Questionnements du jour

Au sujet de “La Robe blanche”, de Nathalie Léger.

Une écriture parfaitement ciselée, intelligente, exigeante, et pourtant, elle questionne mon rapport à mon propre travail.

Je dois relire chaque phrase plusieurs fois : la première fois parce que mon esprit ne s’y fixe pas instinctivement, il ne fait que qu’assister à son défilement comme un paysage à travers la vitre d’une voiture. Je la déchiffre une seconde fois plus avec attention, elle me fascine, je m’en délecte une troisième fois, voire une quatrième pour la recopier. Cette écriture si fine, si audacieuse me complexe, c’est celle que je tente d’approcher, avec son niveau de perfection, quand il me prend, souvent dans le cadre d’un atelier, de considérer l’écriture comme une prouesse technique.

Mais voilà, dans “La Robe blanche” la puissance d’évocation me reste intellectuelle : où sont l’émotion, les vibrations, l’appétit féroce avec lesquels j’assiste à des récits peut-être plus faibles au niveau du style, du sens, mais si intensément vivants !

Une des seules autrices qui me surprenne aux deux niveaux à la fois, c’est Joyce Carol Oates : parce que si certaines phrases sont si évocatrices, si puissantes, travaillées avec soin, elle n’en fait jamais trop usage, et met son style en priorité au service du récit. Et c’est bien ce sur quoi j’ai envie de me recentrer aujourd’hui : l’humilité primant sur les fulgurances, l’émotion sur la coquetterie. La sincérité, dans tout ce qu’elle a de brut, dénué d’artifices.
L’essentiel, c’est peut-être la fluidité.

Je dois simplifier mes textes pour gagner en intensité. Mais puis-je m’inventer des talent de conteuse, ou bien est-ce inné ? Écrit-on forcément pour le lecteur qu’on est ?

Une réponse à “Questionnements du jour”

  1. (c’est un peu la honte de discuter avec soi-même, mais que diable.)

    Le lendemain, aux détracteurs de Joyce Carol Oates.

    Je m’aperçois que le lien que j’ai fait (inconsciemment) entre N. Léger et JC Oates, c’est la résilience, et je pense qu’Oates est la plus grande, (et vieille, faites qu’elle ne meure jamais..) « réparatrice » du Mal, dans la littérature que je connais. D’ailleurs, en cela elle rejoint ce qu’a voulu faire Pippa Bacca : « Laver des pieds ».
    Mais l’oeuvre d’Oates est difficile à digérer : elle prend le mal à bras le corps, met les mains dans le cambouis, nous montre la crasse, la chair à vif, le sang la putréfaction, tous ces cauchemars imagés qu’on essaie de remiser dans le « vide sanitaire »* de notre cerveau. Il m’est arrivé de lâcher certains livres si imbibés d’une noirceur banale, sanguinolente, ayant l’air parfois sadique (à tort ! quelle humaniste que cette écrivaine farfelue), mais c’est exactement ce qu’il faut éviter de faire : car il y a toujours un peu de baume, lumineux, pour clore le récit, et cicatriser.
    Et ces petits joyaux de phrases, qui apportent l’éclat dans l’obscurité de ses récits :
    « Et, au creux de mon ventre, cette sensation d’une clef tournant dans une serrure sitôt qu’il me touchait, je perds tout. »
    “Il vit l’étang ; il vit la lumière oblique du soleil dans les sapins et le reflet des feuilles dorées des érables dans l’étang ; il vit l’enfant sur le radeau, étendu à plat ventre, un doigt trempant dans l’eau. Il vit à la fois l’étang et l’enfant”.
    « Le ciel délavé recèle une surprise : une pâle lune en forme de faucille »
    JCO, c’est un peu comme une soeur maléfique pour moi : elle fait partie de la famille, avec les effets d’attraction/répulsion que cela implique !

    *clin d’œil au titre d’une horrible nouvelle figurant dans le recueil “De-mem-brer”