Soir d’hiver

Monsieur Grégoire portait le même chapeau que d´habitude. Sa grosse main le tenait en place sur le haut de sa tête grise pour l’empêcher de s’envoler avec le vent froid d’hiver. Il attendait, encore aujourd’hui, au bas de mes pieds métalliques. Moi je me dressais là, fière, et résistais toujours aussi bien aux orages qu’aux tempêtes. Observant les passants et leurs pas qu’ils laissaient dans la neige, je veillais calmement sur les petits toits blancs et scintillants. Les feuilles des arbres étaient tombées, emportées par une brise glaciale qui venait taquiner ma robe de fer. Le ciel gris rendait l’attente de monsieur Grégoire plus mélancolique… Sa fille ne le rejoindrait pas, une fois de plus.

Une personne ouvrait la porte et, de nouveau, un nuage de buée se dessina sur la fenêtre. Le contraste de chaleur et de froid rendait le paysage flou, si bien que monsieur Grégoire m’apparaissait comme un petit point sombre et immobile. Dans un brouhaha et le tintement des tasses de café qui remplissaient la pièce, je divinais le silence qui entourait le vieil homme. Il paraissait aussi seul que les arbres nus et démunis. Dans une heure il ferait nuit, la grande place où il était assit se recouvrait d’un manteau enneigé. Là, face à la Dame de fer qui le surplombait, monsieur Grégoire attendait.

Il semblait si minuscule près de ces immenses bras froids plantés dans le sol. Elle était la seule compagnie dont il pouvait profiter, si on oubliait les pigeons qui cherchaient à manger. Les traces figées dans le tapis blanc prouvaient pourtant que la ville s’était animée dès les premières lueurs de l’aube. Mais monsieur Grégoire, comme les gens l’appelait, demeurait la seule âme vivante à cet instant. Pour la première fois, je m’étais préparée à le voir. En m’approchant de sa silhouette recroquevillée, la neige sembla fondre et le ciel s’éclaircir.

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