{"id":10016,"date":"2019-08-15T00:29:44","date_gmt":"2019-08-14T22:29:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=10016"},"modified":"2019-08-31T19:09:03","modified_gmt":"2019-08-31T17:09:03","slug":"inertie-affinites-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/inertie-affinites-4\/","title":{"rendered":"Vestiaire | Affinit\u00e9s | #4"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"604\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/b9313b47036b06917f5780b5c13af88f-1024x604.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10024\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/b9313b47036b06917f5780b5c13af88f-1024x604.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/b9313b47036b06917f5780b5c13af88f-420x248.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/b9313b47036b06917f5780b5c13af88f-768x453.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/b9313b47036b06917f5780b5c13af88f.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>\u041d\u0438\u043a\u043e\u043b\u0430\u0439 \u0420\u0435\u0440\u0438\u0445 1938<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Un temple. Il barre la route. Il d\u00e9tache le ciel de la terre. Une inscription\u00a0sibylline \u00e0 son fronton bleu. Une \u00e9criture, pas de sens. Douze jambes de b\u00e9tons gris cass\u00e9es en angle droit sit\u00f4t qu\u2019elles touchent le sol. Ici tout est Sphynge. Il faut en passer par les oracles de verres et\u00a0d\u2019acier qui guettent \u00e0 chaque entr\u00e9e. Alentours, sacrifices fumants de b\u00eates \u00e0 cornes vers les dieux antiques, \u00e0 nouveaux puissants, invocation du Hasard par la m\u00e9thode des d\u00e9s, des runes, des osselets, des \u00e9quilibres \u00e0 cloche-pied entre le ciel et la terre trac\u00e9s \u00e0 la craie sur le sol noir\u2026 et les marchands du Temple, saignant les\u00a0p\u00e8lerins d\u2019autres fumettes, de feu, d\u2019eau\u2026\u00a0<br>Excusez-moi : on ne nous attend pas ? O\u00f9 \u00e7a ? Mais l\u00e0\u2026 o\u00f9 nous allons. L\u00e0 o\u00f9 vous m\u2019emmenez\u2026 ?<br>Sortir de la voiture sans prendre la peine de fermer la porte. La laisser l\u00e0. Partir seul. Retourner vers l\u2019Est. Admettre qu\u2019elle ne vient pas du March\u00e9 des Vacillantes, que la route en est perdue. M\u2019asseoir au bord du fleuve. Attendre un signe\u2026 <br>Si, bien s\u00fbr, l\u00e0-bas tout le monde nous attend. Ne devrions-nous pas \u00e9viter les postes fronti\u00e8res principaux\u00a0 dans ce cas ?\u00a0 Pour quoi faire ?\u00a0\u2026 mais pour aller plus vite, sur la route entre \u0420\u0443\u0441\u0435 et Bucarest,\u00a0une gu\u00e9rite en carton con\u00e7ue pour se transformer en berceau flottant en cas de crue du\u00a0Danube fait office de poste fronti\u00e8re : \u00e7a irait tout seul par l\u00e0, plus vite, puisque nous sommes attendus.\u2026Justement, on nous attend, l\u2019urgence est l\u00e0, l\u2019urgence d\u2019\u00eatre attendus, pas celle d\u2019arriver.\u00a0<br>Son lourd regard n\u2019a pas quitt\u00e9 un instant le panneau bleu qui chapeaute la fronti\u00e8re. Il murmure : On voit un temple. Je fais r\u00e9p\u00e9ter. On voit un temple\u2026 Apr\u00e8s trois heures d\u2019attentes\u00a0 dans une fixit\u00e9 de cire, on voit un temple. Il \u00e2nonne :\u00a0 \u0393\u03bd\u03c9\u03c1\u03af\u03c3\u03c4\u03b5 \u03c4\u03bf\u03bd \u03b5\u03b1\u03c5\u03c4\u03cc \u03c3\u03b1\u03c2 \u03ba\u03b1\u03b9 \u03b8\u03b1 \u03b3\u03bd\u03c9\u03c1\u03af\u03c3\u03b5\u03c4\u03b5 \u03c4\u03bf \u03c3\u03cd\u03bc\u03c0\u03b1\u03bd \u03ba\u03b1\u03b9 \u03c4\u03bf\u03c5\u03c2 \u03b8\u03b5\u03bf\u03cd\u03c2 \u2026 Vous ne lisez pas le\u00a0cyrillique ? Ce n&rsquo;est pas \u00e9crit en grec, c&rsquo;est  \u00e9crit en cyrillique. C&rsquo;est autre chose que ce que vous dites en grec qui est \u00e9crit en cyrillique. La\u00a0traduction est autrement plus banale, vous savez ? Il renifle :\u00a0La banalit\u00e9 est le meilleur d\u00e9guisement de ce qui nous \u00e9chappe. Je peux traduire pour vous\u2026 SI vous le souhaitez\u2026 Une fois que vous aurez dit \u00e0 haute voix ce qui est \u00e9crit vous croirez que tout est dit. Mais vous parlez parce que vous \u00eates nerveuse.\u00a0Et vous vous taisez parce que vous \u00eates nerveux\u2026\u00a0Soupir inqui\u00e9tant :  il voudrait qu\u2019on se comprenne sans mot dire\u2026 On ne part pas comme \u00e7a. Il faut le temps. Le temps qu\u2019il faut pour venir d\u2019o\u00f9 et aller vers. On ne peut pas tout faire en m\u00eame temps. Nous avons quitt\u00e9 Belgrade mais elle est toujours accroch\u00e9e dans notre dos. Ici on bascule vers le vers. De l\u2019Orient vers l\u2019Occident.\u00a0<br><em>Un bouquet de houx vert.\u00a0<\/em>Les mots apparaissent sous son front baiss\u00e9, en lettres d\u2019aube. Le vieux po\u00e8me du paternel retour. Y pensait-il le po\u00e8te en son p\u00e8lerinage \u00e0 la bascule entre o\u00f9 et vers ? Elle dit : un bouquet de houx vert.<br>Faire demi-tour n\u2019aurait pas de sens. Fastidieuse manoeuvre en cinquante mouvements, plaintes et consternations des baigneuses au soleil et mobilisation poussive de la Police des Fronti\u00e8res toujours davantage int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ceux qui ne veut plus passer qu\u2019\u00e0 ceux qui , constants dans\u00a0leur d\u00e9sir patientent depuis d\u00e9j\u00e0 quatre heures, deux jours, trois nuits\u2026<br>Dans les trains vide de l\u2019envers du d\u00e9cor balkanique, la vie aussi s\u2019\u00e9paissit. Elle s\u2019y laisse voir \u00e0 l\u2019oeil nu, pourtant les bulgares sont unanimes\u00a0dans la d\u00e9testation du transport ferroviaire. Si vous dites que vous \u00eates venu par ce moyen, vous \u00eates \u00e0 peine croyable. Une chim\u00e8re. Un ami consentant \u00e0 m\u2019accompagner \u00e0 la gare de Pyce, sa ville natale au beau milieu de l\u2019hiver \u00e9tait rest\u00e9 \u00e9bahi de la voir encore l\u00e0. Comme s\u2019il allait de soit qu\u2019on l\u2019avait \u00f4t\u00e9 de la ville, comme une gare jouet, toute monumentale qu\u2019elle fut, et qu\u2019un coup de gomme sur la carte avait suffit \u00e0 faire dispara\u00eetre les voies ferr\u00e9es. Il m\u2019avait suivie, \u00e9merveill\u00e9\u00a0 comme au Train Fant\u00f4me et \u00e0 l\u2019invitation de s\u2019assoir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s dans le compartiment d\u00e9sert en attendant le moment du d\u00e9part, un effroi l&rsquo;a saisi \u00e0 l\u2019id\u00e9e quelle train pourrait partir en avance, sans pr\u00e9venir et l\u2019emporter vers d\u2019insoup\u00e7onnables contr\u00e9es ( \u00f4 diamant brut de la pure logique : les voies ferr\u00e9es disparu, les destinations deviennent fabuleuses )\u2026 L\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 des autochtones parachevait ma m\u00e9tamorphose en personnage de roman, en chim\u00e8re, en illusion. Je traversais plus que les Balkans, le temps morne, blanc, immobile, qui est la marque de l\u2019Est, pris dans ses\u00a0heures de trains perdues dans des trajets si long qu\u2019il est impossible de savoir o\u00f9 l\u2019on en est, impossible m\u00eame de vouloir le savoir, travers\u00e9es o\u00f9 tout s\u2019est\u00a0\u2014 enfin\u00a0\u2014\u00a0absent\u00e9, jusqu\u2019au\u00a0contr\u00f4leur, jusqu\u2019aux passagers\u2026 quant au conducteur, la machine s\u2019en passe, il ne s\u2019est pas r\u00e9veill\u00e9, il est mort\u2026 L\u2019\u00e9ternit\u00e9 s\u2019invite dans ces heures suspendues. Quelle impression \u00e9trange d\u2019en partager ici la solitude !\u00a0Elles nous\u00a0seront rendues \u00e0 notre heure derni\u00e8re. Comme les affaires personnelles dans un casier aux bains Kir\u00e0ly, ajoute-t-il \u00e0 voix basse. Quelle gare avez-vous dit ? Toutes les gares des Balkans. Non, celle du Train Fant\u00f4me, celle de votre ami. La gare de Pyce. \u00c0 la fronti\u00e8re roumaine, au bord du Danube.  Vous voulez dire la gare de Rus\u00e7uk ! Rus\u00e7uk c&rsquo;est le nom Turc, on ne peut pas dire Rus\u00e7uk \u00e0 un bulgare. Vous \u00eates nerveuse : si on ne peut plus rigoler un peu entre apatrides\u2026 <br>Les longs serpents tressaillent : plusieurs poids-lourds mastodontes ont pass\u00e9. La voiture vol\u00e9e avance de quelques m\u00e8tres : peut-\u00eatre formons-nous la caravane qu\u2019un Prince d\u2019Orient envoie vers son fr\u00e8re de lait ? Les fronti\u00e8res se passent. Le temple s&rsquo;efface dans le r\u00e9troviseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne sera consign\u00e9 du pacte de ces heures partag\u00e9es. Dans mon carnet,&nbsp; je noterai simplement :&nbsp;<em>Heures d\u2019attentes aux fronti\u00e8res des Balkans : des enfants jouent sur l\u2019herbe du terre-plein central, ici et l\u00e0 se bricolent de petits feux inoffensifs pour faire griller de la viande, on ne red\u00e9marre pas les voitures, on les pousse, porti\u00e8res ouvertes, \u00e7a discute, \u00e7a attend et c\u2019est quelque chose du voyage et non une perte de temps. Je dessine alors, pour les distraire, pour les voir, pour sentir le temps, sable dans ma main comme sur la plage inlassablement palp\u00e9.<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un temple. Il barre la route. Il d\u00e9tache le ciel de la terre. Une inscription\u00a0sibylline \u00e0 son fronton bleu. Une \u00e9criture, pas de sens. Douze jambes de b\u00e9tons gris cass\u00e9es en angle droit sit\u00f4t qu\u2019elles touchent le sol. Ici tout est Sphynge. 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