Tricks clicks (2) #13

Post-scriptum : pour des raisons de confort de lecture, le texte a été coupé en 4, une partie publiée par jour, à la treizième heure précisément ; mais pour des raisons de lisibilité que vous devinerez facilement, il faudrait le lire d’un trait.

Mais c’est pas tout à fait comme ça que ça s’est passé, en fait… elle était sur la machine de W… « Je sais plus c’que je voulais chercher sur le Net… si, c’était sûrement pour m’acheter un disque… » Évidemment… tu connais son goût pour les vieilleries aussi géniales que vaines des z.h.éros oubliés du rock… bon, en tout cas, elle s’était trompée d’icône… « Au lieu du navigateur, mon index a fourché et j’ai ouvert Word, juste à côté… la liste des derniers documents traités est apparue… et celui qui se trouvait en tête portait un nom bizarre, comme une sorte de code… » Curieuse comme elle est, tu penses bien, elle a pas hésité à cliquer… faut dire que c’est assez con, ça, un code : ça dit rien de ce que tu veux cacher, mais ça fait tout pour que t’essaies de le cracker… « Donc, la page s’ouvre, et je tombe sur une page blanche… une belle page blanche… tout ce qu’il y a de plus vierge, tout ce qu’il y a de plus seule… » Un document vide, quoi, enregistré sous un nom de code sur lequel A, tout éberluée, semblait avoir avalé sa langue… « Bon, OK ! ma sale curiosité venait de se faire avoir… donc, j’ai refermé et je suis allé sur le Net faire mes emplettes… » Et je te passe les détails de la critique qu’elle m’a faite de Lonnie Donegan et ses rengaines tartignoles du genre Putting on the style… me demande pas pourquoi j’ai retenu tout ça… bon, et tout en naviguant, A, l’espèce de page vide au titre illisible qu’elle avait ouvert et refermé, elle arrêtait pas de hanter les pages-écrans qu’elle faisait défiler… et ça lui revenait pas, d’ailleurs, les sites qu’elle consultait… si bien qu’elle a rouvert Word… « Et quand l’historique est apparu, j’ai pas cliqué sur le document codé pour rien… j’ai noté son chemin d’accès… et je suis allé dans le dossier qui le contient… et là, j’ai retrouvé mon document… le seul fichier du dossier… mais avec un autre dossier… » Qu’elle a ouvert bien sûr… et qui contenait un tas d’autres documents Word… et quand elle dit des tas : « … devait bien en avoir presque autant que j’ai de disques dans ma bibliothèque… » effectivement, elle était pas sortie de l’affaire… t’as déjà vu sa bibliothèque de disques… ? « Donc, ils étaient classés par numéros… j’ai ouvert le premier… et la page me donne à voir l’image, la légende… et la lettre dessous, en seconde page… » Ah la lettre… si on pouvait la lire, je crois qu’on serait toutes les deux soufflées… ! elle est adressée à une femme, sous le pseudo Jade 42… mais on apprend vite qu’elle s’appelle Virginie… et qu’avec les « oui » blablabla de W… « non » blablabla… la lettre répond à des questions qu’on peut assez facilement deviner… et elle a rien dit des questions et des réponses, A… c’est bizarre… et elle suppose que cette première lettre, c’est jamais que le fruit d’une correspondance déjà en cours… que V et W se sont donc déjà rencontrés… sur le Net, pense A, parce qu’il est souvent question d’un Site, majuscule à l’appui, dont W parle régulièrement dans d’autres lettres sans jamais le mentionner… « Et Dieu seul sait depuis quand, et sur quel type de site ils se sont rencontrés ! » Mais ça, elle a jamais pu le savoir… « J’ai bien essayé en ouvrant plein d’autres lettres au hasard… mais rien… et rien non plus qui signale ce que je m’imaginais, et que tu t’imagines aussi : une relation… non… j’ai eu beau ouvrir des lettres, chercher ce que je voulais entendre, lire entre les lignes… hormis un élan d’amitié… la naissance d’une certaine complicité puisqu’ils en sont venus à s’engueuler, à se réconcilier et à continuer de s’écrire comme si de rien n’était… en parlant de la pluie et du beau temps… de vacances sous le soleil, bikinis et cocktails… » Un peu comme nous parfois… ça me fait penser qu’il faudra qu’on reparle de notre prochain voyage pour cet été… Pétra, c’est sûr, ça doit être magnifique… mais tout le reste du temps sur les bords de la Mer Morte… d’autant que là-bas, par les temps qui courent… bref ! on en reparle… en attendant, pour A, il y avait rien du tout entre eux… rien de rien d’un semblant de relation olé olé… parce que c’est ça qu’elle avait en tête… rien qu’une amitié qui prend forme et qui semble bien partie pour durer… et c’est déjà pas mal, non… ? OK, tu vas me dire : « Mais attends un peu, ma belle… avec ce ma, au passage, je te l’ai déjà dit et je te le répète : tu sais que j’aime pas quand tu commences comme ça tes phrases… avec cette façon de s’approprier les autres… ? bref ! tu vas me dire : Eh, attends, elle a pas encore tout lu, l’autre folle… les amitiés homme-femme, on sait ce que ça donne… ça existe pas… impossible ça… tu verras qu’on finira bien par voir le loup sortir du bois ! – Ah, OK ! peut-être… sauf que A, elle m’a bien dit qui semble… eh oui, c’est là le truc… à un moment donné, V et W, c’est fini… – Quand ? – A elle en sait rien du tout… et elle peut pas non plus affirmer que c’est bel et bien fini… mais elle le sent… moins de réponses à moins de questions en creux… et on sait pas grand-chose sur cette Virginie… juste qu’elle vit près de Roanne… qu’elle travaille dans le social comme assistante de vie… qu’elle aime beaucoup le champagne… en coupe plutôt qu’en flûte… et… c’est tout… » sauf qu’elle sent que les lettres essaient de justifier leur propre existence… que la correspondance commence à se mordre la queue… que ça sent le renfermé… comme si elle virait à l’entretien avec un vampire, qu’elle fait A… un genre qui lui correspond tout à fait, tiens… ! bon, genre autofiction… « Genre W face à son double V… donc, finis les amis, envolés les complices, terminée l’histoire chabadabadaaa entre une femme et… j’allais dire un homme… » Ouais… parce que c’est là que tu vas être soufflée… comme je le suis là, encore, en t’écrivant… euh, en te parlant…

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