SITUATION (le portrait par deux)

Ma présence se situe dans les confins d’un espace, de l’autre côté des murailles, mon prénom est Léna. Afin d’imager l’instant, dites-vous que je suis similaire à Hélène, ravis par Pâris, amenant Agamemnon frère de Ménélas, au pied de la ville de Troie. J’exerce ma profession dans une boutique de vêtements et articles divers depuis dix-sept ans. J’y rencontre des clients, je leur parle, je les approche, je leur propose mes services. Ils sont toujours poussés par une stimulation extérieur. Au moment de rentrer dans le magasin, c’est le dehors qui les entraîne. Ils ont vu un nouvel article, une publicité, ils entendent parler de l’accessoire à la mode. C’est un désir qu’ils ont de se conforter à la représentation du temps qui court, de se laisser prendre par une aspiration passagère. Tiens voilà un habitué, il aspire à d’autres choses. Il me dit, je voudrai vraiment renouveler tous mes vêtements, je n’en peux plus de les avoir sur le dos, s’il vous plaît, donnez moi un conseil. Je le vois tout le temps, je le sonde, j’écoute ce qu’est pour lui un désir. Bêtise que sont depuis longtemps ses paroles, depuis qu’il est porté par l’imagination d’une forme qu’il pense être lui-même. Pourquoi vous habillez-vous, avez-vous une intention particulière, souhaitez-vous attirer le regard de certaines femmes ? Clairement, vivez-vous encore dans le regard de l’autre ? Je vous poserai la question. Aujourd’hui, ne parait-il pas un doute, sur la réalité de ces représentations ?

Je vais retourner à la boutique de Léna. Ce déplacement dans sa direction détermine mon état d’esprit. Je suis resté si longtemps à la porte, dépouillé des mots utiles à la conversation. Le monde extérieur me parait représenter sous forme de quantités de petites maisons, où en chacune d’elle un aménagement particulier s’établit. Les portes parfois restent closes et empêchent d’y observer les sélections et dispositions à l’intérieur qui les caractérisent. Léna vend toutes sortes de choses, des tenues vestimentaires, des objets d’intérieurs. Ces propositions suggèrent des possibles interactions. Il y aurait du sens résultant dans ces rapports. L’importance se tient dans la façon dont on soupèse les énergies multiples à l’œuvre. Positives et négatives, vivant dans le feu, la glace, se perpétrant mêlées à la terre après les désastres ou bien périssant par manque de consistance. La fois dernière elle m’a pris au dépourvu avec sa question. Mais savez-vous Rudy réellement ce que vous désirez. Je ne l’avais jamais entendu prononcer mon prénom. Je ne savais pas non plus comment sa conscience la façonnait dans ses certitudes. Aujourd’hui je suis en mesure de rentrer dans ce langage, qui est riche et me semble-t-il, à l’origine des objets de la cité. Oui, une origine pour des développements multiples. Ceux-là depuis l’édification, se trouvant à la disposition de chacun. Alors je ne les percevais pas ces choses. Bien sûr, du fait qu’il faut disposer du vêtement adapté pour se retrouver sans encombre devant un interlocuteur. Comment puis-je lui demander, Léna quelle est votre musique ?

Voilà le client si perdu pour affirmer ce donc il à besoin J’espère pour vous, que cette fois vous n’aurez pas d’hésitation pour me dire la raison de votre venu. Bon cela dit, je suis heureuse de vous voir rentrer dans la boutique. Vraiment ! Et en me voyant, que vous dites-vous ? Eh bien, je viens de vous le formuler. De plus, ne seriez vous pas enfin en mesure d’exprimer vos désirs inavoués. Comment ça, des désirs inavoués, vous y allez fort. Je me laisserai fondre dans les désirs ? Oui, mais ces paroles viennent de vous, c’est très bien. Si vous voulez, je veux bien vous vendre toutes sortes de choses, ma profession m’oblige à satisfaire la clientèle, mais il vous faudrait exprimer plus de clarté dans l’idée et l’incarnation que vous souhaitez avoir. Je ne me trompe pas, vous venez ici afin de montrer quelque chose ? Oui Léna, seulement avant ça, laissez-moi vous dire mon étonnement, qui est systématiquement le même en arrivant à la boutique. Pour moi en vous observant, je trouve votre profession de vendeuse si éloignée de ce que vous semblez être au fond de vous. Je me demande, mais pourquoi le commerce pour un esprit si raffiné. Pourquoi le rapprochement de l’objet, avec le sujet. Répondez-vous à mes aspirations en me suggérant des vêtements. Bien sûr, vous ne prétendez pas connaître mes états d’esprits, pour autant vous essayez de me satisfaire. En tout cas les interrogations, chez vous pas moins que chez moi, doivent mettre en doute les apparences. Alors permettez moi de vous demander, la vente est-elle l’activité que vous envisagiez d’avoir ? Vous me questionnez sur ma profession. Vous n’êtes donc pas venu pour vous habiller. Parce que là vous me demandez de définir une de mes intentions. Vous seriez ici pour m’interroger ? Alors, si la question est de savoir si je désirai faire de la vente, je ne peux que vous dires, non. La vie n’est pas uniquement la manifestation d’aspiration. Elle découle de nécessité et d’obligation, par des contraintes soumettant le corps. Cette question est-elle l’unique raison de votre venu au magasin ?

Il n’a aucune idée des raisons de mon séjour dans le sud de la France, là où le soleil est plus intense. Bien évidemment chacun sait qu’il faut tenter sa chance et saisir les opportunités là où elles se présentent. Seulement ce n’est pas suffisant, il y a bien d’autres choses. Je suis une expérimentatrice animée du goût des aventures risquées. Il faut essayer de nouvelles choses, qui sont de potentielles périls. Je suis une femme lucide, j’agis en toute conscience. Il ne comprendra pas si je lui demande, si réellement il ne sait pas écarté de son projet originel. Il ne sait pas me répondre à ces questions. Il ne se met plus en danger. En ce qui me concerne, je suis partie voir. Aujourd’hui je me questionne sur le désordre qui faisait rage en moi, a t-il fini par prendre fin, grâce au voyage. Je me vois réellement comme expérimentatrice, qui maintenant aspire à retourner sur cet autre territoire qu’elle connaît. Ancien, abandonné, perdu dans le fond de la conscience. Oui le voyage, comment lui en parler, c’est un petit idiot. C’est la même histoire avec la maison, je voudrai que nous ayons une conversation sur ce sujet. Voulez-vous monsieur, décorer votre intérieur. Il va à l’objet comme un individu se pensant libre, alors que comme chaque client pénétrant la boutique, le maître à bord est le désir qui est distillé par l’objet placé au dedans de nous. Vous allez où et pourquoi faire ? Moi aussi, je me suis retrouvé soumise à une nécessité, partir. Il y a-t-il un lieu plus propice à l’élaboration de mon individualité. La pensée du nouvel espace au loin voulait m’en convaincre. En rentrant à un endroit, entendez : ici tous les espoirs sont permis, il suffit de se déplacer muni d’une foi profonde, ce que l’action questionne. Finalement j’ai expérimenté la bêtise d’une certaine forme de comportement, bêtise pour le corps en train de se montrer, dans la projection inconsistante de soi.

Si je lui dis, j’ai fait une rencontre dans la rue, toute d’intériorité, elle me qualifiera de superficiel. Déjà la fois où je lui ai demandé si elle avait de l’imagination, elle m’a répondu par la négation. À mon avis pour elle je ne suis pas assez rationnel, beaucoup trop plongé dans un monde élaboré sur des suppositions et non pas tiré de fait. Léna pour vivre dehors comme vous le faites, faut-il nier certaines agitations intérieures. J’ai des questions à lui poser. Une femme aux cheveux bleus chante, je m’arrête pour l’écouter. Je repars et reviens dans la soirée afin de suivre l’écho. Léna si j’aspire à m’approcher de vous, me faut-il nier les attirances de la machine mécanisée ? Elle me répondra oui. Aussi non Rudy, c’est la suprématie de l’insignifiance et l’installation d’un chaos. En tout cas, quelque chose veut dicter la ligne et pour cela, baigne le pseudo sujet, dans un méli-mélo de l’imaginaire. Je ne possède aucune intention propre, je suis plutôt prisonnier d’un maillage visuel. En vous rencontrant de temps en temps, la pensée me vient. Je ne peux tout de même pas lui demander de me parler de son expérience. Toutefois, rien ne m’empêche de me laisser aller et lui avancer : vous savez, j’ai ouvert pour m’y plonger, L’Iliade d’Homère. À la lecture je me suis vu sous les traits d’Alexandre-Pâris, enlevant Hélène. Léna, vous êtes l’Hélène que je porte de l’autre côté des remparts de la cité. La victoire ne peut échapper à ce personnage en mouvement sous les cieux, à par si un dieu vient secourir le camp adverse. Et il y en a des splendides, à l’image de Poséidon au chant 13, en train d’atteler ses chevaux pieds-de-bronze : d’or était leur crinière, d’or l’habit qu’il vêtit, et d’or le fouet magnifique, façonné, qu’il prit, avant de monter sur son siège.

Tu te présentes avec les dessins et les fleurs, des mouvements immobiles maintenant en actions, beaucoup plus concentrés ces jours derniers. Finalement, cela se conçoit comme un résultat. Quelque choses de nouveau. Comme ce tutoiement à mon arrivé ? Oui et tu dois en faire de même envers moi, ça enlèvera un peu de distance entre nous. Je t’assure de ma détermination et qu’après les dessins, il y a d’autres éléments encore indéterminés. Très bien, alors tu devras m’expliquer clairement ce dont tu as besoin. C’est simple, j’écoute le printemps, l’harmonie de son déploiement, les formes musicales qui en ressort, là où les instruments s’expriment. Il y a bien ceux se diffusant ici dans le magasin, mais bon. Oui ça se diffuse ici, seulement ce n’est pas moi à l’origine de la sélection. Nous sommes prisonniers des genres. Il y a ces genres adéquates que l’on utilise comme fond sonore dans les magasins de prêt à porter. Est-ce que ça te convient ? Non, pas toujours ? Je suis là avant tout pour des raisons pratiques. Tu as trouvé cet emploi en arrivant dans la région ? Oui. En te regardant ce sont des impressions qui me viennent. J’ai besoin d’en savoir plus sur les sonorités. Je prends le risque de te demander si chez toi, elles se détachent des couleurs et des formes. Les questions intimes sont plutôt risquées, non ? Tant pis, je me lance quant même et je te demande si : la musique de « la figurine enfouit dans le champ de coton », potentiellement possède les moyens de voyager seule ? Et puis, si j’ose aborder le sujet du voyage, d’un lieu de manque à un autre satisfaisant un je ne sais quoi, afin de savoir s’il y a bien une raison au départ, où plutôt au retour, devons-nous en parler ? Tu aspires à connaître certains de mes secrets. Les sonorités ? Non ça n’en est pas mais le voyage, oui. Alors ? Je préférerai commencer par la musique. Celle du magasin. Comment les instruments jouent-ils ensemble ? C’est une bonne question, ça se perd, ça sombre. Le problème vient des genres musicaux que l’on subit. Les intentions du rock, du jazz, de la musique classique, des musiques du monde entier, t’atteignent suivant leurs caractéristiques intérieures, elles sont dans l’air. Sur quel plan élaborent-elles leurs autonomies. Oui mais toi te projettes-tu dans des représentations imaginatives ou alors plutôt dans une science de la composition, structurée autour de notions comme, santé, amour, espace, espoir, accélération, qui se défont des sentiments personnels, pour observer et éclaircir des structures universelles présentes en chacun, structures foisonnantes de foi et d’amour, amené par la situation en cours ?

Ah, je reviens sur la phrase prononcée lors de la conversation avec Léna. Je lui ai dit,« la figurine enfouit dans le champ de coton ». C’est l’expression d’un mouvement inconscient. La trace d’un sentiment laissé dans les profondeurs, le reste d’une histoire d’esclaves noirs qui vivaient sur le bord du Mississippi, travaillaient dans la souffrance et jouaient une musique pour se sauver. Oui une souffrance suintante, un sentiment à fleur de peau, puis plus loin, l’expression élémentaire au devenir plus sophistiqué. Du blues au jazz pour être plus clair. Pour dans la dynamique, apporter une nouvelle contestation à l’Amérique, avec la musique du nom de rock, forgée sur l’affliction des esclaves noirs travaillant dans les champs de coton. La révolte est incarnée, l’individualité en train de formuler, je suis ce que je suis et vous allez devoir vous faire aux traces de la matérialisation de mon état, en les acceptant.

Il me pose la question de l’imagination. La dessus il me parle de ses expériences, des gens qu’il rencontre et de la représentation mentale qui en ressort. Non je n’imagine pas à sa façon et je le trouve plutôt perdu dans un idéal du corps, de ce soit disant plaisir qui pourrait résoudre les interrogations. Je voudrai lui exprimer mon sentiment : le monde est à réinventer. Trop compliqué qu’il me répondra. Avec tout ce brouhaha, cette cacophonie environnante, vous pensez réellement possible la non identification à notre inconscient collectif. Il a raison de se révolter contre la tutelle qu’on nous inflige. La représentation de nos désirs par la lorgnette généralisée qui dirait pour paraphraser Sartre : tout un objet fait de tous les objets et qui les vaut tous et que vaut n’importe lequel. Restez là, ne partez pas si loin avec votre sujet. Ne venez pas trop près mais n’allez pas trop loin non plus. Ce sont les paroles que je devrais lui dire pour conserver l’histoire et la liberté.

Écoutez-moi, la vie et l’amour sont à réinventer. Quoi ? Oui, je ne blague pas, nous devons l’envisager. Vous voulez dire quoi par nous ? Qu’il ne faut pas partir si loin. Léna, je ne sais pas quoi penser de la notion commune, d’au minimum deux personnes organisées autour d’un partage de certaines notions et valeurs, qu’ils portent dans une direction. Non vous ne devriez pas douter de l’expérience commune. Rien n’égale le sentiment d’une rencontre d’opposé, le dialogue autour de point de vue différent. Par exemple cette science de la musique. Oui. Qui traverse l’océan, pour débarquer aux États-Unis. Sur ces terres où vivait d’harmonieuses peuplades indiennes, vous parlez de ce nous là, c’est à ça que je devrais m’identifier, à ces conquérant armés pour tuer ? Non, pas avec la maladie, mais plutôt le remède, la science du son, de la médecine, de la paie, parce qu’un bâton possède toujours de bouts. Par exemple Nina Simone, sa musique est une rencontre du blues et des compositeurs classiques de musique savante. Pourquoi savante ? Qui ne passe pas au préalable par de l’improvisation, mais plutôt qui élabore sa base sûr de vastes gammes harmoniques. Mais la voie du cœur ne vaut telle pas tout autant la voie de la tête. Oui, parce que je te parle d’une association harmonieuse ne se reconnaissant pas dans les hiérarchies de valeur. Association harmonique fondées sur des caractéristiques propres. Mais cette musique que vous écoutez dans la boutique, elle n’est pas très bonne. Suivant certains critères et ce que l’on recherche, elle l’est. En tout cas je préférerais m’écarter de ce genre là. Pourquoi ? Il est triste. Et pour vous en dire plus, je voudrai me laisser porter plus haut. Avec le jazz, c’est comme si la science avait trouvé place dans le corps ou le cœur. Regardez, il pénètre dans la boutique. Va-t-il laisser la rencontre avoir lieu ? Je vais vous donner les informations nécessaires à toute bonne lecture de mes pages. Ce sont des signes rentrés dans votre chair. Comme de la peinture portée à l’élévation d’une architecture. Nous ne pourrons compter uniquement sur les couleurs. Là la science rentre dans la bataille et œuvre avec se qu’elle sait faire. Mais la peau ? Elle est très belle, seulement nous avons des quantités de tumulte à la porte, ils pénètrent même dans ta conscience et toi avoue le, tu as envie de conception enlevés. Oui. Elles passent ces conceptions par du lyrisme, par la tragédie. Toute naissance mène à la mort, la vie dans la sphère suit son cours.

A propos de Rudy Brindamour

J'aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m'offrais au soleil, dieu de feu.

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