Villes interstices

Ville brune

Rue rectiligne au macadam silencieux laissant le soin au passage clouté auquel on refait une beauté tous les six mois de surveiller les fourmis à mesure que s’échappent des cheminées du crématorium les particules des livres mis au ban et les restes des surnuméraires le tout se mélangeant dans l’air oxygène de piètre qualité.

Ville bleue

Deux rangées d’immeubles art déco qui ne valent plus que par leur nombre de mètres carrés de salles de bains que l’esprit ne voit pas quand on sort du bâtiment de la mutuelle ou de l’institution d’aide à la recherche d’emploi même quand on y habite.

Ville rouge

Rue usine que l’on traverse théoriquement à du 30 à l’heure aux murs rouillés rongés poussiéreux abandonnés pour aller vers le centre-ville les souvenirs de la sueur qu’on n’a pas essuyée du revers de la main s’accrochant aux roues de la bagnole.

Ville verte

Ville électrique nomade se déplaçant de quartier en quartier à une vitesse maximale de 72 kilomètres par heure dont la structure de métal reste identique mais où seuls changent les affiches sur les murs et les gens qui la peuplent la plupart du temps smartphone à la main et casque sur les oreilles équipement utile pour ne jamais y rencontrer personne.

Ville grise

Quartier indéfinissable amas d’immeuble parc sandwicherie école horodateurs néo-nazis gamins paumés ondes indétectables humains en laisse employé pointeuse vieille effrayée pétaradant cri de nouveau-né secrétaire pressée battant en rythme les pavés de ses escarpins soldés ignorant tout du nouvel album de Bob Dylan.

A propos de Jérémie Tholomé

Poète belge, Jérémie Tholomé écrit principalement des textes pour l’oralité, tous publiés chez maelstrÖm reEvolution.

2 commentaires à propos de “Villes interstices”

  1. hé ben oui quelle belle évidence le tout au son langoureux et strident de l’harmonica si on veut non ?