever avec courage. Fatigue, je pourrai rester une journée entière allongée à rêver, une éternité. J’écris après le petit déjeuner car je dois rendre un article encore dans l’urgence. J’aime être seule devant l’ordinateur. Je ne connais pas cette fatigue d’être seule, j’y aspire même parfois. Les mots fusent, matière sonore. Je vais nager à la piscine avant de déjeuner. Impression fugitive : lorsque mon corps se détend, ma tête est plus légère et les mots coulent avec facilité et profusion.

Samedi. Cours de charleston sur Zoom à 11H. Juste le plaisir de bouger pour se détendre, de danser, lié aussi au bonheur d’entendre cette musique qui met de bonne humeur. Swing. Tutti Frutti- Slim & Slam dans l’oreille. J’écris juste après. Devant la fenêtre, il fait beau même si la température est plus fraîche. C’est l’été 2021.

A propos de Sylvie Roques

J'ai publié surtout des essais et des articles. Depuis un an, j'expérimente d'autres formats de textes et participe à des scènes ouvertes.

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