Roscanvel

L’étymologie indique une interprétation mi-sérieuse, mi-fantaisiste de ce toponyme breton : le mont aux cent vents – de quoi se projeter romantiquement vers la presqu’île qui l’abrite, torse bombé et cheveux battus par ces vents rugissants, ou doux, impétueux, coquins, virevoltants, des vents qui enlacent, embrasent, électrisent… Roscanvel : rocaille du souffle et promesse de l’envol !

L’événement a lieu dans le hangar à bateaux de Roscanvel, situé près de l’océan, et du cimetière; la fête se déroule en pleine et joyeuse conscience de jouxter les gisants de pierre, de l’autre côté du mur, qui font des signes de croix   – le hangar est ouvert à tous les vents –  des vents subtils et vibratiles quand la musique  s’empare des corps et du plancher,                                        et ce plancher est habité,                                                                                   prodigieusement habité par les mille pieds qui viennent s’abattre sur son aire rectangulaire, des pieds bondissants, frémissants, légers, des pieds infatigables, qui viennent s’épuiser s’abandonner dompter l’espace, des pieds vigoureux, qui s’embrouillent ou se lassent, puis reviennent à la charge, conquérants vifs audacieux, des pieds à l’unisson, et ce plancher c’est moiteur sueur ardeur, c’est la surface tendue au désir vivant de tous ces danseurs, à leur désir somptueux et orgiaque, étincelant, ce plancher retentit il devient fou de plaisir il est la matière même de la fusion des corps avec la musique, et c’est le moment du Kost ar ch’oad – la gavotte qui vient du Pays à côté du Bois, la gavotte qui ensorcelle les pieds, croise , projette, tiens, concentre la force musculaire dans ce mouvement qui se déplie et s’enchaîne inlassablement On s’envole le plancher hurle la chaîne humaine se propulse, battant le sol furieusement, avec amour et jubilation On crie le plancher se déforme et s’élève, tournoyant sous la toiture de zinc et la danse emporte vers l’océan les cris de jouissance de tous ces corps exaltés, dans une même contagieuse ivresse On décolle du sol _

au petit matin, le plancher gît, languissant et fourbu il a connu des heures d’allégresse des voluptés rares il gît,

rassasié, dans la pleine lumière, abandonné à tous les vents.

2 commentaires à propos de “Roscanvel”

    • Ah oui, merci, j’aime beaucoup ce qui ressort de ce Grand bal, en effet, et nécessairement, le vertige et la grâce, éphémère mais si puissant qu’on y revient, pour s’y sentir vivre intensément !