Retourner le monde de 90 degrés

Il y a dix ans

Pensez à un endroit caché. Je veux qu’il soit lugubre, que ce soit un lieu désolé, oublié, et tout ce que vous voulez d’autre qui le rende difficile d’accès. Vous pensez peut-être qu’un pareil endroit se situe dans les profondeurs de le terre et vous n’auriez pas tord. Mais pour moi il est la hauteur incarnée.
Petite, c’était à peine si j’avais connaissance de lui. Le seul passage pour y accéder est une porte au plafond. Je pensais qu’il fallait inverser la gravité pour pouvoir y entrer. Retourner le monde de quatre-vingt-dix degrés. Je n’avais pas ce pouvoir.

Un matin d’aujourd’hui

La porte était ouverte, elle avait déployé son escalier jusqu’au sol et personne dans les parages. Je monte. Il fait affreusement chaud. C’est étrange de se dire que dans le grenier on surplombe toute la maison. On n’en a pas vraiment conscience lorsqu’on est en bas.

Tout le côté droit est inaccessible, séparé du reste par des poutres et occupé par des matelas. A gauche par contre c’est un grand capharnaüm organisé. Des malles, partout. J’essaie d’en ouvrir une mais la rouille a fort bien consolidé sa serrure. A côté, il y a des cartons -il serait évidemment inutile d’évoquer les multiples toiles d’araignées qui s’offrent avec tant de bonté à ma vue – des cartons poussiéreux, où s’accumulent les souvenirs d’Afrique. Des masques, de solides cages d’osier, des jeux de bois…

4 commentaires à propos de “Retourner le monde de 90 degrés”

  1. La porte était ouverte, elle avait déployé son escalier jusqu’au sol et personne dans les parages. Je monte. Je vois un garçon, il m’est inconnu. Tiens que fait-il ici, chez moi, dans mon grenier? Il dort paisiblement et je n’ose le réveiller. Il est vêtu pauvrement et murmure des paroles insensées dans son sommeil. Que faire? Alerter maman ?Non je vais attendre là qu’il se réveille puis je le questionnerais. Quel âge devait il avoir? Sept ans? Huit maximum! Il doit avoir chaud car la chaleur est étouffante. Mais au fait comment est-il monté? Des tas de questions me trottent dans la tête.

  2. Mais elle, magicienne qu’elle était, arrivait à inverser le sens de gravité et à accéder à sa cachette quasi secrète. Elle ne voulait jamais que je l’accompagne pour monter toutes ses bricoles, comme si elle cachait ses potions magiques et qu’il ne fallait pas que je connaisse leur existence.

  3. C’est vrai, il fait affreusement chaud, comme pour dissuader de monter, on croit qu’on va mourir asphyxié. L’effort qu’il a fallu pour se hisser. Et une fois arrivé, on ne sait pas combien de temps on va pouvoir résister…

  4. …un mécanisme d’horloge, des pots en terre cuite, une lampe de chevet, tout semblait banal mais pourtant un sentiment de malaise m’envahit. Le grenier était éclairé faiblement par une petite lucarne tapissé d’un tissu. J’ai continué de regarder autour de moi, il y avait un vieux vélo, des papiers froissés par terre, des bouteilles de bières vides… Mes parents ne le rangent vraiment pas ce grenier, et le nettoient pas non plus. On dirait qu’il y a des souris, aussi. Cet endroit me fichait la trouille, je décidait donc de redescendre dans ma maison, quand j’entendis un frottement au fond de la pièce. “C’est peut-être une souris” me dis-je. Je me dirigeais alors doucement vers le fond de la pièce, accroupi, les jambes flageolantes. Je voyais une forme bouger dans le noir, et plus j’avançais, plus mon cœur battait et ma respiration s’accélérait. Mes pas étaient les plus doux du monde, pour faire grincer le moins possible le plancher. Encore un frottement, plus fort cette fois ci, et des sueurs froides envahirent mon front. La pensée de la souris se dématérialisait pour faire place à quelque chose de plus gros, plus bizarre, plus dangereux. Arrivé très proche je me suis réfugié derrière un vieux coffre en bois. La chose était juste derrière.Il fallait que je regarde, que je la voie. Je ne pouvais la garder au dessus de chez moi sans la connaître. Je me suis alors retourné, et en me levant doucement j’ai aperçu cette masse que j’ai eu peine à reconnaitre. Silence. Plus un bruit ne provenait de la chose. Puis je le vis. Ce mouvement, cette friction. Je savais que ce que c’était. C’était une respiration. Un ventre qui se soulevait et se dégonflait en rythme. Un homme. Il y avait un homme au dessus de chez moi. J’ai aperçu son visage, il était creusé, fatigué et avait l’air malade. Ses yeux était fermés. Il se tourna et je me suis vite baissé et en tentant de me contrôler, je voulais crier, pleurer, m’enfuir, me cacher, je voulais redescendre. Prenant une grande inspiration, je suis reparti à quatre pattes le plus rapidement et le plus silencieusement possible. En redescendant j’ai trouvé mes parents, la police est venue, et l’homme est parti.