vers un écrire/fim #02 | Berlin-Friedrichshain

| on ne peut que l’imaginer | mouvante | dans la pénombre du film |

| écran noir | il pousse une porte capitonnée | une salle de cinéma clandestine | ses yeux étonnés | quelques personnes | pas plus de cinq ou six | regardent un cosmonaute marcher dans la rue | film dans le film | il s’assoit à côté de la fille | ivre | décoiffé | un manteau type drap de laine | beaucoup trop grand pour lui | les épaules flottent dedans | échange de regards | son visage à lui | son visage à elle | le film qu’ils regardent | le cosmonaute continue sa lente exploration urbaine | il semble lutter contre la gravité | un chien passe près de lui en aboyant | le personnage continue d’avancer | comme lesté d’enclumes | il sourit | il lui parle | il se penche vers elle | il parle | elle sourit | s’excuse pour son accent | absurde se dit aussi absurd en anglais | elle rit | il ne parle pas allemand | les fossettes un peu crispées | tourné vers le film | qu’on ne verra plus désormais | que dans leur regard | il fait mine de se concentrer | mais c’est elle qu’on voit dans ses yeux | elle | dans le hors-champ | il se penche | son visage est plongé dans le noir | on ne peut que l’imaginer | mouvante | dans la pénombre du film | scène de nuit | sans doute | sur écran noir | ils sourient | ils se lèvent | on suit leur corps longiligne | qui se faufile hors de la salle | comme un seul homme | ou une seule femme | son d’électro minimaliste et fort | trop fort | pour pouvoir les entendre | ils se regardent | son visage à elle | diaphane | belle et anachronique | lui a l’air d’un enfant malade avec son manteau ample | il titube | on sait qu’il a bu | il se dirige vers le bar | il commande deux verres de vin | elle rit de sa maladresse | passe sa main sur ses lèvres rouge | ils ne parlent plus | ils boivent leur verre rapidement | derrière lui on voit la porte capitonnée s’ouvrir | c’est elle | qui lui prend la main | ils retournent dans la salle de cinéma | générique de fin à l’écran | décidément on ne verra plus le cosmonaute | la salle est vide | ils montent le plus haut possible | s’assoient | on n’entend plus que le son de leur respiration | ils s’embrassent | ils s’emparent l’un de l’autre | plan resserré sur leur étreinte | retour au bar | un autre homme apparaît | regard anxieux | néons fluorescents | il cherche quelqu’un dans la foule | on voit des gens danser | bref échange avec le barman | qui lui désigne la porte capitonnée | il entre | plan large sur la salle de cinéma | on devine le personnage féminin à moitié dénudé | de dos | à califourchon sur lui | long plan fixe sur l’homme qui se tient dans l’embrasure de la porte | deux secondes | c’est tout le regard qu’il a sur l’action | tous nos regards | qui se cristallisent | en deux secondes | dans le sien | sur son visage | inquiet | pour ces deux-là |

A propos de Camille C. Bréchaire

Homme tendance capillaire cherche garde-fous pour affiner son projet d'écriture et mettre définitivement les mains dans le cambouis. Dialogues et interactions fortement espérés. Trop sérieux s'abstenir. Ou alors bon qu'à ça c'est selon. Enseigne aussi les lettres dans un lycée en Charente Maritime. A eu la chance de collaborer avec différents auteurs pour des ateliers d'écriture (Emmanuelle Pagano, Eric Pessan, Valérie Rouzeau, Jacques Jouet...). Trublion aux Fleurs du Bad, émission littéraire pas sérieuse du tout, sur Radio Campus Bordeaux. Anime parfois des rencontres avec des écrivains. A joué dans le groupe de rock alternatif Jetty Vertigo.

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