Tricks clicks (3) #13

Post-scriptum : pour des raisons de confort de lecture, le texte a été coupé en 4, une partie publiée par jour, à la treizième heure précisément ; mais pour des raisons de lisibilité que vous devinerez facilement, il faudrait le lire d’un trait.

« Ouais, le truc le plus fou, dans toutes les lettres de W, c’est que tout est accordé au féminin… lorsqu’il s’agit de lui, c’est avec un e… des e partout… ! » et c’est comme je te l’ai dit au début… et que t’as déjà oublié parce que je te balance tout comme a dit A… enfin à ma façon fort bourrée là… c’est chaud là, ça me chauffe entre les feuilles… et je débite sûrement plus de mots à la minute que de fois que Lucky Luke peut dégainer son flingue… « Ouais, c’est comme je te le dis : W, ses lettres, c’est une femme qui finit par se parler à lui-même comme à une autre femme… ! enfin c’est lui qui parle en tant que femme à une autre femme devenue fantôme… ! enfin c’est les deux femmes qui s’écrivent entre elles, lui, sauf au début… ! tu suis là ? parce que moi à force… et le vin… » Bref ! lui égale elle… mais c’est lui quand même… c’est lui et rien que lui… sur toute la ligne… ! parce que rien n’a changé en fait… rien, sauf la garde-robe et la lingerie dont il/elle parle parfois… A suppose qu’il/elle a pris modèle sur ce que portait sa femme… il/elle vit en couple avec une femme et leurs deux enfants… il/elle travaille comme formatrice dans la même petite asso… le même APP où il/elle croit pas à son action, là, de Savoirs Citoyens… ni à la personnalisation de masse de la pédagogie pour adultes, qu’il/elle conçoit comme un « vieux fantasme des professionnels du marketing »… et ça, ça vient d’un type qui s’appelle Saloon ou Salute, précise A… ce dont je me fiche totalement… sauf qu’avec un nom pareil je trinquerais bien deux, trois verres du nectar bourguignon… bon, mais alors il/elle s’est inscrit pour un concours… il/elle s’est réinscrit à la fac de Lettres, pour la prépa… et il/elle en bave pour se remettre au niveau… et il/elle s’aperçoit que ce qu’il deviendra, à la fin, c’est plutôt un agrégat… et il/elle en a marre de tout ça… et il/elle croit qu’il n’appartient à rien pleinement… il/elle pensé qu’il/elle est un.e étrang.er.ère partout… il/elle a piqué une crise, un jour… il/elle avait percé le jaune d’un œuf au plat… il/elle l’avait renversé dans l’assiette d’un des gosses qui voulaient pas descendre manger… bref ! t’as compris : c’est elle comme si c’était lui… c’est lui, tout au féminin… avec règle d’accord et même concordance du temps, tiens… parce que c’est doit pas être tout à fait le même temps quand on est, comme ça, engagé dans un devenir femme… dans un devenir agrégat… ou dans un devenir Charybde ou Scylla au fond de la piscine… mais là j’en sais foutrement rien… et je serais bien curieuse de jeter un œil, dans cette correspondance, sur les passages où ça parle soutif et tanka… non tanga… Bon, et l’image maintenant… j’ai oublié de te dire… la femme aux signes, sans visage et sans monde autour… comme une essence de la femme… mais est-ce que c’est bien une femme… ? après tout, ce corps vu de dos… c’est pas parce qu’il y a des cheveux longs… c’est pas parce qu’il est un peu fluet et vaguement cintré… ça pourrait aussi bien être celui d’un homme… ce serait comme une essence du corps, alors… ? un signe qui voudrait dire ecce homo… ? du moins ecce corpus… ? même si sans visage… ? et avec tous ces signes et toutes ces lignes qui le parcourent… l’un dans l’autre, une essence de quoi… ? de ce c’est que de faire du corps une surface où inscrire ses désirs… ? un écran sur lequel projeter ses moi… ? sans souci de son environnement… ? fidèle à son papillonnage esthétique… ? et alors ce serait ça le visage manquant… ? ce serait pas un corps, pas des tatouages, mais l’un dans l’autre les formes d’un visage… ? c’est comme la vénus de Willendorf… ? avec les formes rondes d’un corps limite difforme qui le transforme en gueule animale… et c’est ça son visage… pas la gueule… la métamorphose gonflée de l’animal… du même acabit que le Viol de l’autre… du même acabit… bizarre cette expression, non… ? bon, en tout cas, cette image, c’est l’avatar de W… c’est lui en elle sur le Site… son visage à lui, à elle… le profil qu’il se donne… en elle… il/elle, tu suis… ? avec cette légende vide qui lui revenait maintenant, à A : « la Queen paillette, comme un demi-dieu m’a si bien baptisée… »

2 commentaires à propos de “Tricks clicks (3) #13”

    • Merci, content que ça vous fasse sourire. Quand je regarde globalement ce que je produis, des pointes humoristiques plus directes c’est pas si souvent. Je devais en avoir besoin. Du coup, j’ai déjà peur pour le prochain texte…